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Le voyageur de failles
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Keysapocalypses
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MessagePosté le: Lun 9 Jan 2012 - 02:01    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Bonjour à tous.

Je vais annoncer dès aujourd'hui la création d'une fan-fiction qui n'est pas basé sur aucun des personnages principaux de Doctor Who, Torchwood ou Sarah Jane Adventure.

Nous suivrons un personnage totalement fictif, mais qui va se retrouver impliqué dans un certain nombre d’événements (plus ou moins intéressants ou insignifiants).

Titre : Le voyageur de failles

Résumé : Le personnage principal fut une des victimes de la faille spatio-temporelle de Cardiff (alors qu'il rendait visite à sa famille). Aspiré par la faille il va se retrouver à une autre époque, et dès lors, il tentera de retourner à l'époque d'où il vient, croisant au passage les lignes temporelles de Torchwood 3 et du Docteur, à souvent quelques heures ou jours près.

Spoilers : Torchwood, saison 2 épisode 11 "Envers et contre tous". Tous les épisodes parlant des failles spatio-temporelles et plusieurs autres de toutes les séries.

Disclaimer : Ce spin off de Doctor Who est exclusif et a pour but de parler du secret des failles. Toute reproduction totale ou partielle ne peut être autorisé qu'après avoir demander la permission à l'auteur (que je me ferait un plaisir de refuser, naturellement). Les personnages issus de la série Doctor Who et ses spins off présents dans cette fiction sont d'authentiques personnages fictifs. Ils sont la propriété de Russell T Davies

beta : Personne (je ne me compte pas dans le lot)

Note(s) de l'auteur : Si vous voulez voir apparaître un événement particulier au cours de la fan-fiction, postez-le et je verrais si c'est jouable ou non... Dans tous les cas, je vous souhaite une (future) bonne lecture...


Citation:
Avez-vous jamais eu envie de vivre des aventures extraordinaires ? Quand j’étais enfant, je rêvais de voyager dans l’espace, d’affronter des aliens et de remonter le temps de quelques instants quand je faisais une bêtise. Ce fut une vie paisible, qui dura jusqu’à mes treize ans. Par la suite, j’ai commencé à mûrir et à grandir. Je suis resté persuadé qu’un jour je pourrais voyager dans l’espace, comme astronaute ou comme « touriste ». Après tout, qui pouvait savoir ce que le futur nous réservait ? C’est surtout à ce propos que j’avais mûri. Il m’était finalement apparu que les voyages dans le temps n’étaient que pure fiction. Si dans un futur proche ou lointain, quelqu’un réussissait à créer une machine à voyager dans le temps, il était plus que probable que, à un moment ou à un autre, cette personne fasse une erreur qui détruirait toute vie sur Terre. Étant vivant et en parfaite santé, j’étais donc persuadé que jamais qui que ce soit n’était, n’est et ne sera jamais capable de commander au Temps. Quand à la question des aliens, je n’avais pas d’opinion tranchée à ce sujet. Au vu du nombre d’étoiles dans le ciel -et je ne parle là que de celles que l’on peut voir de la Terre- il est probable que d’autres formes de vie existent dans l’univers…

Toutes ces réflexions sont tellement intense que j’en oublie de me présenter : Marcus Flint, Humain et Terrien. Je suis ce que l’on pourrait appeler une personne ordinaire. Réflexion faîte, j’étais ce que l’on pouvait alors appeler une personne ordinaire. Mon histoire commence en 2010, dans une ville du Pays de Galle : Cardiff. J’avais 19 ans. Petite précision, je ne vis pas au pays de Galle, ni même au Royaume Uni, mais cela n’a pas d’importance pour le moment. Toujours est-il que ce jour là, j’étais à Cardiff. J’y avais – et j’ai toujours- de la famille là-bas. Mon oncle, un homme d’affaire dans une grande entreprise multinationale, avait été promu à Cardiff trois ans plus tôt. Aussi, trois fois par an, ma famille et moi-même nous rendions au Pays de Galle afin d’y passer des vacances et de conserver de forts contacts avec mon oncle. Mon père disait toujours : « la famille, c’est sacré ! Rien ne devrait jamais la séparer ». Aussi gardait-il le contact avec son frère – et sa cousine aussi, mais pour d’autres raisons : il aimait lui rendre visite à l’improviste pour lui demander un petit « coup de pouce » financier- et avec la famille de sa femme, ma mère. Il ne manquait jamais une occasion de se rendre chez son frère.

Cet automne là, pourtant il n’avait pas eu la possibilité de venir. Ma grand-mère maternel était tombé malade, et réclamait des soins à domicile, car elle était trop faible pour être déplacée. J’étais donc parti avec ma petite sœur et mon petit frère : Lina et Créon, respectivement âgés de 16 et 10 ans. On était arrivé par avion à Cardiff, avant de prendre un taxi pour se rendre chez notre oncle. Il s’agissait d’un homme dans la quarantaine, un peu plus corpulent que la moyenne et divorcé. Il avait n’avait qu’une fille de 22 ans, Selenia, qui logeait chez sa mère auparavant, mais qui vivait seule à présent. La dernière fois que je l’avais vu, à l’époque, elle était étudiante en université. Mais c’était six mois plus tôt. Depuis, je ne savais pas ce qu’elle faisait. Toujours était-il que lorsque mon frère ma sœur et moi étions arrivé, mon oncle et ma cousine nous attendaient, le sourire aux lèvres. Il était tard et le soleil commençait à décliner. Pourtant, comme toujours, l’excitation stimulait notre production d’adrénaline, aussi nous n’étions jamais vraiment fatigués en arrivant à destination.

Je m’y revois comme si c’était hier. Nos vacances à Cardiff étaient censé durer trois semaines, et huit jours s’étaient déjà écoulés, paisibles. Nous nous amusions comme il nous plaisait, toute à notre joie de nous sentir libre. D’une certaine façon, à Cardiff, je me sentais redevenir enfant. J’y retrouvais un petit peu de mon désir d’aventure et d’évasion que j’avais encore quelques années plus tôt. J’aimais surtout me rendre dans les grands parcs publics de la ville. Ce jour là, le neuvième depuis notre arrivé, j’avais décidé de changer mon quotidien : au lieu de visiter un parc, je décidais de me rendre sur les plages de Cardiff. C’était l’automne et il paraissait qu’en cette saison les couchers de soleil y étaient magnifiques. Je m’étais donc rendu sur place en milieu d’après-midi. Le temps était frais, mais cela ne me gênait pas. Pendant plusieurs heures, j’ai contemplé la mer se teinter de couleur à mesure que le soleil déclinait. Puis enfin, le crépuscule opéra. Le soleil disparu lentement à l’horizon, plongeant la plage dans l’obscurité. Le temps s’était rafraîchit davantage avec la disparition du soleil. Alors que je m’apprêtais à rentrer, une vive lueur apparue dans mon dos, agrandissant mon ombre jusqu’à loin devant moi. Je me retournais, pensant voir quelqu’un avec une lampe-torche. C’est alors que je l’ai vu. Quoi exactement, je ne saurais le dire. De mon point de vue, il s’agissait d’une masse vaguement informe, spectrale. Elle émettait une lueur d’un blanc passant de l’immaculé au laiteux. Je me revois, curieux, m’approchant prudemment de ce phénomène étrange et immobile. C’est à ce moment précis que tout à basculé. La lueur devint aveuglante. Par réflexe, je voulu faire un pas en arrière, mais j’en fus incapable. Une force irrésistible s’empara de moi et je fus aspiré en avant…

Je ne savais pas exactement ce qui se passait. J’avais fermé les yeux lorsque la lueur blanche m’avait éblouie. Cela semblait s’être calmé, mais je n’osais pas les rouvrir tout de suite. Je voyais à travers mes paupières un kaléidoscope de couleurs que je n’avais encore jamais vu, des mélanges inconnus. Je ne parvenais pas à savoir si j’étais debout, assis ou couché, aucune sensation ne me parvenait. La seule chose qui me permettait de savoir que j’étais toujours conscient était un bourdonnement persistant dans mes oreilles. J’avais l’impression de me retrouver au milieu de milliers d’insectes différents, tous à bourdonner, grésiller et fredonner. Je ne savais pas depuis combien de temps je étais resté ainsi, des secondes ou des jours ? Le temps me semblait différent ici. Alors que, épuisé, je commençais à m’endormir, mes sensations revinrent brutalement. Mais au lieu de la douce sensation du sable frais contre ma peau, je sentis une surface dure et lisse. Le dernier détail qui me parvint avant que je m’évanouisse était que j’avais chaud, comme si je m’étais trouvé sous le soleil au solstice d’été…

Premier arc: Minuscule face à l’immensité !

Citation:
Les dernières brumes du sommeil s’évaporèrent. Pourtant je ne bougeai pas ni n’ouvris les yeux. Je ne savais pas où j’étais, où plutôt je savais ou je n’étais pas. Je m’étais évanoui à la plage, mais il était clair que le lit où j’étais allongé n’était pas là-bas. Où étais-je dans ce cas ? A l’hôpital ? Possible. Le matin devait être arrivé et un passant m’aura vu sur la plage et appelé les secours. Puis, par fragments, je me souvins de ce qui s’était passé avant que je m’évanouisse. Le choc me fit sursauter, et c’est alors que je me rendis compte que j’étais attaché. J’ouvris brusquement les yeux et observai les alentours Je me trouvais dans une grande pièce blanche, une chambre d’infirmerie, probablement. Le lit dans lequel je me trouvais était tout simple, à l’exception que les draps qui le composait entravaient le moindre de mes mouvements, comme si j’étais attaché par une centaine de cordes. A ma droite, un homme était assis sur une chaise et m’observait. Il portait une tenue comme je n’en avais jamais vu encore, à mi-chemin entre un costume noir sans cravate et une tenue de combat comme on en voit dans les films de sciences fictions. En me voyant réveillé, il sourit légèrement avant de sortir. Il me laissa seul pendant à peine une minute. Quand il revint, il n’était pas seul. Deux hommes et une femme l’accompagnaient. L’un des nouveaux venus me regarda et dit :

- FreotYgard ? YIoN Natgord ?

A son ton, je compris qu’il m’interrogeait. Je le regardai sans comprendre. Je n’avais jamais entendu une telle langue. Mais au moins j’étais fixé, je n’étais plus à Cardiff. L’homme fronça les sourcils et répéta ses questions. Je secouai la tête pour lui faire comprendre que je ne comprenais pas ce qu’il me disait. Vexé, il poussa un grognement et s’approcha.

- gERtoqjo ! IZeG TrioPlasum naGadlAt fixAtyum. Droplam GrsiDSa ! AnGzortA Cabou DReF lkImITRay.

Il continua à palabrer dans son dialecte incompréhensible pendant plusieurs minutes. Quand enfin il s’arrêta, remarquant mon manque de réaction, je demandais aux autres personnes présentes :

- Excusez-moi, mais est-ce que l’un d’entre vous comprend ce qu’il dit ?

L’homme s’empourpra, tandis que les trois autres personnes eurent un fou rire. Lorsqu’ils se furent calmé mes quatre visiteurs se mirent à parler entre eux, peu soucieux que je les entende, puisque de toute évidence je ne parvenais pas à les comprendre. De temps en temps, l’un d’entre eux me jetait un coup d’œil ou me pointait discrètement du doigt. Quand enfin ils s’arrêtèrent, il semblait qu’une décision ait été prise. Un d’eux, l’homme qui n’était pas présent à mon réveil et qui ne s’était pas encore adressé à moi, semblait contrarié. Mais sur un ordre de la femme, il s’inclina brièvement et sortit. Le silence se réinstalla. Mes trois visiteurs restaient immobiles, m’observant attentivement, mais sans parler.
Après plusieurs longues minutes, l’homme revint avec une sorte de bracelet dans la main. La femme hocha lentement la tête et il s’approcha de moi, réticent. Avant de me laisser le temps de demander ce que c’est – ce qui aurait été parfaitement inutile, ne pouvant pas communiquer – il attrapa mon bras gauche et accrocha le bracelet à mon poignet. Je me rendis compte alors qu’il s’agissait plutôt d’un appareil. Comme les quatre personnes en possédaient un semblable, j’en déduisis que c’était inoffensif. J’observais avec curiosité cet étrange objet quand une petite lumière bleue se mit à clignoter quelques secondes, avant de s’éteindre. Une
voix me fit brusquement relever la tête :

- Nous comprenez-vous à présent ?

C’était la femme qui avait parlé. J’eus un petit sourire.

- Oui.
- Très bien, poursuivit-elle. A présent, reprenons tout depuis le début. Qui êtes-vous et comment êtes-vous arrivé ici ?
- Eh bien… Je m’appelle Marcus Flint. Et je ne sais pas du tout comment je suis arrivé ici. Je croyais que c’était vous qui m’aviez amené.
- Des agents vous ont trouvé à l’extérieur, inanimé, intervint l’homme qui m’avait interrogé. Nous vous avons simplement amené à l’intérieur et administré les soins nécessaires.
- Des agents ? Quels agents ?
- Mais enfin, de quelle époque venez-vous donc, pour ne pas nous connaître ? Rigola la femme.
- Du XXIème siècle, comme tout le monde j’imagine. Répliquai-je avec un léger sourire.

Sourire qui s’évanouit en voyant leur expression stupéfaite. De toute évidence, j’avais dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Mon interrogateur fut le premier à se ressaisir.

- Ridicule, déclara-t-il.
- Les humains de cette époque n’avaient même pas encore quitté la Terre, renchérit celui qui avait amené le bracelet. Les archives montrent clairement qu’ils n’ont réellement commencé à coloniser l’espace que plusieurs siècles plus tard. Cet enfant ment, c’est évident.
- De quoi parlez-vous ?

Cette conversation me donnait la migraine. A les écouter, j’aurais presque pu croire que je n’étais pas sur Terre, ni au XXIème siècle. Mais c’était ridicule, parfaitement ridicule. Et le fait de m’être fait traiter d’enfant avait mis le feu aux poudres. Je commençai à me débattre :

- Je me fiche de ce que vous racontez. Je ne demande qu’une seule chose, qu’on me ramène à Cardiff. Ma famille m’attend là-bas.

- Cardiff ? répéta l’interrogateur. Dans quel système se trouve cette planète ?

Je crus un instant qu’il plaisantait. A en juger par son expression, ce n’était pas le cas. Mon agitation avait resserré les draps autour de mon corps, tentant de l’immobiliser. Mais je m’en souciais peu.

- Qu’est-ce que vous racontez encore ? Ramenez-moi à Cardiff, MAINTENANT !

Un drap jaillit de sous le lit et me bâillonna. Le reste de mon corps fut vite totalement immobiliser par cet étrange lit. Toutefois, je le remarquais à peine tant j’étais concentré sur le groupe qui me fixait. Soudainement, pris d’inspiration, l’homme qui n’avait pas encore prononcé un mot à mon encontre demanda :

- Dit-nous comment-tu es arrivé ici. Si tu le fais, nous te ramènerons chez-toi.

Je le regardai fixement, pendant une longue minute, sans rien dire. Comprenant finalement pourquoi je me taisais, il se dépêcha d’enlever le bâillon. Je leur racontai brièvement ce qu’il s’était passé, aussi fidèlement que possible. Cela s’était passé la veille, mais j’avais l’impression que cela datait de plusieurs années. Pendant que je parlais, l’homme tripotait son bracelet, tellement absorbé par sa tache que je me demandais s’il m’écoutait vraiment. Ne pouvant me lever pour lui taper dessus, je me contentai de continuer mon histoire. Une fois celle-ci terminée, il déclara, triomphant :

- J’en étais sûr, regardez !

M’ignorant de nouveau le groupe se réunit autour de lui pour regarder quelque chose que je ne pouvais voir. Finalement, ils se séparèrent.

- Ridicule, dit une nouvelle fois l’interrogateur, légèrement plus pâle.
- Pourtant tout semble correspondre, déclara la femme. Son histoire, le lieu, la date, le nom, et même la photo.

Une photo ? Je renonçai à comprendre de quoi ils parlaient. J’attendais seulement qu’ils honorent leur promesse de me ramener chez-moi.

- Mais dans ce cas, s’entêta l’interrogateur, comment est-il arrivé ici avec autant de siècles de décalage. Cela fait quand même trente siècles.
- Cela pourrait-il être ça ? demanda l’homme à qui j’ai raconté mon histoire.
- Possible, répondit la femme. Elles se sont multipliées à travers l’espace et le temps.

Cette fois, j’en avais assez compris pour poser une question :

- De quoi parlez-vous ? C’est quoi ça ?
- Il s’agit de failles spatio-temporelles. Des fissures qui traversent le temps et l’espace et qui provoquent des anomalies aux deux endroits connectés en transportant des objets ou des personnes d’un coté à l’autre de la faille, comme pour toi. Tu as traversé trente siècles. Nous sommes au LIème siècle, à l’intérieur d’une base-astéroïde dérivant dans la galaxie d’Andromède.

Je fus sous le choc. C’était absurde. Cela ne pouvait être vrai. J’eus un rire dans lequel on entendait une pointe d’hystérie. Un des hommes appuya sur son bracelet et, aussitôt, les draps qui m’entravaient se rétractèrent. Pour la première fois depuis mon réveil, j’avais la possibilité de me lever, et je ne laissai pas passer cette chance. Je me mis debout immédiatement, sur mes gardes.

- Suis-nous, ordonna la femme. Nous allons te montrer la surface de la base. Tu comprendras par toi-même.

Sceptique, je suivis le groupe. Il serait d’ailleurs plus judicieux de dire que j’étais escorté par le groupe : deux personnes devant, et deux derrière. Pendant plusieurs longues minutes, nous avançâmes en silence, sans croiser plus d’une ou deux personnes. Puis, après avoir pris en ascenseur, nous nous retrouvâmes dans un immense hall, remplis de plusieurs centaines de personnes. Tous avaient au poignet ce bracelet étrange, mais certains d’entre eux étaient légèrement différents des autres. Je remarquai également que la plupart des personnes du hall étaient armées. J’hésitai un instant à continuer d’avancer, mais personne ne se souciait de moi. Ils parlaient tous entre eux, généralement par binômes. J’entendais des bribes de conversations sans aucun sens.

- …Dîner sera meilleur que le déjeuner…
- …Quelques jours, je n’ai pas assez pour te rembourser tout de…
- …Dois arrêter de jouer les pirates de l’espace, Face de Boe. Cela donne mauvaise image de…
- …Nouveau ? Je me disais aussi que je n’avais pas souvenir de…
- …De faire des missions aussi mal-payées. Comment suis-je…
- …De cheveux, mais la mienne est plus pratique en cas d’action…

Le bruit des conversations fut étouffé lorsque nous sortîmes de la pièce, pour entrer dans un nouveau couloir. Au bout se trouvait un nouvel ascenseur, gardé par deux personnes. Celles-ci s’inclinèrent immédiatement en apercevant la femme. Je jetai un discret regard à cet étrange personnage. A voir l’influence qu’elle semblait posséder, elle devait être une des personnes les plus importantes de cet endroit. J’étais tellement plongé dans mes réflexions que je ne m’étais pas rendu compte tout de suite que nous étions déjà arrivé à destination. Quand enfin, je sentis la chaleur élevée, je regardai autour de moi. Et là, ce fut un nouveau choc. Il n’y avait rien. Le sol, irrégulier était marron-rouge. Il y avait de temps en temps quelques impacts au sol, semblable à ceux laissés par de petites météorites. Sinon, la vue était relativement linéaire jusqu’à l’horizon. Je me figeai. Ce n’était pas l’horizon qui en était la cause, mais le ciel, que je voyais, juste au dessus. Il semblait faire nuit, à première vue, mais je sus presque immédiatement que ce n’était pas le cas, enfin, pas exactement. Je voyais une planète. Elle était suffisamment proche pour que l’on ne la confonde pas avec les étoiles, mais suffisamment éloigné pour qu’elle n’occulte pas tout mon champs de vision. En la regardant, j’en eu des sueurs froides. Ainsi, j’étais réellement dans l’espace. Mais au lieu du désir d’aventure que je pensais ressentir, il n’y avait rien. Juste une vague solitude qui semblait ne pas vouloir se dissiper.
Je restai ainsi, immobile, devant cette plaine chaotique, pendant plusieurs minutes. Je sursautai quand quelqu’un posa sa main sur mon épaule. Un rapide coup d’œil derrière moi m’appris que c’était la femme.

- Nous ne pouvons pas rester plus longtemps dehors, expliqua-t-elle. L’astéroïde sur lequel nous nous trouvons tourne sur lui-même. Dans quelques minutes, cet endroit sera directement exposé à la géante rouge. L’atmosphère artificielle que l’on a mise en place ne suffira pas à te protéger sans combinaison.

J’acquiesçai faiblement, encore secoué. Je fus reconduit à l’intérieur. J’avais la tête qui me tournait et l’impression de vivre un rêve éveillé très désagréable. Pourtant, c’était la réalité, j’en étais sûr. Je suivis de nouveau le groupe sans faire attention à l’endroit ou nous nous rendions. Aussi sursautai-je quand je me rendis compte que j’étais assis dans un immense réfectoire, avec un plateau-repas devant moi. En entendant le petit rire à coté de moi, je compris que l’on m’observait depuis un moment. Une fois de plus, c’était cette étrange femme. Elle continuer à rigoler encore quelques secondes, avant de brusquement retrouver son sérieux. A tel point que je su d’avance qu’elle allait m’annoncer une mauvaise nouvelle.

- Mange. Quand tu auras fini, il faudra que je te parle de ton retour chez toi. Il te faudra toute ton attention.

Je perdis l’appétit d’un seul coup. Heureusement, il semblait que j’avais déjà avalé la moitié de mon repas quand j’avais soudainement repris conscience de ce qui m’entourait. Je me contentai donc de tripoter du bout de la fourchette ce qu’il restait, avant de finalement repousser le plateau, signe que j’avais terminé. La femme poussa un soupir qui en disait long. Finalement, elle se décida à parler :

- Je suppose que tu as des questions.
- Quelques une en effet. Vous avez parlez d’agents, tout à l’heure. De quoi s’agit-il ?
- Il s’agit de nous. Nous sommes des agents du temps. Ceci est une des bases de l’Agence du temps, connecté en permanence à la base principale. Notre rôle est d’influer sur le passé, en minimisant l’impact sur le futur, afin que l’avenir de l’humanité soit des plus radieux.

Je hochai la tête, plus grand-chose ne me surprenait. Je continuai :

- Pourquoi est-ce que je parviens à vous comprendre alors qu’à mon arrivé ce n’était pas le cas ? C’est ce bracelet, n’est-ce pas ?
- En effet. Il s’agit d’un manipulateur de vortex. Cela a plusieurs fonctions : voyager dans le temps, messagerie holographique, traducteur multilingue, accès automatique à la plupart des technologies humaines, auto-réparation et j’en passe.
- Celui que vous m’avez fourni est légèrement différent du votre, pour quelle raison ?
- Il s’agit d’un modèle plus ancien. Celui que je possède est le manipulateur de vortex dernière génération. Comme tu n’es qu’un invité temporaire, nous ne t’avons fourni que le nécessaire. Excepté le traducteur, presque toutes les options de ton manipulateur sont désactivées.
- Vous aviez rapidement expliqué que j’étais arrivé par une faille spatio-temporelle, tout à l’heure. Pourriez-vous me donner plus de détails ?
- Bien sûr. Les failles sont…

Elle fut interrompue par l’arrivé d’une nouvelle femme. Celle-ci s’inclina rapidement et murmura :

- L’unité Teselecta est prête à partir. Nous attendons votre autorisation.
- Accordé, répondit mon interlocutrice. Ils peuvent partirent dès qu’ils sont prêts.

Puis elle se concentra de nouveau sur moi.

- Je disais donc, les failles sont des anomalies du temps et de l’espace. Il s’agit d’un phénomène très étrange et te l’expliquer trop en détail impliquerait des connaissances en physique quantique très élevées.
- Dans ce cas, expliquez-moi avec juste assez de détails pour que je comprenne comment elles fonctionnent.
- C’est justement cela, le problème. Nous ne savons pas grand-chose. A l’intérieur d’une faille le temps se densifie et l’espace se modifie, avant de revenir à la normal une fois la faille traversée.

Je hochai la tête, me souvenant de l’étrange sensation que j’avais éprouvée à ce moment là. Une autre question, s’insinua en moi, plus curiosité que nécessité :

- Qu’est-ce que le Teselecta ?
- Rien de bien important, répondit la femme avec un sourire figé. Ne t’occupe pas de cela. Ce n’est qu’un autre groupe d’agents du temps.

Je ne m’étendis par sur le sujet. Cela ne m’intéressait pas. Mais j’étais quand même surpris par la réaction qu’elle avait eue lorsque j’ai prononcé ce nom. Cela devait être un dossier confidentiel. Je ne m’en préoccupai pas, passant sur un sujet beaucoup plus important.

- Comment allez-vous me ramener chez-moi ?

Sa réaction fut encore plus brutale que la précédente. Son sourire disparut et je compris alors d’où venait mon mauvais pressentiment. Cette femme avait délibérément tenté d’éviter le sujet. Elle soupira de nouveau.

- Il y a un problème à ce sujet. Tu es arrivé par une faille. Nous ne savons pas comment te renvoyer. L’agence du temps ne fait pas de mission de secourisme. La base principale ne le permettrait pas.
- L’agence du temps a pour mission d’influer sur le passé pour améliorer le futur. En me renvoyant chez-moi, vous y contribueriez. Pourquoi refuser dans ce cas ?
- Ce n’est pas si simple. Écoute bien. Les failles sont un sujet délicat. Si on demande à la base principale une mission de secours pour te ramener chez toi, on devra expliquer comment tu es arrivé ici. Et les personnes traversant les failles sont rares, crois-moi. La base principale ne manquera pas cette occasion. Elle te fera transférer pour t’interroger. Le temps qu’ils sachent ce que tu sais, tu risque de perdre dix ans de ta vie. Et alors tu auras un trop grand décalage avec ta ligne temporelle pour pouvoir reprendre son cours là ou tu l’avais laissé.
- Ligne temporelle ?
- Ah oui, tu ne sais pas ce que c’est. Il s’agit de ta ligne de vie, reliant ta naissance à ta mort sur une époque donnée. Quand un agent temporel intervient, ta ligne temporelle est perturbée reliant ainsi tous les époques que tu visites en une seule ligne. Et personne n’est autorisé à revenir sur sa ligne temporelle, car elle s’annulerait et la personne disparaîtrait.

Je réfléchi quelques instants. Le voyage temporel était décidément bien compliqué. Mais dans l’ensemble, cela rejoignait ce que je pensais du sujet.

- Dans ce cas, comment vais-je rentrer chez-moi ?
- J’ai une petite idée. Nous pouvons te renvoyer chez-toi via ton manipulateur de vortex. En réactivant les options tu pourras rentrer chez toi, avec un décalage, quelques jours dans le passé ou le futur tout au plus. En échange, le moment venu, je te recontacterai pour une unique mission. De cette façon chacun aide l’autre. Cela te convient-il ?
- Vous me laisseriez le manipulateur de vortex ? Compris-je, surpris.
- Naturellement. Ils sont isomorphiques. Une seule personne à la fois peut s’en servir. Tant que son précédent propriétaire n’est pas mort, personne d’autre ne peut l’utiliser.

Une mission le moment venu ? Enfin, si cela pouvait me permettre de rentrer chez moi sans attendre dix ans. Je n’avais pas de raison de refuser, aussi acceptai-je. La femme fut ravie. Elle me reconduisit dans ma chambre en m’annonçant que les préparatifs commenceraient le lendemain. Au lever de la quatrième géante rouge de la journée – l’astéroïde tourne sur lui-même une vingtaine de fois par jour – elle était déjà devant ma porte, à m’attendre. Elle me conduisit vers une nouvelle partie de la base. Je remarquai cette fois-ci que de nombreux regards étaient portés sur moi Bien que je ne comprenais pas ce que je voyais dans les yeux de certains, je poursuivis ma route. Arrivé dans un grand bureau, elle me demanda le manipulateur de vortex, que je lui donnai. Elle le brancha sur un étrange appareil et fit de nombreuses manipulations avec son propre bracelet. Après une vingtaine de minutes, il me semble, elle me le rendit.

- Débloquer des applications demande plus de temps que de faire le contraire, expliqua-t-elle en souriant.

Elle me conduisit ensuite dans un grand hangar, remplit de vaisseaux spatiaux. A en juger par la profondeur à laquelle nous nous trouvions, j’en déduisis que le plafond pivotait ou coulissait pour les laisser sortir. Elle me présenta un socle, contre un mur en me disant qu’en temps normal, il s’agissait d’une sortie de secours. En réalité, lorsque quelqu’un montait dessus cela amplifiait les capacités de son manipulateur de vortex afin de l’envoyer à une époque plus reculé, plus rapidement. Elle me programma rapidement ma destination, avec quelques heures d’avance sur ma disparition. A coté de moi, je vis un miroir. Mon reflet avait vraiment mauvaise mine. Ses cheveux noirs n’atteignaient pas encore ses épaules. Son regard, fatigué, montrait des yeux verts perçant. La tenue, sale et débrayé ne le mettait pas en valeur. Le tout semblait donner à ce reflet dix ans de plus que je n’en avais en réalité. Une phrase courte, me fit sortir de ma transe :

- C’est prêt !

Je fis un petit sourire avant de d’enclencher l'appareil et de disparaître. Contrairement à mon premier voyage, cette fois je gardai les yeux ouverts. J’y retrouvai les nuances de couleurs que je ne connaissais pas. Le bourdonnement était toujours présent, bien que plus faible qu’avant. J’étais heureux. J’allais enfin pouvoir rentrer. Mais soudainement, j’eus un léger instant de nostalgie. Cela m’avait plu, d’une certaine façon, de me retrouver à une autre époque. Mais tout n’était pas terminé. J’aurais une mission, le moment venu. Je pourrais alors décider ci je veux intégrer l’Agence du temps ou conserver ma vie d’avant. J’aurais tout le temps d’y réfléchir. Brusquement une secousse me sortit de mes pensées. Il n’y en avait pas eu à l’aller, alors pourquoi au retour ? Une nouvelle secousse me traversa, puis une autre. Cela n’en finissait plus. Je me dis que cela devait être du au fait que j’avais les yeux ouverts. Je n’avais aucune sensation, juste l’impression d’être secoué. C’était juste mon imagination. J’allais me détendre quand je m’écrasai contre quelque chose d’étrange, d’immatériel.
Le temps semblait figé à cet endroit comme hors de l’univers, verrouillé. Je n’eus pas le temps d’y réfléchir, mon manipulateur de vortex se mit à fumer légèrement à cause de l’impact, puis à s’emballer. Les couleurs s’accélérèrent et les secousses se firent plus violentes. Mon univers était sans dessus-dessous, puis enfin, tout s’immobilisa. Les couleurs redevinrent celles que j’avais toujours connues. Je regardais le ciel. Le soleil brillait. Derrière moi j’entendis le bruit sourd d’un camion arriver. Je me retournai pour ne pas être sur le chemin. Et là je me figeai.

- Oh non !!!

Ce n’était pas un camion. J’étais bien sur la Terre, mais pas à la bonne époque, pas du tout. Je m’enfuis à toutes jambes. Derrière moi un troupeau de dinosaures menaient la charge. Je n’étais pas assez rapide pour leur échapper, mais ils passèrent à coté de moi sans me remarquer. Je tentai de faire redémarrer le manipulateur de vortex, mais il continuait de fumer, refusant de fonctionner. Cet endroit, où le temps était verrouillé, avait court-circuité mon manipulateur de vortex, qui ne fonctionnait plus. Je fis un tour sur moi-même, pour guetter un éventuel danger et, avisant une montagne au loin, décidait qu’il s’agissait de l’endroit le plus sûr. Prudemment, je me dirigeai vers cette immense masse rocheuse en me demandant comment je parviendrai à revenir chez-moi maintenant que j’étais coincé au beau milieu de la préhistoire…

Citation:
Cela faisait déjà plusieurs mois que j’étais ici : la Préhistoire du temps des dinosaures. Mieux encore, cela faisait plusieurs mois que j’étais coincé ici. Je n’avais jamais voulu me retrouver ici. Je ne voulais qu’une seule chose : rentrer chez-moi. A mon arrivée, le manipulateur de vortex, grâce auquel j’étais arrivé ici, était hors service. Mais heureusement, sa capacité d’autoréparation s’était activée. A présent, je possédais deux autres options qui fonctionnaient : Survie et Encyclopédie du Temps. L’option survie m’a permis de mettre en place de nombreux pièges pour capturer mes repas et de m’avertir lorsqu’une menace approchait, auquel cas je me réfugiai dans une grotte des montagnes. L’autre était davantage un luxe. Elle me permettait d’accéder aux fichiers de tous les dinosaures que j’avais rencontrés pour le moment. Cela s’était tout de même révélé utile car j’ai pu apprendre comment certains prédateurs chassaient, comment les leurrer, les abattre et les éviter. Associé à Survie, Encyclopédie du Temps me permettait de garder la tête froide et de ne pas paniquer.

Parfois je me demandais si le manipulateur ne réparait pas en priorité les programmes qui me seraient utiles à courts termes. Dans ce cas, pourquoi ne réparait-il pas l’option voyage temporel ? La réponse était toute simple, en réalité. Étant une des options les plus importantes du manipulateur de vortex, elle réclamait beaucoup plus de temps pour s’auto-réparer. Pour me maintenir en vie, les options prioritaires à ma survie avaient donc été réparées en premier. Enfin, en partant du principe que le manipulateur de vortex puisse agir ainsi et qu’il possède un mode de réflexion semblable à celui des humains. Si cela se trouve, il réparait les options totalement aléatoirement.

Peu importait, de toute façon. J’étais vivant et j’étais coincé. Mais j’avais également un espoir, désormais. Tôt ou tard l’option voyage temporel serait réparé et je pourrais repartir. De plus, mon séjour dans la préhistoire n’aura pas été vain. J’aurais pu approcher des espèces uniques de dinosaures. J’avais par exemple croisé un Tyrannosaure du nom d’Aviatyrannis et plusieurs archéoptéryx qui m’avaient servis de repas à plusieurs reprises. Grâce au nombre d’espèces croisées, j’ai pu comprendre que j’étais coincé en 150 Ma avant mon époque. Pas vraiment l’endroit rêvé pour partir en vacances, selon moi. Le seul point où j’étais fier de moi, c’était qu’à force d’échapper aux dinosaures, de grimper aux arbres pour ramasser des baies et d’escalader la montagne, j’étais devenu très endurent, beaucoup plus agile et beaucoup plus instinctif. J’imaginais à peine les exploits que je serais capable de faire en rentrant chez moi. Car je refusais de penser que je ne puisse pas partir de cette époque révolue.

Pourtant, ces derniers mois m’avaient semblé relativement simples, comparé à la situation actuelle. Trois heures plus tôt, j’étais sorti de mon abri afin de remplir ma réserve de vivre. L’eau n’était pas un problème, car mon nouveau lieu de résidence était une cave relativement profonde et étroite, et suffisamment humide en profondeur pour former de petites flaques d’eau qui s’étaient révélées tout à fait potable. Le problème majeur avait donc longtemps été la nourriture. Avant, je jouais aux charognards, récoltant œufs, restes de viande... A présent, je pouvais chasser. J’avais réussi à me fabriquer des armes archaïques, certes, mais efficaces. Jusqu’à présent j’avais trois lance en bois très résistantes avec pour bout les pierres et os les plus aiguisées que j’avais trouvé au fil de mes explorations, un arc avec une vingtaine de flèches – ornées des plumes que j’avais prélevé sur mon premier Aviatyrannis – ainsi que plusieurs armes de poing dans le style couteaux et machettes. J’étais donc parti en reconnaissance afin de trouver une proie. Il était encore tôt, le soleil n’allait pas tarder à se lever. Je me sentais donc relativement en sécurité. Peu d’animaux – et les dinosaures n’en faisaient pas partie – changeaient leurs habitudes quotidiennes. J’avais déjà étudié les environs plusieurs centaines de fois, il n’y avait aucun prédateur nocturne dans les environs. Pourtant, aujourd’hui, un nouvel arrivant était venu s’ajouter au survival et venait de s’approprier ce territoire.

- Oh non ! Il manquait plus que ça…

D’après les indices que j’avais récoltés, il devait s’agir d’un carnivore, et probablement plus gros que les prédateurs que j’avais croisé pour depuis mon arrivée! Je n’avais vu aucune trace de cette espèce par ici, auparavant. Il devait probablement s’agir d’un vagabond. Autant éviter de trop m’en approcher tant que je ne saurais pas à quoi m’attendre. J’avais donc commencé à rebrousser chemin, quand un grondement sourd m’avait fait me retourner. Évidemment, il s’agissait de lui. A vue de nez, il faisait facilement dans les quatre mètres de long et pas loin des cents cinquante kilogrammes. Malgré la distance, je voyais que j’étais également dépassé en taille. Il possédait un long cou et une queue encore plus longue. J’étais resté immobile, lui de même. Nous nous étions observé mutuellement, tentant de savoir si le combat serait nécessaire. Finalement, ce fut moi qui avait réagit en premier. Lentement, j’avais pris mon arc, une flèche, et en reculant doucement, avait préparé un tir. Je ne savais pas s’il réagissait au mouvement, ou s’il me considérait d’avance comme de la nourriture. Aussi, je n’avais lâché la flèche que quand je l’avais vu me foncer dessus.

Une centaine de mètres nous séparais à ce moment là. A peine avais-je lâché la première flèche que j’avais recommencé, toujours en reculant. J’avais réussi à tirer quatre flèches en tout : deux s’étaient fiché dans le flanc du carnivore et une autre dans une dans sa queue. La dernière avait raté sa cible. J’avais ensuite eu tout juste le temps de me jeter sur le coté, pour éviter le monstre qui me fonçait dessus en ligne droite. Dans son élan, il m’avait dépassé de plusieurs mètres avant de pouvoir s’arrêter. Durant ce laps de temps, il s’était pris deux flèches de plus dans une cuisse. Il s’était retourné et avait commencé à me tourner autour en poussant des grognements assourdissant. Pourtant, il avait hésité à s’approcher. Il n’avait jamais croisé de proie comme moi auparavant et ses instincts ne savaient pas comment réagir. Les miens, en revanche, m’avaient poussé à me concentrer au delà de mes habitudes. Lors de ce combat, il n’était resté que lui. Le monde entier avait disparu, il ne restait alors que lui et moi. Au moindre de ses mouvements, je tirais une flèche pour interrompre son attaque. Toutefois, cette concentration excessive avait eu pour effet de me vider de mes forces rapidement. Je suais à grosses gouttes et mes jambes tremblaient.

Le combat avait déjà duré plusieurs longues minutes. Il avait fait un nouveau mouvement et j’avais voulu prendre une flèche pour empêcher sa prochaine action. Mais, horreur, j’avais épuisé mon stock de flèches, celles qui restaient, je les avais écrasé en me jetant au sol lors du premier assaut de mon opposant. Il ne me restait plus que des armes de corps-à-corps et mes trois lances. Pourtant, je ne me sentais pas du tout l’envie de l’approcher. Pour preuve, au cours de l’affrontement, j’étais parvenu à mettre une distance de presque dix mètres supplémentaires entre moi et le dinosaure. Voyant que je n’avais pas empêché son action, celui-ci se précipita sur moi. Je n’avais donc pas eu le choix : lâchant l’arc désormais inutile, je pris la première lance et attendis le dernier moment pour sauter sur le coté et la lui jeter. Elle s’était fiché profondément dans son flanc, du même coté que les flèches. Le dinosaure avait pivoté son cou et retirer l’arme avec ses dents, avant de la broyer dans sa mâchoire. Je ne m’étais pas senti rassuré en m’imaginant à la place du pauvre morceau de bois. Prenant une seconde lance, j’avais attendu le nouvel assaut en reculant aussi silencieusement que possible. Lorsqu’il était arrivé, j’avais eu moins de chance qu’auparavant. Ma lance avait raté sa cible car le monstre avait brusquement pilé et tourné sur lui-même. Sa queue m’avait percutée et projetée plusieurs mètres plus loin, me coupant le souffle. Il s’était ensuite jeté sur moi avant d’avoir eu le temps de me relever.

J’avais donc pris ma dernière lance et attendu le moment où sa mâchoire allait s’abattre sur moi pour la placer parfaitement verticalement, un bout collé contre le sol, tel un pilier. Le dinosaure s’était ainsi empalé de toute ses force contre ma lance qui s’était enfoncé dans son cou d’un coté, et dans le sol de l’autre. J’avais tenté de toutes mes forces de soulever la lance qui continuait de s’enfoncer, car ce monstre n’avait pas voulu s’arrêter dans son élan et tentait toujours de me dévorer. Ses pattes avant me lacérèrent mon bras droit à plusieurs endroits. J’avais poussé un hurlement de douleur. Finalement ses mâchoires s’étaient approchées à moins d’une dizaine de centimètres de moi quand, avec l’énergie du désespoir, j’avais pris un de mes couteaux de pierres d’une poche et l’avait enfoncé profondément dans son œil. Il avait hurlé à son tour et avait reculé violemment, brisant la lance toujours enfoncé dans son cou. Je m’étais relevé, haletant, en tentant de trouver une échappatoire.

A présent, l’adrénaline parcourait mon corps, sensation grisante dans d’autres circonstances. Le monstre continuait de s’agiter en hurlant. En titubant, je tentais de retourner chercher la dernière lance, celle qui l’avait loupé. Il s’agissait de ma dernière chance. Si je loupais mon coup, j’y resterais. J’observais rapidement ma blessure au bras : elle n’était pas belle à voir, mais cela ne saignait pas trop, et on ne voyait pas l’os. J’arrivais enfin à l’endroit où la lance était tombé, et je savais alors que c’était terminé. La lance s’était brisé contre un rocher. Je n’avais plus aucun moyen d’empêcher ce dinosaure d’approcher. Celui-ci hurlait toujours, mais avait décidé d’en finir. Il se précipita sur moi. Les secondes ralentirent, du moins il me semblait. Je voyais parfaitement la masse énorme en mouvement, ainsi que tous les détails du paysage. Ma concentration s’était brisée. Je voyais tout ce qui m’entourait, et je profitai une dernière fois de la beauté du monde. Le carnivore s’approchait toujours de moi, arriva à ma hauteur… et s’effondra ? Je le regardais, sans comprendre ce qu’il se passait. Il respirait difficilement. Je voyais un bout de la lance, toujours fiché dans son cou et compris enfin : il se noyait dans son sang. Son corps était parcouru de spasmes d’une violence rare. Le spectacle était si irréaliste que j’en ris aux éclats. J’avais abattu en combat singulier un dinosaure deux fois plus grand que moi et quatre fois plus gros ! Mais mon bonheur s’évanouit rapidement. La bête agonisait. Peu importe qu’elle avait voulu me dévorer, il fallait que j’abrège ses souffrances. Je pris mon dernier couteau, m’approcha doucement de mon ennemi et fracassa son crâne. Il me fallu plus de dix coups, mais finalement, dans un ultime spasme, le dinosaure s’immobilisa. Je m’effondrai ensuite contre lui, épuisé. Je déchirai la manche droite de ma veste et banda du mieux que je pu mon bras blessé. Je ne voulais plus qu’une chose, dormir. Pourtant, je n’étais pas à l’abri ici. Je pris donc mon trophée, une dent de mon adversaire et pris le chemin du retour. Je ne devrais pas avoir d’ennuis. Avec une telle masse de chair à manger, les autres prédateurs se jetteront dessus plutôt que de se contenter de moi.

Enfin arrivé dans mon abri, je m’installai rapidement. Je jetai la dent parmi la vingtaine d’autres, puis m’allongea sur ma couche et m’endormit. A mon réveil c’était la nuit, il s’était donc écoulé au minimum douze heures. Je pris différentes herbes que j’avais récolté durant mon séjour et les écrasai ensemble, produisant un emplâtre. Ensuite, je partis nettoyer mon bras blessé dans une des flaques d’eau de la grotte et revint pour appliquer mon mélange sur les blessures. Heureusement que j’avais pensé à lire le chapitre sur les blessures dans l’option Survie de mon manipulateur de vortex. Pendant que les plantes agissaient, j’entrepris de nettoyer le tissu déchiré qui me servait de bandage, avant de la laisser sécher. Au bout de deux heures, je retirai finalement l’emplâtre et remis le bandage. Le saignement s’était pratiquement arrêté, c’était bon signe. Mais les conditions sanitaires risquaient de déclencher une infection. Je n’y pouvais rien, alors j’évitais d’y penser. Je repensai alors à la dent que j’avais obtenue aujourd’hui. Contrairement aux autres, petites et fragiles, celle- était grande, résistante et tranchante. Je pourrais aller chercher les autres pour m’en faire des armes. Et j’espérais également qu’il resterait un peu de viande sur la carcasse, mais sans trop y croire. J’avais pensé à en prendre un bout, mais cela ne tiendra que deux jours, au maximum. Malheureusement, j’étais trop faible pour reprendre la chasse tout de suite. Alors je me contentai de retourner dormir.

Durant deux longues journées, je suis resté abrité, ne sortant que lorsqu’il n’y avait aucun danger pour récolter les plantes nécessaires à mon emplâtre. Puis, à mon réveil, le troisième jour, l’espoir tant attendu se manifesta. Au début, je ne compris pas tout de suite. Mon manipulateur de vortex s’était mis à biper sans aucune raison. Il me fallut quelques secondes pour interpréter ce que j’avais sous les yeux. Ce signal indiquait qu’une nouvelle application de l’appareil venait d’être réparée. Exaspéré, j’ai rapide jeté un rapide coup d’œil et me figeai en lisant le compte rendu :


Application Voyage temporel opérationnel : 100%
Capacité de déplacement dans le temps : 2000 ans dans le passé ; Indéterminé dans le futur
Possibilité d’activation Voyage temporel : Immédiat
Nombre d’utilisations disponible avant recharge : 1
Ressources utilisables disponibles pour rechargement : 0



Enfin ! Le manipulateur avait enfin réparé l’option Voyage temporel. Mes soucis allaient enfin se terminer. J’allais l’enclencher immédiatement, mais je me ravisais. Autant profiter de ces derniers moments pour aller récupérer quelques autres dents de mon dernier ennemi. J’emballai rapidement mes plantes médicinales et mes trophées dans une peau d’un dinosaure que j’avais dépecé un mois plus tôt. Je vérifiais que je ne laissai aucune trace permettant d’identifier la présence d’un humain à cette époque, puis partit vers le lieu de l’affrontement. Je récupérai au passage le bâton le plus solide que je pus trouver, histoire de ne pas être totalement démuni face à un éventuel danger. Mais il s’agissait seulement d’une mesure de prudence. Les prédateurs de la région étaient pour la plupart plus petits que moi et j’en avais déjà étranglé plusieurs à mains nues. Mais comme cette fois-ci je n’étais pas sûr de pouvoir compter sur mon bras droit, il valait mieux être prudent.

Arrivé à destination, je découvris sans étonnement un squelette parfaitement rongé, là ou s’était trouvé l’Elaphrosaurus – j’avais été cherché son nom dans l’encyclopédie du Temps pendant ma convalescence – bien qu’il restât, éparpillé sur le sol, de nombreux lambeaux de chair. Cela n’avait pas intéressé les plus gros prédateurs, mais les petits charognards, eux, étaient ravis. Ils étaient tellement absorbés par leur repas qu’ils ne faisaient pas attention à moi tant que ne m’approchais pas trop près de leur nourriture. Je remarquai également une ombre qui se déplaçait sur le sol. En levant les yeux je vis une sorte de grand oiseau. Non, pas un oiseau, un dinosaure ! En cherchant dans l’encyclopédie du Temps, j’appris qu’il s’agissait d’un ptérodactyle. Apparemment, il ne s’attaquait qu’au petites bêtes, j’étais donc trop gros pour l’intéresser. Je gardais toutefois une œil prudent sur son ombre.

Arrivé au squelette, je vis mon œuvre. Le crâne avait littéralement explosé. Maintenant débarrassé de sa chair et du sang, je pouvais voir que j’avais vraiment tapé comme si ma vie en dépendait, ce qui n’était plus le cas, à ce moment là. Je prélevais une première dent quand j’entendis un piaillement derrière moi. Le ptérodactyle venait de faire un plongeon et d’attraper un charognard, qu’il avala rapidement avant de reprendre sa ronde au dessus du squelette. J’eus le temps d’en prélever deux autres avant qu’il recommence. Finalement, j’en pris une dernière et m’éloignai du squelette quand il fit un autre plongeon. Sauf que cette fois-ci, il fonçait droit sur moi. Je compris rapidement pourquoi, il s’intéressait à mon sac fait en peau de dinosaure et qui pouvait ressembler de loin à un œuf. Je le frappai avec le bâton en esquivant son plongeon, mais me rendit compte qu’il allait revenir à la charge. Aussitôt, je décidai d’activer le Voyage temporel. Mais naïf que j’étais, je n’avais pas regardé quelles manipulations je devais effectuer. J’entrais rapidement les coordonnées indiquées pour la destination que je souhaitais. Le ptérodactyle fonça une fois de plus sur moi. J’enclenchai le manipulateur de vortex au moment où il allait me percuter et fut aspirer dans le familier vortex du temps…

Tout était exactement comme je m’en souvenais, les couleurs aux nuances inconnues, les sensations absentes. Un vague plaisir me submergea, j’allais enfin rentrer chez moi. Puis les couleurs du temps disparurent et mes sensations revinrent. Je fus éjecté, atterrissant lourdement plus loin. Je cherchais du regard la cause de ma mise au sol mais n’eus pas de mal à trouver. J’entendis un bruit sourd au dessus de moi. Le ptérodactyle m’avait suivi à travers le temps en me touchant au moment de mon transfert. Et il venait de percuter le plafond de l’endroit ou nous étions désormais. En y regardant de plus près, je me rendis compte que nous étions dans un hangar. J’eus un petit sourire, j’étais de retour à mon époque. Mais je n’eus pas le loisir de me réjouir bien longtemps. Le ptérodactyle, volant tant bien que mal, me fonçait dessus une nouvelle fois. Je m’enfuis au plus vite vers la sortie la plus proche. Manque de chance, la porte était fermée. Coup de chance, la porte céda facilement quand je l’enfonçai. Je refermai la porte sans encombre derrière moi et poussa un soupir de soulagement. Le ptérodactyle s’agitait à l’intérieur, mais il ne pouvait plus sortir. De plus, il ne se nourrissait que de petits animaux. Si un humain entrait à l’intérieur, il aurait la peur de sa vie, mais ne risquait pas grand-chose. Et un ptérodactyle, cela pouvait faire un bon dératiseur. Toutefois, par précaution et par flegme, je décidai de ne pas m’éloigner de l’entrepôt dans l’immédiat. Cela me permit de voir l’arrivée de deux hommes, dont l’un habillé d’un grand manteau style militaire comme on en voit parfois dans certains documentaires, quelques heures plus tard. Les revoyant sortir peu après, j’en déduisis que cela s’était bien passé et m’en allai. Un journal traînait sur un banc, un peu plus loin et je le pris. La date me laissa des sueurs froides. J’étais à Cardiff – c’était son quotidien – mais la date n’était pas la bonne. J'avais été aspiré dans la faille spatio-temporelle en 2010, mais, selon le journal, nous étions en 2005. Autrement dit, j'avais été aspiré dans cinq ans. Cela n'allait pas, si je laissais les cinq années s'écouler, comment pourrais-je expliquer mon soudain vieillissement ? Non, il fallait que je trouve une solution pour retourner encore cinq ans dans le futur...

Citation:
Je n’en croyais pas mes yeux. Cela ne pouvait être vrai. Pas maintenant, alors que j’étais si près du but. Et pourtant, le journal était formel, j’étais arrivé trop tôt de cinq années. Mon corps s’était mis à trembler et mes mains, crispées sur le journal, l’avaient froissé. Quelle ironie, j’étais si proche de ma famille, mais elle restait pourtant tellement inaccessible. Je ne versais pas de larmes, je ne savais plus comment faire. J’avais perdu cette capacité au cours de mon séjour chez les dinosaures. Je me sentais juste vide, dénué de toute sensation. Pendant un instant, je crus que j’étais retourné dans le vortex du temps. Mais en levant la tête, je me rendis compte que ce n’était pas le cas. Il n’y avait plus non plus la moindre émotion dans mon esprit. Pas de colère, pas de désespoir ou de tristesse, juste le néant, à peine troublé par de vagues pensées éparses. Je sombrais dans un abîme sans fond. Il ne me restait aucune force. Je n’étais plus qu’une coquille vide. Ma famille, si je pouvais seulement la revoir, cela m’aurait suffi à me redonner courage. C’est alors que je compris que c’était possible, mon oncle habitait Cardiff. Il suffisait que je l’observe de loin pour me redonner la contenance qui me manquait actuellement. Je pourrais alors chercher un peu plus sereinement à retourner à la bonne époque. Je couru chez mon oncle, non, j’y volai. Mon souffle ne s’emballa presque pas durant toute la course et mon cœur n’avait pas accéléré la cadence, mais je n’y prêtais pas attention.

Arrivé à destination, je m’approchai discrètement et observai par la fenêtre. Il y avait du monde à l’intérieur. Il s’agissait d’un homme, d’une femme et d’un enfant. Je ne les connaissais pas. Mon oncle ne semblait pas être à l’intérieur. Était-ce des cambrioleurs ? Non, ils n’auraient pas emmené d’enfant. Me serai-je trompé de maison ? Non, j’avais vérifié. J’étais bien chez mon oncle. Mais dans ce cas, pourquoi il n’était pas là et qui étaient ces gens ? La froide et cruelle vérité me frappa alors. Cinq ans dans le passé ! Mais mon oncle n’était arrivé à Cardiff que trois ans plus tôt, soit dans un futur de deux ans. Cette fois-ci, je m’effondrai contre le mur de la maison. Mon unique espoir de reprendre courage venait de s’effacer. Le soleil déclinait quand je me décidai à me relever. Alors, je courus aussi vite que me le permirent mes jambes, essayant de fuir la terrible vérité que je venais de découvrir. Je continuai de courir, alors que j’avais quitté Cardiff, je continuai à courir, alors que j’avais quitté le Pays de Galle et traversé l’Angleterre. Je ne finis par m’arrêter qu’au bout dune très longue semaine lorsque, épuisé et affamé, j’estimai avoir mis suffisamment de distance entre moi et ma hantise. Je cherchai rapidement dans quelle ville j’avais finalement décidé d’échapper à mon destin.
Je finis par trouver : il s’agissait de Kelso. Je me trouvais donc en Écosse. Je n’eus même pas un sourire en imaginant la distance parcourue en si peu de temps. Il me fallait penser à autre chose à présent, trouver une échappatoire pour ne pas me disperser au vent. Il ne me fallut pas longtemps pour trouver une idée. Le Loch Ness ! Il était grand temps que quelqu’un sache une fois pour toutes s’il s’agissait d’un mythe ou de la réalité. J’avisai alors le regard de plusieurs passants, qui me fixaient avec désapprobation. Je m’observai alors à mon tour. Je fus tellement surpris que j’en étais presque amusé. Après tout, je n’avais pas changé une seule fois de tenue depuis mon « kidnapping » de Cardiff, une éternité plus tôt. N’importe qui me voyant me prendrait pour un vagabond, ou à un voyageur pour les plus indulgents. Je pensais avec ironie que dernièrement, ces deux termes pouvaient me convenir. La seule fois où mes vêtements avaient été à peu près lavés remontait à six semaines plus tôt, quand j’étais tombé presque par hasard dans une rivière. J’en avais alors profité pour me nettoyer, mais depuis, je n’avais pas éprouvé le besoin de recommencer. Et c’était toujours le cas. Je ne désirais que deux choses à l’heure actuelle : manger et dormir. Mais manger sans argent allait se révéler difficile. Un flash-back, datant de mon séjour à l’Agence du Temps, me sortit de mes réflexions. Finalement, cela serait plus simple que je ne l’avais crus…
Il faisait nuit. La rue était calme. Ma cible était en face de moi, de l’autre coté de la rue : la banque. Personne en vue, j’en profitai. Je traversai la rue, me collai contre le mur de ma tirelire géante et m’approchai lentement du distributeur. Toutefois, pas question de me placer directement devant. Je n’en étais pas certain, mais s’il y avait une caméra de surveillance, autant ne pas prendre le risque de me faire remarquer. A l’aide de mon manipulateur de vortex, je m’introduisis dans la base de données du distributeur de billets. En quelques secondes, je fis disjoncter les systèmes de sécurités et fis cracher à mon porte-monnaie blindé une somme relativement coquette. En tendant discrètement le bras, je pris mon due et reparti. Je n’eus pas de mal à trouver une épicerie nocturne, mais un peu plus à me faire accepter comme client. Après plusieurs minutes de débats, il accepta de m’apporter ce que je désirai à la condition que je ne mette pas un pied à l’intérieur du magasin. Comme il m’agaçait, je décidai d’en faire autant en lui demandant un sac à dos. Il n’y en avait probablement pas, mais je voulais le voir se renfrogner, ce qui ne loupa pas. Toutefois, je fus légèrement surpris en voyant qu’il était bien présent avec le reste de mes achats. Il était un peu vieux et usé – il devait appartenir au vieux grincheux – mais cela me convenait parfaitement. Je lui payai le prix demandé, bien qu’il soit largement supérieur à la valeur réelle. Je mis mon balluchon en peau de dinosaure à l’intérieur, avec le reste, avant de repartir. Au bout de la rue, je sortis de mon sac la nourriture fraîchement acquise, mais ressenti une pointe d’agacement. J’étais tellement habitué à prendre mon temps à traquer et à chasser que de pouvoir me nourrir si facilement me laissait un goût amer dans la bouche. Avisant une ruelle étroite, je m’y engouffrai et m’y endormi. A l’aube je me remis en route.
Dès lors et pendant trois jour, à chaque ville traversée, le schéma fut le même. Je piratai un distributeur, retirai une petite somme d’argent, et achetai de quoi manger – avec un succès plus ou moins important – avant de repartir. Je ressentais à peine le sommeil. Au début je crus que c’était à cause de mes longues veillées durant ma période préhistorique, mais, associé à de petits détails sans importance que j’avais constaté en parcourant le pays, je fus obliger de revoir mon jugement. C’était mon corps qui se comportait différemment, et je compris vite pourquoi. L’air, à la période jurassique, était moins riche en oxygène et plus en dioxyde de carbone. Je m’étais habitué à cette composition. En revenant à mon époque – à quelques années près – le retour aux proportions « habituelles » d’oxygène et de dioxyde de carbone avait déstabilisé mon organisme. Cela avait agi comme un dopant. Mon corps était vivifié comme jamais, le rendant plus fort encore qu’à l’âge préhistorique. Mais l’effet n’était que temporaire, juste le temps que mon corps se réhabitue au climat. Alors, pour ne pas gâcher cette chance, je repartis de ma course la plus rapide.

Il ne me fallut que deux jours de plus pour arriver à Fort William, et à peine une demi-heure supplémentaire pour arriver à proximité du lac. Il était vraiment magnifique. Mais je n’étais pas ici pour le tourisme. J’allais demander au manipulateur de vortex de scanner le Loch Ness, quand j’entendis un craquement, derrière moi. Il était étouffé et lointain, mais mon instinct me souffla que j’étais observé. Lentement, je me retournai, et commença le scanner, non pas du lac, mais de la vaste étendue présente devant moi. Aussitôt, un bip retentit, il y avait des présences, une vingtaine au total, dissimulées à mes yeux à moins de deux cent mètres de moi. L’avertissement était on ne peu plus clair, j’étais suivi. Depuis combien de temps, je ne savais pas et je m’en moquais prodigieusement. Sans hésiter, je partis en courant le long de la route. Mon dopage s’activa, me permettant une accélération supplémentaire. En à peine quelques minutes, le bip cessa, mais je ne m’arrêtai qu’au bout de deux heures, à proximité du célèbre Urquhart Castle, le château sur la presqu’ile du Loch Ness. Sans y réfléchir à deux fois, je m’y dirigeai. Je grimpai tout au sommet et y admirai la vue. C’était l’endroit rêvé pour scanner le lac. Je n’avais commencé que depuis une dizaine de minutes quand j’entendis un bruit, tout en bas. Des touristes, sans doute. Pourtant, je fus saisi par un léger malaise, comme si j’étais pris au piège. Les bruits de pas se rapprochaient. Je me penchai pour avoir une mesure approximative de la hauteur du mur : un peu moins de dix mètres. Cela aurait probablement été faisable, mais je voyais clairement trois personnes, en bas, qui semblaient attendre. Impossible de leur échapper après un saut pareil. Il ne me restait plus qu’à… assommer – faire autre chose de plus sanglant ne m’aurait pas déplut, mais je décidai de m’en abstenir - tous ceux qui monteront les escaliers.
Il ne me fallut pas attendre longtemps. En une quinzaine de secondes, les premiers arrivants furent sur le toit avec moi. Ils étaient tous armés. Je suppose que la dernière chose qu’ils virent avant de tomber dans l’inconscience fut une jambe les frapper violemment à la tête. Avant que le dernier ne s’écroule, je pris son arme et observai les munitions. Des fléchettes, probablement imprégnées de sédatifs. Ils me voulaient donc vivant. Je pris la totalité des armes avec moi et entrepris de descendre prudemment les escaliers. Je ne savais pas viser correctement mais cela n’avait que peu d’importance. Tant que je touchais ma cible, elle était neutralisée. Chaque arme n’avait que trois fléchettes dans le chargeur, mais abattre une cible me permettait d’obtenir une arme prête à l’emploi. Arrivé en bas du château, je me retrouvais ainsi avec des pistolets à fléchettes dans les mains, et encore six autres prêts à l’emploi dans mon sac. J’en avais neutralisé douze, il en restait donc huit. Dos contre le mur, je jetai un coup d’œil à travers l’entrée. Personne en vue, ni à droite, ni à gauche. Je sortis, lentement, avant de faire le tour du château. Je trouvai et neutralisai trois personnes de plus. L’avantage de ces armes, pour ainsi dire, était le fait qu’elles étaient parfaitement silencieuses. Personne ne pouvait savoir ce qu’il se passait, pas même moi. Un léger craquement derrière moi me fit me retourner et je pressai la détente avant même de regarder mon ennemi. La fléchette se ficha dans sa main et il s’évanouit. Toutefois, un autre s’était servi de lui comme bouclier en marchant derrière ma proie. Son coup partit en même temps que le mien et m’atteignit au bras. Sans réfléchir je retirai la fléchette avant que le sédatif ne s’infiltre totalement. Je sentis un léger engourdissement, mais rien de vraiment handicapant. Plus que deux ! Grâce à mon manipulateur de vortex, je trouvai les deux derniers de l’autre coté du château et partis les endormir. Une fois cela fait, je commençai à me relaxer. J’avais vraiment aimé la tension de ce combat, aussi ne remarquai-je que tardivement que mon engourdissement s’était amplifié. La baisse de mon taux d’adrénaline avait accéléré ses effets. Je couru donc aussi vite que possible - pour retarder l’action du sédatif – vers le seul chemin possible pour partir. Et là, je vis mon erreur. Je n’avais scanné les signes de vies qu’au château, durant ma chasse.
Devant moi, le chemin était barré par quatre véhicules blindés et plus d’une trentaine de personnes. Évidemment, ils avaient été cherchés du renfort lorsque je les avais semés. Je me sentis légèrement stupide, mais je ne pris pas le temps de me sermonner. Ils étaient tous en joue et il n’y avait aucun endroit ou se cacher. Sans m’arrêter de courir, je mon sac à dos devant moi, m’en servant comme d’un gilet par balles et pris deux armes en main. Les coups furent échangés, mais je ne fus pas le premier tireur. Plusieurs fléchettes m’égratignèrent, alors que je fis mouche à près de dix reprises. J’étais arrivé aux véhicules quand le premier coup me toucha vraiment. D’une main, j’enlevai le projectile tandis que de l’autre je fis faire un somme à mon agresseur, avant de récupérer son arme. Il ne me restait que trois fléchettes en tout, alors qu’ils étaient encore plus d’une quinzaine. Je ne pouvais même pas prendre deux secondes pour respirer et me calmer car le sédatif agissait et engourdissait de plus en plus mes sens et mes membres. C’était à tel point que je ne remarquai que j’avais été touché que lorsque, en levant mon bras droit, je vis les trois projectiles fichés dans mes bandages. Je n’eus même plus la force de tirer. Je restai ainsi, debout, alors que mon corps ne m’obéissait plus. Si mon cerveau n’avait pas été à ce point embrumé, j’aurais ris aux éclats en les voyant m’observer derrière leur barricade blindée. Ils restaient méfiants alors même que je ne pouvais plus bouger. Finalement, ce fut un coup de vent qui nous sortis de cette impasse. La brise me frôla, brisant l’équilibre qui me maintenait debout, et je m’effondrai au sol.
Les « survivants » étaient désormais partis à la recherche des leurs, que j’avais assommés avec leurs propres armes. Trois d’entre eux m’avaient attaché et restaient à m’observer, à l’affut de mes moindres mouvements. Lorsque tout le monde fut enfin présent à l’appel, ils m’embarquèrent dans l’un des véhicule, non sans me tirer une dernière petite fléchette au passage, sans doute pour faire bonne mesure, me faisant ainsi sombrer dans le sommeil.

Je ne savais pas vraiment combien de temps j’étais resté dans cet état léthargique. Toujours est-il qu’à mon réveil, j’étais ligoté sur ce qui me semblait être une table d’opération. Mes sens étaient toujours embrumés, mais suffisamment lucides pour que j’analyse l’endroit ou je me trouvais. Cela ressemblait énormément à une salle d’opération classique. Mais les appareils qui m’entouraient n’avaient rien de vraiment conventionnels. Je ne connaissais ni leur nom, ni leur utilité. Au bout de la pièce, j’entendais deux personnes parler :

- …Ne comprend rien. Toutes ses analyses sont normales. Bon physique, pas de carences ni d’allergies. Aucune défaillance ou malformation particulière. La seule chose qui m’étonne, c’est le faible rythme cardiaque, au vu de son taux d’adrénaline.
- Dans ce cas, expliquez-moi comment il est parvenu à encaisser autant de sédatif sans broncher. Ce qu’il a pris aurait suffit à assommer un éléphant en quelques secondes.

Il y eu quelques secondes de silence, puis le dialogue repris :

- Voila, j’ai trouvé déclara le premier, un peu troublé. C’est son corps qui lui a permis d’absorber le sédatif si facilement. Il est compact, vraiment très compact. Pas de graisses superflues, juste des muscles fermes, épais et souples. Associés à son taux d’adrénaline, il lui était facile de neutraliser les effets du sédatif, du moins, aussi longtemps qu’il était en mouvement.
- Comment le décrirais-tu dans ce cas ? Une espèce de surhomme ?
- Non, pas vraiment, il s’agit du fruit d’un entraînement vraiment intensif. J’ignore ce dont il peut bien s’agir, cependant. Mais il n’y a aucun doute, il est humain.
- Et pour son bras ?
- Je ne sais pas de quoi il peut s’agir, je suis désolé. D’après mes analyses, les traces de griffes devraient être celles d’un prédateur terrestre ayant la taille d’un requin adulte et le poids d’un éléphant. Je ne connais rien de tel sur Terre.
- Dans ce cas, analyse-moi ces plantes.

Nouveau silence. Lorsque les analyses furent achevées, le scientifique, déclara :

- Elles n’ont rien de particulier, quelques vertus médicinales, tout au plus.
- Dans ce cas, je t’encourage à mieux regarder ton écran. En effet, elles sont des plus communes, mais elles font parti d’une espèce éteinte depuis plusieurs milliers d’années.
- Non n’est impossible, ce doit être une erreur…
- Entre les données que tu as sur sa blessure au bras et ajoute celles de ces plantes et voyons ce que tu trouves. Et tant que tu y es, combine les résultats trouvés à l’analyse de ceci.
- Mais c’est…

Il s’interrompit et sursauta en me voyant le regarder, un sourire aux lèvres. L’autre homme, haussa légèrement un sourcil, il tenait dans sa main une de mes dents de dinosaure. Le scientifique tremblait légèrement.

- Je ne comprends pas, son rythme cardiaque est inchangé. Il devrait encore dormir.

L’homme s’approcha de moi et m’observa. Aucun doute possible, il était fasciné, mais par quoi ? Je savais qu’ils parlaient de moi juste avant, mais je n’avais pas compris ce qui les troublait autant. L’homme continuait de me regarder, quand le scientifique arriva avec ses résultats d’analyses. Ce premier les parcouru rapidement avant de hocher la tête, satisfait. Puis, il reporta son attention sur moi.

- Tu es vraiment une personne étrange…
- Et vous en êtes arrivé à cette conclusion sans même avoir pris le temps de faire connaissance ? Répliquai-je, amusé malgré les circonstances.
- Cette réplique ne fait que me conforter dans ma position, fit-il remarquer.
- Ben tiens.

L’homme sourit. Il avait plusieurs dents en or.

- Je suis curieux, c’est tout. J’aimerais que tu m’expliques comment tu en es arrivé à te battre avec un prédateur du jurassique.

J’eus un rire, léger et joyeux. Rien n’aurait pu indiquer dans ce rire que j’étais un prisonnier ligoté.

- C’est une histoire assez banale. J’ai été invité par John Hammond le jour ou son île est devenue incontrôlable.

Pas vraiment vexé par mon manque de coopération, il s’approcha encore plus près de moi. J’aurais pu l’étrangler si mes mains avaient été libres, tellement il était proche. Il avait probablement lu mes pensées à travers mon regard, car son sourire s’élargit.

- J’ai une autre théorie. Tu as voyagé dans le temps. Tu as affronté un dinosaure et tu es revenu.
- Tout à fait. C’est bien connu, il n’y a rien de tel que jouer au chat et à la souris avec un T-Rex pour bien commencer la journée.

Le scientifique toussota, derrière moi. Mon interlocuteur lui jeta un regard désapprobateur. Puis revenant à moi, il demanda :

- Comment y es-tu allé ?
- En métro.
- Comment es-tu revenu ?
- En taxi.
- Pourquoi avoir gardé des dents de dinosaures ? Tu savais parfaitement qu’elles étaient trop « fraîches » pour pouvoir avoir appartenu à un dinosaure ayant des millions d’années.
- Bien sur, je les ai achetés dans le supermarché du coin.
- Comment voyages-tu dans le temps ?
- Avec deux verres de vodka bien glacés.

Cette fois, j’entendis le scientifique sortir en courant. Mon interlocuteur soupira. Il alla chercher quelque chose derrière moi. En revenant, il tenait quelque chose ressemblant à un pistolet.

- Puisque tu es si peu coopérant, je vais devoir y aller un peu plus durement. As-tu déjà entendu parler des tazers ? Ceci en est un. Normalement, il est censé être utilisé pour t’immobiliser, mais j’ai légèrement modifié celui-ci. Chaque fois que tu refuseras de me répondre, tu t’en prendras un coup. Tu as bien compris ?
- Parfaitement. Je suis prêt à devenir une centrale électrique.

Je m’en pris un premier coup, léger. Mon corps fut parcouru d’un court spasme suivi de tremblements. L’homme me regarda, légèrement amusé.

- J’ai oublié de te dire que, pour chaque sarcasme et pour chaque ironie, tu te prendras un coup supplémentaire. Ne l’oublie pas.
- Je ne risque pas de l’oublier, c’est vous qui le tenez…

Et de deux ! Plus puissant cette fois-ci. Apparemment, il allait augmenter progressivement la puissance du tazer. A qui craquera le premier ? L’interrogatoire se poursuivit, inlassable. Les décharges électriques parcouraient mon corps, le faisant réagir violemment. Je perdis le décompte des coups que je reçu après le trentième. Les spasmes se faisaient de plus en plus violent et de la sueur perlait de tout mon corps. Chaque sursaut de mon corps était retenu par les simples cordes qui me retenaient contre la table d’opération. Mon cœur commençait à s’emballer. Ce n’était pas que j’apprécie la torture électrique, mais cela stimulait ma production d’adrénaline. Et j’appréciai ce coté de la chose. Ce fut mon compagnon de torture qui se lassa en premier. Après plusieurs heures improductives, il se décida à augmenter la puissance du pistolet au maximum. Il s’approcha de moi. Au moment où il allait porter son coup, je me débâtis brusquement. Les cordes, usées à force d’encaisser mes sursauts, se brisèrent. J’attrapai son poignet avant que l’arme ne me touche et la lui arrachai des mains. Puis je lui mis un coup de boule qui le fit voler de l’autre coté de la pièce. Enfin pour faire bonne mesure, je le tazai. Je n’étais pas rancunier, loin de là, mais il fallait bien dire, il m’avait tapé sur les nerfs, littéralement. Je sortis par l’unique porte, non sans avoir jeté un rapide coup d’œil derrière la table d’opération et remarqué le miroir – probablement sans teint – géant. Je parcouru les couloirs avec une impression de déjà-vu. Des gardes passèrent devant moi, sans faire attention à moi. J’arrivai enfin dans une pièce, qui semblait être une cuisine. Au même moment, l’alarme retentit. Dommage, je n’aurais pas le temps de m’enfuir. Tant que j’étais là, autant en profiter.

Les premiers gardes me trouvèrent au bout de deux longues heures. Ils me tirent en joue avec raideur tandis qu’ils prévenaient le reste de la base. En moins de dix minutes, l’alerte fut calmée. L’un des chefs de la base – une femme, encore – entra dans la pièce. Je lui jetai un rapide coup d’œil.

- Vous devriez vous joindre à moi. Cela me met mal à l’aise d’être le seul à manger.

Je lui jetai une pomme qu’elle attrapa au vol, avant de s’asseoir. Elle me regarda manger pendant quelques minutes, avant de commencer à parler :

- Vous êtes vraiment très étrange…
- Ah non, pas encore, gémi-je. Pourquoi, quand je croise quelqu’un, cette personne se sent-elle obligée de me dire une chose pareille ?
- Vous auriez pu tenter de vous enfuir, comme n’importe qui aurait essayé.
- Je ne suis pas n’importe qui, et je n’aurais pas essayé. J’aurais réussi. Mais il se trouve que j’avais vraiment faim après ce petit interrogatoire un peu trop remuant à mon goût.
- A ce propos, vous auriez été bien aimable de nous laisser notre médecin en chef en état. Il nous était bien utile.
- Dans ce cas, vous devriez me remercier. Comparé à maintenant, avant ce n’était pas une lumière. Littéralement.

Elle eu un léger rire, mais la tension ne se dissipa pas dans la cuisine.

- Il me semblait bien avoir entendu dire que notre invité appréciait l’humour.
- Mais je préfère de loin un bon dîner bien chaud.

Elle m’observa manger un moment avant de finalement croquer sa pomme. Elle attendit que j’eusse fini cette assiette avant de reprendre la parole :

- Pourquoi avez-vous refusé de répondre à l’interrogatoire ?
- Pourquoi m’avez-vous sédaté et emmené ici ? Répliquai-je en me resservant.
- Secret d’Etat.
- Si vous voulez une réponse à mes questions, répondez aux miennes et rendez-moi mes affaires, j’y tiens beaucoup.

La conversation s’interrompit à nouveau. Le silence qui suivit ne fut troublé que par les bruits de raclements dans mon assiette. Finalement, la femme soupira et donna l’ordre d’aller chercher mes affaires, sans exception. Après une dizaine de minutes d’attente, mes biens me furent rendus. Je hochai la tête.

- Je répondrai à une seule question. Si vous voulez une réponse aux autres, il va vous falloir répondre aux miennes.
- Comment avez-vous voyagé dans le temps ?

Je lui jetai un regard amusé.

- Encore cette histoire… Bon, j’ai promis de parler. C’est une longue histoire, alors je vais faire court. De deux façons.

Elle me jeta un regard noir, mais hocha la tête, vaincue. Je réfléchis longuement à la question idéale, afin de ne pas me faire avoir comme elle.

- Qui est le propriétaire de cette base ?
- Pourquoi pensez-vous qu’il s’agit d’une base ?
- Secret d’Etat et gardes à l’intérieur… Cela me semble la base d’une base, maintenant répondez ou je compte cette question dans l’échange.
- Il s’agit de la Base Torchwood 2, Glasgow. Propriété de l’institut Torchwood. Quelles façons ?
- A travers une faille spatio-temporelle, et avec ceci – montrant le manipulateur de vortex, qu’on m’avait rendu et que j’avais une fois de plus attaché à mon bras gauche. Aussitôt, toutes les armes furent braquées sur le bracelet -.
- Mais il ne fonctionne pas, nous l’avons scanné.
- Il fonctionne, mais pas pour vous, c’est tout. Je suppose que l’institut Torchwood est une société secrète. Quel est son rôle ?
- Rechercher des technologies extra-terrestres, afin de s’en servir pour défendre la Terre en cas d’invasion. Pourquoi ne fonctionne-t-il pas pour nous ?
- Il est isomorphique, il n’y a que moi qui puisse m’en servir.

La femme hocha la tête. Elle devait s’attendre à ce que j’use ma prochaine question pour demander des informations sur les aliens. Aussi, pour l’énerver un peu plus, je demandai :

- Combien Torchwood possède de bases à travers le monde ?
- Une seule, celle-ci.

Un bip strident retentit. J’observai mon manipulateur de vortex tandis que tout le monde avait sursauté. En relevant la tête, je vis la femme pâlir. Je savais que quand je m’énervais, je devenais sauvage, mais j’ignorais que c’était à ce point visible.

- Vous avez mentis.
- Pourquoi dites-vous cela ?
- C’est une question ?

Le silence s’installa. La femme sentait qu’elle perdait le contrôle de la conversation, à supposer qu’elle l’a jamais posséder. Finalement elle soupira :

- Torchwood possède une base dans chaque pays sous domination britannique en 1879 et après. Le Royaume-Uni abrite également les quatre bases originales. A quoi sert précisément ce bracelet ?
- Il se nomme manipulateur de vortex. Il possède de nombreuses applications très variées : voyager dans le temps, traduction multilingues, survivre en pleine nature, encyclopédie, détecteur de mensonges et d’autres encore, mais je n’en connais que quelques unes. Pourquoi 1879 ?
- Date de création de Torchwood. Comment l’avez-vous obtenu ?
- Suite à mon premier voyage temporel. Les bases ne sont pas installées au hasard. Quels critères les lieux qui les abritent doivent-ils remplir ?
- Ils sont tous basé sur une faille spatio-temporelle. Quelle époque ?
- LIème siècle. J’ai été aspiré dans une faille spatio-temporelle et j’ai été propulsé là-bas. Ce qui me fait penser que Cardiff doit également abriter une de ces failles. Comment me suiviez-vous ?
- Ton corps est imprégné d’un résidu d’énergie qui ne se trouve pas sur Terre. On te suivait en traçant cette énergie. Raconte-moi ton histoire.

Ce que je fis dans les grandes lignes. Elle écouta attentivement, fronçant des sourcils par moments. Ce fut à mon tour de poser une question :

- Que sait précisément Torchwood de ces failles ?
- Pas grand-chose malheureusement. Nous nous contentons d’empêcher les interactions de la faille avec le quotidien des citoyens. Pourquoi n’es-tu pas retourner dans ton époque, si tu peux voyager dans le temps ?
- Mon manipulateur ne parvient pas à trouver l’énergie adapté à un voyage temporel. Dernière question : Puis-je intégrer l’institut Torchwood ?

Silence stupéfait. J’étais fier de moi, comme toujours. La femme resta interdite quelques secondes. Puis elle demanda :

- Puis-je poser toutes les questions que je désire ?
- Oui.
- Pourquoi vouloir intégrer Torchwood ?
- Une faille m’a transportée dans le temps. Il est donc logique qu’elle puisse contenir l’énergie nécessaire à mon retour dans mon époque.
- D’autres raisons ?
- J’ai vu le passé et le futur. Je suis le seul capable de voyager dans le temps de mon plein gré. Lorsque je serais capable de recharger mon bracelet et de voyager à ma guise, ce sera un plus pour Torchwood. Mais mon unique intérêt réside dans l’étude des failles.
- Et dans quelle ville voudrais-tu être transféré ? Cardiff ?
- Non.
- Pourquoi ?
- J’y séjournerai à intervalle irrégulier dans deux ans. Je ne peux pas prendre le risque de me croiser tant que je n’aurais été dans la bonne époque.
- Ou alors ici ?
- Sans vouloir vous vexer, c’est un peu loin et je doute que le médecin en chef m’apprécie toujours après son illumination. Non, je pensais plutôt à l’Irlande du Nord.
- Pourquoi crois-tu qu’il y a une base là-bas ?
- Il y a quatre bases au Royaume-Uni. Or il se trouve qu’il est justement composé de quatre pays. Pas besoin d’être devin pour comprendre.
- Très bien, je vais voir ce que je peux faire. – puis observant les gardes toujours immobiles – L’alerte est terminée, que tout le monde retourne à son poste. Cet homme est libre de circuler où il désire, excepté dans les zone de sécurité 3 ou plus et de sortir de la base.

J’acquiesçais doucement. La situation s’était plutôt bien améliorée. Je devais vraiment remercier mon instinct pour ce coup. Et pour fêter ça, je suivis mon instinct et me servis une autre assiette…

Second arc: Torchwood Belfast !

Citation:

Cela faisait un an à présent que je travaillais pour Torchwood 4 : Belfast. Il n’y avait qu’une trentaine de membres dans cet institut, contre plus de 100 à Glasgow et 300 à Londres. Apparemment, au Royaume-Uni, le seul institut plus petit que celui de Belfast était celui de Cardiff. Ironie suprême de la chose : c’était par le manque d’effectif de Torchwood 3 dans mon époque que je me retrouvais à Torchwood 4 dans le passé. Je ne parvenais toujours pas à savoir si j’en voulais à l’institut de Cardiff, ou non. D’après ce que l’on m’avait dit, à l’aube du XXIème siècle, le chef de l’époque avait assassiné tous les membres de son équipe, excepté le plus vieux membre, avant de se suicider. Je n’avais pas eu de détails, mais le nouveau chef avait décidé de couper les liens avec les autres instituts, estimant peut-être que c’était leur faute. A cause de cela, je ne parvenais pas à me faire une opinion tranchée. Toujours était-il que j’avais commencé à me faire à cette vie. Je me souviens de mon premier jour. Les présentations avaient été rapides. Je m’étais présenté à mon tour. Au vu de mon statut social, plutôt complexe, on m’avait conçu une fiche personnalisée :

Nom : Marcus Flint
Alias : Le Vagabond
Job : Voyageur de failles
Institut : Torchwood Belfast

Glasgow avait demandé à Belfast de créer un programme spécial destiné à l’analyse en profondeur des failles. Pour cela, Torchwood 2 leur envoyait un expert du sujet, à savoir moi. Belfast avait accepté la proposition et avait été ravi de m’accueillir. Toutefois, ils furent surpris par mon apparence à mon arrivée. Il était important de préciser que je n’avais toujours pas pris de douche, ni changé de vêtements. J’avais tout du parfait vagabond, d’où mon alias. Il avait fallut près de dix mois pour mettre en place ce programme, m’aménager un laboratoire, et recruter des volontaires pour m’aider à analyser la faille. Pendant ces dix mois, j’avais été peu présent, prétextant l’analyse de microfailles à travers le pays, expliquant ma présence en Irlande du Nord. En réalité, j’avais surtout profité du reste de temps de dopage naturel que j’avais acquis lors de mon séjour chez les dinosaures. Tout de fois, et je n’y avais pas pensé sur le coup, en profitant de ce dopage, j’avais commencé à repoussé mes propres limites physiques, si bien que quand le dopage se fut totalement dissipé, mes capacités physiques n’en furent pas diminuées. Lors de ces dix mois, je n’étais revenu que cinq ou si fois à Belfast. J’avais eu l’occasion de croiser les quelques rares membres absents à mon arrivée. Certains m’étaient sympathiques, d’autres beaucoup moins.

Lorsque le projet fut finalement achevé, j’avais mon laboratoire, mon superordinateur, pour analyser 24/24 la faille, et six volontaires. Nous étions donc sept sur le projet. Je les avais briefé sur ce qui allait se passer et tous avaient accepté de suivre l’unique règle de mon service : En mission, ne jamais revenir sur un ordre direct. Le terme mission incluait toute intervention de groupe programmé depuis mon laboratoire, ainsi que ce dernier. Partout ailleurs, ils étaient libres de leur choix. Aussi, lorsqu’ils avaient accepté la règle, je leur avais donné leur première mission : préparer un unique bagage, afin de tester leurs performances en pleine nature, coupé du monde. Je leur avais donné deux jours, afin de prévenir leur entourage et l’institut. Tous avaient déjà subi un entraînement en vue de leur intégration à Torchwood, sauf les scientifiques. Mes nouveaux membres avaient vu à l’œuvre mes capacités à mon arrivé, lors de mon propre examen. Ils s’étaient donc attendus au pire, à juste titre. A l’heure dite, ils avaient été présents. J’avais vérifié leur matériel, afin de m’assurer qu’il n’y avait pas eu de malentendu. Dans l’ensemble, j’avais été satisfait.
Une fois hors de l’institut, je leur avais demandé une dernière fois s’ils voulaient vraiment venir. Une fois la mission commencée, interdiction de s’arrêter avant qu’elle soit commencée. Tous avaient accepté, une fois de plus. Je les avaient donc conduits à leur terrain entraînement – en courant, naturellement, sur une trentaine de kilomètres - que j’avais plus ou moins préparé au cours de l’année. Là, ils en avaient bavés pendant deux mois. Outre le tir, je les avais entraînés à la lutte, au désarmement, à la survie… Voyant leurs efforts au cours des deux mois, je les avais laissé se débrouiller la plupart du temps, n’intervenant que pour m’assurer qu’ils ne se blessassent pas. De mon coté je avais continué à entraider, un peu plus sur le tir, et un peu moins sur le physique, jusqu’à ce mon niveau fusse plus que convenable. Ce fut épuisés, mais heureux d’avoir finis l’entrainement, que mes recrues rentrèrent. Ils s’installèrent où ils le pouvaient avant de s’endormir profondément. De mon coté, le sommeil ne semblait pas vouloir se manifester. Aussi en profitai-je pour faire un peu plus connaissance avec mon nouveau matériel. Ecoutant le léger vrombissement du superordinateur, allumé en permanence, je fis le tour du laboratoire. Au centre, il y avait le « gouffre », protégé par une grille blindée, où se situait le cœur de la faille.
Tout autour, la place était dégagée, il s’agissait de l’espace de lancement. Le superordinateur, installé de profil, permettait à celui qui s’en servait d’observer à la fois l’entrée et la faille, de façon à ne jamais être pris par surprise. Plusieurs autres ordinateurs étaient également présent dans la salle, pour se connecter au réseau Torchwood, analyser des données de moindre importance, écrire les rapports de missions et pour accéder aux cessions personnelles des membres de mon service. Il y avait également différents appareils de mesures, des placards et deux salles isolées. La première était mon bureau, la seconde était la morgue. Le superordinateur était en libre service, sous condition de ne s’en servir que pour vérifier/analyser/tester des données directement liées à la faille. Dans mon bureau, il y avait un placard et une penderie, contenant plusieurs tenues présentables. Il semblait qu’il me faudrait parfois me montrer propre sur moi, surtout lorsque j’aurai des services à demander. Sur mon ordinateur, j’ouvris rapidement mes dossiers personnels et fis une recherche sur ma famille. J’eus accès directement à la webcam de chaque ordinateur présent dans la maison, filmant tout, même si l’ordinateur était éteint Je vis mes parents avec mon frère et ma sœur, jouer dans le salon. Je jonglais entre les enregistrements pour essayer de voir ou mon moi passé se trouvais. Finalement, la porte d’entrée s’ouvrit et je me vis entrer, jeune et insouciant. Le désir de lui faire éviter ce qui m’était arrivé était fort, mais je ne devais pas intervenir, car sinon mon existence disparaîtra. Alors, pendant plusieurs minutes, je regardai ma famille mener une vie joyeuse, ignorant mon existence actuelle et une pointe de regret et d’envie m’envahie.

Des bruits de pas me firent lever la tête. Le chef de cet institut, le capitaine Pember Flane, entra dans le bureau. Il regarda rapidement l’aménagement avant de hocher la tête.

- Qu’en pensez-vous, cela suffira-t-il à vos recherches ?
- Je pense que oui, mais difficile d’en être certain sans commencer les travaux.
- J’ai vu les membres de votre service dans le couloir.
- Ils sont fatigués.
- Je veux bien le croire. Ce que j’ai du mal à concevoir, c’est que vous, vous soyez toujours debout. Votre propre entrainement était bien plus difficile que le leur.
- Question d’habitude, simplement. J’ai cherché des failles pendant plusieurs années. J’ai parcouru le monde, escaladé des falaises et gravis les plus hautes montagnes du monde pour les trouver et les comprendre.

Gros mensonge, mais je me devais d’être convainquant, sinon commencer expliquer mon apparence très peu orthodoxe, même propre. Le capitaine hocha la tête.

- Je suis peut-être un peu trop curieux, mais en quoi avoir de l’entrainement aux armes et à la lutte leur sera utile pour comprendre les failles.
- C’est assez simple, en réalité. Les failles ne sont pas inoffensives. Si on se fait aspirer d’en l’une d’elles, il nous faut être en mesure de pouvoir nous défendre, le temps de trouver comment revenir.
- Cela vous est-il déjà arrivé ?

Aïe ! Pente savonneuse. Il me fallait rester prudent sur le sujet.

- Oui une fois, il y a quelques années. J’en garde un souvenir assez douloureux. Il s’en était fallu de peu que je ne puisse revenir. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai été choisi pour superviser ce projet. Je suis le seul qui soit revenu sain d’esprit.

Je montrai mon bras droit, guéris depuis longtemps, mais qui avait malgré tout conservé la cicatrice de l’incident face à un dinosaure affamé. La capitaine observa la cicatrice quelques secondes, puis eut un très léger frisson. De mon coté je regardai le « gouffre ». Surprenant mon regard Pember demanda :
- Vous n’avez quand même pas l’intention de la retraverser, n’est-ce pas ?
- Mon travail, répliquai-je, c’est de comprendre les failles et de trouver un moyen de nous en servir. Si pour cela je dois les traverser, alors soit. Mon équipe est déjà au courant, capitaine. Ils connaissent les risques, et ils se sont tous portés volontaires.
- Au risque de vous faire tuer ?
- Au risque de disparaître du temps lui-même.

Il m’observa, essayant d’interpréter ce que je venais de dire. Puis comprenant, il eu un mouvement de recul. En manipulant les failles, on pouvant arriver dans le passé, le futur ou à un autre point de l’univers. Mais on pouvait également être simplement converti en source d’énergie alimentant la faille, du moins en théorie. Si c’était le prix à payer pour vouloir rentrer chez moi, alors qu’il en soit ainsi. Mais je ne laisserai jamais le destin dicter mes actes. Le capitaine sorti de mon bureau et avant de quitter le laboratoire, il me lança :

- N’oubliez pas de nous tenir informer de vos progrès, Vagabond.

Je souris légèrement tandis que le bruit de pas s’éloigna. Le tenir informer ne serait pas un problème. Toutefois, j’aurais un peu plus de mal à avoir les fameuses informations. De retour dans le laboratoire, je me connectai sur le superordinateur et observai les analyses déjà effectuées. La faille semblait stable, pour le moment : pas de pointe d’énergie, pas d’échanges quelconques entre deux trames du temps ou de l’espace. Tout allait bien. Je pensai aux six membres de mon équipe. Il y avait quatre hommes et deux femmes. Ils étaient compétents, je pense que je pourrais leur laisser le laboratoire, si je parvenais à retourner chez moi. Stark, un petit brun, était le plus habile de l’équipe. John plus grand et blond, était très endurant. Nadya, la rousse du groupe était la plus rapide du groupe, moi-mis à part, et la meilleure tireuse. Ludovic, l’inventeur, nous servait de mécanicien. Silvia, la plus petite du groupe était polyvalente. Enfin Alond, le plus vieux de l’équipe était un ancien hacker, aucun programme ne lui résistait. Une équipe des plus hétérogènes, mais parfaitement équilibrée. Soudainement, la faille fut en activité. Un pic d’énergie, de faible envergure apparut à l’écran. Pas vraiment impressionnant, mais l’analyse était formelle. Quelque chose avait traversé la faille. J’allais appeler l’équipe, mais me ravisai. Ils méritaient du repos. Pour ma part, je n’avais rien de bien utile à faire. Aussi je me préparai à entrer en contact avec l’inconnu. Je pris un détecteur d’énergie dans le laboratoire, deux pistolets dans l’armurerie de la base, ainsi que plusieurs chargeurs. Je vérifiai le cran de sureté et allai partir quand :

- Vous sortez boire un verre ?

Le capitaine ! J’avais oublié qu’il était encore présent. Je me tournai vers lui et l’observa quelques secondes. Il ferait parfaitement l’affaire.

- Non, pas du tout. Mais si vous en avez le temps, je vais avoir besoin de vous.
- Un problème dans la base ?
- Non dans la ville. Quelque chose a traversé la faille.
- Vous avez une équipe pour ce genre de chose. Réveillez-les et faîtes votre travail.
- Impossible. Je les ai entrainés. Maintenant qu’ils dorment, vous ne pourrez pas les réveiller avant l’aube.

Le capitaine réfléchit quelques secondes, avant de hocher la tête, il acceptait de m’aider, mais uniquement cette fois-ci. Il prit un fusil à pompe et un tazer avant de me suivre. Arrivé dehors, il prit sa voiture, me regarda et hésita. Avec un soupir, je lui affirmai qu’il valait mieux y aller à pied, car le phénomène n’était pas loin de toute façon. Nous partîmes donc en direction du centre-ville. Les ruelles y étaient nombreuses et sombres. Difficile de situer avec précision l’endroit ou l’énergie s’était manifestée. D’un accord commun, nous décidâmes de nous séparer, chacun dans une ruelle. Lentement, nous parcourûmes plusieurs d’entre-elles, mais impossible de trouver la source de cette énergie. Puis, après être passé à coté d’une patate géante, il se décida à rebrousser chemin. Le capitaine l’attendait déjà. Il secoua la tête, pour dire qu’il n’avait rien trouvé. Nous commençâmes à rebrousser chemin quand je m’immobilisai brusquement. Une patate géante ??? J’entendis un bruit sourd derrière moi. Je me retournai et eu tout juste le temps d’éviter un puissant tir. Dégainant mes deux pistolets je me mis à tirer tandis que Pember utilisa son fusil à pompe. Les balles se mirent à ricocher et je me refugiai derrière une poubelle. J’observai discrètement cette créature. Elle ressemblait vraiment à une patate géante, dans une armure. En la scannant avec mon manipulateur de vortex, je découvris qu’il s’agissait d’une espèce d’alien appelé sontarian. J’eus du mal à en croire mes yeux. Alors c’est à ça que ressemblait un alien. J’avais déjà voyagé dans le temps et rencontré des extra-terrestres, mais ils étaient humains. Cette chose était clairement d’un autre monde. Et puis sérieusement, pourquoi elle ressemblait à une patate au four ? Ce n’est pas loyal, franchement. Il manquerait plus qu’un alien ketchup et un météore hamburger pour que le repas soit complet. Revenant sur le combat, je scannais le sontarian à la recherche d’une faiblesse. La première détectée se trouvait dans le dos, le long de la colonne vertébrale à la base du cou. En tant normal, il s’agissait de la seule faiblesse, mais l’armure était tellement endommagée qu’elle laissait de petits points faibles le long des craquelures. M’adressant au capitaine, je dis :

- Pensez-vous pouvoir le retenir ?
- Oui, avec une arme plus précise.
- Je vous échange une des miennes contre votre tazer.
- Qu’est-ce que vous…
- Venez-vous battre loyalement espèce de vers de terre !

Le sontarian avait parlé ! Mais bien sûr, c’était logique… Enfin je crois. Rapidement, l’échange d’arme eut lieu. Puis je me relevai, bien visible. La patate m’observa, arme levée. Avant que les hostilités ne reprissent, je demandai :

- Aimes-tu te battre, ou préfères-tu la guerre ?
- C’est du pareil au même. La gloire est la seule chose importante et on ne l’obtient qu’à la fin d’un combat.
- Donc, si je te proposai un combat sans arme, accepterais-tu ?
- Quelle gloire en retirais-je ?
- Celle d’avoir vaincu l’homme le plus fort de cette planète.

Bluff très vaniteux, j’ai honte de l’admettre, mais je me devais de le provoquer pour mener à bien mon plan. Pour montrer que je ne comptai pas tricher, je jetai mon pistolet à terre, le tazer soigneusement dissimulé dans mon dos. Le sontarian hurla de rire :

- Voila un langage que je comprends.
- Dès que tu auras lâché ton arme, le combat pourra commencer.

Le sontarian ne se fit pas attendre. Il lâcha son arme et me fonça dessus. Je l’imitai et frappa de toutes mes forces sa tête fripée. C’était comme cogner une balle en caoutchouc. Son poing s’écrasa contre mon foie. Je titubai un instant, avant de lui faire un croche-pied. Il s’affala de tout son poids contre le sol. Il me montra clairement son point faible. Mais je ne tentai pas de l’atteindre. En lui faisant croire que j’étais un homme loyal, j’allais lui faire commettre plus d’imprudence. Les coups s’ensuivirent brutaux. Ses attaques étaient aussi violentes que les miennes, mais me causaient plus de dommages car ils étaient doublés par la solidité de l’armure. Finalement, après un ultime coup, je fus éjecté contre un mur. Je m’étalai lourdement contre le sol froid et un bourdonnement emplit mes oreilles. Le sontarian s’approcha pour m’achever, quand un coup de feu retentit. Le capitaine venait de tirer et la balle avait ricoché contre son armure. Furieux, l’alien se retourna et j’en profitai pour faucher ses jambes au niveau de l’articulation, le faisant tomber à genou. Je me relevai en sortant le tazer. Le sontarien me jeta un regard haineux :

- Lâche ! Tu appelles cela te battre loyalement ?
- Tu as conservé ton armure, j’ai conservé mon allié. De quoi te plaints-tu ?
- Il n’y a aucun honneur de gagner de cette façon.
- L’honneur n’est valable que s’il y a du monde pour témoigner qu’ils t’ont vu le gagner. Pour ma part, je ne vois personne. Ainsi, le vainqueur citera son histoire pour y gagner la gloire qui lui ai du. Peu importe qu’en réalité, les moyens utilisé soient vils et mesquins. Si personne ne peut le prouver, je conserve mon honneur.

Le sontarian me fixa avec des yeux ronds. Je m’attendais à une dénégation, mais je le vis hurler de rire à nouveau.

- Magnifique. Tu as mené ta propre guerre, à ce que je peux voir. Tu t’en sors avec les honneurs, félicitation !

Je lui adressai un sourire avant de tazer son point faible. La décharge le traversa intégralement et il s’écroula inerte. Prudemment, le capitaine s’approcha de moi.

- C’est terminé ?
- Oui, enfin.
- Tu lui as parlé ?
- Oui, tu n’as pas remarqué ?
- Comment connais-tu sa langue ? Je n’ai rien compris, moi.

Alors comme ça le traducteur n’incluait pas seulement les langues humaines. Intéressant…

- Longue histoire, je te raconterai une fois que j’aurais livré monsieur patate.
- Il n’est pas encore mort ?
- Je ne crois pas. C’est pour cela que j’ai utilisé le tazer. Le capturer est plus bénéfique que sa mort. On en apprendra plus sur les dangers externes.

Rendant le tazer à Pember, je pris le bras du sontarian et le soulevai de toutes mes forces. Il était lourd, mais pas au point que je ne pus le porter. Et ce fut en silence que nous retournâmes à Torchwood…


Citation:
- J’exige d’être abattu sur le champ, exigeai le sontarian.
- Pour le moment, tu n’es pas en mesure d’exiger quoi que ce soit, répliquai-je.

Cela faisait à présent deux jours que j’avais capturé ce sontarian. Mais mon interrogatoire n’avait toujours pas abouti. Je refusais d’utiliser la torture pour obtenir des aveux, je savais d’expérience ce que l’on ressentait et cela ressusciterait les fantômes de mon passé. Et grâce à mon bracelet, j’étais le seul à pouvoir communiquer avec l’alien. Du coup, pour arriver à des résultats, je le faisais parler. Peu importait le sujet de la conversation, je me devais de lui délier la langue. Et je venais enfin de trouver un sujet de conversation.

- Je veux préserver mon honneur en mourant au combat, comme tout sontarian qui se respecte, déclara l’alien.
- Dans ce cas, tu mourras dans le déshonneur, car il n’y aura pas de combat.
- Je refuse d’être prisonnier sur ce caillou poussiéreux, je préfère encore mourir, même de déshonneur.

Bip sonore du détecteur de mensonge.

- Je ne vois pas de prisonnier, répliquai-je en souriant. Aussi longtemps que tu seras sous ma protection, tu seras considéré comme mon invité.
- Etrange façon d’accueillir un invité. Dans mon monde, lorsque l’on invite quelqu’un chez soi, on commence toujours par un combat de lutte.
- Dans ce cas, tu as de la chance, j’ai parfaitement suivi le protocole de ta planète…

Le sontarian grogna. Ne connaissant pas la biologie de cette espèce, nous n’avions pas pris le risque de lui enlever son armure, de peur de le tuer. En revanche, nous l’avions mis dans la cellule la plus sécurisée que nous possédions. Je devais avouer que je m’amusai énormément. Assis contre le mur de sa cellule, j’étais parfaitement à l’aise. Nous étions seuls et rien ne le retenait, si jamais il tentait de me sauter dessus. Mais je savais qu’il ne le ferait pas. Pour son espèce, il s’agissait d’un déshonneur immense que de s’en prendre à une personne désarmé, hors temps de guerre. Et il ne pouvait déclarer la guerre à lui tout seul. Je le regardai, puis fus pris d’une subite inspiration.

- L’honneur compte plus que tout, tu en es bien certain ?
- Absolument !

Le détecteur de mensonge ne réagit pas. Il disait la vérité, mais, juste au cas où, je décidais de vérifier :

- Plus même que ta liberté ?

Hésitation. Il réfléchissait, ce que je pouvais comprendre. De sa réponse dépendrait le reste de son séjour ici.

- Oui ! déclara-t-il, solennel.

Pas de réaction, j’en fus soulagé. J’avais enfin trouvé une alternative à sa détention. Je mis quelques secondes pour utiliser les mots justes. Puis j’amorçai mon idée :

- Souhaites-tu sortir de cette cellule ?
- Je croyais que je n’étais pas prisonnier, mais invité. Ne suis-je pas libre de sortir quand je le désire ? répliqua-t’il, sarcastique.
- Ton statut actuel d’invité ne t’autorise l’accès qu’à cette cellule. Je répète ma question souhaites-tu avoir accès à un plus grand « territoire » ?

Traduction étrange en sontarian. Territoire n’était pas le mot que j’avais désiré employer, mais il semblait que c’était le terme le plus adapté dans leur langue.
- Quel est le prix de cette « liberté » ?
- Tu devras prêter serment sur ton honneur d’obéir aux règles de mon équipe. Tous ceux qui travaillent pour moi sont soumis aux mêmes codes, sans discrimination aucune. Tu auras l’honneur de travailler à mes côtés et de partager mon mode de vie, si tu le désires.

Le sontarian poussa un grognement dédaigneux, avant de se détourner. Je savais qu’il pouvait refuser, mais cela me fis de la peine qu’il refusât si facilement. Je me levai, ouvrit la porte et en sortant, lui lançai :

- Prends le temps d’y réfléchir. Je reviens dans quelques jours. Tu me donneras ta réponse à ce moment là…

De retour dans au laboratoire, je vis que mon équipe était très active. L’entraînement leur avait été vraiment bénéfique. Ludovic et Silvia attendaient à la porte de mon bureau. Je les fis rentrer, avant de m’installer. Ils venaient m’apporter le matériel, soigneusement rangé dans des mallettes, que je leur avais demandé de trouver.

- Est-ce vraiment nécessaire d’avoir recours à ce genre de choses ? demanda Silvia, pâle.
- Nous éviterons autant que possible d’y avoir recours, comme tu dis. Mais cela sera parfois inévitable. Nous ne savons pas à quoi nous attendre.
- Devrons-nous tout prendre lors des missions ? Intervint Ludovic.

C’était donc cela qui leur faisait peur. Je pris les mallettes et les rassurai :

- Non, pas du tout. Il s’agit de votre propre paquetage, vous emmènerez ce que vous voudrez. J’ai demandé ceci, car mon arsenal était vraiment incomplet lors de ma dernière intervention.

Sur ce, j’ouvris la première mallette. A l’intérieur, il y avait une paire de pistolet type CZ75 avec étuis et chargeurs associés. Ces armes de poings étaient mes préférés. Les chargeurs, séparés en trois rangées étaient séparé en trois couleurs différentes. Les premiers, de couleur noire, étaient remplis de balles ordinaires. Les seconds, blancs, ne contenaient, conformément à ma demande, que des balles explosives. Lors de mon combat avec le sontarian, j’avais regretté de ne pas avoir ce genre de cartouches, qui l’auraient éliminé si facilement. Je tenais à ne plus avoir ce problème à l’avenir. Les deniers chargeurs, rouges, contenaient en alternance des balles classiques et explosives, juste au cas où. J’ouvris la seconde mallette, qui ne contenait que des chargeurs colorés des trois types. Dans la troisième, il y avait l’objet de mon premier caprice depuis mon intégration dans la base : un magnifique sabre, de soixante-dix centimètres, dans son fourreau. Je n’en avais pas l’usage, dans l’immédiat, mais je savais d’expérience qu’une arme tranchante était parfois plus utile qu’une arme à feu. De plus, les couteaux ne suffisaient que rarement… Dans la dernière mallette, il y avait ma tenue, pour ainsi dire. Il s’agissait d’un immense manteau noir.
Sans hésiter, je m’équipai de mon tout nouveau matériel. Le sabre était attaché dans le dos, mes pistolets - dans leurs étuis – à mes hanches. Le manteau recouvrait le tout. Je constatai avec plaisir qu’il possédait une ouverture permettant à la garde du sabre de rester à l’air libre, au lieu de faire une grosse bosse sous le tissu. J’avais utilisé une bonne partie de mon salaire de l’année passée pour m’acheter tout cela, mais ça en valait la peine. Grisé, j’y ajoutai l’équipement que je possédais déjà auparavant. Ainsi, je fixai le fourreau de mon couteau sur mon bras droit, de telle façon que le manche arrive juste avant l’articulation du poignet. Le tazer, pour sa part, avait trouvé sa place dans le bas de mon dos, dans une position facile d’accès. Je tournoyai sur moi-même pour m’admirer. Le manteau dissimulait tout parfaitement. Je vis également de nombreuses poches, qui me seraient utiles pour ranger mes recharges.
Du coin de l’œil, je vis que Silvia et Ludovic m’observait avec appréhension. Ils n’avaient pas peur, pas vraiment, mais ils étaient nerveux. Je fis un petit sourire rassurant, me m’asseyais, sans me soucier de l’inconfort et déclara :

- Ceci est mon matériel. Il se peut que cela nous sauve la vie à l’avenir. Vous n’avez pas besoin d’autant, mais pensez à toujours prendre au moins une arme à feu et des munitions quand vous partirez en mission.

Ils acquièrent, avant de prendre congé. Je pensai alors qu’ils ne semblaient pas avoir vraiment conscience du danger potentiel de ces missions. Traverser les failles pouvaient s’avérer dangereux, surtout que nous ne savions pas où, quand et pourquoi elles s’ouvraient. Un léger bourdonnement me fit relever, la tête. J’observai les alentours, mais il n’y avait rien. Cela devait être mon imagination. Je me rendis dans la morgue et m’allongeai sur la table d’autopsie, avant de m’endormir. A mon réveil je regrettai de ne pas avoir mon propre logement, mais n’étant pas indispensable, je n’avais pas jugé bon d’en posséder un. Mon mode de vie me plaisait, mais il n’était pas compatible avec un domicile fixe. En soupirant, je me rendis dans la salle commune de l’institut pour y prendre un petit déjeuner rapide. Deux membres de mon service étaient déjà présents, les autres n’allaient pas tarder. D’autres unités de différents services étaient également là. J’avais eu peu de contacts avec eux depuis mon arrivée, l’an passé. Aussi furent-il à la fois surpris, anxieux et légèrement tendus en me voyant arriver, en tenue de combat. Je ne fis pas attention à eux et m’installai avec mes équipiers.

- Du progrès ? demanda Nadya.
- Pas vraiment, répondis-je. Il refuse de coopérer, pour le moment du moins.
- Cela pourrait changer ? demanda Alond.
- Possible. Si je trouve ce qui lui tient le plus à cœur. Au fait, ce n’est pas encore certain, mais il y a une probabilité que, si j’y parviens, il intègre mon service.

Ils manquèrent de s’étouffer. Alond me regarda avec des yeux effarés.

- Tu n’es pas sérieux en disant ça ?
- Si. Il serait un atout non négligeable. Il a une connaissance plus poussé que nous tous sur l’univers, qu’il vienne du passé du présent ou du futur. Si j’arrive à le convaincre, il pourra partager ses connaissances avec nous.
- Avec toi surtout, répliqua Nadya.
- Seulement jusqu’à ce que le traducteur universel de Ludovic soit achevé. Il parvient déjà difficilement à mettre en place le logiciel. Il risque de falloir attendre un bon mois avant de pouvoir nous en servir.

Justement Ludovic arrivait. Après l’avoir salué, il confirma ce que je venais de dire, tout en précisant que c’était une supposition très optimiste. Le reste de la matinée se déroula calmement. Chacun travailla sur un projet personnel ou directement lié à la faille. Pour ma part, je m’étais assis au dessus de la faille. Je regardai le gouffre en imaginant à quoi était censé correspondre les failles dans l’équilibre universel… En regardant attentivement, il me sembla que le gouffre s’éclaircissait. Une illusion ? La fatigue ? Non, mon instinct me chuchota qu’il s’agissait d’autre chose. Je courus au superordinateur et analysai la faille. Un minuscule pic d’énergie apparaissait à l’écran. Mais il s’agissait d’une source stable, comme émise à travers la faille. J’ordonnai un rassemblement et demandai ensuite à chaque membre à quoi ce pic d’énergie leur faisait penser. Chacun avait un avis divergent. Pourtant, dans l’ensemble, tout le monde était d’accord sur un point : ce n’était pas la faille qui était la cause de cette énergie. Quelque chose, de l’autre coté, produisait ce phénomène. Demandant à Stark de prévenir le capitaine Pember, je commençai à superviser les opérations pour notre première traversée. Lorsque celui-ci arriva, mon équipe était prête. Chacun avait un sac contenant des vivres, des munitions, et nos outils de base. Tous avaient privilégié une arme différente –automatique/semi-automatique et corps-à-corps/distance - selon leurs aptitudes. Il nous observa tous, tour à tour. Son regard s’attarda sur moi et il me prit à part :

- Etes-vous certain de ce que vous faîtes ?
- Préférez-vous une réponse sincère ou hypocrite ?

Le message était clair : je ne savais absolument pas ce que je faisais. Mais en même temps, qui d’autres avait jamais été aussi cinglé et aussi désespéré que moi ? Je devais probablement être le seul de tout l’espace-temps a avoir jamais tenté de voyager à travers une faille.

- Prenez-soin de votre équipe, conclut le capitaine.
- Ne vous inquiétez pas. Je serai le premier à passer et je reviendrai immédiatement pour dire si le site est suffisamment sécurisé pour la traversée de l’équipe.
- Et si vous ne revenez pas ?
- Coupez-le contact immédiatement. Cela évitera des arrivées indésirables.
- Quel contact ?
- Il s’agit d’une onde radio très spécifique, qui n’est pas utilisée sur Terre. On la transmet depuis le superordinateur à travers la faille, ce qui permet à l’équipe de rester en contact avec l’institut via mon bracelet.

Je n’avais pas expliqué qu’il s’agissait d’un manipulateur de vortex, car on m’aurait posé trop de questions auxquelles je ne pouvais ou ne voulais pas répondre. J’avais donc juste dit qu’il s’agissait d’une technologie futuriste basée sur l’interprétation des ondes sonores. Cela permettait entres autres de traduire les langues aliens et servir de radio et de radar. Après tout, cela était vrai, mais très incomplet. Le procédé réel était plus complexe. Je poursuivis :

- Un membre de mon équipe restera à la base et assurera la transition. Ce sera lui qui vous préviendra d’un quelconque danger pendant notre absence.
- Hum ! Êtes-vous certain qu’il n’y a aucun risque ?
- Je ne me souviens pas avoir dit quelque chose comme ça. Le risque sera omniprésent durant notre traversée. C’est pour cela que nous ne traverseront que lorsque les pics d’énergie seront les plus stables. Cela nous permettra d’avoir un représentation radar de l’endroit ou nous arriverons. Dès que ce pic d’énergie commence à devenir instable, l’ordre prioritaire est de revenir au point de faille et de la retraverser.
- C’est bien là le problème. Je suis le seul à pouvoir faire revenir l’équipe. Ce bracelet n’obéit qu’à moi. En prenant notre signal radio comme point d’origine, je suis capable, en théorie, de forcer le passage de retour.
- Et pour l’aller ?
- Lorsque la faille et active, il est facile de traverser dans un sens. C’est le retour qui est plus dur. Si je me fais tuer, mon équipe ne pourra pas revenir. Je leur ai déjà expliqué cela, mais ils ont quand même voulu me suivre.
- Et on ne peut pas reproduire ce bracelet ?
- Non, la technologie actuelle ne nous permet pas de reproduire ne serait-ce que le traducteur. On travaille déjà dessus, mais il n’y a guère de progrès de ce coté là.

Il n’était guère rassuré, mais il donna toutefois son accord pour traverser la faille. Lorsque tout fut mis en place, je me mis face au gouffre. Tandis que le radar du superordinateur analysait le terrain, je programmai mon manipulateur de vortex pour qu’il ouvre la faille. Une colonne de lumière s’éleva du gouffre. Ludovic, notre superviseur pour cette mission, me fit signe que je pouvais traverser. Tout le monde me regardait avec appréhension. Moi-même, je ne pouvais m’empêcher d’être anxieux face à ce portail vers un autre monde ou une autre époque. J’inspirais profondément, puis d’un pas décidé, pénétra dans la colonne de lumière.

Les couleurs du vortex du temps défilèrent tout autour de moi. J’appréciai ces couleurs, elles étaient apaisantes. Le bourdonnement familier faisait vibrer mes oreilles avec douceur. Puis, tout s’arrêta d’un coup. Il faisait sombre, je ne voyais pas mes mains. Je sortis de mon sac une lampe torche et regarda avec attention ce qui m’entourait. Les murs étaient en métal et le plafond était haut. Il semblait que j’étais dans un abri militaire, ou quelque chose s’en approchant. Tout semblait calme. Rapidement, je fis le tour de la pièce dans laquelle je me trouvais.

‘‘Alors, vas-tu nous dire pourquoi tu tournes en rond ?’’

Je souris, ils suivaient ma progression dans la pièce grâce à la représentation 3D que produisait le radar. Je leur fis par de mes impressions :

‘‘Je pense que je suis actuellement dans une sorte de base. La salle est grande et devait servir d’entrepôt. Il n’y a plus grand-chose désormais. Rectification, je pense que je suis dans un bateau ou un sous-marin’’

Le sol tremblait légèrement et la pièce tanguait. Je ne pensais pas pouvoir trouver d’autres explication jusqu’au moment ou je me retrouvai face à un hublot.

‘‘Nom de Dieu !’’
‘‘Que se passe-t-il ?’’
‘‘Je me suis trompé. Ce n’est pas un bateau, mais un vaisseau spatial.’’
‘‘Tu en es sûr ?’’
‘‘A peu près aussi certain qu’une personne pourrait l’être en voyant par la Terre par la fenêtre. Au vu des murs et du plancher, je dirais qu’il ne s’agit pas d’une construction humaine, je ne suis donc pas certain de l’époque ou je me trouve.’’
‘‘Dans ce cas, que veux-tu que nous fassions ?’’

Je réfléchis deux petites minutes. L’endroit semblait sûr, mais l’était-il pour autant ? Je poussais un soupir rapidement remplacé par un grand sourire. L’aventure commençait.

‘‘L’endroit semble abandonné. Ce n’est toutefois pas une garantie. Ceux qui veulent prendre le risque de me suivre, prenez le portail et rejoignez moi. Ah, et n’oubliez pas d’allumer vos lampes torches, on est dans le noir complet…’’


Citation:

Mon équipe traversa la faille, chacun son tour. Tout le monde, excepté Ludovic, était présent. Ce dernier était resté à la base avec réticence, afin de nous servir d’intermédiaire avec la base. Comme il ne s’agissait pas d’un travail à plein temps, cela lui permettrait de continuer à travailler sur le traducteur multilingue. La salle dans laquelle nous nous trouvions était spacieuse, et presque complètement vide. Il n’y avait qu’une seule porte pour sortir et je n’avais pas essayé de l’ouvrir. A l’aide de mon manipulateur de vortex, je scannai l’autre coté de la porte. Il s’agissait d’un couloir. Doucement, je fis pivoter la porte et éclairai le couloir aussi loin que je le pus. Désert ! Je fis rapidement signe à mon équipe de me suivre. Nous avançâmes lentement et finîmes par déboucher sur une intersection à trois branches. J’hésitai, devais-je scinder le groupe ? Après une seconde de réflexion, j’annonçai :

- On part se sépare en groupes de deux : Stark avec Alond à gauche, John avec Silvia à droite et Nadya avec moi tout droit. Au moindre problème, vous retournez à la faille, je ne veux surtout pas d’acte d’héroïsme. Je vire quiconque désobéira à cet ordre.

Tous acquiescèrent, tendus. Il fallait qu’ils sentent que ce n’était pas une simple promenade. Il y avait un réel danger, mon instinct me le hurlait. J’ignorai juste ce dont il pouvait s’agir. Je regardai anxieusement les deux groupes s’éloigner dans l’obscurité, puis me décidai finalement à avancer. Qui donc pouvait bien vivre ici ? Le vaisseau semblait avoir été laissé à l’abandon depuis des années. Pas âme qui-vive de tout le chemin que nous avions parcourut. L’atmosphère était de plus en plus pesante, devenant presque irrespirable. Je m’arrêtai net. Il ne s’agissait que d’une intuition, mais je m’y fiais toujours, et je ne l’avais jamais regretté. Je scannai l’air qui nous entourait. La pression de l’air était normale. Le taux de dioxyde de carbone était légèrement plus élevé que dans l’air terrestre, mais ce n’avait rien d’alarmant. Sauf que nous étions sur un vaisseau spatial abandonné, du moins semblait-il l’être. Mais l’air était-il purifié ? Nadya m’observa quelques secondes :

- Que se passe-t-il ?
- Je n’en suis pas sûr. J’ai l’impression que le vaisseau ne fait pas son travail d’entretien.
- Comment ça ?
- L’air ! Je sens un imperceptible changement dans l’air. Je pense que le dioxyde de carbone commence à saturer l’atmosphère du vaisseau.
- Et tu es capable de t’en rendre compte juste en la respirant ? fit-elle, surprise.
- Plus ou moins. C’est un peu compliqué. Je te l’ai dit, je n’en suis pas sûr. Mais une chose est certaine, nous n’allons pas nous éterniser.

Je repris mon chemin, suivis par ma coéquipière. Le silence commençait à la rendre nerveuse. Pour ma part, je me concentrai uniquement sur le prochain pas que j’allais faire. Les émotions et les sentiments qui me traversaient ne devaient en aucun cas transparaître, pour le moral de mon équipière autant que pour moi-même. Agir comme une machine me permettait de conserver un sang-froid sans pareille, cela m’avait sauvé la vie de nombreuses fois lors de ma période préhistorique. C’était donc détendu que je débouchai sur une immense pièce Elle était tout aussi dépouillé que celle d’où nous étions arrivé.

''- Danger !''

Cela faillit me faire sursauter. Je me tournai vers Nadya :

- Où-ça ?
- Pardon ? fit-elle, surprise.
- Tu ne viens pas de dire quelque chose ?
- Non, je n’ai rien dit ni rien entendu.

Je fronçai les sourcils. Avais-je rêvé ? Possible. J’avais beau refoulé mes émotions, le silence m’oppressait malgré tout. J’établis un contact radio :

‘’Ludovic ? As-tu un contact avec les autres ?’’
‘’Bien sûr. Tu veux leur transmettre un message ?’’

Le vaisseau était tellement grand et épais que nos radios n’étaient pas assez puissantes pour communiquer entre-elles. Pour passer outre le problème, nous communiquions indirectement en relayant le signal vers le superordinateur.

‘’Dis leur de revenir dès que possible. Le vaisseau ne renouvelle pas son air, il reste stagnant. Si nous restons trop longtemps nous allons mourir asphyxié.’’
‘’Très bien je les préviens’’

Silence. En attendant une réponse, nous explorâmes la pièce. Il y avait une autre porte, au fond de la salle. Sur les cotés, il y avait des caissons fermés hermétiquement. J’ouvris la nouvelle porte et me retrouvais dans un nouveau couloir. A ce moment là, la réponse me parvint :

‘’Le groupe de John est sur le retour. Celui de Stark dit qu’il a peut-être trouvé quelque chose d’intéressant.’’
‘’ Message reçu. Nadya va rejoindre John. Je vais voir ce qu’il en est.’’
‘’Ok’’

Fin de transmission. Je retins un soupir, ce n’était pas le moment. A notre première intersection, nous fûmes rejoints par le premier groupe, qui se dirigeait vers la faille. A ce moment là, un nouveau message de Ludovic me parvint, il semblait paniqué :

‘’Il y a un problème avec le groupe de Stark. Leur signal s’est brusquement brouillé, et j’ai crus entendre un hurlement juste avant. Je n’en suis pas certain, mais dépêchez-vous d’aller les chercher.’’
‘’J’y vais seul. John, Nadya et Silvia vont retourner à la faille et se préparer à une éventuelle bataille.’’

- Mais… commença Silvia.
- Ce n’est pas une… continua John.

Je leur jetai un regard et ils se turent. Après quelques secondes d’hésitation, ils acquiescèrent et partir vers la faille. Ils étaient vexés d’être tenus à l’écart. Je le comprenais, mais ils n’étaient pas près et leur excitation aurait eu tôt fait de vider le vaisseau de son oxygène. A proximité de la faille, au moins, il y avait un échange d’air entre les deux espaces-temps. Je cessai de m’en préoccuper et parti en courant dans la direction pris par l’autre groupe. Il me fallut plusieurs minutes pour arriver à destination, mais à l’arrivée, je n’étais même pas essoufflé. Je me trouvais devant une porte, semblable à toutes celles rencontrés jusqu’à présent, mais Ludovic me prévint qu’il n’avait aucun contact de l’autre coté. Je scannais l’autre coté. Il y avait deux signes de vie irréguliers : les deux membres de mon équipe. J’ouvris la porte brusquement et courut vers eux. La pièce était éclairée uniquement par nos trois lampes de poche. Mais les leur traînaient par terre. Stark et Alond étaient étendus sur le sol, évanouis. Je pris leur pouls, ils étaient vivants. J’allais faire un scanner corporel pour comprendre ce qui leur était arrivé, quand je fus secoué par une violente décharge électrique. Elle était puissante, mais pas pour tuer. Elle m’aurait assommé, un an plus tôt. Toutefois, après mon séjour à Torchwood 2, j’avais cru judicieux d’augmenter ma résistance aux chocs électriques. Mon corps fut tout de même engourdit. Je me retournais, et me retrouvais nez-à-nez avec une armure de chevalier, mais avec un style futuriste. Calmement, je l’observai. Il ne fallait pas que je montre la moindre émotion. Cela m’aurait distrait. Je me relevai et fit face à cette apparition.

- POURQUOI ÊTES VOUS TOUJOURS DEBOUT ? VOUS NE DEVRIEZ PLUS ÊTRE EN MESURE DE BOUGER !
- Ah bon ? Je me porte pourtant très bien. Mais je vous trouve assez mesquin d’attaquer sans se présenter. Déclinez votre identité !
- NOUS SOMMES LES CYBERMEN. NOUS ALLONS VOUS REPROGRAMMER ET VOUS INTÉGRER A NOS RANGS.

Voila autre chose. Des aliens cybernétiques psychopathes. On progresse ! Sans le moindre sourire, ni la moindre émotion, je demandai :

- A quoi cela vous servira ?
- NOUS ALLONS RECONSTITUER NOTRE ARMÉE ET NOUS VENGER DU DOCTEUR. IL EST NOTRE ENNEMI.
- Ce docteur, qui est-il ?
- VOUS IGNOREZ QUI EST LE DOCTEUR ?
- Vous semblez surpris. Il est si connu ?
- LES CYBERMEN NE SONT PAS SURPRIS. LES CYBERMEN NE SONT JAMAIS SURPRIS.
- Calmez-vous, pas la peine de vous mettre en colère.
- LES CYBERMEN NE SONT PAS EN COLÈRE. LES CYBERMEN…
- C’est bon j’ai compris le principe. Vous n’êtes jamais surpris ou en colère.

Le cyberman ne dit rien.

- Vous aurais-je vexé ?
- LES CYBERMEN NE SONT…
- Regardez la réalité en face, répliquai-je d’une voix monocorde. Chacune de mes paroles vous font réagir. Vous êtes vexé !
- AFFIRMATION REJETÉ ! LES CYBERMEN N’ONT PAS DE SENTIMENTS. LES CYBERMEN NE PEUVENT PAS ÊTRE VEXE !
- Pourtant, votre comportement prouve le contraire.

Le cyberman me toisa plusieurs secondes

- VOUS ÊTES HUMAIN…
- En effet !
- VOUS ÊTES HUMAIN, MAIS VOUS N’AVEZ PAS DE SENTIMENTS. QUEL GENRE D’HUMAIN ÊTES-VOUS ?

Je faillis tout faire échouer en manquant d’éclater de rire. Je maintins mon masque d’impassibilité.

- Disons que je suis brisé. Mon esprit d’humain a été brisé par le passé, me privant de mes émotions.
- VOUS ÊTES UN SPÉCIMEN INTÉRESSANT. VOUS ALLEZ ÊTRE REPROGRAMMER ET CONVERTI EN CYBERLEADER.
- Cela ne me gène pas. Mais avant, je veux des informations.
- QUELLES INFORMATIONS ?
- Que sont les cybermen ?
- NOUS SOMMES DES SOLDATS CYBERNETIQUES. NOUS AVONS ABANDONNE NOTRE CORPS BIOLOGIQUE POUR UN CORPS IMMORTEL ET NOTRE CONSCIENCE EST COLLECTIVE. NOUS NE RECEVONS D’ORDRES QUE DE NOTRE CYBERLEADER.
- Comment transférez-vous la conscience dans ce nouveau corps ?
- NOUS CONSERVONS NOS CERVEAUX. ILS SONT NOS PROCESSEURS ET NOUS PERMETTENT DE RESTER EN CONTACT CONSTANT AVEC LA CONSCIENCE COLLECTIVE.
- Très bien. Comment parvenez-vous à supprimer vos émotions ?
- NOS NOUVEAUX CORPS POSSÈDENT UN INHIBITEUR DE SENTIMENTS. GRÂCE A LUI, LA FAIBLESSE QUE REPRÉSENTENT LES SENTIMENTS N’EST PLUS !

Je fis un unique pas vers le cyberman. Je n’étais pas en colère. J’avais ignoré tous mes sentiments depuis mon entrée dans cette pièce. Il s’agissait d’un mouvement symbolique. Comme escompté, le cyberman recula d’un pas : pur réflexe.

- Pourquoi avoir reculé ? Demandai-je. Auriez-vous peur ?
- LES CYBERMEN…
- Il suffit ! Vous m’avez montré de la fierté, de la peur, de la surprise et d’autres émotions encore. Niez autant que vous voulez, cela ne changera rien au fait que votre inhibiteur ne fonctionne pas comme il le devrait. Vous deviez vous en douter, pourtant, non ? En créant vous-même cet objet à partir de vos propres corps biologiques, vous avez imprimez dans sa mémoire ce que vous considériez comme étant des sentiments et l’avez programmé pour qu’il les supprime. Mais toute émotion n’est pas consciente. Ce que vous n’aviez pas considéré comme tel entrave désormais votre jugement.
- NOUS POUVONS ARRANGER CELA.
- Vraiment ?
- EN VOUS REPROGRAMMANT ET EN VOUS CONVERTISSANT EN CYBERLEADER, NOUS SUPPRIMERONS CETTE FAIBLESSE.
- Comment ?
- LE CYBERLEADER EST LA BASE DE NOTRE CONSCIENCE COLLECTIVE. TOUS LES CYBERMEN SONT PROGRAMMES SUR SON MODÈLE. VOTRE CERVEAU EST DÉPOURVU DE SENTIMENTS, IL EST IDÉAL !
- J’ai compris.
- ÊTES-VOUS PRÊT A ÊTRE REPROGRAMMER ?
- Moi oui, mais il y a d’autres humains dans le vaisseau. Peut-être devrai-je leur dire de venir.
- AFFIRMATIF !
- Le problème, c’est que pour le moment, j’ai encore des quelques questions à vous poser. Je vais donc réveiller ces deux personnes et leur dire d’aller les chercher.
- AFFIRMATIF !

Je secouai Stark et Alond. Le choc électrique s’était dissipé et ils reprirent conscience, lentement. Une fois qu’ils furent debout et qu’ils virent le cyberman, ils tentèrent immédiatement de prendre leurs armes. Je les en empêchai.

- Vous deux, allez chercher les autres membres de l’équipe. Dites leur de se préparer. Les cybermen vont m’accompagner vous chercher pour vous convertir et rejoindre leur armée. Nous deviendrons comme eux.

Ils me regardèrent dans les yeux et hochèrent la tête, ils avaient compris le message. Ils nous jetèrent un dernier regard avant de partir en courant par la porte. Le cyberman s’approcha de moi.

- VOUS AVEZ DIT QUE NOUS IRIONS LES CHERCHER, PAS QU’ILS DEVAIENT VENIR.
- Oui. Il vaut mieux pour leur cerveau qu’ils ne soient pas surpris avant la transformation. Cela pourrait limiter les capacités du futur cybeman.
- VOUS PARLEZ COMME UN VRAI CYBERLEADER.
- Et vous me féliciter comme un humain. Cela suffit, vous allez faire honte à votre espèce.
- LES CYBERMEN NE SONT PAS UNE ESPÈCE. LES CYBERMEN N’ONT PAS HONTE.
- Pour le moment, si. Mais ne vous inquiétez pas, cela ne durera plus très longtemps…

Mon plan était en marche, mais il me fallait gagner du temps. Pour l’occuper, je lui posai toutes les questions qui me traversait l’esprit : qui était le docteur qu’ils avaient mentionné, de quoi était faîte leur armure, à quels types de pression elle pouvait résister… Je me surpris même à demander à quel époque nous étions ?

- POURQUOI CETTE QUESTION ? demanda le cyberman.
- Nous avons eu un accident temporel. Je veux donc savoir à quelle époque nous sommes.
- NOUS SOMMES EN 1564 APRÈS J.C.

Il s’agissait là d’une traduction de mon manipulateur de vortex. La véritable date était celle du calendrier – pour ainsi dire - cybermen. Inintéressant au possible. Je lui demandai ensuite comment fonctionnait la reprogrammation. Le robot m’emmena à la salle de conversion. Impressionnant, j’en convenais, même si je ne laissais rien paraître. Il m’informa également qu’il y avait trois autres cybermen d’éveillés. Les autres « dormaient » toujours. C’était notre intrusion qui les avait réveillés. J’appris également que les cybermen étaient capable d’intégrer les systèmes informatiques basiques et qu’ils pouvaient y insérer ou y prélever les informations et les programmes qu’ils désiraient. Cela me faisait d’ailleurs un peu penser au mode de fonctionnement de mon manipulateur de vortex.

Mais le cyberman cessa ses explications. Il se mit face à moi et dit :

- CELA A ASSEZ DURE. NOUS ALLONS CHERCHER LES HUMAINS.
- Oui, nous allons les chercher.

Il fit demi-tour et je le suivis. Je remarquai que deux autres cybermen étaient présent, cela faisait donc trois sur quatre. Lentement et le plus silencieusement possible, je pris mon pistolet et le chargea avec un chargeur rouge, avant de le ranger. Je programmai également mon tazer sur la pulsion la plus puissante. Nous arrivâmes devant la porte de la salle qui contenait la faille. Les trois cybermen entrèrent. Je regardai derrière moi, personne dans le couloir, puis entrait à mon tour. Je me postai à proximité du cybermen le plus à droite et observai. Mes cinq équipiers étaient présents, armes au poing, mais sans viser les arrivants. Je ne dis que trois mots :

- Il est temps.

Et d’un coup, tout alla très vite. Je frappai le premier cyberman avec un coup de tazer. Puis, dans mon élan, je dégainai mon pistolet et tirai. La première balle frappa le second cyberman et ricocha. La seconde explosa au contact, créant une petite brèche. Je vidai mon chargeur dessus. Le cyberman s’écroula. Pendant ce temps, mon équipe s’acharnait sur le dernier cyberman. Les balles ricochaient, mais le faisaient reculer. J’avais dégainé mes deux armes, équipées de chargeurs à balles explosives. Pourtant, j’hésitai à tirer. Si je loupai un seul coup, le vaisseau ne serait plus pressurisé et on se ferait tous aspirer dans l’espace. Le cyberman s’approcha de moi et tenta de m’assommer. Le coup me frola et je chancelai. Je vidai mes deux chargeurs sur son corps métallique et il s’écroula, inerte. Derrière moi, j’entendis un fracas métallique. Le cyberman que j’avais tazé s’était relevé, mais avait de nouveau été tazé par les coups combinés de mon équipe. Il s’affala de toute sa masse quand je me retournai. Stark poussa un soupir de soulagement :

- Eh bien, on peut dire que ça n’a pas été de tout repos.
- Je ne suis pas pressé de recommencer, ajouta John en riant.
- Vagabond, peux-tu me dire pourquoi tu as mis si longtemps à arriver ? demanda Nadya.

Avec un petit sourire, je leur expliquai ce qu’il s’était passé. Chacun d’eux avait une réaction différente en fonction de ce que je disais : crainte, dégout, surprise… L’histoire avait commencé depuis plusieurs minutes quand Ludovic intervint :

‘’ Je ne veux surtout pas vous déranger, mais la faille commence à devenir instable. Dans quelques minutes, il ne sera plus possible de revenir.’’

Aussitôt, tout le monde se prépara. J’ouvris la faille et attrapai le cyberman tazé. Le trajet se ferait avec lui. Malheureusement, la porte se rouvrit à se moment là et fit apparaître un nouveau cyberman, le quatrième dont ils m’avaient parlé. Je pris mes armes et lui tirai dessus, mais rien ne se produisit. Je n’avais plus de munitions. Je laissai le cyberman à Silvia et Alond et ordonnai à toute l’équipe de partir sur le champ. Le cyberman s’approcha. Je ne pu m’empêcher de sourire lorsque je dégainai mon sabre. Je me sentais nostalgique : j’aimais les combats ou tout se déterminait par la force. Surtout lorsque mon adversaire avait un net avantage. Je me mis en position de combat. Lorsqu’il fut suffisamment près, j’attaquai le cyberman de toutes mes forces. Il para sans difficulté, il n’avait pas une vitesse aussi rapide que la mienne mais son imperméabilité à mes coups de sabres compensait largement ce problème. Malgré mes assauts répétés, il ne reculait pas, si bien que c’était moi qui perdais du terrain. Je ne pouvais pas prendre le risque non plus de traverser la faille et de le laisser tout saccager dans mon époque. Pourtant, dans un ultime effort, je parvins à le faire chanceler. Je remarquai alors que les articulations du cyberman étaient fragiles. Sans cérémonie, je lui tranchai le bras au niveau de l’épaule, avec tant de force que la lame de mon sabre se fissura. De son bras valide, il m’agrippa et m’écrasa contre le mur, avant de tenter de m’étrangler.

- VOUS NOUS AVEZ MENTI !
- Je vous ai dit ce que vous aviez envie d’entendre, répliquai-je, mon rire étranglé résonnant dans la salle. J’aurais fait pareil avec n’importe quel humain.
- VOUS AVEZ DES SENTIMENTS !
- Bien sûr, et je les exprime. C’est une force, contrairement à ce que croient certaines boites de conserves…

J’appuyai mes jambes contre le torse du cyberman et le repoussai d’un seul coup, le projetant en arrière. Refusant de me lâcher, ses doigts métalliques griffèrent profondément mon cou, faisant couler le sang. La faille devenait instable, un rapide scanner m’indiquait qu’elle se connectait lentement et par intermittence avec mon époque et une autre, plus ancienne. Devant la faille, le cyberman ramassa son bras coupé, et j’eus un large sourire. Au moment où la faille se stabilisa vers l’ancienne époque, je lui fonçais dessus et le projetai de toutes mes forces au travers de la faille. La faille s’illumina quelques secondes avant de reprendre sa forme originelle. Mon manipulateur de vortex bipa. Apparemment, il me faudrait attendre encore une minute avant que la faille ne rouvre sur mon époque.

‘’-Derrière’’

Encore, cette voix ! Mais j’étais seul dans ce vaisseau. C’était impossible. Un bruit métallique, familier et agaçant, me fit me retourner. L’un des cybermen que je croyais avoir tué venait de se relever en titubant. Était-ce lui qui avait parlé ? Non, sa voix électronique n’avait rien à voir avec celle que j’avais entendu et qui me semblait si familier et étrangère à la fois. Laissant tomber cette histoire pour le moment, je cherchai frénétiquement des munitions dans mes affaires, en vain. Je repris donc mon sabre et m’apprêtai à le pointer vers mon adversaire quand, du coin de l’œil, je vis le chargeur. Il était blanc et n’avait pas servis. Il avait du tomber durant la bataille. Je rangeai mon sabre et chargeai mon pistolet avec les munitions explosives. Je pointai l’arme sur lui, mais me retint. Deux chargeurs n’avaient pas suffit à en venir à bout, la première fois, cela suffirait-il ? Non, évidemment, alors que faire ? J’avisai la Terre, à travers le hublot de la pièce et eu un sourire victorieux.

- C’est fini ! Je vais faire s’écraser le vaisseau.

D’un coup, alors que le cyberman allait m’attraper, je vidais mon chargeur sur la vitre, qui se brisa. Aussitôt, toute l’air de la pièce fut aspiré, le cyberman et moi avec. Il fut le premier à la fenêtre, la bouchant avec son corps. Cela me permit de me relever et d’atteindre la faille. C’était bien mon époque. Le vaisseau trembla, avant de commencer sa chute. Le cyberman, bloqué par l'aspiration du vide, retardait l’inévitable, mais ne pouvait l’en empêcher. J’ouvris de nouveau la faille et la traversa, Les couleurs du temps m’envahirent, avant de s’éclipser.

J’étais de retour dans le laboratoire. Mon équipe était dans la morgue, occupée à ligoter le cyberman sur la table pour l’empêcher de bouger. Je soupirai, il allait falloir me trouver un nouveau lit. Un mouvement attira mon attention, le capitaine Pember venait d’entrer, manquant d’arracher la porte au passage. Il regarda autour de lui et, en m’apercevant, s’approcha de moi.

- Je peux savoir ce que cela signifie ?
- Quoi donc ?
- Votre mission était l’exploration des failles et la réquisition d’équipements alien.. Pourquoi diable avez-vous emmené un alien ici ?
- Avez-vous vu cet alien ?
- Est-ce vraiment important ?
- Très. Vous comprendrez mon choix une fois que vous l’aurez vu.
- Soit.

Je le conduisis à la morgue et le laissai juger par lui-même. Il resta muet pendant plusieurs longues secondes. Ce fut mon soupir exaspéré qui le fit revenir à la réalité. Il se tourna vers moi :

- Qu’est-ce donc ?
- Un alien. Ils s’identifient eux-mêmes comme étant des cybermen. Ils se sont fabriqué eux-mêmes des corps de métal dans le but d’atteindre l’immortalité et l'indestructibilité.
- Et ils le sont ?
- Pas vraiment. Leur mémoire est éternelle, mais fonctionne comme celle d’un ordinateur en réseau. Toutefois, j’ai réussi à obtenir de nombreuses informations.
- Comme quoi ?
- Je sais quelle était l’époque ou nous avons été, je connais leur objectif, et comment ils se développent.
- Faîtes-moi un rapport complet.
- Il vous faudra être patient. Les informations que j’ai obtenues sont très nombreuses, il me faudra probablement plusieurs jours pour faire le rapport.
- Prenez le temps nécessaire mais faîtes-le. Cet alien est une merveille de technologie. Je n’imagine même pas tous ce que l’on pourra tirer de ce simple corps.

Je le laissai parler tout seul et le laissai avec mon équipe dans la morgue. Je ne leur donnais à tous qu’un unique ordre. Il ne devait absolument jamais, et en aucun cas, laisser un objet électronique à proximité du cyberman, car il serait alors en mesure de se libérer. Puis je demandai à Ludovic de me suivre jusqu’au superordinateur.

- Comment avance la programmation du traducteur ?
- Je bloque. J’ai réunis la base de données de tous les instituts, mais cela ne suffit pas. Je crains de ne jamais y arriver.
- J’ai peut-être une solution. Ouvre-moi un fichier de programmation vierge.

Il s’exécuta et me laissa la place. Je m’installai sur le fauteuil et me préparai. Je programmai mon manipulateur de vortex afin qu’il infiltre le superordinateur et le connectai au fichier de programmation. J’inspirai puis expirai profondément. J’enclenchai la copie des données de traduction de mon manipulateur de vortex et les transférai au nouveau fichier. Le processus pris plusieurs minutes. Quand il fut enfin terminé, je lançai cette toute nouvelle application. Elle fonctionnait à merveille, bien qu’elle ne possède pas de page d’accueil. Ludovic étouffa un cri de surprise.

- Tu as réussi !
- Oui. Mais je dois cette réussite à ce cyberman. S’il n’avait pas été aussi bavard, je n’aurais probablement jamais pensé moi-même à cette méthode.
- De quelle méthode s’agit-il ?
- Transfert de données de mon bracelet à l’ordinateur, en hackant la centrale. C’est une méthode de cybermen, ils peuvent reprogrammer tous les composants électroniques qu’ils touchent.
- Ce bracelet fait-il partie de leur technologie ?
- Non, il s’agit d’une technologie hybride-humaine, créée dans le futur. Mais il n’est pas encore temps d’en parler.
- Et que fait-on à présent ?
- Eh bien, peaufine-donc un peu la nouvelle application, afin de la rendre plus facile d’utilisation pour tout le monde.

Par mesure de précaution, j’avais intégrer au programme un système anti-piratage et anti-copie pour que personne ne puisse propager ce nouveau traducteur révolutionnaire hors de cette pièce. Il n’était même pas relié au réseau Torchwood et si le superordinateur venait à être déplacé, le programme serait formaté, sans laissé de trace. Il ne faut pas que le futur change, ce serait une catastrophe que je ne pouvais pas me permettre de risquer. Je partis me chercher de quoi manger en songeant qu’il était peut-être temps d’avoir une petite conversation avec mon ami sontarian…

Citation:

Que c’était agréable ! J’étais allongé sur le toit de l’immeuble – qui était l’apparence extérieure de Torchwood 4, à l’instar de Torchwood 1 – et j’observai les étoiles apparaître dans le ciel, une à une. Cela faisait vingt heures que notre mission était terminée. Autour de moi était éparpillé mon équipement de combat, ou plutôt ce qu’il en restait. Mes deux pistolets étaient à proximité de mes mains, autour d’une dizaine de chargeurs, presque tous vides. Mon tazer, déchargé, se trouvait à mes pieds. Quand à mon sabre, il était dans son fourreau, au dessus de ma tête. Dire qu’avant cette mission je considérais que mon équipe sous-estimait la dangerosité de notre travail, je venais de comprendre que j’avais été dans le même cas. Sans mon entraînement personnel, j’y serais resté, ce jour là. Machinalement, je passais une main sur ma gorge. La trace du cyberman était toujours là. J’avais réussi à éviter qu’il m’étrangle, mais il s’en était fallu de peu qu’il ne me décapite. Sa poigne avait vraiment bien entaillé mon cou, Mais je guérissais rapidement, grâce à la technologie avancée que possédait Torchwood. Malgré tout, la marque était toujours présente, et il ne faisait aucun doute que j’en garderais une cicatrice. Je devrais donc l’ajouter à ma collection, avec celle que j’avais sur le bras et les multiples autres petites accumulées au cours du temps.
Je poussai un soupir et sorti mon sabre de son fourreau, avant de tendre la lame devant moi, qui brilla doucement au clair de lune. Je soupirai de dépit en voyant son état. Un seul coup ! Je n’avais porté qu’un seul coup important et la lame s’était fendue dans une bonne partie de sa longueur. Elle n’était pas brisée, mais elle était désormais inutilisable. Je repensais à la proposition de Ludovic. Durant son temps libre, il faisait des recherches autonomes sur certains projets de Torchwood. Il m’avait gentiment proposé de réparer – et d’améliorer au passage – la lame de mon sabre en se servant de la nanotechnologie. Bien que l’idée ne me déplaisait pas, j’avais hésité à accepté et a lui avait dit que j’avais besoin d’y réfléchir. Il ne se rendait pas compte à quel point sa proposition pouvait le mettre en danger au sain de Torchwood. Il était interdit d’utiliser la technologie de l’institut pour son profit personnel ou pour celui d’un tiers. De plus, ma position n’était pas encore assez importante pour pouvoir transgresser quelques règles.
J’entendis la porte du toit s’ouvrir. Je me levai en voyant de qui il s’agissait. Le capitaine Pember se trouvait devant moi. Il regarda attentivement le bazar que j’avais mis, puis reporta son attention sur moi.

- J’ai lu votre rapport. Vraiment intéressant, je dois l’admettre. Mais je ne parviens pas à m’expliquer certains points. Vous dîtes dans votre rapport que vous avez fait croire aux cybermen que vous comptiez les rejoindre, et qu’ils vous ont crus. Cela s’est vraiment passé comme ça ?
- En effet. Ils ont plus ou moins sentis que mon cerveau pouvait leur être utile, même s’il ne s’agissait finalement que d’une illusion qui m’a été très bénéfique.
- Soit. Expliquez-moi cette partie-ci, dans ce cas. Vous dîtes que vous avez jeté un cyberman à travers la faille. Toutefois, celui-ci n’est jamais arrivé à destination. Comment expliquez-vous ceci ?
- C’est relativement simple, en réalité. Les failles, certaines en tous cas, se connectent avec certains plusieurs périodes de l’espace-temps. Entre deux connexions, la faille devient instable, passant d’une période à l’autre à intervalles plus ou moins réguliers. J’ai fait particulièrement attention à le jeter dans la faille au moment où elle s’ouvrait sur l’autre époque.

Le capitaine soupira. Comme il devait s’y attendre, j’avais une réponse à chaque question qu’il me poserait. Du moins, c’est ce que je pensais.

- En lisant votre rapport, j’ai cru remarquer que plusieurs points faisaient référence à l’utilisation d’un objet que je ne parviens pas à définir. Aurait-il un rapport quelconque avec ce bracelet, auquel vous semblez attacher autant d’importance ?

Je m’étais raidi. Il s’agissait d’une pente très savonneuse. A tel point que je me demandai même si je devais seulement répondre.

- Je ne peux malheureusement pas en parler, je suis désolé.
- Dans ce cas, je vais devoir le réquisitionner et le faire analyser…
- Cela ne servira à rien. Ce bracelet ne réagit qu’à moi. Je suis le seul à pouvoir l’utiliser et nous ne possédons pas la technologie pour l’analyser. Et si on prenait le risque de l’ouvrir, on l’abimerait au point de le rendre inutilisable. Ce serait dommage de le casser alors qu’il est si précieux à mon équipe. Sans lui, nous ne pourrions plus traverser les failles.

Le capitaine m’observa, mi-amusé, mi-ennuyé. Il soupira :

- Dommage, je pensais que cela aurait pu nous être davantage utile. Mais il m’avait dit quelque chose de similaire.
- Qui donc ?
- Personne d’important. Un simple agent de Torchwood, que j’ai rencontré il y a plusieurs années. Il possédait un bracelet similaire.

Avant que j’eusse le temps de lui poser une autre question, il fit demi-tour et revint sur ses pas. Avant de franchir la porte il me dit :

- Au fait, vous devrez vous présenter lors du transfert.
- Quel transfert ?

J’avais un très mauvais pressentiment.

- Torchwood 1 nous a contacté. Ils vont transférer le cyberman dans leur propre institut, afin de voir si leur technologie peut être utilisée à notre avantage.
- QUOI ? J’ai du mal entendre ! Ils veulent tenter de comprendre le mécanisme de conversion afin de créer des cybermen au service de la Terre ?
- Tout à fait !
- Il ne faut surtout pas les laisser faire. Si par miracle ils parvenaient à créer un cyberman, ils ne pourraient pas le contrôler. Leur programmation est issue de la transformation. Une fois achevé, les cybermen voudront convertir tous les êtres vivants qu’ils rencontreront. On ne pourra pas les en empêcher.
- Vous avez bien réussi…
- Mais uniquement parce que je les ai eus par surprise et qu’ils étaient affaiblis par un long sommeil. Si vous en fabriquez, ils seront beaucoup plus puissants.
- Ne vous inquiétez pas trop à ce sujet, tenta-t-il de me rassurer. Torchwood ne fabriquera pas de vrai cybermen, mais une version hybride, beaucoup plus humaine.

Je ne répondis pas. Le capitaine partit en me rappelant de me présenter dans deux heures à l’entrée pour le transfert. Les agents de Torchwood 1 souhaitaient connaître celui qui avait capturé le « spécimen » comme ils l’appelaient. Mon mauvais pressentiment ne s’était pas dissipé. Je sentais que cette histoire n’allait pas bien se terminer.

‘‘- Mauvais !’’
- C’est bien ce que je craignais…

Cette voix avait de nouveau parlé. Avec le recul, j’avais remarqué qu’elle ne se manifestait que lorsqu’une catastrophe allait se produire. J’espérais toujours me tromper, mais ma théorie n’avait encore jamais été démentie. Qui sait, il s’agissait peut-être de la voix de ma conscience, à moins que ce ne soit mon instinct… Ce qui me faisait penser que j'allais devoir décaler ma visite chez le sontarian.

Dans le laboratoire, je faisais les cent pas. Le cyberman était toujours là, bien vivant et même éveillé. On ne savait pas comment le faire dormir. De plus, sa présence ne durerait plus que quelques minutes. J’entendais mon équipe débattre sur le transfert. Certains étaient soulagés de ne plus avoir à le surveiller, d’autres refusaient de le laisser partir.

- Cela suffit ! finis-je par déclarer. Nous n’avons pas notre mot à dire. Nous ne pouvons pas le conserver, car le QG principal le réclame. Donc nous allons le leur remettre, du moins en partie.
- Comment ça, en partie ? intervint Alond.
- On va leur donner le cyberman, mais on va conserver une partie de son corps pour nos propres recherches.
- Mais ils vont s’en rendre compte, protesta Silvia
- A pars nous, personne, pas même le capitaine Pember ne s’est suffisamment approché pour l’observer. Si nous lui coupons un simple doigt, cela devrait nous suffire. Le reste n’est pas spécialement intéressant pour nous.
- Mais ils vont s’en rendre compte, répéta Silvia.
- Vous écoutez quand je parle ? Nous sommes les seuls à l’avoir combattu et approché. Si on nous demande la raison de ce manque, nous n’aurons qu’à dire que le doigt a été coupé au cours de la capture et qu’il est resté de l’autre coté de la faille. Maintenant, allez m’amputer ce doigt ! Je vais voir le temps que je peux nous faire gagner…

Tandis que tous s’affairèrent à l’opération, je me dirigeais vers le lieu de rendez-vous. A peine arrivé, les agents de Torchwood 1 se présentèrent. Ils étaient en avance, le temps jouait contre-nous. En observant mon manipulateur de vortex, cette ironie me fit légèrement sourire : j’avais le temps tout entier à ma portée, mais je n’avais pas d’énergie pour effectuer les voyages. En me voyant, les agents s’avancèrent vers moi, légèrement sceptiques. Apparemment, ils avaient été prévenus que j’étais un peu étrange, même si je suis sûr que le terme correct utilisé était dérangé, à moins que ce ne soit cinglé. Je n’avais même pas pris la peine de mettre une des tenues propres et convenables qui se trouvaient dans la penderie de mon bureau. Ils étaient deux et vêtus plutôt de façon à passer inaperçu. L’un d’eux fit les présentations nerveusement. J’acquiesçai, avant de déclarer que je devais vérifier le moyen de transport utilisé. Ils acceptèrent avec appréhension.
Il s’agissait d’une fourgonnette, du style de celles utilisées par les asiles afin de faire le déplacement des malades. Un choix judicieux. A l’intérieur, pas d’appareil électronique, mais un simple espace, destinée à accueillir le cyberman et ses entraves. Je fis durer autant que possible l’inspection, puis, une fois qu’il fut évident que tout était parfais, je leur donnais les consignes à respecter pour « survivre » au trajet. L’utilisation de ce terme les fit légèrement pâlir, et j’eus un léger sourire sadique. Je prenais mon temps, prolongeant la torture mentale et faillis éclater de rire quand je les vis paniquer au moment ou je leur annonçai qu’ils allaient devoir subir une fouille corporelle afin de vérifier qu’ils étaient aptes à escorter le déplacement. Je parvins à gagner ainsi une heure. Puis vint le moment de les conduire au laboratoire. Lentement, autant que possible sans que cela ne pusse paraître suspect, je les dirigeai à travers l’institut. En entrant, je vis avec plaisir que le prélèvement était achevé. Les deux agents ne se rendirent même pas compte qu’il lui manquait un doigt. Le transfert se déroula en douceur, sans problème.

Lorsqu’ils furent partis et que je fus retourné au laboratoire, mon équipe me présenta victorieusement le doigt. Leur comportement me fit sourire, mais quelque chose retint mon attention.

- Stark ? Il y a quelque chose qui ne va pas ?
- Je n’en suis pas certain, répondit-il en hésitant. Je crois que j’ai rayé la main pendant qu’on s’acharnait à en détacher le doigt.
- On s’en fiche. Une rayure ne va pas… Attend, tu es sur de ce que tu dis ? Avec quoi l’as-tu rayé ?
- Euh, avec ma montre.

Il me montra sa montre. Il s’agissait d’un bel objet, mais rien de vraiment particulier. Toutefois, j’étais certain qu’il y avait quelque chose que je n’avais pas compris.

- En quoi est-elle faite ?
- En or. Elle m’a été offerte par ma femme à mon anniversaire.
- Ludovic, fais une simulation. Teste la compatibilité du doigt et de la montre et dis moi ce qu’il se passe.

Il s’exécuta. Il utilisa le superordinateur afin de faire la meilleure simulation possible. Au bout de quelques minutes, il déclara :

- Il y a rejet. Le doigt est sensible à la présence de l’or !
- En voila une bonne nouvelle. On connaît un de leur point faible !
- Doit-on en informer Torhwood 1 ?
- Non ! Qu’ils se débrouillent, ils finiront bien par le découvrir, si cela les intéresse vraiment. Nos recherches sont strictement limitées à ce laboratoire. Rien ne doit filtrer.

Tous acquiescèrent. Je pris ensuite Ludovic à part :

- Ta proposition tient toujours ?
- Evidemment !
- Dans ce cas, j’accepte. Je vais même te fournir des matériaux que je voudrais que tu intègre à la lame lors de la restauration.

Une semaine plus tard, j’avais le matériel en question, dans deux sacs. Dans le premier, il n’y avait que du charbon et dans le second, des bijoux au rabais et des miroirs. Je tendis le tout à Ludovic qui observa le tout, sceptique. Je lui expliquai mon idée :

- Je veux que tu utilise la nanotechnologie pour intégrer le carbone du charbon et l’or des bijoux afin de renforcer la lame de mon sabre.
- Pourquoi du carbone, ce n’est pas vraiment nécessaire…
- Je veux que tu te base sur la composition chimique du diamant lorsque tu intègreras le carbone. Je veux qu’elle soit aussi résistante que possible. Pour l’or, c’est pour le cas ou nous affronterions d’autres cybermen, ou aliens ayant une « allergie » à l’or.
- Et les miroirs ?

Je pouffai.

- C’est un luxe. Je veux que ma lame soit aussi belle et réfléchissante qu’un miroir. Mais il ne faut pas que cela interfère avec la résistance de la lame. Et il est évident que cette solidité doit être régulière. C’est faisable ?
- Sans problème. Cela ne me prendra que quelques heures pour programmer le logiciel, et encore quelques jours pour terminer la conception de la lame.
- Tant…

Je fus interrompu par l’alarme du superordinateur. Une faille s’était activée et avait « recraché » quelque chose dans les égouts. Je m’équipai en vitesse, pris Nadya, Alond et John avec moi et parti en ville. J’avais toujours mes pistolets avec moi, mais j’avais pris un tazer plus puissant cette fois, et rechargeable plus facilement. Le group me suivit à travers les rues de la ville, puis afficha un air renfrogné quand il me vit ouvrir une bouche d’égout et commencer à descendre. Ils me suivirent sans protester. Une fois en bas, nous allumâmes nos lampes-torches et commençâmes à chercher ce qui s’était fait propulser dans notre espace-temps. Notre progression était lente, trop lente. De plus, je voyais leur excitation grandir. La première exploration ne les avait pas satisfaits : ils avaient loupés le plus gros de la bataille. En soupirant, je décidai de séparer le groupe en deux. D’un coté, Alond et Nadya, et de l’autre, John et moi. A la première intersection, nos chemins se séparèrent et nous partîmes chacun dans une direction. Mon instinct me disait que je me rapprochai.

‘‘- Danger !’’

Mon coéquipier poussa un cri d’effroi. Je me retournai, mais trop tard. Une étrange créature lui avait sauté à la gorge. Le spectacle était si étrange que je faillis oublier de réagir. J’attrapai le monstre par la gorge et la projetai en arrière avec tant de force qu’il s’écrasa contre le mur. Sitôt libéré de son assaillant, John s’effondra. Je me précipitai sur lui. Il respirait, mais de plus en plus faiblement. Sa jugulaire avait pratiquement été sectionnée et il saignait abondamment. Un grognement derrière moi m’obligea à me retourner. Le bruit du combat avait attirée plusieurs de ces créatures, et celle que j’avais mise à terre commençait à se relever. Sans prendre le temps de réfléchir, je pris mon équipier blessé et le mis sur mes épaules comme un sac à patates, avant de dégainer un de mes pistolets, chérgé de balles ordinaires. Dès que le premier monstre s’approcha de moi, je l’abattais sans sommation, ni hésitation. Je partis en courant vers la sortie.

‘’Vagabond, c’est votre équipe qui a tiré ? Que se passe-t-il ?’’

C’était Nadya qui communiquait via les radios.

‘’On s’est fait attaquer. John est blessé, cela semble sérieux. Il faut sortir tout de suite, il y a beaucoup trop d’aliens dans le coin, nous ne ferons pas le poids à nous quatre.’’
‘’Nous arrivons !’’

Au bout de quelques minutes, nous fûmes réunis, mais j’étais toujours pourchassé par ces créatures immondes. Je fis monter Nadya et Alond en premier, puis je leur transmis le blessé. Mon corps était en ébullition, je ne me rendis compte de rien. Dès qu’ils l’eurent pris, ils me regardèrent avec un air désolé. Je ne compris pas ce qu’il se passait. Pourquoi ne tentaient-t-ils pas de le soigner ? Qu’attendaient-ils ? Et je vis à ce moment là que la blessure de John avait arrêté de saigner et qu’il était d’une blancheur cadavérique. Je me sentis sombrer. Non, cela ne pouvait pas être possible. Un grognement me ramena à la réalité. Les monstres des bas-fonds étaient arrivés, je devais sortir des égouts à mon tour. Pourtant, je ne le fis pas. Immobile, je les regardai s’approcher. Je ne remarquai qu’à ce moment là que j’avais déjà vu l’expression qu’ils arboraient.
C’était celle d’un animal pendant sa chasse. C’était celle que me montraient les dinosaures affamés quand ils me rencontraient, des millions d’années plus tôt. La soif de Sang ! Ils étaient en chassent, et nous étions leur proie. Pire encore, ils avaient abattue l’une de leur proie : John. Cette révélation enflamma mon esprit. La rage bouillit en moi, dirigeant mes actes. Un des monstres se jeta sur moi. Je l’esquivai sans peine et le frappa de toutes mes forces là où devrait normalement se situer l’estomac. Le coup fut si puissant et si inattendu qu’il fut projeté contre la paroi du mur et s’affaissa, inerte. J’avisai un monstre, blessé, derrière les autres. Aucun doute possible, c’était celui qui avait attaqué mon équipier et qui l’avait tué. La haine, m’envahit, s’associant à ma rage et je me précipitai dans la masse d’ennemi en poussant un hurlement évocateur. Je ne me souciai plus de rien, ni des monstres autour de moi, ni de mon propre état physique. Il n’y avait que cette créature qui comptait. Nous étions seuls au monde, et il n’y aurait bientôt plus que moi. Je me frayai un chemin dans la masse grouillante et arrivai finalement face à mon adversaire. Sans me soucier du fait qu’il s’était agenouillé et qu’il poussait une sorte de gémissement, j’attrapai sa gorge de ma main droite et le soulevai du sol. Elle ne se débattit pas, mais je n’y faisais pas attention. Serrant plus fort encore ma prise, je le frappai de toutes mes forces et à plusieurs reprises contre le mur des égouts. Je ne m’arrêtai pas quand le sang se mit à couler du crâne du monstre et qu’il commençait à suffoquer. Ma rage et ma haine refusaient de se calmer. Dans un violent mouvement, je le projetai contre le sol et lui sautai dessus, indifférent de le voir se mettre à genoux, une fois de plus. J’écrasai mes poings contre son corps, sans me soucier des os qui craquaient sous mes assauts. Je continuai d’évacuer mon surplus de haine et de rage, alors que le corps devenait inerte et refroidissait de plus en plus. Les éclaboussures de sang s’arrêtèrent, mais je ne m’interrompis pas pour autant. Ce ne fut qu’au moment ou un violent coup de poing me frappa que je détournai finalement mon attention de la masse de chair broyée. Alond se tenait devant moi, c’était lui qui venait de m’attaquer. Un mince filet de sang coula de mes lèvres et, en l’essuyant, je pris conscience de la situation dans les égouts. Les monstres étaient tous à genoux et poussaient de petits gémissements, comme s’ils priaient. Ils ne se souciaient plus de chasser, ils étaient devenus inoffensifs. Je me sentais vide, subitement. Nadya me jetait un regard relativement effrayé et Alond m’observait avec méfiance. Je reportai mon attention sur ce qui avait été la source de ma haine. Il ne restait de lui qu’une vague forme humanoïde. Le spectacle était horrible à voir. Dans la masse de chair, on voyait parfaitement la trace de mes poings aux endroits où je les avais enfoncés. J’avais également du briser plusieurs os, car le corps semblait anormalement déformé, par endroits. Je pris le cadavre sur mes épaules et le jetai hors des égouts. Puis, lentement, j’obligeai la dizaine de créatures à me suivre dehors. Dès que je les lâchai, ils retombaient à genoux et recommençaient leurs gémissements. C’était agaçant, mais au vu de ce que je venais de faire je me devais de le supporter. Nadya et Alond se tenaient devant moi :

- Ça va ? demanda l’ex-hackeur.
- Je ne suis pas sûr, répondis-je. Je ne comprends pas ce qui m’a pris.
- Ces choses se sont toutes brusquement agenouillées au moment ou tu as hurlé et elles n’ont plus fait quoi que ce soit depuis.

En y repensant, je rendais compte que je n’avais pas été blessé une seule fois au cours de mon instant de folie. Mais pourquoi ce brusque changement de comportement ? Pourquoi ont-ils cessé de chasser quand je me suis énervé ? Je scannai rapidement l’une de ces horreurs de la nature. La seule chose utile que j’appris fut leur nom : les Weevils. Pas d’informations particulières dans ma base de données personnelle, et pas question d’utiliser l’Encyclopédie du Temps en présence de quelqu’un.

- Nadya, va à l’institut et demande au capitaine Pember de nous amener des renforts. On les embarque !
- Es-tu fou ? répliqua-t-elle. On ne va tout de même pas les garder à l’institut. Ce sont des monstres sans scrupules…
- Et tu es encore capable de dire ce genre de chose après ce que je viens de faire. Si on les laisse ici, d’autres personnes se feront tuer. Hors de question de prendre ce risque. Maintenant, va chercher ces renforts.

Lentement, elle s’en alla, presque réticente. Pour ma part, j’avais du mal à rester serein. Quelque chose était différente, depuis que j’ai été exilé de mon époque originelle. Je ne savais pas encore quoi, mais il fallait que je le découvre, et vite. Je sentais que, lentement, mon esprit commençait à changer, et pour la première fois de ma vie, je découvris la peur. Une peur irrationnelle, celle d'imaginer ce que j'étais en train de devenir…

Citation:
Enfermé dans mon bureau, je tremblais. Cela faisait trois jours que cela s’était produit. J’avais transformé un Weevil en bouillie, sans le moindre état d’âme et sans que celui-ci tente de se défendre. Je ne comprenais toujours pas ce qu’il s’était passé. Pourquoi ces créatures, qui étaient en pleine partie de chasse, s’étaient soudainement mis à genoux et à gémir ? L’absence de réponse m’énervait davantage que la réaction en elle-même. Mais désormais, plus que la colère, c’était la peur qui dominait, en moi. Je craignais par-dessus tout de recommencer. Je savais que cela avait été une conséquence de la mort d’un de mes hommes, mais cela ne faisait que renforcer ma détermination à rester enfermé. Le reste de mon équipe s’était déjà occupé des procédures à appliquer en cas de décès d’un membre de Torchwood. Je n’y avais pas pris part, et personne ne me l’avait demandé. Même le capitaine Pember m’avait laissé tranquille, pour le moment. Mais je savais que j’allais devoir me présenter devant lui, tôt ou tard. Il attendait seulement que je fasse le premier pas. Lorsque mes tremblements se calmèrent quelques peu, je me décidai finalement à sortir. Je songeai aux paroles du cyberman dans leur vaisseau.

‘’ VOTRE CERVEAU EST DEPOURVU DE SENTIMENT, IL EST IDEAL !’’

J’étais à l’opposé, pour le moment. Mon cerveau était tellement rempli d’émotions que cela m’avait transformé en monstre pendant plus d’une minute. Celui qui en avait subi les conséquences était mort et encore à l’autopsie. L’institut l’étudiait toujours, autant pour connaître leur anatomie que pour essayer d’avoir une idée de la force que je possédais réellement et que je n’avais jamais dévoilée. Je n’avais plus qu’une envie, passer à autre chose. Mais cela serait-il possible ? Impossible à savoir. J’avais perdu mon innocence, que je possédais encore lors de mes vacances à Cardiff, presque trois ans plus tôt, avant que tout ceci ne commence. J’aimerais tellement pouvoir revenir en arrière, mais c’était impossible. Je me raccrochais à mon dernier espoir, celui de reprendre le cours de ma vie comme si rien ne s’était jamais passé, bien que cela ne se produira probablement jamais. Je regardai autour de moi et fut surpris de me trouver devant la section des cellules. Mes pas m’y avaient conduit d’eux-mêmes. Je soupirai et décidai d’y entrer. Je me dirigeai vers la cellule d’une personne qui devait certainement m’attendre, ou en tout cas qui savait que je devais venir, à un moment ou à un autre. Je me trouvai désormais devant la cellule et le sontarian me regardait, méfiant et résigné. J’ouvris la porte et entrai dans la pièce, sans même prendre la peine de la refermer. Je m’assis ensuite sur le sol en m’adossant contre le mur. Puis je fermai les yeux et patientai. Les minutes s’écoulèrent, interminables. Personne ne bougeait, dans la cellule. Puis, comme si le silence avait été trop insupportable pour continuer, le sontarian prit la parole :

- Quel est le but de votre visite, cette fois ci ?
- Il n’y en a pas vraiment. J’avais besoin de compagnie et j’étais à proximité.
- Je suis étonné que vous ne me considérez pas comme une menace. J’aurais probablement pu vous tuer trois fois et m’enfuir sans que personne ne s’en rende compte.
- Je m’en doute.
- Alors pourquoi prendre un tel risque ?
- Parce que j’espérais probablement que vous le feriez.
- Pourquoi ?
- J’ai fais quelque chose d’horrible et je ne parviens pas à m’en remettre.

Je lui racontai l’histoire qui me hantait. Intérieurement, je souhaitais l’effrayer, qu’il tente de s’enfuir et que je le laisse faire. Je voulais que quelque chose se produise, pour me détourner de mon cauchemar. Mais je me rendais compte que mon comportement contrastait avec ce que j’étais devenu, lorsque j’étais revenu de la préhistoire. A l’époque, tuer me semblait tellement naturel que je devais me retenir de le faire quand j’étais énervé. A présent, l’idée s’associait avec mon nouvel état, et je n’étais plus aussi certain de ma réaction si je devais refaire face à la mort. Lorsque mon récit s’acheva, le sontarian hurla de rire, réaction qui me pris au dépourvu.

- Magnifique ! On peut dire que c’était une belle vengeance. J’aurais aimé être présent pour voir cela de mes propres yeux.
- C’est tout l’effet que cela vous fait ?
- La mort n’est que le moment le plus important de la vie de tout être vivant. Personne ne peut rien y faire. Je vis pour l’honneur et, de ce fait, cherche continuellement un nouveau champ de bataille pour y montrer ma valeur. La réaction que vous avez eu est relativement ordinaire, juste déplacé dans un mauvais contexte.
- Si vous croyez que cela me rassure…

Pourtant, je me sentais déjà un peu plus calme. Si je n’étais pas le seul à qui cela arrivait, alors j’avais moins de raisons de craindre ce que je devenais. Le sontarian me contempla quelques secondes. Même si j’avais toujours les yeux fermés, je sentais qu’il s’était rapproché de moi. Je fis mine de rien.

- Que cherchez-vous réellement ?
- Comment cela ?
- Je suis un guerrier, et vous le savez. Vous auriez pu aller parler de ceci à n’importe qui, mais entre tous les misérables humains autour de vous, vous avez choisi le seul qui n’en est pas un. Quel était votre véritable objectif ?
- Je vous l’ai déjà dit, j’étais à proximité de la cellule, c’est la raison de ma présence. Mais ce que j’ai vécu, personne d’autre sur Terre, probablement, n’a vécu la même chose. Vous êtes celui qui se rapproche le plus de moi.
- Ne me comparez pas à vous. Je vous suis largement supérieur.
- Pour moi, vous ressemblez plutôt à un repas qui n’a pas cuit comme je l’aurais voulu. C’est pour cela que vous êtes toujours vivant.
- Alors qu’attendez-vous ?
- Une réponse à ma question. Le destin qui vous attend à votre mort n’a rien d’honorable. Vous deviendrez un sujet à décortiquer et vous serez probablement dépecé de long en large. Les autopsies d’aliens se déroulent toujours de cette façon. Je cherche seulement à vous aider.
- Pourquoi vous donner ce mal ?
- J’ai été comme vous. J’ai aussi été propulsé dans une époque et dans un lieu qui me sont inconnu. Mais on m’a aidé et renvoyé chez moi, enfin plus ou moins. J’aimerai pouvoir faire de même avec vous.
- Est-ce possible ?
- Probablement. Mais j’ai besoin de vous et de vos connaissances de l’univers pour cela. Travaillez à mes cotés, et je vous renverrai chez vous.

Il ne répondit pas. Je décidai de lui laisser quelques jours de plus et sorti de la cellule. Mais avant d’avoir eu le temps de la refermer, le sontarian se plaça devant. Je savais que s’il voulait sortir, je ne parviendrais que difficilement à l’en empêcher. Il se contenta de demander :

- Que devrais-je faire en échange ?
- Jurer sur votre honneur d’obéir à mes ordres et de répondre autant que possible à mes questions. Cela vous convient-il ?
- Oui.

J’eus un sourire.

- Ravi de vous compter parmi nous. Quel est votre nom ?
- Reseat.
- On me nomme Vagabond. Tu es désormais totalement sous ma responsabilité. Fais-moi honneur…

Notre arrivée au laboratoire s’était fait ressentir. Tous ceux que nous avions croisés s’était enfuis à toutes jambes, morts de peur, bien que je ne sache pas si c’était à cause de moi ou du sontarian. Même mon équipe s’était raidie quand je leur annonçai la nouvelle, bien qu’ils aient déjà été mis au courant que cela pouvait se produire. Sans doute n’avaient-ils jamais cru que cela se réalise vraiment. Je ne fis qu’une annonce : Reseat faisait désormais partie de mon service en tant que membre. Tout le monde devait se comporter avec lui comme avec n’importe qui d’autre. De plus, afin de faciliter les communications, le traducteur du superordinateur restera actif en permanence, sauf pour les cas d’urgence. Pour ma part, je fis rapidement visiter le laboratoire et mon bureau au sontarian, en évitant autant que possible d’aborder le sujet de la morgue, bien que ce fut inévitable. Puis, je lui laissai quartier libre, avec pour seul ordre de ne pas quitter le laboratoire sauf si je l’accompagne. Ce n’était pas par manque de confiance en lui, mais plutôt par crainte de la réaction du reste de l’institut si jamais il se baladait seul. Du coin de l’œil, je le vis observer attentivement la vie dans le laboratoire pendant plusieurs heures. A un moment, il s’était assis devant un ordinateur, mais s’était tout de suite relevé. Je ne cherchai pas à le brusquer, il devait s’habituer à cet environnement de lui-même. Ce n’était pas facile pour lui, j’en étais conscient. Il venait d’une race de guerriers, ce pays était trop paisible pour qu’il puisse y vivre comme il le désirerait. C’est pour cela que je l’aidais. J’avais vécu une expérience similaire et on m’avait donné une chance de recommencer. Cette chance, je tenais à la lui offrir, bien que mes motifs ne fussent pas totalement innocents. Je voulais alléger un peu plus ma conscience. Pendant qu’il se familiarisait avec ce nouvel environnement – qui devait lui sembler archaïque – je cherchai des informations sur les Weevils dans le réseau Torchwood. Il n’y en avait pratiquement aucune. Il n’y était donné que le nom, l’apparence physique et le degré d’intelligence, relativement bas. Je soupirai d’agacement, lorsque je vis la ligne suivante : pour des renseignements plus précis, contacter Torchwood 3. A la suite, il y avait un numéro de téléphone, j’allais m’en servir, mais, après réflexion, je songeai qu’il valait mieux me renseigner sur le chef de cette section de Torchwood. Finalement, il me fut difficile de savoir s’il s’agissait d’un choix judicieux, ou non. N’ayant rien trouvé sur l’actuel chef du troisième institut car les données étaient classées confidentielles, je décidai de tricher en me servant du manipulateur pour hacker le réseau. La quantité d’information qui défila alors me donna immédiatement la migraine. Le CV de cet homme semblait sans fin. Capitaine Jack Harkness, tel était son nom.

‘’- Arrogant !’’
- Je ne te le fais pas dire…

Cette maudite voix avait raison, je trouvais ce nom arrogant. Il me tapait même légèrement sur le système… Ce qui me fit remarquer que, pour la première fois, la voix que j’étais le seul à entendre venait de dire quelque chose sans aucun lien avec une menace immédiate. Dans un autre contexte, j’aurais même pris ce ton pour celui de la conversation. Mais c’était ridicule, n’est-ce pas ? Je secouai la tête pour chasser ces pensées inopportunes. D’après son dossier, il ne s’agissait pas de son vrai nom, il l’avait « emprunté » à celui d’un soldat mort durant la seconde guerre mondiale. Je commençais à croire que je manquai de sommeil. Cet homme devait avoir dans les 90 ans, facilement. Bon, admettons, on est à Torchwood, après tout. Pourtant, ce que je vis ensuite me mis mal à l’aise. Admettons qu’il était présent lors de la seconde guerre mondiale, mais dans ce cas, pourquoi diable ses premiers rapports de missions datait de la fin du siècle précédent ? Et plus important encore, comment pouvait-il se faire appeler par le nom d’une personne décédée qui n’était alors même pas encore née. L’absurde de la situation faillit me faire rire, je connaissais la réponse, alors pourquoi cela ne m’avait-il pas semblé possible sur le moment.
Un simple regard à mon manipulateur de vortex avait suffit à me convaincre : cet homme voyageait dans le temps. Il devait, par conséquent, connaître un moyen de recharger mon bracelet pour me ramener à mon époque. Les Weevils ne me semblaient plus aussi importants, à présent. Je venais de trouver un objectif bien plus important. De toute façon, rien ne devrait m’empêcher de recommencer à travailler pour Torchwood une fois de retour à mon époque. Cet espoir subit me redonna le courage dont je manquais depuis l’incident Weevil. Aussitôt, je décidai de faire mes « bagages » et de partir pour le pays de Galles, direction Cardiff. A la réflexion, il serait probablement plus judicieux d’emmener avec moi Reseat, car il ne faisait aucun doute qu’il ne serait pas en sécurité, une fois mon absence remarquée. Je donnai donc de nouveaux ordres : mon unité ne traversera plus la faille durant mon absence, mais était autorisée, ou plutôt se devait, d’intercepter tout ce qui traversera la faille. La justification de mon voyage de dernière minute était d’habituer ma nouvelle recrue au monde qu’elle habitait désormais, du moins était-ce la raison que j’avais donnée. J’avais promis de revenir dans un délai maximum d’un mois. J’avais accepté la restriction sans broncher, car le capitaine Pember se souvenait tout autant que moi de ma manie à vagabonder à travers le pays, bien que récemment c’était plutôt à travers le temps. Hey, je ne porte pas mon nom pour rien ! Cette restriction était donc une forme d’obligation qui me rappellerait que je n’étais pas le seul maître de mes mouvements, mais cela ne m’importait pas pour le moment. Je n’avais pas prévu de m’absenter aussi longtemps. Une fois prêt à partir, Reseat et moi étions sur le point de quitter l’institut, lorsque Ludovic arriva vers nous en courant. Il tenait dans ses mains un long objet enroulé dans du tissu. Me doutant de ce dont il s’agissait, je demandai :

- Tu l’as déjà terminée ?
- Oui. Comme tu as dis que tu partais aujourd’hui je me suis dépêcher de l’achever. Ne t’en fais pas, elle est une réussite totale. Regarde-là.

J’enlevais le tissu et découvris alors le sabre, entièrement restauré. Même plus, totalement amélioré. La lame, aussi solide que du diamant, reflétait le plafond à la perfection et l’on voyait parfois de petits points brillants d’un doux éclat doré. Il devait probablement s’agir de l’arme humaine la plus résistante conçue par l’homme à l’heure actuelle. Du coin de l’œil, je vis le sontarian observer le tranchant du sabre avec méfiance. Aucun doute, il sentait que cette arme avait la capacité de trancher son armure, si on lui en donnait l’occasion. Rapidement, je la rangeai dans son fourreau. J’étais enfin complet ! Je poussai un soupir de soulagement. Finalement, après un ultime remerciement à Ludovic, Reseat et moi partîmes finalement de l’institut.

Le bateau approchait de Cardiff. Il s’agissait du seul moyen de locomotion qui nous était permit. L’avion était naturellement impossible, car j’étais surchargé d’armes et que je me promenai avec un alien, que je parvenais à dissimuler miraculeusement. Les transports spéciaux de Torchwood étaient également hors de question, car on se rendait au Pays de Galle incognito. Cela aurait laissé une trace de mon voyage, ce que je me refusais, de par l’enjeu que l’on risquait. Nous avions donc été obligé de prendre clandestinement un bateau en partance pour Cardiff. Le trajet avait duré près de huit heures, que nous avions passé à lutter. Lorsque le bateau toucha le quai, le score final était de quatre-cents trente huit victoires pour moi contre trois-cents quatre-vingt quinze pour Reseat. Mais désormais, le jeu était terminé. Il nous fallait sortir du bateau avant que l’on nous remarque. Le problème majeur résidait dans le fait de passer inaperçu avec un sontarian. Je savais que le navire resterait au port toute la nuit, avant de repartir. Ce fut donc sous le manteau nocturne que nous sortîmes du bateau. Il ne fut pas difficile de déjouer les gardes et les systèmes de sécurité. En moins de cinq minutes, nous étions sur le quai. Puis, rapidement, je nous dirigeai vers l’institut de Torchwood 3.
Je savais que le QG de Cardiff se situait sur la Place Roal Dahl. Toutefois, arrivé sur place, impossible de trouver l’institut. Il y avait bien mon impression de malaise lorsque je regardai la place, mais rien de concret. Je fis donc un rapide scanner de la zone et découvrit que j’étais au dessus de la faille spatio-temporelle. Je fus surpris de voir à quelle point elle était grande et instable, rien à voir avec celle de Belfast. Tout semblait ordinaire sur cette place. Mais je trouvais quand même étrange la présence de la Water Tower exactement au dessus du centre de la faille. Mon scanner remarqua alors la présence d’une caméra sur son sommet. Triomphant, je suivis le signal et compris que nous étions au dessus de l’institut. Le QG se trouvait sous la place. Toutefois, le signal ne s’arrêtait pas là, mais continuait jusqu’à un petit office du tourisme. J’en déduisis ainsi que l’entrée devait se trouver à l’intérieur. Reseat semblait agacé par mon silence. Il m’avait suivit plutôt docilement jusqu’à maintenant, mais à présent que nous touchions au but, et qu’il ne voyait toujours pas sa cible, il commençait à perdre patience.

- Combien de temps allons-nous encore rester ici ? Je ne supporte pas le paysage trop tranquille de cette planète.
- Nous sommes déjà arrivé, répliquai-je. Il ne nous reste plus qu’à entrer.
- Pfffff…

Devant la porte de l’office de tourisme, je pensais enfoncer la porte, mais cela aurait fait un peu trop barbare. Bon, je ne me considérais pas spécialement comme étant civilisé, mais il fallait faire autant que possible bon impression. Aussi me contentai-je d’utiliser mon manipulateur de vortex pour déverrouiller la porte. Nous entrâmes et je refermai la porte derrière nous. Rapidement, je me mis à chercher une porte dérobée, et le scanner découvrit que l’un des murs pivotait. Il était relié à un interrupteur dissimulé derrière le bureau de l’accueil et qui ressemblait fortement à un bouton d’alarme. Une fois l’interrupteur actionné, je pris le nouveau chemin, suivi par le sontarian. Après à peine une minute de marche, nous débouchâmes devant une porte blindée électronnique. Il ne fut pas compliqué de passer outre ses défenses afin de l’ouvrir, puis de faire de même avec la porte en barreau, qui se trouvait juste derrière. Apparemment, nous étions désormais à l’intérieur de la base de Torchwood 3. La salle dans laquelle nous étions était dans un bazar assez surprenant. Il y a avait de la technologie humaine un peu partout, mais rien ne semblait rangé selon un classement particulier. Je vis même des emballages de pizzas qui n’avaient pas été jeté. J’avais du mal à croire que cette base avait le même objectif que les deux que j’avais déjà visitées. Mais au moins, je comprenais pourquoi la Water Tower se situait à cet endroit précis : elle était directement reliée à la faille, afin de gérer sa puissance. Sans cérémonie, le sontarian s’installa et attendit la suite des évènements. Pour ma part, je supposai que le plus rapide serait d’aller fouiller dans les bureaux. Il y en avait plusieurs au rez-de-chaussée, du moins j’imaginais qu’il s’agissait de cela, car au vu de l’avancement du rangement je n’en aurais pas mis ma main à couper. Toutefois, à l’étage, cela semblait plus propre. Je grimpai les escaliers et avisai un autre bureau, séparé des autres. J’y entrai. Aussitôt, je sentis le canon d’une arme contre mon crâne.

- Fais ce que je te dis si tu tiens à la vie !

Je hochai la tête, avec un sourire satisfait. Il était temps que quelque chose se produise, je commençai à m’ennuyer. Cela faisait plusieurs jours que je n’avais pas risqué ma vie et je commençai à ressentir les effets de la diminution de mon taux d’adrénaline. Lentement, je me retournai, afin de voir qui était mon adversaire. Brun, plutôt grand et habillé d’un manteau militaire, l’homme me fixait. Il me semblait familier, mais je ne parvenais pas à me souvenir d’où j’avais bien pu le rencontrer auparavant, surtout que mon attention était détourné. Je fixai son bras, à peine surpris par ce que je vis. Il avait lui aussi un manipulateur de vortex. Cela expliquait bien des choses.

- Agence du Temps ? demandai-je, sur un ton neutre.

L’homme lâcha un juron. Il semblait avoir confondu ma question avec une présentation de ma part. Tant pis, voyons ce que cela allait donner. J’attendis patiemment, cherchant toujours à savoir d’où je l’avais déjà vu. Finalement, l’homme baissa son arme et alla s’installer dans le fauteuil du bureau. Puis, reportant son attention sur moi, il dit :

- Face de Boe, pour vous servir. Que me vaut l’honneur de votre présence et que puis-je faire pour écourter votre séjour au maximum ?

Je tiquai. Ce nom là aussi, je l’avais déjà entendu. Je réfléchi à toutes vitesse, mais je ne parvenais pas à associer de souvenir précis entre le nom et l’apparence. En revanche, ce nom me rappela une bribe de conversation, que j’avais entendue dans une autre époque. Presque surpris, je le pointai du doigt et dit :

- Ah, le pirate de l’espace !
- Quoi ?

Il avait froncé les sourcils, mais je n’y prêtais pas attention, je commençai à définir la personne en face de moi.

- Oui c’est bien ça, déclarai-je. Vous êtes Face de Boe, celui qui jouait au pirate de l’espace à l’Agence du Temps. Vous avez trop regardé Albator quand vous étiez petit ou quoi ?
- Toi… Es-tu vraiment de l’Agence du Temps ?
- Je ne me souviens pas avoir jamais dit une chose pareille.
- Mais puisque tu as ce bracelet, soit tu es membre de l’Agence, soit tué à tuer un membre… De plus, tu connais ma réputation peu flatteuse de l’époque, mais tu ne connais pas le protocole des agents du temps. Je suis curieux de savoir ce que tu es venu faire ici.
- Répond à ma question Face de Boe, et je répondrai à ta curiosité.
- Je ne jouais pas à Albator, comme tu dis, mais mes méthodes étaient peu orthodoxes et peu appréciées par ma hiérarchie. Au fait, je suis ici connu sous un autre nom : Capitaine Jack Harkness.
- Il manquait plus que ça, soupirai-je. C’était Pirate des Caraïbes. Que veux-tu savoir ?
- La raison de ta présence et de ton ami… atypique.
- Nous sommes des égarés du temps. Nous cherchons seulement à retourner à notre époque d’origine. Tu as été agent du temps, je ne sais pas si tu l’es toujours, mais tu devrais pouvoir nous aider à regagner nos époques respectives. Où caches-tu ton Black Pearl ?
- Il a été détruit il y a plusieurs décennies, à présent. Pourquoi-devrai-je perdre mon temps à vous aider ?
- Pourquoi pas ? Je veux seulement que tu m’expliques clairement le fonctionnement de ce bracelet. J’ai bien compris certains points par moi-même, mais le Voyage temporel n’est pas mon fort. J’ai atterris à des époques plutôt… mouvementées. Tu as travaillé pour Torchwood pendant plus d’un siècle, tu sais donc forcément comment on s’en sert.
- Je t’arrête tout de suite. Tu te méprends sur un point. Oui, je travaille pour Torchwood depuis très longtemps, mais non, ce n’est pas dû au voyage temporel.
- Je ne suis pas sûr de comprendre…
- Je suis un homme qui ne peut pas mourir. Depuis la destruction de mon vaisseau, mon… Black Pearl, comme tu dis, j’ai voyagé avec un homme qui s’appelle le docteur. J’ai ensuite été tué et ramené à la vie. Depuis, je reviens à la vie chaque fois que je me fais tuer. Pratique ! Je ne sais pas encore pourquoi, mais je ne m’en plains pas vraiment. Le problème était qu’en essayant de retrouver le docteur, un dysfonctionnement de mon manipulateur de vortex m’obligea à vivre sur Terre pendant un certain temps. Mais je sais à présent quand et ou il va réapparaître, je n’aurais alors qu’à l’attraper au vol. Maintenant, raconte-moi ton histoire.

Ce que je fis. La narration de mon passé dura plus d’une heure, sans que je sente le besoin de m’arrêter. Une fois que ce fut fini, Jack Harkness resta songeur pendant quelques minutes. Je ne parvenais à cerner ses pensées.

- Vous ne me croyez pas ?
- Cela aurait été sans doute plus simple, mais ton histoire n’est pas unique. Il y a ici des précédents.
- Des précédents ? Comment ça ?
- Ici, à Torchwood 3, nous avons actuellement huit personnes qui comme toi ont été aspiré par notre faille. La raison pour laquelle il y a un tel nombre d’égarés du temps à Cardiff, c’est que la faille qui se trouve sous cette ville est probablement la plus instable de cette planète, et probablement l’une des plus dangereuses de l’univers. C’est pour cela qu’il y a un échange aussi important entre les espaces-temps ici.

Une pensée soudaine commença à germer en moi. Cette idée était-elle possible ? Peut-être, mais il ne serait pas facile de la vérifier. Je demandai toutefois :

- Pourrai-je obtenir la permission de rendre visite aux égarés du temps ?
- J’imagine que cela peut se faire, mais pourquoi ?
- J’aurais quelques questions à leur poser.
- Je suppose que ça doit être important, mais il faut que tu saches que la plupart des égarés du temps ont perdu la raison. Tu es le premier humain que je connaisse à avoir été aspiré par la faille et à en être revenu sain d’esprit.

En y repensant, je commençai à me demander si je l’étais vraiment. Je ne connaissais personne d’autre qui entendait une voix lorsqu’il était potentiellement en danger. Toutefois, je préférai m’abstenir de répondre. J’avais un espoir de retourner à l’époque que je n’aurais jamais du quitter, alors autan éviter de tout gâcher.

- Ce n’est pas particulièrement important. J’ai seulement besoin de savoir… Quelque chose que je ne peux apprendre qu’en le voyant de mes propres yeux.

J’allais dire quelque chose de totalement différent, mais quelque chose au plus profond de moi m’incita à ne rien dire, comme si ce n’était pas encore le moment de le dire, qu’il était trop tôt pour cet homme de le savoir.

- Si ça peut te faire plaisir, je te laisse y aller. Je t’y conduirai moi-même. A présent, revenons au sujet principal. Donne-moi la permission de scanner ton manipulateur de vortex.
- Très bien !

Avec son propre bracelet, il scanna le mien, et je fis de même de mon coté. Il était fondamentalement semblable, mais possédait toutefois d’infimes nuances qui le rendait plus performant que le mien. Jack affirma :

- Je comprends à présent. Ton manipulateur de vortex est issu de la première génération. Il possède, en règle générale, une réserve d’une énergie spécifique permettant le voyage temporel. Toutefois, après avoir voyager aussi loin dans le temps, tu l’as totalement épuisé.
- C’est aussi votre problème ?
- Non, mon manipulateur de vortex ne peut plus voyager dans le temps à cause d’un disfonctionnement interne qui ne peut être auto-réparé. Ce n’est pas du à un manque d’énergie, et cela n’aurait pas pu m’arriver car il est équipé d’un convertisseur d’énergie.
- Je vois. Dans ce cas, comment suis-je censé recharger la réserve d’énergie ?
- Cela ne va pas être simple. Généralement, elle se recharge d’elle-même. Lorsque l’on se trouve à proximité d’une faille, la recharge est plus rapide, probablement à cause de la confrontation des espaces-temps. Et plus la faille est instable, plus la recharge est rapide.
- Naturellement.

Cela me soulagea, il me serait plus facile de rentrer chez moi que prévu. Enfin, je disais ça alors que j’étais coincé dans le passé depuis presque trois ans. Plongé dans mes pensées, je ne fis pas attention au sontarian qui arriva dans la pièce, échangea quelques mots avec Jack Harkness et repartit, apparemment satisfait. Toutefois, je revins rapidement à la réalité lorsque l’attention du capitaine revint vers moi.

- Bon, je suppose que nous en avons fini avec les formalités. Passons donc à présent aux négociations.

Je l’observai bien en face, et immédiatement, fis un bond en arrière. Cela avait été un pur réflexe, irréfléchi et immature, mais parfaitement compréhensible. Subitement, Jack Harkness semblait comme irradier de vie et de chaleur. Il s’était lentement approché et je ne savais comment réagir. J’avais été confronté à toutes sortes de situations, toutes totalement invraisemblables, mais je n’avais jamais été confronté à cette situation, pourtant relativement normale. Cet homme, une fois sa méfiance disparue, semblait extraordinairement attirant. Seuls mon instinct surdéveloppé m’avait permis de ne pas succomber immédiatement. Pourtant, je ne savais pas comment réagir. Ces émotions ne faisaient pas partie de ma palette habituelle. Le souffle court, je le regardai s’approcher lentement de moi…

Citation:
Mon cœur battait la chamade et je ne parvenais pas à comprendre pourquoi. C’était un sentiment totalement nouveau, totalement inconnu et je ne savais pas comment y faire face. Je déglutis, je ne possédais ni même ne connaissais les armes à utiliser pour ce genre de combat. Jack Harkness était tout près, à présent. Il m’aurait suffit de tendre le bras pour le toucher. D’une voix douce, presque envoûtante, il demanda :

- Quel prix es-tu prêt à mettre pour bénéficier de mon aide ?
- Euh… Cela dépend de… Ce que l’on me demande.

Je n’en revenais pas. Je bafouillais ! Sans rire, cela ne m’était pas arrivé depuis mes quatorze ans. Comment cet homme, que je ne connaissais même pas pouvait produire un tel effet sur moi ? Je fermai les yeux inspirai lentement, expirai puis rouvrit les yeux. Jack n’avait pas bougé, il m’observait avec curiosité, comme s’il attendait une réaction de ma part. Mon dos collé contre le mur, je ne pouvais tout simplement pas reculer, ou tenter de m’esquiver sur le coté. Aussi, je me relevai bien droit et le fixai dans les yeux. L’espace d’un instant, il sembla septique, mais j’aurais tout aussi bien pu avoir imaginé cette réaction. Il semblait parfaitement serein. Il recula lentement, avec un tendre sourire sur les lèvres, que je m’efforçai de ne surtout pas regarder, car je sentais que la situation échapperai à mon contrôle si je le faisais.

- Disons simplement que tu m’intrigues. Je n’ai jamais vu d’humain aussi complexe que toi.
- Déclare celui qui est immortel.
- Je ne parle pas de cela. En dehors de ce détail, je suis un humain parfaitement normal. Toi, on dirait que ta mentalité et ton comportement s’adapte à ton environnement. Tu sembles agir… D’instinct. J’imagine que les épreuves que tu as subis par le passé ont permis de développer cette incroyable capacité. C’est ce qui me rend si curieux.
- Possible, je ne m’en rends pas vraiment compte.
- Suis les instructions sur ce papier et tu arriveras chez les égarés du temps.
- Merci.

Je m’inclinai légèrement, sans vraiment savoir pourquoi, et sortis. J’étais presque sûr d’avoir vu Jack Harkness sourire au moment où je quittai la pièce.

‘’-Séduisant !’’
- Si tu pouvais éviter ce genre de réflexion, cela me soulagerais.

Impossible de se concentrer. J’étais sur le bateau, en compagnie de Reseat, tandis que nous approchions de l’île de Flat Holm, abritant les réfugiés du temps. Le souvenir de la rencontre avec Jack Harkness me hantait. Mais pourtant, je devais passer à autre chose. La rencontre avec les réfugiés du temps me donnerait un aperçu de ce que je risquais de devenir, et de ce que j’aurais déjà pu être. La seule chose dont je pouvais me féliciter, c’était ma tranquillité d’esprit à ce sujet. Si je devais mourir ou perdre l’esprit, c’est qu’il devait en être ainsi. De quel droit tenterai-je de changer l’histoire pour mon seul bénéfice ? Sur cette réflexion, nous accostâmes sur l’île. En suivant les instructions donné par le chef de Torchwood 3, nous eûmes tôt fait d’arriver à destination. Une fois entré dans ce qui semblait être un bunker, et avoir informé le personnel de la raison de ma présence, on me laissa visiter ce lieu à mon gré. Au début, je fus légèrement surpris de remarquer que la présence d’un sontarian ne dérangea personne, mais en entrant dans une chambre au hasard, je compris rapidement ce manque d’intérêt. La chambre dans laquelle j’étais entré appartenait à un certain Jonah. En le voyant, je crus qu’il s’agissait également d’un alien. Des yeux, je fis la navette entre Reseat et l’homme, anormalement déformé. Leur ressemblance entre eux me sidéra. Comment deux races aussi éloignées pouvaient autant se ressembler ? La différence majeure entre ces deux personnes était l’énorme cicatrice de Jonah à coté de son œil droit, qui déformait encore davantage son visage. Reseat semblait légèrement surpris, mais je ne parvenais pas à savoir pour quelle raison. Jonah demanda, passablement nerveux :

- Qui êtes-vous ?
- Des visiteurs, expliquai-je. J’aimerais savoir ce qui t’est arrivé. Accepteras-tu de me raconter ton histoire ?
- As quoi cela va-t-il servir ? J’ai vécu près de quarante ans dans une époque de cauchemar, pourquoi devrai-je me rappeler ces souvenirs si horribles alors que je fais tout ce que je peux pour les oublier ?
- Peut-être pour éviter à d’autres personnes de subir le même sort que celui qui t’a été infligé.
- Ton visage est celui d’un guerrier. Tu devrais être fier de ce que tu as accompli.

Jonah et moi regardâmes le sontarian avec stupéfaction. Pourquoi avait-il dit une chose pareille ? Mais je n’eus pas le temps de le reprendre, car l’égaré du temps poussa un soupir avant de déclarer :

- Très bien. Je vais vous raconter mon histoire !

Et pendant environ une heure, il nous expliqua ce qui lui était arrivé. Bien que j’aie vécu de nombreuses expériences effrayantes, son histoire me donna la chair de poule. Mais, en plein milieu de son histoire, il eut un début de spasme. Le personnel m’avait expliqué ce que cela signifiait : sa crise n’allait plus tarder. Il haletait. Tant qu’il lui restait un peu de temps, je posais la question qui était la raison de ma présence en ce lieu :

- Quelle était ta mentalité, dans les jours ayant précédés ton exil temporel ?
- Je… Je ne sais pl-plus… Tout est… Tout est confus… Je…
- Fais un effort et dis-moi : Désirais-tu voyager ? T’impliquer pour contribuer à l’histoire ? S’il te plait répond, c’est extrêmement important.
- Je… Je crois que… Oui, il me… Il me semble… Que je voulais partir… Je rêvais… Je rêvais de m’en aller dans un… Dans un pays plus chaud… Je…

Et brutalement, il se mit à hurler. C’était un cri perçant, désespéré, et empli de folie. On m’avait prévenu, et pourtant j’étais à mille lieues d’imaginer à quel point c’était terrifiant d’assister à ce spectacle. Un peu partout dans la base, d’autres hurlements répondirent. Je fouillais les chambres une par une. Enfin, je trouvais une pensionnaire qui n’était pas dans sa phase folle. Aussi vite que possible, je lui posais la question. Comme je l’avais imaginé, elle me répondit par l’affirmative. Dans l’attente que d’autres patients sortent de leur transe de la folie, je m’installai dans un coin et commençai mes réflexions. Parmi elles, ma conversation avec Jack Harkness me revint en mémoire. Sain d’esprit, hein ? Effectivement, comparé à ces gens, je m’en étais vraiment bien sortis. Qu’est-ce qu’une petite voix, quand j’avais pour le reste toute ma raison, alors qu’eux n’avait droit qu’à environ quatre heures de lucidité par jour ? Mais je me rendis compte d’un détail que je n’avais pas encore exploité. Reseat avait lui aussi traversé la faille, alors les circonstances étaient probablement les mêmes, non ? Je le lui demandai :

- Oui, je désirai voyager. Les guerres se font rares, en ce moment et les sontarian se déplacent généralement en groupe. Mais je voulais expérimenter un voyage solitaire, rien qu’une fois. C’est à ce moment là que j’ai été aspiré par la faille.
- C’est ce que je pensais.
- Qu’est-ce que tu pensais ?
- Les conditions, ou les pré-requis, qui font que les failles « absorbent » des personnes dans toutes les époques. Pour les êtres vivants, il s’agit d’un désir. La faille les envoie dans un lieu qui répond aux critères qu’ils imaginaient. Jonah, par exemple, voulait un lieu inconnu de lui, et qui soit chaud et il a été envoyé dans le futur sur une planète à proximité d’une étoile mourante. Toi, tu voulais un voyage solitaire dans un lieu qui te serait propice et tu as atterris sur Terre. J’imagine qu’il existait d’autres lieux qui auraient pu correspondre à ces critères, mais je pense que le transfert ne peut avoir lieu qu’entre deux failles, comme si chacune d’elles n’étaient qu’un ordinateur connecté à un immense réseau. C’est fascinant, et un peu glauque aussi.
- Mais dans ce cas, pourquoi sont-ils revenus, si le lieu était celui qu’ils désiraient secrètement par-dessus tout ?
- Je pense que c’est à cause de l’adaptation. Ils n’y sont pas parvenus. Ils ont échoué à se fondre dans ce nouvel environnement et leurs désirs ont brutalement été inversé, du coup la faille les a fait revenir. Le problème, c’est que le temps s’est écoulé, et ne peut être effacé. Ils sont revenus, mais à une époque postérieure à leur disparition, mais toujours dans la continuité des lignes temporelles de leurs proches. Ceux qui ne sont pas revenus sont soit morts, soit ont réussis à s’adapter. Mais autre chose m’intrigue, pourquoi son visage ressemblait-il autant au tien ?
- A cause des radiations ! Les sontarian sont un peuple de guerriers et se battent pour n’importe quel motif, pour peu qu’il y ait de l’honneur à gagner. Nous absorbons donc régulièrement de fortes doses de radiations.
- Et ce n’est pas dangereux pour vos descendances ?
- Nous ne nous reproduisons que par le clonage, les risques sont inexistants. Notre moyenne d’âge est de 11 ans.
- Toutes mes condoléances. Donc son visage, en absorbant des fortes doses de radiations s’est transformé et est devenu proche du votre. Cela veut-il dire qu’avant vous étiez humains ?
- Peu probable. Mon espèce est plus vielle que la tienne. Mais en partant du fait que les humains et les seigneurs du temps se ressemblent énormément alors qu’ils sont respectivement l’une des plus vielles et l’une des plus jeunes race de l’univers, alors il est possible que nous vous ayons ressemblé, il y a longtemps.

Ces déclarations me laissèrent pensives. L’univers était si vaste et si complexe. Je me demandai combien de secrets je parviendrai à découvrir durant la faible durée de vie qu’était la mienne. Mais pour le moment, je me concentrai sur mon objectif et devais, pour cela, vérifier mon hypothèse. Ainsi, au cours de vingt heures qui suivirent, je naviguai entre les différents patients, qui retrouvaient leur lucidité, chacun leur tour. Chacun me confirma mon hypothèse. Je venais finalement de découvrir la raison de ces disparitions ainsi que leur explication. Je n’avais donc plus rien à faire ici. Je notai dans un cahier toutes les découvertes que je venais de faire et décidai finalement de partir.

De retour à Cardiff, la nuit suivante, je retournai une nouvelle fois, et probablement la dernière, à Torchwood 3. A peine arrivé, Jack Harness vint à ma rencontre et mon malaise recommença. Décidément, ne pas pouvoir me montrer à mon maximum devant cet homme m‘horripilait. Mais le pire, c’était la façon dont mon cœur s’affolait. Là, je ne parvenais tout simplement pas à comprendre, alors je l’ignorai. Toute mon attention face à celui devant lequel je ne devais pas faiblir, j’attendis.

- Enfin terminé ? Temps mieux. Mais je commence à croire que vous faîtes exprès de venir la nuit. Vous seriez venu dix minutes plus tôt et j’aurais pu vous présenter mon équipe. Nous sommes quatre, actuellement : Suzie Costello, Owen Harper, Toshiko Sato et moi.
- Ce n’est pas intentionnel, mais il est vrai que la nuit nous est favorable lorsque l’on se déplace. Un alien et un excentrique armé jusqu’aux dents risque légèrement de provoquer la panique.
- Effectivement.
- Plus important, je suis venu te prévenir que mon travail a porté ses fruits. Je vais bientôt retourner à Torchwood 4.
- Très bien. Mais comment vas-tu retourner en Irlande ?
- Euh… Comme à l’allée, je suppose, déclarai-je, sans préciser que cela avait été un simple coup de chance que le trajet se soit bien déroulé.
- Je dois bientôt me rendre à ton institut. Si j’avance mon arrivée, vous n’aurez qu’à faire le trajet avec moi.

Cela me soulagea, mais je ne pouvais m’empêcher d’imaginer une intention caché derrière ce geste. Il ne lui fallu que dix minutes pour organiser son départ et, deux heures plus tard, nous étions à l’aéroport où un jet privé de Torchwood nous attendait. Le trajet se fit en silence. A l’arrivée, j’étais déjà prêt à partir, mais je vis qu’aucune voiture ne nous attendait. Etrange que Jack Harkness, qui semblait si pointilleux des détails, à en voir sa tenue, ait oublié ça. Mais, en me retournant, je compris la raison de cette absence. L’homme en manteau n’avait pas quitté l’avion. En retournant à l’intérieur, je le vis, toujours assis dans son siège, comme si le vol n’avait jamais eu lieu. En me voyant, il eu un sourire sensuel.

- Nous sommes arrivé à Belfast. Pourquoi n’es-tu pas déjà parti ?
- C’est quoi ton problème ? Ne me dit pas que tu as organisé ce voyage uniquement pour qu’on rentre sans difficulté.
- Très bien, dans ce cas je ne le dirais pas.
- Parce que c’est la vérité ?
- Qui sait…

J’avais le souffle court. Cet homme arrivait à me mettre dans tous mes états avec une facilité déconcertante. Il me rendait vraiment nerveux. Je ne parvenais pas à comprendre le sens de cet acte, qui n’était de toute évidence pas désintéressé. Jack Harkness haussa les épaules, avant de déclarer :

- En réalité, je tenais à t’offrir un cadeau, mais tu n’aurais pas été en mesure de l’emmener clandestinement, alors j’en ai profité pour l’amener. Elle est derrière toi.
- Quel genre de cadeau ?
- Tu verras bien.

Agacée, je m’exécutai. Le « cadeau » en question était à l’intérieur d’une énorme caisse en bois. Comment se faisait-il que je ne l’avais pas vu plus tôt ? Mon manipulateur de vortex répondit à cette question. Apparemment, il avait été recouvert par un filtre de perception, qui avait été enlevé après ma sortie de l’avion. J’ouvris la boite. Il contenait une vielle tenue d’astronaute de la fin des années soixante. Je ne compris pas le message qu’il était censé me transmettre. Un bras me retourna vivement, et j’eus tout juste le temps de projeter ma tête vers l’arrière, mais ne pu éviter totalement l’impact. Quelque chose effleura mes lèvres. Perturbé, je vis Jack Harkness passer un doigt sur les siennes de façon sensuelle et l’air satisfait. Il n’avait quand même pas osé ! D’un mouvement, je dégainai mon pistolet et le braquai sur cet homme d’une autre époque, qui ne réagit pas. Même s’il était immortel, ma colère était telle que je l’aurais bien abattu une ou deux fois, le temps de me calmer.

- Pourquoi tant de haine ? demanda-t-il d’un ton innocent.
- Pourquoi avoir essayé de m’embrasser ? répliquai-je. Est-ce comme ça que tu fais tes conquêtes ? Si tel est le cas, tu ne dois pas avoir réussi grand-chose.
- Que tu crois. J’adapte mon comportement et mes paroles à ma proie. Tu es tellement sauvage et bestial que l’honnêteté et la brutalité sont mes meilleurs atouts pour te conquérir.
‘’-Intelligent !’’ complimenta la voix.
- Dans ce cas, déclarai-je en rangeant mon arme, amuse toi autant que tu veux. Mais je te préviens, au moindre geste déplacé je te fais sauter la cervelle. Et j’augmenterai la punition à chaque fois. Maintenant, dis-moi pourquoi tu m’as offert cette antiquité.
- Simplement parce qu’elle est arrivé par la faille. Tu étudies les phénomènes qui y sont liés, non ? Eh bien cette combinaison ne ressemble à rien de ce que je connais. Elle a été construite vers 1968, ça je l’ai confirmé, mais la technologie, bien qu’humaine, ne correspond pas à notre niveau actuel, même maintenant.
- Mais tu as une théorie, j’imagine.
- Oui, il existe des mondes et des univers parallèles. L’histoire y est semblable, mais au fil du temps, de nombreuses différences avec notre propre univers apparaissent. Cette combinaison a pu être conçue dans une réalité alternative.
- Mais tu n’en es pas certain.
- Oui. Comme je n’ai pas le temps ni le personnel pour vérifier, je te la confie. A ce propos, voici ce que j’ai trouvé dans un des gants de cette combinaison.

Il me tendit un petit portefeuille contenant, à l’intérieur, une feuille de papier blanc. Je le pris et l’observai.

- En quoi est-ce si extraordinaire ?
- Tu n’as pas vu ce qui était écrit ? demanda-t-il avec un sourire espiègle.
- C’est un papier blanc comme on en trouve un peu partout. Pas de quoi fouetter un chat.
- J’aurais du m’en douter. Ton esprit est puissant, donc cela n’a aucun effet sur toi. Il s’agit d’un papier métapsychique. On peut s’en servir pour montrer ce que l’on veut à la personne à qui on le montre.

Ce qui me fit comprendre l’insinuation et le sourire de Jack quand il m’avait demandé ce que j’avais lu. Lentement, je sortis mon sabre. Le capitaine Harkness tendit les deux mains devant lui et dit :

- Calme-toi, je ne faisais que plaisanter. Ce papier possède de nombreuses propriétés, tu les découvriras en l’expérimentant.
- Tu me le donnes également ?
- Il était avec la combinaison d’astronaute, donc oui. Il s’agit probablement d’un élément important pour comprendre d’où ils viennent.
- Que sais-tu sur cet objet ?
- Assez peu de choses, pour le moment. Je sais, en revanche, que le docteur en possède un assez semblable. Si tu le trouves, tu pourras le lui demander toi-même. Après tout, n’est-ce pas un des objectifs de Torchwood que de le capturer ?
- Si, mais cela ne m’intéresse pas du tout.
- Tu as raison, car il est une bénédiction. Si jamais on l’empêchait d’agir, le monde pourrait fort bien sombrer dans le chaos.
- Peut-être… En tout cas, il ne sert à rien de nous éterniser ici !
- C’est vrai. Bon retour chez toi.
- Dépêche-toi de retourner à Cardiff. Un capitaine ne devrait jamais laisser son vaisseau sans surveillance. Ton Black Pearl pourrait très bien passer aux commandes d’un autre si tu n’es pas là.

Loin d’être vexé, il sourit et me laissa agir. Je fis descendre la caisse de l’avion puis, après avoir prévenu le membre de mon unité qui était chargé du service de nuit ce soir, à savoir Silvia, attendit qu’elle vienne nous chercher. Une fois arrivé, elle m’aida à charger la caisse dans le véhicule et nous fit monter ensuite. Alors qu’elle nous ramenait vers notre institut, je vis l’avion du capitaine Harkness repartir pour Cardiff. Je poussai un soupir de soulagement. Cet homme était vraiment étrange, et il m’avait clairement montré qu’il pensait la même chose de moi. Mais j’étais heureux et légèrement sceptique d’être parvenu à me débarrassé de lui aussi facilement. A présent, je pouvais recommencer à me concentrer sur mon travail…

Citation:
Le lendemain, l’analyse de notre nouveau matériel commença. Je fis analyser la combinaison par l’équipe, pendant que moi-même cherchait à comprendre le fonctionnement du papier métapsychique. Jusqu’à présent, j’en étais venu à une seule conclusion : c’était un papier ! Quand à savoir comment il parvenait à manipuler l’esprit pour montrer ce que le possesseur désirait, je n’en avais pas la moindre idée. Il m’avait été assez facile de m’adapter de façon à voir ce que présentait le papier. Mais ce n’était pas d’une netteté absolue. Je voyais le texte, mais sans le voir vraiment. C’était comme voir une image holographique, mais en 2D et en plus subtil. Pour moi, ça ressemblait à une surimpression, je voyais à la fois le document projeté dans mon esprit et la feuille blanche. J’en fus donc arrivé à la conclusion que l’on ne peut voir la projection avec une netteté absolue que si notre esprit n’est pas assez entrainé ou naturellement puissant. J’en fis donc un rapport au capitaine Pember, en lui spécifiant bien que tous les agents de Torchwood devraient subir un entrainement en vue d’entrainer leur mental afin d’éviter d’éventuels soucis psychiques à l’avenir. Nul doute qu’un document d’une telle importance ne mettrait pas longtemps à parvenir à Torchwood 1. Toutefois, je m’étais abstenu de préciser que je possédais l’objet ayant servi à l’étude de ce phénomène. On m’avait déjà privé du cyberman, je ne tenais pas à subir une nouvelle réquisition. Il me fallait du matériel de base, si je voulais avancer sur l’étude des failles. La tenue d’astronaute était déjà plus ordinaire, cela ne devait probablement intéresser que moi, et uniquement à cause du fait qu’elle était arrivée par la faille.
Toutefois, après analyse complète et vérification, elle éveilla mon intérêt. Apparemment, le caoutchouc qui la compose contient une matière que ne reconnaît pas le superordinateur, mais qui est indubitablement d’origine terrienne et conçu sur Terre. De même, l’intérieur de la combinaison est très étroit. A moins d’être un enfant, impossible de rentrer dedans. Mais pourquoi avoir fait cette combinaison de taille adulte ? La suite de l’analyse l’expliqua. Apparemment, l’intérieur de la combinaison s’écartait, mais uniquement lors de la présence d’un individu à l’intérieur et si cette personne possédait une force considérable. La matière de cette étrange combinaison me fascinait, aussi demandai-je à Ludovic de me fabriquer une paire de gants en prélevant un peu de ce caoutchouc. J’avais conscience de donner beaucoup de travail à Ludovic, comparé aux autres membres, mais il était le seul de l’équipe à savoir utiliser la nanotechnologie, que nous étions désormais autorisés à utiliser en libre-service, pour compenser l’incident cyberman. Il ne fallait que mon autorisation pour que l’équipe soit autorisée à s’en servir. J’avais demandé à Reseat ce qu’il pensait de cette étrange combinaison et il m’avait simplement répondu qu’il ne comprenait pas notre obstination à vouloir autant de vêtements différents quand il nous suffisait de posséder une seule tenue pouvant servir à toutes les fonctions. Il m’arrivait parfois d’oublier qu’il était issu d’une race de combattants. Il fallut deux jours pour que mes gants soient prêts. Ludovic avait même pris la peine de les fabriquer en noirs, pour harmoniser avec ma tenue. Ils étaient souples et relativement peu épais. J’oubliai rapidement que je les portai.

La semaine passa ainsi, analysant la combinaison spatialle, le doigt cyberman ou la faille. C’était le seul matériel dont nous disposions à l’heure actuelle. Toutefois, Glasgow nous a proposé un programme visant à nous envoyer les différentes technologies provenant de la faille. Leur institut était spécialisé dans la logistique et la tactique de guerre, ce matériel non-homologué ne leur était d’aucune utilité tant qu’aucun test n’avait été fait. L’institut de Londres, quant-à-lui, englobait tous les domaines. Ils n’allaient certainement pas éloigner d’eux la plus petite technologie alien sous prétexte qu’ils ne savaient pas encore s’en servir. Cardiff était relativement indépendant et polyvalent. Jack Harness avait montré son « désir » de coopérer, mais j’ignorais encore le prix à donner en échange. Pour Belfast, nous étions plutôt spécialisés dans l’archivage des données de Torchwood. En cas de destruction du QG principal, toutes les données du réseau Torchwood étaient directement téléchargées dans une unité de stockage surprotégée. Autant dire que notre masse de travail était relativement faible, pour le moment. Durant mes temps libres, je faisais de la lutte avec Reseat, car j’étais le seul de physiquement capable pour lui tenir tête dans mon service. Hormis cela, nous pouvions également nous entraîner au tir ou aux armes en tout genre dans les salles d’exercices spécifiques. Le temps s’écoulait lentement. Aussi, quand l’alarme signalant une activité de la faille se déclencha, presque tout le monde sursauta. Cela faisait un bon moment qu’elle ne s’était pas manifestée. Après tout, elle était l’une des failles les plus stables du Royaume-Uni, il était donc normal que son activité soit faible. En à peine quelques minutes, tout le monde fut près à partir. Cette fois-ci, Reseat serait de la partie, tandis que Nadya serait notre intermédiaire.

La traversée de la faille se déroula sans encombre. De l’autre coté, il n’y avait qu’une pièce relativement ordinaire. Mon équipe se déploya rapidement, ce qui nous permis de ne pas perdre de temps. Je tentai d’analyser la structure de cet étrange endroit, mais mon manipulateur de vortex n’y parvint pas. Ce serait donc notre première aventure véritablement vers l’inconnu.

- Une idée d’où on se trouve ? demandai-je, à tout hasard.
- Pas vraiment, marmonna quelqu’un derrière moi.
- J’ai l’impression d’être de retour dans le vaisseau cybermen.
- Non, répliquai-je. C’est différent du vaisseau cybermen, peut-être une base spatiale.

Je savais de quoi je parlais, car cela ressemblait davantage à la base de l’Agence du Temps qu’au vaisseau cybermen. Reseat semblait légèrement mal à l’aise. Il semblait savoir, ou du moins se douter de quelque chose. Pour le moment, je ne le forçai pas à dire quoi que ce soit, mais il allait bientôt me falloir des réponses. Nous explorions cet étrange endroit depuis quelques minutes déjà quand nous croisâmes un premier signe de vie. A la première intersection, une espèce de mannequin en plastique manqua de nous percuter. Aussitôt, celui-ci recula d’un pas et tandis une main. Celle-ci s’ouvrit, révélant quelque chose ressemblant à une arme. Reseat fut le premier à réagir. Il attrapa la main et l’obligea à pointer vers le ciel. Un rayon d’énergie jaillit de la main et transperça le plafond. Aussitôt, je sortis mes deux armes et tirai trois coups : un coup dans chaque main et un autre dans la tête. Le mannequin en plastique s’effondra et ne bougea plus. Reseat le laissa comme tel et nous prévins :

- Ce sont des autons. Des créatures en plastiques équipée d’armes dans les mains. C’était un bon réflexe de les détruire, on ne sait jamais s’ils sont vraiment mort ou s’ils simulent. Leur détruire la tête ne suffit pas toujours, alors détruire leurs seuls armes est très important, lorsque le temps le permet.
- Lorsque le temps le permet ? répéta Ludovic, troublé.
- Oui, nous sommes sur un vaisseau auton. Si l’un nous a vu, alors tout le vaisseau est au courant de notre présence. Nous avons deux choix : partir immédiatement, ou détruire le vaisseau.

Presque toute mon unité pencha en faveur du départ, mais j’étais décidé à poursuivre mon exploration, au plus grand bonheur du sontarian qui sentait l’honneur du combat suinter des murs, selon ses propres mots. C’est pourquoi l’équipe se remit en route, quoique avec réticence. Je remplaçai mes chargeurs de balles ordinaires contre celles d’explosives, et me tint prêt.

‘’Vous devriez revenir maintenant !’’ déclara Nadya. ‘’ On ne connaît pas les dangers de ce vaisseau.’’
‘’ La situation est la même chaque fois que l’on traverse la faille.’’ Répondis-je. ‘’C’était déjà le cas quand tu es venu avec nous pour visiter le vaisseau cybermen, je te rappelle’. En plus, cette fois, nous avons quelqu’un qui connaît ce que l’on rencontre et comment l’affronter.’’
‘’ Mais pourquoi les affronter si vous pouvez l’éviter ?
‘’ Que feras-tu si un jour les autons débarquent sur Terre ? Tu te cacheras parce que, la seule fois où nous avons eu la possibilité de les étudier, tu as été trop lâche pour prendre un petit risque ?’’
‘’ Je…’’
‘’ Il suffit, on ne discute pas mes ordres.’’

Pas de réponse. Lui avais-je fait peur ? Peut-être. Finalement, sa voix résonna à travers mon manipulateur de vortex :

‘’ D’accord’’
‘’ A la bonne heure. A présent, essaye de voir si quelque chose approche’’
- Elle ne trouvera rien, déclara Reseat. Les autons ne sont pas vivants.
- Sans doute, mais ils se déplacent, donc en utilisant le radar, on trouvera peut-être des mouvements autre que les nôtres.
- Pour en trouver, elle va en trouver, mais cela ne va servir à rien…

Et en effet, quelques secondes plus tard, Silvia déclara :

‘’ Mauvaise nouvelle ! Le vaisseau grouille de partout. L’image du radar est complètement inutilisable. Je ne parviens même pas à vous localiser.’’
‘’ Laisse tomber ! Contente-toi de surveiller la faille afin de t’assurer qu’aucun auton ne la surveille, en supposant qu’ils sachent qu’elle est là. Notre retour sera probablement mouvementé, alors évitons de nous retrouver sans sorties de secours.’’
‘’ Très bien !’’

Fin de la transmission. Durant tout l’échange, nous avions poursuivi notre chemin. Difficile de dire combien de temps nous allions pouvoir avancer ainsi sans être déranger. Il ne fallut plus attendre longtemps pour voir arriver l’armée d’autons tant attendue. Pas le temps de faire dans la dentelle. Nous ouvrîmes le feu dès qu’ils nous virent. La tête était notre priorité, mais nous ne faisions pas vraiment de favoritisme. Tant que l’on touchait notre cible, cela nous convenait. Rapidement, nous arrivâmes dans une nouvelle pièce. Cela ressemblait vagument à une salle des commandes. Dès que tout le monde fut entré, l’équipe ferma la porte derrière elle et la bloqua comme elle put. Il faisait chaud dans cette pièce, anormalement chaud. En quelques secondes, nous étions en sueur, et cela n’était pas du à notre course à travers le vaisseau. Je me mis aussitôt à tenter de comprendre comment était piloté l’appareil, en le scannant avec le manipulateur de vortex. Pour le moment, il était en pilotage automatique. Non, il était contrôlé par une conscience externe. Juste en dessous de nous, là ou la chaleur était la plus forte, résidait une créature qui manipulait ce vaisseau.

- Ce n’est pas une technologie auton, déclara Reseat.
- De quoi ? Hurlai-je, tant la chaleur et le stress m’envahissaient.
- Les autons ne voyagent pas dans l’espace, sauf s’ils ont piraté un vaisseau d’une autre race. Je ne connais pas celle qui est à l’origine de ce vaisseau. Toutefois, je sais que ce qui contrôle les autons est ici-même. Ce doit-être une conscience Nestene. Ce sont eux qui se servent généralement des autons.
- Donc, que doit-on faire pour se sortir de là ?
- Détruire la conscience Nestene.
- Comment ?
- Avec un produit spécial, mais nous ne le possédons pas pour le moment.
- Tu trouves ça drôle de nous donner de faux espoirs ?
- Tu poses des questions, j’y réponds, c’est la règle que tu m’as demandé de suivre quand j’ai rejoint ton service.

Et c’est qu’il avait raison, en plus ! Je lui avais effectivement dit ça. Donc, pour le moment, plutôt que de m’énerver contre le sontarian, je devais trouver un moyen de nous sortir de là. Je continuai de me battre avec la conscience Nestene pour le contrôle de l’appareil, mais je ne parvenais pas à pirater son système. Je rageai, tant mon impuissance était évidente. Et cette chaleur n’aidait en rien. Si seulement je pouvais la baisser juste un peu… Je relevai la tête. Oui, je le pouvais. Une rapide analyse du système de refroidissement m’indiqua qu’elle était actuellement utilisé dans son intégralité pour empêcher la chose au dessous de nous de faire fondre le vaisseau et de passer au travers. Mais, concentrée qu’elle était à piloter le vaisseau et à contrôler nos assaillants qui tentaient toujours de traverser la porte, elle négligeait la protection du système de refroidissement. En scannant les composants utilisés pour le refroidissement, je faillis être choqué : c’était de l’azote liquide ! La chose sous nos pieds devait être incroyablement chaude.
Immédiatement, je détournai une petite partie du système et déversais de l’azote réfrigéré dans tous les couloirs, avant de réchauffer le tout violemment. Puis, j’ordonnais qu’on ouvre la porte. Après une rapide hésitation mon équipe s’exécuta. Tous les autons avaient subi le chaud-froid et s’étaient effrités. Certains commençaient déjà à tomber en morceaux. Mais mon attention se reporta sur mon duel contre la conscience Nestene. Lorsqu’elle avait senti que ses autons avaient été détruits et comment, son énergie se concentra sur la remise en place du système de refroidissement. Durant le court moment où elle laissa les commandes du vaisseau inactives, je piratai les données avec mon manipulateur de vortex.
Je programmai l’autodestruction du vaisseau au bout de vingt minutes et protégeai la manipulation à l’aide de plusieurs sécurités et d’un virus informatique. Puis, j’ordonnai de retourner à la faille. Tant pis pour l’exploration, mais le temps nous manquait, désormais.

- Détruire le vaisseau ne détruira pas la conscience Nestene, m’informa Reseat.
- Vraiment ? Tant pis. Au moins je l’empêcherai de nuire pendant un certain temps. C’est déjà ça.
- As-tu regardé où se dirigeait le vaisseau ?
- Non.
- La Terre !

J’étouffai un juron, il manquait plus que ça. Mais pourquoi toutes les races de l’univers semblaient vouloir se rendre sur Terre. On faisait parti d’une zone touristique ? En tout cas, on devait vraiment valoir le détour.

- Comment sais-tu cela ? demandai-je.
- Les indications du tableau de bord. Elles étaient rédigées dans la langue officielle selon les lois de la Proclamation des Ombres.

Proclamation des Ombres ? Je n’avais aucune idée de ce que c’était, mais pour le moment j’avais des soucis plus importants. Tout en courant, je réfléchissais. Ou étions-nous dans l’espace, actuellement ?

- Dans combien de temps ce vaisseau est-il censé arrivé sur Terre ? demandai-je.
- Une semaine, d’après les informations.
- Et selon l’époque d’où l’on vient, cela nous laisse combien de temps ?
- Une semaine !

Evidemment. Quand le temps manquait, il manquait jusqu’au bout. C’était la première fois que la faille nous transportait à travers l’espace, sans nous transporter à travers le temps. J’en pris note, mentalement. Toutefois, je ne m’attardais pas sur le sujet. Les autons étaient de retour, juste derrière nous. Tout en avançant à reculons, je me mis à leur tirer dessus, tout en ordonnant à l’équipe de continuer son chemin. Nous étions pratiquement arrivés à la faille, et il fallait absolument s’assurer que les autons n’étaient pas présent, étant donné que je ne parvenais plus à contacter Nadya.
Le chemin semblait ne jamais vouloir s’achever. Les ennemis arrivaient, de plus en plus nombreux et les empêcher de gagner du terrain était de plus en plus difficile.

‘’ Dépêchez-vous’’ s’écria Nadya. ‘’ Il y a… la faille. Elle est…ble…’’

La connexion avec Nadya était revenue, mais elle était parasitée. Ce n’était jamais arrivé auparavant. Je craignais le pire. Il fallait qu’on se dépêche d’atteindre la faille. Il ne restait que quatorze minutes au compte à rebours lorsque mon équipe arriva finalement dans la pièce contenant la faille. Le temps était compté, mais il n’était pas encore trop tard. Avec le manipulateur de vortex, j’ouvris le passage vers Torchwood et ordonnai à mon unité de traverser. Reseat et moi retînmes les autons durant ce laps de temps. Finalement, tout le monde était passé, il était temps ! Je n’avais plus de munitions explosives, et mes balles ordinaires commençaient à s’épuiser également. Lentement, à reculons, je me rapprochais de la faille, aussitôt suivit par Reseat. Une fois arrivé à hauteur de la faille je me retournai pour la traverser. C’est alors que je me rendis compte de mon erreur. Nous avions mis trop de temps. J’avais oublié l’instabilité de la faille. Je me souvenais des problèmes de communication avec Nadya. Ce n’était pas dû à des parasites, mais à la faille qui se reconnectait à une autre. Et notre sortie de secours vers la Terre s’était définitivement fermée. Il ne restait que treize minutes avant la destruction du vaisseau, et nous étions seuls, isolés et sans aucune échappatoire…

Citation:
Je refusais de croire en la réalité. Mon esprit restait persuadé que ce ne pouvait être qu’une épouvantable erreur. Pourtant, j’eus beau vérifier la faille quatre fois le résultat était toujours le même : la connexion avec notre point de départ était rompu. Alors qu’il ne restait que douze minutes, mon cerveau se mit à fonctionner à toute allure. Je songeai aux moyens dont nous disposions pour nous échapper. La faille ? Non, elle débouchait dans le vide intersidéral désormais. Le temps qu’elle se connecte à un autre point, le vaisseau aurait explosé depuis longtemps. Le voyage temporel ? Je vérifiais mon manipulateur de vortex, mais comme je le craignais, l’énergie accumulée était encore trop faible pour transporter ne serait-ce qu’une personne. De plus, je n’avais pas l’intention d’abandonner Reseat. Quoi d’autre comme option ? Je réfléchis à tout ce qui me venait en tête, je ne trouvais rien. La seule possibilité éventuelle pour survivre était de désactiver le système d’autodestruction. Or la conscience Nestene me bloquait cet accès ainsi que celui me permettant de désactiver les protections de l’autodestruction. Aucune échappatoire donc. Cette prise de conscience, loin de me briser, fit naître en moi une forme de résignation presque joyeuse. J’allais mourir. Avec un sourire carnassier, je rejoignis le sontarian et vidait le reste de mes munitions sur nos assaillants auton, encore bloqués dans le couloir. Un simple échange de regard suffit pour que Reseat comprenne la situation. Il se contenta de pousser un soupir, comme s’il s’y attendait. Lorsque mes armes à feu ne me furent plus utiles, je dégainai mon sabre.

- Onze minutes à vivre ! Déclarais-je allégrement. Pour finir en beauté, on se fait un massacre en règle ?
- Evidemment, répliqua le sontarian, hilare. Ce sera le summum de notre vie, il ne faut pas rater notre sortie de scène.
- Dans ce cas, faisons-nous plaisir !

Et sans plus de commentaires, je m’élançais dans la marée de corps plastifiés. Sitôt que l’un d’eux semblait vouloir me saisir ou me viser, je le tailladais, le tranchais, ou le démembrais sans hésitation. De toute façon, ils n’étaient pas vivant à la base, alors pourquoi se priver de son plaisir ? En deux minutes à peine, nous étions de retour dans la salle des contrôles. Bien que je ne sache pas lire ce qui était écrit sur les écrans, je pouvais deviner que la conscience Nestene en bavait à tenter de stopper l’autodestruction du vaisseau. Je retins un ricanement. Elle se donnait tellement de mal, il serait vraiment dommage pour elle qu’un élément perturbateur ajoute un peu de difficulté, pas vrai ? Je sortis mon tazzer et vidai toute sa puissance électrique sur le poste de pilotage. Ainsi, même si elle parvenait à empêcher la destruction du vaisseau, elle serait obligée de s’écraser sur Terre. Pourtant, je ne m’étais pas attendue à déclencher une sirène et un message d’alarme sur les écrans de contrôle. Curieux, je m’approchai pour lire le message et me vexais de ne pas pouvoir le lire.

- Reseat, tu ne pourrais pas me lire ce message ? Demandais-je par réflexe, avant de me rendre compte que je me comportais de façon ridicule.

Le message signalait probablement la perte de contrôle du vaisseau. Pourtant, Reseat s’approcha d’un écran, le lut et s’éloigna en m’ignorant, repartant affronter l’armée auton. Ce comportement bizarre m’énerva. Il y avait quelque chose dans ce message, j’en étais certain désormais. Jamais encore Reseat n’avait aussi délibérément ignoré un ordre, aussi idiot soit-il. Pourtant, il n’avait pas fait ce que je lui avais demandé cette fois-ci. Je voulais savoir pourquoi ?

- RESEAT, hurlais-je, en embrochant au passage deux corps en plastique qui voulaient se jeter sur moi. Dis-moi ce qui est écrit sur ce message.
- Rien d’important, marmonna-t-il. Vraiment rien d’important.
- Reseat, dis-moi ce qui est écris. Immédiatement.

Il resta muet. Je soupirai. Il était un sontarian après tout. Il faisait parti d’un des peuples les plus têtus de l’univers. Je changeai alors de tactique :

- Tu n’en as pas marre d’affronter ces mannequins en plastiques ? Moi si. Voila ce que je te propose : tu me dis ce qui est écrit, et en échange on se livre dans un duel comme tu les aimes tant.

Je savais que mon offre était alléchante pour lui. J’étais le défi le plus intéressant sur le vaisseau à l’heure actuelle. Son hésitation me laissa stupéfait. Que tentait-il donc de me cacher à tel point qu’il était prêt à sacrifier un duel à mort contre moi ? Finalement, dans un soupir de résignation, il déclara :

- Très bien, je vais te le dire. Le message inscrit est : « Alerte code huit ! Le poste de pilotage a été endommagé ! Alerte code huit ! Tout le personnel est prié de se rassembler aux capsules de sauvetage les plus proches ! Alerte code huit ! Le poste de pilotage a été… »

Je ne l’écoutais déjà plus. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt. Il y a toujours des canots de sauvetage dans les bateaux. Le principe restait le même, que ce fut sur Terre ou dans l’espace. L’irritation me gagna ensuite, néanmoins. Pourquoi le sontarian m’avait-il dissimulé un moyen aussi évident de survivre ? La réponse me vint presqu’immédiatement. Il était un peuple guerrier, il ne fuit jamais, préfère mourir au combat. C’était pour cela qu’il me l’avait dissimulé. Et si ensuite il me l’avait dit, c’était parce que je n’étais pas moi-même un sontarian et que leurs règles ne s’appliquaient pas à moi. Il restait six minutes. Je sondais le vaisseau en profondeur, les capsules de secours les plus proches étaient à trois minutes. On pouvait y arriver ! Je me dirigeai prestement vers la sortie grouillante d’autons. Pourtant, un horrible pressentiment m’obligea à me retourner vers la salle des commandes. Reseat continuait d’affronter les corps de plastiques, sans chercher à me rejoindre le moins du monde. Je sentis soudain la panique m’envahir. Pourquoi ne me rejoignait-il pas ? Etait-il blessé ? Je me frayai un chemin jusqu’à lui et l’examinait rapidement. Il ne semblait pas mal en moins.

- Qu’attends-tu pour me suivre ? Demandai-je, en essayant tant bien que mal de survivre dans la melée de corps en plastique tirant dans tous les sens.
- Je ne viens pas, déclara-t-il sans préambules. Pars si tu le désires, mais moi je reste. Ma place est sur le champ de bataille.

L’envie m’envahit de l’assommer. Je me retins, car je me souvenais encore dju poids de son corps. Tandis que le temps, si précieux, continuait de s’écouler, je tentais de trouver un moyen de le convaincre de venir avec moi. Peine perdue, mon esprit était directement concentré sur le combat, je ne parvenais à rien. Nous allions mourir ici, si près de notre unique chance de survie, parce que l’orgueil sontarian refusait de reculer. Hors de question ! Soudain, j’eus peut-être la solution.

- Très bien. Dans ce cas je reste aussi !

Et, malgré les hurlements de protestations de mon instinct de survie, je cessais totalement de me défendre. Automatiquement, les autons commencèrent à m’attaquer. Pourtant, aucun coup ne m’atteint. Reseat s’était jeté devant moi et agissait comme un bouclier. Il tourna à peine la tête vers moi, mais je sentis bien son exaspération.

- Je peux savoir à quoi tu joues ? S’énerva-t-il.
- A la même chose que toi, répliquai-je, sur le même ton. Tu refuses de partir. Dans ce cas, pourquoi ne cesses-tu pas tout simplement de te battre ? Cela reviendra au même à la fin.
- Non, avant de mourir je récolterai de la gloire. C’est tout ce qui m’importe.
- Ce sont des mannequins, hurlai-je. Ils ne sont même pas vivants. Quelle gloire vas-tu retirer à te faire tuer par des non-vivants ? Tu peux me le dire ?

Il ne répondit pas, je sentais qu’il commençait à hésiter sur ses intentions désormais, mais je n’avais pas le temps de le laisser réfléchir.

- Ecoute, le seul moyen pour toi de récolter de la gloire dans les circonstances présentes serait de survivre à l’explosion ou de tuer la conscience Nestene. Comme on n’est pas équipé pour la buter ; elle, tu peux au moins te sauver, toi ! Ce sera notre victoire. Si on meurt, la destruction du vaisseau n’aura pas servis à grand-chose. En revanche, si on survie, alors notre victoire sera totale. Et la gloire que tu cherchais sera enfin à toi.
- Bon d’accord, finit-il par admettre. Mais ne compte pas sur moi pour te faciliter la tache.

Je poussais un soupir de soulagement, et notre massacre reprit de plus belle. Il restait cinq minutes. Nous étions pratiquement arrivés. J’avais quelques blessures superficielles et quelques bleus, sinon j’allais bien. Reseat, pour sa part, semblait en pleine ballade de santé. Il rayonnait de bonheur, enfin je pense que c’est de bonheur. Arrivés à un embranchement, le cauchemar recommença.

‘’- Danger !’’ susurra la petite voix dans mon esprit.

Trop tard ! Une partie de l’étage supérieur s’écroula sur nos têtes. Je vis Reseat éviter les décombres en se jetant dans le bon couloir. Moi en revanche, j’eus moins de chance. Je me jetai dans une autre direction, afin d’éviter d’être ensevelis, mais un énorme bloc du plafond vint écraser ma jambe droite contre le sol. Je m’écrasai lourdement sur le plancher et en eus le souffle coupé. Alors seulement, la douleur m’irradia. Je hurlai de douleur. Cette souffrance était comparable à la fois ou mon bras s’était fait lacérer par un dinosaure, plusieurs vies plus tôt. En haletant, je me retournai pour voir si je pouvais me dégager. Le bloc de pierre (ou de métal, je n’aurais su le dire) était visiblement trop lourd pour moi. Avec l’énergie du désespoir et de la souffrance, je tirais de toutes mes forces sur ma jambe pour tenter de la faire sortir. J’entendis deux, puis trois craquements, avant de sentir l’affreuse douleur venant des os brisés. Je retombai de tout mon long sur le sol. Dans ma chute, ma main percuta un long objet froid. En me tournant, je vis qu’il s’agissait de mon sabre. Une illumination sanglante me traversa alors l’esprit et je sentis l’amertume envahir ma bouche. Je pris l’arme par le manche et plantai la lame dans le sol. Puis, après avoir pris une profonde inspiration, j’abattis, à la manière d’un hachoir, le sabre sur ma jambe, juste au dessus du genou. Si la souffrance avait été intense auparavant, ce n’avait été rien, comparé à maintenant. Mon front se couvrit immédiatement de sueur, tandis que je tentais vainement de retenir les hurlements de douleur et que je me trainai dans la poussière pour rejoindre une capsule de secours. L’adrénaline ne suffit pas à me maintenir éveillé, comparé à l’engourdissement progressif qui m’envahissait. Ainsi, j’allais vraiment mourir ici, avec un sabre à la main et une jambe tranché sous les décombres. Qui aurait imaginé finir sa vie ainsi ? Pas moi en tout cas. Je perdis conscience…

J’ouvris les yeux en sursaut. La première réaction que j’éprouvai fut la douleur. Je constatai que ce n’était pas quelque chose d’agréable. Je fis rapidement l’inventaire de mon corps. Deux yeux, deux bras, deux mains, une jambe… Une jambe ? Ou était passé l’autre ? Je ne mis pas longtemps à la voir, ensevelie sous un tas de décombres.
- C’est du joli ! Marmonnai-je entre mes dents, tant la douleur était intense.
Je le retenais, l’autre, à ainsi maltraiter ce corps. Car je ne mis pas longtemps à comprendre que c’était ces mains –mes mains – qui avaient, avec le sabre qui se trouvait à mes cotés, tranché cette jambe. Mais le temps n’étaient pas aux larmes, bien que cela ne m’aurait certainement pas dérangé d’en verser quelques une de douleurs. Je ramassais le sabre et tentais maladroitement de me relever. Ce corps était étrangement proportionné. Et la jambe en moins n’arrangeait rien. Adossé contre le mur, j’entrepris de planter l’arme dans le mur pour m’en servir de point d’appui et avancer. Si je m’en souvenais bien, il devait rester un peu moins de quatre minutes. Vraiment pas le temps de trainer, en somme. Apparemment, j’avais été laissé pour mort, car je ne croisais pas le moindre auton, ce qui me convenait parfaitement. En tant normal, je les aurais étripés avec plaisir, mais ce corps à bout de force ne me le permettait pas pour le moment. Pendant presque deux minutes, je me trainai péniblement dans le couloir. Puis arriva quelqu’un. Il me fallut une seconde pour comprendre qu’il s’agissait de ce sontarian. Comment s’appelait-il déjà ? Reseat, je crois. Il jaugea rapidement les dégâts, arracha un long morceau de tissu de mes vêtements, et fit un garrot autour de mon moignon ensanglanté. Puis, avant que j’eusse le temps de réagir, il m’attrapa à bras le cops et me chargea sur ses épaules, à la manière d’un sac de patates.

- On peut dire que tu ne t’es pas loupé, déclara Reseat.
- Apparemment, c’était la seule solution pour ne pas finir dans l’explosion, déclarai-je d’une voix faible mais neutre.
- Finalement, ça vaut le coup de rester à tes cotés. Tu es très distrayant quand tu t’y mets. Ça ne vaut pas une journée sur un champ de bataille, mais c’est vraiment divertissant quand même.
- Tu pourrais te taire et accélérer ? Je n’ai vraiment pas envie de voir ce corps mourir ici.
- Effectivement, si tu es capable de le mutiler de cette façon… s’amusa le sontarian en accélérant.

Je ne relevais pas. Je n’en avais plus la force. Mais Reseat n’avait pas tort. L’autre avait apparemment un sacré instinct de survie. Pour l’instant, c’était une bonne chose, il ne me claquerait pas entre les doigts trop rapidement. Plus tard, en revanche, je sentais que cela allait probablement me poser problème. Mais bon, à chaque jour suffit sa peine. Je verrais ce problème une fois que le danger serait passé. Il ne restait plus qu’une vingtaine de secondes lorsque Reseat entra dans la capsule de sauvetage. Il me largua dans un coin comme un vulgaire sac et entreprit de démarrer le petit vaisseau. Dix secondes ! La navette démarra, tandis que le sas s’ouvrait. Cinq secondes ! Les réacteurs s’allumèrent et la capsules s’éloigna lentement du vaisseau-mère. Deux secondes ! Nous n’avons pas eu le temps de nous éloigner suffisamment. Reseat déclara que nous allions être pris dans l’explosion. Zéro seconde ! Je vis vaguement le vaisseau exploser de l’intérieur. L’explosion ne nous atteignit pas, toutefois. De gros débris de l’épave s’approchaient dangereusement de nous. Reseat les esquiva adroitement les uns après les autres. De mon coté, j’analysais la situation à travers le manipulateur de vortex. Je m’amusais des efforts que tentait la conscience Nestene pour prendre le contrôle de notre navette de secours. J’empêchais chacun de ses efforts à l’aide d’une protection que j’insérais dans le système, ce qui maintenait notre ennemi hors de portée. Finalement, les attaques se firent de plus en plus faibles, avant de disparaître. Je vis à travers le cockpit une masse énorme de plastique, encore rougeoyante. La conscience Nestene ! Privé de son support, elle ne ressemblait qu’à du plastique. Reseat m’affirma que malgré la destruction de son vaisseau, si sa trajectoire se poursuivait, elle arriverait sur Terre dans la semaine. Je m’en fichais. La Terre ne m’importait pas du tout, contrairement à l’autre. Elle pouvait exploser si ça lui chantait que je ne bougerais pas le petit doigt pour intervenir. Mais comme l’autre semblait y tenir, j’allais devoir lui donner un coup de main quelques temps, jusqu’à ce que… La fatigue me rattrapa. Je manquai de m’endormir debout. Je m’assis dans un coin du vaisseau et laissais le sommeil me submerger, conscient que lorsque ce corps se réveillerait, ce ne serait pas moi qui serait aux commandes…


Lorsque je me réveillais, je ne reconnu pas le lieu. Adossé contre un mur, mon sabre rangé dans le dos, il était évident que j’avais été déplacé. Je regardais l’endroit ou s’était trouvée autrefois ma jambe et qui confirmait qu’il ne s’agissait pas d’un cauchemar. La blessure avait été bandée, donc je ne devais pas être en zone ennemie, enfin je crois. En regardant autour de moi, je vis Reseat aux commandes, ce qui me fit comprendre que nous étions dans la capsule de secours. Mais comment y étais-je arrivé ? Bah, cela n’avait pas d’importance. Reseat m’avait sans doute trouvé et transporté ici, bien qu’un tel comportement m’étonnât de lui. J’observai avec plus d’attention notre nouveau moyen de locomotion. Il ressemblait beaucoup au vaisseau-mère, ce qui me semblait logique. L’intérieur était vaste, il devait pouvoir abriter une dizaine de personnes sans difficultés et possédait de nombreux compartiments de stockage. Il semblait vraiment confortable, à moins que ce soit mon état d’épuisement intense qui me faisait imaginer cela. En m’entendant bouger, Reseat se retourna.

- Eh bien, déclara-t-il, tu as presque réussi à me faire peur. Cela fait presque six jours que tu es dans cet état. Tu n’as repris conscience que par intervalles de quelques minutes. Je pense que je devrais te souhaiter la bienvenue parmi les vivants.
- J’ai vraiment dormi si longtemps ? Demandai-je, étonné d’être encore exténué.
- Oui, confirma le sontarian. Tu as perdu beaucoup de sang. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment tu es parvenu à te relever et à me rejoindre par tes propres moyens.
- Je t’ai rejoint ? Vraiment ?
- Oui, tu ne t’en souviens pas ?
- Non. Tout est confus après le moment ou je me suis fait écraser la jambe et ou j’ai pris la décision de la trancher.

Cette phrase résonna lugubrement dans l’espace clos du vaisseau. Reseat sourit largement, rien ne semblait pouvoir l’ébranler. A tel point que je me demandais par quel miracle j’étais parvenu à le vaincre par le passé. Finalement je poussais un soupir.

- Bah, ça n’a pas d’importance, je suppose.
- Oui. Tu ferais mieux de te préparer à donner des explications sur comment on est revenu.
- A ce propos… Je voudrais tout raconter moi-même. C’est très important, il faudra corroborer mon histoire, peu importe ce que je dirais.
- Tu as l’intention de leur mentir ?
- Et pas qu’un peu !
- Ça m’a l’air bien compliqué. Je sens que je vais me régaler. Je confirmerais tout ce que tu diras.
- Bien. Combien de temps nous reste-t-il avant d’arriver ?
- Vingt-trois heures et huit minutes.
- Je vais me reposer un peu. Une fois arrivée à vue de la Terre, réveille-moi et on mettra mon plan en application. Le plus important, c’est de ne pas se faire repérer.
- Le vaisseau est équipé d’un mode furtif réfracteur de lumière ce sera facile de s’approcher.
- Parfait.

Le reste des explications attendraient, je me sentais vraiment fatigué. A peine mes yeux se fermèrent que le sommeil m’aspira dans un autre monde.

Citation:
La Terre était en vue. J’avais l’impression de n’avoir dormis que quelques minutes. Sur ma demande, le vaisseau était passé en mode furtif. J’avais demandé à Reseat un inventaire des capacités de notre nouvelle acquisition. Je m’étais arrêté au moment ou il avait cité la téléportation. C’était exactement ce qu’il nous fallait. J’avais ensuite expliqué au Sontarian le début du plan. Nous nous téléporterions directement dans mon laboratoire et nous ferions croire que nous avions traversé la faille. Vu mon état, cette déclaration suffirait. Pour appuyer cela, j’allais rouvrir le moignon. Reseat n’était pas convaincu de l’utilité de ce dernier point, mais il ne me contredit pas. Je verrouillais les coordonnées du laboratoire dans le système de téléportation via le manipulateur de vortex. Puis, à l’aide de mon sabre, je rouvris la plaie tout juste refermée et enclenchait le téléporteur. Le trajet fut très court, pour ne pas dire instantanée, mais ma priorité était ailleurs. L’image que l’on devait laisser à notre arrivée (à savoir Reseat me soutenant de son mieux tandis que je me vide de mon sang) était primordiale. L’effet fut très réussit. A peine quelques secondes après notre arrivée, des cris se firent entendre. Reseat, conformément au plan, m’installa dans mon bureau et fit entrer mon équipe avec précaution, pour ainsi dire. A chaque fois que l’un d’eux entrait, la réaction était la même : choc et effroi. En même temps, cela ne me surprenais pas vraiment. J’étais assis sur mon bureau, couvert de sueur, et on voyait nettement qu’une jambe manquait. Lorsque tout le monde fut présent et que Reseat revint finalement avec la trousse de secours rangé dans la morgue, le mensonge commença. Tous crurent à l’histoire de la faille et mon moignon fut rapidement bandé, à nouveau. Cela me faisait toujours aussi bizarre de ne plus sentir ma jambe. Je demandais à deux personnes d’interdire l’accès au laboratoire pour quiconque n’était pas de mon service, le temps que les choses se calment. Quant aux autres, je leur demandai simplement :

- Avez-vous suffisamment étudié le doigt cyberman ?

Ils acquiescèrent sans comprendre ou je voulais en venir. Moi-même venais d’avoir cette idée, et bien qu’elle soit intéressante, je n’avais aucune garantie de son réalisme. J’inspirai un bon coup et annonçai cette fameuse idée :

- Je veux que, à partir du doigt, vous fabriquiez une prothèse pour remplacer ma jambe. Cela fera désormais partie de la norme en vigueur dans ce service. Quiconque le désirant pourra remplacer la perte d’un membre durant le service par une prothèse issue de la technologie cyberman, à défaut de mieux.

Ils acquiescèrent. Aussitôt, je les congédiai pour qu’ils commencent leur nouvelle mission. Ils avaient des questions, je le sentais, mais je n’avais pas envie d’y répondre pour le moment Reseat semblait s’amuser, dans son coin. Je n’eus pas l’occasion de lui demander pourquoi, car des éclats de voix me parvinrent depuis l’entrée du laboratoire, derrière la porte. Aidé par le sontarian, je m’y rendis. A travers toute la pièce, on pouvait suivre la conversation.

- S’il est de retour, je suis en droit de lui demander de faire son rapport, affirma le capitaine Pember.
- Ce n’est pas le bon moment, vraiment, entendis-je répliquer faiblement. Il n’est pas au mieux de sa forme.
- A moins qu’il soit dans le coma, je doute que notre Vagabond soit dans l’incapacité de faire son rapport. Donc laissez-moi passer.
- Il nous a formellement interdit de laisser passer qui que ce soit.
- Je suis son supérieur, et donc le votre. Ce n’est pas une bonne idée de me tenir tête. Maintenant, poussez-vous.

Au vu de la mission que j’avais donné à mon personnel, ce n’était pas une bonne idée de le laisser entrer. Le doigt cyberman était resté clandestinement dans le laboratoire. Le capitaine Pember ne devait pas le voir. Alors que la porte commençait à s’ouvrir, je me précipitai dessus, manquant de m’écraser au sol car j’avais oublié qu’il ne me restait plus qu’une jambe. Je m’agrippai vivement à la poignée et passai la tête dans l’entrebâillement. De l’autre coté, dans le couloir, le capitaine Pember me regarda avec méfiance.

- Je veux que vous me fassiez immédiatement le rapport de votre mésaventure. Je veux savoir comment vous êtes revenu.
- Cela ne pourrait pas attendre quelques heures, demandai-je d’une toute petite voix. Je ne suis pas au mieux de ma forme pour l’instant.
- Si vous ne me donnez pas au moins une bonne raison de remettre à plus tard votre rapport, j’entrerai de force là dedans.

Je devais reconnaître ne chose au capitaine Pember, c’est qu’il avait le talent inné de me foutre en rogne. J’ouvris violement la porte, laissant ainsi clairement apparaitre mon unique appui au sol. Pember regarda quelques secondes sans comprendre. Puis lorsque la lumière se fit enfin, il pâlit et partit en marmonnant qu’il reviendrait à un moment plus approprié. J’eus un petit sourire satisfait que je ne tentais nullement de dissimuler, malgré ma douleur persistante.

’’- Bien joué !ricana la voix. Tu l’as mis mal à l’aise au possible. Je suis sûr qu’il se tiendra à distance pendant au moins quelques jours.
- Evite les commentaires s’il te plait, m’agaçai-je. Tu m’empêche de me concentrer, j’ai autre chose à faire que…

Soudain, je m’arrêtai, interdit. Je venais de prendre conscience d’un détail, qui me semblait particulièrement important, bien que je ne sache pas à quel point. La voix avait parlé ! Pas de la façon habituelle, elle ne s’était pas contentée d’un seul mot pour résumer ce que je savais déjà. Cette fois, elle avait fait une phrase complète, comme si elle attendait une réaction de ma part.

- Depuis quand es-tu aussi bavard ? Demandai-je, soupçonneux.
’’- Tu sais, quand on frôle la mort, on a tendance à changer, même si l’on ne s’en rend pas compte. D’une certaine façon, on peut dire que je suis ce changement, dans ton cas.’’
- Donc, tu es en train de me dire que non content de devoir te supporter, je vais désormais être obligé de converser avec toi ?
’’- ne t’en prend pas à moi ! Je ne suis que la conséquence de tes décisions. Si tu ne voulais pas que j’apparaisse, tu n’avais qu’à cesser de jouer avec le temps.
- Avec le temps ? Ce serait donc les voyages temporels qui en seraient la cause ?
’’- A toi de voir ! Tu connais quelqu’un qui est dans le même cas que toi. Tu n’auras qu’à lui poser la question toi-même et affronter les conséquences de tes actes…’’
- Génial…

Il manquait plus que ça. Voila que je me mettais en garde contre mes propres agissements. Mais effectivement, je connaissais une autre personne possédant un manipulateur de vortex. Le problème qui se posait à moi, c’était que je n’avais pas vraiment envie de me confronter une nouvelle fois à lui. Sa seule voix provoquait en moi des réactions dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Autant ne pas tenter le diable tant que je n’étais pas physiquement prêt. Et en parlant de physique, je sentis mon corps faiblir rapidement et mes forces décliner. Mes mains moites avaient de plus en plus de mal à rester agrippées à la poignée de la porte. Voyant mon malaise croissant, Reseat m’attrapa le bras et me conduisit, en me portant presque, à mon bureau. Une fois assis sur mon siège, je me permis de fermer les yeux quelques secondes et me réveillai deux heures plus tard. J’entendais le sontarian parler à voix basse à quelqu’un à la porte. Apparemment, il faisait le guet et interdisait à quiconque d’entrer. Je lui en fus reconnaissant. Malgré cela, le ton de son interlocuteur semblait urgent, et je me résignais à reprendre mon travail. Je toquai trois fois à mon bureau, ce qui fit réagir Reseat, puis, en me voyant hocher la tête, il laissa passer mon visiteur. Il s’agissait de Ludovic. Il m’annonça que ma « commande » était en cours, mais qu’ils avaient besoins de quelques renseignements pour la finalisation.

- Quels genres de renseignements ? Demandai-je sur mes gardes.
- Rien de bien méchant. Nous devons juste prendre les mesures de votre jambe gauche afin de faire une prothèse adaptée pour la droite.

Je retins un ricanement. J’aurais du y penser, mais bon, j’avais la tête ailleurs. Je lui donnais la permission d’effectuer les mesures et m’assis sur le bureau pour lui faciliter la tâche. Il prit consciencieusement chaque mesure et les vérifia à trois reprises. Au bout d’une heure, il avait enfin terminé les plans de ma future jambe. Durant ce laps de temps, pour me distraire, je lui posai des questions sur ce qui s’était passé à Torchwood durant mon absence. Ludovic se révéla plutôt bavard. Il m’apprit, par exemple, qu’une étrange créature avait traversé la faille durant mon deuxième jour d’absence. Je demandais tous les détails, mais apparemment, il n’en savait pas plus. Le capitaine Pember lui-même s’intéressait à la créature, bien qu’il ne voulu pas me dire pourquoi. Que le chef de l’institut s’occupe en personne de ce genre de problème, c’était effectivement intriguant. Je me promis d’aller voir cette fameuse créature pendant ou après ma convalescence. Toutefois, désir et réalité ne vont pas de paire. A peine Ludovic sorti, téléphone sonna, je décrochai.

- Ici les portes de l’enfer, récitai-je. A qui ai-je l’honneur.
- Très spirituel, comme présentation, déclara une voix basse et rauque avec un timbre légèrement agaçant. Cela donne vraiment envie de converser avec vous, Monsieur le Vagabond.
- Qui êtes-vous ? Répliquai-je, car cette voix m’était inconnue.
- Disons que je suis une personne d’influence.
- Vous ne répondez pas à ma question.
- Est-ce si important ?
- On ne m’appelle que pour trois raisons. Le travail ou des informations.
- Et la dernière raison ?
- Ne s’applique pas à vous. Il n’y a donc aucune raison de la préciser.
- Je pense que si.

Je haussai les sourcils, sentant que l’appel n’allait pas me plaire.

- J’appartiens à Torchwood. De Londres, précisa-t-il devant mon manque de réaction.
- Ne me dîtes pas que vous voulez encore acquérir un de mes matériaux de travail. Ce sera non.
- Loin de nous cette idée. L’incident cyberman a été une méprise. Votre supérieur nous appelé en nous informant du désir de Torchwood 3 d’isoler le spécimen. Nous avons proposé de le stocker chez nous et cela a été accepté. Nous ne savions pas que votre section n’en avait pas été informée.
- Donc si je le réclame, vous me rendriez mon matériau d’étude ?
- Cela aurait été avec plaisir, mais un incident s’est produit. Nous ne pouvons plus le faire sortir de notre QG pour le moment.
- Bien sûr, ironisai-je. C’est évident. Mais vous ne m’avez toujours pas dit le but de votre appel.
- Justement. Votre travail a trouvé des échos chez nous.
- Comment ça ? M’alarmai-je.
- Des spécialistes de Torchwood 1 ont commencé à s’intéresser à vos études sur les failles. Ils voudraient vous aider.
- Cela concerne donc des informations et le travail.
- Eh bien… Nous désirons que vous veniez à Londres pour y mener vos recherches. Nous avons de meilleurs locaux. Cela serait plus facile.
- Evidemment. La troisième raison, compris-je, agacé. Vous me convoquez pour me décentraliser à Londres. C’est ça, le but de votre appel.
- Loin de nous cette idée, s’offensa mon interlocuteur. Ce n’est pas du tout une convocation. Seulement une proposition.
- Dans ce cas, ma réponse est non. Les failles ne sont pas un jeu. N’y touchez sous aucun prétexte. Pour ma part, je reste à Belfast. Si vos chercheurs veulent travailler pour moi, qu’ils viennent ici. Au revoir.

Je raccrochai brutalement. Ils m’avaient énervé, cette fois. J’avais très bien compris ce qu’ils voulaient. Ne pouvant pas accéder à mes données depuis le superordinateur qu’ils m’avaient confié, ils avaient voulu m’appâter à Londres pour mieux me surveiller. J’allais devoir me montrer prudent, désormais. Et il était évident que l’incident cyberman n’en était pas un. Maudit soient-ils. A ce rythme, Londres allait provoquer une catastrophe. Le téléphone sonna à nouveau, et je me tendis. Je laissais sonner plusieurs secondes avant de prendre le combiné.

- Quoi encore ?
- Que sont devenues les portes de l’enfer ? s’amusa l’autre.
- J’avais tord sur ce point. C’est vous qui possédez les portes de l’enfer, pas moi. C’est pour quoi cette fois ? Si c’est encore pour…
- Oh non. Je ne cherche pas à vous convaincre de venir à Londres. Cette fois, c’est la seconde raison.
- Des informations ?
- Oui. A propos de votre dernière mission.
- Que voulez-vous savoir ?
- Cela dépend. Nos radars, en sondant l’espace, ont détecté quelque chose à proximité de la Terre aujourd’hui.
Je senti la peur me gagner. Le vaisseau avait été repéré. J’allais devoir le dissimuler à Torchwood pour le conserver.
- Il s’agissait d’une étrange masse informe, mais qui semblait étrangement chaude, poursuivit l'homme. Elle s’est écrasée sur Terre dans la matinée. Chez-nous, à Londres.
-Oh, fis-je soulagé. Il devait s’agir de la conscience Nestene. J’avais détruit son vaisseau lors de cette mission, mais à moins de la dissoudre avec un produit spécial, impossible de l’éliminer. Elle devait atteindre la Terre aujourd’hui, je l’ai seulement empêché d’être en mesure de s’échapper trop facilement.
- Justement. Nous l’avons traqué jusque dans les égouts. Mais, arrivé, nous avons trouvé cette… Chose, complètement dissoute. Quel genre de produit faut-il utiliser pour l’éliminer, vous disiez ?
- Un antiplastique, qu’on ne peut synthétiser sur Terre. Vous en avez retrouvé des traces ?
- Oui. Mais ce qui nous intéresse, c’est celui qui s’en est servi.
- Qui donc ?
- Oh il s’agit de quelqu’un que nous connaissons tous, à Torchwood. Le Docteur ! Du moins, nous l’avons identifié comme tel.
- Comment ça identifié ?
- Le docteur, au cours de sa vie, change de visage. Son moyen de transport, en revanche, est toujours le même et impossible de le manquer. Comme son apparence était différente de celle de nos bases de données, nous avons trop tardé à réagir.
- Ce n’est pas important. Que faisait-il à Londres ? Demandai-je, sentant que je n’allais pas apprécier la réponse.
- Je pensais vous poser la question. Surtout qu’il s’était échappé avant notre arrivée. Nous avons supposé qu’il pouvait être responsable de votre retour.
- Je suis arrivé par la faille de Belfast, rappelai-je, mal à l’aise.
- Ah, oui. C’est vrai…

Il n’y croyait pas. Cela se voyait. Et si Londres était au courant de mon retour, c’était que Pember les avait appelés. Il ne croyait donc pas non plus à mon histoire. Je rageais. Cela allait devenir compliqué. Le capitaine semblait ne pas vouloir me laisser en paix. Soudain, l’inaction devint insupportable.

- Désolé d’écourter la conversation, mais je ne suis pas au meilleur de ma forme en ce moment.
- Oui, nous sommes au courant. Prenez le temps de bien récupérer. Votre travail est trop important pour que vous vous détruisiez en voulant trop en faire.
- C’est cela, oui… Au revoir, déclarai-je un peu trop sèchement.

Je raccrochai et soupirai profondément.

’’- Ne te prend pas autant la tête. Tu vas me faire déprimer.’’
- Tu as raison. Et il est vrai qu’entendre des voix va m’aider à sentir que je ne suis pas cinglé.
’’- Tu épuises ton corps et ton esprit. Prend le temps de vivre un peu.’’

Je l’ignorai, faute de mieux. Je ne prendrai le temps de vivre que lorsque je serais de retour à mon époque. Or, je m’approchai dangereusement vite du point de non-retour. Sentant le regard de Reseat, je lui fis face. Comme souvent ces derniers jours, il semblait s’amuser.

- Quoi ? M’énervai-je.
- Je ne veux surtout pas te vexer, fit-il, mais tu es franchement intéressent.
- Pour quelle raison cette fois, soupirai-je.
- Tu parles tout seul. Pas comme certains qui parlent à voix basse pour se concentrer. Toi, on dirait que tu parles à une personne que toi seul peut entendre.
- Ridicule, marmonnai-je.

Mais il était vrai que je lui parlais comme à n’importe qui, c'est-à-dire à haute voix.

’’- Pense tes propos. Je suis dans ta tête, je les entendrais.’’

Je me sentis soudain ridicule. Depuis le temps, j’aurais du y penser seul. Mais pire, si il entendait mes pensées, cela signifiait que rien ne pouvait lui échapper. Je sentis son renfrognement, j’avais vu juste et il avait voulu me le cacher Je ne m’attardai pas sur ce détail, toutefois. J’émis le désir de voir ce fameux visiteur alien, si mystérieux. Reseat accepta de bonne grâce de m’emmener. Sur le chemin des cellules, j’entendis, un gémissement familier. Les Weevils ! Je les avais oubliés. Leurs plaintes ne durèrent que quelques secondes, mais elles me glacèrent le sang. Elles évoquaient un écho en moi que je tentais d’oublier. Celui de cette nuit. Ou j’avais pour la première fois frôlé la folie. Je balayai ces pensées horribles lorsque mon garde du corps s’arrêta devant une porte. Je jetai un rapide coup d’œil au hublot. Je vis alors une créature plus étrange que tout ce que j’avais jamais vu jusqu’à présent. De taille humaine, il n’avait cependant rien d’humain. Son visage possédait des tentacules là ou aurait du se trouver la bouche. Entre elles, une espèce de petit tuyau s’épanouissait, relié à l’autre bout à une sorte de boule bizarre qu’il tenait à la main. A fonction Encyclopédie du Temps de mon manipulateur de vortex m’apprit qu’il s’agissait d’un Ood. Le nom était aussi étrange que l’apparence. J’inspirai profondément et entrai. A cet instant, dans les tréfonds de ma conscience, je le sentis se hérisser. Intéressant. Je toisai cette créature improbable. Elle me fixait patiemment.

- Que puis-je pour vous ? demanda-t-il d’une voix polie, et étonnamment humaine, en dépit de son apparence.
- Qui es-tu ?
- Je me nomme Ood alpha 0012. Je fais partie des premiers modèles de Oods domestiques.
- De quoi ?
- Les Oods domestiques. Il s’agit d’une espèce conçue spécialement pour servir ses maîtres.
- Qui sont tes maîtres ?
- Vous. Vous m’avez recueillit si chaleureusement. Vous êtes mes maîtres, désormais.

Je ne cherchai pas plus loin la subite implication du capitaine Pember. Un esclave ! Cela ne pouvait que l’intéresser. Surtout qu’il ne semblait pas exigent, au vue du « chaleureux » accueil dans une cellule froide, humide et sentant la moisissure. Je réprimai un soupir.

- A qui obéis-tu précisément ? Cite une personne.
- Je ne comprends pas.
- A quelle personne obéis-tu en priorité ?
- Je ne comprends pas. On me donne un ordre, j’obéis.
- C’est aussi simple que cela ?
- Oui.
- Quels ordres t’a-t-on donné depuis ton arrivée ici ?
- De rester dans ce palace, ainsi que de rester discret.

Palace ? Je sentais bien le commentaire sarcastique de Pember derrière. Cela allait s’avérer compliqué.

- Comment communiques-tu ? Par quel moyen ?
- Il s’agit de télépathie. Ou plutôt de transformation d’ondes cérébrales en ondes sonores.
- Hum…

Je regardai autour de moi. Pas de caméra. Il y avait peut-être des micros, mais cela n’était pas important pour ce que je voulais faire. Je sortis de ma poche le portefeuille contenant le papier métapsychique.

- Que sais-tu faire ?
- Tout. On peut m’employer pour le ménage, la cuisine, la lessive…

Chacune de ses paroles s’inscrivaient sur le papier. Il n’avait donc pas menti en affirmant qu’il s’agissait d’une forme de télépathie.

- Peux-tu mentir ?
- Je ne connais pas le mensonge.

Ce qui fut une nouvelle fois confirmé. Apparemment, il était parfaitement sincère. Un parfait petit esclave. Soudain, plusieurs phénomènes simultanés se produisirent. A travers le couloir, j’entendis de nouveaux gémissements de Weevils. Dans mes mains, le papier métapsychique montrait des images incohérentes et passablement effrayantes. Du coin de l’œil, je vis un éclat rouge traverser les yeux de l’Ood. Puis tout cessa en un instant.

- C’était quoi ça ? Lui demandai-je, soupçonneux.
- Quoi donc ? répondit poliment l’Ood.

Je regardai à nouveau le papier métapsychique. Tout était de nouveau paisible. Le Ood n’avait rien remarqué, à moins que je n’eus tout inventé. Mais un coup d’œil à Reseat me confirma du contraire. Notre inoffensif hôte était peut-être plus dangereux qu’il n’y paraissait. Je songeais surtout à la schizophrénie, comme moi.

’’- Cesse donc de te juger. Si tu étais schizophrène, tu ne pourrais pas converser avec moi. Nous échangerions nos places selon tes humeurs, ce qui n’est pas le cas. Rassuré ?’’

Ironiquement, oui. Mais et l’Ood dans ce cas ?

’’- Je suis sceptique, sur ce cas. J’opterai pour une possession mentale, mais je n’en suis pas sûr. Après avoir traversé la faille, le contrôle aurait du être brisé. Je pense qu’il nous manque une information cruciale. Si vraiment, il s’agissait d’un contrôle mentale, je prie de ne jamais croiser celui qui l’a provoqué, car ce serait un monstre, tant son esprit doit être puissant.’’

D’où il pouvait savoir cela lui ? N’était-il pas une partie de moi ? Or je ne savais pas du tout cela. Je sentis de la résignation me traverser, puis plus rien. Je cessai de me préoccuper de lui pour revenir sur le Ood.

- Si je te donne un ordre, pourras-tu le contester ou passer outre ?
- Non. Un ordre est un ordre.
- Dans ce cas, voici mes ordres. Premièrement En aucun cas et sous aucun prétexte, tu n’es autorisé à sortir de cette pièce. Deuxièmement, par précaution, aucun ordre ne peut annuler ni celui-ci, ni le précédent, sauf si je le déclare personnellement Enfin, Limite tes conversations au strict minimum, sauf si je suis présent.
- Bien.

Satisfait, je fis signe à Reseat de sortir. Au moment ou le sontarian me fit sortir de la pièce, j’entendis, comme dans un murmure, une voix d’outre-tombe teinté de sarcasme et de puissance:

- Prend garde à toi, voyageur égaré. En voulant sauver ton corps, tu y laisseras ton âme. En tentant de sauvegarder ton âme, ce sera au péril de ton corps. Et ne songe pas à fuir ton destin, car tu perdras alors quelque chose d’encore plus précieux. Adieu, enfant perdu, incapable de rentrer chez lui.

Je me retournai vivement, mais je ne parvins pas à trouver l’origine de cette voix. Seul l’Ood était présent, et sa voix était beaucoup moins effrayant, plus humaine. Il me regardait toujours avec une politesse et une patience infinie. Lorsque cette litanie avait été récité, j’aurais juré avoir entendu gémi. Avais-je rêvé ? En tout cas, ces paroles résonnaient avec profondeur en moi. Je sentais la présence prophétique qui s’en dégageait. Je frissonnai, songeant que je n’avais pas fini de croiser des catastrophes. J'allais devenir dépressif bien avant que l'année ne se termine, à ce rythme.

Citation:
Un mois. Je n’étais jamais resté aussi longtemps inactif depuis le début de mon exil du temps. Je regardais une nouvelle fois ma jambe gauche, puis ce qui restait de ma jambe droite, avant de soupirer. Certes, j’avais continué à entretenir mon corps. J’avais spécialement acheté du matériel de musculation pour mon bureau. Mais je ne pouvais plus bouger seul, par sur de grandes distances, du moins. Pire, mon équipe était devenue léthargique. Les missions d’exploration suspendues, ils ne leur restaient que la construction de ma future jambe et les quelques missions au sein de Belfast qui n’étaient pas spécialement excitantes. Leur dernière intervention sous mon commandement avait été de capturer un Homme de Neandertal qui s’était égaré à travers la faille. Sitôt arrivé, je l’avais réexpédié au travers de la faille, dans son époque. De temps en temps, ils étaient réquisitionnés afin d’accomplir des missions au sein de Torchwood, ce dont j’étais dispensé au vu de mon état. Trois jours après mon retour, j’avais finalement été faire mon rapport de mission – falsifié – en restant aussi peu précis que possible. Le passage concernant ma jambe fut particulièrement déplaisant, autant pour moi que pour le capitaine Pember. Londres m’appela également appelé à plusieurs reprises, cherchant à comprendre telle ou telle information au sujet des failles. Ils avaient également voulu savoir comment on les traversait, mais j’avais été très strict à ce sujet. Moi seul en étais capable, car l’objet en question ne réagissait qu’à mes ondes mentales.

Bon en réalité il ne réagissait qu’à mon toucher, mais ce mensonge était nécessaire. Je ne voulais pas me retrouver avec le bras tranché. Ma jambe me suffisait, bien que je m’en serais volontiers passé. Je craignais toutefois qu’ils tentent de fabriquer leur propre « pont de faille ». Ils en étaient probablement capable, car ils étaient mieux pourvus que nous, technologiquement, que ce soit humain ou alien. Pember avait subitement trouvé l’Ood moins intéressant en le découvrant brusquement muet comme une carpe, la plupart du temps. Il ne parvenait même pas à le convaincre de sortir. A ce souvenir, je hochai la tête, satisfait. Le danger était probablement factice, mais la sécurité primait. Londres faisait assez de bêtises sans qu’on rajoute Belfast à la liste des zones à risque. De mon coté, durant ce laps de temps, j’avais défini de nouvelles règles. Le matériel récupéré devait impérativement être ramené à mon bureau sitôt son utilité immédiate terminé. De mon coté, je les rangeais dans mon tout nouveau vaisseau spatial, que j’avais commencé à aménager. Par mesure de sécurité, j’avais reprogrammé le système de commande, qui était désormais isomorphique, à l’instar de mon manipulateur de vortex. J’avais également téléchargé les données du système de téléportation du vaisseau de façon à pouvoir m’en servir à tout instant sans avoir à verrouiller les coordonnées. J’étais automatiquement transféré à bord si je m’en servais via mon bracelet. De plus, j’avais de la chance, car le vaisseau était écologique, pour ainsi dire. Il fonctionnait principalement à l’énergie solaire. Il mettait du temps à se recharger toutefois, il n’avait toujours pas fini depuis sa précédente utilisation, le mois précédent. Reseat m’avait dit que normalement ce genre de vaisseau utilisait un carburant que l’on puisait au cœur des étoiles et qui le rechargeait immédiatement. Dans mon cas, je n’étais pas pressé. Aussi je lui laissais tout son temps. Allongé sur le toit de l’institut, je laissais la pluie me purifier. Depuis mon retour à Torchwood, j’avais été à la limite de la dépression. Il m’avait fallut m’adapter à mon propre univers, chose que j’avais repoussé le plus possible, considérant que ma prothèse serait rapidement terminé. Malheureusement les matériaux nécessaires à sa fabrication étaient compliqué à trouvé, quand il ne fallait pas les synthétiser totalement. Le délai s’était donc étendu sur une semaine, puis sur trois. A présent, ma décision était prise de cesser de compter l’échéance. Sous cette pluie givrante, je retrouvais enfin un peu de ma sérénité.

J’inspirai à fond, l’air glacé emplit mes poumons. Les yeux fermés, je sentais les gouttes d’eau s’écraser contre mon corps à une telle cadence que je me serais cru sous une cascade. Le grincement familier de la porte du toit s’éleva. Je ne réagis pas. C’était mon moment de paix, je ne voulais pas l’interrompre maintenant. Des bruits de pas accompagnés de suintements – des semelles en caoutchouc dans l’eau – s’approchèrent de moi. Je ne bougeai toujours pas. Je ne tombai jamais malade, c’était la raison pour laquelle on me laissait faire. Mais cet intrus, qui ne pouvait être Reseat au son des pas, s’arrêta à quelques centimètres de mon visage. Exaspéré, j’ouvris les yeux. Je m’attendais à voir Pember ou un de ses « informateurs ». Aussi fus-je légèrement sceptique de voir Ludovic, assis à mes côtés. Il était celui de mon équipe, aliens mis-à-part, avec qui j’avais le plus de contacts. Il semblait légèrement gêné. Par courtoisie, je me relevai légèrement. Sur les coudes, je continuais de regarder l’horizon. Si mon ingénieur avait quelque chose à me dire, il le ferait, tôt ou tard. Tant qu’il ne troublait pas mon espace inutilement, je le laissais méditer. Finalement, il toussota légèrement et demanda :

- Vous n’avez toujours pas prévu de missions, n’est-ce pas ?
- En réalité, j’en ai prévu des centaines. Mais toutes impliquent de traverser la faille. Dans mon état, je ne serais qu’un poids inutile, mais sans moi, votre retour serait impossible. Voilà pourquoi je n’en ai pas parlé.
- Ce n’est pas l’unique point dont vous n’avez pas parlé.
- Quoi d’autre ? Demandai-je avec suspicion, tendu par le poids de mes secrets.
- Votre jambe ! Vous refusez de nous dire ce que vous avez ressenti en prenant la décision de la couper.
- Vous n’êtes pas psychiatre, et je ne suis pas psychotique. J’ai pris la meilleure décision possible pour me préserver. Mes regrets sont bien maigres, comparé à la valeur de ma vie. Si tu tiens absolument à découvrir ce que j’ai ressentis, ligote-toi au milieu d’un champ de blé quelques minutes avant le passage d’une moissonneuse-batteuse. Tu t’approcheras alors légèrement de ce que j’ai ressentis.

Il resta muet, le doute se lisait sur son visage. La peur aussi. Je n’avais pas élevé la voix, mais mon autorité avait filtré à travers mes paroles. Cela troublait mon interlocuteur. Il resta muet quelques minutes avant de se remettre à parler, de tout et de rien. Il tentait de meubler ce silence, qui l’oppressait. Je le laissais agir, sa voix me parvenait à peine à travers le clapotis de l’eau. Puis, lentement, il se releva et commença à rentrer. Soupirant, je décidai de le suivre, car je n’avais rien de mieux à faire. Toutefois, alors que j’allais passer la porte en clopinant, je manquai de le percuter qui revenait en hâte dans l’autre sens. Il m’aida à retrouver l’équilibre avant de m’avertir, tout excité :

- Elle est enfin prête !
- Vraiment ? M’enthousiasmai-je à mon tour.
- Oui, je vous emmène.

Me soutenant à moitié, il me traina presque jusqu’au laboratoire. D’ordinaire, j’aurais crisé qu’on me trimballe de cette façon, mais l’euphorie était trop présente en moi pour s’en soucier. Aussi une fois dans le laboratoire, je fis à peine attention à Silvia et Stark qui sortirent au même moment et se positionnèrent devant la porte. Il était évident qu’ils faisaient le guet pour éviter que notre petite activité à la limite de la légalité ne fus découverte. Mais dans l’immédiat, je n’avais d’yeux que pour une seule chose. Toutefois, j’eus beau la chercher du regard, je ne découvris pas l’objet de ma présence. Un regard à mon équipe m’apprit qu’ils étaient excités, ce n’étaient donc pas une fausse alerte et il ne s’agissait pas non plus d’un quiproquo. Mais dans ce cas, où était-elle, cette prothèse ? Une jambe de métal, ça ne passe pas inaperçu dans un espace clos, quand même ! C’est alors que je remarquai autre chose. Sur mon bureau, était posé un paquet, pas vraiment emballé, plutôt enroulé à la hâte dans un grand drap autrefois beige, mais à présent parsemé de ce qui semblait être des taches d’huile. Dès que mon regard se posa sur l’emballage, j’entendis les murmures excités et extrêmement enthousiastes de mon équipe. Ils ne dirent pas un mot une fois arrivé dans mon bureau. Ils patientèrent tant bien que mal, tandis que je prenais le temps de m’asseoir sur le rebord de mon secrétaire. Puis avec un demi-sourire, j’entrepris de le déballer, les laissant mijoter à petit feu. Lentement, je vis le fruit de leur travail, centimètre par centimètre. D’abord ce qui devait être le genou, puis la jambe, le pied et ses nombreuses articulations. Je n’en revenais pas. Ils avaient raison d’être fier de leur travail, surtout si cette prothèse était aussi pratique que raffinée. Je fis pivoter les articulations, elles obéirent docilement, sans le moindre grincement. Je ne remarquai qu’alors que le dessus du genou était ouvert, laissant apparaître divers fils gluants, de la matière visqueuse et l’exosquelette métallique. C’était d’une telle complexité que j’eus honte d’avoir été contrarié de leur retard constant. Ils avaient vraiment fait au mieux et aussi vite que possible. Mais…

- Pourquoi n’est-elle pas fermée ? Demandai-je avec hésitation. Il vous manquait quelque chose ?
- Non, répondit Ludovic, en devançant les autres. Elle est bel et bien terminée.
- Mais alors…
- Ce n’est pas un simple support pour marcher, intervint Nadya. C’est un équipement technologique révolutionnaire.
- Vous ne répondez toujours pas à ma question. Pourquoi la partie supérieure est à l’air libre ?
- Elle ne le sera plus une fois équipée. C’est une idée que nous avons eu, mais issue de la technologie cyberman. Cette prothèse se connectera automatiquement au système nerveux de son propriétaire. Elle ne reconnaître que lui.

Je retins un sourire. Un peu en avance sur son temps, mais l’isomorphisme possède désormais ses bases. Je regardai à nouveau la partie supérieure de la prothèse. Puis, un détail me troubla.

- J’ai l’impression qu’il manque quelque chose. La jambe ne peut pas se connecter d’elle-même et il est évident qu’elle ne restera pas en place toute seule.
- Effectivement, sourit Stark, en présentant une espèce d’anneau qu’il tenait dans ses mains.

Il semblait creux en apparence, mais je me méfiais surtout des espèces de pics qui pointaient vers le sol.

- Ceci est ce que l’on pourrait considérer comme un adaptateur, continua Stark. Afin de faire coexister un organisme biologique avec un organisme cybernétique. L’anneau se passe autour du moignon et les senseurs (il désigna les pics) vont se greffer dans ta jambe de façon permanente. Une fois cela fait, tu pourras connecter et déconnecter ta prothèse à volonté.
- Il n’y a que le coté permanent qui me gène. Mais sinon, ça me convient. Autre chose ?
- Euh, hésita Ludovic. Le processus n’est pas particulièrement plaisant.
- Je m’y attendais. Et sinon pour le moignon, doit-on le rouvrir ?

J’avais faillis dire encore. Je retins ma langue juste à temps. Mais l’idée ne me plaisait pas pour autant. A mon soulagement, et à mon plus grand scepticisme, Nadya secoua la tête en signe de dénégation.

- Pas besoin. Au moment de la première connexion, l’énergie qui se libérera va désintégrer la croute de la plaie et cautériser immédiatement autour de l’anneau.
- Ce ne sera vraiment pas plaisant, alors ?
- A peu près autant que de prendre un bain d’acide juste assez dilué pour ne pas te tuer sur le coup.

J’inspirai à fond. Une seconde, minuscule mais bien présente, je songeai à renoncer. Puis je me repris. J’avais goûté pendant un mois à la vie d’infirme, et je n’allais pas pouvoir le supporter beaucoup plus longtemps. Aucune douleur ne pourrait surpasser mon sentiment d’impuissance actuel. J’expirai un bon coup puis hochai la tête. Je prenais le risque. Ils acquiescèrent tous et me conduisirent dans ce qui aurait du être la morgue, mais qui portait plutôt mal son nom, au vue de son utilité. A l’intérieur, la table d’autopsie avait été légèrement modifiée, de façon à inclure de nombreuses sangles. Elles étaient neuves, donc elles ne pouvaient servir qu’à une chose.

- Il va falloir que je sois attaché ? M’exclamai-je, mal à l’aise.
- Oui, confirma Ludovic. Le moindre sursaut risque de ralentir l’opération et donc de faire prolonger la douleur.

L’idée était d’autant plus dissuasive, mais ma décision était prise. Ce fut donc décidé, mais également résigné et morose, que je m’allongeai sur la table. Mon équipe attendit que je sois correctement installé avant de me sangler au niveau des poignets, des coudes, de la tête, de l’abdomen, du moignon du genou et du pied gauche. J’inspirai à fond avant de faire commencer l’intervention. Rapidement, ils assemblèrent l’anneau et la prothèse ensemble. Puis, plus délicatement, ils la posèrent sur la table et firent glisser l’anneau sur mon moignon. Ensuite, après avoir vérifier que tout était correctement en place, mon équipe sangla également la jambe de métal. L’idée me paraissait superflue, mais je laissais faire, me concentrant sur tout ce qui pouvait me faire oublier ce qui allait se produire. Je vis ensuite Ludovic, Nadya et Stark entrer des données sur ordinateur. Puis, les pics de l’anneau se rétractèrent. Avais-je cru un jour que la perte de ma jambe avait été douloureuse ? Etait-il possible qu’un bras lacéré fusse plus douloureux qu’une caresse ? J’en doutais désormais. Les senseurs ne s’étaient pas rétracté, ils s’étaient au contraire profondément enfoncé dans ce qu’il me restait de jambe. Je l’avais compris en entendant ce qui aurait du être un craquement d’os brisé, lorsque les aiguilles traversèrent l’ossature de ma jambe. J’avais l’impression que mon corps entier irradiait de douleur, comme si ma jambe seule ne pouvait contenir cette souffrance. C’était comme se faire disséquer sans la moindre anesthésie. Mon système nerveux était à vif. Mon cerveau ne reconnaissait pas l’extension nerveuse issue de la prothèse. Il ne réagissait pas, trop occupé à supporter la souffrance provoquée par l’anneau. Mon esprit, quand à lui, anticipa mieux que mon corps. Sitôt les aiguilles enfoncées dans ma jambe, je m’étais concentré de toutes mes forces pour ne surtout pas hurler. Malheureusement, c’était un effort considérable, qui m’épuisa rapidement. La sueur se mit à couler abondamment et de petits gémissements de douleurs franchirent mes lèvres. Sans les sangles, il était évident que je me serais tortillé dans tous les sens pour tenter d’apaiser cette souffrance abominable. Incapable de bouger, je me contentais de subir. Lentement, mon esprit s’embruma. La douleur était toujours aussi vive, mais j’avais l’impression qu’elle n’était plus totalement en moi. Je crus que j’étais enfin parvenu à me maîtriser, mais je compris que ce n’était pas le cas lorsque je me retrouvai subitement debout dans le noir complet. La souffrance était toujours présente, alors pourquoi étais-je ici ? La noirceur s’évapora subitement, me révélant une bordure de forêt qui m’était atrocement familière. Un rugissement retentit derrière moi, et je me retournai en priant que ce ne fusse pas ce que je croyais que c’était.

Mes prières ne furent pas exaucées. A coté de moi, lui aussi en bordure de forêt, l’immense dinosaure que j’avais abattu se tenait devant moi à une centaine de mètres, vivant et particulièrement féroce. Il s’apprêtait à me charger. Je remarquai alors seulement que j’étais habillé de ma tenue de Torchwood. Mes deux pistolets, mon tazzer, mon sabre, ils étaient tous là. La douleur qui m’habitait était celle de ma jambe, mais plus tamisé, comme un fond indistinct parmi les sensations que j’éprouvais. Le dinosaure me fonça droit dessus. Instinctivement, je sortis mes deux pistolets, équipés de balles explosives et mis en joue le monstre de plusieurs centaines de kilogrammes. Sitôt qu’il fus à portée de tir, je vidai mes chargeurs sur sa tête, essayant de l’abattre, ou, à défaut, de le rendre aveugle et sourd. Le problème des balles explosives, c’était qu’elles n’étaient pas prévues pour pénétrer des corps aussi compact que celui qui me faisait face. La plupart ricochèrent sur la peau rugueuse du dinosaure, explosant autour de lui, sans le blesser. Ces bruits eurent au moins l’effet de le stopper, et il regarda autour de lui, désorienté car il ne parvenait pas à trouver l’origine du bruit. Cela me laissa le temps de reculer en rechargeant mes armes avec des balles ordinaires, cette fois. Le dinosaure ne tarda pas à rediriger son attention sur moi, toutefois. Il poussa un grognement en voyant que je tentais de lui échapper, avant de me charger une nouvelle fois. Je lui tirais dessus à nouveau. Mes coups lui blessèrent gravement les pattes, et il s’effondra pratiquement à mes pieds. Rangeant mes pistolets désormais vides, je dégainai cette fois mon sabre et l’abattis violemment à la base du cou. Le monstre eu un unique soubresaut avant de rester définitivement inerte. Je priais silencieusement qu’il reste mort, cette fois. Autour de moi, tout devint noir à nouveau. Je tentais de comprendre ce qu’il m’arrivait. La douleur devait me faire halluciner. Ce fut la seule explication que je parvins à trouver. A peine compris-je cela, qu’un nouveau décor apparu autour de moi.

Je me retrouvai cette fois dans une ruelle qui m’était également familière. En face de moi, se tenait un sontarian dans une armure ébréchée. Il tenait un sabre en main. Il me fallut à peine une seconde pour comprendre que cela ne pouvait définitivement pas être réel. Un sontarian ne se rabaisserait jamais à utiliser une arme aussi primitive. Ce serait déshonorant pour lui de le faire. Celui qui se tenait en face de moi, ignorant mes certitudes, me chargea lame en avant. Je parai avec mon propre sabre, toujours imprégné du sang du dinosaure, et le choc résonna dans mon bras avec violence, faisant écho à la souffrance engourdie que je ressentais toujours au fond de moi. Je fis un bond en arrière. Le combat actuel était beaucoup plus complexe que le précédent. Ma force physique était légèrement inférieure à celle d’un sontarian, je ne devais donc pas trop compter dessus. J’inspirai à fond et menai le second assaut. Au moment de l’impact, je pris appui sur une poubelle et sauta par-dessus de mon opposant qui, emporté par son propre élan, avança sur plusieurs pas avant de pouvoir se retourner, mais j’étais déjà sur lui. La lame ricocha légèrement sur l’armure avant de la traverser, si bien que je manquai de lui transpercer le cœur. Le sontarian ne gémit pas, se contentant d’un grognement de frustration. Il voulut profiter de ma position de faiblesse, car j’étais à porté de frappe. J’eus le réflexe de me jeter sur le coté, mais mon sabre resta enfoncé dans le corps de mon ennemi. Celui-ci ne la retira pas, pour éviter l’hémorragie. Il se tenait à présent face à moi, un sourire victorieux aux lèvres. Il se campa devant moi et abattis son énorme épée sur moi. Je plongeai entre ses jambes écartées. Je dégainai un pistolet, le rechargeais de balles explosives, le tout dans une roulade pour me relever. Avant que mon ennemi n’ai eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, je collai le canon de mon arme sur le tuyau à la base de son cou, qui lui servait de point faible, et tirai à bout portant. Son corps explosa de l’intérieur, mais son armure absorba la plupart de la puissance générée, si bien que la destruction fut limitée à l’intérieur. Je fus aspergé de sang. D’un mouvement, je me baissai, pris mon sabre par la garde, tirai un grand coup pour le libérer, et le rangeai finalement à sa place. Puis, je chargeai ma seconde arme à feu. Autour de moi, tout redevint noir.

Je remarquai que les combats étaient fortement inspirés de ceux que j’avais vécus. La différence était que ces combats avaient lieu juste avant mon expédition désastreuse dans le vaisseau auton. Un nouveau décor se forma et je me contentai d’un soupir résigné. J’avais deviné que cela allait arriver. Je me retrouvai dans le vaisseau cyberman, entouré de trois cybermen. C’était la pièce ou se trouvait la faille, bien qu’elle ne fût pas présente dans cette hallucination. Cela signifiait-il qu’il n’y avait aucune échappatoire ? Je m’en fichais royalement. J’étais encerclé par mes trois ennemis. Ils ne bougeaient pas, attendant que je fasse un faux mouvement. Cela ne ressemblait pas à leur comportement, d’après mes souvenirs du moins. Je me souvenais qu’ils étaient tellement persuadé de leur indestructibilité qu’ils n’hésitaient pas à foncer dans le tas. Pourtant, ici, ils étudiaient chacune de mes réactions, sans m’attaquer. Ils ne me voulaient pas de bien, cela se voyait à leur position, basse et prête au combat. Alors pourquoi ? Soudain, la raison fut évidente. Mes ennemis, ne devenaient pas simplement plus fort au fur et à mesure des combats hallucinatoires, ils devenaient également plus rusé, s’adaptant aux capacités que je dévoile. J’eus un sourire carnassier. Finalement, ils avaient raison d’être prudent, car j’avais en ma possession l’instrument de leur mort. Je dégainai mon sabre de la main droite et pris mon tazzer avec la gauche. Aucune réaction. Evidemment, ils ne pouvaient s’adapter à une situation qui n’avait pas de précédent. Je m’approchai avec décontraction du premier et d’un mouvement de sabre, trancha son corps en deux parties symétriques. Il n’avait pas réagi, ni même tenté de se défendre. Si mon épée avait été normale, cela aurait été intelligent. Malheureusement, la lame était parsemée d’or, l’ultime faiblesse des cybermen. Je vis qu’automatiquement les deux ennemis restants analysèrent la situation et s’adaptèrent une nouvelle fois. Ils avancèrent simultanément, cherchant le moment ou j’attaquerai le premier pour me faire abattre par le second. Mon sourire s’élargit. Je fonçai sur le plus proche et frappai violement avec le tazzer. Le cyberman fut sonné et s’effondra lourdement. Le second se jeta sur moi immédiatement. J’avais toutefois anticipé son geste et sitôt à porté de lame, mon sabre n’eu aucun mal à détacher la tête de son corps. La carcasse métallique s’écrasa, définitivement sans vie. Quelque chose m’agrippa alors le pied. Par réflexe, j’abattis la lame dessus. J’avais eu chaud. Si mes réflexes avaient été plus lents, j’aurais fini électrocuté par le cyberman que j’avais mis à terre. Il se releva tant bien que mal, tandis que de mon coté je retirai un à un les doigts de sa main coupée fermement agrippés à mon pied. Il s’approcha à nouveau. Je fis un tour rapide sur moi-même et abattis horizontalement mon sabre, séparant les jambes du torse. Enfin, je m’approchai et planta la lame dans la tête du cyberman. Tout redevint noir.

J’apparus cette fois-ci dans les égouts. J’avais déjà compris comment fonctionnait ces combats et leur ordre d’apparition. Je ne fus donc pas du tout surpris de me retrouver dans cette pénombre malodorante. Je me trouvais dans une immense salle, du genre qu’on ne trouve certainement pas dans les égouts. Autour de moi, m’encerclant parfaitement, des centaines de créatures. Au vue de l’endroit, des grognements et de la chronologie des évènements, cela ne pouvait être que des Weevils. Ils me fixaient avec des yeux avides, comme j’aurais regardé un énorme poulet rôti. Comparé à leur prédécesseurs, ils n’étaient ni forts, ni intelligents. Toutefois, ils étaient excessivement nombreux. Ce fut là, au milieu de tant d’ennemi, que mon ancienne colère ressurgit. Cette colère qui m’avait poussé à mettre un Weevil en pièce à main nue. Cette fois, il n’y avait personne à protéger et personne pour m’empêcher de continuer le massacre. Et il n’y avait aucune raison de me sentir coupable, puisque ce n’était qu’une hallucination. La colère m’envahit instantanément. Je devins ma colère. Elle faisait ressortir mon excessive concentration, celle avec laquelle j’avais tué un dinosaure, celle également avec laquelle j’étais parvenu à échapper si souvent à la mort. Tandis que je prenais conscience de cela, je vis les Weevils se prosterner à mes pieds en gémissant et se ratatinant sur eux-mêmes. Je passai la langue sur mes lèvres avant de sourire. Cela allait être extrêmement facile. Je pris une nouvelle fois mon sabre et entrepris d’éliminer un à un tous les êtres vivants de la pièce. Aucune réaction ? Tant pis. Le travail fut méticuleux, je pris mon temps. Aucun d’eux ne réagissait. Cela me tapait légèrement sur le système. Il n’en restait plus que trois, à présent. Je pris le premier par la gorge, avant de le soulever et de le transpercer. Je me jetai ensuite sur le second, le décapitant. J’allais fondre sur le dernier et lui broyer la cage thoracique, mais mon attention fut détournée par un objet qui venait de tomber de mes poches. Un portefeuille. Il était tombé ouvert et bien à plat, révélant le papier métapsychique. Curieux, je le ramassai. Il n’était pas vierge, contrairement à ce que j’avais imaginé.

« Béni sois notre prophète. Béni sois l’homme qui nous dirigera vers la voie éternelle. Lui seul est digne de nous juger. Nous serons heureux de recevoir sa grâce ou ses foudres… »

Tels étaient les mots écrits dessus. Effrayé, je cherchai autour de moi une explication logique. Il n’y avait que deux êtres encore vivants dans cette pièce. L’horrible vérité me frappa alors. C’étaient les pensées du Weevil. Et il était évident qu’il parlait de moi, au vu de son comportement et du fait que j’étais le dernier encore vivant, en dehors de lui. Effrayé par ces pensées, je mis un terme à la vie de celui qui les formulait. Puis, je m’assis en boule dans un coin de la pièce, tandis que celle-ci s’effaçait à son tour.

Je ne parvenais plus à cesser de trembler. Etait-ce possible que ce soit de vrais pensées, ou bien n’était-ce que l’un des effets de mon hallucination. J’avais du mal à m’en persuader. Je n’eus toutefois plus l’occasion de m’en préoccuper pour le moment, car le moment que j’avais le plus craint venait finalement d’arriver. Me voila dans le vaisseau Auton. Je n’y avais survécu que grâce à la présence de Reseat, cette fois là. Pouvais-je vraiment m’en sortir seul, cette fois ? Toutefois, aucune trace des mannequins de plastiques. J’avais remarqué que les décors ne changeaient que lorsque j’éliminai la totalité de mes opposants. Or, je n’en voyais aucune trace. Etait-ce du au fait qu’il n’y avait pas de suite, après ce combat ? Peu probable. Je parcouru l’immense vaisseau, de long en large. Rien ! Je me rappelai brusquement des paroles de Reseat. Il avait dit que les mannequins n’étaient pas des créatures vivantes, mais des récepteurs obéissants à un ordinateur central : la conscience Nestene. C’était elle, mon ennemie. Je voulus scanner le vaisseau pour la trouver, mais je me rendis compte alors que je n’avais pas mon manipulateur de vortex. Il pouvait servir d’échappatoire, mon hallucination ne m’en avait donc pas pourvu. A moins que ce ne soit du au fait que j’étais incapable d’imaginer concrètement son fonctionnement. J’entrepris donc de fouiller intégralement le vaisseau. Pendant cette recherche hasardeuse, je songeai avec anxiété à la façon dont j’allais pouvoir éliminer la conscience Nestene alors que j’étais dépourvu d’antiplastique. Je décidai d’y réfléchir en temps voulu. J’arrivai finalement dans la zone de stockage du vaisseau, en songeant que j’aurais du y penser immédiatement. La conscience Nestene était là, une masse de plastique à une température plus proche de la lave que de celle de fusion des éléments qui la composait. Elle ne réagit pas à ma présence. Dans chaque hallucination, mes ennemis devaient m’empêcher de gagner. Me tuer était donc parfaitement justifié. Mais, dans ce cas de figure, ou je ne pouvais pas tuer mon ennemi, elle n’avait aucun besoin de me prêter attention. Ce n’était donc pas un combat physique, mais tactique. Je devais trouver un moyen de mettre cette créature hors-course. Mais comment ? Je voyais le mélange de vapeur et de fumée qui s’élevait du trou/cratère. Comment diable le vaisseau faisait-il pour supporter une telle chaleur sans fondre ? Je me rappelai d’un détail dont m’avait parlé Reseat. La conscience Nestene se servait d’azote liquide pour refroidir son support. J’eus un petit sourire et me rendis au poste de pilotage. Il serait facile de finir, finalement. Mais, arrivé à destination, je me rendis compte que je ne savais toujours pas me servir des commandes. Etait-ce impossible à l’avance, finalement ? Machinalement, je levai les yeux au ciel, au plafond dans ce cas précis, et vis l’imposante tuyauterie. Bien sûr ! Même si je ne parvenais pas à pirater et à détourner le système de refroidissement à distance, rien ne m’empêchai de le faire manuellement. Je suivis la plomberie jusqu’à la salle des machines. Là, je vis l’immense réservoir d’azote liquide. Jubilant, je dégainai mes pistolets et vidai les dernières balles explosives sur le container, qui se fissura lentement avant d’exploser. Alors, la course contre la montre, que je n’avais pas prévu, commença. L’azote liquide me poursuivait, telle une marée, à travers le couloir, unique sortie de la salle. Je fonçais à toute vitesse, échappant au produit qui me tuerait à coup-sûr si je me faisais toucher. Le second problème, auquel je n’avais pas pensé non plus, fut la baisse de température de plus en plus importante. Le couloir, en tant que huis-clos, vit sa température baisser en dessous des zéro degré en quelques secondes. Les murs et le sol se couvrit rapidement de givre. Ma course devint glissante. Au dessus de moi, je sentis de violentes vibrations. La conscience Nestene, privé de son refroidissement, s’enfonçait de plus en plus profondément dans les entrailles du navire. La chaleur recommença à grimper. Tandis que l’azote liquide s’évaporait. Il devait encore faire près de moins vingt quand la masse de plastique en fusion tomba à mon étage, le réchauffant brusquement avant de s’enfoncer d’un nouvel étage. Prenant conscience du danger à venir, j’enfonçais profondément la lame de mon sabre dans le mur et attendis. Ce ne fut pas long. La conscience Nestene traversa la coque du vaisseau, le dépressurisant du même coup. L’air s’échappa violement des couloirs, tentant de m’emporter au passage. Je tins bon, mais la lame commençait à entamer le mur, fragilisant ainsi sa prise. Après quelques interminables secondes, la lame se détacha, et je fus aspiré en direction du trou. Je percutai plusieurs murs, avant d’être expulsé du vaisseau. J’inspirai à fond, remplissant mes poumons d’air. De l’air, hors du vaisseau ? Je regardai autour de moi. Ce n’était pas l’espace. J’étais de retour dans cet endroit plus noir qu’un four. Soudainement, tout s’illumina. Le décor n’avait pas changé, c’était toujours le même endroit, mais la clarté avait remplacé l’obscurité. Tout était blanc, mais il n’y avait rien. Soudainement, je pris peur. La souffrance de fond avait cessé et je me retrouvai dans un endroit blanc et immaculé. Etais-je mort pendant l’opération ?

’’- Tu te sous-estime grandement. Après tout ce que tu viens de revivre, tu penses encore que tu peux mourir si facilement ? ‘’

Je me retournai brusquement. C’était la voix de mon esprit. Sauf que, cette fois, elle avait résonné derrière moi. Et là, pour la première fois depuis mon exil du temps, je subi un choc. Celui qui avait parlé, c’était moi. Pas le moi spirituel (que j’étais), qui avais un corps vierge de la moindre cicatrice, mais le moi physique dont le bras avait été lacéré, le cou écorché et la jambe sectionnée. Ces trois plaies étaient béantes, comme si elles n’avaient jamais cicatrisées. Il se tenait assis, adossé à un mur imaginaire, tandis que le sang s’écoulait inlassablement.

’’- Tu n’as toujours pas compris ? Si tu ne ressens pas la souffrance, c’est parce que nous nous sommes scindés. Dans ce monde, nous sommes deux entités différentes. Moi le corps et toi l’esprit. ‘’
- Cela est sensé signifier quoi ?
’’ – Cela dépend uniquement de toi. Ou peut-être de moi. Tu as compris que chaque combat te mettait au défi. Je suis le dernier défi. Tu devras me vaincre.’’
- Je ne veux surtout pas te vexer, mais tu m’as l’air bien mal en point. Te vaincre ne sera pas compliqué.
’’- Est-ce moi qui suis mal en point ? Ou bien toi ? ‘’

La souffrance m’envahit une nouvelle fois, aucunement atténué. A travers mes larmes de douleur, je vis que nos positions s’étaient inversées. J’étais le moi physique, en lambeaux, tandis que lui était le moi spirituel, rayonnant. Il avait mes armes, mais j’avais les siennes, qui se trouvaient être la réplique exacte des miennes. A moins que ce ne fus le contraire…

’’- Tu n’as pas compris la situation, apparemment. Pour me vaincre, tu devras battre la douleur. Inconsciemment, tu t’es dit que, étant donné que tout s’était déroulé dans ton esprit, tu avais un corps spirituel. Mais c’est faux. Tu as un corps physique, qui souffre parce que tu ne sais pas en prendre soin. A l’inverse, tu as considéré que ne pouvant être ton esprit, je devais être ton corps, par déduction. Tu te trompes également. Je ne suis pas attaché au monde matériel, mon enveloppe est strictement spirituelle.‘’

Il s’approcha de moi et me donna un violent coup de pied dans les côtes, dédoublant la douleur. Je me recroquevillais en gémissant, non, en hurlant ma souffrance. Mon opposant se mis à genoux à coté de moi et me regarda longuement.

’’- Que crois-tu ? Que tu pouvais avoir tous les avantages, sans recevoir aucun des inconvénients ? Que j’allais me contenter de ce que tu me laissais ? Hors de question. Si tu succombes à la souffrance, ce sera moi qui fusionnerai à nouveau notre âme et notre corps. Je prendrais ta place dans le monde physique, et je t’effacerai.‘’

Sur ce, il me frappa violement le visage. Ce petit jeu continua pendant de très longues minutes. Puis, lassé, il décida d’accéléré le processus. Il dégaina son sabre et s’approcha de moi pour m’achever. Dès que je fus à portée de frappe, il abattit sa lame. Malgré ma souffrance, je parvins à dégainer mon propre sabre et à parer le coup. Je tentai de lui faucher les jambes, mais mon instinct de préservation ralentit mes mouvements que l’autre hésita sans problème. Je me remis debout, appuyé sur une jambe et sur mon sabre. L’assaut suivant, bien que paré, m’envoya valser plusieurs mètres plus loin. Mes appuis ne me permettaient pas d’absorber l’impact. Tentant le tout pour le tout, je dégainai mon arme et le braquai sur mon alter-ego. Mais je fus incapable de le tuer. Ma main, tremblante, ne parvenait pas à appuyer sur la gâchette.

« - Prend garde à toi, voyageur égaré. En voulant sauver ton corps, tu y laisseras ton âme. En tentant de sauvegarder ton âme, ce sera au péril de ton corps. Et ne songe pas à fuir ton destin, car tu perdras alors quelque chose d’encore plus précieux. Adieu, enfant perdu, incapable de rentrer chez lui. »

Ces mots, que j’avais déjà entendus, résonnèrent à nouveau. C’était un bon résumé de la situation. Je ne pouvais pas abattre mon moi spirituel, mais ne parvenais pas à préserver mon corps physique. Il n’y avait aucune solution. Attend une seconde ! Au péril, de mon corps ? Alors que j’y laisserai mon âme dans le cas opposé ? Dissimulant un sourire, je me remis debout. J’avais trouvé une solution. Mon alter-ego me regarda avec une certaine méfiance. Me tenant sur mon unique pied, je levai mon sabre, avant de me l’enfoncer de toutes mes forces dans l’abdomen. Mon moi spirituel se jeta sur moi, paniqué.

’’- Tu triches ! Tu n’as pas le droit de fuir notre combat.’’
- Pourquoi fuirai-je ce combat ? Je l’ai gagné, non ? J’ai vaincu ma souffrance.
’’- Idiot ! Tu ne l’as pas vaincu, mais accepté. Tu étais destiné à souffrir. Pour gagner contre la douleur, tu devais accepter de te faire transpercer par ma lame. Pour rétablir l’équilibre. Au lieu de quoi tu as évité le problème.’’

Autour de nous, la clarté s’assombrissait, lentement. Mon alter-ego commençait à s’effacer, lui aussi.

’’- Tant pis. On se reverra bien assez tôt. J’espère que tu ne regretteras pas ton choix, car tu devras désormais en payer les conséquences…

Il disparut complètement et tout redevint noir. Puis, plus rien. La souffrance, commença à s’estomper Pourtant, cette absence de sensation m’oppressait. Je n’éprouvais plus rien. La panique me submergea. Lentement, je sentis quelque chose, autour de moi. Des présences ! Au prix d’un effort considérable, j’ouvris les yeux. Un plafond et des visages familiers m’accueillirent. J’étais de retour dans la morgue, entouré de mon équipe, au complet.

Citation:
Je n’étais pas certain de pouvoir dire si j’étais ou non sujet à une nouvelle hallucination. Je voyais toute mon équipe, penchée sur moi, mais j’étais incapable de prononcer le moindre mot, ni même d’esquisser le moindre mouvement. Je ne parvenais qu’à regarder le plafond, et à respirer, difficilement au vue de mes halètements. Ludovic était toujours sur l’ordinateur.

- On a été obligé de te mettre sous morphine et anesthésiant, m’expliqua-t-il, sentant mon trouble. Plus le temps passait, et plus tu devenais violent. Les sangles ont failli céder, pour la plupart.

Je remarquai effectivement que j’avais été détaché. Les sangles, distendues, étaient bonnes à jeter Celles qui retenaient ma prothèse avaient été arrachées de la table, littéralement. Je ne remarquai qu’ensuite les visages fatigués qui m’entouraient. La crise avait du être longue. Au prix d’un effort de volonté considérable, je parvins à me mettre en position assise, devant un public humain surpris et un sontarian hilare. Je mis mes mains sur mes hanches, manquant d’avoir un sursaut lorsque un de mes doigts toucha la surface froide de ma jambe de métal. Mes sensations revenaient, tout comme la douleur, mais qui se faisait raisonnable cette fois. Lorsque je fus certain de pouvoir me tenir debout sans chanceler, je décidai de descendre de la table. Au contact du sol, un choc, pas mental comme mon premier, mais physique, me submergea. Je titubai, pris d’un vertige soudain, et fus retenu par Stark, Silvia, Nadya et Reseat qui se tordait de rire, insensible aux regards courroucés que lui jetait mon équipe.

- Tu devrais peut-être attendre un peu avant de t’en servir par toi-même, hésita Stark. Ce n’est peut-être pas très prudent.
- Ce n’est pas ça, les rassurai-je. Je n’ai aucun mal à me tenir debout, j’ai seulement été… Décontenancé !
- Comment cela ?
- C’est difficile à décrire. Les sensations de ma jambe, je veux dire.

En effet, comment décrire cette sensation ? Les données que recevait mon cerveau étaient plus que la simple sensation du sol sous mon pied. Je le ressentais ! Chaque vibration traversant le sol, je parvenais à le ressentir, même les plus faibles. Je sentais un ver de terre, une quinzaine de mètres sous nos pas, se déplacer. Je pouvais dire combien de personnes se déplaçaient à proximité de mon laboratoire. J’aurais pratiquement pu trouver la vitesse des pulsations de leur cœur et le poids de chacun d’eux. J’avais l’impression d’être omniprésent sur une distance d’environ une centaine de mètres. Et ces sensations nouvelles développaient en moi une nouvelle perspective des trois dimensions. Je pouvais voir, sans vraiment le voir, un objet qui se déplaçait derrière un mur, aux simples vibrations qu’il provoquait en se déplaçant. C’était extrêmement perturbant. Il me fallut quelques minutes pour me réhabituer à la à ma vue et à mon toucher, ainsi qu’à mon ouïe, dans une plus faible mesure. Je me rappelai soudain ce que disaient les cybermen, lorsque je les avais rencontrés. Ils prétendaient ne rien éprouver. Je fus presque étonné de voir à quel point ils étaient parvenus à s’en persuader. Quelle ironie ! Leur inhibiteur de sentiments leur gâchait leur potentiel. S’ils ne pouvaient pas vivre sans, c’était uniquement du au fait qu’ils n’avaient pas voulu devenir cybermen, peu importe à quel point ils prétendaient le contraire par la suite. Si la transformation avait été faîte de leur plein gré, les cybermen auraient pu être une espèce considérablement plus puissante, car ils n’auraient alors pas eu besoin d’inhibiteur de sentiment. Un cyberman qui s’accepte ne craint pas de se regarder en face, il ne risque donc pas de s’autodétruire en voyant ce qu’il était. La perspective qu’un jour, les cybermen découvre leur potentiel, m’effraya. Mais je me ravisai, ils étaient trop arrogant pour y parvenir, car il leur faudrait pour cela accepter le fait qu’ils l’étaient. Or s’ils en étaient capables, ils n’auraient pas besoin de leur inhibiteur de sentiments. C’était un cercle vicieux. Je poussai un soupir de soulagement. Le vertige s’estompa et je me remis debout. Je commençai, lentement, à m’habituer. Mais j’étais sidéré de mes nouvelles capacités. Et je sentais que je n’avais pas encore tout découvert. Je fis un pas, avec le pied gauche, puis un autre, avec le droit. L’élan me fit percuter le mur, qui se trouvait pourtant deux mètres plus loin. Je parvins à amortir le choc, mais la puissance de ma jambe était phénoménale. Il allait falloir du temps pour que je la dompte et puisse l’utiliser pleinement. Autour de moi, tout le monde me regardai anxieusement. Reseat avait aussi cessé de rire, me toisant avec curiosité. Cette petite démonstration venait d’éveiller son intérêt. Pour montrer à tout le monde que j’allais bien, je fis de nouveau quelques pas, plus prudent cette fois. J’y parvins sans difficulté. Ils voulurent ensuite faire quelques tests, que je passais rapidement. Je vis ensuite Ludovic inscrire ces données dans un journal de bord, sur le superordinateur. En voyant la date qu’il affichait, j’eus des sueurs froides. J’étais l’opération avait débuté la semaine passée. J’avais été inconscient pendant six jours ! Je regardai plus attentivement mon équipe. Ils étaient plus cernés que la fois où j’étais parti les entraîné dans la nature. Avaient-ils seulement dormi ces derniers jours ? Lorsque je posai la question, ils se contentèrent d’éluder.

- Stop ! M’écriai-je. Vous tous, je vous mets en congé pour les deux prochains jours. Vous devez vous reposer.
- Mais… Commença Nadya.

Je soupirai. Ils étaient accros. Il manquait plus que ça. Mes épaules s’affaissèrent.

- Si quelque chose traverse la faille, je vous préviendrai, me résignai-je. Vous pouvez rester ici, mais le repos est obligatoire ! Si je vois l’un d’entre vous travailler, je le vire.

Sur ce, je sortis en trombe, suivi de Reseat, pratiquement mort de rire. J’avais du mal à me retenir de faire pareil. Un patron qui interdit à ses employés de travailler ? On aura tout vu. Je fonçais à toute allure dans le couloir, suivi de près par le sontarian. Je le regardai de biais. Impossible que Reseat et le sontarian de mon hallucination ne soient la même personne. C’était comme comparé mon pire ennemi et mon meilleur ami, le contraste était beaucoup trop important. Je réprimai un frisson en tentant d’oublier le fait que ce contraste avait été beaucoup moins net à notre première rencontre. Sentant mon regard sur lui, Reseat cessa de rire et me demanda :

- Ou allons-nous à présent ?
- Vérifier quelque chose. J’ai eu quelques révélations durant mon… Inconscience. Que sais-tu des Weevils ?
- Pas grand-chose. Ce n’est pas une espèce facile à côtoyer. Ils sont très sauvages, trop, peut-être.
- Ce doit être vrai, puisque c’est toi qui le dis. Comment communiquent-ils ?
- Par télépathie, je crois. Mais c’est une forme archaïque, comparé à l’Ood que nous avons ici.

Je hochai la tête, il y avait ça aussi. Mais Reseat m’avait confirmé ce que je soupçonnait. Si effectivement les Weevils communiquaient par télépathie, alors le papier métapsychique allait pouvoir me permettre de leur parler. Pendant le trajet jusqu’à la bonne cellule, je me remémorai les hallucinations que j’avais enduré. La dernière, plus que les autres, me troublait Etais-je mon propre ennemi ? Je sentis un grondement méprisant dans mes pensées.

’’- Ridicule ! Il s’agissait de ton subconscient. Il t’a fait revivre tous les moments douloureux de ta vie. Il tentait de te faire comprendre que si tu avais survécu à tout cela, tu pouvais parfaitement supporter cette douleur. Ce que tu as fait.
« Mais certaines de tes paroles m’ont troublé, dans ce combat… »
’’- Ce n’était pas moi. Juste une manifestation de ton subconscient, que tu as défini comme étant moi. Pour ma part, je vois tes hallucinations uniquement par le biais de tes souvenirs.
« Si tu le dis… »

Toutefois, ses paroles apaisantes recelaient une tension, certes dissimulée, mais bien présente. Je mis cela sur le compte de ma convalescence. Arrivé devant la cellule, nous entrâmes. Le Weevil était roulé en boule, dans le coin le plus sombre de la pièce. Quand il nous vit entrer, il se releva lentement en nous montrant les dents. Je m’assis sur la table, que notre hôte avait en partie mis en pièces, et ferma les yeux. Je me concentrai sur les pulsations de son cœur, qui était plutôt calme. Il accéléra bientôt toutefois, en voyant que nous ne bougions pas. Je sentis son centre de graviter s’abaisser, signe qu’il s’apprêtait à me bondir dessus. Reseat fut plus rapide, cependant. Il intercepta l’alien en plein vol et le plaqua au sol. Je retins un sourire, car sa réaction avait été inutile. Je me relevai et fit signe à Reseat de le lâcher. Tout sourire, celui-ci obéit. Je savais qu’il espérait que le Weevil recommence, pour le malmener un peu. Cela faisait un bon moment que je ne l’avais pas vu combattre, il avait besoin de se défouler. Mais le Weevil m’était nécessaire. Il fallait que je le garde à peu près en état. Je me penchai vers lui et il me montra à nouveau les dents en grognant. Je laissais la colère me déborder, celle qui dans les égouts et dans mon hallucination les faisait s’agenouiller. Cela eu l’effet escompté. Ce dont je fus heureux, mais en même temps un peu effrayé. Je pris le papier métapsychique dans une main, et posa une question toute simple :

- Quel est ton nom ?
« Gnim, seigneur ! »

C’était un début, bien que la façon dont j’étais appelé ne me plaisait toujours pas.

- Pourquoi m’appelles-tu seigneur ?
« Ca être ce que vous être ! »
- Comment ça ? Sois plus précis.
« Vous être seigneur pour nous. Weevils vénérer seigneurs de sang et mort. Vous être seigneur. »

Charmant. En gros je puais la mort, c’était ce qu’il était en train de me dire.

- Pourquoi vénérer les seigneurs de sang ?
« Seigneurs de sang et mort être puissants. Seigneurs de sang et mort vouloir toujours plus de sang et mort. Nous aussi ! Nous suivre seigneurs de sang et mort jusqu’à mort. »
- C’est comme une religion pour vous, n’est-ce pas ?
« Pas être religion. Religion pas être assez fort. Nous être plus fort que religion. Seigneurs de sang et mort décider, monde obéir.
- C’est une dictature, m’exclamai-je, légèrement amusé, malgré tout. Mais quelque chose me dérange. Vous suivez les seigneurs de sang parce que comme eux, vous désirez toujours plus de sang. Que représente le sang, pour les Weevils ?
« Sang être agréable. Sang être doux. Sang être apaisant. Pas pouvoir supporter pas de sang. »
- C’est une drogue ?
« Oui. Sang être drogue. Nous pas pouvoir supporter pas avoir sang. Nous… »

Il s’interrompit et poussa un horrible gémissement. Je ne sus pas ce qu’il avait, car au même moment, mon papier métapsychique devint flou, présentant des images incohérentes et effrayantes. Je l’avais déjà vu faire cela, une fois. Mais je ne me souvenais pas où. Avant d’être parvenu à déchiffrer la moindre image, tout redevint paisible. Le Weevil s’était de nouveau roulé en boule dans son coin. Au moment où je m’apprêtais à continuer l’interrogatoire, je sentis les pas de quelqu’un avancer dans le couloir et entrer dans une cellule, plus loin. Il n’y avait que l’Ood de présent à cet endroit. Ce devait donc être le capitaine Pember. Il ne fallait pas qu’il me voit tout de suite, alors que je n’avais pas pris la peine de dissimuler ma nouvelle jambe. Je demandai à Reseat d’aller le surveiller discrètement. Il gronda légèrement, mécontent de se faire priver du spectacle, mais finit par accepter de faire la corvée, comme il disait. Je sentis les pas lourd du sontarian s’éloigner, puis poussai un soupir. Je reportai mon attention sur le Weevil.

- Si je suis un seigneur de sang, pourquoi m’attaquer ?
« Pas reconnaître vous. Seigneurs de sang et mort puissant et effrayant. Quand vous arriver, vous puissant, mais pas effrayant. Après être effrayant. »
- Bon, je peux admettre ça, mamonnai-je. Pourquoi avoir hurlé tout à l’heure ?
« Pas hurler ! Peur. Monstre sanguinaire pas loin. »
- Un autre seigneur de sang ?
« Pas seigneur de sang et mort. Seigneurs de sang et mort tuer gens. Monstre sanguinaire détruire vie. Lui pas faire couler sang. Trop malin, trop dangereux. Pas d’alliés, que insectes ! Mort et destruction, seul. »
- Qui est ce monstre sanguinaire dont tu parles ? Tu as dit pas loin, ça veut dire qu’il est ici ?
« Non pas ici. Pas loin, mais pas ici. »
- Où alors ?
-« Dans tête. Lui parler dans tête. Lui pas ici. Monstre sanguinaire partout et nulle part. Pas loin, mais pas ici. »

Un filet de sueur froide me traversa me dos. Présent dans la tête uniquement ? Un peu comme…

’’-Tu es vraiment bouché ou quoi ? s’énerva la voix. C’est une espèce télépathe. Il parlait d’une présence télépathique.

Logique, mais j’ignorai l’intervention et demandai moi-même.

- Télépathie ?
« Oui. Lui manipuler esprits télépathiques. Lui créer armée avec corps télépathe. Esprit télépathe détruit. Lui contrôler corps pour détruire. »
- Tu ne m’as toujours pas dit de qui il s’agissait. Qu’est-ce que le Monstre sanguinaire.
« Bête ! Mal absolu. Origine légendes. Diable, démon, infamie. Immortel. Trop dangereux. »
- Tu es fais partie d’une espèce télépathique, non ? Pourquoi ne te contrôle-t-il pas s’il est déjà présent ?
« Lui pas libre. Lui vouloir discrétion Mais pas important. Monstre sanguinaire pas vouloir Weevils. Weevils trop primitif pour lui. Trop instinctif aussi. Lui préférer esprit télépathe clair, soumis.
- Un Ood.

C’était évident. Je me souvenais à présent. Les gémissements Weevils alors que le papier métapsychique devenait inutile. Les yeux rouges du Weevil durant ce court phénomène. Comme pour souligner mes déductions, le Weevil ne dit qu’un mot :

« Oui. »

Aussitôt, je bondis hors de la cellule. Reseat, me voyant approcher à toute allure, s’approcha. En deux phrases, je lui résumais la situation. Il était déjà prêt à foncer dans la cellule pour abattre l’ennemi potentiel, mais je le retins. Il fallait être discret. Pember serait capable de nous faire payer cet affront, d’autant qu’il avait fait du Ood son protégé. Et impossible de lui expliquer la situation sans qu’il conclue hâtivement que c’était de la jalousie. Que faire alors ? Si l’Ood était effectivement possédé, il était resté bien trop longtemps dans la base sans surveillance poussée. Il nous fallait un moyen de l’éliminer sans attirer les soupçons. Il fallait seulement… L’alarme de mon manipulateur de vortex, directement relié au superordinateur, se déclencha. Il manquait plus que ça. La faille ne s’était pas seulement activée, quelque chose venait de la traverser. Alors qu’une créature potentiellement apocalyptique résidait peut-être au sein de Torchwood, il fallait que ça arrive ! Je décidai de privilégier la faille. L’Ood resterait bien tranquille quelques jours de plus. Il fallait protéger la ville en premier, autant par nécessité de garder notre confidentialité que par soucis des victimes éventuelles. Reseat fut largement avant moi au laboratoire. Ludovic s’activait déjà à balayer la ville avec le radar à large spectre. J’observai mon équipe. C’était des épaves. Ils n’avaient dormis que quelques heures, ce n’était pas assez pour rattraper la semaine de nuit blanche. Pendant qu’ils s’affairaient de leur coté, j’entrainai Reseat dans mon bureau et abaissai les stores. Puis me tournant vers lui, je lui demandai directement :

- Peux-tu le retrouver ?
- Seul, je n’ai aucune certitude. Je pourrais si je savais quoi chercher, mais là…
- Quel type de soutien as-tu besoin pour le trouver ?
- Radar, détecteur de présence anormale, détecteur de filtre, traqueur d’anomalies… Tout ce qui peut permettre de trouver ce qui sort de l’ordinaire, pour cette planète à cette époque. Naturellement, vous n’avez pas ce genre de technologie.
- Torchwood n’as pas cette technologie, rectifiai-je.
- Quelle différence ? L’institut possède le plus haut niveau technologique du Royaume-Uni. Trouver mieux ne sera pas facile.
- Au contraire. Rien de plus facile.

Puis, sans lui donner d’explications, j’activai mon manipulateur de vortex, qui nous téléporta à bord de mon vaisseau. Je me souvenais que Reseat m’avait parlé de ce genre d’équipements, utiles pour une capsule de sauvetage. Je ne savais pas m’en servir, mais le sontarian oui. Effectivement, il s’assit devant un des écrans et commença les recherches en marmonnant qu’il aurait du y penser lui-même. Sa fierté venait d’en prendre un coup. Pour lui faciliter le travail, je désactivai temporairement les commandes isomorphiques.

- L’équipe va criser si, en entrant dans mon bureau, je ne suis pas présent, dis-je. Pire, ils pourraient paniquer. Je retourne sur Terre, pendant que tu scannes la surface. Si tu le trouves, préviens-moi.

Il se contenta d’acquiescer, pressé de trouver enfin un ennemi à qui se mesurer. Je me sentis légèrement coupable. Cela faisait trop longtemps que je le laissais se débrouiller seul. Après la fin de l’alerte, je me promis de lui rendre la pareille. Une fois téléporté dans mon bureau, j’attendis. Une minute. Dix. Une heure. Dans le laboratoire, je sentais la tension et la fatigue gagner mon équipe et décidai d’intervenir. Je leur ordonnai de se reposer jusqu’à ce que l’alien ait été retrouvé. Je m’occuperai personnellement des recherches. Ludovic, acquiesça, trop faible pour protester, puis alla s’allonger. Il s’endormit aussitôt. Je passai en revue les radars, mais rien d’anormal n’était détecté. Je me branchais aux caméras de surveillances disséminées dans Belfast, sans rien trouver non plus. Cela faisait trois heures que les recherches avaient commencées. C’était bien la première fois que des recherches aussi longues restaient infructueuses. Le soleil commençait à se coucher, me laissant stupidement devant l’écran d’ordinateur, insatisfait.

Citation:
La nuit avait été longue. Les premières lueurs du matin commençaient à apparaitre. De retour dans mon bureau, j’enrageai. Jamais un alien ne s’était montré indétectable à ce point. J’avais la sensation étrange et persistante de louper quelque chose d’important. Je savais seulement que notre visiteur n’était pas un humain, car on l’aurait repéré pratiquement immédiatement. Si cela avait été un objet quelconque, on l’aurait su tout aussi rapidement. Non, quoi que fut ce qui avait traversé la faille, c’était protégé de nos systèmes de détection. Depuis le vaisseau, Reseat m’appela :

« Toujours rien. Es-tu sûr qu’il y a quelque chose à chercher ? »
« Certain ! Je ne sais pas ce qu’on cherche, mais on va devoir le trouver. J’ai un mauvais pressentiment. »
« Je ne sais pas grand-chose des failles en elles-mêmes, mais il se peut que ce qui a traversé ne se soit pas arrêté ici. Cela aurait tout aussi bien pu continuer sa route. »
« Possible… Mais restons prudent au moins quelques jours. »

Je mis fin à la transmission. Je n’avais jamais été mis en échec à ce point, cela me frustrait énormément. Aux alentours de midi, les premiers membres de mon service arrivèrent. Ils semblaient en meilleure forme. Je leur laissai s’occuper des recherches, pendant que je prenais quelques minutes de pause. En s’installant, ils se mirent à parler du flash spécial qu’ils avaient vu à la télévision le matin même.

- Mais c’est étrange, déclara Nadya. Comment tant de monde… En si peu de temps…
- Oui, convint Stark. Surtout sur un si large périmètre.
- Comme quoi, ajouta Ludovic, on est à l’abri de rien.
- Mais quand même… Persista Nadya. Comment treize personnes ont-elles pu disparaître aussi soudainement sur un tel périmètre ?

Assis sur mon fauteuil, je me relevai brusquement. Des disparitions inexpliquées pendant la nuit ? Peu de chance que ce soit une coïncidence. Je sortis brusquement de mon bureau, faisant sursauter les trois travailleurs.

- J’ai entendu ce que vous disiez, déclarai-je. Racontez-moi cette affaire en détails.
- Il n’y en a pas beaucoup, justement, expliqua Stark. Le flash spécial a annoncé ce matin la disparition de treize personnes. Toutes ont disparu à Belfast. Le problème est que la vitesse des disparitions est anormale.
- Trop rapide ?
- Non, intervint Ludovic. Enfin si, mais pas seulement. La distance séparant deux lieux de disparition est considérable. Il faudrait presque une heure pour s’y rendre en voiture. Sans la chronologie des évènements, cela aurait été possible, mais là…
- Comment ça ?
- Selon les calculs de l’expert, durant les neuf heures qu’à duré la nuit, il y a eu treize disparitions. Or, il affirme qu’il aurait fallu un minimum de onze heures à un kidnappeur seul pour réaliser cet exploit.
- Donc, soit il y a plusieurs kidnappeurs, soit celui-ci est extrêmement rapide, résumai-je.
- En admettant que ce soit bien un kidnappeur, tempéra Nadya. Les circonstances sont illogiques. Cela pourrait simplement être une coïncidence…
- Tout comme le fait que quelque chose a débarqué de la faille la veille et que les disparitions ont commencé la nuit même, répliquai-je.

Leur visage se figea d’horreur lorsqu’ils comprirent ce que je soupçonnais. Ils se mirent donc à chercher plus frénétiquement encore la créature qui avait traversé la faille. Je poussai un soupir avant de retourner dans mon bureau et d’informer Reseat de la découverte accidentelle de mon équipe. Il fut sceptique. Il ne connaissait aucune espèce qui faisait disparaître les corps. Généralement, elles ne se donnaient pas la peine de cacher leurs victimes, qu’elles aient été un déjeuner ou une distraction. Selon le sontarian, il allait falloir se montrer très prudent. Que le roi de l’imprudence déclare cela, je le pris très au sérieux. De mon côté, je fis des recherches sur les lieux des disparitions. Je trouvais facilement les victimes sur les caméras de surveillance. Généralement, elles étaient seules et se trouvaient dans des ruelles sombres. J’attendis que la première passe sur la seconde caméra, mais elle ne le fit jamais. Elle s’était volatilisée dans l’angle mort de la caméra. Je regardai les plans de la ville, il n’y avait pas de bouche d’égout ni rien qui aurait permis de disparaître comme ça. L’affaire était plus grave que je ne le pensais. Je transférai le fruit de mes recherches vers le superordinateur et le vaisseau, pour partager ces informations. Une surveillance accrue fut organisée. Malgré tout, à la tombée de la nuit, toujours aucun résultat. Recherchions-nous un fantôme ? Ludovic me héla :

- Mauvaise nouvelle ! Deux nouvelles disparitions durant la journée.
- Peut-être pas si mauvaise, tempérai-je. S’il n’y en a eu que deux, ça veut dire que notre surveillance fonctionne, bien qu’il s’en soit rendu compte.
- Ou qu’il est plus dur pour quelqu’un de disparaître en pleine journée, grommela Silvia.

Je la dévisageai. Je n’avais pas songé à ça. Cette nuit allait sans doute se révéler aussi dangereuse que la précédente. Mon unité étant à peu près en forme, je décidai de les mettre au travail pour la nuit, prêt à les faire passer uniquement en travail nocturne, si jamais cette créature était réellement plus active la nuit. Toutefois, malgré tous nos efforts, seize nouvelles disparitions se produisirent sous l’œil attentif de la lune. Et les mauvaises nouvelles ne cessèrent pas à l’aube. Reseat me prévint qu’il avait surveillé une personne susceptible de disparaître durant la nuit, et qu’elle s’était volatilisé de tous les systèmes de surveillance d’un seul coup et sans explications. Le sontarian était aussi frustré que moi, mais pour des raisons différentes. Moi je déplorai mon inutilité, lui de ne pas pouvoir affronter cette ennemi insaisissable. En désespoir de cause, j’avais commencé à chercher, dans l’Encyclopédie du Temps, les espèces aliens dont les mœurs correspondaient aux évènements. Je trouvais une dizaine d’espèces correspondant. Mais j’éliminai d’office les cybermen, car je les avais déjà vus à l’œuvre et je savais que cela ne correspondait pas. Je n’eus pas le temps d’approfondir les autres, car je venais de sentir quelque chose d’anormal dans l’institut. Des pas, mais qui ne faisaient aucun bruit. Une présence, mais qui n’était pas détecté par les systèmes de sécurités. En bref, un intrus. Laissant mon équipe s’occuper de la recherche dans Belfast, je décidai de découvrir qui était cet inconnu qui troublait mes toutes nouvelles sensations. Je suivis la piste qui descendait dans les sous-sols. Je perdis sa trace une fois arrivé, avant de la retrouver, sur le toit. Je m’y rendis, mais il n’y avait déjà plus rien. Etait-il possible que la créature que l’on cherchait tellement activement dehors se trouvait ici même ? J’avais parcouru l’institut de long en large. Heureusement, à cette heure de la matinée, il n’y avait encore personne. Je sentis la chose se déplacer une nouvelle fois, dans les cellules, avant de la perdre une nouvelle fois. Enervée, je m’y rendis à mon tour. Le couloir qui traversait le secteur des cellules était sombre. Mais il n’y avait toujours rien. Soupirant, je m’apprêtai rebrousser chemin, quand :

’’- Baisse-toi !’’ Hurla la voix.

Je m’exécutai, sans réfléchir. A peine me fus-je jeté à terre qu’une partie du plafond explosa. JE me retournai vivement debout, épée dégainée, et me tournai vers la source de l’explosion. La vision me laissa sceptique. Je n’étais pas un amateur d’art, mais ce qui se trouvait devant moi m’évoquait énormément une peinture que j’avais vu, longtemps auparavant. Le cri, je crois qu’elle s’appelait. Et, pour rajouter du ridicule, cette créature était habillée en costume et cravate noire, à la manière des Men In Black. Elle m’observait fixement, sans bouger. Bien qu’elle fût devant moi, je ne ressentais pas sa présence. Elle fit un pas, et là je la sentis. Tant qu’elle ne bougeait pas, je ne pouvais pas la détecter, Je m’apprêtai à lui demander son identité, ainsi que la raison qui l’avait poussée à essayer de me tuer, qu’elle que fut la façon dont elle s’y était prise, mais elle fut plus rapide que moi.

- Vous nous avez menti ! déclara-t-elle, sa voix semblable à un râle.
- Pour ça, il aurait fallut que je vous ai déjà rencontré, expliquai-je.
- Vous nous avez menti ! Vous aviez affirmé que ce serait facile. Mais il est toujours vivant, alors que nous avons été pratiquement décimés, par sa faute.
- De qui parlez-vous ? Et vous êtes qui, pour commencer ?

La créature leva les bras. Sentant le danger, je plongeai dans la cellule vide la plus proche, juste à temps pour éviter un éclair qui fit exploser une partie de la porte. Sans la regarder, je pouvais affirmer que cette monstruosité n’avait pas bougé.

- Nous sommes le Silence. A cause de vous, nous avons été pratiquement décimés. De vous, et du Docteur.
- Encore le Docteur ? Mais il est partout, ma parole.
- Vous nous avez abandonné au moment crucial, vous nous le paierez.
- Ben voyons.

Je sortis de ma cachette, pour essayer de visualiser la distance nous séparant, mais il avait disparut. Qui avait disparut ? Et qu’est-ce que je faisais l’épée en main, au beau milieu d’une cellule à moitié détruite ? Aucune idée. Je rebroussai chemin. Arrivé à mi-parcours, je m’immobilisai. Je sentais une présence derrière moi, qui se déplaçait. Cette présence avait quelque chose de familier, bien que je ne parvenais pas à identifier quoi. Je me retournai, sabre en avant et la mémoire me revint. C’était la créature du Silence. Comment étais-je parvenu à l’oublier aussi vite ? Je soupçonnai qu’elle y était pour quelque chose. Mais mes réflexions s’arrêtèrent là, car je ne remarquai qu’alors qu’elle avait les bras levés. Un puissant éclair s’échappa de ses doigts. Je plissai les yeux, j’étais mort. Pourtant non. Mon sabre avait joué les paratonnerres et, pour une raison qui m’échappait, mes gants m’isolaient du puissant courant électrique parcourant ma lame. Comment ? Je m’en fichai un peu pour le moment. L’arme devenait de plus en plus chaude, sous l’influence de l’éclair. Brusquement, Je plantai la lame dans le mur, ce qui fit sauter le courant dans toutes les cellules. Seule la faible clarté de l’extérieur, ainsi que les doigts parcourus d’électricité de la créature, nous empêchaient d’être dans le noir complet. Je dégainai un pistolet de la main gauche et visai une de ses paumes, avant de tirer. La balle lui traversa la main, faisant hurler la créature, qui cessa de me bombarder d’éclairs. Aussitôt, profitant de l’occasion, je pris appui sur mon pied droit et, avec toute ma puissance, sautai. Je réduisis la quinzaine de mètres d’écart d’un seul coup. Profitant de l’élan, je le perforai de mon sabre et, continuant ma course, enfonçai la lame dans le mur. Puis, je me reculai d’un pas. La créature, fermement empalé contre le mur, une dizaine de centimètres au dessus du sol, me fixait. Elle n’haletait pas, ne gémissais pas. Malgré moi, je fus admiratif. Son sang coulait le long de ma lame. Elle leva son bras valide, mais je fus plus rapide. L’interceptant, je le lui brisai. Puis, pour lui faire gouter à sa médecine, je le tazzai à pleine puissance. Il n’émit qu’un léger gémissement avant de demeurer silencieux. Je secouai la tête en soupirant.

- Tu n’aurais pas dû jouer au plus fort avec moi.
- Tu paieras, tôt ou tard. Mais avant, tu élimineras le seigneur du temps. Hais le docteur. Déteste-le ! Fais de lui la cause de tous tes malheurs. Ensuite tu…

Lassé de l’écouter, je lui tirais une balle dans la tête. Son corps se détendit et s’affaissa sur mon sabre, que je retirai d’un coup. Il l’avait cherché. Je balançai son corps dans une cellule vide puis essuyai ma lame sur son costume, avant de la ranger. Puis, je sortis de la cellule. J’avais une de ces migraines. Et je ne comprenais toujours pas pourquoi j’étais dans le secteur des cellules. En haussant les épaules, je retournai au laboratoire. Mon équipe me regarda de biais. J’étais légèrement couvert de poussière, que j’époussetai négligemment. Ils prétendaient avoir entendu des coups de feu. Je réfléchis, mais n’ayant rien entendu, je classai l’affaire. La priorité était de trouver l’alien qui sévissait en ville. Reseat sortit de mon bureau, comme s’il ne l’avait jamais quitté. Je m’approchai de lui. Il semblait vexé, et il était plus que probable qu’il l’était. Il murmura :

- Je pense qu’on perd notre temps à agir de cette façon. Il nous faut une autre approche.
- Laquelle ? Demandai-je sur le même ton.
- Il faut arpenter la ville. De préférence de la même façon que les victimes.
- Combien je dois miser sur ta victoire ? Soupirai-je.
- Zéro, je dirais, répliqua-t-il, tout sourire. Les chances de victoires contre un ennemi invisible ne sont pas grandes.

Je réfléchis quelques secondes. Ma migraine n’allait pas mieux. Si on voulait coincer au plus vite notre indésirable invité, il allait falloir prendre des risques. Mais étais-je capable d’en accepter les conséquences ? Question intéressante. Je donnai à Reseat l’accord qu’il attendait avec impatience. Il partit pratiquement aussitôt. Quinze secondes après, ne pouvant plus tenir, je partis faire de même, Stark en Silvia sur le dos. Nous arpentâmes les rues ensoleillées de Belfast, avant de passer aux ruelles, plus sombres. C’était là que les disparitions se produisaient, le plus souvent. Nous nous étions préparé pour une recherche qui durerait toute la journée et une bonne partie de la nuit. Nous étions donc équipés de lampes torches et des radios d’exploration, en plus de notre matériel habituel. Par mesure de précaution, j’avais décidé de nous faire avancer dos-à-dos. C’est donc dans cette étrange formation triangulaire que nous avancions dans les ruelles sombres, ne la brisant que lorsque quelqu’un approchait ou que nous arrivions à une rue plus éclairée et ensoleillée. De mon coté, en plus de la recherche visuelle, je faisais une recherche à « tatons ». J’essayais de ressentir une anomalie que ne détecterait pas ma vue. Malgré tout, après plusieurs heures harassantes de recherches, il n’y eut aucun résultat. Le soleil déclinait une nouvelle fois. Une autre personne avait disparut pendant cette journée. Lorsque je l’avais appris, j’avais donné un coup de pied rageur dans une poubelle qui avait éclaté sous l’impact. Pouvais-je vraiment être aussi impuissant quand les circonstances nécessitaient que je ne le fût pas. C’était déprimant ! La seule bonne chose qui m’arriva fut que ma migraine s’était estompée. Je fis à peine attention à la légère présence d’un jeune homme qui s’engouffra dans une ruelle adjacente, la traversa de moitié… Et disparut ! Je m’arrêtai brusquement, le temps de comprendre, puis fonçai à toute allure, sans laisser le temps à mes deux équipiers de réagir. Depuis le QG, Nadya me prévint :

« Il y a eu une nouvelle disparition. »
« Je sais, je l’ai senti. »
« Tu l’as… »
« Pas le temps de t’expliquer. As-tu été en mesure de trouver quelque chose d’intéressant, cette fois ? »
« Non, toujours rien. »
« Et toi Reseat ? »
« Non plus. » répondit-il à travers la radio. « Et avec tes recommandations, je n’avance pas. Comment suis-je censé recherché cette chose, si la moitié de la journée je reste coincé dans la même sombre ruelle, à attendre que la foule se dispersent, pour pouvoir chercher ailleurs ? Ce n’est pas vraiment mon point fort, la dissimulation. »
« Tu savais que c’était un risque, quand tu es sortis. Mais c’est peut-être une bonne chose. Isolé comme tu es, cette créature risque de s’intéresser à toi, si elle m’échappe. »
« Comment ça, si elle t’échappe ? »
« Je suis juste à coté du dernier lieu de disparition. »

Puis, un juron m’échappa. J’étais arrivé sur place, mais comme dans les cas précédents, il n’y avait rien. Juste une ruelle sombre, comme toutes les autres. Des poubelles entassées contre les murs, quelques flaques d’eau, une statue représentant un ange, le bruit étouffée d’une chaudière en cours d’utilisation. Rien d’autre. Stark et Silvia arrivèrent sur place au même moment. Pendant ce temps, dans la radio, Reseat hurlait des explications.

« Il m’a échappé. », avouai-je. « Il a été plus rapide que moi. »
« J’ai donc de bonnes chances d’être le prochain sur sa liste. » se réjouit le sontarian.
« Possible. Ne commet pas d’imprudences. »
« Tu me connais. »
« C’est pour ça que je te dis ça. »

Reseat hurla de rire. Pendant ce temps, je venais de comprendre quelque chose.

« Nadya, quelqu’un a-t-il déjà pensé à visionner les bandes vidéos en image par image ? »
« Non, pourquoi ? »
« S’il est trop rapide pour qu’on le voit, il est possible qu’il ait été pris sur une image des bandes vidéos et que l’on ne s’en soit pas rendu compte. Vérifier toutes les prises, et prévenez-moi. »
« Très bien. »

Je mis fin à la transmission. A coté de moi, Stark demanda :

- Pourquoi es-tu parti si vite ?
- Je vous avais prévenu qu’il fallait donner la priorité aux disparitions. On n’a pas le temps de se plaindre d’être laissé derrière. Il y a un alien qui sévit dans notre ville, et on ne sait pas quoi faire pour l’en empêcher. Avec tout le matériel et la technologie dont Torchwood dispose, nous ne sommes parvenus à rien. Ironiquement, c’est avec le vieux matériel de surveillance de la ville que nous avons le plus progressé. De plus, je suis sur les nerfs. Ce n’est donc pas le moment de m’énerver. Compris ?

J’étais un peu agressif, mais je ne m’en souciais pas. Stark ne broncha pas.

- Bien sûr. Mais partir seul aurait pu te couter la vie. Beaucoup de personnes dépendent de toi. Essaye de ne pas être trop imprudent.

J’accusai le coup mais ne relevai pas. J’avais fait la même remarque au sontarian, quelques minutes plus tôt. Cela me fit presque sourire. L’étrange sentiment d’être observé me fit me retourner brusquement. La ruelle était toujours aussi déserte. Rien n’avait bougé, enfin presque. J’aurais juré que la statue était dos à moi auparavant. Avais-je rêvé ? Probable. C’était de la pierre. Juste une statue de pierre. Il n’y avait aucune raison pour qu’elle se déplace seule. Je rebroussai chemin et rejoignis les deux membres de mon équipe, déjà hors de la ruelle, qui m’attendaient. Il commençait à être tard, le soleil avait presque disparu de l’horizon. Je sortis ma lampe torche et l’allumai, rapidement imité par les deux autres. Le malaise grandit en moi, je me sentais toujours observé. Cela me donnait la sensation d’être le chassé, alors que j’étais le chasseur. Je me retournai une dernière fois, la statue n’était plus là. Cette fois, je cessai de chercher une explication logique. J’aurais dû vérifier dès le début. Je retournai sur mes pas et inspectai le lieu où la statue s’était trouvée. Pas la moindre trace de pierre effritée. Si quelqu’un l’avait récupéré, ce que j’aurais sentis, il aurait laissé des traces sur le sol, ce qui n’était pas le cas. Aussitôt, je braquai la lampe vers les sorties et le ciel. Rien ! Stark et Silvia s’approchèrent une nouvelle fois, sceptiques.

- Que se passe-t-il ? Voulut savoir la jeune femme.
- Il y avait une statue ici, répondis-je.
- Et alors ?
- Elle n’est plus là.

Ils balayèrent la zone et Stark fut le premier à réagir.

- Bien sûr que si. Elle est derrière toi.
- Quoi ? Fis-je en me retournant.

Elle était bien là. Elle s’était déplacée durant le laps de temps où ce n’était pas éclairé. Les bras écartés, elle semblait vouloir nous étreindre, mais son visage était effrayant. Je dégainai mon pistolet et le brandis en direction de la statue. Pas de réaction. Malgré tout, je ne me détendis pas.

- Je ne suis pas expert en statue, déclara Silvia, mais je ne pense pas que si tu baisses ton arme elle te sautera dessus.
« J’ai trouvé ! »Déclara Nadya au même moment. « Tu avais raison, cette créature était bien trop rapide pour que la caméra la prenne en pleine action. Je n’ai que des fragments d’elle, ou plutôt de son ombre. Il y a des ailes, donc j’avais pensé à un oiseau, mais j’ai ensuite remarqué qu’il y avait aussi ce qui ressemblait à des bras. C’est ridicule je sais, mais… »
« Ce n’est pas ridicule. » répondis-je, la voix tendue.
« Oh ! » Comprit-elle soudain. « Vous l’avez trouvé ? »
« Non, il nous a trouvé. Il nous traquait. »
« Il n’y a pas eu de combat ? » s’étonna-t-elle ? « Il s’est rendu ? »
« C’est un peu plus compliqué que ça. Notre invité est… Une statue ! »
« Arrête de me faire marcher. »
« Répète un peu ce que tu viens de dire ? » demanda Reseat, la voix étonnamment stressé, pour quelqu’un qui n’était pas présent.
« Ce qu’on cherchait était une statue. »
« D’ange ? »
« Oui. Pourquoi ? »
« Ne la quittez surtout pas des yeux ! » Hurla-t-il dans la radio. « Surtout, ne le quittez pas un instant du regard. Ne clignez même pas des yeux. »
« Explique-toi. » Lui ordonnai-je.
« C’est un ange pleureur. Une créature immortelle particulièrement cruelle. Elle ne peut se déplacer que quand aucun regard doué de conscience ne l’observe. Dès lors que c’est le cas, elle cesse d’exister. Son corps devient pierre. »
« Super ! » maugréa Ludovic, dans le combiné.

Je songeai aux propos du Weevil, était-ce de cette créature qu’il m’avait parlé. Cela y ressemblait. Immortel, maléfique. Mais comment tuait-elle ? Je posai la question au sontarian. Il me répondit, lentement mais clairement :
« Il vous vole votre temps de vie. »
« Il les absorbe ? »
« Non. Je ne sais pas trop comment ça fonctionne mais s’il vous touche, vous disparaissez et il vous vole votre temps de vie qu’il vous restait. »
« Une façon plutôt propre de tuer »
« Les pires psychopathes de l’univers » marmonna Reseat. On ne peut même pas se battre contre eux. Il n’y a jamais d’effusion de sang.
« C’est donc ça qui t’inquiétait. »
« Quoi qu’il en soit, ne restez pas là. Vos lampes ne vont pas tenir le coup longtemps. »
« De quoi est-ce que tu… »

Ma lampe eut des ratés, et je regardai l’ange pleureur droit dans les yeux. Je ne me laisserai pas abattre par une statue de pierre. Jamais ! Ce fut ensuite au tour des lampes de Stark et de Silvia d’avoir des ratés.

- Courez, hurlais-je.

Ils ne se firent pas prier. Ils partirent à toute vitesse à reculons. Moi de même. Malheureusement, à ce moment là, les trois lampes eurent un nouveau raté. L’obscurité envahit la ruelle. Quelque chose m’agrippa violemment. Je n’eus pas le temps de me débattre. Je m’écrasai violemment sur le sol, le souffle coupé. Je me relevai difficilement. J’avais du mal à respirer. Je remarquai toutefois rapidement que quelque chose ne tournait pas rond. Il faisait jour. C’était le zénith. Comment-était-ce possible ? C’était la nuit, quelques secondes auparavant. Un bip régulier m’obligea à regarder mon poignet. Le manipulateur de vortex essayait d’attirer mon attention. Je lus le message.

Application Voyage temporel opérationnel : 100%.
Capacité de déplacement dans le temps : Optimal.
Possibilité d’activation Voyage temporel : Immédiat.
Nombre d’utilisations disponibles avant recharge : Optimal.
Ressources utilisables disponibles pour rechargement : 1.


Je regardai ces inscriptions sans comprendre. 10. Ce que je lisais n’avait pas de sens, sur le coup. Puis, les informations arrivèrent jusqu’au cerveau et je trépignai de joie. Je pouvais enfin retourner chez moi. J’allais entrer les coordonnées, mais je m’arrêtai brusquement. Pouvais-je vraiment être aussi égoïste ? Allais-je partir en laissant mon équipe gérer une situation qui les dépassait ? J’avais un devoir moral envers eux, je me devais au moins de finir la mission avec eux. Comme pour souligner cette affirmation. Silvia et Stark arrivèrent de nul-part, s’écrasant contre le sol de la même façon que moi juste avant. Je les aidais à se relever. Ils étaient essoufflés.

- On est mort ? Demanda Stark, mal assuré.
- Je ne pense pas, répondis-je. Je ne sais pas où on est, mais on est bel et bien vivant..

Regardant autour de moi, je tentais de trouver des points de repères. La ville était partiellement détruite. Je trouvais un journal, qui trainait sur le sol et le pris. La date me suffit pour comprendre qu’on était mal partis.16 février 1943. C’était le journal de Londres. On se trouvait donc durant les bombardements de la capitale britannique pendant la seconde guerre mondiale. 9. Il valait mieux pour nous qu’on ne s’attarde pas dans la région. Silvia, à coté de moi, vit le journal et devint hystérique.

- C’est impossible. Cela ne se peut pas. Ce doit être une mauvaise blague…

Elle continua ses jérémiades pendant plusieurs minutes, m’empêchant de penser calmement. Enervé, je finis par la gifler. Elle se calma.

- L’époque à laquelle on se trouve n’a aucune importance, déclarai-je. Nous sommes de Torchwood, il n’y a aucune raison de paniquer. 8.
- Il a raison, continua Stark. On va trouver le Torchwood de cette époque et leur demander de nous aider à retourner à notre époque.
- Ne compte pas trop là-dessus. On risquerait de ne pas repartir avant plusieurs années, si on les prévenait.
- Mais alors…
- Je peux nous ramener, tranchai-je. Quelle heure était-il au moment ou nous avons été…Touchés ?
- 22h54, dit Stark en regardant sa montre. Mais à quoi cela va-t-il nous servir ?
- A avoir un point de repère pour retourner dans notre époque. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’essaye de réfléchir à un moyen de neutraliser l’ange pleureur une fois de retour.
- On ne pourrait pas simplement revenir plus tôt et empêcher la faille de s’activer ?
- Notre existence disparaitrait, dans ce cas. Enfin, si on ne détruit pas l’équilibre temporel en nous rencontrant avant. Non, il faut trouver autre chose. Laissez-moi deux minutes. 7.

Sur ce, je m’assis sur un trottoir brisé et consultait l’Encyclopédie du Temps. Ce ne fut pas long. Les anges pleureurs étaient un des résultats de ma dernière recherche. Je ne trouvais pas énormément d’informations sur eux. Ils ne nous tuaient pas au sens propre du terme. Ils nous décalaient dans le temps. Contrairement à ce qu’avait dit Reseat, ils ne se nourrissaient pas de temps de vie, mais d’énergie. D’où les ratés des lampes face à l’ange. La plus forte source d’énergie était l’énergie temporelle, très concentré autour des créatures mortelles, comme les humains. C’est pour ça que nous étions décalés dans le passé. Normalement, on mourrait dans le passé. 6. Heureusement, ce décalage d’époques avait rechargé à bloc les batteries de mon manipulateur de vortex en énergie temporel, ce qui allait nous permettre de nous échapper. Il n’existait toutefois aucun moyen connu pour tuer ces créatures immortelles. On ne pouvait pas tuer la pierre. Or les anges pleureurs devenaient pierre dès qu’on les regardait. Mais les combattre sans les regarder relevaient du miracle, alors les tuer… La suite des explications me fit frémir. 5. L’image d’un ange devenait ange. Il ne fallait donc en aucun cas regarder un ange dans les yeux. Car l’ange pouvait pénétrer dans l’esprit de l’imprudent et le détruire de l’intérieur, avant de sortir de son corps. 4. Je ne comprenais pas bien ce que cela voulait dire, mais je savais que ce n’était pas une bonne chose. Or, j’avais regardé l’ange pleureur dans les yeux. Allais-je mourir aussi bêtement ?

’’- Idiot ! Ferme les yeux ! Hurla ma voix intérieure. Si tu fermes les yeux, l’ange cessera de s’y refléter, et il finira par disparaître.’’

3. Je ne voulais pas fermer les yeux, mais, sous l’impulsion insistante de cette voix agaçante, j’y parvins. La tentation d’ouvrir les yeux était forte, mais je me contins. Il fallait que je me reste ainsi, immobile. Stark m’observai, anxieux.

- Qu’y a-t-il ? S’inquiéta-t-il.
- Je combats la mort, répondis-je, énigmatique.

Puis, sans plus d’explications, je me plongeai dans mes pensées…

10. Dans les tréfonds de son esprit, je la fixais. Cette créature. Cet ange pleureur. Il s’agissait de l’image reflétée dans l’œil du corps physique, dans le monde matériel. Ici, dans le monde spirituel, dissimulé au propriétaire de ce corps, je souriais. Quoi qu’il se passerait, l’autre n’entendrait, ni ne serait conscient de rien. C’était tout aussi bien. Dans ce monde, le temps et l’espace n’étaient pas les mêmes notions que sur le plan physique. Aussi, l’ange n’était pas prisonnier du quantum, dans cette dimension. Il bougeait sous mon regard, s’habituant à cet esprit, mon esprit. Il s’était invité, mais il n’était pas le bienvenu. J’allais le lui faire comprendre bien assez tôt. Soudain, il s’immobilisa. Il venait de remarquer ma présence. Etait-il surpris ? Peut-être, mais il ne le montrait pas, ou ne pouvait pas le montrer. Mon sourire s’élargit.

- Je sais que tu peux parler, affirmai-je.
- C’est un corps vraiment plaisant, déclara l’ange.

Il s’était exprimé avec ma voix. N’étant naturellement pas doué de parole, il « empruntait » celle d’êtres vivants autour de lui. Dans le monde spirituel, la mienne était la seule à disposition. Je le savais, mais je me renfrognai tout de même. 9.

- Je n’apprécie pas l’intrusion.
- Ce n’est pas censé être un territoire habité.
- Il l’est, alors tu vas devoir faire preuve de compréhension et t’en aller. Sauf si tu préfères que je t’y oblige.
- Nous autres anges sommes joueurs. Je viens de découvrir un jouet particulièrement intéressant, je n’ai pas l’intention de le céder. Surtout que je mourrais, si je partais.
- Ne t’en fais pas. C’est rare que je reçoive de la visite, je vais prendre soin de bien te détruire.

Dans l’esprit, lumineux, l’ange puisait des forces. 8. Il n’était pas encore aussi fort que moi, mais risquait de le devenir. Je bondis sur lui. Aussi rapide fut-il, ici, dans le monde spirituel, où tous étaient égaux, ma vitesse égalait la sienne. J’attrapai son aile et le jetai de toutes mes forces au sol. Il y eu un léger craquement, semblable à celui de la pierre brisé. Je retrouvai mon sourire. L’ange se remit sur debout, son aile, inerte, pendait dans son dos. Il ne pourrait pas prendre l’avantage en usant du combat aérien. 7. Il ne semblait pas gêné. Il fonça sur moi avec puissance. Prenant fermement appui sur mes jambes, j’attendis l’impact. Au moment du choc, je l’attrapai à bras-le-corps, et ce fut ensemble que nous nous écrasâmes au sol. 6. Je roulai sur le coté, me prenant un vicieux coup de coude dans les côtes au passage. Je me relevai et entendis alors un battement qui n’augurait rien de bon. Je fixai l’ange. Son aile que j’avais brisée s’était déjà réparée. 5. Joueur, il s’envola et fit des cercles autour de moi, comme un vautour. Cette pensée me fit rire. Pour un charognard de l’espace, il était logique qu’il ressemble à un charognard volant de la Terre. Je vis l’ange piquer sur moi. L’impact fut douloureux, chacun perdit l’usage d’un bras. Pour la première fois, je vis l’ange sourire. 4. Je compris pourquoi, il absorbait l’énergie spirituelle. Chaque dégât disparaissait. Je hurlai alors à travers l’interstice reliant le physique et le spirituel :

- Idiot ! Ferme les yeux ! Si tu fermes les yeux, l’ange cessera de s’y refléter, et il finira par disparaître.

L’ange rugit, mécontent. Mais l’autre était réticent à fermer les yeux. 3. Je l’encourageai de mon mieux, tandis que je voyais le bras de l’ange se restaurer. Assis sur moi, il commença à m’étrangler, jouant avec sa proie impuissante. Finalement, la luminosité du monde spirituel s’estompa d’un coup, le laissant sombre. L’ange eut un frémissement. Ce n’était pas trop tôt. Je me promis de lui faire payer un jour cette attente interminable. Le reste reposait sur moi, à présent. De ma main valide, j’agrippai le cou de l’ange avant de le balancer sur le coté. Privé de sa source d’énergie, l’ange avait perdu en puissance. Il ne pouvait plus se régénérer non plus. Moi en revanche, j’étais toujours aussi puissant. Je me jetai sur lui et entreprit de le démembrer, sous les assauts de plus en plus faible et désespéré de l’ange pleureur, qui aurait vraiment pleuré s’il en avait été capable.

- Je serais celui qui prendra possession de ce corps. Je ne laisserai personne se mettre sur mon chemin. Personne !

Finalement, d’un poing rageur, j’écrasai son crâne de pierre. A nouveau seul maître de l’esprit, ma guérison commença.

- C’est fini, soupirai-je, fatigué. Tu peux ouvrir les yeux.


Les minutes s’écoulèrent, interminables. J’attendais, sans vraiment savoir quand cela allait se terminer. Puis, enfin, j’entendis la voix :

’’- C’est fini. Tu peux ouvrir les yeux.’’

Je ne l’avais jamais entendu parler avec une intonation aussi faible. J’inspirai profondément, comptai jusqu’à trois, puis ouvrit les yeux. Je me sentais mieux. Il était temps de trouver un moyen de mettre l’ange pleureur hors d’état de nuire.

Citation:
Aidé de Silvia et de Stark, je tentai d’imaginer un moyen de mettre hors d’état de nuire un ange pleureur. Le tuer relevait d’un nombre incalculable de miracles, c’était donc hors de propos. Le neutraliser ? C’était peut-être possible, mais nous ignorions comment. Impossible de le toucher, nous serions continuellement renvoyés à cette époque. Il fallait donc que quelque chose de non-vivant le déplace. Une grue, par exemple, le chargerait dans un camion, sous les regards constants de mon équipe. Mais en admettant que cela fonctionne, ou emmener l’ange, par la suite ? Aucune cellule ne pourrait le retenir plus de quelques minutes. Restait donc… Que restait-il au juste ?

’’- La faille !’’

La voix avait raison. Il restait la faille. Mais cela incluait de parvenir à transporter l’ange jusqu’au laboratoire, sans le toucher et sans le quitter du regard. Il fallait aussi que la faille s’ouvre sur une région désertique de l’univers. Cela faisait beaucoup de points laissés au hasard. J’aimais beaucoup. Mais comment le déplacer dans Torchwood ? Aucune grue et presque aucun véhicule ne pouvait circuler dans les couloirs. Mais lentement, une idée tordue, compliquée, et particulièrement dangereuse germa en moi. Oui, cela pouvait peut-être marcher. J’expliquai ensuite le plan, sans m’attarder sur les détails. Je nous ramenais à Belfast, au moment de notre disparition et je m’occupai de l’ange. Pendant ce temps, Stark et Silvia récupéraient en urgence une camionnette. J’avais été clair sur ce point, je me fichais de savoir s’il le volait, mais il fallait absolument qu’ils fussent rapide. Ensuite, je chargeai l’ange à bord, ils nous conduisaient à Belfast, et je jetai finalement le psychopathe de pierre à travers la faille. Silvia était sceptique, Stark voulait savoir par quel miracle j’allais nous renvoyer à cette nuit. Grimaçant, je lui montrai le manipulateur de vortex. Ils le regardèrent sans comprendre. Je soupirai et entrepris de donner quelques explications :

- Ceci est un manipulateur de vortex. Cela ne sert pas seulement à ouvrir les failles, mais possède également une fonction pour voyager dans le temps. Si je n’en avais jamais parlé, c’est que jusqu’à récemment, le bracelet était déchargé. A présent, si vous voulez bien m’excuser, on a un ange pleureur à mettre hors d’état de nuire.

Grommelant, Stark acquiesça. Je demandai à chacun de poser une main sur mon épaule et de serrer le plus fort possible. Une fois cela fait, je programmai la destination, à la minute près. Enfin, j’inspirai à fond et enclenchai le voyage temporel. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas vu les couleurs du vortex du temps, ainsi que cet engourdissement Cela m’apaisa énormément. Puis, sans prévenir, le décor se modifia, nous ramenant dans la ruelle sombre et étroite ou se tenait notre ennemi. L’ange de pierre resta de marbre. Aussitôt, Stark et Silvia partirent accomplir leur mission. J’entendis la jeune femme à travers ma radio, tandis que de son coté, Stark testait les différents systèmes antivols des voitures. De mon coté, je me contentai de fixer l’ange, qui nous tournait le dos, immobile. Je tentai de me relaxer, sans vraiment y parvenir. Je n’étais pas habituer à affronter un adversaire sans sortir mes armes, hors, cette fois, il allait falloir que mes mains fussent libres. Une minute s’écoula, puis deux. L’envie de cligner des yeux devenait insupportable, mais je tins bon.
Mais je finis par céder à cette pulsion, une fois. Je rouvris très vite les yeux. Cela n’avait pas empêché l’ange de s’être retourné et rapproché de moi. Son expression était vraiment effrayante. Cette fois-ci, en revanche, je pris bien garde de ne pas regarder cette statue dans les yeux. Dix minutes s’étaient écoulées quand enfin, je sentis/entendis la camionnette arriver. Il y avait deux personnes, Silvia et Ludovic, à en juger par les vibrations de leurs pas. Où donc était Stark ? Je posai la question sans me retourner.

- On l’a croisé sur le chemin, répondit Silvia, avec un soupçon d’étonnement dans la voix.
- Je vous avais donné une mission. Pourquoi ne le suit-il pas ?
- Il l’accomplissait. Quand il a vu que j’avais trouvé une camionnette, il m’a dit qu’il se rendait à Torchwood pour aider à déblayer le passage.
- J’aurais préféré qu’il soit présent, mais passons. Ouvrez l’arrière de la camionnette, et refermez derrière moi.
- Qu’est-ce que tu…
- Faites ce que je vous dis.

Ils s’exécutèrent. Dès que les portes furent ouvertes, j’inspirai à fond et m’approchai de la statue. Levant le bras à portée de mon champ de vision, j’activai mon manipulateur de vortex. J’avais eu cette idée en m’inspirant du système défensif de l’ange pleureur. Prisonnier du quantum, il ne pouvait plus bouger tant qu’on le regardait. Cela incluait le déplacement dans l’espace comme dans le temps. En partant de ce principe, je venais d’enclencher un cycle spatiotemporel alternatif. Tant que je ne le désactiverai pas, si je subissais une téléportation ou un voyage temporel impromptu, je serais automatiquement renvoyé à mon point de départ, sans décalage aucun. Sans quitter du regard l’ange de pierre, j’achevai d’entrer la séquence, puis l’enclenchai. Un vague frisson me parcourut, quand l’interdiction me réduisit à un unique espace-temps. Je soufflai, puis inspirai à nouveau. Finalement, ne pouvant plus repousser ce que je devais faire, et malgré la formidable volonté de mon instinct de préservation, j’attrapai de toutes mes forces l’ange pleureur et le soulevai du sol. Aussitôt, la voracité de la statue se heurta à ma protection. La boucle était bouclée, nous étions à la fois dans deux époques, sans être vraiment dans aucune des deux. Mais pour moi, qui étais pris dans le paradoxe, j’avais l’impression de vivre cet instant par spasmes, comme court-circuité. Chaque mouvement, saccadé à l’infini, donnait, de l’extérieur, une impression de fluidité. J’avais l’impression que l’ange se débattait dans mes mains, comme si je l’avais libéré, du moins en partie, du quantum dans lequel il était enfermé depuis toujours.
Mais ce n’était qu’une impression, n’est-ce pas ? Après ce qui me sembla une éternité, je finis par entrer dans le fourgon, et les portes se fermèrent derrière moi. Alors seulement, je lâchai l’ange pleureur. Cet horrible sensation de double existence temporelle simultanée cessa alors. Je me détendis. Par mesure de précaution, et sans quitter mon opposant du regard, je vérifiai ma réserve d’énergie temporelle. Je fus stupéfait. Je ne l’avais touché que durant un laps de temps de quinze secondes (seulement ?), mais cette saleté d’ange m’avait absorbé près de cinq pour cent de mon stock. Aberrent ! Si jamais le temps de le porter devait s’éterniser, cela pourrait s’avérer dangereux. Heureusement, si Stark faisait bien le boulot qu’il avait déclaré faire, tout se passerait bien. Le camion roula sur un dos d’âne, ce qui me fit fermer les yeux. Je ne parvins pas à les rouvrir. Quelque chose d’incroyablement fort me les maintenait clos. Cette froideur ne me trompa pas une seconde, c’était la main de l’ange. Cette évidence fut confirmé par le désagréablement de double existence temporelle simultanée. Mais pourquoi ne m’avait-il pas simplement tué ? D’instinct, ma main se porta à mon manipulateur de vortex. J’agrippai un obstacle à mi-chemin. J’eus des sueurs froides en comprenant ce que c’était. L’ange ne voulait pas me tuer, mais dévorer mon énergie temporelle. Il voulait me voler le manipulateur de vortex. Mais il me fallait rester aveugle pour qu’il puisse y parvenir. Le pire, c’était qu’il prenait son temps, à présent.
Dès que je compris cela, mon esprit de contradiction fut le plus fort. De ma main gauche, je pris le poignet de l’ange. Ainsi, il ne pouvait plus me le prendre sans libérer son autre main et me rendre la vue au passage. Doucement, mais inexorablement, je sentis le bras de la statue passer outre ma force. Il s’amusait avec moi. Il avait tout le temps. Le fourgon isolait les chauffeurs, de telle sorte que ce qui se passait à l’arrière ne pouvait être vu. Et moi, j’étais comme une marionnette, qui tentait vainement de se rebeller contre le marionnettiste. Je le sentis croiser son bras avec l’autre, lentement, inexorablement. Mon bras était coincé entre les siens, et il continuait de forcer. Si je ne lachai pas, j’allais finir par me casser le bras. Peut-être était-ce ce qu’il voulait. J’entendis un grondement rocailleux s’élever, juste à coté de moi. Qu’est-ce que c’était encore ?

’’- L’ange rit !’’ Expliqua la voix, avec dégout.

J’étais totalement de son avis. Mais, que ce soit nerveux ou hystérique, je joignis mon rire à celui de l’ange, ce qui le fit taire. La pression s’estompa un instant, avant de reprendre, implacable. Ce court répit me suffit, cependant, pour trouver une échappatoire. De la jambe droite, je frappai le monstre de pierre de toutes mes forces. Je le sentis se faire éjecter et je lâchait prise quand mon bras fus entrainé. Mon visage, en revanche, n’eut pas autant de chance. La puissante poigne de l’ange refusa de lâcher, déterminer à ne pas se transformer en pierre. Je me dégageai d’un coup. Sur le coup, je crus que mon œil gauche lui était resté entre les mains. Une vague de souffrance me traversa le crâne et j’ouvris les yeux. Enfin, l’œil droit, car le gauche demeura clos. Je voyais les doigts de l’ange couverts de sang. Il ne m’avait certes pas arraché l’œil, mais il avait dû le crever.
Ce n’était plus de l’hystérie, cette fois, mais bien de la folie qui se déchaîna, dans mon rire. J’aurais volontiers sauté sur l’ange pour le marteler de coup, quitte à me briser chaque articulation de mon corps. Mais la porte s’ouvrit à ce moment là, et quatre paires d’yeux nous dévisagèrent, l’ange (encastré dans la paroi du véhicule) et moi). Reseat, Ludovic, Silvia et Nadya. J’entendais Stark, quelque part derrière eux, mais je ne le voyais pas. Pour une raison qui m’échappait, j’avais l’impression que mes sens étaient engourdis. Je voulus me relever, mais m’écrasai lourdement sur le sol. Quelqu’un me prit dans ses bras. Quelle poigne ! Reseat ?

- Regardez tous l’ange, ordonna-t-il. Ne détournez jamais le regard et ne clignez jamais des yeux. Si vous devez faire l’un ou l’autre, prévenez les autres pour qu’ils soient prêt.
- Je peux marcher tout seul, protestai-je faiblement, avec un étrange sentiment de déjà-vu.
- Pour ça, il te faudrait deux jambes.

Je me relevai tant bien que mal, pour voir qu’effectivement, ma jambe de métal avait explosé. J’avais vraiment frappé l’ange de bon cœur. Le sontarian m’emmenait en direction du laboratoire. Je vis que Stark avait fait du bon boulot. Les couloirs étaient complètement vides et déserts. Une première, depuis que j’étais arrivé.

- Où est-ce que tu m’emmènes ?
- Cet humain… Ludovic. Il avait insisté sur le fait de créer plusieurs prothèses. Malgré les réticences des autres, il en a fait fabriquer trois. Les deux autres sont encore dans le laboratoire. Je n’aime pas dire ça, mais il a eu de la jugeote, pour un humain primitif.
- Je suis sûr que ça lui fera plaisir d’entendre ça.
- Ne compte pas sur moi pour le répéter.
- Dans ce cas, on va juste oublier ce passage…
- Ce serait plus raisonnable.

La fin du trajet se fit dans le silence le plus total. Puis, au moment d’entrer dans le laboratoire, Reseat fut pris d’un fou-rire, ce qui me secoua dans tous les sens. Il me posa sans douceur sur la table de la morgue et m’apporta la seconde jambe. Elle était identique à celle que j’avais brisé. Je déconnectai et enlevai les vestiges de l’ancienne, mais ne mis pas la seconde. Le rire tonitruant du sontarian m’empêchai de me concentrer. Je le regardai, à la fois curieux et résigné, car il ne faisait aucun doute que j’étais la cause de son hilarité, comme toujours depuis que je le connaissais.

- Qu’est-ce que j’ai encore fait ?
- Je ne m’excuserai pas, mais je dois avouer que tu as des tendances suicidaires. Tu te comportes de plus en plus comme un sontarian.

Inutile de lui préciser que la réciproque était vrai. Je soupirai avant de répliquer :

- Tu ne m’as pas répondu. Qu’est-ce que j’ai fait pour te faire rire ainsi ?
- Sérieusement ? A travers toute la galaxie, je n’avais encore jamais rencontré une seule personne affronter un ange pleureur à mains nues, et être encore là pour en parler. Ceux qui survivent à une rencontre avec un ange pleureur se comptent sur les doigts de ma main, et tous fuyaient leur présence. Ce que tu as fait n’a pas de précédent. Tu imposes tes propres règles à l’univers, c’est ça qui me fait rire.
- Content d’avoir réussi à te distraire.
- C’est peu dire !
- Mais je dois te poser une question, à présent.
- Je suis toute ouïe.

Tandis que le rire du sontarian s’estompait et que, dans un rare élan de compassion, il me bandait le visage, je regardai la jauge de mon manipulateur de vortex. Soixante-trois pour cent. Cela devrait pouvoir être réalisable.

- Une fois que l’ange aura été exilé, il devrait me rester de l’énergie temporelle. Je serais alors en mesure de te renvoyer chez toi, si tu le désires.

Reseat prit tout son temps pour terminer le bandage de mon œil. Puis, dans son élan de compassion qui frisait l’obsession, à présent, il entreprit de me brancher ma nouvelle prothèse. J’eus un léger spasme lorsque mon système nerveux prit conscience de ma jambe de métal. Puis, une fois assuré que tout était bien en ordre, Reseat se releva et me fixa droit dans les yeux.

- Dès que c’est fini, tu me promets de me renvoyer chez moi ? Sans entourloupes ?
- Aucune. Il y a juste une condition. Je ne pourrai le faire que s’il me reste de l’énergie temporelle.
- T’en reste-t-il suffisamment, pour le moment ?
- Oui, mais seulement si personne ne me dérange sur le chemin. Et vu mon état, je risque d’avoir du mal à finir tout seul. Mais personne ne pourra me toucher sans finir en 1945 durant le temps ou je serais en contact avec l’ange.
- Je te trainerai sur une planche s’il le faut, mais tu arriveras à destination.

Je souris. L’idée de renvoyer Reseat chez lui ne me plaisait pas énormément. Je m’étais habitué à sa présence. Mais j’avais promis de tout faire pour le ramener, et je tiendrais mon engagement. Je serrai les dents et me remis debout. Je me retrouvai une nouvelle fois avec une migraine, mais doublé cette fois d’un œil crevé. La douleur était horriblement persistante, mais supportable, comparée à ce que j’avais subi avec ma jambe. Cela n’empêchait pas la sueur de perler sur tout mon corps. Je me forçai malgré tout à retourner dehors. Personne n’avait bougé. La tension régnait. Je pris place devant l’ange, tout le monde s’écarta. Sans prendre le temps d’y réfléchir plus longtemps, je soulevai l’ange de toutes mes forces et le trainai hors de la camionnette. Encore cette sensation ! Je la détestais. La double existence temporelle simultanée. Sans compter que l’ange, sous forme de statue, n’était pas légère, alors que je n’étais pas au mieux de ma forme. Malgré tout, je continuait de le porter, en faisant attention à ne jamais le quitter du regard, tandis que je me déplaçait en plusieurs milliards de micromouvements saccadés. Je le trainai désormais, car je n’avais plus la force de le porter. Le raclement sur le sol était épouvantable. Mais je tins bon. Pendant six minutes, je ne clignai pas des yeux (je refusais de penser qu’il ne m’en restait qu’un). Puis, je vis un énorme drap sur le sol et dont Reseat tenait une des extrémités. Je compris tout de suite. Je posais l’ange dessus, le plus à plat possible. Puis, je pris une autre extrémité du drap et me mit à le tirer, sans jamais détourner le regard de la statue. Après ce qui me parut une éternité, nous arrivâmes au laboratoire.
Je laissai Reseat activer la faille. Lorsque ce fut fait, l’envie me prit de balancer l’ange directement, sans analyser l’autre coté. Malheureusement, ça débouchait sur une planète habitée dans un futur certes lointain, mais bien réel. La suivante ne valait pas mieux. Le passé de la Terre, à l’époque des dinosaures. La troisième fut beaucoup mieux. Le présent, et ça débouchait dans le cœur d’une étoile. Le temps de trouver ce pont de faille, il avait fallu attendre seize heures de suite. Mon équipe s’était relayée pour surveiller l’ange par groupe de trois, pour éviter les accidents. On m’avait également fait de nouveaux bandages pour mon œil et je vis les dégâts. Définitivement irréparable. Du moins, nous n’avions rien qui aurait pu le permettre. Espérant que ce serait la dernière fois, je pris l’ange, et le jetai dans la faille, au cœur de l’étoile. Il y eut une vague de chaleur qui traversa la faille, mais ce fut très léger, comparé à la température réelle. Seulement cinquante degrés. Je soupirai de dépit. Cet ange avait été un vrai démon. J’imaginai alors que le monstre sanguinaire dont m’avait parlé le Weevil était enfin vaincu. Je demandai à mon équipe de sortir, en leur laissant quartier libre pour le reste de la journée.
Une fois seuls, je me tournai vers Reseat. Le moment était venu, finalement. Il restait assez d’énergie temporelle pour faire le voyage aller-retour, tout en l’emmenant. Je désactivai la protection antidéplacement spatio-temporel. Seuls tous les deux dans le laboratoire, je me remémorai tous les moments passé avec le sontarian, aux fois ou il m’avait soutenue. Je ne voulais pas le laisser partir, mais je le lui avais promis. Et, comme il l’avait si brillamment précisé, son coté sontarian avait quelque peu déteint sur moi. L’honneur commençait à représenter beaucoup, pour moi. Pas autant que pour lui, cependant, mais suffisamment pour que me répugne l’idée de trahir ma parole. Je me contentai donc de le fixer, attendant qu’il réagisse le premier. Quand il remarqua mon insistance, il se tourna vers moi et me récita des coordonnées.

- Il s’agit du moment et du lieu ou la faille m’a aspiré, précisa-t-il.
- Très bien.

A contrecœur, j’entrais ces coordonnées dans le manipulateur de vortex. Une fois cela fait, Reseat me serra fortement l’épaule, et je m’efforçai de penser à autre chose qu’au fait qu’à ce rythme il allait me le briser. Je lançai le bond temporel. La planète sur laquelle nous arrivâmes était couverte de ruines. Temps de guerre avec implication sontarianne. Reseat observa attentivement les alentours, puis hocha la tête, satisfait.

- C’est bien le bon endroit et la bonne époque.
- Tant mieux.
- Nos chemins se séparent donc ici.
- Pour le moment seulement. Tu restes sous mon service, et il n’est pas impossible que je vienne te chercher pour une mission, un de ces jours.
- Oh ! Voilà qui promet d’être passionnant. Mais il ne sera pas facile de trouver un sontarian au milieu d’une armée de son espèce.
- Je prends le pari.
- Magnifique !

Puis, sans d’avantages de cérémonies, il commença à s’éloigner. Je l’entendis hurler « Sonta-Ah ! » à pleins poumons tandis qu’il se rendait sur le champ de bataille. Je jurai l’avoir entendu rire, avant de me ramener à mon époque. Arrivé dans le laboratoire, je récupérai la dernière prothèse avant de la téléporter à bord de mon vaisseau. Puis, je convoquai mon équipe pour les informer que je leur offrais une journée de congé à effet immédiat. Réticents malgré les évènements, ils acceptèrent de bonnes grâces de rentrer chez eux. Je remarquai que John, le membre le plus discret de mon équipe, cherchait des yeux le sontarian. Lorsque tout le monde fut parti, je décidai de me reposer. Entrant dans mon bureau, je posais toutes mes armes avant de les téléporter à leur tour. Puis, je me rendis dans la morgue afin d’y faire un petit somme. D’étranges vibrations retentirent dans tout l’institut. Quelque chose de grave s’était-il produit ? Une dizaine d’hommes armés entrèrent dans le laboratoire, suivit par Pember et, j’y croyais difficilement, John. Mais ce qui retenait mon attention, pour le moment, c’était les armes qu’ils portaient. Des pistolets à fléchettes ! Les mêmes que ceux utilisés pour me capturer, en Ecosse.

- Si vous êtes là pour capturer l’ange pleureur, vous êtes en retard. Vous devriez le savoir pourtant, ajoutai-je en regardant John. Je ne vous aurais de toute façon pas laissé le capturer, il est trop imprévisible.
- Tout comme vous, déclara Pember, en me tirant une fléchette imprégnée de sédatif.

Il ne fut pas le seul. J’en reçu sept, au total. Pas assez pour m’endormir à cause de ma constitution, mais plus qu’il n’en fallait pour me paralyser. Je les vis, incapable de résister, m’emmener dans le bureau de Pember, m’assoir sur ce qui ressemblait en tout point à une chaise électrique, et m’attacher les bras et les pieds sur ceux de la chaise. Puis, Pember lui-même m’enleva mon manipulateur de vortex. Pendant ce temps, ne pouvant rien faire d’autre, j’observai la pièce. D’étrange câbles étaient attachés au mur par une extrémité et enroulés et enroulés sur eux même à l’autre. A quoi pouvait bien servir ces câbles. Aucune idée, mais mon instinct me souffla que ce cela me concernait. Quand enfin, au bout de deux longues heures, le sédatif cessa de faire effet et que je fus à nouveau libre de bouger (à défaut de l’être de mes mouvements), Pember s’adressa à moi :

- Vous êtes vraiment très étrange…
- Oh non, gémis-je. Ça recommence !
- Quoi donc ?
- Quand quelqu’un dit cette phrase, en général, il se passe quelque chose d’important pas longtemps après.
- Effectivement, ça va être quelque chose d’important. Mais commençons par le début. Pourquoi ne pas avoir signalé que vous pouviez voyager dans le temps ?
- Il y a deux points à savoir. Jusqu’à il y a deux jours, je ne le pouvais pas. Ensuite, vous êtes pratiquement l’un des seuls à ne pas le savoir. Mon dossier n’en faisait certes pas mention, mais uniquement parce que je donne personnellement cette information à ceux qui s’en montrent dignes.
- Tant pis. Mais à présent que je suis au courant, je ne vais pas laisser échapper cette opportunité. Je vais être clair, vous allez utiliser vos possibilités de voyages temporels pour transférer Torchwood dans le temps.
- Je vous demande pardon ?
- Avec ce manipulateur de vortex, que vous êtes le seul à pouvoir utiliser, vous allez vous en servir pour faire voyager l’institut Torchwood de Belfast à travers le temps, pour trouver de nouvelles technologies.
- Etes-vous cinglé ? Non, même pas, ça ne correspondrait pas. Avez-vous projeté de détruire le futur de l’humanité ?
- J’ai l’intention de faire le travail que l’on attend de moi, et que vous refusez d’accomplir.
- J’ai des raisons de le faire. J’ai vu le passé, le présent et le futur et j’ai appris une chose : Nous ne devons jamais intervenir sur les évènements.
- N’est-ce pas ce que vous faîtes, en traversant les failles ?

Je restais bouche-bée. Si, en effet, c’était ce que je faisais. Il y avait toutefois une différence majeure que j’avais découverte. A proximité des failles, les temps se réécrivaient sans cesse. Plus les failles étaient nombreuses et actives, plus le temps évoluait rapidement. Là ou il n’y avait pas de failles, le temps restait fixe et stable. Mais pour Pember, cela ne ferait aucune différence. Le regard vague, j’attendis qu’il s’approche pour lui sauter à la gorge, mais il n’en fit rien.

- Vous ne pouvez me mentir. J’ai un allié de poids qui connait également le futur.

Et sur ces mots, l’Ood entra. Je me hérissai.

- Toi ! Tu n’as pas reçu l’autorisation de quitter ta cellule. Pourquoi es-tu ici ?
- Il a reçu l’autorisation. La mienne.
- Vous ne devriez pas l’écouter, capitaine. Il n’obéit pas à vos ordres.
- Plus que vous, en tout cas. Je prendrais donc le risque de l’écouter lui.
- S’il vous plait, il faut que vous me croyiez. Je lui avais donné l’ordre de ne jamais quitter sa cellule sans ma permission. Qu’il n’ait pas obéit montre qu’il n’est pas digne de confiance.
- Est-ce vrai ?
- Je ne me souviens pas avoir jamais reçu ce genre d’ordre, répondit l’Ood, poliment.
- Menteur !

Pember me regarda durement. Il pâlit légèrement en me regardant. Un œil en moins, le visage déformé par la détresse et la fureur, avec une pointe de folie au fond de mon unique pupille. Il se ressaisit rapidement.

- Allez-vous obéir à mes ordres, Vagabond ?
- Jamais ! Vous ne pourrez pas m’y forcer.
- Vraiment ? Lorsque vous changerez d’avis, activez ceci.

Il me montra le manipulateur de vortex, qu’il tenait encore entre ses mains. Il claqua des doigts. Aussitôt, ses hommes récupérèrent les câbles accrochés au mur, avant de les attacher à mon corps. Pember remis ensuite le manipulateur de vortex à mon poignet. Puis, il activa la chaise électrique. Le courant électrique était supportable, mais les violents spasmes qui me parcouraient étaient beaucoup plus difficiles à gérer. Pember avait diminué la puissance de la chaise électrique de façon à en faire un instrument de torture, plutôt que de mort. Je le vis s’approcher de moi et libérer mon bras droit, de façon à ce que je puisse enclencher un bond temporel à tout moment. Le supplice dura vingt minutes. Malgré mon incapacité à réfléchir correctement, je me demandai vaguement combien de temps tiendrait mon cerveau avant de disjoncter. Et je commençai à en avoir marre de souffrir, alors que je pouvais l’éviter. J’estimai avoir suffisamment souffert au cours de mon engagement à Torchwood. Je décidai de faire ce qu’on attendait de moi, mais ou emmener Torchwood ?

« Emmène les à ces coordonnées…

Qui me furent fournis mentalement. Cette voix m’était familière, mais je ne la reconnaissais pas. Je fis pourtant ce qu’elle me demandait.

’’- Ne le fais pas ! C’est l’entité dont nous avait parlé le Weevil. Regarde les yeux du Ood, il est possédé. Et les Weevil hurlent à la mort. Ne le fais surtout pas.

Mais c’était trop tard. J’avais déjà enclenché la séquence et le bond temporel s’activa. Je sentis l’énergie temporelle se déplacer à travers les câbles et englober lentement Torchwood. Je sombrai alors dans les ténèbres.

Mais quel idiot ! Il l’avait fait. Je n’avais pas réussi à prendre sa place à temps. Tant pis. Il fallait au moins que l’Ood meure. Sinon, notre avenir serait très sombre. Malgré les spasmes, je me cambrai de toutes mes forces, faisant exploser la chaise. Avant que quiconque ne réagisse, j’avais sauté sur l’Ood, l’avait renversé et avait écrasé son étrange boule de communication de mon pied de métal. Une sorte de bouillie ressemblant à ce qui aurait autrefois été un cerveau en jaillit. Il restait moins de quinze secondes avant le saut temporel, et je ne pouvais pas me détacher des câbles, soudés à moi par l’énergie temporelle. Je refusais de céder. Peu importe ou le manipulateur de vortex allait nous conduire, je refusais d’y aller. Personne ne m’y forcerait. PERSONNE ! Comme en écho, le saut temporel nous absorba et j’atterris lourdement dans l’eau. Le contact froid réveilla l’autre, et je lui cédai la place, heureux d’échapper à la souffrance de son corps martyrisé.

Mon corps refusait de bouger. Allongé à plat, la tête dans l’eau, je ne pouvais plus respirer. Mourir ainsi, après tout ce que j’avais vécu, c’était pathétique. Quelqu’un me souleva alors et m’obligea à le regarder. Oh non, pas lui ! Pourquoi devais-je me retrouver face à lui dans mon état ? D’ailleurs, comment se faisait-il que je me retrouvais face à lui. Le saut temporel aurait dû me propulser en l’an 43000.

’’- Remercie la faille. Elle a réagit à ta volonté et t’a absorbé. Tu as été propulsé ici. Ça confirme ton hypothèse à ce sujet, je crois.

Oui, mais pourquoi lui ? L’homme me regardait avec des yeux surpris, se posant alternativement sur moi et sur quelque chose que je ne pouvais voir.

- Capitaine Jack Sparrow, le saluai-je. Ravi de vous revoir.
- Harkness, rectifia-t-il avec un sourire amusé et légèrement sceptique, alternant toujours le regard. Je dois avouer que je suis plutôt surpris de vous… te voir. Après l’incident, je pensais que tu étais comme les autres.
- Quel incident, et quels autres ?

Il me souleva et me porta vers un canapé, ou il me posa. Puis il me répondit :

- Il y a deux ans, l’institut Torchwood situé à Belfast a mystérieusement disparu. Tout le personnel présent à ce moment l’est aussi. Tu en faisais partie, d’après les membres de ton équipe à qui tu avais donné un congé à ce moment là.
- Oh ! Je suppose que je suis responsable de ce petit incident. Mais si tu permets, je vais avoir besoin de repos avant de t’en parler. Ça fait quatre jours et un combat contre un ange pleureur que je n’ai pas dormi.

Sans attendre sa réponse, je fermais les yeux et fut happé par le sommeil.

Troisième arc: Vagabondage...

Citation:
Mon sommeil fut agité. J’avais l’impression que quelqu’un avait parlée à coté de moi tout le temps de mon repos. Lorsque je me réveillais, je n’ouvris pas les yeux tout de suite. J’entendais des voix autour de moi. Cinq, si je ne me trompai pas. Deux femmes et trois hommes. Je reconnu l’une des voix comme étant celle de Jack Harkness. Les voix étaient amicales, ou du moins dénués d’hostilités, alors j’ouvris les yeux. Je ne m’étais pas trompé.

- Voila donc ton équipe, capitaine Sparrow ? Je me trompe peut-être, mais il me semble qu’il y a plus de personnel que ce que tu m’avais dit.

Ladite équipe sursauta en m’entendant, avant de me fixer. Je me relevai, courbaturé comme jamais.

- Qu’est-ce que c’était que ce bruit ? demanda une des femmes, méfiante, en me regardant.
- Quel bruit ? Répliquai-je.
- Gwen… soupira Jack. Laisse-lui un peu de temps pour s’expliquer.

Puis le capitaine Harkness fit les présentations.

- Gwen Cooper, Owen Harper, Ianto Jones et Toshiko Sato, m’énuméra-t-il. Voici Marcus Flint, aussi surnommé le Vagabond.
- Je me demande bien pourquoi un tel surnom, déclara Owen en regardant avec insistance mon apparence.

Nullement vexé, je lui fis un sourire carnassier, comme j’aimais les faire avant de sauter sur ma victime. Owen fit mine de porter sa main à son arme.

- Ça suffit ! déclara Jack, autant à moi qu’à mon opposant.
- Je pense que mon surnom ne sera plus utile très longtemps…
- Tu ne comptes pas rester à Torchwood ?
- C’est un agent de Torchwood ? Demanda Toshiko, surprise.
- J’ai entendu parler de lui quand j’étais encore à Londres, déclara Ianto, lentement. Il me semble que c’était lui qui avait capturé le cyberman ayant servi de base à…

Sa voix se brisa. Ainsi, ils avaient vraiment tenté de créer des cybermen.

- Il semblerait que j’ai loupé pas mal de choses, ces derniers temps. Il faudra me faire part des détails.
- Bien sûr, mais uniquement si tu me racontes en détails ton implication dans la disparition de l’institut de Belfast.
- Il est aussi responsable de ça ? s’écria Ianto.

L’ignorant, je racontai mon histoire depuis notre dernière rencontre, ce qui me prit deux bonnes heures. Lorsque j’eus fini Gwen Cooper fut la première à réagir.

- Une jambe en métal ? C’est la vérité ?

Sans dire un mot, je relevai mon pantalon de façon à ce que tous voient ma jambe droite. Cela expliquait le bruit qu’avait entendu Gwen au tout à l’heure. Habitué à ma prothèse, je ne faisais plus attention aux crissement qu’elle provoquait quand elle n’était pas assez huilée. Owen se baissa et inspecta le travail. Je jetai un regard interrogateur à Jack.

- Owen est médecin, expliqua celui-ci.

Je hochai la tête, avant de faire le tour de l’équipe de Cardiff d’un regard. Ianto ne semblait pas m’apprécier pour plusieurs raisons. Je fus surpris de découvrir que parmi elles, il y avait de la jalousie. Mais également l’histoire du cyberman. Gwen Cooper me regardai de façon étrange. Elle semblait vouloir me parler, mais n’osait pas. Toshiko, elle, avait peur de moi, visiblement. Pour Owen j’étais un spécimen intéressant, et la réciproque était vraie. Lorsqu’il me serra la main, son contact fut glacé, comme un mort. Owen se renfrogna en m’avouant qu’il n’était plus spécifiquement vivant. J’insistai pour apprendre son histoire, mais il refusa et je me promis de demander à Jack des informations. J’appris également ce qui s’était passé durant mes deux années d’absence. Le docteur avait été capturé par Torchwood Londres pendant moins de 24 heures, avant que l’institut ne fusse détruit par des cybermen venu d’une dimension alternative, apparemment. A la mention du docteur, je sentis la colère monter en moi, sans parvenir à identifier la raison. J’oubliai rapidement ce détail lorsque je vis le regard court, mais intense entre Jack et Ianto. Oh ! Apparemment, je n’aurais plus trop de soucis à me faire de ce coté. Je pris ensuite Jack à part :

- Cooper se comporte bizarrement, ou c’est mon imagination ?
’’- Tu aurais pu te passer de ce commentaire. Je n’y suis pour rien !’’
- Tu as raison. Elle a eu un accrochage, il y a quelques mois, au sujet d’un domaine qui t’est familier. Elle t’en parlera en tant voulu. Mais tu n’as toujours pas répondu à ma première question. Resteras-tu à Torchwood ? Notre institut est le dernier existant au Royaume-Uni, donc c’est important que je le sâche.
- Non. Je vais laisser Torchwood derrière moi. J’ai trop souffert la courte année que j’ai passée à son service. Et ma famille doit s’installer cette année à Cardiff. Le pire, c’est que je ne suis même plus certain de pouvoir me présenter chez moi, alors que je peux enfin retourner à mon époque. Je veux dire, tu as vu ma tête ?
- Ton œil guérira, affirma Jack, confiant. Mais que feras-tu, à présent ?
- Je ne parlais pas de mon œil, bien que je sois persuadé qu’il est foutu. Je ne suis plus l’homme tout juste sorti de l’adolescence que j’étais avant que tout ne commence. Pour ce qui est de mes projets, je pense que je vais vagabonder quelques temps avant de me décider.

Jack voulut protester, mais j’enchaînai :

- Qu’est-il arrivé à Owen ?
- Un accident malheureux, deux en fait.

Il me raconta rapidement l’histoire, avant de me faire mention des précédents, sans donner de détails. La mention des deux gants de résurrection me laissa perplexe, puis songeur. Peut-être devrai-je me rendre à cette époque, histoire de voir qui avait utilisé le gant pour la première fois. C’était une idée alléchante. Un autre point qui m’intéressait était sa mention d’une petite fille qui lui tirait les cartes au tarot. Elle ne refusait jamais de l’aider quand il venait, mais n’avait jamais voulu lui dire pourquoi. J’entendis gémir, plus bas. Ce son m’était familier.

- Vous avez des Weevils ? M’exclamai-je.
- Oui, mais ils ne sont pas très sociables, sauf avec Owen.
- Oh ? Est-ce que par hasard, je pourrais…
- Oui tu peux y aller.

Sur-ce, il appela Owen pour qu’il me conduise aux cellules contenant chacun un Weevil. Lorsqu’ils nous virent arriver, tous se mirent à gémir à genoux. Cela me fit rire.

- Ils sont vraiment bien élevés, ici aussi.
- C’est parce que je suis le roi des Weevils, expliqua Owen, avec un sourire triste.

Je ne relevai pas. Mon papier métapsychique dans une main, je faisais le tour des questions méritant d’être posé. Mais, avant que je pose la première, le papier refléta une image. C’était moi ! Armé de mon épée couverte de sang, un cache-œil métallique sur celui qui était crevé et un regard effrayant. L’image fut suivit d’un commentaire.

« Nous reconnaître vous ! Vous être seigneur de sang ! Longtemps nous pas voir vous. »
- Pour moi c’était il y a seulement quelques jours, répondis-je.
- Tu lui parles ? S’étonna Owen.
- Je communique, rectifiai-je en lui montrant le papier, afin qu’il puisse suivre la conversation.
« Deux seigneurs. Pas normal. Seigneur de sang et seigneur de mort réunis, alors danger pas loin. »
- Seigneur de sang et seigneur de mort ? répéta Owen, confus. Qu’est-ce donc ?
- Je pense que c’est nous deux. Je suis le seigneur de sang, selon les Weevils. Tu es mort, sans vraiment avoir quitté ce monde, donc je pense que tu es le seigneur de mort. Les deux titres sont presque identiques.
- J’aurais préféré rester le roi des Weevils, marmonna-t-il.
- Cela revient au même. Si tu préfères te faire appeler comme ça, les Weevils ne se vexeront pas. Nos titres ne mettent en avance que le fait que j’ai l’odeur du sang et toi celui de la mort.
- Evite de rentrer dans les détails s’il te plait. Le seul bon point c’est que je reste le roi des Weevils.
- Tss, fis-je en souriant, remarquant que le Weevil continuait de palabrer sur l’anormalité de deux seigneurs dans un même lieu. Calme-toi, toi. Il ne va rien se passer. Plutôt, d’où venait cette image, que tu m’as montrée ?
« Souvenir que Weevils avoir de seigneur. »
- Mais je n’ai encore jamais porté de cache-œil, et encore moins en votre présence. De quand date ce souvenir ?
« Nous plus savoir ! Weevils pas notion temps ! Weevils obéir seigneurs. »
- Eh bah, on n’est pas avancé, se lamenta Owen.

Je posais encore quelques questions au Weevil, mais il fut incapable d’y répondre. Je poussai un profond soupir et fit signe à mon guide de nous ramener. Comme il l’avait dit, on n’était pas plus avancé. Je refis le bandage de mon œil, car il commençait à me gratter et que je voulais voir de mes propres yeux les dégâts. Devant un miroir, je vis mon reflet. Mieux valait ne pas en parler, ça aurait été un coup à en faire des cauchemars. Le bruit de pas hésitants derrière moi me fit me retourner, non sans avoir d’abord mis un nouveau bandage. Gwen Cooper. Allais-je enfin savoir quel était le problème ? Je sentais qu’elle était entreprenante de nature, mais face à moi, elle se comportait comme une gamine. Je ne faisais quand même pas si vieux que ça, surtout que j’étais plus jeune qu’elle. Elle s’assit sur une chaise et me regarda en biais, guettant une réaction. Essayant de paraître civiliser (ce qui n’était pas gagné) je m’attachai les cheveux dans le dos et essayai de sourire amicalement, mais mon reflet dans le miroir me fit comprendre d’abandonner l’idée. Finalement, à court d’idées, je m’assis en face d’elle, en faisant attention à ne pas être trop violent dans mes actes. Nous restâmes immobiles quelques secondes sans rien dire, puis Gwen se lança :

- Je voudrais savoir quelque chose.
- Je t’écoute. A quel sujet ?
- Les failles spatiotemporelles. En particulier celle de Cardiff, si tu as des données spécifiques.
- Je n’ai pas d’informations précises sur Cardiff, mais toutes les failles ont la même structure. Le sujet reste vague, toutefois. Sur quel domaine de la faille désirerais-tu avoir des informations ?
- Les pics négatifs de la faille.

Je tentai de me remémorer mes connaissances sur la faille. J’eus beau chercher, je ne trouvais rien propos de pics négatifs. Peut-être s’agissait-il de quelque chose que je connaissais, mais sous un autre nom. Il n’y avait pas de termes généralistes en ce qui concernait la faille, et je trouvais cela particulièrement handicapant, à présent. Je détournais le problème.

- Les pics négatifs ne sont pas présents chez toutes les failles. Cela dépend surtout de leur stabilité.
- La notre est particulièrement instable, acquiesça Gwen. Surtout depuis l’année dernière.
- Avant d’en parler plus, j’aurais besoin de plus d’informations sur les conséquences que vous rencontrez après chacun de ces pics.

Hochant la tête, Gwen me montra les différents rapports qu’elle avait elle-même rédigé. C’était donc ça les pics négatifs ! Cela correspondait à chaque absorption d’une personne par la faille. C’était ce qui m’étais/allais m’arriver. Mon cœur s’assombrit, je maudis la première personne qui me passait par la tête. Désolé Docteur ! Je pris quelques minutes pour réfléchir et je constatais certains points intéressants.

- Je suppose que tu sais déjà que les pics d’énergie correspondent à la valeur d’intensité de la faille.

Elle acquiesça.

- Les pics positifs représentent une importation de la faille et les négatifs, une exportation. L’intensité de chaque pic représente l’importance de chaque interaction. Si les pics négatifs sont si petits, c’est parce qu’une seule personne se fait absorber à la fois. Autre chose que tu désirerais savoir ?
- Que deviennent ceux qui sont absorbés ? Et pourquoi le sont-ils ?
- Je répondrais à la deuxième question en premier. Les failles… Comment dire ? Elles lisent le cœur des gens. S’ils ne se considèrent pas à leur place dans ce monde et dans cette époque, la faille les enverra dans une période spatiotemporelle qui leur conviendrait davantage.
- Mais dans ce cas…
- Laisse-moi finir. Les failles ne sont pas des entités pensantes. Leur logique diffère considérablement de la notre. Ce serait plus proche de celle d’un ordinateur, je pense. Du coup, il n’y a pas de quota désignant la bonne période. Les failles font donc passer les gens d’un extrême à l’autre. C’est ce qui m’est arrivé, deux fois.
- Tu as déjà été absorbé par une faille ?
- La première fois était ici à Cardiff. Mais cela ne se produira que dans trois ans. La seconde fois, c’était il y a deux ans, et cela m’a conduit ici.
- Mais l’extrême…
- Diffère d’une personne à l’autre. C’est pour ça que fixer des quotas est impossible, surtout pour les failles, qui ne sont pas des êtres vivants. Dans mon cas, je menais une vie paisible et insouciante. Je ne croyais pas aux extra-terrestres et le voyage dans le temps me paraissait impossible.

Je me contentai de me désigner pour montrer le passage vers l’extrême opposé. Je voyageais désormais dans le temps, avait rencontré des aliens, avait même sympathisé avec certains, et ma vie n’avait plus rien d’insouciant ou de paisible. En bref, j’avais perdu mon innocence de l’époque. Gwen hocha lentement la tête. Je remarquai à présent que l’équipe de Cardiff était réuni, y compris Jack, qui se tenait dans un coin et me fixait intensément.

- Mais que deviennent ces gens, dans ce cas ?
- J’en avais déjà parlé avec Sparrow (je souris en voyant sa grimace faussement vexé). Jack, rectifiai-je en voyant leur incompréhension. Ceux qui ne reviennent pas sont dans deux cas. Dans le premier cas, ils ont réussi à s’adapter à leur environnement, qui correspond à leur désir le plus profond, quand on y pense.
- Et dans l’autre cas ?

Je lui jetai un regard. Gwen était blême. Elle connaissait déjà la réponse, mais était résolue à me le faire dire. Je m’exécutai :

- Si l’environnement est vraiment trop extrême, ce qui arrive malheureusement, il arrive parfois qu’ils meurent.
- Parfois ?
- Oui, parfois. Si ces personnes ne sont pas suffisamment adaptées, et que la faille s’en rend compte à temps, elle rectifiera son erreur en les renvoyant leur époque, décalée dans le temps par rapport à une constante de proportionnalité que je n’ai pas encore pu définir. Je peux voir à ton visage que tu as rencontré ces rescapés.
- Elle a fait plus, intervint Jack. Elle a amené avec elle la mère de l’un d’eux.
- J’ai détruis ses espoirs de revoir un jour le fils souriant qu’elle avait connu, compléta Gwen, les larmes aux yeux. Je me souviendrais toujours des mots qu’elle a prononcés…

Sa voix se brisa. Je me penchai vers elle.

- Si je te disais que je pouvais rectifier ton erreur. Non, si je te disais que je pouvais rectifier l’erreur commise par la faille. Que me dirais-tu de faire ?
- Tu le peux ?
- Oui. Je pourrais empêcher cela d’arriver.
- Mais ?
- Je modifierais ta vie, ainsi que celle de tous ceux concernés. Ces derniers mois n’auront jamais existés. Tu n’aurais jamais eu à souffrir.
- Alors, vas-tu le faire ? Demanda-t-elle, les yeux emplis d’un espoir désespéré.
- Ecoute-moi d’abord. Les failles sont complexes. Si je devais aller chercher cet enfant dont tu m’as parlé, comment justifier le fait de ne pas récupérer tous ceux ayant été éparpillé à travers l’espace-temps ? De quel droit pourrai-je n’en sauver qu’un et laisser les autres tels que tu les connais ? Et si je le faisais, viendrais un moment ou je serais confronté à mon propre passé, au moment où j’ai moi-même été aspiré par la faille. Comment pourrai-je supporter de sauver tout le monde en sachant que je ne pourrais pas me sauver moi-même ? Pire, imaginons que je me sauve, que se passerait-il alors ? Le paradoxe de mon existence pourrait détruire les parois de l’univers.
- Pas seulement, intervint Jack. Non seulement l’univers, mais également la structure de l’espace et du temps lui-même. Ce serait la fin de toute vie.
- Et pourtant, si je devais en sauver un, je devrais tous les sauver, sachant que chacun d’eux est potentiellement comme moi, une bombe à retardement pouvant provoquer la fin de toute chose si j’en ramenai ne serait-ce qu’un seul d’entre eux.
- Donc, s’étrangla-t-elle, il n’y a aucun espoir ?
- Je n’ai pas dit ça. Si tu me dis de le faire, je le ferais. Tu me diras qui et j’irais le chercher. Je prendrais la responsabilité de toute conséquence que cela engendrerait. Mais penses-y. Si tu me dis de n’en sauver qu’un, tu auras sur la conscience le fait de n’avoir pas pu sauver tous les autres. Pire encore, tu seras celle qui me dira qui aller chercher et qui abandonner. Maintenant que tout est dit, dois-je aller chercher cet enfant ?

Elle resta immobile, les yeux dans le vague. Je sentais à son pouls qu’elle était sidérée par la complexité de cette simple décision. Finalement, elle secoua la tête.

- Non, ce qui s’est passé doit rester ainsi. Je ne supporterai pas de devoir faire face aux conséquences de mes actes irréfléchis.
- Heureux que tu comprennes mon point de vue. Je l’aurais fait, si tu me l’avais demandé, si cela aurait pu te faire aller mieux.
- Non, ce n’est plus la peine. Merci de m’avoir répondu sincèrement.

Je lui souris doucement. Elle sourit en retour, je devais donc avoir l’air plus civilisé que jamais. Comme le sujet semblait clos, Toshiko posa une question qui suscita l’intérêt du groupe :

- Pour quoi appelez-vous Jack le capitaine Sparrow ?

La question me provoqua un fou-rire. Je vis Jack s’éclipser, peu désireux d’entendre les explications, à moins que ce ne fut pour une autre raison.

- Avez-vous déjà regardé le film : Pirate des Caraïbes ?
- Oui, murmurèrent Gwen, Toshiko, Owen et Ianto.
- Eh bien, lors de notre première rencontre, la ressemblance entre lui et le capitaine Jack Sparrow m’avait frappé. Et après quelques recherches, j’en suis venu à la conclusion que ce personnage avait été inspiré de lui. Je suis presque sûr que notre Jack a été en relation intime avec le producteur du film.

Comme je m’y attendais, Gwen, Owen et Toshiko partirent dans un fou-rire particulièrement violent. Ianto regardait dans la direction prise par Jack avec des yeux suspicieux. C’était donc pour ça qu’il était parti. Jack, d’ordinaire si courageux face au danger, avait désiré éviter une querelle entre amoureux ! Je toussotai pour éviter un nouvel accès d’hilarité. Laissant le petit groupe à sa bonne humeur, je sortis à mon tour et rejoignis le Jack. Celui-ci me tournait le dos. Sans se retourner, il dit :

- Merci de lui avoir remonté le moral.
- Je sais ce qu’on ressent lorsque l’on est impliqué directement avec l’interaction d’une faille.
- L’aurais-tu vraiment fait ?

Je regardai dans la direction du groupe avant de reporter mon attention sur Jack.

- Non. Je ne l’aurais pas fait. Ou plutôt, je n’aurais pas pu le faire.
- Vraiment ? murmura Jack en se retournant, avec un semblant de sourire.
- Tu le sais très bien. Tu me l’as dit toi-même la dernière fois. Tu es un point fixe dans le temps, les évènements qui se déroulent tout autour de ces phénomènes ne peuvent être modifiés sans détruire l’univers. J’ai bluffé, mais cela s’est plutôt bien déroulé.
- Oui. Comptes-tu faire ce que je pense ?
- Cela dépend de ce que tu penses.
- Tu le sais très bien !

Je souris.

- Oui, je vais étudier la première utilisation du gant de résurrection.
- Fais attention à toi. Et par pitié, ne sois pas celui qui l’a utilisé.
- Promis.

Puis, après quelques courtes salutations avec l’équipe de Cardiff, je pris congé.

Citation:
Une fois sorti du Hub, je me téléportai à bord de mon vaisseau. Cela faisait deux ans que personne n’avait mis les pieds dedans. Et pourtant, tout était exactement comme je l’avais laissé. Aucune trace de poussière, pas de résidus. Ses réserves d’énergie étaient désormais pleines. Il n’y avait que mes armes et ma prothèse de secours qui étaient en vrac sur le plancher suite à leur dernière téléportation. Lentement, je vérifiai leur état. Elles n’avaient pas rouillé, quelle chance. Je m’en équipai. Leur poids familier me fit me sentir mieux. Puis, voyant que mon bandage à l’œil était devenu inutile (dû à une accélération de mes capacité de guérison provoqué par une exposition intense d’énergie temporelle), je l’enlevai et entrepris de me faire un cache-œil. Avec le matériel basique que je trouvais dans le vaisseau je me fis un cache-œil métallique maintenu en place par un anneau de métal doublé de cuir qui me serrait le crâne, dissimulé sous ma masse de cheveux. Ensuite, prenant les commandes du vaisseau, je synchronisai l’ordinateur de bord avec le manipulateur de vortex, avant d’entrer les coordonnées que m’avaient fournis Jack. Le vaisseau fit un bond temporel dans le passé. Immédiatement après, une secousse me fit tomber de mon siège. Oups ! Les coordonnées de Jack me téléportaient au sol. Mon vaisseau avait donc absorbé l’impact de son mieux. Un rapide scan me rassura, il n’y avait aucun dégât. En revanche, le champ ou j’avais atterris était en très mauvais état.
Coup de chance pour le malheureux propriétaire du champ en question, la portion que j’avais maltraité était en jachère. Pas de répercussion sur les récoltes. Heureusement que le vaisseau était toujours en mode furtif. Malgré cela, je me dépêchais de sortir du vaisseau. La secousse de mon atterrissage catastrophique risquait d’attirer du monde. Je regardai attentivement autour de moi et vis deux personnes s’approcher en courant. Pourquoi avais-je un mauvais pressentiment ? Lorsqu’ils arrivèrent à ma hauteur, je les vis armés de fourches et les brandir contre moi.

- Sorcier ! s’écrièrent-ils.

Début prometteur. Je n’étais encore jamais venu dans cette période de l’histoire. J’avais complètement oublié qu’ils étaient en pleine chasse aux sorcières. Et me voir apparaître soudainement au milieu d’un champ délabré sans aucune explication n’était pas à mon avantage.

- Je ne suis pas un sorcier, répliquai-je calmement.
- Sorcier, répétèrent-ils, menaçant.
- Non.
- Vous êtes un sorcier ! Vous allez être jugé et condamné. A présent, suivez-nous.

Retenant un éclat de rire devant l’improbable situation, je les suivis sans discuter. Ils me conduisirent dans un petit village. Cette fois, ne pouvant me retenir, je me tordis de rire. Tant pis si cela aggravait mon cas, m’échapper ne serait pas difficile. C’était vraiment trop comique. J’avais l’impression de vivre un mauvais récit d’histoire.

’’- Attention!’’
J’avais vu. Un de mes gardes du corps, me croyant sans doute possédé par un démon, avait levé sa fourche pour me transpercer avec. Il abattit l’arme. Je n’eus aucun mal à l’intercepter à quelques centimètres de mon ventre. Je me rendis compte alors que je n’avais pas perdu ma perception des distances. Pourquoi ? Pas le temps d’y réfléchir. L’arme se brisa dans mes mains. Aussitôt, les deux hommes s’écartèrent. Je crus leur avoir fait peur, mais je me rendis compte rapidement que c’était autre chose. Un groupe de sept hommes approchait. Contrairement aux paysans peureux qui m’entouraient, eux étaient habillés avec élégance. Et armées d’épées et de lances, remarquai-je. Des chasseurs de sorcières (et de sorciers, pour le coup). Ils m’encerclèrent en me pointant de leurs armes. Une fois assurés que je ne pourrais plus m’échapper, l’un d’eux, sans doute le chef, s’approcha de moi et déclara :

- Sorcier, si vous tenez à la vie, suivez-nous sans résister.
- Juste par curiosité, pourquoi êtes-vous persuadé que je suis un sorcier ?
- Vous avez été reconnu comme tel.
- Avouez surtout que c’est dû à mon apparence qui me fait ressembler à un vagabond.
- Non. Vous ressemblez plus à un brigand. Même si vous n’êtes pas un sorcier, vous serez pendu pour cette raison.
- Quel programme réjouissant ! Il me tarde d’y être.

Et sur ces paroles faussement réjouissantes, je leur fis signe d’avancer. Le chef des chasseurs de sorciers en fut vexé, mais ne releva pas. Pendant le trajet qui m’emmenait je ne savais où, je tentais de discuter avec mon escorte, sans grand succès. Muets comme des tombes, ils se contentaient d’avancer en me toisant suspicieusement. Nous arrivâmes finalement dans une espèce de prison et je fus jeté dans l’une d’elles. Des cellules sombres et humides comme on n’en faisait plus. Me doutant que le temps allait être long, je décidai de jouer un peu avec mon manipulateur de vortex. Je songeai à partir faire un tour, mais je ne savais pas quand ils allaient revenir.

’’- Pourquoi cela te préoccupe autant de passer inaperçu ?’’
« Pour une raison simple, celui qui se servira du gant devrait se trouver à proximité d’un lieu ou la mort est omniprésente. Autrement dit, le lieu d’exécution des sorciers et des sorcières. »
’’- Je ne veux surtout pas joueur les rabat-joies, mais as-tu seulement pris la peine de chercher pourquoi il y avait une chasse aux sorcières ?‘’
« Non, mais si tu m’en parle, c’est que tu dois en connaître la raison. »
’’- Non, pas du tout. J’essaye juste de comprendre la logique qui fait que des humains chassent d’autres humains.‘’
« Des humains ? »
’’- Oublie ce que je viens de dire…‘’
« On en reparlera ! »

Il était au courant de quelque chose, mais refusait de me dire ce qu’il savait. Je regardai à travers la fenêtre de la cellule. Il n’y avait personne dehors, alors que l’on était en pleine journée. Ce n’était pas normal. Je fis un scan des alentours, pas d’activités. Tous les habitants du village restaient enfermés chez eux. Cette fois-ci, la curiosité fut plus forte que le reste. Je tambourinai à ma porte, pour que quelqu’un vienne. Pas de réaction. Je recommençai une fois, puis deux. Toujours rien. Ma patience à bout, je défonçai la porte d’un coup du pied droit. La porte vola jusqu’au mur opposé avant de passer au travers. J’y avais été un peu fort. Mais malgré ça, personne ne vint voir l’origine du bruit. Cela me rendit suspicieux. Je regardai dans toutes les cellules, personne. Agacé, je sortis de la prison. Je fis un scan large des environs. Surpris par le résultat, je recommençai. Un village des alentours, nommé St James, s’était isolé en érigeant tout autour de lui un immense mur. C’était à quelques heures de marche. Le problème actuel, c’était de passer inaperçu. Certes, personne ne quittait leur domicile, ce que je trouvais étrange, mais pour ce que j’allais faire, il valait mieux prendre quelques précautions. Pour la première fois depuis que j’avais acheté mon manteau, je mis la longue capuche sur ma tête, dissimulant dans l’ombre mon visage. Je sortis ensuite du village, avant de partir en courant en direction de St James. Utilisant la puissance de ma prothèse pour accélérer mon rythme déjà élevé, le trajet me pris seulement vingt minutes.
Arrivant en vue du village, je repris une allure normale, avant de m’approcher. La vue de ces murs de plusieurs mètres de haut me semblait impressionnante, et légèrement ridicule. De quoi ce minuscule village pouvait-il bien essayer de se cacher ? Arrivé au pied du mur, je scannai l’intérieur. Il y avait de l’animation. Vérifiant que personne ne pouvait me voir, je me baissai légèrement avant de bondir. La propulsion que me donna ma prothèse me permit d’atteindre le sommet du mur et de m’y accrocher. Je me hissai dessus, avant de me laisser retomber de l’autre coté. L’atmosphère qui régnait ici était lugubre. Je parcourus le village jusqu’à la place centrale, lorsque un des habitants me vit et poussa un cri d’effroi. Aussitôt, tout le village accourut. En me voyant, certains jurèrent, d’autres prières, tandis que les derniers blêmirent. Tant pis pour la discrétion. J’entendais les femmes dire qu’ils étaient perdus, les hommes s’énerver contre ma présence.

- Marcus ? Fis une voix surprise.

Je me retournai, par réflexe, me doutant que ce n’était pas à moi que l’on s’adressait. Un homme s’approchait de moi, sourire aux lèvres. Il semblait que c’était bien à moi qu’il parlait, finalement. Mais qui était-ce ?

- Mon père, vous connaissez cet individu ? demanda l’un des hommes, suspicieux.
- Bien sûr, répondit l’homme avec un nouveau sourire, en me prenant dans ses bras. Je vous présente le frère Marcus. Il a été mandaté par le roi pour nous aider à surmonter cette crise. Montre leur le papier métapsychique, murmura-t-il ensuite à mon oreille.

Méfiant, je m’exécutai. Le papier révélait que sur ordres de sa majesté, j’étais venu pour aider le village. Il y avait même le sceau royal authentique. Je vis au regard confus de ceux qui m’entouraient qu’ils ne savaient pas lire, et que seule la complexité de ce qu’il voyait les persuadait des paroles de mon allié du moment. Un des villageois voulut savoir comment j’étais entré.

- Il s’agit d’un des secrets du frère Marcus, affirma l’homme. Rien ne lui résiste dès lors qu’il s’implique personnellement dans une affaire. C’est la raison pour laquelle il a été choisit.

Puis, avant de devoir donner d’autres explications, il m’entraina dans la paroisse du village. Une fois qu’il eut refermé les portes derrière nous, il se tourna ensuite vers moi.

- Franchement Marcus, tu aurais pu me dire que tu venais. Ça fait quoi ? Soixante, non soixante-dix ans qu’on ne s’est pas vu. Comment tu te portes ?

Je fixai l’homme, qui devait avoir une trentaine d’année, en me demandant s’il se fichait de moi. Lentement, je retirai ma capuche. Il ne fut pas surpris à la vue de mon visage, bien qu’il fronçât des sourcils.

- Qu’as-tu fais du cache-œil que je t’avais offert ? Il ne te plaisait pas ?
- Je pourrais savoir qui vous êtes ?

La bonne humeur de l’homme s’assombrit. Une légère tristesse apparut sur ses traits.

- Ah ? C’est finalement arrivé… Je m’en doutais un peu, mais bon. Je m’efforçais de ne pas y penser.
- Qu’est-ce qui est finalement arrivé ?
- Eh bien… Tu sais ce qu’il se passe avec les voyages dans le temps ? On ne se rencontre pas vraiment dans le bon ordre. Du coup, moi je te connais, alors que c’est la première fois que tu me rencontres.
- Hum… fis en réfléchissant. Oui, ça me parait logique. Mais ça ne répond pas à mon autre question. Vous êtes qui, exactement ?
- Oh pardon, j’en oublie les présentations. Je m’appelle le Savant.
- Sans vouloir vous offenser, ce n’est pas ce que j’appellerai un nom.
- C’est le choc des cultures, expliqua l’autre. Ce n’est pas mon vrai nom. Sur Gallyfrey, nous choisissons un pseudonyme, qui nous permet de dissimuler notre véritable nom.
- A quoi ça sert de se compliquer la vie à ce point ?
- Les noms ont du pouvoir. Surtout pour une race aussi vielle que la mienne.
- Je suis un petit peu perdu là.
- Désolé. J’ai tellement l’habitude que tu en saches plus que moi que j’oublie que pour toi c’est notre première rencontre.
- Pas grave.
- Merci. Bon, pour résumer, je viens de la planète Gallyfrey. Je suis un Seigneur du Temps.

La mention de Seigneur du Temps m’emplis de rage. Sans vraiment savoir pourquoi, je désirais subitement mettre en pièce l’homme qui se tenait face à moi. J’inspirai à fond, afin de me calmer. Cette étrange pulsion était toujours là, mais je ne risquai plus d’y céder. Inconscient du combat qui venait d’avoir lieu en moi, Savant continua de parler de lui et de sa planète, avant de mentionner le Tardis. Intéressé par ce dernier détail, et sur mon insistance, il accepta de me le montrer. Il s’agissait d’un confessionnal délabré. Il semblait tellement en mauvaise état qu’il risquait de s’effondrer à tout moment. Je jetai un coup d’œil sceptique à Savant. Souriant, il claqua des doigts et la porte s’ouvrit, révélant l’intérieur. Peut-être aurais-je du être étonné, mais j’avais d’autres préoccupations en tête. Cela ne m’empêcha toutefois pas de le faire remarquer à haute voix.

- C’est plus grand à l’intérieur.
- Zut !
- Quoi ?
- Même ça n’a pas réussi à te surprendre. Est-ce que tu as déjà été surpris une fois dans ta vie ?
- Oui, mais pas souvent.
- Hum…
- Pourquoi me racontes-tu tout ça sur toi ? Demandai-je subitement.
- Pardon ?
- Tu m’as raconté beaucoup de choses en si peu de temps. Pourquoi ?
- Je t’ai posé la même question lorsque je t’ai rencontré la première fois. Tu m’as répondu que c’était ce que je t’avais dit de dire à notre première rencontre. Je te demanderai donc de faire de même lorsque je te rencontrerai pour la première fois.
- Où ?
- Il est trop tôt pour en parler.

Je poussai un soupir amusé. Je trouvais cet homme drôle, en dépit du fait que j’avais vraiment envie de le tuer. Je faisais tout mon possible pour ne pas penser au fait que j’étais armé et lui non. Dehors, on recommençait à s’agiter. Me tournant vers les portes de l’église, je demandai :

- Qu’est-ce qu’il se passe ici, exactement ?
- Tu ne le sais pas ?
- Je sais juste qu’il va se produire une catastrophe, pas ce qui l’a déclenché.
- Nous sommes en pleine épidémie de la peste. A travers tout le pays, des chasseurs de sorciers tentent de mettre ça sur le dos de pauvres paysans en les faisant passer pour des jeteurs de sorts malfaisants.
- Ce qui n’est pas le cas. Mais quel est la raison qui fait que St James est si isolé ?
- Tu viens d’arriver, donc tu ne le sais pas encore, mais la plupart des villages sont dans ce cas. C’est un acte futile en vue de limiter les dégâts de l’épidémie.
- Et toi ? Tu es là pour les aider ?
- Non, j’ai été pris dans les évènements. A la base, je me suis fait passer pour un prêtre pour une autre raison. J’étais venu à cause d’une personne que le village considère comme folle.
- Pourquoi ?
- Elle est persuadée d’avoir des pouvoirs surnaturels.
- Et c’est le cas ?
- Difficile à dire. Elle dit avoir vu la peste arriver, mais les symptômes étaient présents depuis pas mal de temps déjà. Et elle est persuadé que la peste va l’emporter alors qu’elle est sans doute la mieux isolée du village.
- Ils l’ont enfermé ?
- Oui, car ils n’ont pas le temps de se préoccuper d’elle et qu’ils ne supportent plus de l’entendre affirmer qu’ils ne sont pas protégés. Si elle n’avait pas affirmée qu’elle serait victime de la peste, elle aurait été considéré comme une sorcière.
- La pauvre.
- Oui…

Mais il ne semblait pas vraiment de mon avis. Passant à autre chose, je demandai

- Que faisons-nous à présent ? On aide le village à surmonter cette épreuve ?
- Pourquoi on le ferait ? Le temps s’écoule, nous n’avons pas la possibilité de nous attarder.
- Le temps s’écoule ?
- Tu ne l’entends pas ? Les grains de sable du temps qui s’écoulent un à un, comme dans un sablier ?
- Non, pour ma part, j’ai autre chose de plus frustrant en tête.

Et surtout dans la tête, songeai-je. Mais c’était quoi cette histoire de grains de sable ?

’’- Les Seigneurs du Temps, lorsqu’ils sont frappés par la folie, entendent tous un son dans leur tête. Ils peuvent se révéler très dangereux lorsqu’ils sont contrariés.‘’
« Génial… » Maugréai-je, mentalement.
- Tu aimerais que je te la présente ? Demanda Savant.
- Qui ?
- Cette personne qui se croit persuadée d’avoir des pouvoirs surnaturels.
- Je n’ai rien de mieux à faire pour le moment, commentai-je. Je te suis.

Souriant, il sortit de la paroisse, je le suivis. Il me conduisit rapidement jusqu’au bâtiment central du village. Cela ressemblait beaucoup à la prison dans laquelle j’avais séjourné quelques heures auparavant. Il me conduisit jusqu’au sous-sol et ouvrit une des cellules A l’intérieur se tenait une petite fille d’environ dix ans qui nous tournait le dos.

- Savant, Marcus, bienvenu dans mon humble demeure, déclara la petite fille.

Citation:
Je me penchai vers Savant et lui demandai :

- Est-ce toi qui lui as dit mon nom ?
- Non, mais elle a l’ouïe fine. Elle aurait très bien pu entendre quand je t’ai présenté. C’était juste au dessus après-tout.
- Oui, ou alors elle a vraiment des pouvoirs, murmurai-je, plus pour moi qu’autre chose.

Savant haussa les épaules. Brusquement, je pensais à un détail qui me fit frissonner. Cette enfant était peut-être protégée entre ces murs, mais ce n’était pas notre cas. Nous avions été exposés à la peste, on risquait de la contaminer si nous portions en nous les germes de cette épidémie. J’en fit part à Savant, mais il eu un petit rire discret :

- Les personnes qui voyagent dans le temps sont irradiées d’énergie temporelle. Cette irradiation développe considérablement le système immunitaire. A partir du moment où l’on voyage depuis plus d’un an à travers l’espace-temps, presque plus aucune maladie ne nous affecte. Et celles de la Terre n’en font pas partie. Tu voyage bien dans le temps depuis plus d’un an ? S’inquiéta soudain Savant.
- Oui, ne t’inquiète pas pour ça.

Puis, reportant mon attention sur l’enfant, je lui demandai :

- Comment t’appelles-tu ?
- Faith, répondit-elle.
- C’est mignon.
- Ça signifie « foi », expliqua Faith.
- Ironique, tu ne trouves pas ? Commenta Savant.
- Si, enfermé la foi entre quatre murs…
- D’autant que je serais quand même emporté par la peste.
- Pourquoi penses-tu cela ?

Faith ne répondit pas, se contentant de se retourner pour regarder intensément Savant. Il était évident qu’on ne me disait pas tout. L’espace d’une seconde, je cru voir en cette petite fille une sagesse et une résignation que ne devrait pas avoir un enfant de cet âge. Mais cela s’estompa si vite que je me demandai si je n’avais pas rêvé. Savant discuta quelques minutes avec la jeune fille de son état de santé et de ce qu’elle avait vu du futur. Autant elle fut très coopérative sur le premier point, autant elle était réticente à parler du second. Adossé au mur, je jouais machinalement avec le portefeuille contenant le papier métapsychique. J’espérai glaner quelques informations mentales, mais tous deux étaient hermétiques à mes intrusions. Ils ne semblaient même pas s’en être rendu compte. Finalement, Savant s’inclina légèrement et sortit. Sans me regarder, il me demanda :

- Alors, ton avis ?
- Je n’en ai aucune idée. Elle joue sur les zones d’ombres de telle façon qu’on ne sait jamais si elle connait l’avenir ou si elle invente.
- C’est pour ça que je suis toujours ici, expliqua Savant.
- Tu as l’intention de les abandonner à leur sort ?
- La peste ne peut pas être éradiquée avec leurs moyens de protections actuels. Que ferais-tu, toi ?

Je ne répondis pas. L’atmosphère était pesante, dans le village. Les villageois étaient amorphes, rien ne semblait pouvoir les égayer. Les vivres commençaient à s’épuiser. Cela faisait à présent deux jours que j’étais arrivé au village. La peste s’était répandue avec force dans les villages alentours, y compris celui ou j’étais arrivé la première fois. Malgré tout, personne ne fut atteint par la maladie dans St James. Du moins, c’était ce que je croyais. Le troisième jour, Savant vint me chercher dans la paroisse et m’éloigna des prieurs. Il avait l’air tendu.

- Que se passe-t-il ? Demandai-je.
- Faith a contracté la maladie, déclara-t-il.
- La peste bubonique ?
- Non, la peste pulmonaire.

Je jurai. De toutes les formes de peste, c’était la seule que le mur ne pouvait tenir à distance. La prédiction de la jeune fille s’était avérée juste. Et si les villageois l’apprenaient, cela allait créer un vent de panique. Je partis en toute hâte pour juger moi-même de l’étendue de la contamination. Faith était en sueur et toussait fortement. Malgré l’affirmation du Savant de mon immunité face à la maladie, mon premier réflexe fut de mettre le bras devant mon visage. Savant arriva peu après, au moment ou la pauvre enfant se mit à cracher du sang. Elle n’en avait plus pour très longtemps. Je rageai devant mon impuissance. Comment avait-elle contractée la maladie ? Isolée comme elle l’était, cela aurait du être impossible, à moins que…

- Qui est venu te rendre visite ? Demandai-je.
- Personne, affirma Savant. Aucun villageois n’aurait désobéit à un ordre direct du prêtre, à savoir moi.
- Mais cette forme de peste implique qu’une personne malade s’est trouvée à proximité d’elle. Alors, Faith, veux-tu bien me dire qui est celui qui t’a approché ?

Pour toute réponse, elle se contenta de tousser et de cracher du sang en fixant Savant du regard. Le message était on ne peut plus clair.

- Savant, pourrais-tu sortir deux minutes ?
- Je n’en ai pas envie.
- S’il te plait.

Il resta silencieux, jaugeant les chances qu’il avait de parvenir à quelque chose dans ces conditions. Finalement, il secoua la tête et dit :

- Tu as soixante secondes.

Puis il sortit. Faith ne perdit pas de temps. Sitôt le seigneur du temps dehors, elle murmura :

- Ne lui en voulez pas. Mon père ne voulait pas à mal.
- Ne t’en fait pas, répondis-je sur le même ton. Mais s’il est malade, ce n’est pas une bonne idée qu’il se promène librement. Il pourrait contaminer le reste du village, à ce rythme.
- Il n’en aura pas le temps, affirma-t-elle, de la tristesse dans la voix.
- Pourquoi ?

Mais je n’eus pas de réponse. Elle cracha de nouveau du sang, puis fut prise de spasmes. Immédiatement, je la pris dans mes bras et la penchai en avant, elle s’étouffait. Je lui tapai dans le dos afin de l’aider à mieux respirer, en vain. Dans un ultime cracha écarlate, elle rendit son dernier soupir. La porte s’ouvrit à ce moment là.

- Les soixante secondes sont…

Savant ne termina pas sa phrase. Il venait de me voir, couvert du sang de la pauvre enfant. Une étrange lueur traversa ses yeux.

- Donne la moi, ordonna-t-il. Je sais ce qu’il convient de faire à présent.
- Il n’y a rien à faire, répliquai-je, sinon incinérer le corps de Faith pour éviter la propagation de la maladie.
- Bien évidemment, s’empressa d’acquiescer Savant. Je l’emmène à la paroisse et on brûle le corps.
- Pas besoin d’aller si loin. Je vais chercher du feu. L’incinération se déroulera au centre de la place.

Le corps de Faith toujours dans mes bras, je passai devant Savant sans lui jeter un regard.

’’- Attention !’’ s’écria la voix.

Trop tard. Dès que je l’eus dépassé, je sentis un violent coup me frapper dans le cou, à la base du crâne. L’impact fut si violent que je m’effondrai, assommé. Je n’étais pas resté inconscient bien longtemps. Quelques minutes, tout au plus. Je vis tout de suite l’anomalie dans le décor. Savant avait disparu, Faith aussi. Un très mauvais pressentiment me traversa comme une onde. Je courus à toute allure jusqu’à la paroisse. La double porte était verrouillée de l’intérieur. Insouciant des regards étonnés que je provoquais, je dégainai mon sabre et l’abattis dans l’interstice entre les deux portes. La planche en bois qui maintenait le tout fermé fut tranché en deux puis, d’un puissant coup de pied, les portes s’ouvrirent à la volée. Au centre de la paroisse, Savant était agenouillé devant le corps de Faith. La tête de la défunte sur ses genoux, il la tenait en place à l’aide d’une main posée sur son cuir chevelu. Je sentis mes poils se hérisser quand je vis l’éclat métallique. Non ce n’était pas juste sa main, c’était le gant de résurrection. A coté de lui était posé un coffre, qui devait contenir auparavant le fameux objet. Sans lâcher l’épée, je dégainai un pistolet et mis en joue le seigneur du temps. L’envie de le tuer me repris, mais je me fis violence.

- Qu’est-ce que cela signifie ? Demandai-je.
- Je te connais, répondit Savant. Nous sommes bon amis, mais nos opinions divergent. Tu ne m’aurais jamais laissé le faire si je t’en avais parlé.
- Evidemment. Tu ne sais pas ce que tu vas déclencher. Arrête ça tant que tu le peux encore.
- Tu ne comprends pas ? C’est toi qui m’as confié ce gant. Tu savais donc que je dois le faire.

Je restais interdit. Impossible ! Je n’avais pas pu le lui donner, si ? Je frissonnai à l’idée que ce fusse la vérité. Mais je me repris.

- Qu’importe. Je sais ce qu’il va se passer si tu continues. Tu ne dois pas le faire.
- Trop tard !

Faith poussa un hurlement strident.

- Je savais que tu allais le faire, déclara-t-elle, d’une voix haletante. J’espérais me tromper, mais je savais que cela allait se dérouler ainsi.
- Ton pouvoir m’appartiendra, affirma Savant. Je vais l’étudier et me l’approprier.
- Les choses ne se déroulent pas toujours comme on le voudrait, expliqua Faith, avant de rendre une nouvelle fois son dernier souffle.

Savant, effaré, tâta son pouls. Je savais déjà qu’il n’y en avait pas, je le sentais. Lui refusa d’y croire. Il tenta une nouvelle fois de se servir du gant, mais il ne se produisit rien. Je rangeais mes armes et tentait de comprendre ce qui allait se passer.

« Melkurian Abatha duroc minus mill kabal/ Je marcherai sur terre, et mon appétit ne connaîtra pas de limite »

La voix venait du corps de la fillette, dans une double intonation, la voix originale de la créature ainsi que la traduction en simultanée de mon manipulateur de vortex. Les yeux de Faith étaient devenus noirs. Elle cracha une étrange fumée noire. Celle-ci se solidifie, formant une sorte de squelette géant qui disparut. Dans le même temps, le gant de résurrection semblait se débattre tandis que la main du Savant tentait de l’en empêcher. Je vins à la rescousse. Attrapant le coffre, je l’ouvris et fis signe au Savant. Celui-ci s’empara du gant de sa main libre, l’arrachant ainsi de son autre main, puis me le jeta. Adroitement, je l’interceptai dans le coffre avant de le refermer et de m’asseoir dessus. Le gant continuait de s’agiter, faisant trembler la boite en métal.

- J’espère que vous êtes content de vous, déclara la voix basse et résignée de Faith. Vous venez de libérer la grande faucheuse.

Elle ne s’adressait qu’au Savant, mais je baissai la tête, comme honteux de n’avoir pas pu l’en empêcher. Savant, quant-à-lui, fixait la ressuscité avec méfiance. Elle n’était plus vivante, mais n’appartenait plus au monde des morts. Comme Owen. Un autre seigneur de mort ! Le seigneur du temps ne réagit pas aux paroles de l’enfant. Celle-ci se tourna vers moi, le regard peiné.

- Acceptes-tu de me dire ce qu’il va se passer ?
- La grande faucheuse s’est retirée pour le moment. Elle s’habitue au plan physique. Lorsque ce sera fait, elle chassera. Si elle fait treize victimes, alors La Mort restera à jamais sur Terre.
- Comment se débarrasser d’elle ?
- Elle se nourrit d’énergie vitale. Si on l’empêche d’en assimiler suffisamment longtemps, alors la grande faucheuse retournera dans le monde des morts.
- Combien de temps peut-elle tenir sans énergie vitale ?
- Je ne saurais répondre à cette question. Tout dépend de l’énergie que le gant de résurrection à absorber.
- Pardon ?

Pour toute réponse, elle se contenta de me montrer Savant, qui n’avait pas bougé. Il soupira avant de dévoiler la vérité.

- Cette saleté de gant m’a volé environ deux cents années de vie. Notre espérance de vie se compte en millénaires, m’expliqua-t-il, en voyant mon air sceptique.
- Cela devrait la faire tenir deux ou trois jours, continua Faith. Il lui faudra un temps à peine moins élevé pour qu’elle s’habitue à notre monde. Sitôt que ce sera fait, la grande faucheuse frappera, pour se nourrir. Chaque fois qu’elle touchera une victime, elle lui volera son énergie vitale et gagnera une heure de sursis. La treizième victime marquera le début de son règne éternel.
- On est mal parti, maugréai-je.
- Son territoire de chasse est limité aux environs de l’endroit ou a été utilisé le gant.
- St James ? Rien que ça ? Cela nous laisse une centaine de personnes à protéger.
- Ne peux-tu pas faire la même chose que contre l’ange pleureur, me demanda Savant.
- Je t’ai parlé de ça ? Fis-je, cassant.
- Oui, à notre première rencontre, enfin, la mienne.

Je soupirai puis réfléchis. Etait-ce possible ? En me protégeant avec de l’énergie temporelle, cela empêcherait-il ce monstre de me voler mon espérance de vie ? Non, ma réserve d’énergie était trop faible pour prendre le risque. Je secouai la tête, il acquiesça : il avait compris. Pendant les deux jours qui suivirent, Savant, Faith et moi mettions nos idées en commun afin de trouver une solution. Enfin, surtout elle et moi. Savant était trop occupé à se lamenter sa vitalité perdue. Exaspéré, je tentai de l’ignorer, malgré mes pulsions qui ramenaient inexorablement mes pensées vers lui. Faith me révéla :

- Les êtres vivants ne peuvent affronter la grande faucheuse.
- Mais dans ce cas…
- Ce sera aux êtres non-vivants de le vaincre.
- Je ne te laisserai pas l’affronter seule.
- Tu n’as pas foi en moi ?

Je souris devant l’ironie.

- Si. Mais tu sais connais l’issue du combat, non ?
- Justement, tout est flou. Je ne voie rien.
- Moi je sais comment ça va finir. On la vaincra, ensemble.

Le ton était sans appel. Faith acquiesça, mais son regard me révéla une détresse que je ne compris pas. Les villageois ignoraient toujours le danger qui les menaçait. Que feraient-ils si on leur disait ? Ils joueraient aux héros, ou s’enfuiraient comme des lâches. Les deux cas étaient à proscrire. Les personnes isolées étaient des proies faciles, tout comme les inconscients désireux d’aider. On ne pouvait pas évacuer le village, à cause du mur et on ne pouvait le détruire, à cause de la peste. Piégés entre le marteau et l’enclume. Mort lente ou rapide, agonie douloureuse ou fin indolore, tel était le choix qui s’offrait aux villageois, s’ils étaient mis au courant. Je ne voulais pas les prévenir, mais je n’étais pas en droit de ne pas le faire. Faith avait le regard lointain, à présent. Elle semblait plongée dans ses pensées.

- La voilà, murmura-t-elle.

Aussitôt, je fus debout, sabre et pistolet en mains. Je la suivis, tandis que Savant fis mine de rejoindre son Tardis. Me plaçant devant lui et le titillant de la pointe de ma lame, je susurrai doucereusement :

- Tu ne vas tout de même pas nous faire faut-bond, quand même ?
- Bien sûr que non, s’exclama-t-il, un léger filet de sueur sur le front.
- Tant mieux, m’exclamai-je joyeusement. On va avoir besoin de toi en première ligne.
- En première ligne ? S’étrangla-t-il.
- Je plaisante, mais ton savoir pourrait nous être utile, fis plus sérieusement. Tu ne partiras pas avant de m’avoir aidé à réparer tes erreurs.

Il déglutit et acquiesça. Faith ne nous avait pas attendues. Elle parcourait déjà la ville, mais ses petites jambes ne l’avaient pas emmenée bien loin. Nous eûmes tôt fait de la rattraper. Il y eut un cri de terreur dans une maison, à proximité. Je défonçai la porte et me mis en garde. La grande faucheuse était là, deux corps étendus derrière elle. Elle se jeta sur nous. Savant s’enfuit en courant, tandis que je vidai mon chargeur sur la créature. Les balles, passèrent au travers sans dommage. Lorsqu’elle fut arrivée au corps à corps, je frappai avec le sabre, tout en reculant dans la ruelle. L’étroitesse était à mon avantage, tandis que la créature peinait à se mouvoir. Mais je ne pouvais que me défendre des assauts. Malgré tous mes efforts, je finis par arriver au bout de la ruelle. J’allais perdre l’avantage. A ce moment, un autre cri retentis, derrière la grande faucheuse, qui se retourna. Une femme se tenait immobile les yeux écarquillés en fixant le squelette. Je poussai un soupir frustré : pourquoi les humains étaient aussi impressionnables ? Si elle s’était tût, cela aurait facilité les choses pour tout le monde. Et Faith qui se tenait à ses cotés, ne réussirait pas à tenir la faucheuse éloignée bien longtemps. Prenant appui de toutes mes forces sur mes jambes je bondis au dessus du squelette. Dans une pirouette, je rechargeais mon arme et tirai une unique balle dans son crâne. La balle ricocha, mais cela détournant un instant l’attention de la faucheuse.
J’eus des sueurs froides en voyant la tête se tourner vers moi. Lâchant mon pistolet, je pris mon sabre à deux mains et frappai de toutes mes forces la main qui s’approchait de moi. Le coup repoussa la première menace, mais, dans l’angle mort de mon œil gauche, je ne vis pas le second bras s’avancer. La grande faucheuse attrapa ma jambe et me jeta derrière elle. Je m’écrasai lourdement sur le sol terreux. Je me relevai lentement. J’étais vivant ? Comment était-ce possible ? Le squelette avait attrapé ma prothèse. Je n’avait donc pas été touché. Mais je me sentais quand même un peu faible. J’avais été effleuré, une fraction de mon espérance de vie m’avait été arrachée au passage. Je me retournai. La femme était morte, et la faucheuse avait disparu. Faith s’approchait de moi.

- Tu l’as échappée belle, commenta-t-elle.
- On peut le dire, confirmai-je.
- La grande faucheuse s’est retirée à nouveau. Elle n’attaquera plus dans l’immédiat. On devrait avoir une petite heure de répit.
- Génial…

J’étais courbaturé comme un vieillard. Je ramassai mon pistolet et comptant. Trois victimes. Restait dix ! On devait absolument l’en empêcher. Mais comment ?

- Quatre victimes, déclara Faith.
- Non, trois, rectifiai-je.
- Mon père a été le premier.

Et je n’avais encore pas vu son corps. Passant une main rageuse dans mes cheveux, je réfléchissai à toute allure. La grande faucheuse était bien pire que l’ange pleureur que j’avais affronté par le passé. La voracité de l’ange était limitée par sa capacité à absorber l’énergie temporelle, pas la faucheuse. Tout ce qu’elle touchait était instantanément dépossédé de son énergie vitale. En réalité, compris-je, c’était la même chose. L’énergie vitale était un autre nom pour l’énergie temporelle. Cela correspondait à notre espérance de vie. Et la faucheuse voulait celle de treize personnes. Pas d’animaux, et pas celle de la faille, qui se trouvait sous nos pieds, qui était pure. Il avait besoin d’un élément que les humains seuls pouvaient fournir, mais quoi ? Une empreinte temporelle ! Plus encore que les empreintes digitales, l’empreinte digitale était unique. Même les vrais jumeaux n’avaient pas la même. Les humains étaient suffisamment complexes pour fournir une empreinte puissante (contrairement aux animaux) et celle-ci était assez « souillée » pour pouvoir s’en nourrir. Sur ce point, la faucheuse et l’ange était semblable, mais là s’arrêtait la ressemblance. Je n’avais aucune protection physique pour combattre cette monstruosité. Je poussai un soupir exaspéré, l’heure était venue de mettre les villageois terrifiés au courant de la situation.
Aidé du Savant et de Faith, je fis regrouper tout le village à l’intérieure de la paroisse. Savant, sur mon ordre, et à contrecœur, résuma la situation et sa part d’implication. Les villageois retinrent simplement qu’un démon avait été libéré par la faute du Seigneur du Temps. Ils voulurent le pendre pour le laver de ses péchés, mais je les retins. Quatre personnes étaient mortes dans cette histoire (sans compter Faith). Mieux valait éviter d’attirer la grande faucheuse dans les environs. Surtout qu’il y avait buffet à volonté. Faith se raidit.

- Le village n’est pas complet, réalisa-t-elle Il manque deux personnes.

Deux cris stridents retentirent dehors, puis le silence.

- Tout le monde est là, rectifia Savant d’une voix faible, mais neutre.
- Six victimes, plus que sept, récita Faith.

Pourquoi cela devait-il toujours se dérouler ainsi ? Mon impuissance face à des entités inconnues me rendait malade. Il y eut un léger souffle, à l’intérieur de la paroisse, accompagnée d’une odeur nauséabonde. Je n’eus pas besoin de voir la réaction de Faith pour comprendre ce qui se passait.

- Tout le monde dehors, hurlai-je.

La panique gagna les pauvres villageois. En quelques secondes, la paroisse fut vide, mais trois autres personnes furent touchées par la faucheuse. Armé cette fois de balles explosives, je me tins devant l’entrée et vidai mes deux chargeurs sur le squelette malfaisant. Chaque balle le frappa, le faisant reculer, et je ralentis la cadence. Je ne cherchais pas à le tuer (c’était impossible) mais à le ralentir suffisamment pour que le temps fusse écoulé. Mais fatalement, vins le moment où je tombai à court de munitions. Je déglutis, la partie la plus délicate venait d’arriver. Dégainant à nouveau mon sabre, m’attendant à une confrontation en face à face. Mais, contre toute attente, la grande faucheuse se retira à nouveau. Faith baissa la tête résignée, lorsque deux nouveaux cris retentirent dehors, lointains. Plus que deux. J’étais déjà dehors. Je vis le ciel qui commençait à s’assombrir. Oh non ! Il ne manquait plus que ça. Une traque nocturne avec un village comme gibier. Sans laisser paraître mon pessimisme, j’ordonnais d’installer de torches sur la place principale, à intervalles réguliers de deux mètres. Il fallait qu’elles restent allumés toute la nuit, car c’était notre ultime résistance : soit on survivait, soit le monde sombrait. Et cette fois-ci, mon ordre fut sans appel, personne ne devait s’éloigner. Chaque fois qu’une personne était victime de la faucheuse, elle était isolée du groupe. Celle-ci ne se fit pas attendre. Apparaissant subtilement dans la pénombre, hors de portée de la lumière des torches, elle attendait, provoquant une angoisse grandissante au sein des survivants.
Si deux personnes périssaient de sa main, c’était terminé ! Dans son coin, Savant tremblait. Pas à cause du froid, ni de la peur, mais d’une rage impuissante. Je l’ignorai, il avait été si inutile que c’en était affligeant. Faith me frôla du bout des doigts. Durant ma seconde d’inattention, la grande faucheuse s’était rapprochée. Elle avait changée de stratégie et cela portait ses fruits. Une approche lente et inexorable allait nous faire commettre une erreur, à ce rythme.

- Eliminons les habitants et fuyons, cela empêchera la faucheuse de perdurer sur Terre, déclara subitement Savant, plein d’espoir.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Oubliant totalement les priorités, je me tournai vers lui et le pris par le col. Je n’eus toutefois pas le temps de lui faire connaître mon mode de pensée, car le squelette en profita pour attaquer. Jetant le Savant sur le coté, je bondis à sa rencontre, Faith à mes côtés. L’assaut fut bref, bien que violent. Plutôt que de nous affronter, elle se fraya un chemin entre nous, sachant que la fillette ne pourrait pas le retenir et que je ne pouvais pas le toucher. La faucheuse s’approcha du Savant, toujours au sol, et lui caressa la joue. Ce qui se passa alors fut tellement inattendu que j’en fus surpris. Le corps du Savant se cabra et tous les pores de sa peau expulsèrent de l’énergie temporelle d’une couleur dorée. La brusque poussée de puissance fit reculer la créature, qui se retira à nouveau. Je voulus m’approcher de lui, mais Faith me retint. Je vis alors le corps de l’homme changer. Il devint plus petit, ses cheveux bruns devinrent blonds. Le phénomène s’interrompit subitement et il inspira un grand coup. Se relevant maladroitement, il me sourit. Je devais vraiment avoir l’air choqué, car il déclara :

- Aha ! J’ai enfin réussi à te surprendre.
- Que…
- Les seigneurs du temps peuvent se régénérer quand leur vie s’achève. Selon nos lois, nous sommes autorisés à le faire un nombre limité de fois.
- Douze, déclara Faith.
- Je suis vivant, protesta le Savant.
- Ton ancien toi est mort, car ton empreinte temporelle a été absorbé, cela veut donc dire que, en te régénérant, tu changes également cela. Intéressant…

Et ça l’était. Je ne savais pas encore en quoi, mais ce minuscule détail devait avoir beaucoup d’importance. Le Savant avait été sauvé par sa régénération, mais on ne pouvait plus se permettre de perdre quiconque. Je me tournai vers Faith.

- Je compte sur toi, désormais. Tu es notre dernier espoir.
- Je sais, sourit-elle tristement.

Deux heures passèrent. Plus trace de la faucheuse. Elle n’allait quand même pas abandonner si facilement, si ? Minuit, l’ombre mortelle fit finalement apparition. Face à elle, Faith, moi et Savant. Sa nouvelle personnalité était plus courageuse que la précédente, ou plus suicidaire… Armé d’une torche, il était presque menaçant. Presque. La faucheuse approcha. Faith se jeta à sa rencontre. Elle parvint à la tenir à distance quelques minutes. Mais cela ne suffit pas. Prenant une torche en main, je la jetai sur la faucheuse, à la manière d’un javelot. Les flammes firent reculer le monstre, mais il ne tarda pas à revenir à la charge. Prenant conscience de la faiblesse de la faucheuse, Savant s’avança prestement face à elle, en brandissant sa propre torche. Il parvint à la repousser hors de la place principale. Puis, il tenta de revenir, en marche arrière. Il trébucha sur quelque chose et s’étala sur le sol. La torche s’éteignit. La faucheuse fondit sur lui. Anticipant cette réaction, j’avais déjà lancé deux nouvelles torches sur la faucheuse qui recula juste assez pour ne plus pouvoir atteindre sa proie. Déjà, j’approchai avec une autre torche. A mis chemin, au violent coup de vent souffla, éteignant l’espoir que je transportais. Je regardais le morceau de bois encore fumant, écœuré par la poisse qui nous poursuivait.
La grande faucheuse profita de l’occasion et se jeta sur le Savant. Déginant le couteau qui n’avait jamais quitté ma manche, je le jetai, non pas à, mais sur Savant. La minuscule lame se ficha dans son crâne. Il y eut une onde d’énergie qui repoussa à nouveau la faucheuse, ce qui permit à Faith de lui sauter dessus. Le squelette se débattit, mais en vain. Faith, dont le corps n’était plus soumis aux limites physiques que supportait un cerveau ordinaire, l’agrippait fermement. La confrontation dura plusieurs minutes, puis, brutalement, cessa. La grande faucheuse commença à se volatiliser. Faith absorba pratiquement toute l’énergie vitale accumulée par le squelette, mais une infime portion, celle que j’avais perdue, réintégra mon corps. Epuisé, je m’effondrai sur le sol. C’était fini, enfin ! Faith s’approcha de moi, soulagée et étrangement surprise.

- Merci, me dit-elle.
- C’est toi qu’il faut remercier, déclarai-je. C’est toi qui nous a sauvé, pas le contraire. Tu as repoussé la faucheuse là ou tout le monde aurait échoué.
- Oui…

Puis s’approchant de Savant, toujours étendu sur le sol, face contre terre, elle déclara, de cette voix étrangement surprise :

- Tu l’as tué…
- Il le fallait. La faucheuse allait achever son compte de treize victimes.
- Je t’ai vu, déclara-t-elle. Dans ma vision, tu te précipitais à sa rescousse et tu mourrais à sa place.

Voila qui expliquait pourquoi elle avait tant insisté sur le fait que je devais être prudent.

- C’est la première fois qu’une vision ne se réalise pas, continua-t-elle. Comment as-tu fait ?
- Je réfute le destin. Jamais je ne laisserai qui que ce soit ou quoi que ce soit me contrôler. Même le destin !
- Tu es vraiment…
- S’il te plait, ne dis pas : très étrange.

Elle se contenta de sourire. Je regardai le corps sans vie de Savant, attendant la régénération.

- Il n’y en aura pas, déclara Faith.
- De quoi ?
- Il ne se régénérera pas. Tu l’as tué trop tôt. Son corps ne s’était pas suffisamment stabilisé et le couteau, planté dans son cerveau, a empêché le surplus d’énergie dans son corps de réparer les dégâts.

J’assimilai l’information. Mort ! Le Savant était mort. Juste à cause d’un couteau, alors qu’il avait survécu à la faucheuse. Je le pris dans mes bras, insouciant du sang qui tachait mes vêtements. Pendant des jours, j’avais eu le désir de le tuer, sans savoir pourquoi. A présent, je ne ressentais que du vide. Une victoire, mais qui avait le gout amère de la défaite. Je levai les yeux au ciel. L’aube était encore loin, j’avais l’impression que ces ténèbres étaient sans fin…

Citation:
Les premiers rayons du soleil dévoilèrent l’étendue des dégâts dans la ville de St James. Le combat contre la grande faucheuse avait laissé des marques qui risquaient fort de perdurer longtemps dans les mémoires. Au centre de la place, les douze corps des victimes de la faucheuse avait été allongées sur un bucher funéraire. Parmi elles, il y avait le Savant. Le seigneur du temps que j’avais tué de mes propres mains pour éviter l’accomplissement de la prophétie. Le couteau qui l’avait abattu se trouvait désormais lavé et rangé à sa place. Etant toujours considéré comme étant le frère Marcus, ce fut à moi que revint la tâche du discours d’éloge aux morts. N’étant pas véritablement un prêtre, cela me posa quelques problèmes, mais rien d’insurmontable. Ensuite, je mis feu au bucher, afin de dissimuler les causes véritables de la mort. Faith regarda le corps de son père se consumer à travers les flammes. Pour ma part, je ne savais pas quoi dire pour l’aider à surmonter cette épreuve.

- Ta prédiction s’est révélée plus juste que la mienne, en fin de compte, me confia-t-elle.
- Je viens du futur, répliquai-je. Je connaissais le futur de la Terre. Si l’histoire racontait que la grande faucheuse avait été vaincue, alors j’aurais tout fait pour que cela reste ainsi.
- Ce qui a provoqué un paradoxe dans mes visions. Tu connaissais le passé par ce que tu l’avais toi-même construit à partir de lui. Mes visions, ne prenant pas en compte ce phénomène, ne pouvait pas l’anticiper.
- Certes… Tu sembles épuisée.
- Ce n’est rien. Mon corps n’a plus besoin de repos. Seul mon esprit peine à retrouver le calme. Mes visions sont aléatoires, je ne sais ni quand, ni comment elles vont apparaître. Du coup, cela me perturbe énormément.
- Peut-être devrais-tu restreindre tes pouvoirs.
- Comment ?
- A travers le tarot, par exemple…

Faith sourit.

- En me servant de cartes, je pourrais contrôler mon pouvoir. Et je suppose que tu me proposes cela parce que c’est ainsi que je procède dans le futur.
- Oui.
- L’énergie absorbée par la faucheuse m’a été transmis lorsqu’elle son enveloppe s’est dissoute. L’espérance de vie de onze humains bien portant plus celle d’un Seigneur du Temps. Cela me laisse plusieurs siècles à vivre.

Ce commentaire me fit penser à quelque chose.

- J’aimerai te demander un service.
- Je te le dois bien, répondit-elle en souriant.
- Dans quelques siècles, un homme aura besoin de ta clairvoyance. Il s’appellera Jack Harkness. Pourrais-tu le guider afin qu’il puisse supporter le destin qui l’attend.
- Je le ferais aussi souvent qu’il le faudra.
- Merci.
- Et toi ? Aimerais-tu connaître le destin qui t’attend ?
- Non. Je suis très contrariant de nature. Si tu me dis mon destin, je fuirais. Je l’ai déjà fait trop de fois par le passé, je ne veux plus recommencer.

Ces paroles provoquèrent un écho en moi, datant de la période ou je travaillais encore à Belfast, et un léger frisson me traversa. Faith se contenta de sourire. La jeune fille avait décidé de rester à St James, la future Cardiff, car c’était le centre du monde qu’elle connaissait. Pour ma part, je décidai de finir le travail qui m’incombait. Entrant une dernière fois dans la paroisse, je tentai de pénétrer dans le Tardis. J’en fus incapable. Un rapide scan de sa structure m’appris que l’engin (plus qu’une machine) se mourrait. Il n’allait pas survivre à la mort du Savant. Je ressentis un pointe de culpabilité à cette idée, mais je m’efforçai de ne plus y penser. Prenant le coffre contenant le gant de résurrection, je sortis finalement de la paroisse, avant de me diriger vers le mur isolant la ville du reste du monde. Comme à l’aller, je passai par-dessus et m’éloignai de St James. Je ne partis pas en direction de mon vaisseau, toutefois. Avisant la forêt à proximité du village, je m’y rendis. Après m’être suffisamment avancé dans le bois, je posai le coffre et dégainai mon sabre. Ils ne devraient pas être loin. Après quelques minutes de silence, effectivement, un Weevil approcha prudemment. Il sentait le danger que je représentais pour lui et sa race. Je pris soudain conscience d’où provenait l’image que m’avait montré le Weevil de Cardiff. C’était ici et maintenant. Mon cache-œil métallique était en place, mes vêtements tachés du sang d’un Seigneur du Temps et le sabre en main, menaçant. Mon expression féroce le fit s’agenouiller. Machinalement, je sortis le papier métapsychique.

« Vous être puissant » remarqua le Weevil. « Vous commander, nous obéir. »
- Savez-vous qui je suis ?
« Non, vous être puissant, mais pas connaître vous. »
- Les seigneurs de sang, cela vous dit quelque chose ?
« Moi comprendre. Vous être seigneur de sang ! »
- Non je…

Et voila comment on parvient à une boucle temporelle. Je contemplais, effaré, le résultat de mon futur se répercuter sur mon passé. Tant pis, je continuai :

- Vous autres Weevils, vous avez sentis ce qu’il s’est passé, n’est-ce pas ?
« Oui, deux êtres. Puissants, mais pas vivants. Vous affronter eux ! L’un parti, l’autre abdiqué. »
- Pas exactement. Ils sont comme moi, des êtres puissants, mais eux ne provoquent pas le sang sur leur chemin.
« Mort ! » compris le Weevil. « Eux être seigneurs de mort. »
- Pas les deux, seulement la puissance qui reste. C’est votre seigneur de mort, tout comme je suis le seigneur de sang.
« Quand seigneur de mort et seigneur de sang être réunis, danger imminent ! » déduit le Weevil des évènements.

C’était donc pour cela que le Weevil de Cardiff s’était montré aussi buté sur ce passage. Leur expérience à cette époque les avait menés à cette conclusion. Passant outre, je lui déclarai, ainsi qu’aux autres Weevils qui suivaient la conversation télépathique :

- J’ai une mission pour vous.

Je mettais en évidence le coffre, à coté de moi.

- Je veux que vous gardiez ceci pour moi, expliquai-je. Conservez-le aussi longtemps que possible.
« Oui ! »
- Surtout, ne vous blâmez pas, si jamais quelqu’un vous vole ce coffre. Ce ne sera pas votre faute. Si quelqu’un parvient à vous subtiliser ce coffre, cela signifiera simplement la naissance d’un nouveau seigneur de mort. Avez-vous bien tous compris ?
« Oui ! »

Ce dernier mot résonna avec force et était dédoublé. Cette fois, c’était une réponse commune de tous les Weevils. Hochant la tête, je confiai le coffre à celui qui se tenait toujours agenouillé face à moi. Puis, ayant fini mon travail à cette époque, je me servis de mon manipulateur de vortex pour me téléporter dans le vaisseau. Rapidement, je mis en marche les commandes et propulsai la navette dans l’espace. Alors, seulement, je remarquai la forte odeur de sang qui s’était imprégnée dans mes vêtements, ainsi qu’une horrible migraine. Je retirai mon manteau, et, avant d’aller chercher celui de rechange, je cherchai dans la trousse de secours un médicament pouvant apaiser ce mal de crâne intense. Toutefois, je fus surpris de trouver quelque chose d’aussi banal que de l’aspirine dans un vaisseau spatial. D’une main tremblante, je pris le tube contenant les comprimé. Du regard, je cherchai quelque chose ressemblant à une réserve d’eau, mais en vain. Haussant les épaules, je pris plusieurs cachets et les avalais d’un trait. Puis, je jetai le tube d’aspirine dans un coin et entrepris de trouver mon manteau de rechange. Je ferais le ménage plus tard. Une violente explosion me projeta contre la paroi du vaisseau. Malgré mon étourdissement, je me rendis au poste de pilotage afin de chercher l’origine de l’attaque. Rien. Pas de vaisseau ennemi hostile ou de débris spatiaux. Mais dans ce cas, que s’était-il passé ? Oh non ! Mon manteau préféré était carbonisé par endroit. Chose étrange, les endroits en question avaient toutes été recouverte de sang auparavant. Mais je n’avais toujours pas d’explication à ce qu’il s’était passé. Je vis alors des débris, à coté du manteau. Stupéfait, je vis qu’il s’agissait du tube d’aspirine, ou du moins, ce qu’il en restait. Soudain, un doute horrible m’envahit, était-ce vraiment de l’aspirine et non pas une substance explosive ?
Programmant le manipulateur de vortex, je lançai un scan corporel. Le résultat fut formel, c’était bel et bien de l’aspirine. Dans ce cas, pourquoi cela avait-il explosé ? J’avisai une petite tache de sang, sur ce qu’il restait du manteau. Je scannai sa composition chimique, avant d’y intégrer celle de l’aspirine. Un énorme message d’erreur apparut, me signalant une incompatibilité rendant le contact particulièrement instable. D’où l’explosion. Mais ce sang, d’où venait-il déjà ? Avec ma migraine, qui ne s’était toujours pas apaisé, il me fallut plusieurs secondes pour me rappeler que c’était celui du Savant. Du sang de Seigneur du Temps. Un léger sourire naquit sur mes lèvres. Il n’avait rien de joyeux, toutefois. Au vu de l’explosion produite, il était impossible qu’un Seigneur du Temps puisse se régénérer.. J’avais un moyen plus qu’efficace pour me défendre contre eux, si le besoin s’en faisait sentir. Mais comment me servir de l’aspirine de façon à en faire une arme ? Quelques flashbacks de membres de Torchwood me tirant dessus avec des pistolets à fléchettes me prirent de court. Bien sûr. C’était évident.
En remplaçant le sédatif des fléchettes par de l’aspirine, cela devenait une arme mortelle anti-Seigneur du Temps. Toutefois, un simple pistolet ne serait pas suffisant. Me rappelant le caractère du Savant et la réputation du Docteur (en pensant à lui, une colère sourde et inexplicable m’envahit), il allait me falloir quelque chose de plus gros calibre. Cela me fit penser à un reportage que j’avais vu quand j’étais encore au collège, plusieurs vies auparavant. Un traqueur se servait d’un fusil à lunette pour viser précisément, même à grande distance. Cela lui permettait d’approcher les bêtes sauvage sans risque. Il me fallait une arme semblable. Et je savais à quelle époque en trouver une. Programmant la destination pour 2007, j’enclenchai le manipulateur de vortex. Le vaisseau fit un bond temporel. Toutefois, durant ce saut dans le temps, il y eut plusieurs secousses. Cela n’était jamais arrivé, auparavant. Enfin, sauf une fois… Il y eut une violente embardée, puis le vaisseau se stabilisa. Du moins, c’était l’impression que j’avais. J’inspirai, l’air était humide, avec un je-ne-sais-quoi de de plus. J’ouvris les yeux. A ma connaissance, le vaisseau ne possédait pas de verdure, alors pourquoi avais-je face à moi un arbre qui semblait plusieurs fois centenaire ? Je regardai autour de moi, finalement, il n’y en avait pas qu’un. C’était toute une forêt. Je fis un scan temporel. Je me trouvais bien en 2007, tout comme j’étais bien sur Terre, mais je ne me souvenais pas avoir enclenché de téléportation. Je fis une recherche large, afin de localiser le vaisseau. Il se trouvait juste au dessus de moi, en orbite stable, plusieurs centaine de kilomètres plus haut. L’historique du tableau de bord m’expliqua ma présence hors du vaisseau. Les secousses, ayant été considéré potentiellement destructrice pour le vaisseau, l’Intelligence Artificielle de la navette m’avait évacué d’urgence sur la planète la plus proche afin de me faire survivre. Il fallait que je me penche sur ce problème un peu plus tard, dans l’immédiat, je voulais savoir où exactement je me trouvais.
Qu’est-ce que je fichais en Inde ? Le manipulateur de vortex était formel, c’était bien ma position. Je tentai de me téléporter ailleurs, sans résultat. J’essayai ensuite un bond temporel, mais ce ne fut pas mieux. Agacé, je demandai un rapport d’erreur au manipulateur de vortex.

Action, Voyage Temporel : Impossible.
Raison : Perturbation anormale de la structure temporelle.
Type : Superposition d’une double existence de l’année 2007.


Qu’est-ce que c’était que ce baratin ? Je demandai une traduction plus simple. Le manipulateur de vortex expliquait simplement que, pour une raison inconnue, l’année 2007, sur Terre, avait été dédoublé. Je me trouvais actuellement sur la première bande temporelle, qui, selon l’expert, serait réécrit, d’où la double existence d’une année 2007. Pour cette raison, il m’était impossible d’utiliser la téléportation ou d’effectuer un bond temporel. Je réfléchis à toute vitesse. J’étais déjà arrivé une fois en 2007. J’avais atterris à cette époque par la faille de Cardiff. Si je trouvais une faille, je devrais donc être en mesure de passer outre cette indisponibilité. Car le manipulateur, lors de ses bonds temporels, suit ou remonte le cours du temps. C’était pour ça que j’avais atterris sur la première bande temporelle, plutôt que la seconde. En arrivant du passé, et sans connaître cette particularité, cela ne pouvait être autrement. Si j’étais arrivé du futur, j’aurais atterris sur la seconde bande temporelle, ce qui m’aurait permis d’utiliser pleinement les capacité du manipulateur de vortex. Les failles, elles, ne sont pas des existences temporelles. Elles ne sont donc pas soumises au cours du temps. Elles peuvent s’y connecter comme elles le souhaitent, indépendamment de ces anomalies. De plus, comme cela avait été mon cas, elles réalisent le souhait de ceux qu’elles absorbent, tant qu’il s’agit d’une place dans l’univers, évidemment.
Mais un détail, me fit frissonner. A ce moment là, quand la faille m’avait absorbé, j’étais en danger, et la faille m’avait transféré sur la seconde bande de 2007. Cela voulait donc dire que la première bande temporelle était dangereuse, sur Terre en tout cas. Mieux valait donc ne pas m’y attarder. Si je parvenais à trouver une faille, je pourrais partir, mais ou pouvais-je en trouver une ? Je m’en souvins d’un coup, Torchwood m’avait raconté, longtemps auparavant, qu’il possédait des instituts dans tous les pays ayant été colonisé par la Grande Bretagne après 1879. Or, l’Inde en faisait partie. Il devait donc y avoir un institut pas trop loin. Un rapide scan me permit de trouver ou se trouvait la faille, ce qui fut relativement simple. Puis, je me mis en marche.

’’- Je sais que tu n’aimes pas que j’intervienne dans tes pensées, mais je pense que tu devrais m’écouter.’’

Je soupirai.

« Ce n’est pas que je n’aime pas ça, étant donné qu’il n’existe pas d’autre moyen. J’ai juste horreur d’être dérangé. »
’’- Certes. Mais je pense quand même que tu voudrais savoir que tu as été repéré’’
« Par qui ? » Demandai-je en m’arrêtant net.
’’- Tu ne devrai pas rester immobile. Et c’est quoi, pas qui. Je ne sais pas exactement ce que c’est, mais ce n’est pas quelque chose que la Terre est capable de produire’’

Repoussant un juron, je me précipitai à travers la forêt. Quoi que ce fut, c’était assez dangereux pour que ma voix le signale. Un frisson me traversa de part en part. C’était peut-être assez dangereux pour nécessiter un effacement temporel. Mais qu’est-ce que je fuyais, exactement ? Fuir ? Je refusais de considérer que c’était ce que je faisais. Je n’avais jamais fuis devant qui ou qui que ce fut. De la retraite stratégique, oui, mais la fuite, jamais. Cessant de courir, je grimpai dans l’arbre le plus proche et grimpai jusqu’à la cimes. Je n’y restai pas longtemps, toutefois. Dans le ciel, l’orage grondait. Et il semblait que d’étranges petites sphères voguaient entre moi et les nuages imposants. Il n’y en avait pas beaucoup, une centaine, tout au plus. C’était bien ma veine, me retrouver en pleine orage dans une forêt avec des créatures inconnues au dessus de moi. Inconnues, vraiment ? Une fois de retour sur le sol mousseux de la forêt, je tentai de réfléchir à la raison qui me poussait à penser que je pouvais les avoir déjà vues. La raison fut toute simple. 2007 ! J’ai cessé d’être synchronisé avec le temps en 2010, j’avais donc déjà vécu cette première bande temporelle de 2007. Mais que s’était-il passé à ce moment là ? La mémoire perdu me frappa de plein fouet…

C’était la fin du monde. A travers le ciel, des milliers de sphères tiraient de puissants laser, éliminant quiconque en était touché. Fuyant pour ma vie, je m’abritai derrière un arbre. J’avais peur, vraiment peur. C’était la faute de cet homme. Harold Saxon. Il avait affirmé qu’ils étaient venu en paix. Tout le monde l’avait cru, moi aussi. Mais à présent, il était trop tard. L’une d’elles me trouva, et je tentai de fuir, une nouvelle fois. Je l’entendis rire, derrière moi. Il était heureux de pouvoir chasser une proie aussi divertissante. Mais il se lassa vite. Passant devant moi, il m’obligea à m’arrêter. Lentement, il tourna autour de moi, je n’osai plus bouger, mais je tremblais de peur. Je n’avais que seize ans. Un premier tir, me travers la jambe, un second me perfora l’estomac. Avant même s’avoir eu le temps de m’effondrer, je vis partir un troisième coup, qui me transperça entre les deux yeux…

En sueur, je me relevai. Ces souvenirs m’étaient revenus d’un coup, comme un boomerang. La violence qu’ils dégageaient avaient été telle que je m’étais effondré. Mes joues étaient humide, j’avais pleuré, un peu. Mais brusquement, quelque chose de plus fort naquit en moi. Une rage sourde, celle-là même qui m’avait permis de dépecer un Weevil, il y a si longtemps. A l’époque, cela m’avait pratiquement brisé, de découvrir les ténèbres de mon cœur. Cette fois, en revanche, je l’accueillis avec plaisir. Ils avaient osés me tuer. Pire, ils avaient osés me traquer comme un bête et m’achever comme tel. Les Toclafanes. Tremblant de rage, je scrutai le ciel. J’allais les massacrer. Comme pour me soutenir, un violent éclair s’abattit, à proximité. J’avais rechargé mes armes, pris des recharges et nettoyer les lames de mon couteau et de mon sabre. Un sourire cruel se fixa sur mon visage. Rapidement, je remontai sur l’arbre. Arrivé sur a cime, je pris appui de toutes mes forces et m’élançai dans le ciel. Sous la force de ma cyberjambe, l’arbre craqua fortement, avant de s’effondrer. Je vis une des sphères s’immobiliser. Regardait-elle dans ma direction ? Elle se précipita sur moi, j’en déduisis que oui. Le toclafane tira plusieurs coups de laser.
Pris de court, je les déviai tant bien que mal avec mon sabre, par effet de réflexion. Petit inconvénient, je venais de signaler ma position à tous les ennemis des environs. Non content de devoir en exploser un, j’en avais à présent plus de vingt qui me collaient aux basques et qui me tiraient comme un lapin. En me contorsionnant dans tous les sens, je parvins à éviter les tirs que je ne pouvais dévier, mais un autre problème me titillait. Je venais de sauter à plusieurs centaines de mètres de haut, alors comment allais-je faire pour redescendre sans m’écraser ? Comme pour me presser de répondre, mon saut s’estompa, laissant place à la chute. Hilares, les toclafanes avaient cessés de me tirer dessus pour mieux revenir à la charge. Des shpères dépassaient désormais de nombreuses lames. Pas question d’en percuter ne serait-ce qu’une seule. Les toclafanes me chargèrent.
Mû par un instinct profond, je pris appui de ma cyberjambe sur la sphère la plus proche, avant de m’éjecter plus loin. Plusieurs toclafanes se percutèrent, produisant de grandes étincelles, mais ne subirent aucun dommage. Voyant un mouvement du coin de l’œil, je frappai de toutes mes forces avec mon sabre. La lame percuta un des sphères, mais eut pour seul effet de repousser l’ennemi. Il rigola derechef :

- Tu ne nous auras pas comme ça ! Déclara-t-il. Seule la foudre peut nous abattre, mais nous sommes trop perfectionnés pour nous faire toucher.
- Tu m’en diras tant…

Dans une reprise de volley, je frappai le toclafane avec ma cyberjambe. Le coup le projeta contre une autre sphère, mais cela ne les endommagea nullement. Je pestai, cela allait s’avérer quelque peu compliqué. Un violent grondement dans le ciel me tira de mes réflexions. Dans ma chute, je regardai au dessus de moi, avant de sourire. Je pouvais faire ça, évidemment. C’était fou, insensé et légèrement suicidaire. Lorsque le toclafane s’approcha de nouveau, je me servis une nouvelle fois de lui comme d’un marchepied pour me propulser dans les nuages. L’air vibrait, épais et capricieux qu’il était à ce moment-là. Je vis zébrer plusieurs éclairs autour de moi. Levant à deux mains mon sabre, je laissai la foudre frapper, encore et encore. Je ne m’arrêtai que lorsque ma chute me fit sortir des nuages. Mon corps, sous la tension électrique qu’il hébergeait, tremblait violemment. J’évitais habilement les tirs des lasers toclafanes. Pas question de me faire toucher avant d’en avoir descendu un. Je le vis s’approcher, riant à en perdre haleine (si il en était capable). Le toclafane se précipita sur moi, toutes lames dehors. Il n’y eu pas d’échange de coups.
Dès lors qu’il fut à ma portée, je frappai avec ce qu’il me restait de force. L’impact produisit une unique étincelle, et la foudre, jusqu’alors sotckée dans mon corps, s’abbatit avec puissance sur le toclafane, détruisant tous ses systèmes. Malheureusement pour moi, bien que mon corps fût entrainé à supporter l’énergie électrique, l’effort paralysa mon corps. Je vis donc, impuissant, la sphère morte poursuivre son chemin et perforer mon corps en traversant l’estomac. Je crachai du sang à plusieurs reprises. Les autres toclafanes ne s’approchaient plus de moi, craignant que la foudre ne frappe à nouveau. Ce fut donc ainsi, le corps paralysé et avec un trou dans l’estomac, que ma chute vers le sol se poursuivit. Deux cent mètres. Cent mètres. Cinquante mètres. Les branches des arbres me fouettèrent violement ce qu’il restait de mon corps, me donnant l’impression que ma peau était arrachée, centimètre par centimètre. Puis, il y eut un grand bruit, le monde cessa de bouger, ma colonne vertébrale se brisa, et ce fut le trou noir.

Au cœur de l’esprit, là ou je l’autre ne pouvait pas accéder, je vis toute la scène. Il devait en être ainsi. Puis, l’impact réduisit son corps en une bouillie informe. Aussitôt, l’esprit s’obscurcit, toute vie venait de quitter ce corps. Je jubilai. Il me restait du temps pour reconstruire l’esprit. Tandis que je me mettais au travail, je ne pouvais m’empêcher d’y revenir. Après toute cette attente, son esprit s’était enfin brisé, comme son corps. Il était temps, à présent. Mon règne était sur le point de commencer…




Ps: si Russell T Davies passe par un quelconque hasard par ce merveilleux forum et qu'il est intéressé pour sérialiser ce spin-off, merci de bien vouloir sortir de grosses liasses de billets avant de prendre contact avec moi (non, sérieusement, bonne lecture à tous...)
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MessagePosté le: Lun 9 Jan 2012 - 02:01    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun 9 Jan 2012 - 18:09    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Si c'est jouable, toute l'intrigue autour de la Pandorica, mais en même temps si tu évites je comprendrais, parce qu'il y a tellement de paradoxes (assez épouvantables pour un scénariste) dans cette intrigue. Ou alors, lui faire rencontrer River.
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MessagePosté le: Lun 9 Jan 2012 - 21:52    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Non, l'épisode de la Pandorica n'est pas un problème en lui-même.

En revanche, ce que j'essaye de faire, c'est de créer un scénario crédible, pouvant interagir avec Doctor Who et ses spins off, sans que cela ne modifie l'histoire en elle même. Par exemple, pour l'épisode de la Pandorica, mon personnage n'aurait pas de rôle majeur. Il se trouvera par exemple dans l'armée romaine au moment de l'arrivée de River Song, puis du Docteur, mais sans interagir directement avec l'histoire.

En poussant dans les extrêmes, dans cet épisode, je pourrais éventuellement lui faire tenir le rôle de celui qui a démembré le cybreman dans la grotte. Mais c'est ce que j'expliquais dans ma présentation, il va se retrouver sur les lieux de plusieurs épisodes, mais pas forcément au moment de l'épisode, et rarement en ayant un rôle plus que discret.

En revanche, hors épisode, il est tout à fait possible de faire apparaître des personnages principaux dans ma série, le problème majeure sera de ne pas donner trop d'importance à la rencontre en elle même, car cela perturberait la série.

Donc oui, il est tout à fait possible que River Song apparaissent, et si tu veux, je peux même la faire apparaître enfant ou dans son apparence avant sa régénération.

Et pour les paradoxes, ne t’inquiète pas trop à ce sujet: j'adore ça. Cela augmente la tache de mon défi: créer une fanfiction qui s'insère parfaitement dans l'histoire de Doctor Who et Torchwood (J'ai pas encore eu l'occasion de regarder Sarah Jane Adventure) sans que cela ne fasse apparition forcée sur la série, d'où une apparition mineure dans l'histoire en elle même, sauf si la mémoire des gens est effacé à la fin de l'arc (valable pour la plupart des personnages de Torchwood et de Doctor Who, le docteur mis à part, évidemment).

Pour cette raison, le docteur apparaîtra en infime quantité sous sa dixième et onzième apparence. Pour la neuvième et toutes les précédentes, il y a beaucoup de zones sombres dans son histoire et beaucoup d'épisodes perdus, je pourrais donc créer une histoire plus importante à ces moments là (mais bien sûr avec suffisamment de précautions pour que si jamais mon personnage croise de Dixième ou le Onzième, celui-ci ne le reconnaîtra pas au premier regard (se faire passer pour un membre de la proclamation de l'ombre par exemple...)

Voila pour les informations. Si tu en as d'autres, n'hésite pas. Sache aussi que le premier chapitre ( ou plutôt le prologue ) sera sur le site mercredi au plus tard.

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MessagePosté le: Lun 9 Jan 2012 - 22:25    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

En tout cas, je suis déjà fan de l'idée.
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MessagePosté le: Mar 10 Jan 2012 - 00:32    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Normalement, il est d'usage d'ouvrir un topic pour y poster la fiction. Si ta fiction porte sur plusieurs univers possibles, direction http://doctorwho.xooit.fr/f66-Cross-over-whoniverse.htm

Merci de respecter les règles de présentation énoncées ici : http://doctorwho.xooit.fr/t2069-FanFic-regles-de-presentation.htm#p67827


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MessagePosté le: Mar 10 Jan 2012 - 21:47    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Bonsoir à tous.

Le prologue de la série est arrivé.

Introduction nécessaire avant d'aller plus loin, je me devais de marquer le coup.

Ce prologue nous conduit directement au premier act: "Minuscule face à l'immensité".

De même, je vous annonce officiellement l'arrivée du premier chapitre de cet arc: "L'agence du Temps".

Les spoilers commencent à se faire beaucoup plus nombreux qu'auparavant. Le mieux que je puisse vous dire c'est de regarder à nouveaux tous les épisodes de Doctor Who et de Torchwood.

Sur ce bonne lecture.
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MessagePosté le: Jeu 12 Jan 2012 - 22:39    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Annonce: Le second chapitre de ma série est disponible.

Il s'agit de: "Préhistoire: Il y a 150 Ma"

Et contrairement aux précédents chapitres, cette fois il y a enfin du mouvement...

Mais je n'en dirais pas plus.

Je me contente donc de vous souhaiter une bonne lecture
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 00:32    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Keysapocalypses a écrit:
Non, l'épisode de la Pandorica n'est pas un problème en lui-même.

En revanche, ce que j'essaye de faire, c'est de créer un scénario crédible, pouvant interagir avec Doctor Who et ses spins off, sans que cela ne modifie l'histoire en elle même. Par exemple, pour l'épisode de la Pandorica, mon personnage n'aurait pas de rôle majeur. Il se trouvera par exemple dans l'armée romaine au moment de l'arrivée de River Song, puis du Docteur, mais sans interagir directement avec l'histoire.

En poussant dans les extrêmes, dans cet épisode, je pourrais éventuellement lui faire tenir le rôle de celui qui a démembré le cybreman dans la grotte. Mais c'est ce que j'expliquais dans ma présentation, il va se retrouver sur les lieux de plusieurs épisodes, mais pas forcément au moment de l'épisode, et rarement en ayant un rôle plus que discret.

En revanche, hors épisode, il est tout à fait possible de faire apparaître des personnages principaux dans ma série, le problème majeure sera de ne pas donner trop d'importance à la rencontre en elle même, car cela perturberait la série.

Donc oui, il est tout à fait possible que River Song apparaissent, et si tu veux, je peux même la faire apparaître enfant ou dans son apparence avant sa régénération.

Et pour les paradoxes, ne t’inquiète pas trop à ce sujet: j'adore ça. Cela augmente la tache de mon défi: créer une fanfiction qui s'insère parfaitement dans l'histoire de Doctor Who et Torchwood (J'ai pas encore eu l'occasion de regarder Sarah Jane Adventure) sans que cela ne fasse apparition forcée sur la série, d'où une apparition mineure dans l'histoire en elle même, sauf si la mémoire des gens est effacé à la fin de l'arc (valable pour la plupart des personnages de Torchwood et de Doctor Who, le docteur mis à part, évidemment).

Pour cette raison, le docteur apparaîtra en infime quantité sous sa dixième et onzième apparence. Pour la neuvième et toutes les précédentes, il y a beaucoup de zones sombres dans son histoire et beaucoup d'épisodes perdus, je pourrais donc créer une histoire plus importante à ces moments là (mais bien sûr avec suffisamment de précautions pour que si jamais mon personnage croise de Dixième ou le Onzième, celui-ci ne le reconnaîtra pas au premier regard (se faire passer pour un membre de la proclamation de l'ombre par exemple...)

Voila pour les informations. Si tu en as d'autres, n'hésite pas. Sache aussi que le premier chapitre ( ou plutôt le prologue ) sera sur le site mercredi au plus tard.


Merci pour les soilers

EDIT : Spoiler ajouté
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Dernière édition par Ricardo le Sam 14 Jan 2012 - 13:08; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 01:04    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Désolé.

Mais j'ai dit qu'il ne s'agissait que de possibilités.

Rien n'indique que je le ferais. Après tout, c'est un peu ce que tout le monde fait ici, non ?

On cherche des indices dans la série et on essaye de deviner la suite.

C'est cela mon objectif, réussir à créer une fiction en me basant sur tout ce que je sais de doctor Who et Torchwood.

Je la veux aussi complète que possible. Mais je ne spoile pas vraiment ma fan-fiction. Tout ce qu'elle contiendra peut être trouvé dans les deux séries. Je me contente de creuser un peu plus un sujet qui est beaucoup resté dans l'ombre.
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 01:15    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Pour l'instant je me suis pas du tout senti spoilé, par exemple je n'aurais pas pensé au coup de l'Unité Teselecta dans l'Agence du Temps, ni aux fonctions survie du manipulateur de Vortex, et le chapitre sur les dinosaures on a vraiment l'impression d'y être, c'est un contexte préistorique mais ça fait pas téléphoné, je trouve. Et le coup de Mwyfany, ou de Face de Boe, même si ça c'était un peu plus prévisible, c'est parfait, des petites touches de continuité, mais sans que ça fasse "parachuté" ou envahissant. Pour le moment je suis fan.
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 01:40    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

C'était le but je te signale.

Recouper l'histoire originale en y reformant le puzzle.

Pour l'unité teleselcta, j'avoue que je savais pas trop, au début, mais en y réfléchissant, cela me parraissait logique qu'elle fasse partie de l'Agence du temps. Tout ce que je sais de ces deux là sont pareils: que humains, voyages temporels, influence le passé pour un meilleur avenir, châtie les criminels et j'en passe.

Mais bon, cela n'est peut-être qu'une coïcidence, mais j'aime à penser qu'ils sont ensemble à la base.


Et puis, si l'on peut retracer au passage l'histoire des personnages, pourquoi s'en priver ?

A ce propos, je pense que le prochain chapitre sera bientôt prêt.

Je ne sais pas encore en détail ce qu'il va contenir, mais cela devrait vous plaire.
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 15:40    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Dans le message que je cite, il y a des informations qui ressemble à des soilers si on n'a pas vu la saison 6 (sur River Song).
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MessagePosté le: Ven 13 Jan 2012 - 15:46    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Ah ok, dans ce cas je vais éditer mon message pour éviter le spoil inutile.
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MessagePosté le: Lun 16 Jan 2012 - 13:22    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Annonce: Nouveau chapitre sorti!!!!!!

Ce troisième chapitre se nomme "Présent 5 ans plus tôt: Rencontre avec Torchwood"

Ce chapitre m'a semblé bien long et ce de bien des façons. Il s’agissait d'une étape délicate de l'histoire et je voulais la faire bien.

Mais l'histoire à ce moment là est très complexe et j'ai recommencé intégralement l'écriture du chapitre plus de 3 fois.

Sinon, ce chapitre annonce la fin du premier arc.

La prochaine fois nous commercerons donc un nouvel arc qui fera vraiment commencer l'histoire.
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MessagePosté le: Mer 18 Jan 2012 - 21:30    Sujet du message: Le voyageur de failles Répondre en citant

Annonce: Nouveau chapitre sorti!!!!!!

Premier chapitre du nouvel arc.

J'espère que ça vous plaira.

Les choses sérieuses commencent enfin !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 16:57    Sujet du message: Le voyageur de failles

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