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Un petit côté rebelle

 
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Idontwanttogo_01
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Féminin Capricorne (22déc-19jan)

MessagePosté le: Sam 20 Nov 2010 - 00:31    Sujet du message: Un petit côté rebelle Répondre en citant

Titre : Un petit côté rebelle
Public : PG 13 ans (rien de compromettant, juste deux-trois allusions de Jack Harkness)
Genre : Aventure et un brin de mélancolie-romantisme-humour, bref fidèle au genre du 10e Docteur (mon préféré).
Spoilers : Je tiens compte de l'évolution du personnage lors de la saison 5 (sauf pour "arch story" à propos de "Silence will fall" qui risque de nous amener tout à faire ailleurs) et de Torchwood - Les enfants de la Terre.
Disclaimers : Les personnages ne m'appartienent pas, mais l'histoire si.

Note : cette histoire est également en cours de publication sur Royal Tennant Company (site francophone malgré ce que son nom laisse entendre. À visiter pour d'autres histoires superbes!)


Localisation temporelle : 7 février 1905
Localisation géographique : Moscou, URSS, planète Terre
- Olga, vous me manquerez.
- Vous aussi, mais il faut vraiment que je parte. Je suis rappelée à Budapest et il n’y a pas moyen de faire autrement, mon cher ami. J’ai déjà repoussé trop longtemps mon départ et les miens s’impatientent. Je vous écrirai. Et je penserai à vous chaque moment où je ne vous écrirai pas.
Ces cils battirent légèrement. C’était là une arme qui avait fait ses preuves et elle n’hésitait pas à en user. Parmi ses moyens, c’était encore le plus innocent.
- Je ne vous oublierai jamais, Olga, chère Olga.
Il prononçait souvent son nom, comme s’il était en mesure de la faire sienne avec un simple mot. Comme elle l’avait prévu, il se permit de l’embrasser fougueusement et elle ne tenta pas de résister. Au bout de quelques secondes, il la lâcha et s’effondra d’une pièce sur le siège style Louis XIV que « Olga » avait placé là si commodément. Elle tapota amicalement sa joue, un adieu moins distingué qu’il l’avait imaginé, mais plus sincère que son baiser drogué. Quand il se réveillerait, il aurait presque oublié l’idylle romanesque avec cette séduisante étrangère à qui il avait confié toutes sortes d’informations. Pour lui, Olga était née de parents russes ayant émigrés des années plus tôt. Et cette délicieuse et charmante Olga venait en pèlerinage sur la terre de ses ancêtres pour enterrer ses pauvres parents, décédés brutalement dans un accident de train. Par une pure coïncidence, l’enterrement de sa femme avait lieu le même jour. Ils avaient sympathisé, elle avait un peu pleuré sur son épaule et il lui avait parlé de sa femme de qui il ne s’était pas senti très proche (mariage arrangé). Et puis… les choses avaient été de plus en plus loin, comme « Olga » l’avait prévu. Et il lui avait parlé de son travail, puis de son commanditaire aux demandes excentriques.
Elle avait ainsi pu empêcher l’arrivée d’un clone d’Adolph Hitler qui aurait préparé le terrain pour une alliance Russe-Allemagne qui aurait bouleversée l’Histoire officielle. Les preuves et le matériel de clonage détruit, le cerveau de l’affaire enfermé dans un hôpital psychiatrique pour le reste de ses jours grâce à l’implantation d’une pastille particulière qui avait la charmante capacité de libérer à petite dose une substance hallucinogène… la mission avait très bien fonctionné. Ce pauvre Youri avait même été payé de ses services et ne serait donc pas mis sur la paille. Ce détail n’avait pas été inclus lors de son briefing, mais « Olga » ne se serait pas permis une telle trahison.
Elle s’octroya le luxe d’un bain et d’un massage avant de partir. On ne savait jamais quand on repartait à l’aventure alors il fallait s’offrir un petit congé quand c’était encore possible. Les servantes étaient compétentes et ne cherchèrent pas à entamer la conversation. La comtesse Olga Tiponovna avait cette réputation particulière pour les pourboires généreux aussi lui prodiguait-on les meilleurs soins dans la tranquillité la plus agréable. Et l’hôtel était parfaitement tenu.
Elle fit ses bagages et posta le tout à cet entrepôt particulier où l’Agence conservait ce qu’elle appelait « le matériel historique ». Robes, bijoux, accessoires, des livres de poésie et d’histoire, quelques bibelots, tout disparaîtrait jusqu’à ce que quelqu’un d’autre ait besoin d’une couverture. C’était curieux que quelques objets bien choisis puissent ainsi définir aussi bien et aussi rapidement la personnalité d’emprunt d’un agent. Yuri n’avait jamais douté un instant qu’elle n’était pas qui elle affirmait. Elle se demanda encore si le matériel disparaissait vraiment où s’il était enfermé dans une caisse en attendant la prochaine mission. Certains livres avaient l’air neuf, d’autres portaient la marque d’une usure familière et les vêtements étaient juste ce qu’il fallait de démodé pour une voyageuse qui n’avait plus mis les pieds dans sa patrie depuis des années. Enfin, ce n’était pas sa branche d’opération, dieu merci. Les opérateurs de l’ombre savaient ce qu’ils avaient à faire et n’étaient pratiquement jamais pris en défaut. Néanmoins, elle n’avait jamais pu s’empêcher de leur trouver une ressemblance avec les déménageurs professionnels. Bon, des déménageurs un peu particulier, mais tout de même.
Elle congédia les servantes d’un pourboire mémorable et rendit la clé des appartements au concierge qui portait toujours aussi bien son faux col amidonné.
- Je crois que le camarade Yuri a besoin d’un moment de tranquillité pour se remettre de mon départ. Vous enverrez son valet s’il n’est pas descendu dans une heure.
- Votre départ est précipité pour le camarade.
- Et j’en suis la première attristée, mais mes obligations me rappellent chez moi. Toutefois, si je devais revenir dans notre cher pays, sachez que je n’aurais aucun scrupule à être logée à nouveau chez vous.
- Merci, camarade Tiponovna.
- Merci à vous, camarade.
Il était vraiment temps d’aller au rapport. Dès que le camarade hôtelier se détourna, « Olga » appuya sur la touche de rappel automatique sur son bracelet et se volatilisa pour réapparaître trente-sept siècles plus tard et dans un lieu qui n’avait aucun lien avec Moscou. Le bureau familier de Margaret Carew. L’Agence. La maison. Enfin, aussi proche d’une maison qu’un agent du temps était capable d’envisager. À force de sauter d’un temps à l’autre, la notion de domicile, voire de propriété, devenait très floue.
- Il était temps que vous arriviez, gronda la responsable des agents en l’entendant pianoter son code d’accès.
- Je ne savais pas que j’étais si en demande, Margaret, rétorqua l’autre.
- Mensonge, ironisa Margaret. Nous vous avons envoyé par moins de six messages par le biais de votre bracelet et un agent a été envoyé avec un courriel officiel. Et vous l’avez renvoyé assez sèchement si je puis me permettre.
- Il fallait bien protéger ma couverture et quand cet idiot s’est présenté comme mon frère alors que j’avais dis que j’étais orpheline, j’ai dû improviser. Je suis là maintenant.
- Sans doute. Mais pas pour longtemps.
- Une autre mission?
- Pour mon meilleur agent, cela va de soi. Ce n’était pas pour rien, ces rappels.
Margaret lui tendit une page électronique, baisa ses lunettes et renifla gentiment : « Je vois que vous avez profité du confort de l’hôtel. Et ce pauvre Yuri? »
- Il embrasse très bien.
- Il faudra vous méfiez : un jour vous tomberez sur quelqu’un qui saura pourquoi vous êtes si libertine avec vos lèvres.
- J’ai d’autres trucs que le rouge-à-lèves soporifique.
- C’est vrai, concéda calmement Margaret. Je vous envoie dans une situation pas très agréable, j’en ai peur. Alors prenez le rouge-à-lèvre et le reste du coffret à maquillage.
Margaret renifla à nouveau, un peu moqueuse.
- À quoi dois-je m’attendre?
- À l’imprévisible, bien entendu. Et… oh, il est possible que vous puissiez ramener un ex-compatriote au bercail. Si c’est possible, tant mieux, sinon essayez de lui faire rendre le bracelet. Ce n’est pas de bonne politique de le laisser vagabonder avec.
- Quoi? Vous avez laissé partir un agent AVEC son bracelet?
- Ce n’est pas notre genre. Nous avons pu faire en sorte de le dérégler et de bloquer ses fonctions principales.
- Désolée.
- Arrêtez de vous excuser, gronda doucement Margaret. Et concentrez-vous sur cette mission. Oh, un détail. L’ex-compatriote est Jack Harkness. C’est sous ce nom qu’il continue à se présenter quoique sa dernière mission se soit terminée depuis longtemps. J’imagine qu’il s’est habitué à ce nom ou bien qu’il voulait cacher sa présence à l’Agence en n’utilisant pas son nom d’origine.
L’agent cilla, pas certaine d’en croire ses oreilles. Margaret ne s’attendait tout de même pas à ce qu’elle règle une situation problématique tout en surveillant un des plus célèbres ex-agents!
- Mais il a disparu depuis des années et personne n’en avait plus entendu parler. Son bracelet a bien été désactivé, n’est-ce pas?
- Hum… Au fil du temps, nous avons reçu des pics, ça et là, comme quoi il aurait été capable de deux ou trois déplacements temporels. Nous ignorons comment. Mais tout est sans doute lié à la situation. À vous de voir.
- Merci pour le cadeau, fit la jeune femme avec un ronchonnement.
- Si vous ne vouliez pas jouer à ce jeu, il ne fallait pas vous porter volontaire à l’Agence du temps. Et faire en sorte de devenir l’une des meilleures du service. Allez, du vent!


Localisation temporelle : 23h51, 5 novembre 2010
Localisation géographique : Cardiff, planète Terre
C’était une ruelle de Cardiff qui hébergeait une majorité de félins et de poubelles. Les murs aveugles s’éclairèrent brièvement et ondulèrent au moment où une forme humaine émergea de nulle part, comme brouillée. Quelqu’un avec un tant soit peu d’expérience aurait pu la prendre pour un Cybermen. Mais il n’y avait personne. Et quand bien même, la forme s’affina et se précisa jusqu’à devenir une femme, plutôt une jeune fille, vêtue d’un jean, d’un t-shirt et d’un chandail bleu. Pas un Cybermen. Elle ajusta son sac à dos et baissa son capuchon, dévoilant une chevelure brun roux coupée au ras des épaules. Elle jeta un coup d’œil sur un matou curieux qui se détourna paresseusement malgré le fait inexplicable qu’il venait d’assister à une apparition. Une voiture de police roulait lentement et un projecteur s’alluma. Le chat et la jeune fille bondirent et le projecteur n’éclaira plus que la rue déserte.
*
Quand le téléphone sonna, Gwen bondit vers l’appareil, priant pour que le bruit n’ait pas réveillé le bébé. Elle jeta un coup d’œil machinal vers le haut-parleur en plastique et soupira de soulagement en entendant le ronflement léger.
Et puis, comme elle prenait conscience que ce n’était pas son cellulaire, mais le téléphone fixe, elle s’inquiéta. Une urgence en pleine nuit qui ne concernait pas le boulot? Et puis, chassant les dernières traces de sommeil (elle s’y était habituée à la longue, mère oblige), elle se rappela qu’elle n’avait plus vraiment de boulot. Et du coup, elle songea à ses parents, qui n’étaient plus tout jeune. Une crise cardiaque? Un accident de voiture? Et les parents de Reese? Elle décrocha le combiné et répondit d’un ton très calme et posé, pas du tout comme une folle réveillée en pleine nuit.
- Je voudrais parler à Gwen Cooper, s’il-vous-plaît.
- À quel sujet?
- Vous êtes Gwen Cooper?
- Vous appelez chez moi, en pleine nuit : à qui vous attendiez-vous?
- Désolée. Je suis Harriet. J’ai besoin de parler à Jack Harkness et vous êtes la seule personne que je pouvais contacter. Torchwood est en ruine et ça, je ne m’y attendais pas.
- Qui êtes-vous? Comment avez-vous eu ce numéro?
La voix était jeune, une adolescente. À moins que ce soit une femme déguisant sa voix. Mais non, Gwen était presque certaine qu’il s’agissait d’une jeune fille juste à la nervosité dans le ton.
- L’annuaire, évidemment. Je peux monter?
Quoi? Elle était en bas? Ah, bien sûr, l’annuaire.
- S’il-vous-plaît, plaida la jeune fille.
- Non, dit-elle fermement.
Reese allait encore protester qu’elle ramassait tous les chiens errants. Elle aspira un grand coup et ses veines reçurent un petit coup de fouet chimique de son cerveau qui se remettait soudainement à tourner à pleine vitesse. Ça ne lui était plus arrivé depuis Jack. Alors, parce qu’elle imaginait facilement Jack la rappeler à l’ordre…
- Donnez-moi deux minutes, je descends, ajouta-t-elle.
*
La soupe contenait des légumes réhydratés et le thé avait probablement été bouillé deux fois avant d’être servi, mais elles ne s’en occupèrent pas. La jeune fille touillait sa soupe et Gwen se contentait de se réchauffer les doigts sur la tasse ébréchée. Le restaurant n’était pas un quatre étoiles, mais elles y étaient tranquilles.
- Si vous connaissez Jack, comment pouvez-vous ignorer que Torchwood avait été détruit?
- Ça n’avait pas été annoncé dans les médias.
- Au contraire.
- Je devrais préciser « les médias de chez moi ». Je n’ai pas pris le bus pour venir jusqu’ici. J’ai plutôt… atterri.
- L’aérodrome, suggéra Gwen tout en devinant que ce n’était pas la réponse.
La jeune fille sourit légèrement.
- Je n’en ai pas l’air, mais je viens d’un peu plus loin. Et j’ai vraiment besoin de parler à Jack. Où est-il?
- Très loin d’ici.
- Mais encore? J’ai besoin d’un passeport ou bien…
- Depuis quand est-ce que vous ne lui avez pas parlé?
- Pour tout avouer, je ne lui ai jamais parlé. Je ne l’ai même jamais vu. Mais je sais qu’il n’y a que lui qui puisse m’aider. À moins que vous ne connaissiez le numéro du Docteur?
Gwen en fut presque soulagée : OK, c’était typiquement une histoire de boulot.
Ce n’était pourtant pas la première fois qu’elle devait travailler avec le Voyageur du temps, mais c’était la première sans Jack. Il lui manquait terriblement. Et c’était étrangement plaisant de replonger dans le bain. Mais ça lui rappelait tout de même qu’elle était la dernière de Torchwood. Moins plaisant.
- Jack n’est plus à Torchwood. Je ne suis même pas sûre s’il reste un Torchwood. Je ne crois pas qu’une seule personne puisse « être » Torchwood. Et j’ai été plutôt occupée dernièrement, trop pour essayer de reformer une équipe. Sans Jack, c’est un peu déprimant.
- Ce n’est pas ce qu’on m’a dit. Ce n’est vraiment pas ce qu’on m’a dit. Mais au moins, il y a vous et… quel était son nom, déjà? Marco?
- Ianto. Ianto est… Ianto est mort. Comme j’ai dit, je suis la dernière.
- Oh, non! Je… je suis désolée. Décidément, mes informations datent un peu. J’aurais dû m’y attendre. J’aurais vraiment dû. Je suis désolée de vous avoir réveillée, Gwen Cooper.
Elle se leva, laissa une poignée de pièces sur la table et traversa la rue, les mains profondément enfoncées dans les poches. Gwen n’eu pas le cœur à la laisser partir et la suivit. Une ado de quinze ans qui avait des problèmes assez importants pour justifier Torchwood et un Docteur ne devait pas vagabonder comme ça.
- Pourquoi avez-vous besoin de Jack? Écoutez, je sais bien que Torchwood n’existe plus, mais j’ai encore des contacts. Je peux peut-être vous aider.
- Il n’y avait que lui qui avait le numéro du Docteur.
- Faux. Je crois qu’il y a quelqu’un d’autre. Elle s’appelle Martha.
- Euh, non, il vaut mieux pas. Vraiment pas.
- Pourquoi?
- Parce que.
- Ce n’est pas une réponse, ça.
- Oui, eh bien… Non, vraiment. Ne demandez pas à Martha Jones.
- Oh, vous la connaissez!
- Ehm, oui, euh… autant que Jack disons.
- Et d’où tenez-vous toutes ces informations?
La jeune fille hésita, mais n’avança plus, ce qui convainquit Gwen qu’elle allait obtenir quelques réponses.
- Je ne suis ici que pour quelques jours et je repartirai automatiquement chez moi, mission accomplie ou pas.
- « Mission »?
- On pourrait dire qu’il s’agit de vacances, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Je suis arrivée par le Rift de cette dimension parallèle qui a hérité d’une copie du Docteur.
- Pardon?
- Après les Daleks et les planètes volées.
- Oui, il y a quelques mois. Et le Docteur était là. Ils étaient deux?
- Jack ne vous a rien raconté?
- Il a toujours raconté le minimum de trucs sur ce Docteur.
- Bon. Ehm… Petit résumé avec des mots très simples : le Docteur a hérité d’un clone qu’il a confiné à un autre univers avec ma mère. Et ce qui devait arriver arriva comme on dit : Harriet Ann Tyler-Smith. C’est moi.
- Vous êtes la fille du Docteur?
- De son double en tout cas. Mais là, j’ai besoin de l’original. J’ai besoin du Docteur.
- Je crois que Martha…
- Non, non, non. Pas question de mêler Martha Jones à tout ça. Papa en ferait une crise cardiaque et, comme il lui reste un seul cœur, je tiens à l’épargner.
- Mickey Smith.
- Mickey n’aura pas le numéro. Non. On dirait que je vais être coincée ici. Pas du tout ce que j’avais prévu. Mais alors là, pas du tout!
Harriet croisa les bras et donna un coup de pied dans une poubelle.
Gwen essaya de trouver un moyen poli pour expliquer à Reese pourquoi ils hébergeraient une adolescente durant quelques jours. Après tout, Harriet ne pouvait pas rester dans la rue et il était hors de question de la laisser se promener en ville.
Et puis, juste au moment où Gwen allait expliquer que son divan n’était pas trop inconfortable, elles entendirent ce son.
Celui d’une pompe aussi asthmatique que sympathique. La vision familière de cette cabine de police excentrique. Gwen n’avait jamais assisté à l’apparition du Tardis, mais joua l’habituée. Après Torchwood et le Rift, il en fallait beaucoup pour l’épater. Harriet, d’un autre côté…
- Woah! Je pensais que c’était une blague, cette histoire de circuit caméléon!
- Pardon?
- Oh, une vieille histoire. Je n’aurais pas crû que le Tardis avait réellement l’apparence d’une vieille cabine de police londonienne.
La porte s’ouvrit et les deux femmes tendirent le cou pour apercevoir le pilote officiel de la machine à voyager dans le temps. Harriet trépignait d’impatience, mais elle était bien trop polie pour s’engouffrer sans manière dans le Tardis. LE Tardis!
Mais personne ne sortit.


Localisation temporelle : 2630
Localisation géographique : astroport du secteur de Pitaro, galaxie Match V
C’était un bar comme des milliers d’autres, dans un astroport semblables à tous les autres. Jack n’était même pas sûr du nom de la planète. Il se souvenait à peine comment il avait abouti ici de toute façon. Il flottait, de situations en situations, se battant de temps en temps, trouvant un ami pour quelques semaines, voire quelques mois, se reposant quand il était fatigué, mangeant quand il le pouvait. Il s’arrêtait parfois. Ça ne durait jamais longtemps et il repartait, en quelque sorte insatisfait de tout, comme s’il lui manquait une motivation plus personnelle. D’une certaine façon, il cherchait un moyen de mourir. Il ne s’en cachait pas. Pas vraiment. L’immortalité n’était agréable que lorsqu’elle était souhaitée. Et il savait qu’il ne trouverait rien. La mort l’ignorait avec superbe.
Alors il voyageait, bondissant d’un endroit à l’autre et presque toujours seul. Et il se rappelait un autre homme qui voyageait à bord d’une machine indescriptible et qui devait, lui aussi, continuer à la recherche de quelque chose qu’il ne trouverait pas. Et lorsqu’il se souvenait, Jack éprouvait un mélange de regret, de joie et d’amertume. Il se souvenait de cette fois où, sans un mot, ils s’étaient fait leurs adieux. Un salut, un pardon, une reconnaissance et des adieux. Tout ça sans un mot. Et pour un homme, enfin un Seigneur du temps, qui avait passé toute sa vie à jacasser, c’était le plus stupéfiant. Jack n’avait aucune idée de ce qu’il était advenu de lui, tout en sachant qu’il était inutile de chercher à le revoir. Peu importe ce qui s’était passé, il ne serait plus le même.
Pour quelqu’un qui ne savait pas mourir, Jack vivait entouré de fantômes. Il se souvenait de Rose, de Mickey, de Sarah-Jane, de Gwen, de Tosh, d’Owen. Il se souvenait de Ianto aussi. Et ça faisait mal de se souvenir. Mais il valait mieux se souvenir et avoir mal que ne plus rien éprouver. Il n’était pas tout à fait mort s’il souffrait encore.
Alonzo avait été un petit gars bien sympa et ils avaient passé du bon temps ensemble. Et puis, après… quoi des mois? des années? il était retourné à une vie ordinaire, où les gens qui meurent le restent. Ils s’étaient séparés gentiment, sans la blessure à laquelle Jack s’était un peu attendue. Mais Alonzo, aussi gentil avait-il été, n’avait pas été un Ianto. Il avait été un peu déçu, mais pas triste. Est-ce que le Docteur l’avait su en lui présentant le jeune homme? Est-ce qu’il connaissait assez Jack pour lui offrir la chance d’un partenaire agréable qui ne serait pas un fardeau quand il aurait disparu? C’était bien son genre.
Jack remarqua la jolie blonde dès l’instant où il entra dans le bar. Elle, elle n’était pas ordinaire. Elle était mignonne, belle plutôt. Et plus il la détaillait, plus il trouvait fascinante. De grands yeux, un corps mince et souple et un sourire à faire fondre un circuit supraconducteur. Vingt-cinq ans à tout casser. Elle buvait un simple jus d’orange et observait avec une sorte d’innocence les clients qui avaient pris de l’avance sur la soirée avec des boissons plus corsées. Elle plissait le nez de temps en temps, mais plus par amusement que par dégoût, semblait-il. Elle reposa son verre un peu brutalement quand son plus proche voisin décida de jouer à la main baladeuse.
Jack décida d’intervenir, mais la fille donna une bourrade à son voisin avant de s’éloigner du bar. L’autre, offusqué, décida de retenter sa chance, mais la fille fronça les sourcils (comme une enfant qui ne s’attendait pas à être punie) et secoua la tête. Jack avait déjà fait deux pas, prêt à assommer le type, mais la fille le fit à sa place : très vite, très habilement et sans aucune aide. En deux secondes, l’ivrogne était à terre. Jack ne pu retenir un sourire d’approbation et d’appréciation.
Et il était encore plus tenté de connaître cette fille, belle, intrigante et fascinante. Ce fut elle, pourtant, qui fit les premiers pas en se plantant directement devant lui :
- Vous ne devriez pas être ici, fit-elle en le regardant droit dans les yeux.
- Vous non plus, ce n’est pas un endroit pour vous.
- Non, non, je veux dire que vous ne devriez pas exister. Qu’est-ce que vous êtes?
Et ses yeux plein d’innocence étaient désarmants. Et Jack était stupéfié par cette entrée en matière.
- Qui êtes-vous, ma jolie?
- Jenny. Et j’ai posé la question en premier.
- Capitaine Jack Harkness, répondit-il avec tout le charme possible et son sourire le plus irrésistible.
- Capitaine? Dans l’armée?
- Eh bien, pas exactement.
- À la retraite? Non, trop jeune. Quoique… Vous ne faites pas votre âge réel, pas vrai? Démobilisé? Nan, vous portez encore l’uniforme. Déserteur?
- J’ai l’air d’un déserteur?
- Je ne sais pas de quoi vous avez l’air. C’est curieux de vous regarder, comme si vous étiez une erreur.
La seule autre personne qui l’avait jamais décrit ainsi était un Seigneur du temps et il avait très, très clair, qu’il était le dernier Seigneur du temps, que lui seul était capable de sentir cette « déviation ». Qui était cette fille? Jack commença à se dire que Jenny était encore moins ordinaire que lui. Il sourit et tenta une autre approche :
- Le Docteur n’a pas pu m’aider.
Pour n’importe qui, il était seulement question d’un médecin. Pourtant, Jenny s’illumina (et Jack songea : « Seigneur, je la trouvais seulement jolie? ») : « Oh, vous connaissez papa? Il est avec vous? ».
Et Jack comprit qu’il était dans une situation vraiment pas ordinaire. Jenny l’observait, pleine d’espoir et Jack n’eu pas le cœur à la détromper.
- Papa? Petit cachotier! Il m’avait dit qu’il était le dernier Seigneur du temps!
- Longue histoire. Je suis née d’une cellule de sa main. Ses gènes ont été passés au mixeur pour donner un résultat différent de lui. Et hop! J’étais là!
- Un très joli « Hop ».
Elle éclata de rire.
Jack songea qu’il était définitivement accroché, tout en étant incapable d’imaginer l’embrasser maintenant qu’il connaissait son lien de parenté. Si jamais (si jamais!?) il devait le revoir, il se voyait mal lui expliquer comment il avait embrassé sa fille (comme si le Grand homme allait croire qu’il s’était contenter de l’embrasser! Fichue réputation!) Mais elle poursuivait avec enthousiasme :
- Alors vous avez voyagé avec papa? Sauvé des planètes? Secouru des civilisations?
- Surtout la Terre, admit Jack.
- La Terre? C’est là qu’il est né?
- Non. Non, sa planète natale a disparu. Triste histoire, ajouta-t-il pour prévenir une autre demande de détails qu’il n’avait pas envie de donner. La Terre… Eh bien, c’est la planète d’origine des humains. Comme moi.
- Vous êtes un humain?
- Oui.
- Je ne suis pas convaincue. J’ai rencontré des humains. Il y a un truc bizarre avec vous.
- Oui, c’est ce qu’il m’a dit. Je ne mords pas. Et ce n’est pas contagieux.
- Et qu’est-ce que vous avez?
- Je ne peux pas mourir.
- Génial!
- Parfois oui.
- Oh, pas toujours?
Il était déstabilisé par son apparente innocence et son allure du tonnerre.
- Et euh… pourquoi est-ce vous n’êtes pas avec lui?
- Je suis morte et il a pensé que c’était pour de bon, mais je suis revenue. Trop tard, il était parti.
- Oh, il vous a fait le coup, à vous aussi? Et vous essayez de le retrouver?
Il lui souhaita mentalement bonne chance. Retrouver le Docteur dans l’espace et le temps était impossible s’il ne le voulait pas.
- Pas vraiment, reconnu-t-elle. Je suis plutôt occupée. Sauver les gens, les planètes.
- Quoi?
- C’est ce qu’on fait quand on est comme le Docteur, non?
- O… oui.
- Et je cours beaucoup aussi. C’est amusant.
Et soudain, notant son air un peu plus sombre, elle lui demanda pourquoi il n’était pas avec le Docteur, Martha et Donna.
- Vous connaissez Martha et Donna?
- Elles étaient là quand je suis née.
Jack se senti glacé jusqu’aux os : Martha et Donna appartenaient à une époque lointaine. Il dirigeait Torchwood alors. Il avait travaillé avec Martha. Il avait rencontré Donna. Et elles étaient mortes depuis des siècles. Il revit le beau regard sombre de Martha et réentendit les exclamations énergiques et coléreuses de Donna. Tout un numéro, cette femme! Et elles n’étaient plus. Oh, il pouvait peut-être croiser l’une d’elles un jour, mais il saurait. Il ne pourrait pas oublier qu’elles appartenaient à une époque révolue. Qu’elles étaient mortes, quelque part sur Terre, des siècles auparavant. Cette Terre merveilleuse qu’il avait abandonnée depuis longtemps. Et il les regarderait partir avec le Tardis et il continuerait à vivre une année après l’autre. Mais il était plus que probablement qu’il ne les reverrait jamais. Ni le Docteur. Ni Rose. Ni Ianto.
- Nous pourrions y aller, dire bonjour. Elles sont gentilles.
- Hum, ça risque d’être difficile. Le Docteur ne vous a rien dit? Il voyage dans le temps.
- Pour vrai?
- Hum hum. Et Donna et Martha ne font pas partie du présent.
La déception de Jenny brisa son sourire. Elle comprenait très vite.
- Alors nous ne pourrons plus jamais les revoir?
- Non, dit-il simplement.
- Ce n’est pas amusant.
- Non, ça ne l’est pas.
- Mais je pourrais retrouver papa?
Plutôt que de répondre, il lui proposa un autre jus d’orange.
- Oh, je préférerais un beignet. Ou plutôt deux. Courir donne faim.
Et elle sourit largement. Oh, oui, là, il se souvenait où il avait vu ce genre de sourire qui fait pâlir le soleil. C’était de famille. Et il se surprit à croire que le Docteur la retrouverait. Il avait un flair du diable quand il s’agissait de ce genre d’affaires.


Localisation temporelle : 2010, 01h00
Localisation géographique : Cardiff, Terre
Le Tardis. Le célèbre Tardis. Le célèbre Tardis sans son célèbre pilote spatio-temporel. Quelle blague, songea Harriet. Tout ce chemin pour se retrouver face à un Tardis vide.
Gwen ravala sa salive. Comment est-ce qu’un véhicule aussi particulier pouvait fausser compagnie au Docteur? Et pire, où était le Docteur?
Harriet fit quelques pas, jeta un coup d’œil à l’intérieur. Une grande pièce aux reflets de bronze. Un tube cylindrique aux reflets verdâtres et un siège à demi défoncé, quasiment invisible derrière la console elle-même. Exactement comme sa mère le lui avait décrit. Pour s’endormir, la petite Harriet n’avait pas eu droit qu’à l’histoire de Blanche-Neige et de Cendrillon. Le Docteur avait même retrouvé, non sans difficulté se plaignait-il faussement, les contes de son enfance. Tout était exactement comme Harriet l’avait entendu raconter.
Mais pas de Docteur.
- Qu’est-ce qu’on fait? On ne peut pas le laisser là, s’exclama Gwen.
- On entre, déclara Harriet.
- Mais…
Trop tard, la jeune fille avait déjà franchi le seuil, suivie par une Gwen méfiante et curieuse.
- C’est…
- Plus grand à l’intérieur, oui, compléta automatiquement Harriet. Papa disait que c’était la première ou la deuxième phrase qu’on disait. Je me demande comment ça fonctionne…
- Ne touche à rien, ordonna Gwen.
Harriet, bien entendu, ne l’écouta pas et effleura le tube où la pompe s’était immobilisée. Celle-ci tressaillit et la porte du Tardis claqua brutalement.
- Mais… Ça ne peut pas partir comme ça! Ce n’est pas comme ça que ça marche!
- Accroche-toi, s’exclama Gwen en se jetant contre la rambarde de métal.
Et le Tardis s’envola, jetant à terre Harriet et bousculant Gwen qui parvint à retomber dans le siège qui grinça et tangua. Harriet protestait que ce n’était pas sa faute, qu’elle n’avait fait qu’effleurer le tube, mais ça n’avait pas d’importance. Le Tardis était bel et bien en train de leur faire faire un bout de chemin.
- Il nous emmène vers le Docteur, tu crois?
- Est-ce qu’il n’est pas sensé être à bord, grommela Gwen. Comment peut-il laisser partir si facilement sa machine? Ce n’est pas dangereux?
- D’après ce que papa disait, les Tardis ne pouvaient voyager sans pilote, mais le sien était un peu particulier. Euh, est particulier. Maman l’a déjà fait voler toute seule. Enfin presque.
- Maman? Oh, Rose, c’est ça.
- Exact.
Le Tardis stoppa brutalement dans un « klonk » distordu. Harriet frotta son genou, sentant déjà un bleu se former : déjà une blessure de guerre et elle n’était pas encore sortie du Tardis! Quelle idiote!
- J’imagine qu’il faut sortir, soupira Gwen. Tu restes ici.
- Jamais de la vie!
- Et qui va garder le Tardis? Ouvrir la porte quand je serai sortie? Veiller à ce que personne ne puisse le voler?
Là, c’était un bon point. Mais un tintement provenant de la console redonna le sourire à Harriet. Dans un petit clapet venait de tomber une clé. Et il n’était pas nécessaire d’être un Seigneur du Temps pour comprendre quelle serrure celle-ci ouvrait. Harriet s’en saisit et fanfaronna.
Gwen était encore moins enthousiaste à l’idée d’une gamine trop exubérante. Elle espérait qu’elles n’étaient pas arrivées sur la planète la plus dangereuse de l’univers. Et que l’air était respirable. Oh! Comment de tels détails pouvaient-ils lui traverser l’esprit? Elle avait sans doute travaillé trop longtemps à Torchwood, prête à l’imprévisible. Elle retint un sourire qui n’aurait fait qu’encourager Harriet.
- J’espère que c’est un endroit chouette, fit Harriet en croisant les doigts.
Parfait, songea Gwen en regrettant de ne pas avoir emporté son arme. Le terme chouette devait changer quand on dépasse 25 ans. Les mois à changer les couches et à préparer les biberons avaient un peu ramolli ses réflexes. Avant, elle vérifiait automatiquement son holster et son cellulaire. Et de quoi aurait-elle l’air à essayer de se défendre contre toute une horde d’extraterrestres en brandissant son téléphone?
Mais il fallait déjà suivre Harriet qui prenait de l’avance sans trop en avoir l’air.
Un projecteur d’abord, puis d’autres, furent braqués sur elles et les empêchèrent de pouvoir observer les alentours. La voix grondeuse et coléreuse d’un homme les interpela dans une langue qu’elles ne comprenaient pas en même temps qu’une pompe asthmatique se mettait en marche, signe que le Tardis repartait. SANS ELLES!
Un autre homme grogna et hurla, un peu effrayé. Il faut dire qu’un Tardis qui s’évaporait avait de quoi choquer les non initiés. La voix était très différente de celle du Docteur et leur dernier espoir s’envola avec le Tardis. Et Harriet, qui n’avait jamais été confrontée à un langage aussi étranger, se sentait doublement coincée. Elles étaient perdues dans l’univers et le temps, à la merci d’un inconnu. Quelqu’un répondit à l’homme – une femme – et parvint à le calmer. Gwen hésita : les inflexions de cette nouvelle venue étaient chaudes et confiantes, mais semblaient travaillées, modulées par une longue habitude de situations stressantes. Deux femmes surgissant de nulle part et une cabine de police disparaissant comme un fantôme, mais cette femme discutait posément comme si ça arrivait tous les jours. Et ses paroles étaient entrecoupées de bips et de blips familiers. Le Tardis ne les avait peut-être pas éloignées tant que ça de Cardiff. Gwen se souvenait d’avoir entendu ces sons presque tous les jours. Mais ça remontait à un certain temps déjà.
- On aurait peut-être dû vérifier ce qu’il y avait dehors avant de sortir, murmura Harriet tout en essayant de se protéger les yeux.
Gwen hocha la tête tout en réfléchissant furieusement à un moyen de s’en sortir. Comment avait-elle fait la dernière fois? Ah, oui… C’est vrai : à l’époque, elle avait eu un as dans sa manche. Mais cet as-là avait disparu depuis des mois. « Oh, Jack, jamais là quand on a vraiment besoin! ».
Et puis la femme sembla parvenir à convaincre son homme de main, le gardien, le concierge ou dieu sait quoi. Les projecteurs diminuèrent d’intensité et furent détournés. Gwen battit des paupières, soulagée par la clarté redevenue normale, sans pour autant recouvrer complètement la vue. Harriet devait être dans le même état, car elle se retint à son bras.
- Par ici, mesdames, fit la femme dans leur propre langue.
Sans même une trace d’accent, remarqua l’ancienne agente de Torchwood. Gwen et Harriet se guidèrent en effleurant la paroi d’un couloir. Harriet sursautait chaque fois que le couloir tournait. Gwen essayait de forcer sa vue à s’améliorer, il fallait qu’elle sache qui était cette femme qui semblait les connaître.
- Attention, il y a un escalier, tenez la rampe. Doucement, ma petite, fit la femme en rattrapant la maladresse d’Harriet.
- Merci. Vous parlez notre langue donc nous sommes euh…
- Où sommes-nous, demanda Gwen sans s’embêter de délicatesse.
- Je crois que, dans votre cas, ce n’est pas une question d’endroit. Plutôt une question de temps. Je crois comprendre que vous avez un lien avec l’Institut Torchwood, exact?
Gwen sursauta et examina la femme en plissant les paupières : des mèches bouclés d’un roux doré, de grands yeux, une bouche généreuse. Séduisante. Et puis, à son poignet, un bracelet très familier qui bipait. Gwen bondit , se souvenant enfin pourquoi ces sons étaient familiers :
- Où avez-vous eu ça!
- Pas touche! Il est à moi. Gwen Cooper, c’est bien ça?
- Évidemment, si j’avais le bracelet de Jack, moi aussi je saurais dire votre nom avec arrogance.
- Ce n’est pas celui de Jack Harkness, mais le mien. Donc, vous êtes bien Gwen Cooper. Et cette demoiselle?
Elle secoua son bracelet quand il fit un « blip » au lieu d’un « bip ».
- Oh non, tu ne vas pas tomber en panne. Allez, donne-moi un nom.
- Je m’appelle Harriet, fit l’intéressée.
Elle arborait un air moqueur, parfaitement consciente qu’elle était unique et impossible dans cet univers comme dans l’autre. Gwen l’imita. La femme tapota à nouveau son bracelet et renonça :
- Oh, d’accord. Vous êtes en Égypte, en banlieue du Caire pour être plus précise.
- En quelle année, demanda Harriet.
- 339 846. Mois d’avril. Et il fait environ 27 degré à l’extérieur. Bon, les détails, ça suffit. J’aimerais savoir comment vous êtes arrivées ici alors que Gwen Cooper est supposée travailler pour Torchwood au 21e siècle. Et, tant qu’à y être, pourquoi est-ce que cette demoiselle – une mineure! – est inconnue quant à l’espèce, l’origine, la localisation temporelle d’origine… bref, pourquoi elle n’existe pas!
- J’ai mes moments, fit Harriet avec un sourire en coin.
Et c’était là une citation et une attitude typiquement docteuresque. Harriet s’était pratiquée devant son miroir pour acquérir l’intonation paternelle et elle n’avait pas perdu son temps!
- Je veux des explications!
- Et moi, votre nom!, riposta vertement Harriet.
- C’est moi qui pose les questions!
- Et pourquoi?
- Parce que je fais partie de l’Agence du temps!
Gwen s’étrangla. Et Harriet soupira.
- Bon, encore autre chose, fit cette dernière. Et votre nom?
- River Song, fit-elle avec affectation.
- Ce n’est pas un nom, ça! C’est un fichu haïku!


Tremane Casalenvea, responsable de l’accueil de la clientèle à la Banque galactique du dollar, remarqua immédiatement le jeune homme habillé d’un complet trop large et d’un nœud papillon qu’il aurait pu avoir volé à un musée. Un moment, il se demanda pourquoi est-ce qu’un gamin se costumait ainsi. Peut-être une fête ethnique? Il fouilla sa mémoire, mais rien ne vint. Le quartier était connu pour son élégance et cet individu faisait décidément tache. En plus, il avait des yeux bizarres, comme s’il n’était pas sûr de la planète sur laquelle il marchait.
Il s’agissait peut-être d’un vagabond? Pire, d’un mendiant? Il finit par prendre le parti de l’interpeller. S’il s’agissait d’un client un peu perdu, il aurait fait son travail. Et s’il s’agissait d’un cas pour la sécurité, il se ferait un plaisir de composer le numéro nécessaire. Et ça ne traînerait pas, foi de Casalenvea! C’était probablement le nœud papillon qui le travaillait le plus… Peut-être un fond de jalousie aussi. Sa cravate lui semblait un peu ordinaire.
- Jeune homme!
- Qui? Moi?
- Oui, vous. Venez par ici, je vous prie.
L’autre obéit, se dandinant presque joyeusement vers le comptoir. Casalenvea essaya de se montrer professionnel, mais il devait faire un effort devant cette espèce de clown. Un moment, il se demanda pourquoi ce garçon arborait un sourire aussi large. Est-ce qu’il était en train de passer à « J’t’ai eu », cette émission ridicule qui piégeait les pauvres citoyens? Autant jouer le jeu jusqu’au bout. Après tout, s’il se montrait sous son meilleur jour, la banque obtiendrait une publicité supplémentaire et lui recevrait peut-être enfin cette promotion.
- Quel est votre nom, jeune homme?
- Le Docteur, mais il faut vraiment que je descende à la salle des coffres. Voyez, j’ai atterri vraiment par hasard à cet endroit et j’ai vraiment besoin de récupérer le Tardis. Ne serait-ce que pour me changer. Je ne suis pas sûr que le nœud papillon me convienne encore. Oh, et puis, je me demandais… Vous n’auriez pas un miroir? Je me demande à quoi je ressemble. J’ai comme le sentiment que je pourrais bien être roux.
Casalenvea jeta un coup d’œil à la tignasse d’un roux flamboyant et fronça les sourcils. Un fou? Ou un très bon acteur. Il ne pouvait pas être un médecin après tout. Ce type avait quoi… vingt ans? Son attitude démontrait que c’était un adolescent, un de ses imbéciles dopés à la testostérone, mais quelque chose dans ses yeux le vieillissait terriblement. La drogue? Une peine d’amour? Qui sait, les jeunes gens sont très instables. Quel âge donner à ce « docteur »? Disons vingt ans, la majorité. Mais il fallait forcer un peu. En tout cas, c’était très insuffisant pour compléter le premier cycle des études médicales. Non, ça devait être un acteur pour « J’t’ai eu ».
- Avez-vous un compte chez nous, demanda courtoisement l’employé de la Banque.
- Non, répondit le Docteur, mais…
- Désirez-vous ouvrir un compte chez nous?
- Pas vraiment, mais…
- Voulez-vous faire l’achat ou la vente d’actions, peut-être la location d’un coffre personnel?
- Je n’ai pas d’argent. Mais si je pouvais avoir accès à la salle des coffres… Ça ne prendra qu’un instant et je disparaîtrai comme ça, dit-il en claquant les doigts.
- Vous ne pouvez accéder à la salle des coffres sans raison valable. Alors pourquoi êtes-vous ici, fit Casalenvea avec un zeste d’impatience.
- Je… euh… je viens chercher quelque chose que j’ai laissé ici lors de ma dernière visite. Mon vaisseau, comme j’ai dit. Dans la salle des coffres.
Un vaisseau? Dans la salle des coffres? Comment serait-il entré là, d’abord? Et pourquoi ne pas atterrir à l’astroport? Et puis quoi encore? Autant chasser ces idées absurdes. Tout de même, puisqu’il ne voulait prendre aucune chance avec un client potentiel ou le fils un peu bizarre d’un actionnaire, Casalenvea resta poli et appuya sur une touche. La caméra installée devant le comptoir prit une photo de l’individu et entra ses caractéristiques faciales dans le système de recherche. Les circuits crépitèrent et recrachèrent l’information.
- Vous n’avez jamais mis les pieds ici, notre système de surveillance le confirme.
- Moi? Euh, non, en fait, pas vraiment, mais…
Exaspéré, Casalenvea poussa un bouton sur le côté du comptoir. Une vitrine teintée s’abaissa et le Docteur cogna dessus en expliquant qu’il ressemblait à quelqu’un d’autre quand il avait atterri, mais qu’il avait dû changer un peu parce que... mais il pouvait présenter la preuve qu’il détenir un objet contenu dans la salle des coffres et…
Deux gardiens de sécurité surgirent presque magiquement derrière le Docteur.
- Identité, réclama l’un d’eux.
- Hello, je suis le Docteur. Euh… John Smith.
Il leur tendit les papiers psychiques qu’ils examinèrent longuement.
- John Smith, assistant médical?
- Oui, c’est ça, c’est exactement ça.
- Assistant médical au centre Laloon, au coin de la rue? Pas encore docteur, en ce cas.
- Je suppose que non. Mais presque quand même. C’est inscrit sur mes papiers.
Les deux agents échangèrent un clin d’œil et se saisirent du Docteur.
- Mais…
- M. John Smith, assistant au centre Laloon, nous vous raccompagnons à votre… lieu de travail. Vous devez leur manquer.
- Mais…
- Et quand vous irez mieux, vous irez vous faire faire des papiers n’indiquant pas que vous avez plus de 900 ans. Tout le reste était parfait. Mais ce sont les détails qui vous perdent. Allez, mon petit vieux.
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le Docteur fut revêtu d’un pyjama d’un gris vert hideux, d’un bracelet en plastique indiquant « John Smith, patient 008729-C » et poussé dans une salle regroupant les cas les plus inoffensifs du service de soins psychiatrique du centre Laloon. Il n’avait même pas eu le temps de prendre son tournevis sonique!
- Quoi de neuf, docteur, s’exclama un patient en s’approchant du Seigneur du temps.
- Bonjour, je suis… euh… John Smith.
Ce qui était plutôt prudent, vu les circonstances.
- Et moi, c’est Jonas Mits! Quelle coïncidence!
- Enchanté, Jonas.
- Hé, Johnny, viens par ici que je te présente ce type. Il s’appelle John Smith!
- Salut, moi, c’est Johnny Sims. Joli pyjama.
- Ouuui, concéda le Docteur. Et nous sommes au centre Laloon.
- C’est ça, dit Jonas.
- Ils disent que c’est un centre spécialisé dans les troubles mentaux. Nous, nous savons que ce n’est pas vrai, expliqua Johnny
- Pas vrai du tout, ajouta Jonas.
- Et qu’est-ce que c’est, demanda le Docteur.
- Un asile psychiatrique, répondirent Jonas et Johnny avec fierté.
Là, on a un problème, songea le Docteur.
Et puis, sans avertissement, la nausée monta et il cracha un long filet de lumière dorée sous le nez de Joe, John ou Jonas (les noms commençaient à se mélanger un peu).
- Merde! Qu’est-ce que c’est ça?
- Comment tu fais ça, vieux?
Et le Docteur se demanda s’il avait déjà vécu pire : coincé dans un asile, séparé d’avec le Tardis, sans même un tournevis sonique pour l’aider… et en pleine régénération devant une poignée de cinglés. Ah. Et sans compagnon pour venir le tirer de là. À bien y penser, non. Est-ce qu’il était en train d’établir un nouveau record?
Et puis, une nouvelle lueur dorée s’échappa d’entre ses lèvres.
- Cool, ajouta Jonas (ou Johnny).
- Ouais, cool, dit le Docteur.
Enfin, pas tant que ça.


Le vaisseau de Jenny était minuscule. C’était, en vérité, une simple capsule individuelle et il était hors de question d’y monter à deux. Enfin, il y avait UN moyen, mais impossible de piloter en même temps à moins d’avoir une troisième main et Jack ne l’envisageait pas. Pas immédiatement du moins. Il fallait envisager de le revendre. Jenny ne s’en montra pas trop attristée. Ce n’était qu’un moyen de transport.
- Et un vaisseau plus grand ira plus vite, dit-elle.
- Oui. Et il y aura une salle de toilettes, ajouta Jack avec un sourire en coin.
- Oh, génial!
- Tu ne devrais pas sourire aussi souvent, tu sais.
- Pourquoi, fit-elle inquiète.
- Tu ne connais pas l’effet que ça a.
Elle n’en sourit que plus largement et Jack leva les yeux au ciel, se forçant à penser aux paroles du Docteur quand ils l’auraient retrouvé. Oh, oui, il ne faisait pas de doute qu’ils finiraient par le rattraper et, en son temps, Jack aurait certainement droit à ce « Arrêtez ça » avec ce regard lourd de reproche. Alors il faisait attention et se tenait bien. Mais Jenny était formidable et, plus il la connaissait, plus il devait faire attention à bien se tenir. Et imaginer la réaction du Docteur aidait. Et imaginer qu’il le trouvait encore plus.
- Et où allons-nous, demanda Jenny.
- Où tu veux. Où penses-tu que nous pourrions trouver le Docteur?
- Tu dis qu’il aime la Terre et tout ce qui s’y rapporte, n’est-ce pas? Hum. Je crois avoir entendu parler de l’inauguration d’un casino… hum le Pangasius? Non, c’est pas le nom. Ça y ressemble. Et il y un bidule terrien dans le casino.
Elle trouva l’article et le lui montra. Il siffla d’admiration : oui, un vrai beau bidule terrien.
- Hum… Le Docteur pourrait s’y rendre, je crois. Gros événement et avec ce truc, oui, il pourrait vraiment s’y rendre.
- Génial! Alors nous y allons nous aussi.
- Mais il faut d’abord vendre ton vaisseau.
- Oh, j’ai vu les petites annonces et j’ai trouvé quelqu’un qui avait besoin d’un vaisseau de petite dimension. Il pourrait offrir jusqu’à 14 000 crédits si l’appareil est en bon état. Et il l’est. Bon, à part cette petite bosse sur le nez. Je faisais la course avec un astéroïde et il a fait un virage à droite illégal.
- Un astéroïde ne suit aucune règle.
- Ouais, eh bien, cet astéroïde ne posera plus de problème. Boum, chuchota-t-elle comiquement.
- Boum?
- Il y a un laser de secours. Prévu justement au cas où les boucliers ne suffiraient pas. J’ai épuisé la batterie, mais elle est toujours en bon état. On peut la revendre.
- Parfait!
Une demi-journée plus tard, ils signaient les droits pour l’achat d’un vaisseau plus grand et, moins d’une heure plus tard, ils quittaient l’astroport. Jack brancha le pilote automatique dès qu’ils laissèrent les balises planétaires derrière eux et se détendit.
- Et quand nous aurons trouvé le Docteur, tu penses que je pourrai le suivre?
- Comme s’il était du genre à laisser une jolie blonde sur le quai!
- Qu’est-ce que ça veut dire?
- Tu n’as pas entendu parler de Rose, je suppose?
- Non. Qui c’est?
Jack hésita. Rose appartenait au passé. Mais c’était également le passé du Docteur. Elle avait le droit de savoir qui avait tant compté pour son père, son géniteur, enfin, le Docteur.
- Rose Tyler. Une Terrienne.
- Une autre Terrienne?
- Oui, il a un petit faible pour la Terre. Et c’est aussi bien. Jolie planète souvent attaquée ou malmenée. Un peu idiote sur les bords, j’avoue. Enfin, pas la planète, juste les humains. Enfin, il a rencontré Rose et ils ont vécu une aventure et il l’a invitée à bord du Tardis. Et ils se sont mis à voyager.
- Et à sauver des civilisations?
- Et à sauver des civilisations, tout à fait. Et puis, nous nous sommes rencontrés.
Il se souvenait encore de cette fille, suspendue sous un zeppelin, affichant les couleurs britanniques, en plein Blitz londonien. Ils avaient dansé devant Big Ben. Et il avait rencontré le Docteur.
- À l’époque, j’étais une sorte de baroudeur. J’ai tenté le coup, mais le Docteur est loin d’être stupide alors il n’est pas tombé dans mon piège.
- Tu as voulu piéger le Docteur?
- Juste lui vendre une ferraille. Mais il n’a pas d’argent, alors ça n’aurait pas marché même s’il m’avait cru. Enfin, nous avons évité à toute la population de devenir zombie.
- Zombie?
- En quelque sorte. Des nanogènes qui n’avaient jamais rencontré d’humains et qui essayaient de les « guérir », sans savoir qu’elles les transformaient en un mélange de zombie et d’enfant. Drôle d’histoire, vraiment.
- J’imagine, fit Jenny horrifiée.
- Non, non, vraiment.
- Des zombies marrants?
- Ben… bon, peut-être pas. Mais nous avons sauvé tout le monde et nous nous en sommes tirés.
- C’est l’essentiel, je suppose.
- C’est l’essentiel, acquiesça Jack avec un sourire. Tout s’est bien terminé. Bon, j’ai perdu mon vaisseau, mais je suis devenu passager du Tardis. Et c’était formidable! Et nous avons voyagé ensemble, le Docteur, Rose et moi. Rose était… formidable. Elle avait du cran, elle était intelligente et formidable. Un peu comme toi.
- Elle avait aussi un sourire irrésistible?
- Ne me tente pas, lui reprocha-t-il. Oui, elle avait ce sourire. Mais juste pour le Docteur. Elle l’aimait. Et lui aussi.
- Ah oui?
Jack hocha la tête. Il l’avait compris rapidement. Et quand le Docteur l’avait renvoyée avec le Tardis, se sacrifiant, Jack, tous ceux du Satellite V et les habitants de la planète en-dessous, il avait au moins pu se dire qu’il l’avait mise à l’abri, qu’il avait sauvé la personne qui avait le plus d’importance. Et Jack était d’accord. Il avait signé, longtemps auparavant, pour n’importe quelle sorte d’aventure, avec l’Agence du temps et le Docteur n’en était pas à ses premiers faits d’armes. Rose, par contre… D’un autre côté, cette gamine avait réussi des trucs pas possibles, ce qu’il expliqua à Jenny.
- Elle a détruit les Daleks pour commencer. Enfin, une bonne partie. Ils sont revenus, mais ce n’était pas sa faute. Et puis, elle a réussi à me ramener à la vie.
- Ah, c’est elle qui a fait ça? Comment?
- Un accident. Un accident compliqué. Et inexplicable.
- Personne ne s’en plaint.
- Le Docteur s’en ai plaint. Mais il en a profité. Un type qui ne peut pas mourir a son utilité dans toutes ces aventures.
- Oh?
- Et je m’en plains également. Mais j’en profite aussi. C’est pratique parfois. Et ça surprend ceux qui pensent m’avoir eu.
- Ah. Et Rose ne peut pas défaire tout ça?
- Tu t’en plains?
- J’en profite, plaisanta-t-elle.
Ne pas imaginer ce qu’il lui ferait si elle s’allongeait et s’ils en « profitaient » tous les deux. Il toussota pour se donner une contenance et chasser ses idées trop stimulantes. Mais son clin d’œil n’arrangea rien.
- Non. Rose ne peut rien défaire. Surtout parce qu’elle appartient au passé. Comme Martha.
- Mais si papa a une machine à voyager dans le temps…
- Oh, elle est surtout dans une autre dimension.
- Pardon?
- Avec le Docteur, on vit des trucs pas ordinaires.
- De toute évidence. Et tu penses que ça va m’arriver, à moi aussi?
- Bien entendu.
- Et… est-ce qu’il va m’arriver la même chose qu’à Rose?
Jack se raidit. Voyager avec le Docteur ressemblait aux montagnes russes : c’était merveilleux, terrifiant et ça finissait bien trop tôt. Il y avait des moments où on était presque malade tout en ayant le fou rire. Mais il ne fallait pas se cacher que c’était dangereux. Comme par hasard, le Tardis atterrissait lors d’événements terribles. Un hasard, mon œil! Le Docteur adorait les problèmes! Mais si le Docteur pouvait se régénérer, ce n’était pas le cas de tout le monde. Jack était probablement le seul à pouvoir survivre au Docteur. Quand aux autres…
- Oh, attends un instant. Tu as bien dit que tu étais morte?
- J’ai pris une balle en pleine poitrine.
- Et tu t’es réveillée.
- Oui.
- Et après? Est-ce qu’il y a eu d’autres incidents?
- Je ne suis pas morte d’autres fois, si c’est ce que tu demandes.
- Mais tu es née d’un Seigneur du temps, donc… tu en es un – il faudra que je lui demande comment on dit pour les femmes : Dame du temps? – et tu as changé de visage?
- Quoi? Mais non! Pourquoi? Qu’est-ce qu’il a, mon visage?
- Il est parfait, assura Jack. Mais quand un Seigneur du temps se régénère, il change de corps. La moindre de ces cellules change et il devient un homme neuf. Mais je ne comprends pas comment tu as fait. Et lui?
- Il pensait que j’étais morte.
- Mais tu n’es pas restée morte. Comme lui. Mais pas tout à fait comme lui.
- Je suis un mystère?
- Yep. Bienvenue au club.
Et pendant un long moment, le seul bruit fut le grondement régulier des moteurs.


Le commentaire sur son nom avait piqué au vif River Song qui retint la réplique mordante du bout des lèvres. Gwen jeta un coup d’œil sévère à Harriet qui eu le bon ton de s’excuser. Ah, les jeunes!
- Et je suppose qu’il va me falloir jouer les taxis jusqu’au 21e siècle, pesta l’agent du temps. Pas question de vous laisser là. Mais il est hors de question que nous fassions un pas de plus sans que je sache comment vous avez pu faire ce saut. Vous seriez capables de revenir à un autre moment pire que celui-ci.
Elle pianota à nouveau sur son bracelet et fit une moue agacée.
- Qu’est-ce qu’il dit, votre bracelet?
- Que des radiations temporelles vous entourent et que vous avez été en contact avec le nec plus ultra de la technologie temporelle.
- Le Tardis, expliqua Harriet sans réfléchir.
- Le… Tardis? C’est cette cabine bleue?
- Non, expliqua rapidement Gwen. Non, le Tardis, c’est… c’est un mot pour le hasard. Je travaille, enfin, je travaillais à Cardiff…
- À Torchwood, confirma River Song avec froideur.
- … Oui, Torchwood. Et bref, avec la faille, le Rift, il s’y passe des trucs surprenants. Alors le Tardis, c’est… une explication pour dire qu’on n’en a pas. Que c’est la faute du Rift. Mais on ne peut pas se balader en ville et dire que c’est la faute de la faille. Dire que c’est le Tardis, c’est déjà plus discret.
Harriet hocha vigoureusement la tête.
Et River Song éclata de rire.
- C’est assez bien trouvé, les filles, mais quand je parle du nec plus ultra de la technologie, je veux dire que c’est une technologie qui dépasse ce qui se fait de mieux, y compris tous les instruments de l’Agence. Et, à ma connaissance, il n’y a rien ni personne capable de nous concurrencer. Cette histoire de Rift n’explique rien. C’est une anomalie spaciotemporelle, d’accord, mais sans un zeste de technologies. Non, non, c’est…
- Mais…
- Oh, et puis vous, vous qui n’est même pas supposée exister! C’est comme si on hurlait « Anomalie » dans un micro. Non, désolée, mais… Enfin, c’est bien tenté. Non, pas bien tenté, mais ça aurait pu marcher. Pas avec moi cependant.
River Song renifla et recouvra son sérieux.
- Bon, la vérité maintenant.
Harriet et Gwen échangèrent un regard. Harriet haussa les épaules, s’en remettant totalement à Gwen, qui n’avait plus d’idée. Il ne restait que la vérité.
- La vérité, oui, dit fermement River Song comme si elle avait lu dans leurs pensées.
- La vérité? Un mot, un seul mot.
- Et un nom, ajouta Harriet.
- Seigneur du temps, chuchota gravement Gwen.
- Légende, objecta River Song. Ils n’existent pas.
- Ils n’existent plus, corrigea Harriet. Sauf un. Le dernier.
- Lui et son Tardis. Sa machine à voyager dans l’espace et le temps.
River manqua s’esclaffer devant leur mine ahurie, émerveillée. Deux folles perdues dans leurs souvenirs. Mais quelque chose brillait en elles et son fou rire s’interrompit dans un hoquet. Elles étaient transfigurées. Oh. C’était la vérité? Un Seigneur du temps? Le dernier Seigneur du temps? Est-ce que l’Agence le savait?
- Donc, une machine à voyager dans le temps.
- Yep, dit Harriet.
- Et un Seigneur du temps.
- Exactement, confirma Gwen.
- Et il vous a abandonnées ici intentionnellement?
- Ben euh… Pas vraiment.
- Où est-il alors?
- On ne sait pas, dit Harriet. Le Tardis était vide.
River Song frotta ses tempes, essayant de donner un sens à ce qu’elle venait d’entendre.
- Donc, vous êtes tombées sur la machine à voyager dans le temps d’un Seigneur du temps et vous êtes parties avec! Et la machine est repartie sans vous à l’instant où vous en êtes sorties.
- Ben… oui.
Et Gwen devait réprimer, à son tour, un fou rire, tellement l’explication semblait ridicule.
- Sans blague, demanda River.
- Vrai de vrai, confirma Gwen.
- Et pourquoi est-ce que je n’ai aucune donnée sur la petite?
- Je n’appartiens pas à cet univers, répondit Harriet avec aplomb. Longue histoire. Je suis en visite pour quelques… jours.
- Mais vous n’êtes pas humaine. Mon appareil reconnaît les humains.
- Je suis au ¾ humaine. Et un peu Seigneur du temps.
- Quoi? Vous êtes sa petite-fille?
- Sa fille.
- Alors il y a un demi-Seigneur du temps?
- Dans mon univers. John Smith, enfin… son autre nom.
- Il y a donc deux John Smith? Un pas vraiment entièrement et complètement Seigneur du temps?
- Une vieille histoire de famille. Il ne faut pas vous en faire, il n’y en a pas d’autres comme moi. Même chez moi, je suis une énigme.
- Des univers parallèles, hein…
- Ça vous pose problème, à vous aussi, non, demanda Gwen. Jack essayait de m’expliquer tout ça, mais j’étais un peu perdue avec tous ces jumeaux, ces clones, etc.
- C’est une histoire de fou.
- Ce sont les histoires de mon père. Tout est un peu plus bizarre avec lui. Et un peu plus génial aussi, ajouta aussitôt Harriet avec un large sourire.
- Bon. Et est-ce que je suis supposée vous ramener au 21e siècle? Pourquoi seriez-vous ici? Ici, surtout?
- Où sommes-nous de toute façon?
- Au Caire, comme j’ai dit.
- Oui, mais cet endroit… tout en pierre… Et sans fenêtre. Ça ne fait pas très moderne, futuriste.
- Et pour cause! Ce bâtiment n’est pas contemporain. Il n’y a pas de fenêtres dans la Grande Pyramide.
- Qu’est-ce qu’on fait dans la Grande Pyramide?
- Une mission de routine. Enfin, pas vraiment. J’étudiais la présence de discontinuités dans le flux du continuum spatiotemporel et…
- Ma grand-mère dit toujours que si on utilise plus de deux mots de plus de trois syllabes dans la même phrase, c’est qu’on a quelque chose à cacher, dit Harriet avec sérieux. Ou qu’on veut faire de l’épate.
Gwen dissimula un rire sous un toussotement. River Song ronchonna.
- Bon, d’accord. Je poursuis les anomalies du temps et de l’espace. Et vous êtes l’une d’elles.
- Mais vous êtes arrivée…
- Quelques secondes après vous. J’avais programmé mon bracelet en conséquence.
Elle agita son poignet et l’appareil émit un bip.
- Il est capable d’ajuster le tir aussi finement?
- C’est ce qui se fait de mieux, fit-elle avec arrogance.
- À part les Tardis, rétorqua impudemment Harriet.
- Oui, mais on ne peut pas partir avec par accident, répliqua River Song. Encore heureux que j’aie été chargée de cette mission. Tous les agents ne sont pas aussi gentils que moi. Et vous auriez pu rester ici un bon moment.
- Nous nous serions débrouillées.
- Ah? Je ne crois pas que votre version de l’anglais soit très bien comprise dans le coin.
- Non, non, sans doute pas, acquiesça Gwen. À propos, vous parlez très bien anglais.
- Hum…
Harriet ricana et prétendit que son « bidule » lui traduisait tout directement dans le cerveau. L’agent du temps ne répondit pas, mais Gwen sentit qu’Harriet avait à moitié deviné, mais qu’elles ne sauraient jamais.
- Bon, en attendant, vous allez me suivre. J’ai reçu un bip tout à l’heure et ça ne vous concernait pas. Autant vérifier avant que « maman vous ramène à la maison ».
Harriet dissimula son enthousiasme et Gwen regretta de ne pas avoir une arme pour protéger l’innocence de cette enfant. Quant à River, elle se demanda s’il s’agissait de la décision la plus intelligente qu’elle venait de prendre et réfléchit à la façon d’annoncer à l’Agence qu’elle avait entraîné deux civiles d’un autre temps dans une enquête qui ne les concernait pas.


Le Docteur se réfugia dans la salle de bain, prétextant un malaise, ce qui n’était pas loin de la réalité. À peine avait-il refermé la porte qu’une nouvelle irruption d’énergie dorée le força à s’asseoir sur la cuvette. Pourquoi est-ce que tout ne pouvait pas se dérouler normalement pour une fois? Maintenant, s’il pouvait avoir quelques heures de tranquillité, il pourrait se soigner convenablement, compléter la régénération et éviter les problèmes. Ce dernier point était la plus importante part du plan. Mais évidemment…
- M. Smith? Il faut libérer les toilettes pour les autres, s’il-vous-plaît.
- Je suis encore malade. J’ai juste besoin…
- Alors sortez, nous pourrons vous soigner. Nous avons des tas de pilules de toutes les couleurs.
- J’ai juste besoin…
- Des injections, alors.
- Non, je n’aime pas les aiguilles. J’ai juste besoin…
- Vous ne sentirez rien! Allons, sortez.
- J’ai juste besoin… J’ai juste besoin qu’on me laisse un peu tranquille, finit-il par cracher en même temps qu’un long filet d’énergie dorée.
- Votre chambre est un endroit très tranquille.
- Je vais y réfléchir. Laissez-moi… euh… seul.
Mais la porte fut défoncée par un surveillant aussi massif qu’un éléphant qui l’obligea à se rendre jusqu’à une cellule de confinement. Ses pieds ne touchèrent pas deux fois le sol. Curieuse sensation d’être en apesanteur alors qu’il était sur Terre. Il essaya de se concentrer pour retenir les nausées qui le saisissaient. Il n’aurait plus manqué que de révéler son étrangeté en public. Les murs de la cellule étaient recouverts d’une substance caoutchouteuse grisâtre. Le surveillant lui injecta de force le contenu d’une seringue, vérifia ses pupilles et l’abandonna. Merveille des merveilles, il était tout seul. Enfin. Mais évidemment…
- M. Smith, grésilla un intercom invisible. Nous vous inquiétez pas, nous vous surveillerons. Vous n’êtes pas tout seul. Détendez-vous.
Le Docteur aurait voulu hurler, mais ça n’aurait rien aidé. Il ravala sa frustration et le flot d’énergie qui lui montait aux lèvres. Essaya de se calmer. De penser calmement. Et de retenir l’envie d’arracher des murs cet immonde revêtement en caoutchouc. Mais il était probablement prévu pour résister à toute tentative de déchirure.
- M. Smith? Calmez-vous, s’il-vous-plaît.
- JE SUIS CALME! Je veux dire… Je suis calme. J’ai juste besoin d’un peu… de… euh… d’intimité.
- Ne vous en faites pas, votre épouse vient d’arriver. Elle vient vous chercher.
Épouse? Quelqu’un qui le connaissait? Mais qui? Il n’avait fait la connaissance de personne depuis sa régénération. Hum… à part ce curieux bonhomme à la banque. Mais ça ne comptait pas, n’est-ce pas? Il ne pouvait pas être marié avec lui, non? Non, non, non. Épouse : une femme. Mais quelle femme? Qu’est-ce qu’elle lui dirait? Et qu’est-ce qu’il lui dirait? Et si elle se rendait compte qu’il n’était pas son mari et le laissait ici? Est-ce qu’il pourrait la convaincre de jouer le jeu et de faire sortir d’un asile un pauvre homme qui passait pour un fou mais qui était seulement un peu désorienté par sa dernière régénération?
Moins de dix minutes plus tard, le gardien pachydermique le raccompagna poliment à l’accueil et lui tendit un sac contenant ses vêtements. Comble de chance, ils n’avaient pas pensé à fouiller ses poches ou n’avaient pas eu le temps de le faire. Il passa dans une cabine déserte, échangea son pyjama contre la chemise et le pantalon d’un autre – il lui tardait de faire une visite dans le costumier du Tardis – et remercia le ciel lorsqu’il tâta le tournevis sonique à travers le tissu. Il ressortit au moment où une silhouette féminine – cette prétendue épouse – se détournait rapidement du comptoir et quittait le centre. L’infirmière de garde le salua poliment et le Docteur s’empressa de signer le bon de sortie. Pas une seconde à perdre, pas de chance à prendre.
Qui était cette femme? Il ne l’avait pas bien vue, car elle était à contre-jour. Il avait cru voir un large collier scintiller dans son décolleté, mais impossible de décrire son visage. Il soupira d’agacement, mais il était prêt à tout pardonner pour pouvoir sortir du centre Laloon et finir convenablement de se régénérer.
Un traîneau sur coussin d’air attendait devant lui et une affichette proclamait la rapidité de la compagnie Chouet’axi. Un taxi. Mais pas trace de sa « femme ». Le chauffeur lui désigna l’arrière et il s’y installa. Il lui tendit un morceau de papier plié et il y trouva quelques mots écrit à la hâte : « Parc Vert-de-l’eau, fontaine de Bubastis. La course est gratuite. ».
- Euh… le parc Vert-de-l’eau?
- C’est parti, dit le chauffeur.
- Hum… La course est gratuite?
- Sûr, on l’a payée d’avance.
- Qui? Ma femme?
- Votre femme, je sais pas, mais sa carte a été acceptée par ma machine alors tout est OK pour moi.
- Et euh… vous avez son nom?
- Nan. Carte de crédit avec une puce Discrétion, je suppose. De toute façon, si c’est votre femme, vous lui demanderez tout à l’heure. Elle a dit qu’elle avait autre chose à faire. Vous préférez pas que je vous reconduise chez vous tout de suite à la place?
- Hem… Non. Vous savez où se trouve la fontaine de Bubastis?
- Sûr. Juste à côté de l’entrée nord. Je peux vous déposer là si vous voulez.
Le parc Vert-de-l’eau était assez petit, avec seulement quelques arbres et trois bancs en bois. La fontaine était encore l’élément le plus intéressant du décor. À part l’étrange cabine de police qui se tenait tout à côté.
Le Docteur s’engouffra dans le Tardis, cracha une nouvelle bouffée d’énergie, fit disparaître le Tardis dans le vortex d’une seule touche et gagna le premier lit disponible. Coup de chance – un de plus – c’était le sien. Il sombra dans un sommeil proche du coma et se réveilla trois jours plus tard en pleine forme. Il renifla, fit une grimace et prit immédiatement deux décisions : il lui fallait une douche et un nouveau costume.
Le costumier était aussi en désordre qu’à l’habitude. Il s’y plongea avec délice. Il écarta rapidement les manchettes d’une chemise à la mousquetaire, la cape de toréador et les poulaines du Moyen-âge (originales mais très, très inconfortables comme le prouva l’ampoule sur son gros orteil droit). Il hésita devant un habit complet de servant des empereurs Noguri de la planète Caponsh, mais devant les manches trois fois trop larges, il rejeta le costume sur une patère. Trois heures plus tard, il avait dégoté un gilet vert, une paire de jeans à sa taille et une veste noire. Il hésita devant une casquette et repoussa avec dégoût les cravates et les nœuds papillons multicolores. Pour finir, avec un soupir, il choisit une paire d’espadrilles rouges, se trouvant stupidement nostalgique.
Le miroir lui renvoya l’image d’un gamin vêtu comme un adulte, un rouquin avec un air hébété et un peu idiot. Et… oh! Il avait des taches de rousseur sur le nez. Bon, ça n’allait certainement pas l’aider à avoir l’air plus vieux.
Et puis, il s’assombrit. Avoir l’air plus vieux… Ouais… Il se dit qu’il avait reçu un corps plus jeune que tous les autres (à part le tout premier qui devait tout à la biologie, bien sûr), probablement parce que c’était le dernier. Il fallait en profiter à fond, le plus longtemps possible, parce qu’après, c’était fini. Les douze vies réglementaires. Douze visages, douze existences folles, des dizaines de compagnons, des milliers d’aventures, des centaines d’années. Et voilà qu’il en était à sa dernière vie. L’ultime règle. La barre infranchissable. La limite. Un Seigneur du temps vit longtemps. Mais pas éternellement.
Et alors que la mort le narguait, la vraie mort, il se demandait s’il croyait à une âme éternelle. À la réincarnation. Ce ne serait pas très juste après avoir eu douze vies. Et, en même temps, dans ses cœurs de jeune-vieil homme, se terrait l’angoisse de ne plus être là et la douce séduction de mourir une bonne fois pour toute. Les deux faces d’une seule pièce. Les douze vies d’un seul être. Il respira un bon coup. Il se força à sourire. C’était le secret. Sourire et aller de l’avant sans s’occuper de rien d’autre.
Et puis, alors qu’il jetait un dernier coup d’œil à son reflet, il aperçu un large collier sur une panoplie aux allures égyptiennes. Il s’en empara. Le collier était semblable à celui que la femme qui l’avait fait sortir du centre Laloon portait. La robe de lin, le foulard de tête rayé… le némès et même les sandales avaient un parfum d’Égypte. Peut-être pourrait-il faire un tour dans l’Égypte ancienne? Il joua avec l’idée, puis reposa le collier sur le présentoir.
Il revint vers le poste de pilotage, flatta familièrement la console qui grinça amicalement. Le Tardis l’avait toujours reconnu, soutenu, salué et porté vers les plus hauts sommets. Il se demanda s’il ne devrait pas programmer une destination au cas où il mourrait et abandonnerait le Tardis entre de mauvaises mains. Un soleil. Ou un trou noir. Non, définitivement un soleil. Une nova serait l’idéal. Il travailla quelques instants sur la console et fit de son mieux pour ignorer les grondements inquiets de la console.
Et puis, quand il enregistra le programme, l’attrait de l’Égypte avait bien diminué. Il y était déjà allé et avait tout visité. Et rencontré Cléopâtre. Gentille fille. Et puis, un rouquin près du Sphinx attirerait l’attention et il avait surtout besoin… d’intimité pour le moment. Une foule anonyme où se perdre… Il fit le tour des attractions possibles et finit par trouver l’idéal : une foule anonyme, un bon spectacle, un parfum d’Égypte et quelques souvenirs de la Terre en prime.
Il programma sa destination et se mit à siffloter, se fichant éperdument de fausser allègrement.


Les torches cerclées d’or et de lapis-lazulis éclairaient une allée trop large et bordée de sphinx en pierre. Au bord de l’allée, les invités étaient accueillis par une douzaine de gardes en grand uniforme de parade et armés de lance enrubannée dont la pointe avait été polie jusqu’à refléter dix fois la moindre flamme. À l’autre bout de cette allée, dissimulé par l’ombre et un fin brouillard, se dressait le monument sacré. Le tapis rouge déroulé sur les dalles de pierres étouffait les pas des talons aiguilles et des souliers vernis. Le brouhaha était discret et se perdait dans la nuit étoilée. Ça et là, des plateaux flottants proposaient des liqueurs fines, des vins écarlates ou dorés et une variété quasiment infinie de canapés et de bouchées. Un orchestre jouait discrètement l’hymne panaganéiste et les flashs des médias clignotaient sans arrêt à la recherche des célébrités et du moment immortel à capter pour tous ceux qui n’avaient pas la chance d’assister à l’événement.
Il fallait avouer que l’inauguration du dernier né de la famille Panagané’i inspirait la joie, sinon le respect, étant donné le fabuleux pouvoir commercial qu’Achadri Panagané’i détenait, régnant pratiquement sur un empire de planètes et de satellites par l’entremise de la plus grosse compagnie de ce secteur de la galaxie. Et l’ouverture officielle de son dernier jouet, le casino le plus moderne sous la forme du plus ancien bâtiment connu de l’époque pré-spatiale, était une cérémonie, une campagne de marketing et une folie à la mesure de Panagané’i.
Quand le flotteur luxueux aux moteurs silencieux le déposa, lui et son escorte froufroutante et éclatante de bijoux, l’homme d’affaires offrit un sourire poli devant les lentilles et les yeux électroniques des médias : « Bienvenue à la Grande Pyramide! ». Et son discours fut dument enregistré et apprécié selon la première et ultime règle de tout discours : il était bref.
Il coupa rapidement le large ruban de satin doré devant les centaines de témoins et précéda une foule impatiente à l’intérieur. Là, des serviteurs (vivants et robotiques) guidèrent les invités vers les machines à sous, les tables de jeux, le bar en apesanteur et la salle de spectacle où le chanteur le plus populaire des six dernières années avait été engagé pour y jouer durant six mois. Le coup d’envoi de son spectacle, fusée, pyrotechnie et hologrammes à la grandeur de la salle, provoqua suffisamment de distraction et de confusion pour amuser les journalistes et les invités qui se pressaient autour des tables de jeu. Le chanteur entama sa première pièce, entouré de momies holographiques et de sphinx dansants. Tous ceux qui n’étaient pas en train de parier, de manger, de boire ou de prendre des notes pour leur reportage applaudirent. Ils étaient peu nombreux et la plupart étaient les serviteurs cybernétiques.
À environ cinquante mètres du bar, de l’autre côté d’une cloison et dans un espace que seuls le personnel d’entretien visitait, la grille d’aération TY-451-C se dégagea brusquement de son support et tombe au sol. La tête de Jack Harkness passa par le trou et il vérifia que personne n’avait remarqué leur intrusion.
- Je pensais que ce serait un peu plus propre étant donné que l’ouverture a lieu aujourd’hui.
Jenny faisait référence à leur rencontre avec un couple de rongeurs occupés à produire avec enthousiasme d’autres versions d’eux-mêmes.
- C’est propre, mais un peu plus habité que prévu, c’est tout, répondit Jack.
- Tu es sûr qu’il fallait entrer ainsi?
- Le Docteur n’entre jamais par la grande porte. Sauf avec les papiers psychiques et nous n’en avons pas. En tout cas, il viendra probablement se balader dans le coin.
- Pourquoi faire?
- Parce que personne n’y vient jamais et parce que c’est son genre. C’est le dernier endroit où quelqu’un viendrait, non?
- Ouais…
- Alors il viendra.
- Hum. Mais quand?
- Oui, c’est la question, reconnu Jack. Bon, on explore un peu.
- Je veux voir ce bidule terrien.
- C’est la Grande Pyramide, corrigea Jack. Pas un bidule. Construite il y a des centaines de milliers d’années.
- Eh bien ça ne peut pas être l’originale. Encore que… Non, il ne l’aurait tout de même pas déménagée!
- Eh bien si, j’ai lu la brochure. Panagané’i l’a fait transporter, d’un seul bloc en plus, par le navire amiral de sa flotte de commerce.
- Mais, cette Grande Pyramide est grande comment?
- À peu près 150 mètres.
- Quoi? Mais c’est tout petit!
- Construite en pierre.
- Un caillou de 150 mètres, ronchonna Jenny. Et tu penses que papa va aimer ça?
- Ce n’est pas un caillou. Et puis, la Grande Pyramide a été construire sans aucune technologie : pousse un bloc de quatre tonnes et recommence ça quelques millions de fois et ensuite tu pourras dire que c’est un vulgaire caillou de 150 mètres. Bâtie sans aucune technologie sophistiquée : levier et force manuelle.
- Oh, d’accord, tu es sentimental à l’égard de ce bidule.
- Pas un bidule.
- De cette pyramide, excuse-moi. Et où est-elle? On pourrait se perdre dans ces couloirs.
Jack tapota son bracelet qui grinça. Il le secoua avec un air désolé : « Il commence à être vieux, lui aussi. Et il n’a pas été rechargé depuis des siècles. Allez, mon joli, donne-moi une idée du plan de ce bâtiment. »
Le bracelet grinça, puis miaula. Et puis, soudain, Jack éclata de rire et Jenny sursauta : « Quoi ? ».
- C’est juste une vieille alarme que j’avais programmée et que j’avais oubliée.
- Quelle alarme?
Il vérifia un instant les indications de son bracelet et se mit à courir.
- Où va-t-on?
- Suis-moi! Tu voulais dire bonjour à certaines vieilles connaissances, non?
- Mais où va-t-on? C’est le Docteur? Tu l’as déjà trouvé?
Et même si elle grommelait parce qu’il n’expliquait jamais rien, elle le suivit rapidement, refusant de rester à la traîne. Ils escaladèrent une échelle de plusieurs dizaines de mètres qui courait le long d’un tube d’aération, puis les murs changèrent.
- Nous sommes à l’intérieur de la Pyramide, je parie. Tu vois, c’est tout en pierre.
- Ils n’auraient tout de même pas percé une bouche d’aération dans la Grande Pyramide, s’exclama Jack. Et l’aspect sacré et mythologique?
- Je suppose qu’il fallait brancher quelques lampes, suggéra Jenny.
- Et puis quoi encore? Ils ne connaissent pas les batteries?
Le puits obliqua à l’horizontal et ils rampèrent pendant quelques mètres avant de trouver une autre échelle. Jenny lui demanda s’il savait où il allait avant de s’attaquer à la nouvelles volée de barreaux.
- Nous allons au sommet. C’est là qu’il est.
- Le Docteur?
- Je crois. Il n’y a pas cinquante personnes à avoir cet ADN. Ça remonte à l’époque où je cherchais le Docteur. Cherchais… ouais, disons que je l’attendais à Cardiff, en travaillant à Torchwood. J’avais bricolé une alarme à partir d’un échantillon biologique qui m’a prévenu de son arrivée.
- Est-ce que je dois poser la question?
- L’échantillon biologique, hein? Sa main. Il a perdu une main dans un combat à l’épée avec des extraterrestres et j’ai récupéré sa main un peu plus tard.
- Mais…
- Il s’en est fait repousser une autre. Tu lui demanderas l’histoire complète, d’accord? Enfin, pour résumer, j’avais programmé mon bracelet pour qu’il m’avertisse si mon alarme se déclenchait. Et puis, quand je suis parti de la Terre, j’ai pu le bidouiller pour qu’il m’avertisse s’il détectait le même ADN. Plus d’alarme. Juste le bracelet. J’espérais tomber sur lui, mais jusqu’à aujourd’hui, ça n’avait pas marché. Et j’avoue que je l’avais oubliée.
- Ton bracelet peut faire tout ça?
- J’ai travaillé pas mal dessus. En temps normal, il pourrait faire plus, mais… il y a plusieurs fonctions qui ont été débranchées. Le désavantage de ne plus travailler à l’Agence du temps.
- Mais qu’est-ce que le Docteur fait au sommet de la Grande Pyramide?
- Je n’en sais rien. Il doit sauver le monde. Ou bien il avait besoin d’un endroit plus calme pour observer l’inauguration et c’était le dernier endroit où quelqu’un irait.
- Je peux comprendre, fit Jenny qui cachait son essoufflement sous un rire.
Jack vérifia à nouveau son bracelet qui bipa légèrement.
- Où allons-vous maintenant? Nous sommes pratiquement rendus dans la pointe du truc.
- On dit « pyramide ».
- Sentimental, va.
- Je ne sais pas. On dirait que le signal provient de derrière ce mur, mais selon les plans, il n’y a rien de l’autre côté, nous sommes juste sous la surface de pierre. Oh, attends…
Il tripota les boutons et le bracelet produisit un « gloup » de mauvais augure.
- Jenny?
- Oui?
- Couche-toi!
Les murs et le plafond basculèrent pour former une configuration différente et la pointe en pierre massive de la pyramide devint un cube creux. Au centre de la minuscule pièce ainsi créée, une plaque de métal d’un gris terne dépassait légèrement du plancher juste sous deux incrustations du même métal, dans le mur et au plafond. Jenny s’en approcha, mais Jack la retint. Trop tard. Elle avait effleuré la plaque de métal et celle-ci s’illumina et devint éblouissante au point de les obliger à fermer les yeux. Un sifflement se fit entendre et la lumière disparu. Sur la plaque de métal étaient blottis deux êtres humains. Ils ne semblaient pas respirer et Jack et Jenny se penchèrent, dépliant les membres raidis par le froid ou autre chose. Est-ce qu’ils étaient morts?
Et puis Jack suffoqua et bondit en arrière. Jenny lui jeta un regard intrigué.
- On dirait qu’elles sont mortes, dit-elle.
- Non, ce n’est pas possible. Elles étaient en stase… en stase. Mais comment est-ce possible?
- Jack?
Il s’acharna contre l’un des corps, celui aux cheveux noirs, l’embrassant et poussant sur sa poitrine.
- Mais qu’est-ce que…, balbutia Jenny.
Il passa à l’autre, une adolescente aux cheveux roux.
- Tu ne connais pas les méthodes de réanimation, par hasard, fit-il entre deux inspirations.
Jenny secoua la tête, mais imita Jack, comprenant qu’il était impossible de ne pas au moins essayer de les réanimer. Souffler de l’air, pousser pour faire redémarrer le cœur. Souffler encore, pousser à nouveau.
- Tu les connais?, demanda-t-elle d’une petite voix tout en faisant les compressions.
- Elle s’appelle Gwen Cooper. Je ne sais pas qui est l’autre, mais elle a une partie de l’ADN du Docteur!


- Eh bien, qu’est-ce que vous venez faire ici?, redemanda le jeune homme comme si ce n’était pas la cinquième ou sixième fois qu’il posait la question.
River Song se retourna impatiemment vers le nouveau venu qui la suivait déjà depuis quelques minutes et qui faisait toutes sortes de remarques curieuses. Il ne semblait pas méchant, juste un peu dérangé. Elle finit par sortir son paralyseur, mais il donna une légère tape sur l’arme avant de sortir une sorte de crayon épais et lumineux et de le pointer vers son elle.
- Vous ne devriez pas, vraiment pas. Je déteste les armes et vous le savez. Peu importe ce que j’ai de changé, ça, ça ne l’est pas.
- Qui êtes-vous?
- C’est moi, fit-il d’une voix détendue et avec un rien de surprise.
- Oui, et Moi est qui?
Elle leva les yeux au ciel et s’éloigna de lui. Un fou. Un de plus. Décidément, ce n’était pas une mission de tout repos. Il cassa son sourire et la suivit comme elle se mettait à marcher plus vite.
- Vous devriez être habituée, pourtant. Où allez-vous?
- En quoi êtes-vous êtes concerné?
- Eh bien, c’est un changement. Habituellement, je suis plutôt celui est suivi que celui qui suit. Quoique quand vous êtes concernée…
- Suit qui? Quoi? C’est la première fois que je vous vois!
- Euh… oui, sans doute. C’est les cheveux roux, hein? J’ai toujours voulu être roux, mais je ne l’avais jamais été. C’est nouveau pour moi aussi. Je ne suis pas sûr, finalement, que j’aime être roux. Les roux ont mauvais caractère. Et un petit côté rebelle.
- Je m’en fiche.
- CQFD, fit-il en pointant le nez vers les mèches cuivrées de la femme qui perdit patience.
- Écoutez, je ne sais pas qui vous êtes, mais…
- Le Docteur. Nouveau visage, nouvelle coiffure, nouveaux pieds aussi. Je crois que j’ai le pied gauche deux centimètres plus court que le droit. Et j’ai cette ampoule sur le gros orteil. C’est curieux. Mais je suis toujours le même. Enfin presque.
- Chirurgie plastique et rendez-vous chez le coiffeur, hein? Écoutez, tenez-vous tranquille sinon vous allez finir dans le prochain placard à balais.
- Il n’y a pas de balais dans ce bâtiment, corrigea-t-il comme si c’était le détail le plus vital du moment. En plus, j’ai désactivé votre paralyseur.
Elle appuya au même moment sur la gâchette. Rien ne se produisit, bien sûr. Et tout à coup, elle voulait à la fois qu’il lui fiche la paix et qu’il lui explique comment il était capable de faire ça.
- D’accord, fit-elle. J’imagine que vous voulez venir avec moi?
- Comme j’ai dit, c’est plutôt l’inverse d’habitude.
- Vous ne voulez pas venir?
- Oh, oui.
- Bon. Allons-y, fit-elle en soupirant.
- Hum… Je ne sais pas si c’est approprié. Pas pour moi, pas en ce moment, en tout cas. Il va falloir que je réfléchisse à quelque chose… Oh, j’y suis : En avant toute! Ça sonne bien, non? En avant toute, River Song!
Elle lui jeta un coup d’œil exaspéré : c’était décidément un cas particulier. Et elle retint un sourire en songeant que, au moins, il n’était pas ennuyant, ce qui était un critère assez rare.
- Et qu’est-ce que vous faisiez ici, demanda River.
- Je vous ai vue passer l’entrée réservée aux employés et je vous ai suivie.
- Et ça vous arrive souvent?
- Hum? De vous suivre ou…?
- D’entrer là où vous n’avez pas le droit.
- Vous n’avez pas plus le droit d’être ici que moi, rétorqua-t-il. Et pour ce qui est des endroits défendus…
Il eu un sourire en coin.
- Je les trouve beaucoup plus intéressants que les autres. Et vous avez cette manie de vous attirer les pires ennuis. Et à moi aussi. J’ai préféré prévenir.
Elle le plaqua contre le mur et étouffa sa protestation en indiquant l’arrivée d’un gardien de sécurité. River saisit un outil à sa ceinture, mais le Docteur interrompit son geste et pointa son tournevis sonique vers le haut parleur à côté de la porte. Le gardien ouvrit immédiatement le panneau recouvrant les circuits et tenta d’arrêter la stridulation électronique. Les deux complices s’éclipsèrent dans un nouveau corridor sans être vus ni entendus.
- Merci, fit-elle avec hauteur. C’est quoi, ce truc à la lumière verte?
- Tournevis sonique. Ne me dites pas que vous ne le reconnaissez pas. Lumière bleue, lumière verte, même son.
- Sans blague! Vous ne pourriez pas me rendre mon paralyseur? J’ai plus confiance en mon propre outil, si ça ne vous dérange pas.
Le Docteur fit une moue dégoûtée.
- Il y a d’autres solutions que de tirer sur tout le monde.
- C’est un simple paralyseur!
Il secoua la tête. River comprit qu’il avait sa tête. Peu importe à laquelle il faisait référence, d’ailleurs. Encore fallait-il comprendre de quoi il parlait : est-ce qu’il sortait d’une séance particulièrement poussée de reconstruction faciale ou bien est-ce qu’elle avait à faire à un cinglé?
- Je suis un peu cinglé, dit-il.
- Et télépathe, s’inquiéta-t-elle.
- Pas du tout. Mais je reconnais cette expression.
- L’expression?
- Cet air que vous prenez quand vous vous demandez si je suis cinglé.
Là, elle était complètement perdue et son sourire niais n’arrangeait rien.
- Quoique vous ne le gardez jamais aussi longtemps. River, c’est moi, le Docteur!
- Qui vous a dit mon nom, au fait?
- Allons bon, il doit y avoir une explication… Byzancium…?
- À vos souhaits.
- Oh, je suis bête! C’est ça, c’est notre première rencontre!
- Évidemment! Même un crétin l’aurait compris.
- C’est le désavantage des voyages dans le temps. Et avouons que vous ne m’avez jamais facilité la tâche à force de se rencontrer n’importe quand. Littéralement.
- Vous voyagez dans le temps? Vous aussi?
- Oui, c’est vrai, première rencontre. Allons, j’ai tout gâché.
- Vous n’êtes pas un peu jeune pour ça?
Pour un peu, elle s’informait si ses parents étaient au courant. Elle se demanda ce qui arrivait avec les adolescents voyageant dans le temps. D’abord Harriet, ensuite ce gringalet.
- Vous n’avez pas emprunté le Tardis d’un Seigneur du temps, j’espère, plaisanta-t-elle.
Le Docteur fut foudroyé par cette réplique.
- Euh… Eh bien…
- Non! Non, ne me dites pas : cette boîte bleue est apparue devant vous, vous êtes entré dedans et elle vous a déposée ici, très, très loin de chez vous. C’est ça?
- Eh bien, pas tout à fait, mais…
- Oh, non! Il va falloir trouver et enchaîner ce Tardis! Je ne peux pas le laisser déplacer les gens comme ça! En attendant, vous venez avec moi. Si je mets la main sur ce Seigneur du temps qui laisse sa machine traîner n’importe où… Allons, venez!
- Avec vous? Euh, d’accord. Où est-ce qu’on va?
- Chercher Gwen et Harriet, fit River comme si c’était une longue explication.
- Gwen et Harriet? Quelle coïncidence! Il n’y aurait pas un Jack dans toute cette histoire?
- Eh bien, oui. Probablement pas le même sans doute.
- Oh… Le mien pourrait vous surprendre.
- Oui, les rumeurs le décrivent ainsi. Jack Harkness?
- Il est ici pour vrai?
Et le Docteur paraissait sur le point de rigoler, ce que River prit comme une insulte. Le regard noir qu’elle lui jeta lui rendit son sérieux. Temporairement.
- Jack Harkness donc. Oui, je le connais également. C’est un… intime?
- Non. Il faut juste que je l’arrête.
- Ah, oui, d’accord. Bonne chance, fit le Docteur avec un doute. Il a sa tête. Mais toujours la même, dans son cas. Enfin…
- Donc vous me dites que Jack Harkness pourrait être lié à tout ça?
- Tout ça?
- Cette histoire de Seigneur du temps, de Gwen Cooper, d’Harriet et de Pyramide.
- Gwen… Cooper? De Torchwood? Oh, je savais bien que j’avais une raison pour flâner dans le coin.
- Donc vous êtes un contemporain, fit River Song. Bon, eh bien, je vous redéposerai à la maison en même temps. Je ne suis pas à un passager près.
- Gwen Cooper? Et Harriet Jones? Je pensais qu’elle était décédée lors de l’attaque des Daleks?
- Jones? Hum, non, ce n’est pas ce nom-là. Smith, je crois bien. Harriet Tyler-Smith, une gamine d’à peu près votre âge. Vous la connaissez elle aussi? Vous ne seriez pas parent, par hasard?
Le Docteur blêmit : cette Harriet devait être parente avec Rose et donc avec lui et donc… Est-ce qu’elle était revenue? Est-ce qu’une nouvelle fin du monde s’annonçait? Et comment est-ce qu’il devait se présenter à cette fille? Et que dire à Rose? Est-ce que l’autre Docteur était venu?
- Ça va?
- Pourquoi vous demandez?
- Parce que vous êtes très pâle, au point que je puis compter le nombre de taches de son que vous avez sur le nez.
- Hein, fit le Docteur toujours sous le choc du nom Tyler-Smith.
- Douze, si ça vous ne le saviez pas.


Jack continuait à insuffler de l’air et à forcer le cœur de Gwen à battre tandis que Jenny s’acharnait sur l’adolescente toujours inanimée. Elle n’osait pas suggérer ce qu’il pourrait faire s’ils ne réussiraient pas et Jack poursuivait inlassablement.
Et puis…
Les deux femmes inspirèrent en même temps et toussèrent plusieurs fois. Quand, enfin, elles ouvrirent les yeux, Jenny applaudit et donna de grandes tapes dans le dos de Jack qui se retenait pour ne pas embrasser Gwen. Il ne pouvait pas faire ça à Reese et Gwen aurait fini par le lui raconter.
- Jack?
Il éclata de rire et l’enlaça, oubliant qu’elle se remettait à peine. L’adolescente se redressa sur un coude, renifla et s’exclama : « Je sais qui vous êtes! »
- Pardon?
- Vous êtes Jack Harkness! Vous êtes exactement comme on me l’a décrit.
- Et vous?
- Harriet.
Gwen ricana et lui suggéra de donner son nom complet.
- Harriet Ann Tyler-Smith.
- Tyler? Parente avec Rose? Attends une seconde… Tyler-Smith? Oh, non, il n’a pas… Le Docteur humain, c’est ça? Ça ne peut pas être Mickey, il était resté avec nous. Oh, l’espèce de petit…
- Oï! C’est de mon père dont nous sommes en train de parler!
- Ton père? C’est le mien aussi, annonça gaiment Jenny. Enfin, en partie.
- Pardon, fit Gwen. Il a combien de filles, au juste?
- Oh, chaque version en a une, d’après ce que je comprends. La version humain a Harriet, la version… originale a Jenny. Jenny, voici Gwen. Gwen, Jenny.
- Salut, fit Jenny. Comment avez-vous abouti ici?
- Elles ont mis le pied là où il ne fallait pas, coupa River Song qui était accrochée au dernier barreau de l’échelle.
- Qui est là-haut, demanda une petite voix qui se trouvait plus bas sur l’échelle.
- Nous ferions sans doute mieux de redescendre à un autre niveau. Ça commence à être assez rempli ici, suggéra Jack.
- Il va falloir redescendre, se plaignit la petite voix sous River Song.
- Oui, mais nous avons retrouvé tout le monde, dit River Song avec un clin d’œil. Et maintenant, si vous voulez bien nous suivre tous les quatre.
- Qui est avec vous, demanda Jack.
- Un gamin un peu cinglé. Il va certainement bien s’entendre avec la jeune Harriet. Il a les mêmes cheveux de toute façon. Et c’est bien connu, les roux ont un petit côté rebelle. Allez, jeune homme, on resdescend.
Les événements des minutes suivantes furent assez brouillons. D’abord, Jack et Gwen n’en finissaient plus de se raconter les dernières histoires, Jack avait, après tout, cinq cents ans d’histoires à partager. Et Jenny et Harriet échangeaient leurs impressions sur le Docteur à grands coups de « et est-ce qu’il fait ça quand il… » et de « et quand il dit… ». River Song échangea un regard appuyé avec Jack, tous deux étant parfaitement conscients qu’une petite discussion était nécessaire à propos d’un certain bracelet de l’Agence du temps. Enfin, il y avait ce gamin qui se balançait sur le bout des orteils, l’air ravi et pourtant le plus silencieux de tous.
- J’imagine que je devrais me présenter, finit par murmurer le Docteur.
- Oui, en effet, fit Gwen. Est-ce que vous êtes parent avec Harriet?
- Ehm…
- Pas du tout, affirma Harriet.
- Faux, fit le Docteur.
- J’espère que vous avez un meilleur nom que le Docteur, grommela River, parce que ça ne leur dira strictement rien.
Un coup de tonnerre n’aurait pas eu d’effets plus immédiats. Ils sursautèrent et portèrent toute leur attention vers ce gamin avec une curiosité et une intensité que River trouva dérangeante. Jack éclata de rire. Jenny inclina la tête de côté et examina plus attentivement le rouquin au large sourire, comme si elle cherchait des ressemblances avec la version qu’elle avait connue du Docteur. Harriet avait les yeux pratiquement sortis de la tête et la bouche comme celle d’un poisson. Gwen finit par dire qu’elle le trouvait assez rajeuni et croisa les bras.
- C’est tout?, fit-il avec un rien de déception.
Jack et Jenny l’enlacèrent, alternant avec les « c’est bon de vous revoir », les « il faudrait prévenir quand vous décidez de vous régénérer » et les « vous êtes drôlement jeune ». River fronça les sourcils : « Vous le connaissez? »
- Bien entendu, c’est le Docteur!
- Ce n’est pas un nom ça! Je pensais qu’il me racontait des blagues!
- Un Seigneur du temps a ses petits secrets, fit-il tout bas.
- Vous êtes un Seigneur du temps? Vous êtes LE Seigneur du temps?
- Ehm… oui, c’est moi.
- Et vous voyagez dans le temps.
- Yep.
- Je peux vous poser une question?
Son sourire s’élargit et il semblait ravi : « Bien sûr! »
River se planta devant lui, cassa son sourire et le secoua comme prunier : « Pourquoi, au nom de toutes les divinités, votre satanée machine a-t-elle fait une petite balade sans surveillance! ».
- Que? Quoi? Le Tardis? Il n’aurait jamais fait ça!
- Il l’a fait, dit Gwen. C’est comme ça que nous avons rencontré River Song.
- Et comment est-ce que tu es arrivée ici, toi, demanda le Docteur à Harriet.
L’adolescente rougit et expliqua qu’elle était en visite pour quelques jours.
- Donc, pas de fin du monde? Pas de dimensions en miettes? Et tu es venue toute seule?
- Toute seule, lui. Et je n’ai pas fait de trou dans le temps. Il s’agit d’une simple réponse élastique entre nos univers. Je retournerai automatiquement à la maison le lendemain du jour où je suis arrivée.
- Ah, un alignement magnétique des pôles et une fragilisation de la trame des dimensions?
- Quelque chose comme ça.
- Tu n’aurais pas dû venir, c’est dangereux. Qui sait ce qui t’a suivi?
- C’est ce que papa a dit. Il m’a tout expliqué. Deux fois je crois bien. Il m’a interdit de venir et je n’ai jamais pu résister à un interdit.
Le Docteur grogna tandis que Jack ricanait et murmurait quelque chose comme quoi elle avait de qui tenir.
- D’accord, fit River Song avec froideur, alors tout le monde connaît ce type? C’est le Seigneur du temps? Et son nom est… le Docteur?
Ils hochèrent la tête avec enthousiasme et le Docteur fit un clin d’œil narquois. River s’écria qu’ils étaient complètement cinglés et qu’ils devraient être enfermés. Le Docteur répliqua qu’il venait justement d’être libéré de Laloon pour bonne conduite.
- Par qui, on peut savoir, blagua Jack.
- Par ma femme. À ce qu’on m’a dit. Mais elle n’est pas restée pour me dire bonjour.
- Oh. Dommage.
- Je ne savais pas que vous étiez marié, fit Gwen tout en doutant que le Seigneur du temps se soit casé.
- Il ne l’est pas, dit Harriet. Pas vrai?
- Pourquoi pas, demanda Jenny. Ce serait chouette.
- Je ne suis pas marié, confirma le Docteur avec un sourire. De toute façon, avec ce visage-ci, ce serait plutôt étrange.
- Sauf si c’était avec quelqu’un du même âge, lui reprocha Jack.
- Ehm, oui, mais pour le moment, j’ai une fille de 19 ans et une autre de quoi… 25 ans? Expliquer tout ça me ferait revenir à Laloon. Et si nous pouvions éviter d’en reparler, ce serait gentil.
- Justement, ce visage, commença Jack. C’est lequel?
Le Docteur savait très bien ce qui cachait cette question, mais devant ses deux « filles », une ancienne de Torchwood et une pure étrangère, il n’osa pas trop en révéler. De toute façon, ce n’était pas son genre. On ne parler pas nécessairement facilement de ses problèmes de famille, même en famille. En plus, il n’irait pas révéler qu’il se rapprochait un peu plus de la mortalité à un homme qui ne mourrait pas avant cinq milliards d’années. Il eu un sourire torve et rétorqua d’un ton entendu : « C’est le mien. ».
- Roux, hein?
- Ha, vous avez remarqué. Je crois que je préférais être d’un brun ordinaire. Ça attirait un peu moins l’attention.
- Et moi, je préférais quand vous aviez l’air un peu plus vieux. Non, mais, regardez-le! Pour un peu, on serait accusé d’enlèvement de mineur, se plaignit Jack.
- On n’a qu’à dire que nous sommes en vacances, mon « frère » et moi, suggéra Harriet.
- Bon, est-ce qu’on peut retourner chacun dans son époque, s’il-vous-plaît?, recommanda vigoureusement River.
La réponse unanime fut : « Pourquoi? ».
Temps mort.
Et tous éclatèrent de rire.
- Vous êtes complètement fou, vous tous, s’écria River.
- La vie serait terriblement ennuyeuse si tout le monde était raisonnable, lui confia le Docteur.
Et cet élan de sagesse de la part d’un gamin tavelée et impertinent lui paru de trop. Elle ne pu s’empêcher de sourire à son tour.
- Ahh. J’aime mieux ça. Et maintenant?
- Euh, on cherche pourquoi est-ce que la Grande Pyramide a un système de mise en stase qui nous a emportées ici, suggéra Harriet.
- Oh, c’est facile, dit le Docteur. Très facile et pas mystérieux du tout. Il fallait bien que les Égyptiens copient quelqu’un avec leur histoire d’éternité et de momie. Ils savaient que la vie éternelle était possible, mais ils ignoraient comment la reproduire, d’où la momification. Mais vous avez mis le pied sur le mécanisme original.
- Et comment sommes-nous arrivées ici?
- Oh, un reste de sentimentalité. Le mécanisme vient de la planète natale de celui qui a construit ce casino et il a voulu le ramener ici. On ne sait jamais : peut-être qu’il voulait l’utiliser sur lui-même! Mais le mécanisme est parfaitement intégré à la Grande Pyramide et il est impossible de l’emporter sous le bras comme ça. Alors il a tout emporté. Il faut dire aussi qu’avoir la Grande Pyramide dans son exposition est assez chouette.
- Est-ce que toutes les pyramides ont un système de mise en stase, demanda River, songeant à toutes les autres qui restaient sur Terre.
- Oh, je ne sais pas. Mais il y a peu de risque que ça s’ouvre tout seul : il a fallu une irrégularité dans le magnétisme… Oh, j’y suis : Harriet.
- Quoi?
- C’est toi! C’est toi, tu portes encore les traces magnétiques d’un autre univers. Pas étonnant que le système de stase ait un peu déraillé.
- Un peu!, s’écria River. J’ai dû courir après elle sur quelque trois cent mille années!
- Ça aurait pu être bien pire. Au moins, vous aviez un bracelet en état de marche, fit Jack.
- Et vous saviez qu’elles étaient en sécurité puisqu’elles étaient en stase, renchérit Jenny.
- Et je peux les ramener facilement à leur époque, ajouta le Docteur.
- Oh, est-ce qu’il faut le faire tout de suite, se plaignit Harriet.
- Ta mère doit s’inquiéter. Et mon autre moi aussi.
- Pas de ce jeu, Docteur. Il suffit que je revienne la bonne journée et je repartirai. Ils attendront le même temps que je prenne des vacances prolongées ou pas.
- Elle a raison, fit Jack.
Le Docteur lui lança un regard de reproche.
- Hé, au moins, je ne flirtais pas avec elle, se défendit-il.
- Moi, j’aimerais bien rentrer. Reese va s’inquiéter. Oui, oui, je sais, ce qui vaut pour Harriet vaut pour moi, mais là, c’est moi qui vais m’ennuyer de Reese et du petit.
- Le petit? Oh, vous avez eu un bébé, fit le Docteur avec tendresse.
- C’est ce qui arrive quand les amoureux passent un certain ensemble, insinua Harriet avec un clin d’œil.
- Mais je ne crois pas que ce soit fini, dit River avec un air inquiet.
- Pourquoi? Nous sommes tous là, tout va bien.
- Non, fit le Docteur. Tout ne va pas bien. Je le sens.
- Qu’est-ce qui se passe, demanda Jenny. Est-ce qu’il faut courir?
- C’est trop tard, souffla-t-il.
- Un peu plus de précision, s’il-vous-plaît, ordonna Jack. Docteur?
- Il sait que nous sommes là.
- Qui?
- Celui qui va tous nous tuer, murmura-t-il.
Et les douze taches de rousseur étaient plus visibles que jamais.


À suivre...
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MessagePosté le: Sam 20 Nov 2010 - 00:31    Sujet du message: Publicité

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Lolo Winchester
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MessagePosté le: Jeu 20 Oct 2011 - 19:30    Sujet du message: Un petit côté rebelle Répondre en citant

J'adore cette histoire et le Docteur rouquin. Mr. Green
Quand est ce qu'il y aura une suite?
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"Je suis le docteur,enfin ils m'appellent le docteur. J'ignore pourquoi."_Doctor
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:16    Sujet du message: Un petit côté rebelle

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