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Master's Rescue

 
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Ahaimebété
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MessagePosté le: Mar 26 Juin 2012 - 19:14    Sujet du message: Master's Rescue Répondre en citant

Après l'avoir relu dernièrement, je me suis dit que ce "vieux" texte n'était pas si mal.


Titre : Master's Rescue

Rating : G

Résumé : Suite à ma mini fanfic "Châtiment" que je remets ici en prologue

Spoilers :End of Time

Disclaimer : Les personnages du Maître et du Docteur appartiennent à la BBC



Citation:
Le cri de rage de Rassilon retentit dans la salle du Conseil des Time Lords. Il jeta à terre son bâton de commandement et regarda the Master qui agonisait sur le sol.

« Hungry » murmura celui-ci, son corps mal ressuscité consommant toute son énergie plus vite qu’il ne parvenait à la reconstituer.

« Combien de temps ? » demanda Rassilon à la Prophétesse.

« Gallifrey chute » « Gallifrey chute » « Gallifrey chute » répéta celle-ci, puis ses longs doigts écartés griffèrent la table. Huit coups de griffes.

« Tu ne t’en tireras pas comme ça, la mort ce n’est pas suffisant ».

Tourné à nouveau vers the Master, Rassilon ramassa son bâton et, s’éloignant d’un pas rapide, il cria :

« Qu’on prépare la Cellule d’Eternité »

Sept mesures de temps plus tard, quelques minutes seulement avant que Gallifrey et la Guerre du Temps ne soit enfermées dans une bulle temporelle infranchissable, un cylindre transparent, à peine plus grand qu’un corps humain, était lancé dans l’Espace temps, grâce au seul trou de ver encore disponible.

A l’intérieur, un homme, habillé de noir, le visage sali, de la salive aux coins des lèvres, regardait de ses yeux déjà vitreux, l’immensité qui s’étendait autour de lui. La Cellule d’Eternité avait suspendu ses fonctions vitales au seuil de la mort. Incapable de bouger, incapable de mourir, mais totalement conscient. Pour toujours.



Citation:
Dans les deux Time Lords venus le prendre pour le mettre dans la Cellule d’Eternité, le Maître reconnait Egron, un ancien camarade de l’Académie. Camarade, pas ami. Le Maître n’a pas eu d’ami à l’académie. Cependant il connait le caractère d’Egron et fait une tentative d’appel à sa bonté.

« Laissez-moi mourir, demande-t-il »

Il leur suffirait d’attendre quelques minutes et la Cellule d’Eternité ne renfermerait plus qu’un cadavre, incapable de souffrir. Il voit Egron hésiter, partagé entre son désir d’obéir aux ordres et sa compassion.

Mais l’autre Time Lord dit « Non » et Egron hausse les épaules. Ils le déposent sans ménagement dans l’étroit cylindre. La souffrance physique jointe au désespoir lui arrache un sanglot réflexe. Fermant les yeux une seconde, comme pour aveugler sa conscience, Egron enclenche le dispositif de fermeture et la capsule est scellée.

« Maintenant, dit Rassilon »

Le verrou temporel commence à fermer toutes les issues. Il reste à peine le passage d’un tout petit objet, un objet à peine plus grand qu’un corps humain, un cylindre transparent qui jaillit dans l’espace-temps en tourbillonnant.

Le Maître commence son voyage dans l’enfer. La cellule va le garder en vie, conscient et ressentant tout pour toujours. Pouvant voir, entendre, sentir la souffrance. Il pourrait aussi sentir les odeurs s’il y en avait dans l’espace ou le gout s’il y avait quelque chose à gouter.

Il sent la douleur de son corps mourant, la faim insatiable qui consume ses entrailles, le froid de l’espace qui le torture sans l’atteindre. Car, à part une super nova ou un trou noir, rien ne peut détruire la Cellule, ni le blesser. Il peut passer à travers un soleil et ressortir intact de l’autre côté. Mais il en ressentira la brûlure tout le temps qu’il y passera.

La Cellule d’Eternité est un châtiment infiniment cruel et qui n’a jamais été utilisée jusqu’alors.

Le Maître hurle sa rage et son désespoir. Hurle intérieurement bien sûr, car il est figé pour toujours dans la position qu’il avait lorsque la capsule a été fermée. Les yeux ouverts, un rictus de souffrance sur son visage sale, un peu de salive au coin des lèvres, les mains crispées sur son ventre. Tout ne se passe plus que dans sa tête.

Des mois il maudit Rassilon et les Time Lords. Puis il s’effondre dans le chagrin, pleurant sur son sort. Pleurant sur l’enfant qu’il a été et dont on a gâché la vie. Du chagrin il bascule dans le désespoir, souhaitant mourir, appelant de tous ses vœux le trou noir qui l’avalera et fera cesser cet enfer. Puis quelque temps, il se résigne.

Toutes ces souffrances morales accentuant ses douleurs physiques, il se met à délirer, à halluciner, voyant des monstres, la peur s’ajoutant au reste pour le torturer. Un temps il régresse quasiment au stade larvaire, ne ressentant plus que des émotions primaires : faim, peur, douleur. Allant aussi loin que possible dans la régression et la folie. Sans aucun exutoire.

Après une chute au fond de l’abîme on ne peut que remonter. Peu à peu il récupère une partie de sa capacité de réflexion. Remonte de l’embryon, de l’être unicellulaire qu’il est devenu, pour retrouver des émotions plus complexes.

Il rebascule pendant un nombre infini de temps dans le cercle infernal des émotions : rage, chagrin, désespoir, résignation. Les unes succédant aux autres. Il passe ainsi des années.



Citation:
C’est pendant un moment où la résignation domine qu’il parvient à trouver une voie différente. Les chiffres ont toujours eu un pouvoir apaisant sur son esprit. Se réciter les décimales de Pi l’a souvent aidé à s’endormir, lorsque le sommeil était difficile à trouver. Pourvu d’une mémoire absolue, il en connait plusieurs centaines de milliers. Il lui a suffit de les lire une fois pour s’en souvenir à jamais.

Cette activité commence à le calmer. Il arrive même à tenir ses souffrances physiques à distance. Elles sont toujours là, mais elles lui semblent avoir moins d’importance. Lorsqu’il arrive au bout du nombre de décimales de Pi qu’il connait, il passe à des équations complexes. Puis à la physique. Peu à peu il rappelle à lui tout son savoir. S’attaque à des problèmes mathématiques non résolus. Cela a été un de ses hobbies autrefois. Il a du temps à l’infini pour s’y adonner maintenant.

Tout le savoir qui se trouve à l’intérieur de sa tête est une immense bibliothèque. Il lui suffit d’y faire appel. Lorsqu’il est las de tenter de résoudre des problèmes mathématiques, il se balade dans tout ce savoir. Non seulement il le retrouve facilement, mais il se rappelle aussi, pour chaque connaissance engrangée, le moment exact et les circonstances. Il se promène ainsi dans sa vie. Certaines parties sont agréables à évoquer. Sa toute petite enfance, les moments d’étude à l’Académie. D’autres le sont moins. Et d’autres encore particulièrement douloureuses. Il évite celles là.

Mais, comme on a tendance à promener sa langue sur une dent qui vous fait mal, son esprit revient sans cesse à ces parties là. Il veut comprendre ce qui a mal tourné. Pourquoi, lui, si doué, a toujours échoué. Pourquoi chaque tentative pour atteindre son but, devenir le Leader le plus puissant de l’Univers connu, a aboutit à un échec pire encore que le précédent.

Le Docteur n’est responsable que d’une partie de ses échecs. C’est même souvent les moments où il a payé le moins cher pour le mal qu’il a fait en poursuivant son but. Alors, quoi ?

Son esprit maintenant occupé à toutes sortes de tâches, il souffre moins. La rage, le chagrin, le désespoir font de temps en temps une réapparition, surtout lorsqu’il se promène dans sa vie et essaye de comprendre ses échecs. Mais il lui suffit de quelques jours de problèmes mathématiques complexes pour retrouver son équilibre.

Il y a un savoir qui l’intéresse particulièrement. Celui concernant les Cellules d’Eternité. La Cellule d’Eternité est un exemple particulièrement brillant de la technologie des Time Lords. Créée au départ pour un usage médical, elle permettait aux médecins de mettre un malade en situation critique, en état de vie suspendue, le temps qu’on trouve un remède à son mal ou simplement le temps qu’on le prépare.

A l’intérieur de la cellule, le malade est enfermé dans une mini boucle temporelle de quelques centièmes de seconde, ce qui suspend la progression de la maladie. Mais les premiers a en avoir bénéficié ont rapporté qu’ils étaient restés conscients et ressentant tout. On endormait donc les malades avant de les y enfermer. On n’est pas parvenu à savoir pourquoi le mental et les sensations restent actifs, alors que le corps est figé dans sa boucle temporelle. Et on n’a pas pu y remédier.

Ce n’est que plus tard que l’objet, en raison de cette particularité, a été détourné dans un but de punition. Mais, jusqu’au Maître, personne n’avait été jugé assez coupable pour la subir.

C’est une étude qui leur a pris quelques jours en dernière année. Lui a voulu en savoir plus et est resté plusieurs mois à lire tout ce qui a été publié dessus, y compris le savoir complexe expliquant son fonctionnement. Cela peut lui être utile maintenant. Il ne sait pas encore comment, mais il compte l’utiliser pour se sortir de là.

Après s’être laissé déborder par ses émotions pendant plusieurs années, puis avoir réussi à occuper son esprit pendant encore quelques années, voila qu’il a un but maintenant. Utiliser ses connaissances et ses pouvoirs psychiques pour se sauver. Mais il ne peut pas le faire seul. Il est figé dans cette cellule, incapable du moindre mouvement. Il a besoin d’une aide extérieure. La seule personne qu’il sait capable de lui apporter cette aide et qui, de plus, aura envie de le faire, c’est le Docteur. Ce n’est pas une constatation agréable, mais il a besoin du Docteur.

Le lieu où il a le plus de chance le de trouver, c’est la Terre, sa planète favorite. La Terre au début du 21ème siècle. Il connait par cœur des milliers de coordonnées spacio temporelles. Et celles de la Terre au début du 21ème siècle en fait parti. La cellule d’Eternité n’a pas de système de propulsion, mais quelque part dans ses « circuits », on peut trouver les coordonnées d’où elle se trouve actuellement et sa vitesse de progression dans l’espace.

Il réussi à visualiser ce lieu et à « voir » les coordonnées actuelles de la Cellule. Par rapport à la Terre, elle est à 1235 années lumières. Autrement dit, très proche en termes de distances spatiales. Il est déjà dans la Voie Lactée. Se concentrant, il substitue mentalement aux coordonnées actuelles de la capsule, celle de la Terre au début du 21ème siècle. Il faut 9 séries de chiffres, 3 pour les coordonnées spatiales et 6 pour les coordonnées temporelles. Patiemment, il continue à faire cette substitution. Dès qu’il relâche son attention, ça revient aux coordonnées actuelles. Puis, il s’occupe de la vitesse. Il faut une vitesse proche de la lumière. Même ainsi, il mettra plus de 1200 ans pour parvenir jusqu’à la Terre.

Cela occupe longuement son esprit. De temps en temps il laisse les coordonnées revenir à la position de la Cellule et constate avec plaisir qu’elle se rapproche de la Terre. Ca marche. Rien qu’avec la force de son esprit il parvient à faire bouger cet objet qui n’est pas conçu pour se mouvoir par lui-même, à le faire bouger à la vitesse de la lumière vers un but bien précis. Puis, cet exercice devient si facile, qu’une partie de son mental se trouve à nouveau libre de réfléchir. Et il a de quoi réfléchir.

Trouver comment ouvrir la Cellule qui, une fois scellée, ne peut plus être ouverte. Et puis trouver comment soigner son corps mourant. Car une fois la Cellule ouverte, il n’aura toujours que quelques minutes à vivre. Depuis sa résurrection ratée, il ne peut plus se régénérer. Sa mort sera une mort définitive. Il a 1200 ans pour trouver une solution.

Ces 1200 années passent plus vite qu’il ne l’a imaginé. Tout son savoir en biologie moléculaire a été nécessaire pour concevoir la « potion de vie » qui tirera à nouveau son corps de la mort. Le produit qu’il a conçu est puissant, très puissant. Il n’est même pas sûr que son corps affaibli le supporte et que ça ne provoque pas sa mort au lieu de le faire revivre.

Puis ce fut le bras de la Voie Lactée où se trouve le système solaire de la Terre. Plus qu’une centaine d’années lumière maintenant. L’impatience commence à le gagner. Tout est prêt dans sa tête. Même le moyen de communiquer avec le Docteur, alors qu’il est incapable de bouger seulement un cil. Il ne peut pas bouger, mais il peut faire bouger la capsule. Il leur faudra s’en tenir aux moyens de communication les plus primitifs. Pour « oui », je fais bouger la capsule, pour « non » je ne fais rien. Et un bête système de Oui jà pour une communication plus complexe.

Enfin, la Terre est là, sous ses yeux. Il a considérablement ralenti la vitesse de la Cellule lorsqu’il s’est rapproché du Système Solaire. Il ne s’agit pas de le rater en passant trop vite. Maintenant, il n’est plus maitre, ni de sa vitesse, ni de l’endroit où il va atterrir. L’attraction de la Terre prend le pas sur la force de son esprit. Il aurait voulu arriver à Londres, la ville préférée du Docteur ou à Cardiff où il vient recharger le TARDIS dans l’énergie de la Faille. Mais ça ne lui est plus possible. Il fini par lâcher prise. Peu importe où il va tomber. Un objet comme la Cellule d’Eternité ne passera pas inaperçu et le Docteur le saura, un jour ou l’autre.



Citation:
Tiphaine se cale le dos confortablement contre le muret. Elle chante à tue tête, à son habitude. Lorsqu’elle était enfant sa mère lui a donné un surnom : Alouette. Elle était alors petite et vive avec des yeux noirs toujours en mouvement et un visage brun et pointu. Et de temps en temps, elle se mettait à chanter comme ça, pour un rien. Le nom lui est resté toute sa petite enfance. Cependant elle préfère maintenant son vrai prénom, Tiphaine. Pour le reste elle n’a pas changé. Elle chante juste un peu moins souvent et surtout moins fort.

Son ordinateur sur les genoux, elle commence à travailler. Elle conçoit et débogue des programmes. Elle est surtout bonne en débogage. L’erreur lui saute toujours immédiatement aux yeux comme une couleur criarde dans un tableau. Elle aime venir travailler sur cette plage en hiver. L’été la foule des baigneurs l’en chasse, mais en cette fin d'hiver elle est déserte.

Tellement déserte que Tiphaine n’y vient qu’avec le chien de son voisin et ami Eric. Ce gros animal, mélange improbable de Beauceron et de grand Caniche s’appelle « Dogs Corporation ». Eric a toujours eu un sens particulier de l’humour lorsqu’il s’agit de donner un nom à ses animaux domestiques. Ainsi son lapin nain a pour nom « Civet ». « Corp. » est un bon gardien et Tiphaine se sent rassurée avec lui. Pour l’instant elle l’entend farfouiller dans les rochers à la recherche de petits crabes qu’il avale cru dans un craquement sec de leur carapace.

Elle vient de trouver et corriger une série d’erreurs particulièrement stupides, quand elle entend Corp. aboyer. C’est un aboiement d’excitation. Elle voit son arrière train aux poils noirs et frisés danser au dessus des rochers. Il essaye de déterrer quelque chose. Le sable vole dans tous les sens. Puis il lève un museau maculé et lance encore quelques aboiements vers elle. Il veut qu’elle vienne voir. Elle se redresse. Une petite pose ne lui fera pas de mal.

Le chien se trouve dans une langue de sable qui avance dans les rochers à partir de la mer. L’objet qu’il tente de désensabler apparait contre ces rochers. Tiphaine saute à côté de lui et se penche sur le curieux bidule. C’est fait d’une matière transparente. Apparemment le bout d’un cylindre dont le reste est encore enterré. Elle aide le chien, poussant le sable mouillé de ses mains d’abord, puis ayant repéré un bout de bois flotté, avec le bois ensuite.

C’est bien un cylindre, planté en biais dans le sable, le bout qui ressort posé sur les rochers. Une surprise l’attend lorsqu’ils ont désensablé une partie plus importante. A travers la matière transparente, elle peut voir la tête d’un homme. Elle redouble d’activité, excitant le chien par des « Allez ! Allez ! Allez ! ». La bouche ouverte d’ébahissement elle contemple bientôt le visage de l’homme et le haut de son torse. Il a l’air d’avoir une trentaine d’années, les cheveux blonds, mais d’un vilain blond artificiel comme une teinture qui a mal tournée. Il a les yeux bruns clairs, ouverts, sans vie et une expression de souffrance. De la salive aux coins des lèvres et une barbe sale de quelques jours complète le tableau. Il porte un sweat noir à capuche avec un T-shirt rouge en dessous. Il a l’air d’un clochard en fait. Ce qui contraste pas mal avec l’objet dans lequel il est enfermé, ce cylindre parfait.

Que faire ? Appeler la police. C’est la seule option. Le soleil d’hiver arrive à son zénith. Mais la nuit tombe vite à cette époque de l’année, juste avant le moment où on arrive aux jours les plus courts. Elle retourne à ses affaires et sort son téléphone. « Je viens de découvrir un corps sur la plage, dit-elle ». « J’envoie une patrouille » répond le fonctionnaire de service.

En les attendant elle se met à chanter une balade celtique, assise en tailleur près du cylindre. Puis, elle essaye de prendre une photo, mais son téléphone refuse de lui transmettre autre chose qu’une image floue. On ne voit absolument pas ce qui se trouve à l’intérieur. C’est comme si l’objet renvoyait trop de lumière. La patrouille arrive une bonne heure après son appel. Quand les flics voient ce qu’elle a trouvé, les choses s’accélèrent brusquement. La nuit est encore loin lorsqu’un 4x4 pourvu d’un treuil vient prendre le cylindre que les policiers ont fini de dégager avec son aide et celle de Corp.

Il est à peine plus grand que l’homme qu’il contient. Et absolument parfait. Malgré les manipulations dont il est l’objet, pas une égratignure ne vient érafler sa surface. «Ce n’est pas du verre » pense Tiphaine. Quand à l’homme, le reste de sa personne confirme ce qu’elle a vu du visage. Il semble une sorte de vagabond, de clochard. Sale, vêtu entièrement de noir, sauf le T-shirt rouge qui dépasse du sweat. Il reste parfaitement immobile, les mains, aux ongles « en deuil », crispées sur le ventre.

On lui a demandé de suivre pour son témoignage. A la préfecture de police, on lui refuse l’entrée des locaux où on emmène la capsule, mais elle insiste tellement qu’un des policiers fini par la mener dans l’atelier de la partie scientifique où est étudié tout ce qui a trait aux enquêtes. Il y a là toutes sortes de véhicules autour desquels s’agitent des hommes portant bleu de travail ou blouses blanches. On a déposé le cylindre dans une partie libre et il commence déjà à être catalogué, tandis que la première description en est faite par un des policiers scientifiques.

Dans un petit bureau attenant, elle fait sa déposition, mais elle a du mal à se concentrer sur ce qu’elle dit, son regard revenant toujours sur le cylindre qu’elle aperçoit à travers la vitre. Lorsqu’elle a fini, au lieu de partir, elle s’approche des deux scientifiques qui tournent autour du curieux objet et semblent plus que perplexes. Elle leur répète son histoire en détail, ajoutant à la fin : « ça n’est pas du verre, n’est-ce pas ? ».

« Non, dit l’un d’eux, ni du cristal, ni aucune matière que je connais »

L’autre homme essaie de prendre des photos et Tiphaine l’entend pester. « Qu’est-ce qu’il a ce bon dieu d’appareil ! ? » Tiphaine sait ce qui se passe. Il ne parvient pas à prendre la photo de ce qui se trouve à l’intérieur du cylindre. Tout comme la fonction photo de son portable, le super engin de la police scientifique est impuissant à capturer l’image de l’homme. Tout le monde semble avoir oublié qu’elle n’a rien à faire là.



Citation:
L’objet est intéressant, mais elle s’intéresse bien plus à ce qu’il contient. Elle étudie en détail le visage. Elle regarde surtout les yeux. Ils paraissent morts, sans expression, mais elle ressent quelque chose de plus. Bientôt l’apparent contraste entre la sophistication du contenant et la grossièreté du contenu ne lui parait pas aussi évident. Une pensée lui vient : « Il est vivant, il est vivant et il nous voit et nous entend ». C’est stupide, elle le sait, mais elle ne peut empêcher cette pensée.

« Hello, dit-elle dans un murmure, qu’est-ce que je peux faire pour toi, comment je peux t’aider ? » Un mot se forme dans son esprit « Docteur ». Oui, bien sûr il a besoin d’un docteur, il n’a pas l’air très en forme. Mais d’abord comment le sortir du cylindre ? « Docteur ». Puis « Le Docteur ». Elle demande « Un Docteur ? ». « LE Docteur ». Elle secoue la tête. Quelle est cette pensée têtue qui vient et revient sans cesse ?

« Le Docteur ? demande-t-elle »

« Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur, Le Docteur »

Elle est si troublée par cette pensée qui semble marteler l'intérieur de son crâne, qu’elle s’enfuit presque, rentrant chez elle à toute vitesse.

Une fois dans la sécurité de son appartement, elle se branche sur Internet et fait une recherche. « Le Docteur » ne donne rien qui lui parait en rapport avec l’homme enfermé dans son cylindre. Finalement elle fait une recherche en anglais « The Doctor ». Le « The » parait important. Là elle tombe sur des résultats plutôt curieux. Ce n’est pas dans les premières pages où on voit surtout des textes consacrés à la médecine. A la quatrième page de recherche, elle trouve des mentions d’un Doctor qui semble une sorte de personnage mythique. Il est mentionné dans des blogs, sur des articles de journaux, certains même assez anciens.

Pas d’image par contre. Elle ne sait pas à quoi peut ressembler ce Doctor. Mais elle se demande s’il ne s’agit pas plutôt de plusieurs personnes. Comme une sorte de tradition reprise par des farfelus. Les phrases les plus citées à son propos sont « Il a sauvé la planète », « Le bon médecin », « Notre éternel sauveur ». Certains bloggeurs disent l’avoir rencontré et en font une description qui est chaque fois différente, ce qui lui confirme qu’il s’agit de plusieurs personnes. Une sorte de club de gens qui se prennent pour des super héros ?

Elle finit par écrire à plusieurs des personnes qui disent avoir rencontré ce fameux Doctor. Elle n’a qu’une seule réponse et c’est un imposteur. Il n’a jamais rencontré le Docteur, juste entendu parler de lui. Cependant il lui donne quand même un renseignement utilisable. Associé au Docteur existe, parait-il, une organisation internationale, une organisation militaire, plus ou moins secrète, chargée des phénomènes étranges qui arrivent sur la planète. L’UNIT. Recherche sur l’UNIT. Pas de résultat. Elle n’a plus d’option.

Elle se couche avec la sensation de la défaite. Depuis plusieurs jours elle cherche. Elle n’a plus accès au cylindre, on lui refuse l’entrée, ce qui est normal au fond. Elle n’a rien à faire dans les locaux de la police scientifique. Ses recherches ont abouties à une impasse. Elle a négligé son boulot et son employeur du moment est mécontent. Demain elle se remettra au travail et cessera de poursuivre cette chimère. Cela restera un curieux incident dans sa vie et puis c’est tout.



Citation:
Elle est réveillée à six heures du matin par des coups frappés à sa porte. Encore ensommeillée elle enfile une robe de chambre par-dessus sa chemise de nuit et s’apprête à demander qui frappe chez elle si tôt, lorsque la porte s’ouvre sans qu’elle y touche. Un groupe de cinq soldats à bérets rouges entre chez elle et l’entoure si rapidement qu’elle n’a pas le temps de dire quoi que ce soit. On la fait assoir à sa table en la maintenant comme si elle était une criminelle. Le cœur battant, morte de peur, elle tremble de tous ses membres. Elle remarque cependant que les mains qui la manipulent le font avec douceur et cela la rassure un peu.

Une femme vêtue de ce même uniforme à béret rouge arrive et lui sourit. « Désolée de la brutalité de l’accueil, lui dit-elle, c’est la procédure » Puis elle ajoute « Café, thé, vous avez faim ? ». Tiphaine sent la colère l’envahir, cependant elle ne s’y laisse pas aller, ça ne servirait à rien. Elle ferme les yeux, respire profondément et dit « Thé, avec quelque chose à manger, je veux bien ».

La femme attend qu’elle se soit un peu restaurée avant de commencer à parler. « Je vous dois des explications, dit-elle » « Et comment ! » répond Tiphaine sentant la fureur l’envahir à nouveau. « Vous avez fait des recherches sur deux mots qui déclenchent automatiquement une alerte : Doctor et UNIT » Oh, c’est ça ! « Pourquoi cette recherche ? » Tiphaine raconte alors sa curieuse découverte et sa « communication » avec l’homme enfermé dans le cylindre. « Vous devez me prendre pour une folle, ajoute-t-elle » « Quand on travaille à l’UNIT, surtout depuis plusieurs années comme moi, on ne prend personne pour un fou ».

Puis elle dit « Si vous voulez bien, nous vous contacterons de nouveau ». Elle ajoute « Inutile de vous dire de garder un secret absolu là-dessus, mais je sais que vous le ferez, vous n’avez pas l’air du genre à vous répandre en bavardages ». Tiphaine approuve de la tête. Elle se sent soulagée, à la fois parce que finalement elle a eu un résultat, mais aussi parce qu’un instant elle a eu peur de disparaitre de la surface du globe sans que personne ne sache jamais ce qui lui est arrivé.

Il s’écoule six semaines avant qu’elle entende à nouveau parler de l’UNIT. Cette fois ci, le contact est moins brutal. La femme qu’elle a rencontrée lors de la première fois vient la trouver, en civil. Son tailleur cependant a presque l’air d’un uniforme. Elle l’invite à venir avec elle, si elle peut. Tiphaine est sur une commande importante et pressée, mais elle aurait laissé tomber son futur mari au pied de l’autel si cela avait été nécessaire. Elle emporte juste son ordinateur au cas où elle pourrait travailler un peu.

Les locaux dans lesquels on l’emmène, après un voyage en jet privé, sont dans un banal immeuble de bureau, dans une ville qu’elle ne reconnait pas et rien ne semble distinguer la société UNITED de toutes les autres qui occupent l’immeuble. Sauf que toutes les personnes qui travaillent là ont l’air de militaires en civil. On la guide à travers de nombreux couloirs et diverses pièces vers une grande salle au plafond très haut (elle doit avoir la hauteur de trois étages) toute blanche et bondée d’objets tous plus curieux les uns que les autres. Mais son regard est immédiatement attiré par un cylindre de matière transparente, posé sur un berceau métallique lui-même fixé à une estrade de bois peinte en blanc.

L’homme est toujours à l’intérieur, toujours dans la même position.

« Nous avons tout essayé pour l’ouvrir, explique la femme, abrasion, acides, explosions, mais rien ne l’a entamé, ni même seulement abîmé, pas une éraflure, rien.

-Il semble que vous puissiez communiquer avec lui, ajoute-t-elle.

-Oh, je ne sais pas. J’ai eu ce mot de « Docteur » qui m’est venu à l’esprit, mais rien ne dit que j’ai vraiment communiqué.

-Voulez vous essayer ?

Tiphaine se penche sur le cylindre.

-Hello, dit-elle, puis elle se tait. Elle se sent ridicule de parler à cet homme immobile sous le regard attentif de la femme. Celle-ci comprend et s’éloigne.

-Je vous laisse, dit-elle.

Mais Tiphaine ne trouve rien d’autre à dire que :

-Désolée, je n’ai pas trouvé le Docteur.

A nouveau le mot se forme dans son esprit.

Tiphaine rappelle la femme qui discute dans un autre angle de la pièce.

-Tout ce que je ressens c’est toujours ce même mot : Docteur. Il n’y a que ça qui me vient à l’esprit quand je suis près de lui.

-Malheureusement, il ne semble pas être sur Terre en ce moment. Nous n’avons pas pu le joindre.

-Oh, il existe donc vraiment ? Qui est-ce ?

-Une sorte de … consultant scientifique.

-Vous dites qu’il n’est pas sur Terre. C’est un extra-terrestre ?

-Je ne peux pas vous en dire plus, c’est un secret-défense.

Puis elle ajoute :

-Je vous raccompagne.

-Si ça ne vous dérange pas, j’aimerais rester un peu.


Citation:

Elle prend une chaise et s’assoit près du cylindre. Après quelques minutes, elle ouvre son ordinateur et se met à travailler à sa commande. De temps en temps elle lève les yeux vers l’objet, attendant que quelque chose se passe, mais non, rien, et elle reprend son travail. Lorsqu’elle a terminé une partie du logiciel qu’elle crée pour une société de gardiennage, elle relit ce qu’elle vient de faire et aperçoit pas mal d’erreurs grossières. Le genre d’erreurs qu’elle ne fait jamais. Elle fronce les sourcils et corrige. La présence de cet homme la perturbe manifestement. Elle relit encore une fois et pousse un petit cri de frustration. Elle vient de refaire les mêmes erreurs. Des chiffres faux, alors que le calcul est si simple.

Nouvelle correction. Nouvelle relecture et à nouveau les mêmes erreurs. C’est vraiment bizarre, elle tape toujours un 5 à la place d’un 0 au même endroit, puis un 7 pour un 4 et ainsi de suite. Elle copie les chiffres faux et les aligne sur une page de traitement de texte vierge. Que veulent dire ces chiffres ? Elle ne fait jamais d’erreurs, jamais de ce genre en tout cas. Taper un chiffre pour un autre, c’est comme taper une mauvaise note pour un pianiste professionnel. Ca peut arriver par distraction … une fois, mais pas trois fois de suite.

Elle prend son téléphone et regarde la ligne de chiffres. Et si c’est un numéro de téléphone ? Ce n’est pas un numéro conventionnel, mais ça peut être un numéro de téléphone. Elle compose la ligne de chiffres et appuie sur la touche « envoyer ».

-Hello, lui répond une voix fraiche, après trois sonneries.

-Docteur ? demande-t-elle

-Lui-même, qui êtes-vous ?

-Tiphaine

-Oh, joli nom, que puis-je pour vous Tiphaine et comment avez-vous eu le numéro du TARDIS ?

-Il y a quelqu’un près de moi qui semble souhaiter vivement vous rencontrer.

-Oh, bien. Passez le moi.

-C'est-à-dire que … il ne peut pas vous parler, il est en quelque sorte … coincé.

-Vous parlez bien mystérieusement, Tiphaine. Comment avez-vous eu le numéro du TARDIS ? Très peu de personnes le connaissent.

-C’est difficile à expliquer comme ça, pouvez vous venir ?

-Volontiers, où êtes vous ?

-Je ne sais pas vraiment en fait, dans des locaux de l’UNIT, dans une salle où sont entreposés toutes sortes d’objets bizarres.

-Quels locaux, ils en ont plusieurs.

-Une société qui s’appelle UNITED dans un immeuble de bureaux, mais je ne sais pas quelle ville.

-Je vois où c’est. J’arrive.

Tiphaine raccroche et lève la tête. Elle aurait voulu dire qu’elle a enfin pu joindre le Docteur, mais la salle est vide. C’est l’heure du repas et tout le personnel a déserté la pièce. Elle referme son ordinateur ne se sentant plus du tout capable de se concentrer sur son travail. Elle va enfin rencontrer le fameux Docteur. Elle s’approche du cylindre et dit « Il arrive ». C’est inutile bien sûr, soit il a entendu la conversation comme elle le soupçonne, soit il ne peut rien entendre et dire ça est stupide.

Un bruit bizarre se fait entendre. Elle a curieusement l’impression de l’avoir déjà entendu et sent une grande joie. Puis elle comprend que ce ne sont pas ses sentiments à elle qu’elle éprouve, mais ceux de celui qui est enfermé. Devant ses yeux stupéfaits, quelque chose apparait, une sorte de cabine en bois bleue, plus grande qu’une cabine téléphonique, avec les mots « Police Box » écrit sur un panneau noir en haut, une lanterne clignotante sur le toit et des petites fenêtres en verre translucide. Une porte s’ouvre en grinçant sur un des côtés de la boite et un homme en sort. Un homme de grande taille, plutôt mince, une tignasse de cheveux ébouriffés roux foncés couronnant une tête sympathique aux éclatants yeux bleus.

« Hello, dit-il »

Mais son attention se reporte immédiatement sur le cylindre. Il s’en approche et son regard devient sérieux.

-Oh, Maître, dit-il, ils ont osés !

-Pause repas, constate-t-il, en regardant autour d’eux, nous ferions bien d’en profiter.

Il rentre dans la boite et en ressort presque aussitôt avec quatre objets rectangulaires qu’il ventouse sur le cylindre, un à chaque bout de chaque côté. Puis il manipule une sorte de télécommande et le cylindre s’élève de quelques centimètres quittant le berceau d’acier sur lequel il reposait jusqu’à présent. Un bout de langue sortant entre les lèvres, le Docteur dirige l’objet vers la porte de la cabine. Le cylindre cogne contre le bord gauche de la porte. Le Docteur corrige la trajectoire en disant « Désolé ».

Puis lorsqu’il a entièrement disparu à travers la porte (« comment est-ce possible, la cabine est beaucoup trop petite pour qu’il y entre à l’horizontale »), le Docteur franchi la porte à son tour. Puis il se tourne vers elle et dit.

-Vous feriez bien de venir, vous aurez du mal à expliquer sa disparition aux petits gars de l’UNIT.

Tiphaine entre dans la boite elle aussi et reste le souffle coupé. Derrière les portes en bois bleu c’est une immense salle en coupole, éclairée par une belle lumière dorée. Toutes sortes de trucs et de machins, dont elle ne comprend pas la fonction, pendent de partout et au centre une sorte de console de commande avec des cadrans et des boutons est reliée au sol et au plafond par une colonne lumineuse d’un vert bleuté. Le sol grillagé laisse voir de nombreux autres niveaux par en dessous.

-Oui, je sais, plus grand à l’intérieur, je n’ai pas le temps d’expliquer maintenant.

Il a déposé le cylindre près de la console et s’active autour de celle-ci, criant un « Tenez vous bien » une seconde trop tard alors qu’une secousse fait tomber Tiphaine à quatre pattes sur le sol. Elle s’accroche à une rambarde qu’on a grossièrement enveloppée de mousse à matelas et reste assise jusqu’à ce que les secousses se calment. Elle réfléchit au « plus grand à l’intérieur » et la seule solution qui lui vient, c’est que l’intérieur de l’engin se trouve dans un lieu différent que l’extérieur. C’est stupide bien sur et impossible, mais depuis sa découverte du curieux cylindre transparent sur la plage, sa vision de ce qui est possible ou pas a bien évoluée.

Le bruit étrange qui a retenti lors de l’arrivée de la curieuse boite dans la salle de l’UNIT s’élève à nouveau et dans une dernière secousse l’engin s’immobilise. Le Docteur s’assoit en tailleur près de la capsule et, s’adressant à l’homme à l’intérieur, il dit :

-Ok, vieux frère, voyons ce que nous pouvons faire pour te sortir de là. Puis, il ajoute avec un petit rire : comment tu es arrivé jusqu’ici, je n’en sais rien, mais ce vieux Rassilon t’a sous estimé on dirait.

Puis il lève la tête vers Tiphaine :

-Il communique avec vous.

Elle est venu s’assoir de l’autre côté. Elle secoue la tête :

-Pas vraiment, enfin, pas une communication télépathique comme je l’imaginais.

-Oubliez tout ce que vous savez sur la télépathie, oubliez tout ce que vous savez sur tout en fait. Il vous a communiqué mon nom et le numéro du TARDIS. On doit pouvoir « parler » avec lui par votre intermédiaire.

Une idée se forme dans la tête de Tiphaine « trop fatigant, demande beaucoup d’énergie mentale ». Elle le dit à haute voix.

-Bien, autre chose alors ?

« Oui, non, oui jà »

-D’accord, mais comment faire le « oui » ?

Le cylindre bouge légèrement.

-Bien sûr ! « Oui », tu fais bouger le cylindre, « Non », tu ne fais rien, et aussi bouger quand j’arrive à la bonne lettre pour le « oui jà ».

Le cylindre bouge à nouveau.

-Ca va prendre du temps, mais c’est sans doute la méthode la plus simple.

Le Docteur se tourne vers Tiphaine.

-Je vais avoir une longue discussion avec lui, mettez vous à l’aise. Il y a des chambres, des salles de bain, une cuisine, de quoi se changer. La porte derrière vous. Et ne vous inquiétez pas si les couloirs vous paraissent un peu compliqués, le TARDIS vous ramènera toujours ici.

Elle se lève et sort par la porte indiquée. Derrière elle, le Docteur a commencé à parler dans une langue inconnue. Elle ouvre les portes au fur et à mesure qu’elle les rencontre et trouve toutes sortes de pièces derrière. Certaines sont des chambres ou des salles de bain, d’autres ressemblent à des débarras, encombrées d’un fatras d’objet divers. Elle trouve la cuisine. Puis entre dans une immense garde-robe à plusieurs niveaux. Elle y reste un moment choisissant quelques vêtements pour se changer.

Puis elle explore les chambres et en choisit une, assez petite, qui ressemble à une chambre d’enfant, avec une fenêtre à tabatière au plafond. Elle a toujours rêvé de ce genre de chambre. A travers la vitre, on voit les étoiles et une planète brillante. Elle reprend son exploration après avoir laissé son ordinateur sur le lit. Traverse une salle qui ressemble à une cathédrale, puis se retrouve dans une immense bibliothèque aux rayonnages se perdant dans la brume vers le haut. Au centre un bassin bien plus long que large avec des échelles descendant dans l’eau.

« Une piscine, songe-t-elle, surprise, mais ravie. Quelle excellente idée une piscine dans une bibliothèque ! » Finalement elle souhaite revenir à la salle principale et, après avoir emprunté deux corridors, elle y débouche. Le Docteur, toujours assis, parle avec cette langue inconnue et griffonne sur un carnet. Elle jette un coup d’œil à ses gribouillages. Ca ressemble plutôt à des croquis qu’à des notes.

-Où sommes-nous, demande-t-elle, j’ai vu des étoiles et une planète très brillante par la fenêtre de ma chambre.

-Une des lunes de la planète Diamant, une planète faite d’un seul gros diamant. Un lieu très tranquille.

Elle hoche la tête et va s’assoir sur un des sièges qui se trouvent près de la console. Puis elle ouvre son ordinateur et se met au travail tout en fredonnant une chanson des Beatles. Le bourdonnement régulier de la voix du Docteur ne la gêne pas pour se concentrer. D’autant plus qu’elle ne comprend rien à ce qu’il dit. Deux heures plus tard, elle s’étire. Fini. Mais comment envoyer son travail à son patron ? Pas d’accès à l’Internet de la planète Terre ici. Elle ne peut s’empêcher de sourire. Elle commence vraiment à penser différemment. Le monde n’est plus qu’une toute petite partie de l’Univers. Ce qu’il a toujours été, mais elle en a tellement conscience maintenant.

A ce moment le Docteur se lève. Il passe à côté d’elle rapidement et elle doit l’attraper par la manche pour attirer son attention. Elle lui explique son problème et il lui dit :

-Oh, c’est rien ça, attend.

Sortant un instrument de sa poche, il le dirige vers son ordinateur et un « bzzz » aigu retenti.

-Accès Internet Universel, annonce-t-il. Tu peux communiquer partout. Donne-moi ton téléphone, je vais te donner accès au réseau aussi.

Puis le lui rendant « Tu peux appeler ta famille ou tes amis. »

-Merci, dit-elle

Mais il est déjà parti en disant « J’ai du travail ».



Citation:
Elle vient s’assoir près de la capsule. Elle se sent intimidée tout à coup. Elle savait déjà que cet homme n’était pas ce qu’il paraissait être, cette sorte de clochard aux vêtements sales. Elle en a la confirmation depuis que le Docteur est apparu et ça l’impressionne. D’abord savoir son nom.

-On peut faire le système du « oui jà » pour que tu me dises ton nom ?

Mouvement du cylindre. Elle commence à citer les lettres de l’alphabet. A « T » la capsule bouge. Elle continue ainsi jusqu’à ce qu’elle obtienne les mots « The Master ». Curieuse façon de s’appeler. « The Doctor », « The Master ».

-Tu veux que je te lise quelque chose, il y a une grande bibliothèque ici.

« Oui »

Elle gagne la bibliothèque, mais est rapidement déçue. La plupart des livres sont couvert de ces sortes de schémas qu’elle a vu faire au Docteur. Mieux construit que ses gribouillis, mais dans le même genre. Finalement, à force d’errer dans les rayonnages elle voit un panneau écrit « Earth ». C’est essentiellement des livres en anglais. Enfin, elle arrive à toute une longue rangée de livres en français. Elle choisi un Victor Hugo qu’elle aime particulièrement, « Notre Dame de Paris » et regagne la salle principale.

Posant un coussin, pris dans sa chambre, sur le sol, elle s’y assoit, adossée contre la console centrale et commence sa lecture.

« Il y a aujourd’hui trois cent quarante huit ans … »

Une longue période débute, rythmée par le sommeil qu’elle va prendre dans sa chambre, les repas dans la cuisine, le travail qu’elle poursuit, quelques conversations avec sa mère à qui elle a dit qu’elle partait quelques jours chez une amie à la campagne. Le Docteur surgit de temps en temps du laboratoire, de plus en plus ébouriffé, les vêtements en désordre. Il s’installe pour une longue conversation avec le Maitre, puis repart au galop. Voyant son visage devenir de plus en plus fatigué, Tiphaine lui intime l’ordre un jour de se reposer.

Il finit par entendre la voix de la raison et revient reposé, à nouveau coiffé et avec des vêtements propres. Il regagne le laboratoire. Elle le suit, curieuse de le voir travailler. Mais elle reste sur le seuil. Il y a un tel désordre dans cette pièce qu’elle craint de marcher sur quelque chose d’essentiel en faisant ne serait-ce qu’un seul pas à l’intérieur. Elle le voit se déplacer au milieu de ce fouillis. Il a l’air d’une danseuse de ballet, posant la pointe des pieds entre une rangée de tubes à essais et une pile de notes, puis entre un instrument à l’aspect fragile et plusieurs gros bouquins à l’apparence très ancienne. Elle sourit et retourne faire la lecture au Maitre.

« … Quand on voulu le détacher du squelette qu’il embrassait, il tomba en poussière. »

Fin de « Notre Dame de Paris ».

Elle poursuit ses lectures avec « Les Misérables », puis « L’homme qui rit ». Après Victor Hugo, elle décide de passer à Shakespeare. « Macbeth », « Julius Caesar », « Othello » se succèdent. Elle ne comprend pas toujours ce qu’elle lit, mais le Docteur lui confirme au passage qu’elle lit correctement le vieil anglais.



Citation:
Elle ouvre tout juste « King Lear » lorsque le Docteur surgit, annonçant triomphalement qu’il a fini. Cette fois ci leur conversation « oui, non » se déroule en français pour que Tiphaine puisse la comprendre. Elle tourne essentiellement autour du protocole qu’ils vont suivre pour l’ouverture de la capsule. Pour la desceller Le Maitre sait comment faire et il va s’en charger. Ensuite tout dépendra du Docteur et de Tiphaine.

Ils ne vont avoir que quelques minutes pour réagir. Il faudra faire vite. Le produit préparé par le Docteur doit se répandre le plus rapidement possible dans le corps du Maitre. La seule manière est de l’injecter directement dans les deux cœurs en même temps. Il faut donc être deux pour le faire. Tiphaine comprend qu’elle va devoir enfoncer une grosse aiguille dans le torse du Maitre, directement dans un de ses deux cœurs.

-Je ne pourrais jamais, décrète-t-elle.

-Ce n’est pas le moment de paniquer, il a besoin de nous deux.

Que répondre à ça ? A part « D’accord, je vais le faire ».

Ils répètent les gestes à faire, une fois la capsule ouverte. Soulever le sweat et le T-shirt, passer le désinfectant sur le torse, enfoncer les aiguilles, injecter le produit. Le tout en moins d’une minute. Le Docteur lui a montré sur sa propre poitrine l’endroit exact où elle devra opérer. Elle prend le coeur droit, lui se chargera du gauche. Elle s’installe confortablement, tout à porté de main.

-Tu es prête ?

-Non, dit-elle, mais allons-y quand même.

-Maître, à toi.

Pendant quelques instants il ne se passe rien. Puis tout à coup, le haut du cylindre disparait. Il ne glisse pas sur le côté ou ne se soulève pas, non, juste … il n’est plus là. Un gémissement indique que le Maitre n’est plus coincé dans sa boucle temporelle et qu’il peut à nouveau exprimer sa souffrance.

-Maintenant, dit le Docteur.

Ensemble, ils soulèvent les vêtements, passent le linge désinfectant sur le torse sale. Tiphaine se concentre sur le point précis où elle devra piquer, se refusant à laisser son imagination vagabonder.

-Maintenant.

Les deux aiguilles s’enfoncent ensemble, leur longueur a été calculée pour qu’elles arrivent exactement au bon endroit. Appuyer sur le piston de la seringue. Le gémissement s’est transformé en cri.

-Allez, continue, te laisse pas impressionner.

C’est terminé. Elle retire l’aiguille, essuie la petite goutte de sang qui perle avec le même linge désinfectant. Il n’y a plus qu’à attendre. Le Docteur lui donne une petite tape sur l’épaule.

-Bravo, dit-il, c’était parfait.

Le Maitre a cessé de crier et il a maintenant les yeux fermés. Sa respiration est saccadée. Il avale sa salive convulsivement, comme si quelque chose obstruait sa gorge. Le Docteur, avec un calme que Tiphaine lui envie, enlève tout ce dont ils se sont servit. Elle reste avec le Maitre le temps qu’il débarrasse. Lorsqu’il revient, il traine un matelas derrière lui.

-On va l’installer plus confortablement, dit-il.

Tous les deux ils le sortent de la capsule et l’allongent sur le matelas.

-On fait quoi maintenant ?

-On attend, on voit ce qui se passe.

Puis il ajoute :

-Je n’ai pas voulu t’en parler avant pour ne pas te décourager, mais il est loin d’être tiré d’affaire. Ce produit que nous lui avons injecté peut aussi bien le tuer que le sauver. Il va falloir être là tout le temps dans les jours qui viennent.

Quelques minutes se sont écoulées et le « malade » semble tout à fait bien. Il respire calmement, a l’air de dormir. Tiphaine se dit que le Docteur a été trop alarmiste.

Au bout de quelques minutes elle trouve que son visage est plus coloré, ce qui lui donne plutôt meilleure mine. Une goutte de sueur coule le long de sa tempe. Il s’agite. Ses mains tirent sur son sweat comme s’il essayait de l’enlever sans en avoir la force. Il devient de plus en plus rouge. Pas seulement son visage, mais aussi ses mains. La sueur coule maintenant en abondance. Elle touche son front et il est brûlant.

Le Docteur se lève d’un bond et dit gaiement avant de quitter la salle de contrôle en courant :

-Je savais qu’il me serait utile un jour !

Il revient en portant un cube de 20 cm de côté jaune vif.

-Icemaker vénusien, dit-il, il fait des glaçons fantaisie. Enfin disons … fantaisie pour les Vénusiens. Entre nous, certaines formes qu’ils trouvent amusantes sont proprement écœurantes. Mais peu importe, ça va nous servir. Il faut le rafraichir et ce truc là fait des glaçons en quantité industrielle.

Il sort aussi une vingtaine de poches à glace et Tiphaine lui demande pourquoi il a tous ces objets bizarres dans son TARDIS.

-Ca peut servir, répond-il, la preuve.

Il faut déshabiller le Maitre et ce n’est pas une tâche facile. Outre qu’il ne leur facilite pas les choses en restant inerte ou au contraire parce qu’il crispe brusquement les muscles, la transpiration colle les vêtements à sa peau. Enfin c’est fait et les vingt poches remplies sont réparties le long de son corps. Le plus possible sur la tête et le torse, le cerveau et les cœurs étant les parties les plus délicates et fragiles, celles devant le mieux être protégées de la surchauffe.

Pendant les trois jours qui suivent (Tiphaine regarde l’écoulement des jours sur son ordinateur, le temps sans rythme du TARDIS la perturbe), remplacer les poches de glace représente l’essentiel de ses activités. Elle est allée chercher un autre matelas, celui de sa chambre et s’y allonge de temps en temps. Au bout du troisième jour sans sommeil, à peine allongée, elle s’endort immédiatement, se réveillant ensuite en sursaut, pleine de culpabilité pour avoir abandonné son poste.

Mais le Docteur a pris le relais et un lot de poches de glace fraichement remplies reposent sur le corps du Maitre. Ce troisième jour en déplaçant légèrement une de celles qui se trouvent sur le torse et qui a glissé de sa position, elle voit une trace bleuâtre. La marque de la piqure qui ne se voyait presque plus quelques heures auparavant a gonflé et forme une sorte de pustule aux teintes bleu violacées. La même chose de l’autre côté.

Peu à peu la marque s’étend. Le torse devient entièrement de cette même marbrure livide.

-Pas bon, fait le Docteur avec une petite grimace.

-Ne peut-on pas faire quelque chose ?

-Le produit que nous avons utilisé est quelque chose d’entièrement nouveau. La moindre interférence pourrait s’avérer fatale. On ne peut qu’attendre et espérer.

Pour se distraire de l’inquiétude qu’elle éprouve, elle interroge le Docteur sur tout les questions qui lui sont venues à l’esprit depuis qu’elle les a rencontré, le Maitre et lui. Qu’est-ce qu’un Time Lord ? Qu’est-ce qu’un TARDIS et comment il fonctionne ? Qu’est-ce que c’est que ce cylindre transparent ? Que sont-ils l’un pour l’autre ? Comment le Maitre en est arrivé là ? Le Docteur étant naturellement bavard, elle obtient toutes les réponses qu’elle souhaite, même si, parfois, elle ne comprend pas grand-chose à ses explications techniques.

En quelques heures, tout le haut du corps a pris une couleur violacée et ça remonte le long du cou. Les deux piqures, quant à elles, forment maintenant deux boules de la taille d’un gros raisin. Tiphaine en effleure une du bout du doigt ce qui déclenche un cri de douleur. Depuis l’injection, le Maitre n’a pas semblé vraiment conscient. De toute évidence toute son énergie est mobilisée à lutter pour sa survie. Elle parvient tout juste à lui faire avaler régulièrement un peu d’eau avec l’aide du Docteur.

Puis les abcès, ou ce qui semble être des abcès, s’ouvrent, répandant un liquide brun noir, tandis que la coloration gagne tout le corps. Avec un linge humide elle nettoie délicatement les plaies. C’est tout ce qu’elle peut faire. Et attendre, tout en continuant à remplacer les glaçons dans les poches, dès qu’ils sont fondus. Elle reste tout le temps près de lui, ne s’éloignant que pour ses besoins physiologiques les plus pressants. Le Docteur, lui, s’affaire autour de la console, bricolant des trucs, descendant parfois aux niveaux inférieurs, mais ne restant jamais très longtemps hors de portée de voix ou de regard.

Par moment il se penche vers son ami, examine la consistance de sa peau, soulève ses paupières, recueille du bout des doigts une goutte de sueur et la porte à sa langue, la goutant comme il le ferait d’un met délicat. Tiphaine s’est habituée à ses comportements originaux et plus grand-chose ne la surprend.

Six jours. La peau est maintenant d’un violet presque noir. Des boursouflures la soulèvent surtout sur les doigts, le visage qui n’a plus rien d’humain et les articulations. Là où ils ont piqué sur le torse et où se sont formées les deux grosseurs qui ont éclatées, la peau se fend en étoile. Il semble bien que le produit qui devait faire revivre son corps, fait exactement le contraire. Il est en train de pourrir encore vivant. Etrangement, cela ne dégage pas d’odeurs désagréables. Elle sent un mélange curieux, comme un parfum d’herbes fraichement coupées, de fleurs surchauffées par un soleil d’été, de terre humide et de froid vif en haute montagne. Plus quelque chose d’autre qu’elle n’arrive pas à définir.

Lorsque Tiphaine en parle au Docteur il lui répond :

-Oh, ça, c’est son odeur, son odeur particulière de Time Lord. Chacun de nous en a une et elle est aussi unique que les empreintes digitales ou le code ADN. Mais ce qui est le plus bizarre, c’est que tu la sentes. Tu ne devrais pas pouvoir la sentir.

Sortant son tournevis sonique de sa poche (elle sait maintenant quel est l’objet bizarre qui fait « bzzz »), il éclaire ses yeux et les regarde de très près.

-Curieux, curieux, dit-il, puis il part en trombe par la porte intérieure menant au reste du TARDIS, la plantant là malgré les questions qu’elle adresse à son dos.

-Curieux, quoi ? Qu’est-ce qui est curieux ? Qu’est-ce que vous avez vu, Docteur ?

« … vérifier quelque chose … » entend-elle seulement dans le lointain.

Il reste absent plusieurs heures, tandis qu’elle continue son patient travail de fourmis, vidant les poches d’eau, les remplissant de glaçons à l’inépuisable Icemaker vénusien. Tant que le Docteur a été dans les environs, elle a tenu le coup, plus par fierté que par véritable courage. Maintenant qu’elle se retrouve seule face au corps du Maitre qui semble se décomposer à vue d’œil, elle ne peut s’empêcher de pleurer. Le manque de sommeil ajoute à son désarroi. La lumière chaude du TARDIS lui parait tout à coup sinistre.

Elle a envie de rentrer chez elle, de reprendre sa petite vie tranquille. D’aller travailler sur la plage tandis que Corp. fouille les rochers à la recherche de petits crabes. De passer des nuits avec Eric à jouer au Trivial Pursuit et à l’écouter faire des jeux de mots débiles et pourtant tellement drôles. Et même d’entendre les éternelles lamentations de sa mère sur la dureté de la vie. La vie ordinaire. Même si elle part maintenant du TARDIS et n’y revient plus jamais, elle sait que son regard sur le monde et la vie ordinaire a radicalement changé.

Comme une enfant, elle entoure ses genoux de ses bras, pose la tête dessus et gémit. Elle se sent parfaitement ridicule de faire ça, mais personne n’est là pour la voir. Puis elle s’allonge sur son matelas, s’enroule dans la couverture et prenant une des mains du Maitre dans la sienne, une main à la peau sèche, brûlante, pleine de boursouflures molles, elle s’endort en quelques secondes.

« Tiphaine ! »

« Tiphaine ! »

« Tiphaine, réveille-toi ! »

-Encore cinq minutes, maman.

Elle entend un rire clair et réalise qu’elle n’est pas dans sa chambre. Elle n’a plus douze ans et elle ne doit pas se lever pour aller au collège.

Le Docteur est assit près du Maitre et il lui fait signe de venir.

« J’ai une surprise pour toi, dit-il »

Encore embrumée de sommeil, elle le rejoint et s’accroupit près de lui. Du bout des doigts il soulève un lambeau de peau nécrosée à l’endroit où elle s’est fendue. Dessous, une peau neuve, fraiche, rose clair apparait. Elle fait glisser son index dessus. Elle est lisse et douce comme une peau d’enfant.

-Vous avez enlevé la glace !

-Plus de fièvre, touche.

La vieille peau est toujours sèche, mais plus brûlante. Elle est même froide, comme morte. Dessous, la nouvelle peau est tiède. Il respire tranquillement. L’impression d’un corps en lutte, qu’elle a eu pendant le long épisode fiévreux, a disparu. Il a gagné. Il ne lui reste plus qu’à se débarrasser de sa « mue ».

D’ailleurs il s’agite, se réveille. Toujours à moitié inconscient, il commence à se gratter, à frotter sa peau.

-Doucement Maître, lui dit le Doctor, viens, je vais t’aider.

Tous les deux, Tiphaine et le Docteur, l’aident à se lever et, le soutenant, à se diriger vers une des salle-de-bain. Elle les abandonne sur le seuil. Mais reste à écouter à la porte. Un bruit d’eau qui coule. Le Maitre qui grogne. Des interjections lui parviennent de deux voix différentes : « Laisse ce miroir tranquille, il ne vaut mieux pas que tu te vois en ce moment », « Ca fait mal ! », « Doucement mes oreilles », « J’arrive pas à ouvrir les yeux », « Tire pas là-dessus, c’est pas complètement détaché, ça saigne », « Un peu de patience, il va falloir quelques jours ».

Elle gagne la cuisine. Met en route plusieurs machines qui produisent des plats insipides, mais nourrissants. Encore des acquisitions farfelues du Docteur, ces sortes de fast-food. Mais qui ont leur utilité. Elle vient de poser sur la table une grosse théière fumante et un plat de petits gâteaux pour compléter le repas. Elle entend un bruit de discussion/dispute dans le couloir et ils entrent. Le Docteur ébouriffé, à son habitude. Le Maitre a un air furieux. Vêtu d’un ensemble blanc en tissus souple un peu comme en portent les Indiens, il a encore des morceaux de la peau morte accrochés sur tout le côté gauche du visage.

Sans dire un mot à Tiphaine, sans même la regarder, il s’assoit à table et se met à manger. Puis, ceci fait, il disparait dans une des chambres.

-Il déteste que tu le voies comme ça, explique le Docteur.

Tiphaine se dit qu’il doit y avoir plus qu’une simple vanité d’homme qui ne veut pas être vu à son désavantage. Elle a été témoin de sa faiblesse. Il a eu besoin d’elle et a dû s’en remettre à ses soins. Et il ne le lui pardonnera jamais. Elle ressent encore plus fort l’envie de reprendre sa vie d’avant. Aussi elle demande au Docteur de la déposer chez elle le plus vite possible. Maintenant le Maitre n’a plus besoin d’elle, les deux Time Lords n’ont plus besoin d’elle.

Elle retrouve avec joie son petit immeuble, les aboiements de Corp., la voix un peu rauque d’Eric et son rire en cascade. La vie ordinaire. Ca fait tellement de bien après toutes ces journées d’angoisse, enfermée dans ce lieu si étrange avec ces deux hommes si … extra-terrestres. Le Docteur l’a ramené trois jours après son départ. Pour ses proches, elle est juste partie en WE. Sur son répondeur un message de l’UNIT. Elle aura le temps de s’en préoccuper plus tard. En attendant, elle part en balade le long de la mer, se remplissant les poumons de l’air frais et les yeux de l’horizon de la Terre.


Citation:

-Où est Tiphaine ?

Le Maitre se tient devant le grand miroir en pied de la garde robe. Il passe la main sur son crane où un fin duvet brun clair commence à apparaitre. Il a passé cinq jours enfermé dans sa chambre, le temps de retrouver un aspect normal. Sa peau perd peu à peu son côté trop neuf. La vieille peau morte a complètement disparue. Il peut enfin troquer son « pyjama indien » contre un costume plus élégant, plus conforme à ses goûts.

-Rentrée chez elle.

-Oh, tant mieux, c’est parfait. Nous n’avons plus besoin d’elle, non ?

Puis il ajoute :

-Que vas-tu faire de moi ?

-Rien, tu es libre de faire ce que tu veux.

-Tu n’as pas souhaité me tenir enfermé dans le TARDIS à une époque ?

-C’était une très mauvaise idée. Mais tu y es le bienvenu aussi longtemps que tu le souhaites.

-Je vais voir, j’ai besoin de récupérer.

Pendant toute la période où il a lutté pour survivre, que ce soit enfermé dans la cellule ou quand il en est sorti, il est resté conscient tout le temps. Les Time Lords ont besoin de peu de sommeil, mais il en a plus d’un millénaire à rattraper.

Les journées passées à expulser de son corps ses cellules mortes (qui ont formé cette sorte de mue hideuse) tandis que la potion de vie le reconstituait ont drainé toute son énergie. Manger, dormir c’est donc tout ce qu’il souhaite pour le moment.

Puis il va avoir besoin des ressources du TARDIS pour se fabriquer quelques objets utiles. Un tournevis laser pour commencer et aussi un téléporteur individuel, comme celui de Jack. Pour être autonome. Pouvoir se balader dans le temps et l’espace comme il le souhaite.

Il a songé un moment à voler le TARDIS au Docteur, mais outre que rendre ainsi le mal pour le bien le dérange maintenant (« je m’amollis, pense-t-il »), il est sûr que le Docteur trouvera un moyen pour le récupérer. C’est ce qui est toujours arrivé par le passé. Il est peut-être temps aussi de songer à tirer des leçons du passé. Il a eu plus de 1200 années pour y réfléchir et la conclusion à laquelle il est arrivé, c’est qu’il vaut mieux ne pas s’opposer au Docteur. Même si cette constatation le rend amer.

L’absence des battements de tambour dans sa tête, qui ont guidé toute sa vie jusqu’à maintenant, le laisse sans but. Il ne peut pas rentrer chez lui, Gallifrey n’existe plus. De toute façon, il n’y serait pas le bienvenu. Où aller ? Rester avec le Docteur ? Jamais !

Ou alors … pourquoi pas ?

Rester sur Terre ? C’est, après Gallifrey, ce qui ressemble le plus à la maison, la planète où il a passé le plus de temps. Il trouvera bien un petit pays à gouverner. Oh, voila qu’il recommence ! Impossible de penser autrement qu’en termes de pouvoir. A part qu’il a sérieusement rabattu sur ses prétentions. Lui, qui souhaitait gouverner l’Univers, se contenterait d’une république bananière ?

Non, décidément, voyager avec le Docteur est la meilleure option. Et pour respecter la tradition, ils vont avoir besoin d’un compagnon humain. Ou d’une compagne. Qui lui lirait du Shakespeare. Ils n’ont pas fini « The King Lear », après tout.

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« La réalité est un endroit sympa à visiter, mais je n’aimerais pas y vivre. » David A. McIntee


Dernière édition par Ahaimebété le Mer 27 Juin 2012 - 08:41; édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 26 Juin 2012 - 19:14    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 26 Juin 2012 - 21:11    Sujet du message: Master's Rescue Répondre en citant

Je viens juste de trouver ton histoire. Je le lirai et te ferai des commentaires quand j'aurai plus de temps ^^
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