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Indestructible [Finie]

 
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Lapitchounette
[Headless Monk]

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MessagePosté le: Jeu 23 Sep 2010 - 18:21    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

« INDESTRUCTIBLE »

Par Pitchoune
Crossover Torchwood / Highlander



Résumé :
Et si Jack prenait Macleod pour un alien ? Histoire de malentendu, de quiproquo et de surnaturel sous un faux air de romance. Pas de slash dans cette version là (la version slash existe aussi, si vous êtes curieux faites-le moi savoir).

Disclaimer :
L'univers et les personnages d'Highlander ne nous appartiennent pas, nous n’en tirons aucun bénéfice. Ils sont la propriété exclusive de MM Widen, Ryscher, Panzer et Davis.
L'univers et les personnages de Torchwood ne m'appartiennent pas non plus, ils sont la propriété de Russell T. DAVIES et de la BBC.

Note Torchwood :
L'histoire se déroule après la 3ème saison.

Note Highlander :
Synopsis : "Depuis la nuits des temps, il existe une poignée d'élus qui traverse le temps. Ce sont des immortels qui ne peuvent mourir que par décapitation. Des siècles durant, ils ont attendu l'heure de l'ultime combat au terme duquel l'épée qui tranche une tête libère le QUICKENING (la puissance de l'éclair) A la fin, un seul d'entre eux survivra."
Pour les non initié à l'univers d'Highlander, Methos et Adam Pierson sont la même personne.


Citation:
Cardiff, Décembre 2014.
Torchwood avait quelque peu changé depuis les évènements de 2010, bien que la tour Millenium fut reconstruite à l’identique. L’équipe avait changé de visage. Gwen, après avoir accouché d’une petite fille, avait repris les rênes de l’institut. Elle avait recruté Loïs Habiba qui s’était montré brillante devant un ordinateur et ainsi que l’agent Johnson rencontrée lors des évènements des 456. Elle avait hésité à débaucher Andy, mais lui dans un commissariat, elle gardait un pied dans les affaires de la police locale. Et puis Jack était réapparu. Gwen avait réussi à lui faire regagner la Terre du 21ème siècle ainsi que Torchwood 3 Cardiff. Mais il avait refusé de reprendre les commandes, se laissant une porte de sortie pour disparaître du jour au lendemain si jamais l’envie lui prenait.

Ce jour là, il devait se changer les idées. Faire n’importe quoi, mais ne pas y penser. Ne pas penser que c’était l’anniversaire de la mort de son petit fils dont il était entièrement responsable. Ne pas penser que sa fille avait préféré s’ôter la vie pour le détruire de remords. Ne pas penser qu’il avait également perdu son amant. Ne plus penser du tout. C’est pourquoi il s’était lancé dans une quête effrénée contre les weevils. Ça lui avait pris une bonne semaine pour tous les cloîtrer dans les égouts de la ville. Il battait l’ultime rappel afin d’isoler les derniers aliens dans les souterrains, quand sans comprendre pourquoi, les bêtes commencèrent à s’agiter, à s’affoler, à se bousculer et finalement s’échapper de leur nid. Le sol et les parois tremblèrent comme pris par un séisme. Un éclat de lumière de quelques secondes fendit l’obscurité de la galerie et les aliens se dispersèrent sans demander leurs restes. « Satanée faille… Toujours en activité au mauvais moment », pesta Jack en songeant à tout ce travail effectué pour rien.
Sauf que seul face à un nid de weevils en furie, il ne pouvait pas faire grand chose pour les contenir dans les égouts. Et même s’il ne pouvait pas mourir, il ne se sentait pas de faire face à une seule de ces bestioles tant elles avaient l’air enragées. Il ne perdit pas une minute et se mit lui aussi à fuir cet endroit aussi lugubre que malodorant. Il pataugeait dans l’eau qui l’éclaboussait jusqu’aux genoux, puis il grimpa deux, trois marches inondées, glissa à cause de la gadoue et s’apprêta à fermer les écoutilles lorsqu’il aperçut une forme humaine tentant d’échapper elle aussi aux créatures. Il pesta contre cet inconscient qui s’amusait à trainer dans les égouts, nouveau haut lieu à la mode pour se faire des petites frayeurs et avoir une sacrée montée d’adrénaline. Il souffla encore une fois et tendit le bras à l’individu qui le saisit. Jack entreprit de le remorquer à l’abri dans la galerie supérieure. L’inconnu semblait habile quoique quelque peu fatigué. A bout de force aurait été plus juste, rectifia-t-il intérieurement en le voyant s’étaler de tout son long dans le sol boueux. Jack replaça la plaque d’égout et jeta un œil sur l’aventurier d’un soir. Brun, les cheveux longs, la trentaine. Il passa au-dessus de lui, lui tendit la main pour l’aider à se relever et se présenta :

- « Capitaine Jack Harkness. A qui ai-je l’honneur ? »
- « Duncan Macleod. »
- « Enchanté de vous rencontrer sombre crétin ! Ne savez-vous pas que les égouts sont dangereux ? Que faisiez-vous en bas ? »
- « J’essayais d’échapper aux… aux loups-garous. Et vous ? » Hésita Macleod ne sachant pas vraiment à quoi il avait à faire.
- « J’essais de vous mettre à l’abri ! »
- « Alors vaudrait mieux déguerpir d’ici. » Macleod en entendant un nouveau brouhaha.

Ils foncèrent droit devant jusqu’à l’issue de secours mais se retrouvèrent bloqués devant la porte. Aucun des gadgets du Capitaine ne fonctionnèrent, pas plus que le tranchant de l’épée de l’écossais. Il fallait faire demi-tour et se cacher dans les recoins du tunnel pour éviter d’avoir à se frayer un chemin à travers une cohue d’animaux enragés. Le coin était exigu et les corps de deux personnes ne pouvaient rentrer totalement sans dépasser dans la galerie. En tant qu’immortel, Jack voulut laisser la place à son compagnon d’infortune. Mais celui-ci ne sembla pas se soucier de sa propre survie et refusa d’y pénétrer. Se sachant sur le passage des bêtes, Jack se jeta sur Duncan pour le faire rentrer de force et au dernier moment celui-ci pivota pour le coller dos au mur et lui céder ainsi sa place. Coincé entre le mur et cet inconnu, la seule chose qu’il put faire pour préserver la vie de son acolyte d’un soir fut de l’attraper et de l’attirer à lui, au plus près de lui, l’encerclant de ses bras pour ne pas qu’il dépasse trop dans la galerie.
Le troupeau arriva et déjà les premiers weevils se retrouvèrent bloqués eux aussi dans cette partie des égouts. Le reste de la troupe continuait à s’amasser, poussant les premiers contre la sortie, faisant vibrer les parois de la galerie, et plus les bêtes fonçaient vers l’issue, plus le sas s’enfonçait, donnant peu à peu une sortie vers l’air libre.
Le Capitaine se tenait serré contre Macleod retenant son souffle par intermittence pour ne pas révéler leur présence aux aliens et surtout pour éviter de se faire embarquer par inadvertance parmi eux. Il se pressait tellement contre Duncan, qu’il pouvait sentir la moindre partie de son anatomie, la tension maximale de ses muscles, ses pulsations cardiaques (pas si élevées en considérant la situation), son souffle chaud venir lui titiller les oreilles. Les minutes défilèrent lentement dans cette position et il laissa son esprit vagabonder un instant. Cette étreinte… Il y avait longtemps qu’il n’avait pas été dans les bras de quelqu’un. Puis le bruit cessa et le vide apparut dans les égouts, éclairé par un mince filet du croissant de lune qui s’élevait haut dans le ciel. La sortie avait cédée sous les à-coups de tout un régiment de weevils. Le plus inquiétant maintenant était de les savoir en liberté dans les rues sombres de la ville. Le Capitaine relâcha Duncan qui se dégagea de ce minuscule abri et entreprit de suivre les pas des aliens, vu qu’ils avaient ouvert le chemin… Remontés à la surface, tous deux respirèrent à plein poumons le bon air frais. L’intercom de Jack se mit à crépiter et il reçut une communication de Gwen.

- « Jack t’es où ? Ça fait une heure que j’essaie de te joindre ? »
- « Ça capte pas dans les sous-sol. »
- « Il y a un rassemblement de weevils en ville. Faut intervenir. Rendez-vous à Bute Park sur le champ. »
- « Négatif. Ils sont beaucoup trop nombreux et trop énervés par la faille. Sa seule chose qu’on va réussir à faire, c’est de se faire tuer. Surveillez leurs progressions le temps que je rentre à la base. Terminé. »

Il coupa l’intercom et se retourna vers Macleod qui tentait de reprendre une respiration normale à moitié replié sur lui-même devant l’entrée des égouts. Jack s’adossa contre le mur et se laissa glisser jusqu’au sol à ses côtés. Il ouvrit un pan de sa veste et en sortit une fiole argentée qu’il dévissa, puis fit semblant d’avaler une gorgée du breuvage contenu à l’intérieur.

- « Service de sécurité ? » Demanda simplement Macleod au son des quelques mots qu’il avait saisi de la conversation.

Celui-ci ne répondit pas et lui tendit la fiole pour qu’il trinque à son tour d’être encore vivant après une telle rencontre. Macleod but au goulot et lui rendit le récipient, le remerciant d’un mouvement de tête. Jack se releva et afficha un large sourire de satisfaction. Il venait de le droguer et dans quelques heures, son interlocuteur ne se souviendrait plus de rien.

- « C’est pas que, mais j’ai du boulot ! Ah et dernière chose, ne remettez-plus les pieds dans les égouts. C’est dangereux ! » Ajouta Jack.

Macleod se contenta de lui rendre son sourire en le saluant de manière militaire. Il s’y connaissait un peu en uniforme et celui que portait Jack commençait sérieusement à dater. De plus, il n’affichait pas les galons de Capitaine, ce qui signifiait donc qu’il n’était pas vraiment militaire. Jack grimpa dans un SUV noir, et démarra en trombe, manquant de renverser une bande de jeunes à moitié éméchés. De loin on pouvait les entendre crier « Fuck Torchwood ! »

Macleod regagna son hôtel à une heure plus que tardive, mais malheureusement pour lui, il y rencontra quand même un portier devant la porte qui refusa de le laisser entrer vu son apparence et surtout l’absence de ses papiers d’identité. Heureusement, un groom finissait ses extra et sortait de l’établissement reconnaissant l’homme qui lui avait laissé un gros pourboire à son arrivée. Il engagea la discussion, prenant sur lui la responsabilité de le laisser pénétrer dans l’hôtel, mais se permit quand même une réflexion sur l’état de ses vêtements. Macleod n’y porta aucune sorte d’attention, songeant uniquement à ce qu’avaient criés les jeunes. Ils étaient du coin, et avaient reconnu soit le Capitaine, soit le véhicule et ce n'est qu'alors qu'ils avaient réagis en balançant les bouteilles à son encontre sous une pluie d'injure. Il se tourna vers le jeune, le scruta du regard.

- « Qu’y a-t-il Monsieur ? »
- « Torchwood, ça vous dit quelque chose ? » Tenta-t-il.
- « A 2h30 du matin, non pas grand-chose. Désolé. »
- « Merci quand même. »
- « Bonne nuit Monsieur. »

Macleod fronça les sourcils marquant involontairement sa déception et regagna ses pénates au plus vite. Il s’affala sur son lit et sombra immédiatement.

****


Jack rentra à la base où il retrouva le reste de l’équipe sur le pied de guerre. Gwen était remontée et elle ne se gêna pas pour lui passer un savon. Il avait l’habitude des coups de gueule de la jeune femme. Aussi, il ne prêta pas bien attention à ce qu’elle pouvait lui dire. Il entendait juste des bouts de phrases « tu n’as pas à me raccrocher au nez… c’est moi le boss maintenant… quel rapport avec la faille… » Le mot faille retint son attention et il décida à sortir de son mutisme à ce moment là. Ignorant la colère de sa supérieure, il se dirigea vers Loïs et lui demanda de lui montrer l’activité de la faille cette fois-ci. La jeune femme le regarda sans comprendre.

- « Quelle activité ? Elle n’a pas bougé depuis trois semaines. »
- « Comment ça ? »

Le silence s’imposa alors, remplaçant l’énervement par l’incompréhension. Jack se sentait bien seul sur le coup.

- « Ben quoi, vous avez bien vu tous les weevils se faire la malle non ? »
- « Les weevils oui. Mais pas la faille ! » Lui répondit Loïs.
- « Montre-moi les relevés. »

Il se concentra alors sur le moniteur surveillant les fluctuations de la faille. Il ne remarqua rien d’anormal à première vue.

- « Améliore la définition sur ces dernières heures, et cible-là sur Bute Park. »

Loïs s’exécuta mais cela ne satisfaisait pas Jack pour autant. Gwen essaya de comprendre.

- « Jack, qu’est-ce qu’il se passe ? »
- « J’étais là-bas quand ils ont quitté leur nid. La faille s’est activée, elle a éclairé tout le tunnel des égouts en faisant trembler les parois. Puis plus rien. Et les weevils ont commencé à s’échapper. Je ne comprends pas pourquoi ça n’apparaît pas sur ce fichu écran ! »
- « Peut-être une anomalie de la faille ? » Tenta Loïs.
- « … ou du système de surveillance ? » Suggéra Johnson.
- « Et les weevils ? » Demanda Jack.
- « Ils sont retournés au bercail. » Lui apprit Gwen.
- « Quoi ? » Jack stupéfait.
- « Pas de chasse pour ce soir, tu devrais être content. » Lui sourit Johnson.
- « Ce n’est pas normal. Faut que j’y redescende. »
- « Jack ! Faut surtout que tu te reposes. Ça fait combien de temps que t’as pas dormi ? » S'inquiéta Gwen sur l'état de Jack et de ses possibles hallucinations.
- « Quelle importance, je vais pas en mourir. »
- « Jack… Ce n’est pas urgent, ça attendra demain. »

Demain... encore un demain qui passait. Ces derniers temps, sa vie ne comportait que des lendemains. Ce n’était plus la vie au jour le jour, mais la vie jour après jour. Et ce depuis… ses pensées s’assombrirent et son regard surement aussi car il sentit Gwen le prendre dans ses bras et compatir à sa peine. Elle avait peut-être raison, demain, il y verrait plus clair.

****


Il avait à peine fermé les yeux que la porte de sa chambre s’ouvrit laissant entrer un chariot poussé par un homme qui tira les rideaux pour faire rentrer la lumière. Ce dernier poussa un cri strident en s’apercevant que la chambre était occupée. Ce hurlement tambourina dans sa tête de longues secondes avant qu’il parvienne à émerger totalement.

- « Monsieur ! Vous êtes encore là ? »

Macleod le regarda sans comprendre. Il venait de quitter le groom quelques minutes plus tôt et il semblait surpris de le trouver dans cette pièce. Il écarquilla les yeux pour se rendre compte qu’une lumière naturelle éclairait sa chambre. Il se retourna, dépité, vers le jeune homme.

- « Je rends la chambre qu'à 14h. »
- « Vous auriez dû la rendre il y a trois heure. »
- « Quoi ? » S’alarma Macleod en se redressant brusquement sur le lit.
- « Il est 17h Monsieur. »
- « J’ai mon avion dans 45 minutes ! »
- « Vous n’y serez jamais à temps. Vous êtes bon pour échanger vos billets ! »
- « J’ai dû me prendre une sacrée cuite pour avoir autant dormi ! »
- « Ou les gars de Torchwood sont passés par là ! »
- « Torchwood ? » Répéta-t-il sidéré.
- « Oui, cette nuit vous m’avez demandé des renseignements et franchement vu l’heure et votre état, je n’y ai pas trop prêté attention. Et puis surtout, je ne suis pas du coin alors je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe dans les environs. Mais mon beau-frère bosse pour la police et ils ont souvent à faire à Torchwood. Il dit qu’ils ne s’occupent que des trucs surnaturels genre les petits hommes verts, vous voyez quoi ! Et s’il y a des témoins, ils leurs effacent la mémoire. Vous vous souvenez de quelque chose ? »

Duncan passa une main dans ses cheveux, le regard perdu jusqu'à ce qu'il aperçoive ses jambes, ou plutôt l’état de ses affaires. Il n’avait pas pris le temps de se changer avant de s’affaler sur le lit. Et il ignorait pourquoi il avait de la boue jusqu’aux genoux. Il tenta de se remémorer mais son esprit s'embrunit. Des images lui apparurent, lui dans le noir essayant de forcer une entrée, des bruits effrayants venant de derrière, puis nouveau coup d’œil sur l’entrée, une main lui fit signe de reculer et une zone fluorescente apparut sur le sas sans le faire céder. Puis la même main l’entraina plus loin pour laisser place à des loups garous. Il fronça les sourcils, voila qu’il divaguait maintenait ! A moins qu’il ne soit encore endormi. Il se pinça pour vérifier et la douleur le ramena à la réalité. Non, il n’avait aucun souvenir de la nuit précédente, ni même de la soirée ou de la fin d'après midi. Impossible de se souvenir de ce qu'il faisait ici d'ailleurs ! Un immortel probablement... Il se leva précipitamment pour vérifier si son épée était toujours dans son manteau et fut soulagé de l’y trouver. Il ne l’avait pas sorti devant le groom mais avait entrevu qu’elle n’était pas propre, surement encore ensanglantée. Ça ne lui ressemblait pas de ne pas nettoyer son arme après qu’elle ait servie. Mais si elle avait servie, cela signifiait qu’il avait rencontré un immortel et qu’ils s’étaient battus. Mais là encore, aucun souvenir. Il espéra simplement l’avoir décapité histoire de ne pas tomber nez à nez avec lui ou elle, après tout de ça non plus il n'en n'était pas certain !

- « Je vais vous laisser, le temps que vous repreniez vos esprits et que vous rectifiez votre situation à l’accueil. »
- « Attendez ! »

Le jeune homme s’arrêta sur le pas de la porte, se retourna vers Macleod et attendit. Duncan fouilla ses poches, sortit des billets, en donna quelques uns à l'employé.

- « Je vais changer ma réservation, pendant ce temps trouvez-moi tous les renseignements possibles sur, comment vous avez dit déjà Torch quelque chose ? »
- « Torchwood, Monsieur. »

Il ignorait si c’était important mais vu son amnésie passagère, c’était assez inquiétant pour mettre les choses au clair.
Le jeune regarda la somme en petite coupure qu’il tenait à présent dans les mains et retint son air surpris pour finalement disparaître de la chambre non sans avoir accepté de lui venir en aide.
Duncan lui, s’occupa en premier lieu de laver son arme, puis son corps et quant-à ses affaires, elles seraient bonnes pour la buanderie de l’hôtel. Il passa son après-midi à fouiller dans ses souvenirs, à essayer de réactiver sa mémoire, en vain. Il devait se rendre à l’évidence, il avait été drogué ou quelque chose du genre.


Citation:

Pour une fois Jack avait réussi à fermer les yeux. Il n’avait pas dormi comme un bébé mais à son réveil, il était en pleine forme. A la fois, ce n'était si étonnant vu l'heure tardive qu'affichait son réveil ! La nuit porte conseil disait le dicton. Son subconscient n’avait cessé de tergiverser tout au long de la nuit. Si ce n’était pas la faille qui avait fait fuir les weevils des égouts, alors il fallait enquêter sur le terrain pour savoir quoi d’autre. C’est avec une mine joyeuse qu’il rejoignit la salle centrale de l’institut, prêt à partir en mission de repérage, seul ou accompagné, armé de quelques gadgets pour parer au plus urgent devant la surpopulation weevils dans lesdits égouts. Mais il dut remettre son plan à plus tard. Loïs avait effectué de nouvelles recherches et avait mis le doigt sur quelque chose d'assez significatif pour que Gwen ajourne la réunion matinale. Tous les agents se regroupèrent donc devant le PC de la jeune informaticienne et elle commença son exposé.

- « Alors voilà, la faille n'a pas été activée à Bute Park dans la nuit. J'ai repensé à l'histoire de tes éclairs et voilà ce que j'ai trouvé : Surcharge électrique de tout le quartier. Ça a fait exploser tous les disjoncteurs et apparemment aussi tout ce qui ressemblait de près ou de loin à de la verrerie. Le courant a été rétabli pratiquement de suite. A croire que la mairie est parée pour ce genre d'incident ! Bref, tout ça pour dire que ça coïncide là aussi avec le retour des weevils dans les égouts. »
- « Vous croyez vraiment qu'une simple coupure de courant est capable de terroriser un camp de weevils ? » Lança Jack sans y croire une seule seconde.
- « Faut bien qu'ils aient un talon d'Achille ! Et on a déjà vu des trucs beaucoup plus surprenant encore, alors pourquoi pas ? » Essaya de se rassurer Gwen.
- « On n'a rien à perdre à aller vérifier, non ? » S’entêta Jack.
- « Qu'est-ce que t'es têtu quand tu t'y mets ! » Le sermonna Gwen, sachant qu’elle ne pouvait rien faire pou l’en dissuader.

Jack prit le briefing en main et exposa son plan de bataille. Il décida d’asphyxier les weevils le temps nécessaire à leurs recherches en espérant trouver rapidement un indice. Toute l’équipe serait réquisitionnée pour l’occasion. Une expédition de la sorte comportait des risques et être nombreux était plus tranquillisant pour assurer leur arrière. Torchwood avait un accès illimité aux images des caméras vidéos tournant 24h sur 24h dans tous les coins de rue du Royaume-Uni et les diffusaient simultanément sur les écrans de la bases. Ainsi, l’insitut pouvait réagir immédiatement devant un phénomène extraterrestre. Tout en dévoilant son plan de bataille, Jack avait passé son temps à lorgner sur les images de la CCTV, comme absorbé par quelque chose, ou plus exactement quelqu’un. Même si toute l’équipe l’avait remarqué, personne n’avait relevé, toutes trop occupées à digérer la mission. Mais lorsqu’elles sortirent toutes de la salle de briefing pour se préparer à cette mission, et qu’il enfila son manteau pour emprunter l’ascenseur invisible, Gwen intervint.

- « Jack ? Où vas-tu ? »
- « Désolé les filles mais j’ai un rencard. »
- « Et ta mission ? »
- « L’amour n’attend pas ! »
- « Jack ! »
- « Je serais rentré avant le couvre feu maman ! » Plaisanta-t-il.

Puis il disparut dans les hauteurs de la base pour finalement se retrouver devant l’immense tour Millenium, seconde version. Il ajusta son col et se fondit dans la foule jusqu’à se pavaner devant la terrasse du restaurant où il avait repéré sa proie.
L’homme était assis à une table, la même depuis cet après midi. Il scrutait l’horizon, attendait quelque chose. Il avait pris un café pour combler l’attente, puis un autre, et encore un autre jusqu’à finalement demander la carte pour se restaurer. Il ne montrait aucun signe de lassitude. Il aurait pu rester là encore un bon moment. Et quand Jack se présenta, prenant place en face de lui, il simula d’être surpris juste pour la forme. Il ne savait pas bien ce qu’il attendait, mais à l’instant précis où ce Capitaine s’était assis, il eu la réponse à ses interrogations.
A la base, les filles observaient la CCTV pour voir ce qui passionnait tant le Capitaine et lorsqu’elles le virent en galante compagnie masculine, elles n’insistèrent pas.

- « Voilà pourquoi il n’y a pas d’autres hommes dans l’équipe… » Lâcha Gwen non sans un sourire. « Parce que je n’aimerais pas les surprendre dans la base ! »
- « Parce que c’est déjà arrivé ? » Loïs curieuse.
- « Plus d’une fois ! » Révéla-t-elle.

Pas que Jack hésitait avant d’entamer la conversation, mais il préférait laisser à Macleod le premier mot. Un moyen pour lui de savoir si sa présence ici était ou non fortuite. Il se demandait si le retrouver ici était un pur hasard ou si le redcon n’avait pas était aussi efficace qu’il le pensait. Il se contenta alors d’afficher son plus beau sourire et de le regarder droit dans des yeux.

- « Je peux faire quelque chose pour vous ? » Demanda alors Macleod.
- « M’offrir un verre. »
- « Et en quel honneur ? »
- « Je vous en ai offert un hier soir. »

Duncan fronça les sourcils, signe involontaire qu'il fouillait dans sa mémoire à la recherche du moindre souvenir. En vain ! Mais une chose était sûre, s'il avait accepté de boire un verre hier soir, c'était probablement comme ça qu'il s'était fait duper ! Il revint à son interlocuteur, le jaugea un instant, puis il fit une moue équivoque avant d'ajouter :

- « J’ai dû prendre une sacrée cuite alors, car je n'en ai aucun souvenir ! »

Jack esquissa un sourire. Le temps de réponse et la nonchalance de son interlocuteur le persuada qu'il mentait et que les souvenirs lui étaient revenus. Bon peut-être pas tous, surement quelques bribes, mais il voulait savoir lesquels. Et puis quelque chose chez lui le fascinait. Il ne savait pas encore quoi, mais il ferait tout pour le découvrir. Alors il insista.

- « Un visage comme le mien ça ne s’oublie pas ! »
- « Faut croire que si. »
- « Alors, que faites-vous ici ? » Demanda Jack sur les raisons de sa présence en ce lieu précisément.
- « Je visite. »
- « Vous visitez sans vous déplacer ? » Lâcha-t-il en toute logique.

Macleod se demanda s’il avait vraiment trop bu la veille pour ne pas se souvenir d’avoir trinqué avec un habitué. Le problème c’était que la théorie du groom se révélait exacte. L’inconnu en face de lui le reconnaissait, et paraissait suspicieux de le voir trainer ici. Peut-être lui avait-il vraiment effacé la mémoire, auquel cas sa présence ici était une très mauvaise chose pour l’inconnu. En y réfléchissant davantage, l’homme n'avait pas hésité une seule seconde en arrivant, il s'était dirigé directement vers lui. Ce n'était pas le fruit du hasard, il savait qu'il était là… et ce grâce au Big Brother anglais ! Il devait avoir accès aux vidéos que la CCTV qui filmait partout dans la ville. Et s'il n'appartenait pas à la police, alors il était des services secrets ou d'une autre agence gouvernementale. Faudrait qu'il se renseigne davantage, le groom n'avait pas trouvé grand-chose à ce sujet là.

- « Vous m’observez ? » En déduisit Macleod.
- « Vous m’avez tapé dans l’œil. » Rectifia Jack suavement.
- « Je ne suis pas intéressé. » Le stoppa Macleod.

Jack ne tirerait rien de plus de ce côté là, il fallait juste le pousser à bout. Et vu le comportement de Macleod quand il le draguait ouvertement, sa façon d'éviter le sujet, de rougir, de perdre son assurance, il se dit qu'il tenait quelque chose.

- « Oh ne fais pas ton timoré, tu ne disais pas la même chose hier soir. » Rétorqua Jack pour clore le jeu des soi-disant inconnus qui se rencontraient.

La dernière réplique offusqua Duncan, parce qu'il savait que ça ne lui ressemblait pas. Il réfléchit exagérément vite, parvenant à récupérer quelques brides de ce qui semblait être un flash, et après avoir été un moment déconcerté, il releva la tête.

- « C’est toi qui m’as enlacé !? » S’exclama Duncan.
- « Je t’ai carrément tripoté, tu veux dire. » Jack en essayant de le convaincre.

Là il n'était plus sûr de rien. Ces flashs n'étaient pas clairs, et il n'avait pas le temps de les analyser. Ça ne lui ressemblait pas, c'est tout ce dont il était sûr ! Il était resté bouche bée devant le Capitaine et allait baisser les bras quand il aperçut cette lueur de mensonges dans ses yeux. Pupilles dilatées, carotide qui ressortait plus qu'à la normale, aucun doute, il essayait de le coincer. Et il avait failli tomber dans le piège, mais se rattrapa, plus calme et plus serein.

- « Là tu fantasmes ! » Se reprit Macleod.
- « Autant pour moi Gueule d’ange. Mais aujourd’hui, c’est toi qui en redemande, sinon tu ne serais pas là à m’attendre. Alors comment m’as-tu retrouvé ? »
- « Torchwood. Il parait qu’il faut venir sur cette place, et longer la jetée. Si je suis là, c’est uniquement pour savoir pourquoi tu m’as drogué. Et mon nom c’est Macleod, pas Gueule d’ange ! » Tient-il à rectifier.
- « Comme tu voudras Macleod. En tout cas, ça n’a pas été très efficace sur toi. C’est preuve d’un grand esprit d’ouverture. Tu crois à l’incroyable ? »
- « Je crois surtout que je t’ai vu arriver de nulle part. »
- « Tu sais que tu me plais. » Jack visiblement séduit par l’homme en face de lui.

L’intercom de Jack s’activa et il entendit la voix de Gwen lui parler.

- « C’est l’heure Dom Juan, ta permission est terminée. »
- « C’est bon, j’arrive... » Dit Jack en pressant l’intérieur de son oreille. Puis il s’adressa à Duncan, pour prendre congé. « J'ai hâte de te revoir. »

****


Le Capitaine était au volant. Loïs les yeux rivés sur l’écran de son I-Pad, cherchant le programme adéquat pour la mission. L’agent Johnson vérifiait encore une fois le contenu des sacs. Et Gwen regardait par la fenêtre, observant les enfants s’amusant dans une cours de récréation. Puis Jack freina brusquement marquant la fin du trajet. Tous sortirent et s’attelèrent à leur première mission : neutraliser les weevils. Ils pénétrèrent dans les égouts, Jack ouvrant la voie, et Loïs se tenant à ses côtés, l’I-Pad à la main pour localiser les aliens dans les parages. Ils n’en rencontrèrent pas sur leur chemin avant destination et pour cause, c’était l’heure de la sieste ! Gwen distribua les masques aux membres de l’équipe et Johnson lança les gaz paralysants sur les bêtes et à part deux ou trois qui résistèrent tant bien que mal, ils eurent tôt fait de se débarrasser de cette menace là… Enfin pour l’instant, puisque Jack entreprit d’enjamber une à une les bêtes pour franchir ce lieu et se retrouver de l’autre côté. La traversée ne fut pas des plus rapides, mais l’important c’était d’être arrivé à bon port. Ils continuèrent à avancer dans les galeries lorsqu’ils arrivèrent devant une intersection. Loïs leur fit signe qu’ils pouvaient retirer leur masque et ils décidèrent de se séparer en deux groupes pour aller au plus rapide dans cette exploration. Gwen et Johnson à droite et Jack et Loïs à gauche. Le Capitaine et son équipière ne purent progresser que sur quelques mètres avant de tomber sur un cul-de-sac, dont une bouche d’égout se dessinait dans le plafond.

- « Faudra la refermer correctement, c’est un coup à ce qu’un gamin tombe dedans et se retrouve au pays des weevils ! » Annonça Jack à Loïs pour qu’elle le lui rappelle lorsqu’ils seraient sortis de cet enfer. Puis Jack activa l’intercom s’adressant alors à l’autre binôme. « RAS de notre côté. »
- « On a quelque chose. Venez voir. »

Ils rebroussèrent chemin au pas de course lorsque l'informaticienne piétina un objet métallique. Elle s'arrêta, parcourut le sol à l'aide du faisceau de lumière de sa torche et ramassa l'arme. Puis elle rattrapa le Capitaine et tomba sur Gwen et Johnson de dos, se stoppant brusquement envahie par une odeur de putréfaction. Le coin n’était pas illuminé mais toutes les lampes torches éclairaient un corps apparemment humain, infesté de mouches, blattes et autres vers en tout genre.

- « L’œuvre des weevils ? » Demanda Gwen.
- « Je ne crois pas que leurs griffes soient capable de faire ça. » Johnson en orientant sa lampe dans un recoin, dévoilant la tête de la pauvre victime.
- « Une coupure d'électricité non plus d'ailleurs. » Ajouta Jack.
- « Mais une épée oui. » Loïs en agitant sa trouvaille aux yeux des autres.

Elle n’eut pas le temps de commenter davantage que le bip de son I-Pad se déclencha, signifiant qu’il leur restait peu de temps avant que les effets du gaz ne s’estompent. Ils remirent leur masque sur la figure, Jack souleva le corps et le porta sur ses épaules tandis que Johnson s’empara de la tête largement dévorée par les weevils, et non sans un mouvement de recul elle l’enfourna dans son sac à dos. Loïs ouvrit la marche, tandis que Gwen assurait les arrières de l’équipe. Et ils levèrent le camp au plus vite, traversant une fois encore le nid des aliens qui commençaient à rouvrir les yeux sous l’odeur alléchante du passage des humains.
Pour l'équipe, la soirée s’était déroulée rapidement compte tenu du fait qu'elle en avait passé la majorité à arpenter les égouts. Il manquait un légiste dans l'institut, mais ce n'est pas tant ça qui motiva le report de l'autopsie sinon, que le corps ne risquait pas de volatiliser et que l'urgence n'avait pas été établie considérant ces restes comme humains et non comme aliens. Ainsi, de retour au Hub, la première chose qu’ils firent c’est se précipiter sous la douche. Puis le temps des questions arriva. Que faisait un cadavre décapité au milieu des weevils ? Est-ce cela qui avait fait fuir les bêtes sauvages ?

- « Ça n'a rien à voir avec la faille. Le tueur s'est débarrassé du corps et en le jetant aux weevils. C'est un simple règlement de compte. J'appellerais Andy demain. » Déclara Gwen pour se débarrasser de l'affaire.

Des questions restaient en suspend devant un Capitaine pensif. Johnson voyait bien son manège. Il ne leur avait pas tout dit.

- « Il y avait quoi d'autres dans les égouts ? » Demanda-t-elle.
- « Rien. »
- « Trop rapide comme réponse. Alors ? »
- « J'étais pas seul hier soir. » Avoua Jack.
- « Ne me dis pas que Roméo était avec toi ? » S’inquiéta Gwen en entendant la discussion.
- « Il ne nous sera d'aucune utilité, je lui ai donné du Redcon. »
- « Pourquoi ? Au mieux c’est un témoin, au pire c’est un assassin. Et grâce à toi, on ne pourra jamais avoir ses aveux ! » Le lui reprocha-t-elle.
- « Parce que c'est la procédure et que lorsque je lui ai donné, j’ignorais qu’il y avait un cadavre dans les égouts. » S’emporta Jack à son tour pour clouer le bec à son boss.

Pour bien mentir, il faut toujours une part de vérité. Et Jack ne s'en était pas trop éloigné. Il lui avait bien donné du Redcon, mais savait aussi que ça n'avait pas fonctionné. Pourquoi l'avoir couvert alors ? Après tout, ce n'était qu'un inconnu, un de plus, et un qui avait probablement un mort sur la conscience. Il avait vu l'épée de Macleod et à ce moment là, le temps n'était pas aux interrogations. Mais là, mis bout à bout, tout concordait et surement pas à la faveur de Macleod. Alors pourquoi ? Parce qu'il avait effectivement un faible pour lui ? Non, des beaux et méchants garçons, il en avait déjà rencontré. Parce qu'il avait cette ouverture d'esprit, celle qui lui avait permis d’outrepasser les effets du Redcon ? Suzie aussi mais ça ne l'avait pas sauvée pour autant. Alors pourquoi ? A cause de cette lueur dans ses yeux, cette lueur qu'il voyait tous les matins en se regardant dans un glace. Cette lueur de porter un terrible fardeau, d'énormes responsabilités et une culpabilité encore plus grande. Voilà pourquoi il l'avait couvert, parce qu'il se reconnaissait en lui.

****


L'entrevue avec le Capitaine lui avait apporté plus de questions que de réponses. Il l'avait vu s'approcher, ne l’avait pas reconnu mais savait que c'était lui. Il s'attendait à un entretien musclé, mais au lieu de cela, il s'était fait draguer, ce qui l'avait considérablement mis mal à l'aise. Et finalement, il l'avait regardé se sauver au pas de course et disparaitre à l'intérieur de l'office de Tourisme. Cette tour devait servir de couverture à des activités secrètes. Mais il se surprit à regagner son hôtel sans aller enquêter sur place, sans exiger des réponses. Ça ne lui ressemblait pas d’abandonner aussi facilement, mais ainsi, il fuyait les avances de cet homme. Il avait réussi à avoir une place sur le prochain vol en partance pour Paris et avait renoncé à en savoir davantage. Il passa donc la nuit tranquillement enfermé dans sa chambre d’hôtel. Cette fois-ci, il ne loupa pas son réveil. Les rayons du soleil ne pénétraient pas encore dans la chambre quand il avait ouvert les yeux. Il avait enfilé un peignoir et demandé au service de chambre de lui faire monter son petit déjeuner. Il préparait sa valise quand le groom se présenta. Et à sa grande surprise, ce n'est pas le jeune homme habituel qui entra mais un Capitaine poussant le chariot de victuailles.

- « Capitaine ? » Lâcha Macleod surpris.
- « Appelles-moi Jack ! »
- « C'est de l'espionnage ? » Macleod qui ne voulait pas rentrer dans son jeu de séduction.
- « Simple visite de courtoisie. »

Jack taquinait Macleod mais sentait bien que celui-ci n’était vraiment pas intéressé et pourrait vite devenir menaçant s’il continuait de flirter avec lui. Il s’abstint de commenter et devint plus solennel dans ses phrases. Mais ce qui le préoccupa davantage c'est de voir ses affaires étalées sur le lit, prêtes à être rangées dans une valise.

- « Tu parts en voyage ? » S’inquiéta-t-il.
- « Je rentre à Paris. »

Duncan laissa son visiteur et continua de se préparer dans la salle de bain, laissant la porte entrouverte pour écouter ce qui se passait dans la pièce mitoyenne.

- « Tu n'es pas d'ici ? C'est drôle avec un nom comme le tien, j'aurais juré que t'étais du pays. Macleod... je crois même qu'il y a un clan qui s'appelle ainsi. »

Jack s’avança sans pour autant pénétrer dans la salle d’eau tout en poursuivant sa discussion sur les Macleod, la statue de l’un d’entre eux qui régnait sur la vallée afin d’en protéger les habitants, la légende du Highlander qui était toujours racontée aux enfants, etc… Et puis d’ici, il avait une vue imprenable sur un Macleod de dos, en peignoir qui n’allait pas tarder à s’habiller. Et quand ce dernier laissa tomber sa sortie de bain, Jack grimaça en voyant un caleçon l’empêchant de savourer une vue qui promettait d’être mémorable.

- « En Ecosse oui, pas au Pays de Galles. » Lui apprit Macleod sur ses origines.
- « Oh je vois, on ne mélange pas les Gallois et les Ecossais ! »

Puis il s’attela à la tâche. Quelle bénédiction que Duncan se soit réfugié dans la salle de bain, il avait le champ libre pour ses investigations. L’épée, voilà ce qu’il cherchait. Il se pencha sous le lit, vérifia s’il y avait un double-fond dans la valise, regarda dans le porte-parapluie, à l’intérieur du manteau qu’il portait la veille, dans le coffre fort de la chambre pour finalement tomber sur un étui ouvert à l’intérieur duquel, l’épée y était précieusement installée.
Duncan avait volontairement laissé la porte ouverte car grâce à un jeu de miroir, il avait l’autre pièce dans son champ de vision. Il dissimula à peine un sourire quand il vit la grimace du militaire, et ne fut pas plus surpris que ça de le voir fouiller sa chambre tout en lui faisant la conversation. Il avait dû trouver un corps dans les égouts et avait fait le rapprochement avec sa présence là-bas.

- « Et toi t'es d'où ? Vu ton accent, t'es pas d'ici non plus. » Duncan en cherchant à en savoir plus sur celui qui était dans sa chambre.
- « Je suis américain. »

Jack s’apprêtait à soulever l’arme pour vérifier s’il y avait du sang grâce au scan présent dans son bracelet quand il sentit la présence de Duncan dans son dos.

- « Pas touche, ça coupe. »

Il ne l’avait pas entendu arriver et fut étonné d’avoir ainsi perdu ses réflexes. Dorénavant, il ferait plus attention. Mais pour l’instant, il devait faire profil bas et se voyant pris sur le fait, il décida de jouer franc-jeu.

- « Jolie épée. »
- « C'est une antiquité. »
- « C'est drôle, une autre antiquité a été retrouvée dans les égouts. »
- « Les gens jettent n'importent quoi de nos jours. »
- « Oui... et son propriétaire a été retrouvé tranché en deux morceaux. »

Duncan s'immobilisa, soulagé de ne pas avoir un immortel inconnu à ses trousses, mais inquiet d’avoir un militaire ou un agent secret, comme témoin à charge.

- « Une chance que tu n'aies aucun souvenir de ta soirée d'hier. » Ajouta Jack non sans une moue équivoque.

Duncan le jaugea rapidement, distinguant un clin d'œil complice. Lors de leur entrevue de la veille, le Capitaine avait tout fait pour le forcer à admettre qu'il se souvenait de leur excursion nocturne, malgré sa tentative ratée de lui effacer ses souvenirs. Et aujourd'hui, il sous-entendait le contraire alors qu'un cadavre avait été trouvé et qu'il était le coupable idéal. Un guetteur qui cherchait à le couvrir ? Non, regarder ses poignets avait été l'une de ses premières préoccupations. La seule raison qui pouvait le pousser à le protéger, c'était que sa présence dans les égouts ne devait pas s’ébruiter. Quelque chose à cacher, une mission top secrète ou un truc dans le genre. Peu importe, le tout c'était qu'il ne serait pas inquiété à la frontière et une fois sur Paris, il serait à l'abri de toute enquête. Il lui sourit avant de sortir de la pièce, de l’hôtel, de la ville. Il héla un taxi pour se rendre à l’aéroport.



Citation:
Paris, Mars 2015.
Duncan était rentré à Paris, avait regagné sa péniche, ses amis et ses habitudes. Il avait aussi fait table rase de Cardiff. Enfin, il avait essayé, parce qu’un crime impuni planait au-dessus de sa tête. Il ne s’en souvenait pas, mais un cadavre sans tête avait été retrouvé non loin de lui, son katana était taché de sang et comble de malchance, un témoin à charge existait. Bien que ce dernier n’ait visiblement pas souhaité se faire connaître des services de police, il n’était pas à l’abri d’un revirement de situation et de voir débarquer les flics pour l’interroger. Bon dans sa malchance, il avait eu la chance d’avoir pu franchir les frontières, ce qui lui assurait un certain répit. Seulement voilà, s’il croyait être en paix à Paris, c’était loin d’être le cas, car il avait toujours l’impression d’être suivi, surveillé, espionné. Ce n’était pas un coup des guetteurs, Joe étant le seul officiel sur lui en ce moment. Et puis surtout, il connaissait cette allure, cette démarche, cette silhouette. Il le voyait de plus en plus souvent, l’apercevait au détour d’une ruelle et quand il le pourchassait, il tombait soit sur un cul-de-sac, soit sur une personne lui ressemblant. Il se demandait s’il devait plus s’inquiéter de le voir dans les parages ou d’avoir des hallucinations.
Il n’avait aucune raison de se soucier de cet homme, ni de savoir pour qui il travaillait. Mais la curiosité l’avait poussé à effectuer des recherches sur ce Jack Harkness et sur son agence. Et même s’il était doué en informatique, il n’avait pas réussi à cracker les codes des dossiers secrets anglais et n’avait rien trouvé sur Torchwood. A croire que traverser la Manche n’avait pas été une si bonne idée ! En revanche sur un Capitaine de l’armée de l’air se nommant Jack Harkness, il avait été plus chanceux. Il était officiellement mort pendant la seconde guerre mondiale après que son escadron de chasse ait été pris pour cible par les allemands. Le seul hic, c’est que la photo ne collait pas avec l’homme qu’il avait rencontré. Donc Jack Harkness n’était pas son véritable patronyme. Il avait emprunté l’identité d’un mort, ce qui conforta Duncan dans l’hypothèse qu’il avait à faire aux services secrets britanniques. Mais sur la ville de Cardiff, il avait trouvé une quantité d’histoires plus surnaturelles les une des autres. Des poissons humanoïdes rouges, des loups garous à longueurs d’année, des tornades dans les cours d’écoles, des cabines téléphoniques qui apparaissent et disparaissent à tour de bras, et le tout expliqué par des théories extraterrestres. Cardiff passait pour une ville remplie de fous aux yeux de l’Angleterre. Bien souvent les commentaires des habitants étaient plus comiques que réalistes. Sa découverte prêtait à sourire, s’il n’était pas tombé sur des photos de reportage. Sur la plupart d’entres elles, il pouvait distinguer le même véhicule foncé, le SUV noir du Capitaine Harkness. Torchwood était donc bien spécialisé dans les phénomènes paranormaux, et sa vision avec les loups garous n’était donc pas sortie de son imagination. Tout à coup, il se demanda si la présence de Jack dans les égouts n’était pas due au quickening qu’il avait probablement reçu dans les égouts. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il l’avait couvert. C’était une sorte de « nettoyeur », celui à qui on fait appel pour étouffer les affaires. C’était à la fois fascinant et inquiétant.
Il ferma les pages web et se retrouva devant un écran noir. Il resta un long moment septique, à contempler son ordinateur éteint, puis sortit prendre l’air.

Methos était de retour en ville après avoir déserté la capitale pendant trois petits mois. Il ne s’était pas étendu sur la raison de son départ, ni même sur celle de son retour. Il avait vite retrouvé ses habitudes, squattant la péniche quand il s’ennuyait fermement. Mais là où d’habitude le Highlander était intransigeant et hyperactif, il le trouva étonnement calme et philosophe. Il s’était même étonné de voir que les CD de rock avaient remplacés ceux de la musique classique.

- « La guitare sonne mieux sur le rock que sur le classique. » Lui avait répondu Macleod.
- « Tu joues de la guitare ? »
- « Jouer est un bien grand mot ! Je me contente de gratter les cordes. »
- « Joe te donnes des cours ? »
- « Non, j’ai pris une jolie étudiante pour ça ! » Répondit Duncan non sans un sourire qui n’échappa pas à Methos.

****


L’alarme ne s’était pas déclenchée, mais apparemment la faille avait à nouveau fait parler d’elle. Une tribu entière de weevils avait rejoint l’air libre des docks de Cardiff, effrayant bon nombre de marins sur leur chemin. La police avait été rapidement appelée et tout aussi rapidement confrontée au problème alien. Mais contrairement à d’habitude, Andy ne vit pas le SUV noir débarquer sur les lieux et prendre en charge ce type de menace. Il avait dégainé son pistolet pour se protéger mais était resté à couvert pour passer un coup de fil en pleine émeute.

- « Bon sang Gwen t’es où ? »
- « A Torchwood pourquoi ? » Gwen en décrochant dès la première sonnerie.
- « Pourquoi ???!!!! Parce qu’il y a une armée d’extraterrestre prête à nous dévorer, et que c’est ton job de t’en occuper ! » L’engueula-t-il.
- « T’es où ? »
- « Sur le vieux port, côté Roath Dock. Bon sang Gwen, toute la ville en parle ! »
- « Bouge pas, tire pas, reste en vie, on arrive. » Gwen en distribuant ses consignes en attendant l’arrivée de son équipe sur les lieux.
- « Grouille, je ne suis pas sûr qu’ils veuillent entamer les négociations. »

Gwen déclencha l’alarme de la base pour rapatrier toute sa troupe et partir le plus rapidement possible. Elle sauta au volant du véhicule et fit le topo à l’équipe durant le trajet. Arrivés à destination, ils trouvèrent la zone portuaire dans un chantier monstrueux. Pourtant malgré les dégâts, il ne semblait pas y avoir de victimes. Ils arrivèrent enfin à hauteur des agents de police, tous regroupés autour d’un barrage improvisé de voiture. Gwen s’avança et s’adressa à Andy.

- « Où sont-ils ? »
- « Repartis dans les égouts il y a quelques minutes. » Lui répondit-il fièrement.
- « Quoi ? Mais pourquoi ? » S’étonna Gwen.
- « Aucune idée, on n’a pas jugé nécessaire de les poursuivre pour le leur demander. » Andy sur un ton des plus décontractés.

Gwen revint à hauteur de ses équipiers alors que les policiers commençaient à se disperser pour fouiller le port, davantage pour raison professionnelle que par réel acquis de conscience. La situation les laissa perplexe. Jack se tourna vers Loïs pour lui demander si elle avait pris son I-Pad en venant. Elle lui répondit par l’affirmative et il se précipita à leur voiture pour vérifier l’état de la faille. Aucun pic dans un sens ou dans l’autre, donc la faille était exclue. Il galopa derrière Andy et l’interrogea à son tour.

- « T’as vu autre chose à part les weevils ? » Le questionna-t-il.
- « Non. On a réussi à les cloîtrer dans ce bâtiment désaffecté et ils ont disparus aussi vite qu’ils sont apparus. »
- « Rien d’autre ? »

Andy lui fit un signe négatif de la tête quand une voix se fit entendre depuis son talkie-walkie leur demandant de se rendre à l’autre bout des docks. Après cinq bonnes minutes de marche, ils parvinrent devant une scène de crime déjà balisée par les bandes jaunes. Un corps en deux morceaux avait été retrouvé hors de la zone de passage des weevils.

- « Est-ce qu’il y a eu une coupure d’électricité ? » S’informa Gwen devant la scène.
- « Désolé Gwen, mais ça n’est plus de ton ressort. La crim’, c’est mon domaine. » Refusa de lui répondre Andy.
- « Et pour la coupure ? » Tenta-t-elle à nouveau.
- « Vu l’état du disjoncteur, je dirais que la foudre n’est pas passée loin. »
- « Pourtant il n’a pas plu. » Lui fit remarquer la galloise.
- « Gwen, ce ne seront pas les aliens qui auront notre peau, mais les bouleversements climatiques… Comment crois-tu qu’ils sont morts les dinosaures !? »

Elle n’insista pas et retourna au SUV, suivie par son équipe. Tous avaient la même idée en tête. C’était la même situation que trois mois auparavant, à la différence près que celle-ci s’était déroulée en plein jour et non pas de nuit. Le silence régnait dans le véhicule et quand Gwen se décida enfin à parler, Jack lui coupa la parole.

- « Laisse-moi sur cette affaire. »
- « Jack. »
- « Simple formulation de politesse. Que tu le veuilles ou non, je suis sur cette affaire, et je me débrouille seul. »
- « J’allais juste te demander de me faire un rapport régulier. »
- « Mouais… » Marmonna Jack sachant qu’elle rendrait des comptes à Andy.

Il tourna la tête pour regarder par la fenêtre le paysage se dérober sous ses yeux. Il y avait un lien entre ces cadavres, les coupures d’électricité et les weevils. Les extraterrestres n’étaient surement pas à l’origine de ces meurtres, mais ils semblaient réagir à ceux-ci. Peut-être que Macleod était un nouvel Owen Harper, chef des weevils… ?
Jack s’était renseigné sans plus tarder sur Macleod. Mais contrairement à ce qu’il avait cru, il n’était pas dans la région. Pas d’arrivée sur le sol anglais notée par l’aviation civile, ni même par le réseau ferroviaire, pas de réservation dans un hôtel, et ses derniers paiements effectués en carte bleue faisait penser qu’il était sur Paris. Quelque part, il était intrigué que Duncan ne soit pas derrière tout ça. Mais avant de conclure quoique se soit, il devait s’assurer que les égouts de Paris ne regorgeaient pas eux aussi de weevils, car cela signifierait que Macleod était bel et bien derrière tout ça. Et liquider un chef des weevil humain n’était guère une chose aisée.
Il avait enquêté sur la seconde victime, et tout comme la première, elles n’avaient aucun lien apparent avec Macleod, si ce n’est un goût prononcé pour les épées. Dans quel siècle étaient-ils restés bloqués ? Dans cette époque, il suffisait d’avoir une arme à feu et le tour était joué. Lui même utiliserait bien ses armes du futur, mais ça ferait tache dans le décor… et puis surtout le Docteur les lui avaient interdites. Bref, tout ça pour dire qu’il devait rester vigilent, que ce n’était pas un enfant de cœur qu’il avait en ligne de mire. Après leur dernière rencontre, le Docteur n’avait pas totalement verrouillé son bracelet. Il ne pouvait certes plus se téléporter temporellement, mais géographiquement c’était encore possible. En l’occurrence, il n’avait pas besoin de se rendre très loin, pas sur une planète lointaine, juste de l’autre côté de la Manche.
Il avait déjà été à Paris, mais c’était à une autre époque, à une époque où les chars américains défilaient sur l’avenue des Champs Elysées. Aujourd’hui, le coin avait un peu changé. Il n’avait plus les mêmes repères et trouver un homme sans adresse relevait du miracle. L’étude des comptes bancaires de Macleod avait révélé qu’il s’acquittait de droit pour amarrer une embarcation sur la Seine. Voilà pourquoi il n’était pas répertorié sur le bottin ! Mais le fleuve était grand et un bateau ne flottait pas forcément à quai au même endroit. En s’appuyant sur l’analyse de ses retraits, il avait quand même réduit pour beaucoup sa zone d’investigation. Mais l’homme se faisait discret, et quand il parvenait enfin à le retrouver, il le perdait de vue parmi la foule ou disparaissait à un embranchement dans la circulation. Des fois, il avait même l’impression que Duncan le voyait, le reconnaissait et faisait exprès de le semer à travers la foule. Et puis un jour, à force de persévérance, il parvint enfin à trouver sa péniche. Il voulut pénétrer à l’intérieur mais Gwen le contacta et il dut regagner l’institut pour faire face à une urgence.
Lorsqu’il se téléporta à nouveau sur les quais face à la péniche, Macleod était visiblement de sortie, sa DS noire n’étant plus là. Sans hésitation, il en profita pour se glisser à l’intérieur et entreprendre les fouilles. Il ne savait pas ce qu’il cherchait, mais le saurait quand il l’aurait trouvé. L’avantage d’habiter dans un bateau, c’est que les pièces n’étaient pas nombreuses et qu’il était peu probable de tomber sur une pièce secrète. Il tira les tiroirs, regarda sous le lit et derrière les tableaux accrochés aux cloisons, il ouvrit le coffre au pied du lit, vérifia l’état de la salle de bain, parcourut les livres dans la bibliothèque, les CD sur la chaine hi-fi, s’attarda sur les quelques rares photos plus ou moins jaunies par le temps, mais il ne trouva rien de bien suspect. Il s’apprêtait à renoncer quand il entendit un bruit de clé dans la serrure. Duncan revenait et il lui faudrait expliquer sa présence chez lui, dans une péniche en désordre. Pas le temps de réfléchir, il s’allongea sur le lit et attendit patiemment l’arrivée de Duncan. La porte s’entrebâilla mais ce ne fut pas l’écossais qui rentra mais deux hommes qui ne furent pas moins surpris que lui de leur présence.

- « Vous, vous n’êtes pas Macleod. » Releva Jack à haute voix.
- « Vous non plus. » Répondit celui s’appuyant sur une canne.
- « Capitaine Jack Harkness. A qui ai-je l’honneur ? »
- « Joe Dawson et lui c’est Adam Pierson. »
- « Où est Macleod ? » S’inquiéta Methos.
- « Justement, je l’attendais. »

Jack afficha un large sourire mais apparemment son charme n’opérait pas sur le plus jeune. Il se méfiait et restait sur la défensive, ne le quittant pas un instant des yeux. Le barbu lui, semblait plus détendu, mais restait suspendu aux réactions du plus jeune, qui soudainement se stoppa. Et pendant une fraction de seconde, Jack revit les enfants sous l’influence des 456, juste avant de clamer haut et fort leur message au reste de la population. Une fraction de seconde seulement car un sourire se dessina sur les lèvres de Pierson.

- « Ça tombe bien, il arrive. » Lui révéla-t-il.

Il n’eut pas le temps de tourner la tête vers la porte d’entrée que Macleod apparut dans l’entrebâillement de celle-ci. Il ne l’avait pas vu arriver par les hublots, ne l’avait pas plus entendu traverser le ponton.
Macleod referma derrière lui, les yeux rivés sur le courrier qu’il tenait à la main, avança dans le couloir, descendit les trois marches pour pénétrer dans le salon et leva enfin la tête pour saluer Joe et Methos quand il se rendit compte de la présence d’une tierce personne.

- « Capitaine ?! Mais qu’est-ce que tu fais là ? »
- « Je suis en vacances. Je cherchais un guide pour visiter. » Mentit Jack.
- « Vous êtes à l’hôtel ou chez des amis ? » Demanda Methos toujours sur ses gardes.
- « Au Ritz. »

Les trois paires d’yeux se fixèrent sur lui tandis que leurs sourcils remontèrent aussi rapidement. Il se pinça les lèvres. Le Ritz existe aussi à Paris et ce n’était pas le même calibre d’hôtel que par chez lui. Il se reprit en souriant.

- « J’ai toujours rêvé de dire ça ! En réalité je suis descendu dans un hôtel miteux du neuvième arrondissement. »
- « Paris n’est plus ce qu’elle était ! » Commenta pensivement Methos.

Jack regarda Dawson puis Pierson, pour finalement se tourner vers l’écossais. Il ne dirait rien sur la vrai raison de sa visite en présence de ces deux-la. Methos avait compris le message, pourtant il resta immobile au milieu du séjour. Pas qu’il attendait l’aval de son cadet pour disparaître, mais il flairait quelque chose d’anormal chez ce type. Il aurait juré l’avoir interrompu à fouiller la péniche. Il sentit le regard du Highlander se poser sur lui comme s’il était de trop. Il prit congé sans ajouter un mot, suivant les claudications de Joe.

- « Alors ? » Demanda Macleod sans plus attendre.
- « On a trouvé un corps décapité la semaine dernière. »
- « J’ai pas bougé d’ici. Mais je suppose que tu le sais déjà. »

Jack lui tendit la photo du corps en question, photo furtive qu’il avait prise lorsqu’il était sur les docks aux côtés d’Andy. Duncan y jeta un coup d’œil, resta un instant silencieux, le regard sombre et fit un signe négatif de la tête. Jack n’insista pas, bien qu’il ait senti l’hésitation chez son interlocuteur. Il lui faudrait fouiller dans cette direction, ces deux là se connaissaient.
La stupéfaction fut la réaction qu’il avait eue en regardant la photo. Le cadavre était celui de Guiseppe Giovanni, un de ses amis. Celui qu’il devait rencontrer à Cardiff mais dont il n’avait plus de souvenir. Sur le coup, en voyant son épée encore salie, il s’était dit que la rencontre avait mal tourné et que pour une raison ou une autre il lui avait tranché la gorge. Mais si Giovanni était mort la semaine dernière, qui avait-il pu décapiter dans les rues de Cardiff trois mois plus tôt ? Joe ne lui serait d’aucun secours vu qu’il n’était même pas au courant de son excursion dans la ville galloise. Lui non, mais le guetteur de l’autre immortel était peut-être présent sur les lieux et aurait pu rapporter ce qu’il s’était passé ce soir là. Il faudrait qu’il se renseigne, mais il attendrait que Jack ne soit plus dans les parages pour cela.

- « Et pour la visite t’es partant ? » Lui demanda Jack plus sérieusement.
- « Tu veux vraiment visiter Paris? » S’étonna Macleod.
- « Les catacombes si tu veux bien. » Jack en pensant à sa quête des weevils dans la capitale française.
- « T’es sérieux ? » Macleod stupéfait par une telle requête.
- « T’es pas un vrai parisien si tu ne connais pas les catacombes. » Le chambra Jack pour éviter de s’expliquer sur les raison d’une telle visite.
- « Tu sais que c’est interdit d’y descendre. » L’avertit Macleod.
- « Les égouts de Cardiff ne sont pas moins dangereux. » Lui rappela-t-il.
- « Alors j’espère que tu ne tiens pas à ton manteau. »

Jack se pinça les lèvres. Peu de parisiens connaissaient les catacombes et si Macleod n’avait pas trop fait de difficultés pour l’y conduire, c’était plutôt mauvais signe. De deux choses l’une, soit Macleod le piègerait au milieu des weevils et il pourrait toujours s’en sortir avec son bracelet, soit il le conduirait partout sauf au nid de ceux-ci, et il devrait y retourner pour explorer seuls les galeries.
Ils attendirent que la nuit se décide à tomber avant de partir en excursion. Duncan s’équipa de lampes torches, chaussa des vieilles chaussures montantes et enfila son manteau non sans être sûr que son arme s’y trouvait. Puis ils se dirigèrent vers un terrain vague et après avoir vérifié que personne ne traînait aux alentours, ils descendirent et entamèrent leur traversée. De longs et interminables couloirs, qui se rétrécissaient jusqu’à devoir passer en rampant pour donner accès à des cloitres édifiants, parsemés de crânes et d’os entassés. Le renouvellement de l’air n’était plus assuré que par les fissures de la roche. Les odeurs de poussières et de renfermé étaient omniprésentes. Certaines pièces étaient quasiment inondées, dans d’autres la boue freinait considérablement leur périple.

- « Jack. »

Mais chose surprenante dans ce morbide décor, on pouvait quand même tomber sur des tags, des paquets de clopes ou des canettes de bières dispersées un peu partout, un peu à la façon du Petit Poucet. Cette pensée le fit sourire, balayant le sol de sa lampe torche, enfin peut-être un peu plus haut que le sol.

- « Jack ! »

Malheureusement, il ne trouva rien qui ressemblait de près ou de loin à des déchets de weevils, à des traces de sang ou de griffures animales. Même l’odeur ne lui rappelait pas les égouts de Cardiff. Pas besoin de revenir fouiller ici, il n’y avait jamais eu d’alien dans ces sous-sols.

- « Bon sang Jack, on ne peut pas avancer dans ce trou à rats sans lumière. »

Une lumière vint lui éblouir les yeux et il manqua de rentrer dans Macleod qui s’était arrêté et lui faisait maintenant face.

- « Quoi ?! » Demanda Jack innocemment.
- « Tu me matais le cul ! »
- « Non. » Mentit-il comme un gamin pris en faute.

Un doux flot de musique parvint à ses oreilles et après de longues minutes passées à le savourer, Jack se rendit compte qu’elle était belle et bien réelle. Il chercha subitement à savoir d’où provenait le son.

- « On dirait un air d’Opéra. » Lança-t-il.
- « C’est parce qu’on est sous l’Opéra de Paris. Il y a juste une armoire qui sépare les sous-sols des catacombes. »
- « T’as l’air calé sur le sujet. » Jack qui tiqua en entendant son explication.
- « Découverte accidentelle. »
- « Parce que tu viens souvent explorer les catacombes ? » Demanda Jack sur la défensive.
- « J’écoute beaucoup l’Opéra. » Se défendit l’écossais.
- « Je pensais que ton style c’était plus le rock… » Argumenta Jack de plus en plus soucieux.

S’il n’y avait visiblement aucune trace de weevils en particulier ni d’aliens en général, le fait que Macleod connaissant aussi bien les catacombes restait pour le moins suspect. Il y avait quelque chose qui clochait avec Duncan. Et tôt ou tard, il finirait bien par découvrir quoi.
La réplique de Jack n’était pas dépourvue de sous-entendus. Jack avait dû voir sa nouvelle collection de CD, sa guitare et ses partitions, signes extérieurs de son nouveau passe temps hebdomadaire. Mais cela signifiait aussi, qu’il avait eu le temps de fouiller la péniche. Le tout était de savoir pour quelles raisons exactement. A cause du corps décapité ? Il devrait peut-être se méfier davantage de ce Capitaine qui semblait jouer à un double jeu avec lui.



Citation:
Methos marchait aux côtés de Joe, passant le ponton pour rejoindre les quais. Le guetteur claudiqua en secouant la tête voyant pertinemment que l’ancien n’appréciait guère le visiteur de Macleod. C’est pourquoi il le conduisit au bar se disant qu’un verre lui ferait du bien.

- « Tu t’inquiètes qu’il perde la tête ? » Joe en s’adressant à Methos.

Methos remuait son verre n’étant apparemment pas dérangé par le volume que prenait la mousse. Il plissa un instant le front. Pourquoi parlait-il de perdre la tête ? Personne n’avait dit que Jack était immortel.

- « Qu’est-ce qui te fait croire qu’Harkness est immortel ? » Methos en se redressant.
- « Oh je t’en prie Methos ! Je te rappelle que c’est mon job. Je reconnaitrais un immortel à 20 km à la ronde, même sans le connaître. »
- « Parce que tu connais Harkness ? »
- « Je l’ai rencontré en 68. Ce n’était pas un petit garçon, il avait déjà cette apparence là. »

Flash-back.
Offensive du Têt, Vietnam, 1968.

C’était environ neuf mois avant mon accident. J’étais première classe du 13ème régiment d‘infanterie. Nous patrouillons au pas de course en attendant les renforts sur les terres de Tien Quan, au son des les chants militaires :
On dit qu’à Londres ou même à Tokyo,
Qu’on bon Marins ne fait pas de vieux os.

Nous pensions voir le bout du tunnel avec cette dernière offensive. L’ennemi était supposé s’effondrer après cette attaque. Mais sur le terrain, rien n’était simple. L’assaut fut balayé durant le mois de Février. Les Viêt-Cong avaient mis la quasi-totalité de leurs hommes dans la bataille. D’un point de vue strictement militaire, ce fut un véritable désastre. Nous avions eu beaucoup de morts et perdu les faubourgs de Saigon et la Citadelle de Hué qu’il fallait reconquérir. Les premiers jours, furent consacrés à entasser les corps sans vie dans les fosses communes. Nous ne pouvions pas nous aventurer dans la forêt sans être à la merci des Viêt-Cong. Il fallait progresser en évitant les mines, en scrutant les rizières et les marécages, surveiller nos arrières et protéger la population. Autant dire que leur sort était le cadet de nos soucis. Et puis ce fut l’occupation des territoires, réquisitions de matériel, des vivres, d’hommes, et enfin la préparation des prochaines offensives. Quand le soir tombait, tous les dangers resurgissaient, les coupes-coupes ennemis, les victuailles empoisonnées, les sacrifices humains, les cris des femmes violées et les soirées un peu trop arrosées qui dégénéraient entre nous.
J’étais trop jeune pour cette guerre. Moi je n’aspirais qu’à jouer au football, pas à aller guerroyer dans ces champs de mines. J’étais transi de peur dès ma première mission. Puis j’ai gagné en assurance, sous l’aile de mon chef de bataillon, le Sergent Andrew Cord qui avait un potentiel de chance au combat épatant tout le monde. C’était avant de savoir qu’il était immortel ! Dans tous les cas, être à ses côtés signifiait bien souvent être en sécurité. Aussi je le suivais partout. Nous attendions un dernier régiment avant de lancer une nouvelle offensive. Ils avaient du retard, beaucoup de retard. Alors le Sergent et moi sommes partis en éclaireurs. Au bout du second jour de marche en forêt, nous sommes tombés sur la route qui nous ravitaillait et l’avons arpenté jusqu’à retrouver ledit camion militaire. Il n’était pas accidenté, ni percé de balle, juste abandonné au milieu de l’unique route. Cord fit le tour, puis grimpa à l’arrière pendant que je faisais le guet. Comme j’entendais parler à l’intérieur, j’ai contourné à mon tour le véhicule. Ils étaient tous là, tous assis, tous morts avec des pétales rouges dans la bouche. C’est tout ce que j’ai eu le temps de voir avant d’essuyer une rafale de tirs ennemis. Les Viêt-Cong étaient là eux aussi. Je me suis vite mis à couvert et Cord m’a rejoint en tirant un militaire par le col. Il disait s’appeler Jack Harkness et avoir survécu au carnage du convoi. Puis nous sommes rentrés au camp de base. La première chose que le Sergent fit, fut de se réfugier sous la tente des communications. Il en était ressorti un long moment plus tard, visiblement peu satisfait. Depuis ce jour là, je crois bien ne les avoir plus jamais revus ensemble.
Apparemment son convoi n’était pas celui que nous attendions. Il ne recevait pas les même ordres que nous, avait une mission bien différente de la notre mais je n’ai jamais su laquelle. Le convoi était un commando d’élite. Et il y avait cet homme qui flirtait à tout va, ce militaire qui ne semblait pas préoccupé par la guerre, ce Major qui se faisait appeler Capitaine.
Fin du flash-back.


Le récit de Joe avait laissé Methos dubitatif et encore plus perplexe qu’il ne l’était déjà. Se pouvait-il que ce Jack soit immortel et qu’il parvienne à dissimuler sa présence aux autres ? Dans ce cas, il courrait un grand danger, Duncan courrait un grand danger, et n’importe lequel d’entre eux courraient un grand danger. Quelle autre explication pouvait-il y avoir ? Une descendance ? Non, c’était l’explication la plus couramment utilisée par les immortels pour expliquer qu’on puisse les reconnaitre d’une génération à l’autre, mais c’était scientifiquement impossible d’être la copie conforme de son père. Un sosie serait plus vraisemblable, mais, la coïncidence était trop énorme pour être vrai. Et de ce qu’il en savait, personne n’avait encore inventé de machine à remonter le temps. Il décida donc d’enquêter lui-même de son coté sans aborder ses craintes avec Joe. Et quand il aurait des preuves, il irait voir Macleod. Il retrouva le sourire et dégusta sa bière. Il n’en commanda pas d’autre préférant rester sobre pour ce qu’il s’apprêtait à faire, à savoir coincer ce tricheur d’Harkness.
Harkness n’avait pas mentionné le nom exact de l’hôtel où il était descendu. Il avait juste précisé le neuvième arrondissement. Methos saisit le bottin et téléphona à tous les hôtels, soit plus d’une cinquantaine de coup de fil à passer, pour laisser un message à M. Harkness. Mais aucun d’entre eux n’avait de réservation à ce nom là. Il avait beau essayer de le décrire physiquement au cas où il utiliserait une autre identité mais là encore, il fit chou blanc. Il avait menti, il n’était pas à l’hôtel ! C’était pratique pour ne pas laisser de trace de son passage dans une ville. Pas de réservation, pas de carte bleue et c’était comme si vous n’aviez jamais séjourné dans la capitale. Autant de précaution de sa part n’augurait rien de bon. Il prit à nouveau son téléphone et composa le numéro de Macleod. Pas même une sonnerie, directement sur le répondeur. Un frisson le traversa, pourvu que Mac ne se fasse pas avoir !

****


Jeudi soir. C’était soirée accoudé au bar à siroter des bières et chambrer Joe ou Duncan. Mais ce soir là, malgré le buzz, il ne vit pas l’écossais au comptoir.

- « Où est Mac ? » S’impatienta-t-il.
- « Il contemple sa promise. » S’amusa Joe.

Duncan avait effectivement laissé sa place du comptoir, préférant une table devant l’estrade où se produisait un nouveau groupe de rock, dont faisait partie sa jeune prof de guitare. C’était une brune aux cheveux courts, coiffés en bataille. Elle n’était pas bien grande, peut-être tout juste les 1,60m, menue, atteignant à peine les 50kg. Une fille d’une beauté pas extraordinaire, mais avec un look totalement déjanté. Un maquillage sombre, un décolleté foncé, une mini jupe quadrillée façon écossaise et de longues chaussettes noires remontant au-dessus des genoux, le tout chaussé dans une paire de Doc Martins même pas lacée. Elle n’affichait pas de collier, bracelet ou ceinture cloutée mais l’esprit était là. Elle n’abordait pas un aspect gothique, mais elle n’en était pas loin, ce qui rendait sa personnalité considérablement plus qu’intriguante. D’autant plus que son rock était fabuleux. Du grand art ! Methos tourna la tête vers son ami et le trouva d’humeur pensive. Il regarda Joe et approuva de la tête.

- « Tu détectes les nouveaux talents ? » Methos en prenant place à côté de l’immortel.
- « Je profite… »
- « … mais je n’en doute pas. » Dit-il en appréciant la tenue de la rockeuse.
- « Tu prends quelque chose ? »
- « Joe m’amène à boire. » Répondit-il.

Duncan connaissait Methos depuis relativement peu de temps au regard de son immortalité, mais il le connaissait assez bien pour savoir que quelque chose tracassait l’ancien. Et vu la soudaineté de ce tracas, il soupçonna que ça avait à voir avec Jack. Il l’aurait encouragé à parler si Methos n’avait pas pris les devants.

- « A propos du Capitaine… »
- « Tu te poses des questions ? » Le coupa Macleod.
- « Il est louche. Il fouillait la péniche quand on est arrivé, il n’est pas descendu à l’hôtel comme il l’a dit… »
- « C’est un flic qui enquête sur une décapitation à Cardiff. Je pense qu’il m’espionne depuis quelque temps déjà. J’ai l’impression de le croiser à tous les coins de rue. »
- « Non je pense que… » Tenta de lui révélé Methos avant d’être interrompu.
- « Je suis recherché là-bas et j’ai une immortelle sur mes traces ici. Sa venue tombe plutôt mal si tu vois ce que je veux dire. »

Joe arriva avec une pinte de bière pour Methos suivi du Capitaine Harkness qui se réjouit de retrouver Macleod et laissa un silence presque pesant sur le petit groupe avant que Duncan se décide à parler.

- « Tu fais la tournée des bars ? »
- « La nuit est mon terrain de chasse. » Lui sourit Jack.

Et comme si le sort s’acharnait sur la soirée, ils furent à nouveaux interrompu par un buzz. Methos et Macleod échangèrent un regard gêné. Methos n’était pas du genre à défier quelqu’un sans savoir de qui il s’agissait. Macleod aurait préféré ne pas avoir à le faire en présence du Capitaine. Il se résigna, sachant que venir à son secours ne faisait pas parti de la politique de Methos.
Jack eut à nouveau cette vision d’horreur, cette vision où les 456 stoppaient Pierson et Macleod pendant une fraction de seconde. Il attrapa un des verres sur la table et l’ingurgita cul sec pour balayer cette image de ses pensées. Il réfléchit et constata que ça n’arrivait qu’en présence de ces deux là. Ils semblaient savoir ce qui allait se passer sans avoir besoin de parler. Peut-être était-ce une sorte de télépathie ? Mais la télépathie n’était pas un moyen de communication accessible aux humains, ce qui amenait de nouveaux doutes.

- « Messieurs, le devoir m’appelle. A votre santé. » Déclara l’écossais en tirant sa révérence.

Macleod se leva, récupéra sa veste et disparut parmi la foule avant de rencontrer l’air extérieur de la sortie de secours. Il fit quelques pas dans le froid et distingua une fine silhouette allant dans son sens. L’ombre d’une parka qui s’ouvre et le reflet d’une lame sur les quelques flaques d’eau se dessina.

Jack s’apprêtait à suivre Duncan quand il fut retenu par un bras. Il leva les yeux et rencontra ceux de Pierson qui semblait bien décidé à lui barrer le chemin. Comme il le vit s’approcher, Jack tendit l’oreille. Il voulait le voir en privé, mais quelque chose lui disait que ce n’était pas pour des gâteries. Direction les toilettes pour être plus tranquille. Son flair ne lui avait pas fait défaut, Pierson s’était renseigné sur lui, lui avait fait part de sa curieuse mort pendant la seconde guerre mondiale et d’une étrange mission au Vietnam quelques années plus tard. Puis il avait fini par le mettre en garde de ne plus s’approcher de Macleod. Le Capitaine en avait vu des méchants, combattus des êtres maléfiques, survécu à tant de morts. Il n’avait pas peur. Mais si à cet instant là, il n’avait pas été cette anomalie, ce point fixe dans l’histoire, il aurait sans aucun doute été terrorisé par ce qu’il vit dans ses yeux, cette lueur indescriptible lui promettant le néant absolu. Pierson ne s’éternisa pas et il put enfin regagner la sortie et partir à la recherche de Macleod.
Il aurait volontiers utilisé son bracelet pour se téléporter, mais il devait d’abord savoir où se rendre et ça, l’écossais ne l’avait pas précisé avant de partir. La DS étant toujours là, il ne devait pas être bien loin. Il entama ses recherches au pas de course et après quelques minutes d’effort, il fut récompensé, attiré par le son caractéristique d’un duel à l’arme blanche. Il ne s’était pas trompé, il était là, brandissant son épée, fendant souvent l’air plus que son adversaire. Ce dernier ressemblait d’ailleurs plus à une adversaire. Un petit bout de femme qui se démenait tant bien que mal face aux puissantes attaques de Duncan. Pourquoi se battaient-ils ainsi ? Il y avait des moyens plus efficaces qu’une épée pour en venir à bout. Il l’observait se battre avec une telle détermination comme si c’était plus que sa vie qui était en jeu. Pourtant, quelques instants auparavant, il était absorbé par la musique, rigolait avec ses amis, était décontracté comme n’importe qui d’autre. Qu’est-ce qu’il l’avait ainsi fait changé en si peu de temps ? Ce n’était pas l’arrivée de Pierson, c’était autre chose. Tout avait basculé lorsqu’ils s’étaient figés. Il avait peut-être été hypnotisé par une tierce personne qui déclenchait ce changement de comportement par un mot ou un son. Il s’était trompé sur toute la ligne. Il n’y avait pas de faille derrière tout ça, pas plus que de weevils ou qu’autre chose d’extraterrestre. Duncan était manipulé, enfermé dans cette camisole psychique qui le contraignait à tant de malheur. Il en avait conscience, peut-être des souvenirs qui refaisaient surface, et il savait qu’il avait commis des crimes. Voilà quel était son fardeau, se savoir responsable de tous ses meurtres et de ceux à venir, sans pouvoir agir pour l’en empêcher.
A trop réfléchir, il en oubliait presque le combat. Il discernait à peine les duellistes et dut se rapprocher, se demandant encore comment intervenir. Mais la question ne se posa pas. En sortant du porche l’abritant, il fut éclairé par un lampadaire, révélant sa présence aux deux combattants. Si Duncan s’interrompit un instant surpris de sa présence, la femme, elle, saisit cette occasion pour embrocher Duncan. Alors ni une ni deux, Jack sortit son vieux Smith et Wesson qu’il ne quittait jamais et le braqua sur la jeune femme qui ne semblait pas en avoir fini avec sa proie. Elle ne lâcha pas son arme pour autant, visiblement pas perturbée par sa présence, ni même menacée par son arme à feu. Elle secoua la tête, et se tourna vers Macleod.

- « Alors c’est comme ça que tu l’as eu ? T’as triché ! »
- « Jack, va-t-en. Ne reste pas là. » Macleod comme unique réponse.
- « Tu rigoles là ? Elle vient de t’embrocher et toi tu demandes ton reste ! »
- « Tu ne dois pas intervenir. »
- « Hors de question. J’ai un flingue braqué sur elle, j’aurais déjà pressé la détente avant qu’elle n’ait eu le temps de bouger le petit doigt. »

L’immortelle ne se le fit pas redire deux fois. Si elle ne craignait pas de recevoir une balle en pleine tête, la proximité de Macleod à ce moment là, ne lui était pas favorable. Il avait déjà usé de ce stratagème à Cardiff, il pouvait très bien recommencer à Paris.

- « On se reverra. Et j’aurais ta tête cette fois-là. » Lui jura-t-elle.

Elle rebroussa chemin et disparut dans la pénombre de la nuit. Jack ne prit pas le parti de la pourchasser, préférant porter secours à Duncan gisant au sol. Il rangea son arme et s’agenouilla à ses côtés, commençant déjà à lui ouvrir la chemise pour voir l’état de sa plaie. Mais Macleod ne lui en laissa pas le temps. Il referma les pans de son caban sur lui, se leva en titubant et finit par lui lancer un regard à lui glacer les os.

- « Qu’est-ce qu’il se passe ? » Demanda Jack.
- « Tu n’aurais pas dû… »
- « Quoi ? Te sauver la vie ? »
- « Tu n’aurais pas dû assister à ça, tu n’aurais pas dû intervenir et surtout t’aurais dû rester à Cardiff. »
- « Je peux t’aider si tu m’expliques. » Lui assura-t-il.
- « Tu te trompes à mon sujet Jack. Je ne suis pas un phénomène de foire. »
- « Qu’est-ce qui te prend ? »
- « Oublie tout ce que t’as vu et entendu. Prend le premier avion et oublie-moi. »
- « J’ai l’esprit ouvert, je peux tout entendre tu sais. Je peux vraiment t’aider. »
- « Le mieux que tu puisses faire c’est de quitter la France. » s’énerva Macleod.
- « Si c’est ce que tu veux… »

Il hocha la tête en silence, lui laissant le temps de revenir sur ses paroles. Jack pensait sincèrement pouvoir lui venir en aide, mais si ce dernier refusait, il n’aurait d’autre choix que de le considérer comme n’importe quel autre homme recherché par la police anglaise. Il s’arrêta un instant et sans se retourner, remonta sa manche pour faire apparaître un large bracelet qu’il manipula et un faisceau de lumière plus tard il se volatilisa sous les yeux ébahis de l’immortel.
Emporté par la douleur, Duncan crut le voir se volatiliser, disparaître en une lumière vers les cieux, mais se dit que c’était lui qui partait rejoindre le royaume de l’obscurité, pour un instant du moins. Alors Duncan relâcha toute la pression accumulée jusqu’alors et s’effondra sur le bord du trottoir, mourant paisiblement dans son coin.
Il faisait déjà jour quand il se réveilla, et ne gisait plus sur les caniveaux de la ville. Il était au Blues Bar, non loin de Joe qui grattait les cordes de sa guitare et Methos qui se laissait bercer par les notes de blues. Sa respiration repartit d’un coup et il se redressa sous l’effet de la douleur. Il passa sa main sur ses abdos, constatant que la plaie était en train de cicatriser.

- « Alors ? » Demanda Methos une fois Macleod remis.
- « Un coup pour rien. »
- « Mais encore ? »
- « Elle croit que j’ai tué son mari. Je ne savais même pas comment elle s’appelait alors son mari, tu penses bien ! »
- « Elisa Van De Boerk… son dernier mari en date était l’immortel Gabor Minar, un metteur en scène baroque et flamboyant. Physique de rebelle insouciant. On disait de lui qu’il avait réussi à réveiller le septième art figé dans ses effets spéciaux, qu’il avait su redonner au cinéma du sens et de la richesse. » Récita Joe comme s’il avait appris sa leçon par cœur.
- « On voit que t’as fait tes devoirs, t’es sacrément bien renseigné ! » Railla Methos.
- « Qu’est-ce que tu crois, j’ai révisé ma copie avant de venir ! Minar est mort à Cardiff il y a environ trois mois, mais on ignore qui était son challengeur. »
- « Ça ne me dit rien. Cedi dit, ça pourrait coller. Maudit soit Cardiff !!! » Pesta Macleod dans ses dents.
- « T’es allé à Cardiff ? » S’étonna Joe qui n’était pas au courant.
- « Je n’en ai pas gardé beaucoup de souvenirs. »

Methos n’avait pas posé la question du devenir de Jack dans cette affaire, mais il n’eut pas besoin de le faire car il ne le revit plus trainer dans la capitale. Il se flatta de son intervention, fier de se savoir encore menaçant après toutes ces années. S’il en était heureux en apparence, à l’intérieur, il s’inquiétait. Il ne pouvait décemment lui laisser le champ libre avec une telle supériorité. Les immortels devaient pouvoir se reconnaître entre eux, c’était une loi immuable.
Macleod se leva et se dirigea vers la sortie. Il devait savoir si oui ou non il avait tué ce Minar. Sans les guetteurs, et sans se rendre à Cardiff, la tâche lui parut vite ardue. Et les six mois qui suivirent confirmèrent ses craintes. Il ne lui restait plus qu’une solution, qu’il n’arrivait pas à envisager : voler les dossiers de Torchwood !

Durant les trois mois qui suivirent, il ne vit que très peu Methos et quand il passait un moment en sa compagnie, il le trouvait absent ou absorbé par ses propres préoccupations. Il lui proposa volontiers son aide, mais essuya sans grand étonnement un refus. L’ancien préférait passer la majorité de son temps enfermé chez lui à lire. La nostalgie rattrapait aussi l’ancien pensa-t-il. Il lui laissa la paix, attendant que son coup de blues prenne fin. Puis son ami se mit à voyager, sans doute pour faire un pèlerinage et se ressourcer.
Retrouver le souvenir de ce maudit quickening tournait à l’obsession pour Duncan, et pas même ses cours plus qu’approfondis de guitare ne parvenaient à le distraire. Sa jolie prof, répondant au doux nom d’Alison avait pourtant bien tout essayé pour le détendre, quitte à jouer de ses charmes, mais le résultat ne fut pas aussi concluant qu’elle l’espérait. « Il y a une autre femme n’est-ce pas ? » avait-elle fini par lui demander. Il ne put répondre que par l’affirmative, songeant à l’ombre que faisait planer cette immortelle au-dessus de lui, même si ce n’était pas vraiment ce à quoi faisait allusion la musicienne. De bonne composition cette dernière lui laissa le temps nécessaire d’en finir avec cette histoire et lui demanda de la recontacter quand il serait enfin prêt à passer à autre chose.
Lorsque Methos fut enfin de retour, il s’étonna de le voir fricoter avec les guetteurs. Il voulait peut-être s’assurer qu’aucun lien ne pouvait se faire entre lui et Methos. Pour l’ancien, c’était vital qu’il garde son anonymat, même chez les mortels. Il aurait aimé avoir Methos à ses côtés, pour pouvoir se confier, pour pouvoir oublier ses tracas. Mais celui-ci se faisait rare et discret, à tel point qu’un beau jour, il disparut sans prévenir personne. Quelque chose avait dû mal tourné. Mais ça n’inquiétait pas Duncan outre mesure. Il savait que l’ancien réapparaîtrait un jour ou l’autre, peut-être même dans quelques années. Ça faisait trois mois qu’il n’avait plus de nouvelles de Methos. Six mois qu’il en avait plus de Jack. Et le problème Elisa Van De Boerk n’était toujours pas résolu.

****


Le départ de Jack ne pouvait être qu’une bonne chose, mais ça ne réglait pas pour autant le danger qu’il représentait. Methos ne laissait jamais le moindre doute planer quand il s’agissait de sa tête. Soudain une inquiétude le traversa. Et si Jack n’était pas unique mais qu’il y ait d’autres immortels partageant le même secret que lui. Il entreprit aussitôt d’en savoir plus sur le non-buzz du Capitaine. Il hésita à en parler au Highlander, mais son hypothèse était tellement grotesque vu de l’extérieur, qu’il s’abstint de toute tentative avant d’avoir des preuves irréfutables. De toute façon, tant qu’il aurait un œil sur Jack ou sur Macleod, il contrôlerait la situation.
Il commença par relire toutes ses vieilles chroniques espérant trouver une annotation à ce genre de possibilité, une fable, une incantation magique, un brouilleur d’ondes, ou encore un ancien cas dans le passé. Il lut toutes les chroniques qu’il avait sous sa main, voyagea aux quatre coins du monde pour mettre la main sur d’anciens volumes puis devant l’échec cuisant de sa démarche, il décida de s’en référer aux guetteurs qui avaient sans l’ombre d’un doute des archives plus complètes que les siennes. Mais il ne voulait pas que cette affaire s’ébruite au risque que Joe soit mis au courant et n’en parle au Highlander. Ça ne le concernait désormais plus alors autant éviter de compliquer les choses.
Officiellement, Methos avait démissionné de l’organisation et n’y avait plus accès. Il contacta alors son successeur, Prosper, et le persuada de l’aider à vérifier une hypothèse selon laquelle Methos se dissimulerait parmi les mortels grâce à un non-buzz. Le mensonge était si gros à faire avaler, qu’il fonctionna à merveille. Le problème était qu’une trentaine d’années s’étaient écoulées entre aujourd’hui et son entrée chez les guetteurs. Et le coup du lifting ne marcherait surement pas avec eux. Le pire de tout était d’éveiller les soupçons sur lui. Il devait paraître d’un âge plus que mûr. Une barbe, des cheveux gris, une canne, des lunettes et pourquoi pas aussi un peu de ventre pour parfaire son vieillissement ? Et Prosper n’y vit que du feu, peut-être trop excité d’avoir une nouvelle piste à explorer pour retrouver la trace du plus vieux des immortels encore en vie. Il lui laissa ses habilitations, et se chargea même d’une partie du boulot. Bien sûr Methos resta sous bonne garde, toujours sous l’œil avisé de Prosper, mais ça lui était bien égal ! Malheureusement après trois longs mois de recherches intensives, il dut se rendre à l’évidence, les guetteurs n’en savaient pas plus que lui. Et il n’en savait pas plus non plus sur ce Jack Harkness, ce qui confirmait un temps soit peu ses craintes. Alors il prit le taureau par les cornes et s’envola pour Cardiff, à la recherche de cet immortel qui faisait croire qu’il n’en était pas un !



Citation:

Cardiff, Septembre 2015.
La dernière chose qu’il fit avant de prendre son avion, fut de se rendre dans un cabinet de coiffure. Il savait qu’il était toujours recherché là-bas, et avoir les cheveux longs était un signe extérieur très distinctif. Aussi pour éviter de se faire identifier dès qu’il aurait posé les pieds au sol, il préféra adopter une coupe, disons plus classique, plus passe-partout. Désormais, il avait les cheveux courts, coiffés en bataille à l’aide d’une noisette de gel.
Le premier soir, Duncan demeura dans sa chambre, prit son repas face à un jardin luxuriant de Cathays Park, marcha pieds nus sur le parquet sombre de la salle de bain avant de se plonger dans une eau mousseuse. Plus tard, il ouvrit le grand lit, se glissa sous les couvertures et resta un long moment à contempler les boiseries au plafond. Il était encore temps de renoncer se répétait-il à chaque fois qu’il élaborait son plan d’action. D’abord surveiller les lieux, ensuite noter les habitudes, puis élaborer un plan, entrer en action et disparaître à tout jamais. Voilà ce à quoi il devait impérativement s’en tenir.
Le lendemain, il se rendit au cimetière de Clare Road faire ses adieux à Giovanni. Ce n’était jamais vraiment un plaisir de se rendre dans ce genre d’endroit. Paradoxalement, les résidents eux, y étaient bien, reposés, en paix… Un silence de recueillement régnait laissant la plupart des gens s’entendre penser. Duncan n’y fit pas exception. Il était venu voir son ami, était reparti sans l’avoir vu, avait fait son deuil une première fois, puis une seconde fois, soulagé de ne pas être son meurtrier mais assombri de se savoir responsable. Car c’était ni plus ni moins qu’une histoire de vengeance de la part d’Elisa face à la mort de son mari. Au départ, elle s’était mis en quête des tous les ennemis de son homme. Puis ne trouvant pas le responsable, elle s’était décidée à parcourir la ville de la dernière escale de Gabor à savoir Cardiff. Son acharnement avait fini par payer quand trois mois plus tard elle parvint à dénicher le seul immortel du coin. Un italien dans une ville galloise, quel drôle de mélange ! Elle l’avait défié et avait eu le dessus. Elle était tellement persuadée d’avoir trouvé en lui son assassin, qu’elle n’avait pas hésité une seule seconde à lui trancher la gorge malgré ses protestations. Seulement voilà, quelques jours plus tard, la presse avait fait écho de cette histoire, en avait fait son titre principal et le meurtrier présumé ne ressemblait guère à Giovanni. Ils n’avaient pas su l’identifier, n’avaient pas de photos juste un portait robot. Elisa était pleine de ressources et cela lui avait suffit pour retrouver la trace de Macleod. Les immortels formaient un clan restreint où tout le monde finissaient tôt ou tard par se connaître ou du moins se faire connaître. Un petit tour auprès d’anciennes connaissances et le portrait robot avait porté ses fruits en identifiant l’immortel en question. Après, le retrouver fut un jeu d’enfant.

Le troisième jour, Duncan se décida enfin à lui rendre visite, enfin de marnière détournée. Il se rendit sur la place du Millenium et attendit de le voir apparaître. Jack n’arrivait jamais du même endroit, parfois il était seul, parfois accompagné. En général, il ne restait jamais sur la place, faisait le détour par la jetée, ou disparaissait dans les parkings du sous-sol du centre-ville. L’écossais avait déjà tenté de le suivre mais perdait fatalement sa trace au bout de quelques minutes. Il était cependant sûr d’une chose, que l’office de Tourisme n’était qu’une couverture. C’est donc par là qu’il entama ses investigations. Il y rendit une première visite dans la journée, se faisant passer pour un touriste français. Coiffé d’un béret et vêtu d’une chaude chemise à carreaux, il jouait à merveille le rôle d’un parfait touriste perdu dans une ville où il ne comprenait que très mal le langage. Il avait pris quelques brochures, histoire de faire le tour de l’office et ainsi repérer les caméras de surveillance. Puis s’était rendu à l’accueil où une jeune métisse le renseigna après avoir eu un moment d’absence, comme si elle l’avait reconnu. Il s’était alors attendu à voir apparaître le Capitaine et s’apprêtait à déguerpir au plus vite. Heureusement pour lui, ce ne fut pas le cas, et il put rester sur place encore un peu, le temps pour lui d’en apprendre un peu plus. Et il ne fut récompensé qu’au moment de partir lorsque que la secrétaire reçut un coup de fil et qu’elle disparut un instant dans l’arrière salle. Il aurait juré avoir reconnu la voix de Jack, mais ne s’apitoya pas sur son impression. Il se pencha par dessus le comptoir et vit des caméras projetant des images d’autres pièces et un disjoncteur rempli d’un système électrique bien trop volumineux pour une simple porte d’office de Tourisme. Il entendit des talons claquer à nouveau sur le parquet et regagna sa place, se tournant vers un plan de la ville affiché en grand sur un des pans de la pièce. Il prit note des heures de fermeture et regagna la jetée, marivaudant sur les pontons où quelques plaisanciers étaient à quai.
Il passa sa journée à discuter avec quelques navigateurs, parlant de Cardiff, de Paris, de sa péniche de ce magnifique yacht qu’il se voyait bien acheter et entamait les négociations jusqu’à passer à un autre plaisancier. Rester dans le coin lui permettait de repérer les allers et venues à l’office de Tourisme. Beaucoup de touristes, un policier en service et autres « agents municipaux » entrant et sortant à l’heure de la pause déjeuner. A 19h30 l’office fermait, laissant trois employées sortir de leur lieu de travail. Jack n’était pas sorti, mais à la fois, il n’était pas non plus certain qu’il soit encore à l’intérieur. Il y avait probablement une autre sortie, ou peut-être était-il tombé sur son jour de repos. Aussi il ne s’en soucia guère, mais décida de rester prudent et toujours sur ses gardes.
Duncan avait regagné son hôtel pour préparer sa visite nocturne. Habits sombres pour se confondre dans la pénombre de la nuit et passer inaperçu aux yeux des caméras si elles étaient branchées durant la nuit. La porte d’entrée de l’office n’était pas en elle même compliquée à forcer et en quelques secondes il pénétra à l’intérieur. Un rapide tour d’horizon à l’aide de sa lampe torche, et il se précipita derrière le bureau de la secrétaire. Pas d’écran allumé, pas d’alarme enclenchée, il n’aurait pas la visite des policiers de la ville. En revanche, il discerna un cache qui n’avait guère sa place ici. Il le souleva et appuya sur le bouton qu’il dissimulait avant qu’un épais pan du mur derrière lui ne bascule, l’invitant à rentrer. Le sourire aux lèvres il ne se fit pas prier. A peine était-il à l’intérieur que la porte se referma sur lui, les lumières s’activèrent, les caméras entamèrent un long ballet pour sillonner l’étroit couloir et il entendit tout se verrouiller sans qu’il puisse y faire quelque chose. Il revint en arrière mais impossible de trouver le mécanisme inverse d’ouverture de la porte. Il tenta sa chance avec l’unique autre sortie possible, mais il n’eut pas plus de résulta. Il tapa, tambourina, sortit son épée pour faire levier, pour sectionner un câble et faire sauter l’électricité, en vain. Il allait renoncer quand il entendit une voix proche de lui.

- « On dirait que t’as fait ça toute ta vie ! »
- « Jack… c’est toi ? » Duncan en reconnaissant cette voix.
- « Pourquoi, tu cherches quelqu’un autre ? » Plaisanta Jack.

Ce petit rire si anodin en apparence soulagea Duncan. C’était bien lui ! Il se jeta sur la porta et tenta de l’ouvrir, pensant que Jack lui viendrait en aide, mais le sas résistait toujours.

- « Pas la peine de t’exciter comme ça, personne ne t’entend, c’est insonorisé. » Railla-t-il.
- « Tu m’emprisonnes dans un couloir ? »
- « Tu t’es emprisonné tout seul comme un grand ! Le système de sécurité s’est enclenché automatiquement. Il faut un code pour te libérer. »
- « Et bien sûr tu ne connais pas ce code ! » Désespéra Macleod.
- « Si. Mais faut être deux pour rentrer les coordonnées. »
- « On est deux. »
- « Mais tu n’es pas du bon côté de la porte. »

Duncan s’adossa au sas et se laissa finalement glisser à même le sol. Il était coincé et se débattre ne servait à rien. Il connaissait déjà la suite. Au mieux ses collègues allaient arrivées, alertées par l’alarme, au pire c’était la police qui ferait le déplacement et il se retrouverait vite au trou avant d’être jugé et enfermé dans une prison. Il était coincé et devait prendre son mal en patience. Et en attendant, la seule chose qu’il pouvait encore faire c’était de discuter avec Jack. Il plissa le front comme gêné par cette dernière pensée.

- « T’es derrière cette porte ? Pourquoi est-ce que je t’entends si c’est insonorisé ? »
- « Le haut parleur est juste au dessus de toi, et les caméras zooment sur ta frimousse pour t’identifier. »

Les caméras se focalisèrent sur le visage, le figèrent et la procédure d’identification se mit en route automatiquement. Toutes les données seraient enregistrées et impossibles à effacer, du pain béni pour la boss de Torchwood !

- « Tu fais des heures sup’ ? » Demanda Macleod sur les raisons de sa présence au bureau à une heure plus que tardive.
- « En fait j’habite ici. »
- « T’es de gardes tous les soirs alors ? » Lui fit-il remarquer.
- « T’as raison, faudrait que je demande une augmentation ! Et toi, qu’est-ce que tu fais là ? »

Macleod accusa un certain temps de silence. Avouer les vrais raisons de sa présence serait perdre sa seule chance de parvenir à ses fins. Mais il ne voyait pas bien comment il pourrait s’en sortir cette fois-ci. Une porte les séparait et les confidences étaient toujours plus faciles caché derrière une porte.

- « Je voulais récupérer toutes les infos que t’as sur moi. » Finit-il par avouer.
- « Pourquoi crois-tu que j’ai des dossiers sur toi ? »
- « Parce que t’es un agent du gouvernement spécialisé dans les phénomènes paranormaux. »
- « Les décapitations ce n’est pas de mon ressort. »
- « Te fiches pas de moi, je suis sûr que t’as fait le lien avec la foudre et les coupures de courant ou les vitres brisées. »
- « Effectivement… mais j’ai pas encore d’explication. »
- « T’en aurais eu une si t’étais pas intervenu lors du combat. »
- « C’est ce qu’il se passe lorsque tu tranches la tête de quelqu’un ? » Se renseigna Jack.
- « Non. C’est ce qu’il se passe lorsqu’un immortel prend la tête d’un autre immortel, il libère le quickening, la puissance de l’éclair et un tourbillon plus tard, le vainqueur récupère toute sa puissance et ses connaissances. »

Jack le laissa se confesser. Pas qu’il voulait lui tendre un piège ou utiliser ses aveux contre lui, mais sa curiosité l’emportait. Il ne s’agissait pas de phénomènes normaux, les immortels n’étaient pas normaux, et la seule chose dont il avait peur à présent c’est qu’il représente un danger pour les humains et qu’il doive prendre des mesures draconiennes.

- « T’as besoin de tuer pour survivre ? » Osa-t-il à peine à demander.
- « Non. Ce n’est qu’un jeu, un jeu stupide certes, mais auquel on ne peut échapper. Si je refuse de me battre je meure, et je n’ai pas envie de mourir. »
- « Je n’ai pas non plus envie que tu meures. » Confessa Jack.
- « T’es là depuis longtemps ? » Duncan pour changer de sujet de conversation.
- « Je t’ai observé à roder toute la journée autour de la base. »
- « Et tu n’as rien fait ? »
- « Tu voulais que je fasse quoi ? Tu m’as fais suffisamment comprendre que tu ne voulais pas que j’intervienne alors je ne suis pas intervenu. Aurais-tu changé d’avis ? »
- « Non. »
- « C’est bien ce que je pensais. Et t’es d’où exactement ? »
- « D’Ecosse, mais ça je te l’ai déjà dit. »
- « Non je voulais savoir de quelle planète. »
- « De quelle planète ? »
- « Ben oui ! Il parait évident que tu viens d’une autre planète. Les immortels n’existent pas sur Terre. Ce n’est pas la faille qui vous a amené là vu qu’elle ne réagit pas à vos… trucs de l’éclair. Je suppose que vous vous êtes crashés sur cette planète et vu qu’elle est protégée par le traité de la proclamation de l’Ombre vous avez dû vous cacher parmi la population le temps de pouvoir repartir. Mais les humains ne sont pas assez évolués et vous êtes bloqués ici depuis… aller, on va dire des années ! Mais si tu me donnes le nom de ta planète, je pourrais enfin te renvoyer chez toi. »
- « Quoi ? Nooon ! Je… je ne suis pas un extraterrestre et j’ai encore moins de vaisseau spatial ! Je suis né en 1592 à Glennfinan, je suis humain, immortel mais humain. »
- « T’es né de parents humains ? C’est pas logique… »
- « Mes parents adoptifs, oui. »
- « Mais tes parents biologiques ? »
- « Je ne sais pas. Personne ne le sait. On est seul, toujours tout seul… » Macleod en se perdant dans une mélancolie peu familière, puis il se ressaisit aussitôt. « Hé minute, t’as dit que tu me renverrais chez moi ? »
- « Je peux nous téléporter sur n’importe quelle planète mais il me faut un nom. »
- « N’importe où ? »
- « Je viens de te le dire. »
- « Si tu peux te déplacer n’importe où dans la galaxie, pourquoi est-ce que je suis enfermé dans ce couloir ? »

Jack remonta sa manche, tourna son bracelet et actionna quelques boutons puis disparut dans un faisceau de lumière pour réapparaître dans ce même faisceau dans le couloir secret face à Macleod. Il lui adressa un sourire rempli de regret et s’excusa à sa manière.

- « Parce que j’ai complètement oublié que je pouvais faire ça ! » Dit-il en saisissant Duncan par la hanche et en activant à nouveau le téléporteur pour revenir à l’intérieur du Hub.
- « C’était quoi ça ? » Duncan en regardant tout autour de lui.
- « Ecoutes Macleod. Je ne suis pas flic, je ne travaille pas pour le gouvernement et je n’étudie pas les phénomènes paranormaux. Je suis né au 51ème siècle, j’ai voyagé dans le temps et dans l’espace. D’habitude je fais ça à bord d’un vaisseau, mais là, je me contente de mon bracelet. Et si tu veux savoir, de toute l’histoire de la Terre, de la galaxie et de tout l’univers je n’ai jamais entendu parler d’immortel. »
- « Le gathering aurait déjà eu lieu ? »
- « Quel rassemblement ? »
- « A la fin, il ne peut en rester qu’un. Lorsqu’arrivera l’heure finale, les deux derniers immortels seront irrémédiablement attirés vers un lieu pour disputer l’ultime combat. Il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur, c’est le jeu. »
- « Peut-être que toi et les tiens vous avez fait comme nos femmes, vous vous êtes envolés vers différentes destinations pour échapper à votre… jeu. »
- « On se serait caché assez loin les uns des autres pour ne pas être tenté de s’entretuer ? J’ai du mal à le croire ! Même avec toute la bonne volonté du monde, on ne pourrait pas défier cette règle-là. »
- « J’ai pas d’explication à te donner. La seule chose que je sache c’est que le 21ème siècle est le siècle de tous les changements, et qu’il faut s’y préparer. »
- « C’est pour ça que t’es ici ? »
- « Il faut quelqu’un pour surveiller la faille spatio-temporelle de Cardiff. »
- « Et qui de mieux que celui qui connait l’avenir ? »
- « Je ne suis pas incollable sur le sujet. »

Un silence s’installa entre eux, laissant l’immortel à ses pensées et le Capitaine aux siennes. Mais il ne pouvait plus attendre, Gwen recevait automatiquement les données du Hub chez elle et elle ne tarderait pas à rappliquer pour coincer le « décapiteur » comme le surnommait la presse ici. Elle avait encore son âme de policier et sa soif de justice qui la rendait réfractaire à enterrer une histoire de meurtre.

- « Je n’ai pas le droit de te faire entrer dans la base et encore moins de te dévoiler nos activités. Pour ton dossier, faut voir ça directement avec le commissariat du coin. »
- « Pourquoi est-ce que tu me racontes tout ça ? »
- « Parce que je vais t’effacer la mémoire. »
- « Ça n’a pas marché la dernière fois. »
- « Ce n’est pas parce que ça n’a pas marché une fois que ça ne fonctionnera pas une seconde fois ! »

Duncan ne commenta pas et se résigna à laisser Jack faire ce qu’il avait à faire. Il le vit sortir sa fiole argentée dans la poche intérieure de son veston et la lui tendre pour l’inciter à boire une gorgée. Une impression de déjà vue s’immisça en lui. Il se doutait que la fiole était remplie de drogue et il aurait pu refuser de s’abreuver, mais dans tout les cas, de gré ou de force Jack lui aurait quand même effacé la mémoire, alors autant que ça se fasse en bonne intelligence. Il lui rendit sa fiole et Jack saisit les clés du SUV et l’invita à le rejoindre pour le ramener à sa chambre d’hôtel où il le déposa et repartit à la base sans se retourner.
Entre temps Gwen était arrivée et s’emporta contre Jack qui, une fois de plus, s’était arrangé pour faire tout oublier au décapiteur. Il le tenait et ne lui restait plus qu’à le livrer à la police. Elle ne comprenait pas quel intérêt il avait à le couvrir ainsi. Ce n’était pas un alien et il devait assumer les conséquences de ses actes. Jack avait beau lui rappeler que c’était un immortel et qu’il n’obéissait pas aux mêmes règles, mais Gwen n’en démordait pas, des hommes étaient morts et si ça ne relevait pas de Torchwood, alors il appartenait à la police locale de le mettre sous les verrous. Elle ne pouvait pas laisser un assassin ainsi en liberté, quand bien même il soit immortel, sous prétexte qu’il était devenu subitement deux fois amnésique ! Elle saisit son portable et appela Andy. Vu l’heure plus que tardive, ce dernier n’était plus en service. Elle tomba donc sur le répondeur et laissa un message lui révélant que le décapiteur était revenu et qu’il était prêt à être cueilli dans sa chambre d’hôtel.

****


Avec les nouvelles responsabilités qu’il avait, Andy se devait d’être joignable à n’importe quel moment de la journée ou même de la nuit. Mais il ne voulait pas non plus être sans cesse dérangé pour des broutilles. Donc le soir, le week-end, les jours fériés et pendant ses vacances, il laissait automatiquement le répondeur se déclencher, puis il consultait le message et décidait alors de l’urgence de celui-ci. Ce soir-là, il assistait à l’enterrement de vie de garçon de l’une de ses jeunes recrues.
La fête se déroulait dans l’appartement d’un de ses collègues, transformé pour l’occasion en vrai boite de nuit, avec une barre de strip-tease au milieu de la pièce, un gâteau géant d’où sortait la gogo danseuse, du champagne coulant à flot et autres boissons alcoolisées débordant du bar sous une musique battant son plein. Les hôtesses en petites tenues se faufilaient parmi la foule de policier, dont la plupart étaient encore en uniforme pour coller avec le thème de la soirée. Le futur jeune marié, imbibé au possible était tenté par tout son harem. L’encouragement des ses coéquipiers à sauter le pas tant qu’il était encore temps ne l’arrangeait guère. Et sans plus maîtriser ce qu’il faisait, il se retrouva dans la chambre du fond, la gogo à califourchon sur lui avec un truc vibrant sous son dos. Il n’avait déjà plus de chemise et lorsque son pantalon tomba il sentit à nouveau cette vibration accompagné un léger son aigu. Un téléphone, voilà ce qui le dérangeait. Il s’apprêta à s’en débarrasser quand il songea que c’était peut-être sa future épouse. Alors la panique s’empara de lui, il vira sur le champ son accompagnatrice, se rhabilla en vitesse, toussa pour récupérer son sérieux et se mit à chercher le téléphone parmi la masse de vêtements empilés sur le lit. Une nouvelle vibration avec une légère sonnerie lui permit de mettre enfin la main dessus. Il écouta le message, ne reconnut pas la voix de sa bien-aimée, mais à la fois, son état d’ébriété avancée ne devait pas jouer en sa faveur. Seulement le contenu de ce message n’était pas cohérant, en tout cas pas de la part de sa petite amie. Il regarda le téléphone sans vraiment le reconnaître, le remit à son oreille pour entendre le mot « décapiteur ». Et là, toute sa lucidité lui revint d’un seul coup et il sortit en trombe de la chambre à la recherche de son supérieur.
Quand Andy comprit que ce n’était pas une farce, il joignit le commissariat central et demanda des recherches et des renforts pour coincer le suspect à son hôtel. Puis il quitta la fête à regret, seul malgré les protestations des ses agents, mais il préférait les laisser en profiter, surtout que l’appel venant de Gwen, il y avait de forte probabilité pour qu’il y ait du surnaturel derrière et ça deviendrait plus compliquer pour étouffer l’affaire. Il passa donc au poste central, récupéra son arme, ses menottes, son gilet pare-balle, demanda aux agents présents de l’accompagner au cas où, et après avoir succinctement repoussé la porte, il grimpa dans un des véhicule et partit en trombe. Ils encerclèrent l’hôtel, se planquèrent aux niveaux des sorties et attendirent qu’Andy fasse son boulot. Il n’était pas très rassuré à l’idée d’être seul face à l’ennemi public numéro un, mais à la fois, avec un pistolet contre une épée, il était déjà plus tranquille. En fait ce qu’il l’embêtait le plus c’était que Gwen ait refusé de lui prêter main forte. Il s’avança, lentement, silencieusement et arrivé devant la porte de ladite chambre, il respira un bon coup avant de donner les sommations habituelles. Il n’eut en réponse qu’un silence des plus oppressants. Alors il glissa le pass réquisitionné à l’accueil et la porte s’ouvrit devant lui. L’arme tenue bien en main, il avança prudemment, fit le tour de la pièce, sans y trouver âme qui vive. Il activa son talkie walkie pour contacter ses collègues et n’eut en réponse que des « R.A.S ». Il fit demi tour, renvoya ses collègues à la base tandis que lui irait tirer cette affaire au clair avec Gwen en personne.

****


Allongé sur son lit, Duncan ne trouvait pas le sommeil. Il s’attendait à tomber de fatigue comme la dernière fois, mais non ! Le breuvage mettait probablement un certain temps avant de faire effet. Il repensa aux derniers évènements. Le ton employé par Jack était convainquant mais l’intention n‘y était pas. Son regard lui indiquait les caméras de surveillance un peu partout dans la pièce et alors l’immortel avait saisi le message. Encore une fois il le couvrait, de quoi, il l’ignorait, mais le Capitaine avait surement une bonne raison d’agir ainsi. Peut-être que finalement, il était plus fiable qu’il ne l’avait supposé antérieurement. Il avait parlé de commissariat… se souvint-il en se redressant d’un coup sur le lit. Il devait foncer au commissariat pour voler les dossiers avant de tout oublier.
Bizarrement son excursion non préparée au commissariat se déroula mieux qu’à l’office de Tourisme. C’était comme si tous les policiers avaient désertés leur base en urgence. Il y avait bien des agents de garde, mais en sous-effectifs. Il contourna le bâtiment et après avoir testé toutes les fenêtres, il en trouva une de mal fermée. Il la poussa et après quelques mouvements dignes des plus grands contorsionnistes, il se faufila à l’intérieur et se retrouva dans les vestiaires, remplis de casiers, et d’uniformes des policiers appartenant à cette division. Avec un peu de chance, il réussirait à se faire passer pour un flic. Il ouvrit les casiers, et attrapa le premier uniforme qu’il trouva à sa taille et l’enfila. Il enfonça sa casquette le plus possible sur sa tête pour éviter qu’on le reconnaisse au premier coup d’œil. Puis il pénétra dans la pièce, passa devant l’accueil vide, traversa le couloir et tomba sur trois officiers de gardes qui le dévisagèrent. Il poursuivit sa route, espérant ne pas avoir à se défendre, mais l’un d’eux le rattrapa et le stoppa alors qu’il allait s’enfermer dans le premier bureau venu.

- « T’es en retard. » Lui dit le policier.
- « Pardon ? »
- « Les renforts sont déjà partis cueillir le décapiteur à son hôtel. » S’expliqua-t-il.

Sa ruse fonctionnait à merveille, et apparemment personne ne l’avait reconnu. Les patrouilles de nuit ne devaient pas connaître tous leurs homologues de jour et il avait réussi à se faire passer pour l’un d’un. Alors il continua la comédie se disant qu’il n’avait pas beaucoup de temps devant lui si les flics étaient déjà à son hôtel. Il tenta le tout pour le tout. Avec du culot, ça passe toujours, pensa-t-il.

- « Je dois sortir son dossier pour préparer sa garde à vue. » Mentit Macleod.
- « Andy a laissé son bureau ouvert, fais comme chez toi. »

L’immortel sourit et pénétra dans le bureau en question. Un café encore chaud trainait sur une table, des ordinateurs encore allumés téléchargeaient et des recherches lancées s’affichaient à l’écran représentant bel et bien l’hôtel où il séjournait ! Il devait se dépêcher, la cavalerie n’allait pas tarder à regagner son QG. Il pourrait s’en sortir face à trois personnes mais pas face à tout un contingent. Il récupéra tous les dossiers en essayant de ne pas mettre tous les bureaux sans dessus dessous, détruisit les preuves le concernant et consulta le contenu du dossier. Pas de témoin oculaire, des simples phrases rapportées et sorties de leur contexte, des allégations à tout va et de longues déductions. Minar était assez éméché ce soir là, énervée par une hystérique qui le poursuivait, par des commentaires vaseux de la profession et par un trophée qui l’emmerdait plus qu’autre chose. Commençaient alors les hypothèses les plus saugrenues le concernant. Mais une chose était sûre, une bande de jeunes l’avaient formellement identifié à la sortie des égouts où le corps de Minar avait été retrouvé quelques heures plus tard.
Une hystérique le poursuivait. Ce détail ne lui paraissait pas si anodin que ça. Il se remémora une jeune fille en pleurs. Il ferma les yeux, essayant de s’imaginer la scène et de brèves images lui apparurent. Un soir, une rue déserte, un buzz, des cris d’une femme et le tout avait suffi pour qu’il aille à son secours. Le dialogue était impossible avec l’immortel, visiblement trop saoul, ni même avec la jeune femme, visiblement en état de choc. Et il l’avait vu sortir son épée. Tout était parti de là, le combat, la glissade dans la bouche d’égout, le quickening au beau milieu d’un refuge pour bêtes sauvages, la rencontre avec Jack, l’amnésie, etc. Il avait tué un immortel sur un simple malentendu, le croyant coupable alors que la groupie hystérique n’était pas si innocente qu’elle en avait l’air.
Il leva les yeux des dossiers qu’il avait maintenant en sa possession, les camoufla du mieux qu’il put et sortit du commissariat prétextant un besoin irrépressible de nicotine. Et il se retrouva à marcher au beau milieu de nulle part, arpentant les rues, passant d’une intersection à une autre sans chercher à se repérer où à regagner un lieu en particulier. Le problème étant qu’il ne pouvait regagner son hôtel, qu’il n’avait pas de pied à terre ici et que joindre Jack était exclu. Il aurait pu chercher à rentrer seul, pourtant à bien y réfléchir, il se disait que Jack avait déjà pensé à tout et il s’attendait à ne pas être au bout de ses surprises. Après tout, avec un bracelet téléporteur, il n’était pas à l’abri d’une rencontre fortuite. Et ses pas le conduisirent à nouveau à la tour qu’il contempla sans oser s’y introduire une seconde fois.



Citation:
Methos avait eu du mal à retrouver la trace du Capitaine Harkness. Son grade l’avait mis sur une mauvaise piste puisqu’il n’était pas inscrit dans les registres militaires. De plus il ne ressemblait pas non plu au véritable Jack Harkness des années quarante. La seule information qu’il avait réussi à glaner était que Jack semblait être porté disparu suite à l’effondrement de la tour Millénium cinq ans auparavant. Mais en se renseignant discrètement auprès de la population, des commerçants et des agents municipaux, il apprit que le Capitaine trainait toujours aux environs de la place centrale. Il était souvent accompagné, ces derniers temps surtout de jeunes femmes. Quant-à en connaître leur identité, fallait pas trop en demander. Il décida de rester sur ses gardes, un immortel à la fois, c’était largement suffisant ! Et puis maintenant qu’il connaissait leur QG, il pourrait facilement identifier les autres membres de la confrérie, s’il pouvait les nommés ainsi.
C’était le soir, il était tard, il faisait noir et encore doux pour la saison. Il y avait eu un problème de courant et la jetée n’était plus éclairée par les lampadaires. Methos leva la tête pour contempler l’unique source de lumière dévoilant un magnifique ciel étoilé et il se mit à observer les constellations. Dans son jeune âge, il avait appris à les différencier afin de s’orienter. Plus tard, il en avait étudié sa science. Et aujourd’hui il tentait de raviver sa mémoire. Il s’agissait probablement de la constellation de l’Hydre car elle ne pouvait être repérée que par morceaux. Les étoiles étaient peu brillantes et assez éparses. L'Hydre était un peu le monstre du Loch Ness stellaire railla-t-il mentalement ! Il reconnut la tête située à mi-distance de la constellation du Petit Chien et celle du Lion. Il repéra assez facilement ses deux yeux de luminosité sensiblement équivalente et assez proches. Les conditions de visibilité étant bonnes, il put même en discerner deux narines, parallèles aux yeux, et une cinquième petite étoile refermant la tête. Il lui fallut quelques minutes pour apercevoir le cœur et dans son prolongement le tronc de l’Hydre. Mais la queue de l’Hydre ne lui apparaissait pas. C’était généralement le plus difficile à repérer dans le sens où elle sortait de la figure. Il tourna sur lui même, la tête toujours arquée en arrière, fit quelques pas dans un sens, puis dans un autre, revint à son point de départ, recommença à partir de la tête et se perdit dans sa reconstitution parce qu’un imbécile se promenait sur le sommet d’une tour et l’empêchait de vérifier sa déduction céleste.
Il était revêtu d’un long manteau qui volait au vent. De là où il était, il était impossible pour Methos d’identifier qui que se soit. Mais seul un suicidaire se présenterait à un niveau aussi élevé de l’immeuble… ou un immortel n’ayant rien à craindre à tomber dans le vide. Il le regarda attentivement, attendant patiemment qu’il saute le pas mais n’en fit rien. Il y avait beaucoup de coïncidence pour ne pas tenter sa chance. Il lâcha son intérêt pour les étoiles et se réfugia à l’intérieur de la tour. Il vérifia qu’il n’y ait pas d’âme qui vive garce aux vidéos-surveillances à l’accueil de l’immeuble puis il regagna les derniers étages et sortit au sommet de cette dernière. Et là, il eut loisir à le reconnaître sans le moindre doute. Il saisit son épée de sa propre veste, la balança au rythme de ses pas et s’avança jusqu’à lui, jusqu’à ce que le Capitaine entende une présence dans son dos et engage la conversation sans se retourner.

- « C’est officiel, tu es l’ennemi public numéro un ! »
- « Et toi un cadavre en devenir. » Lui répondit une voix à laquelle il ne s’attendait pas.

Jack ne reconnaissant pas la voix se retourna subitement et se trouva face à une menaçante épée. Il fit immédiatement le lien avec les immortels. Puis il releva les yeux vers le visage de son agresseur potentiel.

- « Pierson ? Tu peux ranger ça, t’en auras pas besoin ! » Jack face à son interlocuteur. « A moins bien sûr que t’attendes quelqu’un, auquel cas, il vaudrait effectivement mieux que tu ne l’égares pas… »
- « Tu peux berner le Highlander mais moi, tu ne m’auras pas aussi facilement. »

Si Jack ne comprenait pas très bien où Pierson voulait en venir, il sourit à l’idée qu’inconsciemment il avait dès le départ découvert l’identité de Macleod. Mais quand il le sentit se figer et à voir son regard ainsi perdu dans le vide pendant une fraction de seconde, il s’attendit à voir débarquer un autre invité surprise. Et sa prédiction se révéla exacte lorsqu’il vit la porte de l’issue de secours s’ouvrir sur un immortel qu’il connaissait bien.
Methos savait pertinemment que l’écossais était dans son dos et que s’il voulait en finir, il devait le défier au plus vite. Il resserra ses doigts sur la garde de son Ivahoné et avança d’un pas décidé vers Jack.

- « Tu vas mourir. » Lui annonça-t-il en faisait un signe négatif de la tête.

Macleod analysa rapidement la situation. Il ne comprenait pas la réaction de Methos, mais si celui-ci prenait les armes, il avait du souci à se faire. Alors il se précipita vers lui au plus vite pour le retenir.

- « Adam ! » Macleod en s’interposant entre eux deux.
- « Te mêle pas de ça ! » Rétorqua Methos en passant outre l’interdiction de Macleod.
- « Sinon quoi ? Tu vas me couper la tête ? » Demanda Macleod pour juger de l’obstination de son ami.

Si la question était purement théorique, la réponse, elle, ne se fit pas attendre et un coup d’épée vint s’abattre à quelques centimètres du Highlander. Celui-ci esquiva l’attaque et en profita pour dégager son katana et retirer sa veste puisque Methos n’y allait pas par quatre chemins. Le combat s’engagea entre eux et Macleod ne se résigna pas à le faire changer d’avis.

- « Pourquoi ? Ce n’est pourtant pas un immortel… »
- « Ça, c’est ce qu’il t’a fait croire ! »
- « Il n’a pas de buzz, ça n’a rien à voir avec la confiance ! »
- « Joe l’a secouru lors d’une rafle des Viêt-Cong en 68. Et comme par hasard c’était le seul rescapé de son bataillon. Joe est catégorique. Alors j’ignore comment il s’y prend mais il est hors de question qu’il remporte le prix en trichant ! »

Si jusqu’alors Jack n’était pas intervenu, laissant les deux immortels régler leur compte comme leurs dictaient leurs lois, il ne parvint pas à se retenir d’un petit commentaire.

- « Vous parlez de Boyscout là ? Que le monde est petit ! »
- « Tu vois, il le connait ! » Argumenta Methos.
- « Il voyage dans le temps, c’est tout. » Le défendit Macleod. Puis se sentant seul à tenter de persuader Methos qu’il avait tord, il rallia le Capitaine à sa cause. « Jack dit lui toi que t’es pas immortel. » Macleod tenait toujours Methos en joue, mais tels des boxeurs, ils se tournaient autour suivant les contours d’un ring fictif. « Jack… » Insista-t-il en le regardant droit dans les yeux.
- « Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir. » Souffla Methos avant de se retourner et de s’élancer sur Jack.
- « Methos noooooooooon ! » Hurla Macleod en lui courant après.

Sous la vitesse et la puissance de l’impact, tous deux furent déséquilibrés sur l’étroite poutrelle et tombèrent ensembles dans le vide pour s’écraser une cinquantaine de mètres plus bas. Duncan se pencha au dessus de la balustrade juste par acquis de conscience tout en sachant très bien qu’une telle chute était forcément fatale. Mais Jack aurait très bien pu se téléporter durant la descente et éviter ainsi un dénouement mortel. Malheureusement les espoirs de Macleod furent balayés en une seconde lorsqu’il vit les deux corps aplatis au sol sans bouger. Alors comme si le temps venait de s’arrêter, il recula au ralenti pour rejoindre l’issue de secours et dévala les escaliers tel un zombie, marche après marche, se demandant ce qui avait bien pu passer par la tête de Methos pour en arriver à une telle extrémité, et ce qui avait bien pu passer par la tête de Jack pour le laisser faire. Même avec les loups-garous il avait eu plus de réflexes ! C’était comme s’il avait quelque chose à prouver, comme si sa mort pouvait servir à un plus grand dessin. Après une interminable descente, il arriva enfin au pied de la tour et ne put que constater les dégâts. Methos n’était pas sa préoccupation première et il n’y avait visiblement plus rien à faire pour Jack non plus. Il leva les yeux au ciel, y cherchant une réponse mais il finit par redescendre sur terre en étendant des voix venir à lui.

****


Gwen était remontée contre Jack, pas tant parce qu’il n’en faisait qu’à sa tête, mais parce qu’il avait quitté Torchwood et n’avait pas repris les rênes une fois revenu, lui laissant la lourde tâche de tout gérer, de supporter le poids de ses décisions, de ne plus avoir de vie à côté. Elle ne voyait pas sa fille grandir malgré tout le temps libre qu’elle s’accordait. Mais elle n’avait qu’une peur, celle de se retrouver dans la même situation que Jack cinq ans auparavant, devoir choisir entre sa famille et le reste de l’humanité. Elle n’était pas capable de faire ce choix là et voyait les remords et la culpabilité dans les yeux de Jack à chaque fois qu’elle le regardait. Au fond, elle le plaignait, grognait pour la forme et lui fichait une paix royale en reconnaissance de son sacrifice. Une nouvelle fois il avait disparu sous ses yeux, sans dire où il allait, sans savoir quand il reviendrait. Des fois ça durait des heures, d’autres fois des semaines. Mais elle n’eut pas le temps de s’attarder sur la question que l’alarme de l’office de Tourisme se déclencha. Elle courut jusqu’au premier PC et visionna les images de surveillance pour voir le visage d’Andy s’afficher sur l’écran. Elle brancha le haut parleur et lui demanda de patienter le temps qu’elle arrive. Il ne restait pas en place, visiblement énervé et Gwen sentit la soirée devenir interminable.
Au moment où elle entra dans la salle commune, le portable d’Andy sonna et il décrocha lui faisant signe de patienter quelques instants. Ce qu’il apprit ne le réjouit pas davantage. Il avait la mine déconfite mais ne s’emporta pas contre Gwen comme il aurait pu le faire. Il était plutôt désabusé. Alors sous un faux calme apparent il se lança.

- « Tu sais, il aurait été beaucoup plus simple pour tout le monde que tu me demandes de classer l’affaire et on n’en aurait plus parlé. »
- « Mais pourquoi veux-tu classer l’affaire, t’as coffré Macleod non ? »
- « J’ai coffré personne parce que l’hôtel était vide et que pendant qu’on pensait procéder à son arrestation, c’est notre commissariat qui a été dévalisé. Et plus aucune trace du décapiteur, plus aucun indice en notre possession. Tout c’est volatilisé, comme par enchantement. Ça ne te rappelle rien Gwen ? Parce que moi ça me fait drôlement penser aux méthodes de Torchwood ! »
- « Non, ce n’est pas nous. On n’a aucun intérêt à… » Elle s’arrêta net. « Jack… » Laissa-t-elle tomber.
- « Quoi ? »

Elle ne rajouta pas un mot, elle composa son code secret sur un mini clavier et souleva le cache pour presser le bouton et un pan du mur s’ouvrit devant eux qu’elle franchit sans l’y inviter. Il ne se posa pas de question et la suivit dans l’antre de la base. Après toutes ses années il découvrait enfin l’intérieur de l’édifice. Il imaginait plein de trucs à son sujet mais finalement fut quelque peu déçu par ce qu’il vit, des bureaux faisant ressortir une banale ambiance de travail, un canapé et une immense tour au milieu de tout. Gwen pianotait sur un clavier, les yeux rivés sur l’écran devant elle. Il l’y rejoignit et sentant sa présence à ses côtés, Gwen s’expliqua.

- « Jack a encore disparu. Mais je peux le localiser grâce à son mobile. Il suffit juste qu’il ne l’ait pas éteint… C’est bon, on a une connexion sur Cardiff, sur le quartier Millenium, sur la tour… »
- « Il se cache ici ? »

Elle passa en revue toutes les caméras de surveillance de l’institut dans le plus ou moins long terme. Et ils tombèrent sur la séquence discussion entre Jack et Macleod. Après ce léger aparté, elle balaya toutes les salles possibles, tous les recoins, visionna tous les ascenseurs et les cages d’escalier pour finalement repérer un individu avalant les étages. La corpulence ne correspondait pas à Jack, mais une infraction dans cette tour n’était jamais anodine. Ils le suivirent à l’écran pour savoir à quel palier il s’arrêterait et constatèrent qu’il sortait sur les toits. La caméra zooma sur la dernière image, celle où se discernait les traits du visage. L’exécution automatique se lança. Andy fit un mouvement pour se lancer à sa poursuite mais ne vit pas Gwen lui emboiter le pas. Elle le stoppa en lui apprenant qu’un policier effectuait apparemment le même parcours. Ils vérifièrent son intuition et une fois encore, ils virent un gars en uniforme sortir au sommet de la tour. Mais cette fois-ci la séquence d’identification ne fut pas nécessaire, tous deux avaient reconnu la ressemblance avec le portrait robot.

- « Tu crois qu’il va le décapiter lui aussi ? » Demanda Andy.
- « Ils n’ont pas sorti leur épée, c’est bon signe non ? »

Andy suivit Gwen qui délaissa ses écrans pour regagner une dalle au milieu de la pièce et attendre quelque chose. Il était en train de se demander quoi quand il se rendit compte qu’il était dans les airs. Il se pencha pour vérifier mais Gwen l’attrapa lui faisant signe de la tête.

- « Un ascenseur invisible. » Lui apprit-elle.
- « Enfin un truc d’incroyable ! Je commençais à désespérer ! »
- « Andy… tu changeras jamais ! »

Ils n’eurent pas le temps de finir leur conversation, leur destination étant déjà atteinte. Ils étaient au pied de la tour et ils ne leur restaient plus qu’à se rendre à l’intérieur de celle-ci pour grimper à la rechercher de Jack, de Macleod et du troisième inconnu. Mais là non plus, ils n’eurent pas le temps d’atteindre l’intérieur de la tour, que déjà des bruits de métaux se firent entendre au-dessus d’eux.

- « Dépêches, on va arriver trop tard ! »

Elle n’avait pas encore atteint les portes de l’ascenseur qu’un bruit sourd de chute retenti et ils virent deux corps rebondir au sol en se retournant. Il faisait sombre, mais le faible éclairage des boitiers « issue de secours » suffisait pour détailler la scène devant eux. Andy se rendit sur les lieux du carnage mais Gwen le ramena rapidement à l’intérieur.

- « Il n’y a que deux corps. Et aucun des deux n’est habillé comme un flic. Il manque le décapiteur. Si tu veux l’avoir c’est maintenant. On attend qu’il descende et on le chope ici. »

Ils l’avaient attendu, lui tendant un piège à la sortie de l’ascenseur mais ils ne le virent pas passer et après de longues minutes de patience ils s’aperçurent que Macleod avait emprunté les escaliers derrière eux. Heureusement, il ne semblait pas pressé de vouloir s’enfuir et restait immobile au-dessus de ses victimes.
Macleod se sentait observé, mais avec son accoutrement, il pouvait facilement expliquer sa présence sur les lieux sans éveiller les soupçons des passants ou des badauds. A présent un policier en uniforme, comme lui, s’approchait, accompagné d’une femme qu’il reconnut comme travaillant à l’office de Tourisme. Il ne pourrait pas prétendre être de la profession. Ils arrivèrent à sa hauteur et restèrent murés dans un profond silence.

- « Je ne voulais pas en arrivé là. » Lâcha Macleod en prenant la responsabilité de cette tragédie.
- « Faut pas les laisser là. On les ramène à la base. » Déclara simplement Gwen à l’attention des deux hommes.

Andy souleva Jack tant bien que mal, tandis que Gwen dégaina son flingue en menaçant de tirer si Macleod tentait une évasion. Ce dernier récupéra le corps de Methos sur ses épaules et suivit le petit groupe. Ils accédèrent à la base par l’ascenseur invisible pour se retrouver au beau milieu du Hub, face à la baie vitrée, dos à la faille, à côté d’une part des écrans d’ordinateur et d’autre part la baie médicale. Il n’eut pas le temps de voir autre chose qu’il sentit une aiguille s’enfoncer dans son cou et sombra dans le néant. Andy regardait Gwen faire. Gwen ne savait pas trop si elle devait croire à l’existence ou non des immortels, mais pour éviter tout risque, elle préféra prendre quelques précautions.

- « Quoi ? Actives-toi et aides-moi à les trainer jusqu’aux cellules. »
- « Parce que vous avez des cellules ? » Andy en s’exécutant.
- « Tu crois qu’on laisse les extraterrestres en liberté ?! » Se défendit-elle.
- « Je… je ne sais pas. J’ai jamais réfléchis à la question. Qu’est-ce qu’on fait de Jack ? »
- « On le met sur le canapé et on attend qu’il revienne à lui. »
- « Tu crois vraiment qu’il va survire à une telle chute ? » Andy à la fois septique et à la fois prêt à tout croire.
- « Je l’ai vu survivre à bien pire, crois-moi ! »

****


Macleod ressentait des courbatures le long de l’échine. Ses articulations étaient douloureuses, surement le contrecoup de cette injection. Et si on lui avait vraiment effacé la mémoire cette fois-ci ? Il ouvrit les yeux brusquement discernant le bruit roque d’une respiration haletante. Face à lui il avait un loup-garou salivant à l’idée d’avoir un peu de compagnie. Dans la précipitation, il tomba de la couchette sur laquelle il reposait ce qui fit réagir la bête qui percuta la cloison transparente qui les séparait. L’écossais resta sur les fesses mais déguerpit rapidement de là pour s’adosser à la cloison opposée. Un rapide coup d’œil autour de lui et il comprit qu’il s’était fait piéger. Lui et Methos étaient enfermés dans une prison de Cardiff pour deux crimes qu’ils avaient commis. La seule chose positive, c’était qu’il avait encore tout ses souvenirs.
La cage thoracique de Methos se souleva après une interminable attente et il se redressa pour palier au manque d’air contenu dans ses poumons. Puis il s’assit et constata la présence de Macleod à ses côtés. Il explora alors le reste de son environnement pour se faire surprendre à son tour par le loup-garou géant.

- « Ça a au moins l’avantage de t’amuser ! » Lâcha Methos entre ses dents en voyant Macleod lui adresser un franc sourire. « Sympa ton costume… à moins que tu te sois engagé ? »
- « Désolé, mais ça ne nous aidera pas à sortir, si c’est ce à quoi tu penses. » Lui répondit-il

Il tapota son caban sans y sentir son Ivanhoé, et comprit aux signes du Highlander que lui non plus n’était pas armé.

- « J’ai déjà vérifié. » Lui apprit son cadet.
- « Tant pis. J’ai pas besoin d’une épée pour sortir d’ici, quoi que ça aurait été plus pratique. »
- « J’ai déjà essayé aussi. »

Il observa les alentours et chercha un moyen de sortir de là mais sans poignée ni serrure, il dut rapidement y renoncer. Il s’avachit sur sa couchette en attendant de recevoir de la visite.

- « On a atterri chez les fous ? »
- « Simplement à Torchwood. »
- « C’est quoi un centre de recherche contre l’évasion des prisonniers ? »
- « Non mais le système vous est futuriste. Il y a peu de chance que vous parveniez à vous échapper… » Déclara Jack en pénétrant dans la zone des cellules, leurs deux épées à la main.
- « Jack ? » S’étonna Macleod.
- « Quelle surprise… » Marmonna Methos.
- « Je vous présente mon patron Gwen, et le chef de la police Andy. C’est eux qui décideront de votre sort, alors messieurs, tâchez d’être persuasifs ! »
- « Rassures-moi t’es pas immortel ? » Demanda Macleod sans prêter attention aux deux autres à ses côtés.

Jack regarda Gwen, comme s’il attendait son autorisation pour lui répondre. Cette dernière acquiesça et il s’avança devant la cloison transparente.

- « Il n’a pas tord Macleod, je ne t’ai pas tout dis à mon sujet. »
- « C’est dur d’avoir toujours raison… » Se lamenta Methos.
- « Pourquoi t’as pas de buzz ? » Macleod qui attendait des explications.
- « Je suis immortel moi aussi… Et si par buzz vous entendez le fait de vous figer lorsque l’un d’entre vous est à proximité, c’est simplement parce que je ne suis pas un immortel dans le sens où vous l’entendez. Je suis même certainement plus immortel que vous deux réunis. J’ai vu quelques siècles se dérouler devant moi, la vie défiler sans que la mort ne me prenne. J’ai survécu aux armes blanches, aux armes à feux, aux bombes, à la guerre, à la noyade, l’électrocution, au poison, à la défenestration, à l’immolation et surement plein d’autres que j’oublie. Je ne suis pas simplement immortel, je suis carrément indestructible. »
- « Rends-moi mon épée que je te tranche la tête et on verra qui est le plus immortel de nous deux ! » Methos en s’énervant derrière la cloison de sa cellule.
- « Elle repoussera. » Répondit Gwen en prenant la parole.

Le fait que Jack n’ait pas répondu aurait pu confirmer la théorie de Methos. Mais le fait que ça soit une tierce personne et surtout vu l’aplomb qu’elle affichait, installa un sérieux doute.

- « On dirait que vous parlez en connaissance de cause. » Nota Macleod.
- « Croyez-moi, ça fait horriblement mal. » Rétorqua Jack en grimaçant.

Sur ce point là, Jack n’avait pas tord, les guérisons et autres régénérations n’étaient pas une partie de plaisir. Lorsqu’il revenait à la vie, il lui fallait quelque temps pour s’en remettre complètement. Mais de là à penser que Jack ne mentait pas, Methos en était loin. Ce fut ce moment là que choisit Duncan pour lui dire tout ce qu’il savait sur Jack, sur les petits hommes verts, sur les voyages dans le temps et que finalement d’autres formes d’immortalité n’étaient peut-être pas à exclure.
Et à sa grande surprise, Methos n’émit pas d’objection, comme si lui même avait déjà rencontré d’autres formes d’immortalité. Des vampires peut-être songea Duncan en gardant ses réflexions pour lui. Il le lui demanderait plus tard. Pour l’instant, l’un comme l’autre avaient du mal à se croire, pourtant il fallait bien se rendre à l’évidence. Alors après de longues minutes passées enfermés dans un silence religieux, Duncan se décida enfin à parler.

- « Alors, tu es indestructible… ? »
- « Oh je suis bien plus que ça… » Déclara fièrement Jack.
- « Donc les hommes du 51ème siècle sont tous indestructibles ? » En déduisit Methos.
- « Non, ils sont juste génétiquement modifiés. » Réfuta l’intéressé.
- « Alors comment… pourquoi es-tu indestructible ? » Se renseigna Macleod.
- « Simple dommage collatéral. Jusqu’à présent je croyais être le seul à pouvoir défier la mort et vivre éternellement. J’imagine que le Docteur ne m’a pas tout dit. La seule chose que je sache c’est que je suis une erreur et que je ne devrais pas exister en tant que tel. »

Andy s’impatientait. Gwen stoppa là les grandes palabres existentielles pour ramener le sujet sur le point qui les intéressait.

- « J’ai une question. Vous vous reconnaissez entre vous par un buzz. Mais comment pouvons-nous vous différencier du reste de la population ? » Demanda Gwen.
- « Vous ne pouvez pas. » Certifia Methos.
- « Alors on ne saura jamais s’il s’agit d’un meurtre entre humain ou d’un jeu entre immortel. » Conclut Jack à l’attention d’Andy.
- « S’il n’y a pas de quickening, c’est un meurtre. »
- « On peut raisonnablement penser que les deux décapitions ont fait l’objet d’un quick machin-chose et par conséquent ça ne relève plus de ma juridiction. Merci de m’avoir gâché la soirée les gars ! » Finit par lâcher Andy désespéré par Torchwood.
- « Mais pénétrer dans un commissariat est un délit qui est répréhensible par la loi et passible de… » Commença Gwen vite bâillonnée par Jack jusqu’à ce qu’Andy soit complètement hors de porté.
- « Tu devrais rentrer chez toi Gwen. » Lui conseilla Jack en lui faisant signe qu’il s’occupait de tout.
- « Mais… » Insista la jeune femme.
- « Je profiterais volontiers de ma fille et de son fils s’ils étaient encore en vie. Alors fais-moi plaisir Gwen, profites pour moi de cette chance là et files rejoindre ta famille. C’est plus important que n’importe quoi d’autre. » Lui ordonna presque Jack en la dirigeant vers la sortie.

Plus aucun doute, Jack avait déjà vécu ça, une telle tristesse, un tel désarroi dans la voix ne s’inventait pas. Il avait réellement été père, pas seulement par procuration. Il ne pouvait pas être un immortel comme eux. Methos l’écoutait et la paix se faisait en lui. Il laissa aller sa tête contre la cloison de la cellule et respira calmement. Il venait de réaliser qu’ils n’étaient pas si semblables, qu’ils avaient certes le même fardeau, celui de voir vieillir leurs proches, les voir dégénérer, dépérir et mourir alors qu’eux restaient éternellement jeunes. Mais ils n’avaient pas les mêmes particularités, les immortels ne seraient jamais confrontés ou rattrapés par à la dure réalité vis-à-vis de leur progéniture. Il se dit que quelque part, ils avaient cette chance là de ne pouvoir se reproduire.
Jack déverrouilla l’accès aux cellules et attendit que les deux immortels soient sortis pour fermer à nouveaux l’accès aux autres résidents.

- « Ça serait cool que vous sortiez avant que Junior ne s’échappe. » Les prévient Jack.
- « Tu donnes des noms aux loup-garou ? » Questionna Macleod.
- « En fait Macleod, ça c’est un extraterrestre, un weevil plus exactement. »
- « Pas très accueillant. »
- « C’est bien pour ça qu’il est dans cette cellule ! »

Il remit l’épée à Macleod et hésita à tendre la seconde arme à son propriétaire. Devant ce manège, Duncan lui arracha des mains et la tendit à Methos tout en lui interdisant du regard de s’en servir.

- « Je vous ramène à Paris ? » Demanda Jack devant l’impossibilité de les garder à la base ou de rester sur Cardiff.
- « S’il te plait. » Lui répondit Macleod.

Jack remonta sa manche trafiqua son bracelet et mit ses bras sur ses hanches comme une invitation aux immortels de faire bras dessus bras dessous avec lui. Si Macleod ne se fit pas prier pour le rejoindre, Methos lui était quelque peu septique et ne voulait pas rentrer dans le numéro de charme du Capitaine.

- « Aller, fais pas ton timide, c’est tellement plus drôle à trois ! » Plaisanta Jack.
- « Il va juste nous téléporter à la péniche. » Précisa Macleod.

Après de longues secondes, il se rangea à l’avis du Highlander et attrapa le bras du Capitaine. Sans qu’il n’ait eu le temps de s’en rendre compte, pris d’un léger mal de mer, il retrouva la Seine de ses propres yeux ainsi que l’énorme sourire de Jack fier de lui. Methos secoua la tête de désespoir et partit se chercher une bière dans le frigo.




Citation:
Cardiff, Décembre 2015.
Les fêtes de fin d’années approchaient. Si c’étaient un heureux moment que tous attendaient avec impatience, Jack lui disparaissait de plus en plus souvent. C’était devenu un vrai fantôme à la base, il y passait pour se changer et disparaissait à nouveau. Les filles à Torchwood s’inquiétaient pour lui, si bien que Gwen demanda à Loïs de localiser le Capitaine pour voir ce qu’il faisait. Et elles ne furent pas déçues du résultat. Il passait ses journées complètes au cimetière, regardant la tombe de sa descendance avant de s’agenouiller sur celle de son défunt amant et de s’adresser à lui indéfiniment. Avant il passait les fêtes en compagnie de sa fille et de son petit fils. Mais depuis les évènements des 456, c’était un moment des plus douloureux pour lui. Il lui fallait affronter le manque de ses êtres chers, qui lui rappelaient sans cesse sa culpabilité.
Les flocons de neige dansaient entre le ciel et le sol durant leurs longues descentes. Jack était gelé, mais ne ressentait même plus le froid, il s’habituait à la température extérieure et s’extasiait de pouvoir offrir un peu de neige à Ianto pour Noël. Mais il fut interrompu dans ses délires par l’arrivée d’une personne dans le cimetière, par le lourd son de ses chaussures faisant craqueler l’amas de neige sur son passage. Puis l’image flou devint peu à peu plus nette, distinguant parfaitement l’identité du promeneur qui en l’occurrence était une promeneuse. Gwen resserra sa capuche sur sa tête et s’arrêta aux côtés du Capitaine, se baissa, déposa une gerbe sur ladite tombe et se releva sans plus de commentaires. Jack se tourna vers elle, d’un air interrogateur.

- « C’est une couronne de gui. »
- « Ils n’avaient plus que ça ! » Se justifia Gwen. Après un long moment de silence, Gwen posa la question qui lui brulait les lèvres depuis des années maintenant. « Jack, c’était sérieux avec Ianto ? »
- « Non, c’était qu’une passade. » Mentit Jack pour ne pas avoir à affronter ses sentiments.
- « Comme avec Macleod ? »
- « Il ne s’est jamais rien passé. » Réfuta-t-il.
- « Dommage, t’aurais eu une bonne raison de prendre des congés. » Lui souffla Gwen pour lui changer les idées. « Bonnes fêtes Jack. » Dit-elle en l’embrassant chaleureusement. Elle fit quelques pas et s’arrêta avant de se retourner et de lui lancer. « Laisses-moi les clés si jamais tu t’en vas. »

Jack se retourna, mais Gwen était déjà loin. Il se surprit à repenser à cette remarque et à admettre que pour une fois Gwen pouvait donner de judicieux conseils. Ianto avait beau être mort, lui était en vie, et Ianto n’aimerait surement pas le voir ainsi, ce serait faire injure à sa mémoire. Il décida qu’il avait lui aussi besoin de se changer les idées, loin des fêtes traditionnellement festives de fins d’années. Et rien de mieux que de partager ce moment de nostalgie auprès de gens qui pouvaient le comprendre. Paris devait être magnifique à cette époque de l’année. Les clés ! Il se mit à courir après Gwen pour la rattraper avant qu’elle ne redémarre. Elle avait déjà quitté sa place de parking, il se jeta sur son capot pour la faire stopper. Elle descendit sa vitre et il lui tendit les clés, puis il disparut dans un rayon lumineux dont Gwen avait à présent l’habitude.

****


Macleod n’avait pas fait de vieux os à Paris. Il avait pris une décision en revenant de Cardiff et s’y était tenu. Plus de Paris pendant un moment. Là, sa préoccupation principale fut de retrouver Elisa et d’essayer de discuter avec elle. Il avait perdu sa trace depuis leur dernière rencontre et la retrouver sans la connaître elle et ses habitudes compliqua un peu sa quête. Bien sûr il aurait pu demander un coup de main à Joe, mais celui-ci avait déjà fait beaucoup pour lui. Il était surveillé de près par ses congénères afin que leur relation n’interfère pas dans son travail pour l’organisation ni dans le destin du Highlander. Et il ne voulait pas mettre son ami dans une mauvaise posture pour une banale histoire de malentendu. L’immortelle avait la bougeotte et dès qu’il retrouvait sa trace, elle avait déjà quitté les lieux. Les rôles s’inversaient, le chasseur devenait la proie et la proie devenait le chasseur et tous deux dans le même but, retrouver l’autre en premier. Il avait fait une excursion à Alicante, puis à Naples avait changé de continent, traverser les Etats- Unis. Il fit une halte à Phénix, une autre à Saint Louis et il avait perdu sa trace au Canada. Alors il décida de l’attendre gentiment à Seacouver. Il avait laissé des instructions pour le trouver à chacun des arrêts qu’Elisa avait faits. Il se disait qu’elle finirait bien par revenir sur ses pas et elle saurait qu’il était prêt à se confronter de nouveau à elle.

Elisa avait quitté Paris enragée. Enragée parce qu’elle avait enfin retrouvé le tombeur de son mari, enragée parce qu’il ne se souvenait même pas de lui avoir tranché la tête, enragée parce qu’il avait triché en s’associant à un mortel, et surtout enragée car elle n’avait pas eu la satisfaction, que dis-je la délivrance de se faire justice en s’offrant son quickening. Mais pour l’instant il était hors de question qu’elle tente le diable en défiant à nouveau le Highlander et perdre la tête à cause d’un mortel. Peu importe si elle mourrait, mais elle voulait le faire une fois sa vengeance accomplie. Elle quitta la France pour l’Espagne où elle retrouva son mentor, Alonso Anton de la Castilla qui l’informa sur la réputation du Highlander, puis décampa pour l’Italie où elle suivit un dur entrainement auprès d’un maître d’arme de renom parmi les immortels. Elle traversa ensuite l’Atlantique pour atterrir en Arizona et profiter un peu de ses terres ancestrales mais cela ne contribua qu’à réaffirmer cette rage qui vivait en elle, ce qui l’amena donc à faire un détour dans le Missouri pour se recueillir et pleurer sur la tombe de son défunt époux afin de lui faire un ultime adieu. Enfin, elle opta pour le Canada afin de calmer ses ardeurs et surtout pour surveiller de loin cet écossais de malheur. Son mentor l’avait averti de la visite de Macleod et bien qu’Alonso fut convaincu de la sincérité du Highlander, elle campa sur ses positions. Elle voulait une confrontation à la loyale, selon leurs règles. Elle se mit à le surveiller pour connaître ses habitudes, ses amis, toujours assez loin pour ne pas se faire repérer par son buzz. Et quand elle fut sûre qu’il n’y avait pas de piège, elle partit à sa rencontre, le défier chez lui à une heure où elle était certaine qu’il serait seul. Il était presque seul, un vieillard boiteux l’accompagnait. Mais quand il ressentit son buzz, un hochement de tête dans sa direction et ce dernier s’éclipsa.
Le combat commença mais Macleod ne semblait pas disposé à ce qu’il en soit ainsi. Lui voulait parler, lui raconter ce qu’il s’était réellement passé maintenant qu’il se souvenait. Elle n’était pas venue ici pour papoter, aussi, elle ne perdit pas de temps pour dégainer son arme et ne prit même pas la peine de se mettre en garde pour lancer la première offensive. Surpris mais pas pris au dépourvu, il para tout en lui racontant sa soirée espérant peut-être la faire changer d’avis, lui faire croire que c’était un banal concours de circonstance, qu’il était en état de légitime défense. Elle voyait ses lèvres remuer mais n’écoutait pas, n’entendait plus rien tellement elle était concentrée sur son combat. Alonso lui avait fait un topo sur son adversaire, et elle savait qu’elle n’avait pas un jeune premier en face d’elle. Ses coups étaient savamment étudiés. Elle exécuta les enchainements appris quelques mois auparavant, certains fonctionnant comme prévus, d’autres ayant l’effet inverse. Mais en analysant le duel, elle ne parvenait pas à prendre réellement le dessus sur son adversaire. Les entailles qu’elle lui infligeait n’étaient jamais assez profondes pour faire la différence, pour l’affaiblir assez. Heureusement pour elle, son rival n’avait pas plus l’avantage dans ce combat. Les coups qu’elle recevait été largement supportables et les combinaisons qu’il exécutait pouvaient s’anticiper si elle se concentrait et oubliait un temps soit peu sa soif de vengeance. Elle avait l’impression qu’il parait davantage, qu’il reculait plus qu’elle, qu’il défendait plus qu’il n’attaquait. Elle commença alors à entrevoir la fin de sa quête. Finalement il n’était pas à la hauteur de sa réputation, peut-être rongé par ses remords. Mais qu’importe, elle remporterait ce combat.

****


Jack se retrouva au milieu de la péniche. Mais ce qui devait être une bonne nouvelle n’en fut pas une. Elle était vide. Non en fait, elle était encore meublée, mais de longs draps blancs couvraient le mobilier. Le frigo était vide, la réserve à nourriture pas plus remplie et un début de poussière commençait à se distinguer sur les rebords de la cheminée. Macleod avait déserté les lieux. Qui cherchait-il à fuir, la police, la déjantée de l’autre mois, lui ? Il se téléporta donc aux toilettes du Blue’s Bar, seul autre lieu où il pourrait en savoir plus sur Macleod, puis se présenta en salle en faisant un rapide tour d’horizon. Bon évidement il n’avait pas fait attention à l’heure qu’il était et le pub n’était guère rempli, les clients se faisaient rares, même pas assez nombreux pour les distraire avec un bon groupe de rock. D’ailleurs les musiciens ne s’étaient pas fait attendre pour quitter l’établissement plutôt que prévu. Mis à part ça, la chance était de son côté en cette fin d’après-midi. Il s’avança jusqu’à la seule table d’occupée, s’assit sur une des chaises autour et commanda un alcool fort s’étonnant de ne pas voir Boyscout le servir.

- « Dis-moi Pierson, Methos, c’est le même que celui de l’Apocalypse ? »

Methos l’avait vu sortir des WC, s’approcher de lui mais se disait que s’il grattait assez les cordes de cette guitare, Jack ne s’adresserait probablement pas à lui. Il l’avait vu s’installer à la place de la musicienne, l’avait entendu passer commande et puis il avait parlé de Methos, suggérant de sombres origines. Une façon de lui rendre la monnaie de sa pièce sans doute. Et il réussit parfaitement dans ce jeu là. Methos serra les mâchoires et leva les yeux de son verre pour lui lancer un regard à lui glacer le sang, un peu comme une sorte d‘aveu, une confession qu’il lui faisait à son insu.

- « Tu veux voir Macleod ? »
- « A moins que tu veuilles le remplacer ? »

Methos ne prit même pas la peine de répondre à ces avances. Il ouvrit le versant intérieur de sa veste, récupéra son portefeuille et sortit une carte de visite qu’il lui tendit. Jack la saisit et ne put s’empêcher de commenter.

- « Seacouver… Il ne doit pas faire bien chaud là-bas en ce moment ! »

Methos secoua la tête désespéré et se replongea dans son breuvage sans prêter plus attention au devenir du Capitaine. Ce dernier se rendit sur le parking extérieur et actionna à nouveau son bracelet vers sa nouvelle destination. Lorsque le faisceau de lumière autour de lui se dispersa, il réalisa qu’il se trouvait dans le sas d’entrée d’un dojo. Et à en juger par le bruit provenant de l’intérieur, il ne tombait pas vraiment au bon moment. Deux lames métalliques s’entrechoquaient. Un coup d’œil rapide sur les opposants pour se rendre compte que Macleod était l’un d’eux et que l’autre était la folle furieuse de Paris. Le combat était bien engagé, et il ne doutait pas de l’issue fatale de celui-ci. Il espérait juste que Duncan ait le dessus. Il était en pleine réflexion quand il sentit une main se poser sur lui pour l’attirer en arrière.

- « Vous ne devriez pas rester là. » Jack se retourna pour voir à qui appartenait cette voix et fut surpris de voir Joe continuant à s’adresser à lui. « La dernière fois ça ne lui a pas porté chance. »

Macleod était contre ce combat. Il n’avait aucune raison de prendre la tête de cette immortelle, mais il comprenait pourquoi elle voulait la sienne. Il avait tout fait, tout tenté pour la faire changer d’avis et ne pas poursuivre ce combat. Mais elle était têtue et ne lui laissait aucun répit. Elle était venue pour une seule chose et ne repartirait pas sans. Il se contentait de parer mais voyait bien qu’elle ne l’écoutait pas. Aucun dialogue n’était possible, aussi têtue que son mari ! Pourtant il ne lui voulait pas de mal. Il esquiva une énième attaque et maintenant avec ce jeu débile de la laisser faire, il se retrouvait au pied du mur.
Une étrange lueur attira son attention plus loin dans la salle. Il reconnut le procédé et se douta de l’identité de celui qui sortirait de ce faisceau de lumière.
L’épée de cours du 18ème siècle d’Elisa lui coupa une mèche de cheveux. C’était une arme légère, fine et longue, parfaitement maniable par la gente féminine. Cette épée lui correspondait en tout point. Il se reprit, une simple distraction n’aurait pas raison de lui et il n’allait quand même pas se laisser tuer à cause d’une amnésie passagère ! Il resserra la garde de son katana et bloqua encore une attaque avant de se décider de passer à l’offensive, de regagner du terrain et d’appuyer un peu plus ses coups, accentuer la précision de ses attaques. L’immortelle perdait confiance en elle, confondait vitesse et précipitation et ses initiatives devinrent rapidement désordonnées. Alors il mit le coup de grâce et son katana vint fendre le tranchant de la fine lame d’Elisa. Elle se retrouva désarmée mais ne lâchait pas le morceau, se jetant contre la paroi du mur où étaient exposés deux katana d’entrainement japonais. Mais elle n’eut pas le temps de les atteindre que Macleod se laissait déjà glisser sur les lames en contre plaqué et la rejoignit, un bras tendu vers l’avant, son katana dans le prolongement de sa main la transperça de toute part. Alors un long moment de silence s’imposa. Elisa, les mains sur sa plaie retenait du bout des doigts l’extrémité de la lame. Macleod ne la lui retira pas de suite, lui laissant le temps de réaliser ce qu’il lui arrivait, le temps de changer d’avis sur la nature de l’homicide dont elle l’inculpait, le temps de renoncer à la mort.

Joe n’attendit pas davantage pour se reculer assez loin afin de ne pas être blessé par les dégâts du quickening. Il se doutait que si Jack restait là, les dommages ne lui seraient pas fatals mais il se demandait quand même pourquoi le Capitaine mettait autant de temps pour se mettre à l’abri.

Macleod retira l’épée, Elisa tomba à genou au sol et lentement il monta son katana au-dessus de lui et avant de faire tomber la sentence, il lâcha dans un souffle. « Il ne peut ne rester qu’un. ». Et là, tout s’enchaîna si rapidement que Jack ne comprit pas de suite ce qu’il se passa. Des éclairs sortaient du corps d’Elisa, balayaient la salle entière, faisaient voler en éclats les fenêtres extérieures, les baies vitrées du sas d’entrée, la cloison du bureau, faisaient claquer les portes intermédiaires, exploser le disjoncteur de l’immeuble, immobiliser l’ascenseur au rez-de-chaussée. Jack eu juste le temps de voir lesdits éclairs terminer leurs courses en foudroyant le corps de Macleod qui s’attendait visiblement à ce déferlement de puissance. Une véritable petite tempête avait lieu et il en était l’unique destinataire. C’était donc ça un quickening ! Il ne perdit pas plus de temps et courut se mettre à l’abri sous les cris de Macleod. Puis lorsque les éléments se calmèrent, et que les cris prirent fin, il s’approcha pour constater les dégâts. Il aperçut Joe le rejoindre, apparemment au courant de ce qu’il se passait après les duels de son ami. La lumière se rétablit et Jack aida Duncan à se relever et ils se dirigèrent vers l’ascenseur. L’écossais se retourna à l’attention de Joe, mais celui-ci le devança, se sentant trop mortel parmi ce parterre d’immortels.

- « Je m’occupe du corps. »
- « Merci. » Dit-il en redescendant la grille de l’ascenseur.
- « C’est ton fossoyeur ? » L’interrogea Jack.
- « Non ! C’est mon guetteur. »
- « Et il t’observe tout le temps ? »
- « En principe oui. En fait, je ne suis pas censé le connaître, mais je l’ai rencontré et finalement, on a comme un accord tacite. Il me laisse ma liberté et moi je lui raconte tout. »
- « Tu lui as parlé de moi ? » S’inquiéta soudain Jack.
- « Disons qu’il est persuadé que tu es un immortel. » Lâcha Macleod en rentrant dans son loft après avoir descendu la grille de l’ascenseur. « Tu veux boire quelque chose ? » Proposa-t-il.
- « Je viens de boire avec Methos. »

Jack avait dû les entendre parler, lui ou Joe en le nommant Methos au lieu d’utiliser Pierson, son nom de mortel. Duncan marqua un temps d’arrêt mais ne releva pas.

- « Enfin, disons que boire est un bien grand mot, vu son intérêt pour la guitare. »

Alison n’était pas qu’une passade. S’il ne s’était pas vraiment montré pressé, c’était surtout à cause de ses problèmes avec la police de Cardiff et d’une certaine immortelle à ses trousses qui ne serait surement pas gênée pour se servir d’elle. Mais maintenant que tout ça était résolu, il se sentait prêt à assumer une nouvelle relation. Jusqu’alors il ne s’était pas beaucoup posé de question sachant qu’elle l’attendait. Mais jusqu’à quand ? Methos savait qu’elle était chasse gardée, mais peut-être qu’à force d’attendre elle avait jeté son dévolu sur quelqu’un d’autre, et Methos pourrait être celui-là.

- « Une petite brune ? » S’inquiéta Macleod.

Devant le trouble de l’immortel, Jack comprit vite les raisons de son appréhension.

- « T’aimerais peut-être que je te ramène à Paris ? »
- « S’il-te-plait. » Accepta-t-il sur le champ.

Et le revoilà reparti pour Paris en compagnie de Duncan, plus précisément sur le parking qu’il avait quitté quelques minutes plus tôt. Duncan sentit le buzz et à voir sa tête, Jack comprit que Methos était encore à l’intérieur. Il entra et Karen sembla contente de le voir, pas ennuyée, ni contrariée, simplement contente. Elle esquissa un sourire mais ne se leva pas probablement de peur de se faire des idées. Alors l’immortel fit le premier pas, s’avança vers elle, prêt à tout pour rattraper le temps perdu.

Tenir la chandelle n’avait jamais été son truc alors à choisir Methos posa la guitare et alla rejoindre le comptoir et fatalement la compagnie de Jack. Et ils noyèrent leur ennui dans de savants mélanges d’alcool dignes des recettes de grands chefs dépourvu de toute créativité.

- « Alors comme ça tu voyages dans l’espace ? » Methos en engageant la conversation.
- « Tu veux faire un tour ? » Lui proposa-t-il.

Methos se tourna vers la salle qui pour le coup était complément vide. Macleod et sa dulcinée avaient déserté le pub sans rien dire, sans doute trop préoccupés à rattraper le temps perdu. Il se laissa tenter par l’idée et un sourire s’afficha sur le visage de Jack. Celui-ci sortit sur le parking et leva les yeux en l’air.

- « Choisis ta destination. » Dit-il en lui présentant le ciel étoilé.

Beaucoup d’étoiles, beaucoup de destinations possibles et il ne savait comment choisir. Alors non sans une arrière pensée, il se mit à chercher la constellation de l’Hydre, repéra la tête, le tronc, et enfin la queue. Il tendit le doigt vers la dernière étoile formant cet ensemble.

- « Très bon choix. » Lâcha-t-il sans en dévoiler plus.

En fait, il s’agissait plus d’une sorte de péninsule céleste, d’un concentré de luxe, de luxure, de jeux, de paris, de corruption, de crime organisé. Un véritable « Las Vegas » grandeur spatiale ! Ils allaient finir l’année sur un casino géant.

****


Alison avait entendu la porte d’entrée s’entrouvrir, avait tourné la tête et l’avait vu. Et voilà que tous ses efforts s’anéantissaient en un instant. Elle voulait faire preuve de force et lui résister assez pour qu’il comprenne qu’elle avait souffert de cette absence, de cette ignorance. Et pourtant, au fond d’elle, elle était heureuse de le revoir, son cœur palpitait, ses sens étaient en ébullition et tout son être le réclamait, réclamait son corps, son étreinte, son amour.

- « Tu m’en veux ? »

Il avait suffi qu’il lui pose juste cette stupide question pour qu’elle se retrouve dans les bras de l’écossais. Elle leva la tête vers lui et rougit. Duncan la serra contre lui en caressant les cheveux, puis sa bouche effleura la sienne. Abandonnée par sa volonté, elle vacilla et se perdit dans ses baisers. Puis la main de Duncan vint se poser sur la sienne, la chatouillant doucement avant de lui murmurer des mots doux dans le cou qu’Alison sentait s'imprimer sur sa peau. Sa main toujours dans la sienne, la guidant vers son visage et lentement elle remonta jusqu'à ses lèvres qui se rejoignirent. Ils goutèrent en fermant les yeux à cette délicate saveur qui fondait dans leur bouche. Ils laissèrent échapper un soupir et leurs bouches s'entremêlèrent en un long et gouteux baiser. Et sans comprendre davantage ce qui lui arrivait, elle se retrouva à bord de sa péniche. Duncan l'arrima contre lui et sourit, irrésistiblement attiré vers la commissure de ses lèvres, se mélangeant à nouveau. Il lui avait tiré les cheveux en arrière pour les détendre. Ils avaient remonté le temps en traversant la chambre, avaient respiré l'odeur de leur étreintes passées, ressenti les accords de guitare les porter jusqu'au lit et avaient arraché chaque vêtement comme s'ils ôtaient des pierres de leur mémoire, se déshabillant sans se quitter des yeux pour ne pas perdre de précieuses secondes. Ils avaient titubés jusqu'au lit et seulement alors, comme s'ils avaient enfin atteint le but de leur voyage, s'étaient regardés avec un sourire tremblant de vainqueurs étonnés. Et puis la nuit était tombée en plein jour sur ce grand lit et ils n'avaient plus parlé.
Les secondes passèrent, les minutes défilèrent, le temps s’écoula sans que les deux amants ne s’en rendent réellement compte, encore absorbés par leurs ébats. Puis Duncan déplaça son bras ankylosé faisant protester sa maîtresse. Il fit une grimace émue. La tendresse qui montait de leurs corps enlacés valait bien l'invasion d'une armée de fourmis. Il la serra contre lui, respira ses cheveux et perçut un parfum qu'il connaissait. Il descendit sur le cou pour l'identifier, sur l'épaule, aux creux des poignets, glissa sur son ventre parfaitement lisse. Alison frissonna et se plaqua contre lui pour faire renaître le désir un instant assoupi.

- « Encore » Murmura-t-elle.

Et à nouveau, ils oublièrent tout.

****


Joe décrocha son téléphone et joignit ses contacts de l’organisation pour faire un rapide nettoyage en toute discrétion. Finalement son amitié servait aux guetteurs, et une certaine collaboration avait était implicitement établie. Ainsi, comme à l’exemple d’Elisa Van De Boerk, ils leur suffisaient de passer après le Highlander et ils pouvaient mettre la main sur pas mal d’information, d’objet ou même de corps. L’organisation avait dans ses locaux une gigantesque crypte servant à entreposer les corps des immortels qui n’avaient pas été enterrés. Non pas dans un souci de les faire disculper en faisant disparaître les corps, mais plutôt dans l’optique de créer des archives plus vrai que nature. Une camionnette sombre s’arrêta, des hommes en sortirent et se renseignèrent auprès de Joe.

- « Où est Macleod ? »
- « A l’étage. Vous pouvez y aller, il a de la compagnie. »

Les hommes se pressèrent, inutile de tenter le diable et de se retrouver nez à nez avec un immortel. A côté de cela, Joe restait pensif, focalisé sur cette cage d’ascenseur. Quelque chose n’était pas logique chez ce Capitaine Harkness. Il avait vu le combat, n’était certes pas intervenu, mais avait paru surpris du quickening. Non en fait, il avait paru attendre le quickening et avait été surpris par le déferlement des éclairs. Il avait eu ce regard rempli de curiosité, rempli d’adrénaline de savoir qu’il assistait à quelque chose d’exceptionnel, le même regard que lui quand il avait vu son premier quickening. Pourtant, en tant qu’immortel, il aurait dû le savoir, surtout sachant que ce n’était pas un novice. Même si sa première mort remontait en 1968, il ne serait pas resté aussi longtemps en vie sans mentor. Non quelque chose clochait. D’autant plus qu’à la réflexion ni Mac, ni Methos ne lui avaient certifié que c’était bien l’un des leurs. Methos avait même paru un peu surpris quand il lui avait raconté son histoire au Vietnam. Il avait mis ça sur le compte de ses habituelles mesquineries. Et puis Methos avait été bizarre à cette période là, toujours sur ses gardes et à s’inquiéter pour Mac. Joe l’avait taquiné avec ça, mais maintenant il se demandait s’il n’était pas passé à côté de quelque chose d’assez énorme pour que ses amis gardent ainsi le silence. Il fallait qu’il se renseigne.
Les nettoyeurs de l’organisation finirent de débarrasser les lieux et s’apprêtèrent à partir, non sans un dernier mot pour Dawson. Il revint à la raison à ce moment là.

- « Je viens avec vous, j’ai une chronique à mettre à jour. » Leur dit-il pour se faire transporter à la base.

Il grimpa à l’avant du véhicule, politesse oblige devant un infirme et se laissa porter jusqu’à destination. Il était tard, mais il avait de ces organismes qui se devaient de fonctionner à n’importe quel moment de la journée. Ceci dit, très peu de guetteurs se présentaient à une heure aussi tardive pour un simple rapport de routine, mais au moins il aurait le champ libre pour ses investigations. Il s’attela directement à sa tâche, cherchant la chronique du Capitaine Jack Harkness, mais ne trouva rien dans la base de données. Bizarrement, une recherche avait déjà été lancée sur ce patronyme là. Il vérifia les habilitations et apprit que Prosper, le remplaçant de Methos était à l’origine de cette recherche. Alors tout s’embrouilla dans son esprit. Il décida de le contacter sur le champ et s’attendit à un accueil digne de ce nom vu l’heure matinale à laquelle il lui téléphonait, mais c’était sans compter le décalage horaire. Celui-ci était déjà au travail à Paris et s’apprêtait à le joindre. Il avait mis les mots « Capitaine Jack Harkness » sous surveillance sur tous les réseaux de l’organisation et fut averti dès qu’une recherche était lancée à ce sujet là. Aussi, il se montra très loquace sur le but de ses recherches et notamment sur le fait que Pierson en personne l’avait mis sur cette piste. Il lui avait parlé du non-buzz, théorie à laquelle Joe avait prêté une attention particulière, car à bien y songer, Mac et Methos étaient tous deux aussi étonnés que lui quand Jack débarquait, comme s’ils ne ressentaient pas sa présence. Et si ce n’était pas un immortel ? Non impossible, il était physionomiste et se rappelait très bien de ce visage et pour cause, il avait passé du temps à l’observer.

Flash-back.
Offensive du Têt, Vietnam, 1968.

Ce n’était pas que le Sergent Cord n’avait aucune confiance dans le Major Harkness, mais il préférait éviter les mauvaises surprises. Aussi, il me chargea de le garder à l’œil tout le temps où il resterait au campement. Je ne devais jamais le quitter des yeux ne serait-ce qu’une seule seconde, le suivre partout, quand il allait dormir, manger ou faire ses besoins. Et c’est bien ce que j’ai fait, jusqu’au jour où il a quitté le campement sans avertir personne. Alors je l’ai suivi à distance, me suis faufilé à travers les champs de blé, et grelotté derrière un arbre lorsque la nuit tomba. Il s’était arrêté et avait apparemment décidé de passer la nuit ici. L’endroit n’était pas accueillant, mais au moins, il y avait peu de chance de se faire surprendre par les Viêt-Cong. Il avait fait un feu et avait réussi à se faire griller deux trois rongeurs. Moi je salivais rien qu’à l’odeur. Et à bien y regarder il y en avait assez pour deux personnes, comme s’il attendait quelqu’un. Je suis resté sur mes gardes, l’observant de loin, analysant ce visage éclairé par les petites flammes de son feu de camp. Après une interminable attente j’ai vu ses lèvres bouger, comme s’il s’adressait à quelqu’un. Puis je l’ai vu se lever et se diriger dans ma direction. Je me suis retourné pour vérifier les environs et finalement je me suis retrouvé nez à nez avec le Major qui me tendit une carcasse calcinée à me mettre sous les dents. Je m’étais très vite fait repérer. Mais il ne m’en avait pas tenu rigueur et je l’ai rejoint autour du feu. Il disait devoir rejoindre Saigon, mais il avait progressé dans la direction inverse. Au fil de la soirée j’en appris plus, et notamment que le Sergent avait vu juste concernant les surprises.
L'offensive du Têt relevait de la guerre psychologique. Son but n’était pas seulement la conquête territoriale, mais d’amplifier l’opposition à la guerre aux États-Unis. En en recevant une couverture médiatique d'une intensité sans précédent, l'opposition avait gagné de nombreux pays dont la Chine qui avait envoyée plus de 300 000 soldats pour aider les Viêt-Cong dans la défense aérienne, le génie militaire et la logistique. Les premières unités chinoises présentes sur le sol vietnamien n’allaient pas tarder à attaquer le front américain. Et notre camp figurait en ligne de mire. Deux divisions d’artillerie anti-aérienne et un régiment indépendant, étaient déjà en route, ce n’était plus qu’une question de temps. Le Major n’avait pas divulgué sa source, mais ces allégations étaient plus que probables pour ne pas être prises au sérieux.

- « Il faut retourner au camp pour les avertir. » M’écriais-je
- « Non. »
- « Il faut abandonner nos positions sinon on va se faire massacrer. »
- « Il y a certaines choses qui doivent arriver. C’est inéluctable. Maintenant libre à toi de vivre ou de mourir pour ta patrie. » Avait-il déclaré si solennellement que j’en eu la chaire de poule.
- « Un Marins n’abandonne pas ses hommes au combat. »
- « Je suis Capitaine de l’armée de l’air, Boyscout. »

Ce qu’il me criait n’avait pas grande importance, je déguerpis rapidement du feu de camp improvisé pour revenir sur mes pas et avertir mes compatriotes du massacre imminent. Ce fut la dernière fois que je vis le Capitaine Jack Harkness de l’aviation américaine, mais devant l’ennemi, son visage me revenait toujours en mémoire, bien content d’avoir pu honorer la mission que m’avait confiée le Sergent Cord.
Fin du flash-back.


- « Vous avez cherché du côté des soldats américains durant la guerre du Vietnam ? »
- « Oui, et on a effectivement trouvé un Capitaine Jack Harkness mais quand on a voulu cracker le dossier, il s’est encodé et on a reçu des attaques de la part de la Grande Bretagne. »
- « Etrange. »
- « Tout à fait et pour l’instant… »

Joe ne l’écoutait déjà plus. Cardiff était en Grande-Bretagne. Jack était sur Cardiff. Mac avait fait un tour à Cardiff et en était revenu partiellement amnésique. Methos s’était rendu à Cardiff lui aussi et en était revenu muet, enfin, façon de parler puisqu’il n’avait pas décroché un mot sur cette histoire.
Il éteignit l’écran de l’ordinateur devant lui et pivota en arrière sur sa chaise. Il finit par se demander s’il ne prendrait pas des vacances du côté de Cardiff cette année…



FIN

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Dernière édition par Lapitchounette le Sam 13 Nov 2010 - 11:30; édité 5 fois
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MessagePosté le: Jeu 23 Sep 2010 - 18:21    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 30 Sep 2010 - 14:23    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

J'ignore si certains ont lu ma fic, mais il y a 7 chapitres, dont voici le second en ligne dès à présent.
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MessagePosté le: Mer 13 Oct 2010 - 17:45    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

Snif snif... ma fic n'a aucun succès...
Je mets quand même le troisième chapitre en ligne.
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MessagePosté le: Mer 13 Oct 2010 - 17:51    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

Si, je trouve ça assez intéressant, bien que je n'arrive pas à faire mon deuil du Jianto. Crying or Very sad

J'attends la suite quand même avec impatience.

Merci pour ta fic
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MessagePosté le: Mer 20 Oct 2010 - 18:13    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

Oh ^^ Une âme bienveillante... et en plus que je connais du MDS , nan ?
Pour ce qui est du deuil de Janto, cette version là, ne comporte pas de slash, donc ça ne devrait pas trop te perturber. En revanche celle sur le MDS si ...
Sinon, puisque t'es impatiente, je publie un nouveau chapitre (un par semaine, pour laisser le temps aux lecteurs de lire enfin, si y'a d'autres lecteurs...). Bon et du coup, j'attends t'es com's pour me dire si ça te plait toujours ou pas , hein ?
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MessagePosté le: Mer 27 Oct 2010 - 14:58    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

Le chapitre 5 est en ligne, je me dis que pendant les vacances j'aurais peut-être plus de retour, sinon, au prochain chapitre !!
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MessagePosté le: Sam 13 Nov 2010 - 11:33    Sujet du message: Indestructible [Finie] Répondre en citant

Fic finie, je viens de poster les deux derniers chapitres. Si jamais vous la lisez, n'hésitez pas à laisser des commentaires ^^
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:08    Sujet du message: Indestructible [Finie]

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