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Le Survivant - Traduction [Terminée]
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Ahaimebété
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MessagePosté le: Mar 28 Jan 2014 - 17:08    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Titre : Le Survivant

Rating : G

Résumé : Ayant constaté une fuite d'énergie dans le TARDIS, le Docteur se rend à Cardiff, accompagné d'Amy et Rory pour le recharger dans la faille. Mais tous les habitants de la ville se comportent étrangement.

Spoilers : pas vraiment de spoilers, à part The End of Time.

Disclaimers : les personnages appartiennent à la BBC et cette fic ne m'appartient pas non plus. Je n'en suis que la traductrice.

Bêta : je suis seule responsable de la nullité de ma traduction. Mr. Green

Note : J'ai beaucoup aimé cette fiction, lue en anglais sur Deviant Art et je souhaitais la partager avec vous. Voici le lien vers le texte original de la première partie : http://dragontamer363.deviantart.com/art/DW-Survivors-Part-1-188215576 Vous trouverez les liens vers les autres parties en bas de la page.




Citation:
« Quelque chose ne va pas ! »

Le Docteur fronçait les sourcils en trafiquant sous la console du TARDIS avec un bruit de clés heurtées énergiquement. Ses longues jambes en surgissaient et la seule chose visible, à part ses bottines près de l’endroit où il avait jeté sa veste de tweed, étaient tout un tas de morceau de métal et divers objets qui prétendaient être des outils.

« Quel est le résultat, maintenant ? demanda-t-il, après un nouveau coup de sa clé.

– Cercle, petit trois quart de cercle avec un point dedans. Cercle avec deux traits », répondit Amy, regardant d’un air perplexe ce qui se trouvait sur l’écran.

Elle se tut et ramassa la veste.

« Selon quel angle ?

– Hein ?

– Les lignes sont penchées selon quel angle ? demanda le Docteur avec une impatience exaspérée.

– Heu… »

Amy se rapprocha de l’écran. Elle lança ensuite un regard désespéré à Rory par-dessus les panneaux de contrôle de la console. Celui-ci haussa les épaules.

« Quarante-huit degrés ? Et peut-être… cent soixante-dix degrés ?

– Peut-être ? »

Le Docteur soupira et surgit de dessous le panneau, le visage maculé de suie. Il se redressa et regarda à son tour, en roulant des yeux.

« Amy, ce n’est pas du tout quarante-huit degrés ! C’est trente-sept, virgule soixante-sept degrés et cent cinquante-quatre, virgule quatre-vingt-douze degrés. Allons, c’est pourtant facile ! N’arrives-tu pas à le dire rien qu’en le voyant ? »

Il donna un coup sur le panneau de commande comme si c’était évident, et qu’il était obligé d’expliquer l’alphabet à un adulte.

« Et alors ? Qu’est-ce que ça veut dire, de toute façon ? » interrogea Amy, en haussant les épaules devant son attitude pédante.

Elle voulut lui rendre sa veste, mais il l’ignora, trop préoccupé.

« Cela veut dire que nous perdons de l’énergie. Ou que nous en avons perdu. Beaucoup en fait, comme si quelque chose s’en nourrissait.

– Ce n’est pas bon ? demanda Rory.

– Ce n’est pas bon du tout ! »

Le Docteur tortillait sa clé, pensif et regarda les cadrans à nouveau. Il grogna et jeta la clé au milieu des autres outils.

« Bien ! Nous devons aller nous recharger à la faille. Nous recharger comme une bonne vieille batterie. Ça va relancer un peu la machine. Allez, les Ponds, habillez-vous pour le Pays de Galles, nous partons à Cardiff. »

Ayant apparemment oublié sa frustration et retrouvé son énergie aventureuse, le Docteur sautilla autour de la console pour les emmener à Cardiff.

« Heu… y a-t-il beaucoup de choses à voir à Cardiff », demanda Rory.

Il n’y était jamais allé, mais il ne pouvait imaginer monstres et aliens se balader dans cet endroit. C’était un soulagement. Il aimait mieux que sa nouvelle épouse ne soit pas tout le temps en danger de mort. Une lune de miel sans bagarre lui semblait l’idéal. Mais il se trouvait avec les deux personnes les plus aventureuses de l’univers.

« Rien de mauvais, n’est-ce pas ?

– Non, à part si tu comptes Torchwood comme quelque chose de mauvais », murmura le Docteur avec une moue de désapprobation.

Puis se frappant soudain le front :

« Oh, bien sûr ! Ils n’existent plus, maintenant. La branche galloise de Torchwood est partie en fumée. Une horrible affaire. Les 456, je pense. J’étais occupé. Enfin, pas mal occupé. Vous avez eu une année difficile, à ce moment-là. Très dure : la disparition de Torchwood, les enfants qui scandaient l’arrivée du malheur et j’étais en train de déflorer une rei… »

Il se tut, laissant le mot « reine » en suspend. L’air coupable, il agita une main pour chasser ces pensées.

« Mais, inutile d’en dire plus. Des années difficiles. Je n’étais pas tout à fait moi-même. Enfin, pas moi… lui. Ou bien moi. C’est très confus. Il était irresponsable… sûrement. En même temps, je ne peux pas toujours être là. Vous devez être capables de vous défendre vous-mêmes, parfois. Le pauvre Jack. Pas étonnant que je l’ai retrouvé dans ce bar. »

Il passait une main dans ses cheveux et pilotait le TARDIS tout en bavardant.

Rory et Amy le regardaient, abasourdis. Ils étaient habitués à ses radotages, sachant qu’il était difficile d’essayer de comprendre ce qu’il disait tant qu’il était dans cet état. Mieux valait juste emmagasiner les informations autant qu’ils le pouvaient et ne pas s’en faire. Amy sourit tendrement. C’est ainsi qu’elle l’aimait : plein de propos étranges et d’excentricité pétillante. Depuis qu’elle était enfant. Son Docteur débraillé.

Il ne fallut pas longtemps avant que le TARDIS n’atterrisse à Cardiff avec son bruit caractéristique, surgissant de nulle part sous le regard des passants médusés. Le Docteur l’avait posé directement sur la faille afin qu’il se recharge, mais cela prendrait un certain temps. Il soupira et arrangea distraitement son nœud papillon.

Amy et Rory réapparurent. Rory avait enfilé un tricot à col roulé avec un jeans et un manteau. Amy avait d’épais leggings sous sa jupe et un ample pull-over, complété par des gants, un bonnet et une écharpe.

« N’allez-vous pas vous habiller pour le Pays de Galles ? demanda-t-elle en regardant le Docteur.

– C’est fait, répondit-il en agitant les bras en guise de démonstration. Les Seigneurs du Temps peuvent survivre vingt minutes dans le vide spatial. Je suis sûr que je peux supporter le temps du Pays de Galles. »

Il se rengorgea avec vantardise, puis se dirigea vers la porte. Amy le suivit, tenant Rory par la main.

« Vraiment ? » interrogea Amy d’un ton curieux.

Elle sourit quand le Docteur sortit sous la pluie battante, et elle agita son parapluie d’un air suffisant.

« Oui, vraiment. Pourquoi penses-tu que je mente ? »

Il fit la moue et tendit le bras pour réclamer le parapluie. Rory lui passa le sien et se glissa sous celui d’Amy. Le Docteur hocha la tête pour le remercier et l’ouvrit à son tour.

« River dit que vous mentez toujours, fit remarquer Amy.

– River dit plein de choses », murmura le Docteur.

Il recula de quelques pas pour admirer son TARDIS et sourit.

« Voilà ! Elle sera remise sur pieds d’ici quelques heures. Qui veut manger dans un fast-food ? Une des meilleures choses du XXIème siècle, les fast-foods.

Rory fronça le nez.

« Ah oui ? Dites-moi ce qui est génial dans un fast-food ? La cuisine maison, plutôt. Et c’est plus sain, aussi.

– Bah ! Je ne vis jamais plus de quelques années à la fois dans chaque décennie. Le moindre de mes soucis est de devenir gras. De toute façon, je ne sais pas si j’aime encore les fast-foods. Amy ? »

Il lui fit une petite grimace et Rory roula des yeux. Bien entendu, le Docteur se tournait toujours vers sa complice quand il sentait qu’il n’avait plus d’argument. Amy rit sous cape et sourit malicieusement à Rory.

« Je suis d’accord. Et nous demanderons un Happy Meal », ajouta-t-elle.

Rory se mit à rire et la pinça.

« Traître ! Bon, d’accord. C’est le Docteur qui offre. »

***


Le trio se heurta au remue-ménage, au bruit et aux files d’attentes du McDonald. On se poussait du coude dans la file, mais le Docteur humait avec plaisir cette petite tranche d’histoire sociale et ignorait les complaintes d’Amy sur le fait de devoir attendre.

Il regardait les serveurs faire claquer les plateaux presque simultanément. Il y eu un regain d’activité lorsque que la nourriture arriva. Un deux, trois, quatre : tous les plateaux furent emportés et les suivants avancèrent. Leurs commandes passées, les sandwiches et les frites posées, puis les boissons. Un, deux, trois, quatre, aux suivants.

Le Docteur observait tout cela attentivement. Le rythme de ce travail faisait monter comme une boule de chagrin dans sa gorge de manière tout à fait inattendue.

« Docteur ? demanda Amy, un peu inquiète de son air absorbé et rêveur.

– Des nuggets de poulets ! » annonça-t-il soudain.

Son expression avait disparue brusquement de son visage. C’était trop rapide pour être convaincant.

« Je veux des nuggets de poulets et des frites.

– D’accord, répondit Amy qui pensa alors qu’elle avait dû se tromper. Je vais prendre un hamburger. Si vous voulez y goûter, vous pourrez.

– C’est parfait. »

Le Docteur hocha la tête, mais ne pouvait empêcher son regard de dériver sur ces serveurs réglés sur un étrange rythme. Ils ne faiblissaient jamais et il pouvait toujours entendre les plateaux claquer dans ce même battement parfait : un, deux, trois, quatre. Il déglutit nerveusement et se réprimanda de se montrer si sensible, même maintenant. C’était stupide, mais il ne pouvait pas supporter d’entendre ça plus longtemps.

« Je… je vais aller nous chercher une table. Commandez. »

Puis il se faufila dans la foule, se heurtant presque à toute une famille dans sa hâte de partir. Amy cligna des yeux et échangea un regard avec Rory.

« Comme vous voulez, Doc », marmonna-t-elle.

Quand ils retrouvèrent le Docteur, il avait ce même air lointain. Il regardait des enfants qui jouaient en chantonnant et en tapotant sur les tables. Toujours ce même rythme, il ne pouvait y avoir de doute. Mais c’était impossible.

Je dois devenir fou à voir des motifs là où il y en a pas, songea-t-il. Si les gens peuvent avoir des hallucinations visuelles, je dois en avoir des auditives. J’ai besoin de dormir plus. Et surtout, je dois cesser de penser au Maître. Définitivement. Je suis seul à nouveau, je dois l’admettre.

Un, deux, trois, quatre.

Ses propres cœurs battaient dans sa poitrine au même rythme. Rassilon, il avait vraiment besoin de le laisser partir ! Il était un autre homme, maintenant. Le Maître appartenait à son passé.

Il reprit pied dans la réalité lorsqu’il s’aperçut qu’Amy et Rory le regardaient fixement. Le battement de ses cœurs lui semblait toujours aussi assourdissant. Il se força à sourire :

« Qu’y a-t-il ?

– Est-ce que vous allez vraiment bien ? demanda Amy fermement.

– J’étais juste plongé dans mes pensées. Est-ce que ça ne vous arrive jamais ? »

Amy s’installa et ouvrit son sandwich, lorgnant sur les frites de Rory plutôt que sur les siennes. La nourriture des autres a toujours l’air meilleure.

« Bien sûr que ça m’arrive, admit-elle. Alors, qu’est-ce qui vous perturbe autant ?

– J’étais juste en train de penser à un vieil ami. Enfin, quand je dis "ami"… »

Le Docteur s’arrêta, se demandant s’il allait leur parler des tambours ou pas. Ils ne comprendraient pas, ils n’en connaissaient pas la signification. Ils lui diraient probablement que c’était stupide. Et ça l’était… certainement.

« Oui ? »

Amy avait l’air intéressée, mais le Docteur ignora sa question. Il essaya plutôt de goûter ses aliments. Il resta un instant la bouche pleine, avant de recracher le morceau de nugget.

« Berk ! fit-il en grimaçant.

– Quel gros bébé ! »

Amy rit et lui offrit la moitié de son sandwich. Elle était amusée par le regard choqué de Rory. Le Docteur réussit à manger son hamburger, une fois qu’il l’eut trempé dans son Pepsi.

***


Ensuite, ils partirent pour une promenade dans Cardif, afin de tuer le temps, pendant que le TARDIS se rechargeait. Le Docteur parlait de ses aventures passées, heureux de distraire son esprit des tambours qu’il semblait entendre partout dans la rue. Cependant, alors qu’ils passaient devant un magasin d’électroménager, quelque chose attira son attention. Les téléviseurs en vitrine diffusaient les nouvelles.

Il entra en trombe dans la boutique et se planta devant le plus grand d’entre eux. Il augmenta le volume grâce à son tournevis. Rory ouvrit la bouche pour demander quel était le problème, mais le Docteur le fit taire. Il s’accroupit, le visage à quelques centimètres de l’écran.

La présentatrice était dans un hôpital, au milieu d’une rangée de malades apparemment endormis. C’étaient des patients dans le coma. Mais ce qui les étonnait, ainsi que tout l’hôpital, c’est ce qu’ils faisaient. Chacun avait levé son bras droit et tapait sur les barreaux de son lit.

Un, deux, trois, quatre.

Encore et encore. Ils ne faisaient pas que taper. Ils frappaient de toutes leurs forces. Cela provoquait des ecchymoses sur leurs doigts.

Un, deux, trois, quatre.

Les cœurs du Docteur se figèrent. Cette fois-ci, cela ne faisait aucun doute. Il n’était pas victime de son imagination.

« Cela résonne de façon étrangement familière », marmonna Rory.

Le Docteur le fit taire à nouveau.

« Quel est leur problème ? » demanda Amy.

Le Docteur agita une main pour réclamer le silence, et écouta le nom de l’hôpital. Puis il se précipita hors de la boutique, tandis que ses compagnons lui courraient après.

Il se mit à marcher en long et en large près des vitrines passant ses mains dans ses cheveux. Derrière eux, les images des patients dans le coma sur les divers écrans, restaient toutes synchronisées comme les gestes des malades eux-mêmes.

« Non, non, non, non ! Cela ne peut pas être lui ! disait le Docteur pour lui-même, d’une voix suppliante. Il est mort, parfaitement mort depuis des mois ! Il est coincé dans la bulle temporelle. Il a épuisé toute son énergie. Il ne peut pas être ici ! »

Amy attrapa son bras pour l’empêcher de divaguer et le regardant dans les yeux fermement, elle exigea des réponses :

« De qui parlez-vous ? Dites-nous ce qui se passe, Docteur. »

Le visage du Docteur était plein de désespoir et de confusion et même, elle en était sûre, de peur.

« Le Maître », dit-il.

Alors, soudainement, le bruit rythmé dans la vitrine cessa. La journaliste regarda autour d’elle et commençait à annoncer le changement quand elle eut la surprise de voir que tous les patients ouvraient lentement la bouche à l’unisson. Leurs bras s’étaient arrêtés de taper, mais restaient levés dans la même position. Puis, ils prirent tous une grande inspiration et se mirent à pousser un terrible et très long cri.

Les trois personnes devant la vitrine regardaient cela avec horreur. Les malades dans le coma semblaient de pas pouvoir s’arrêter de crier.

« Nous devons aller dans cet hôpital », balbutia le Docteur, le visage pâle.

Le TARDIS étant hors service, Rory les dirigea vers un taxi. Cela semblait beaucoup contrarier le Docteur qui aurait déjà voulu être à destination. Amy se pencha vers lui, sentant l’adrénaline couler dans ses veines.

« Je ne comprends pas. Qui est le "Maître" ? interrogea-t-elle.

– Est-ce comme le Seigneur des Rêves ? » demanda Rory.

Le Docteur continua à regarder par la fenêtre alors que les rues de Cardiff défilaient rapidement devant ses yeux. Il parla d’une voix altérée et rapide :

« Non, ça n’a rien à voir. C’est un Seigneur du Temps, comme moi. Avant que je vous rencontre, Amy, il y a eu une bataille au cours de laquelle j’ai été gravement blessé. Il était là aussi et je pensais qu’il était mort. Il devrait être mort ! Mais le Maître arrive toujours à survivre. Il survit à tout : vieillesse, exécution, blessure mortelle, guerre, assassinat. Il revient toujours. »

Il secoua la tête en fronçant les sourcils. Il semblait partagé entre l’admiration et l’amertume.

« Mais s’il est mort, comment peut-il contrôler ces patients dans le coma ? remarqua Rory.

– Il a toujours eu des dons pour l’hypnose, soupira le Docteur. En vieillissant, il s’en est moins servi et il est devenu plus violent, mais il n’a certainement pas perdu la capacité à entrer dans la tête des gens. Que ce soit subrepticement ou de force. »

Il tapota sa tempe.

« Il ne peut y arriver si votre esprit sait s’opposer à lui, mais ces gens sont inconscients. Plus qu’inconscients. Mais je ne comprends pas comment il est parvenu jusqu’ici. Il n’a plus de corps. Le sien était si fragile qu’il a dû brûler quand il a utilisé toute son énergie pour tuer Rassilon. Cependant, il est là, à l’intérieur de ces personnes. De plus, je pense que sa présence est plus étendue que seulement dans ces patients comateux. »

Il hocha la tête, montrant le chauffeur de taxi qui tapait en rythme sur son volant.

Un, deux, trois, quatre.

Ils approchaient de l’hôpital et le Docteur se tâta les poches, à la recherche de son papier psychique. Mais les gardes y jetèrent à peine un coup d’œil. Il y avait tant de médecins et de journalistes à se précipiter vers le lieu de l’événement qu’ils furent emportés dans le flot.

Les cris augmentaient d’intensité au fur et à mesure qu’ils avançaient vers la salle. De longs cris d’agonie, interrompus uniquement quand les malades reprenaient leurs souffles tous ensemble. Une fois à l’intérieur, le Docteur réussi à les faire admettre, prétendant être une équipe de consultants spécialisés. Il fit ensuite de son mieux pour faire sortir les journalistes et les infirmières qui traînaient par là.

Dès qu’ils furent seuls, le hurlement stoppa brutalement, ponctué par un battement de tambour. Les patients restaient figés dans le silence, mais semblaient étrangement attendre quelque chose.

Le cœur de Amy battait fort. Rory la rejoignit pour lui serrer la main.

« Maître ? » questionna le Docteur avec précaution.

Le silence se prolongea, puis tous les malades parlèrent d’une seule voix où se mêlaient les voix jeunes ou vieilles, d’hommes ou de femmes.

« Docteur ! »



Citation:
Les diodes sur les écrans qui contrôlaient les signes vitaux des patients, clignotaient. Rory se rendait compte que le cœur des comateux montrait des signes de détresse. Ils battaient vite et irrégulièrement, comme sous l’effet de la panique, même si les malades restaient parfaitement immobiles. Il se rapprocha d’eux.

« Docteur. Tu m’as retrouvé. Petit malin. »

Les voix qui parlaient toutes ensembles avait un ton étrange, comme si elles essayaient de prendre l’air moqueur. Amy frissonna. Ses lèvres remuaient comme si quelque chose tentait de l’obliger à parler aussi. Quelque chose en elle.

« Et tes nouveaux animaux de compagnie. Je ne peux pas les voir, mais je peux la sentir. Et l’autre n’est pas Humain », dirent les voix.

Rory se renfrogna, piqué d’avoir été traité de non-Humain, mais il avait des préoccupations plus importantes. Il était arrivé près des appareils d’enregistrement et regardait les résultats. Les organes étaient en état de stress, la respiration forcée et peu naturelle, le cœur battait la chamade. Il se risqua à prendre le pouls d’une petite fille pour vérifier ses signes vitaux.

« Comment ? Comment peux-tu sentir Amy et Rory ? Comment fais-tu ça ? Tu es mort ! s’exclama le Docteur.

– Docteur, ils vont mal ! Leurs signes sont irréguliers. Il est en train de les tuer ! » l’interrompit Rory.

Amy vacillait, prise d’étourdissements comme lors d’une crise de vertige. Ce vertige montait rapidement en elle. La poitrine serrée, elle sentait quelque chose se frayer un chemin dans ses veines. Elle ouvrit la bouche pour essayer d’en parler au Docteur, mais elle n’était plus maîtresse de sa voix.

« J’ai été six milliards d’Humains, Docteur. Penses-tu qu’une fois que la race du Maître a été effacée, je n’ai pas laissé une empreinte psychique en eux ? J’ai été eux et ils ont été moi. On ne peut pas simplement faire disparaître cela. »

Amy ressentit de la panique lorsqu’elle s’aperçut qu’elle disait les mots elle aussi, son accent écossais se mêlant à ceux des comateux. Rory et le Docteur se tournèrent vers elle. Rory accourut, prenant son visage dans ses mains et regardant dans ses yeux grands ouverts, effrayés et désorientés. À la différence des patients, elle était tout à fait consciente de ce qui lui arrivait.

« Sors de son corps ! cria le Docteur.

– Elle est forte, murmurait Amy et les malades. Elle me combat. Mais elle ne peut pas gagner. Si je me concentre suffisamment, je peux détruire son esprit en utilisant les tambours. L’anéantir complètement. Tous les doux souvenirs qu’elle a de toi, Docteur. Pourquoi ne le ferais-je pas ? »

La main d’Amy attrapa le pull de Rory, ses articulations devenant blanches. Il était impossible de dire si c’était une menace venant du Maître ou une tentative désespérée de la jeune femme de se raccrocher à une bouée de sauvetage. Sa tête se tourna vaguement vers le Docteur et cette action-là était de toute évidence celle du Maître. Son expression était toujours la sienne, mais sa voix devint heurtée et forte comme si elle était arraché de sa gorge et de celles des malades. Cela avait un effet surréaliste.

« J’ai mal, Docteur ! J’ai tellement mal ! Je suis en train de mourir. Je suis déchiré par ce lien et les tambours ne veulent pas s’arrêter. Ils ne s’arrêteront jamais. Mon énergie décline et je suis aspiré par le Verrou Temporel. Je ne veux pas mourir ! »

Les patients et Amy hurlèrent ces derniers mots, pleins d’agonie et de désespoir. La colère du Docteur faiblit, érodée par l’empathie qu’il ressentait. Cependant, il tenta de rester ferme :

« J’ai dit : sors de son corps !

– Je fais partie de toi aussi, Docteur », continuèrent les malades et Amy.

Leurs voix devenaient de plus en plus faibles et désespérées. Les appareils montrant les signes vitaux commencèrent à sonner, alors que ceux-ci atteignaient des seuils critiques.

« Arrêtez ! Vous êtes en train de les tuer ! » hurla Rory.

Le pouls d’Amy était maintenant incroyablement rapide.

« L’énergie que j’ai utilisé pour te blesser quand nous nous sommes rencontrés a laissé une marque. Une signature personnelle qui coule toujours dans tes veines.
J’ai aussi utilisé le lien moléculaire d’ADN que tu partages avec ton TARDIS, un lien très faible, mais suffisant pour récupérer un peu de son énergie à travers toi. Tout juste suffisant pour m’ancrer dans cette réalité et combattre le Verrou Temporel. Ton TARDIS me garde en vie, Docteur.
Ça, plus mon empreinte dans les Humains, gardent mon esprit, mon énergie et quelques unes de mes cellules vivantes. Aide-moi ! Si ce lien est rompu, je serais aspiré dans le Verrou Temporel vers Gallifrey et je me dissoudrais dans le néant. Pour toujours. J’ai besoin de force. Donne-moi de la force ! »

Le Docteur ferma les yeux, et prit une profonde inspiration, essayant de se contenir. Lorsqu’il les rouvrit, leur expression était dure et sa voix devint grave :

« Sors. De. Son. Corps !

– Je t’ai sauvé, Docteur ! » crièrent Amy et les comateux.

Ils recommencèrent frénétiquement à tambouriner sur leur lit. Amy tapait sur la poitrine de Rory.

« Tu me l’avais promis ! Je ne veux pas mourir ! »

Aussitôt, Amy s’effondra, alors que le Maître rompait son lien avec elle. Rory la rattrapa pour qu’elle ne heurte pas le sol.

« Retrouve-moi dans le condensateur d’énergie Artron du TARDIS. Je vais essayer de m’y rassembler. Fais-moi sortir de là, Docteur. Trouve un moyen. Et ne me trahis pas. Sinon, cela veut dire que tu es réellement un meurtrier, et que Rassilon avait raison. »

Il y avait quelque chose de si étonnamment fragile et en même temps venimeux dans la voix des patients dans le coma, que cela prit le Docteur au dépourvu. Avant qu’il puisse répondre, tous les malades retombèrent sur leur lit, leurs muscles détendus et leurs signes vitaux se stabilisants.

Il était parti.

***


Le silence qui suivit, fut long et terrible. On n’entendait que les mouvements de Rory qui tentait de réanimer Amy.

Le Docteur restait parfaitement immobile. En état de choc, il semblait s’être retiré dans une coquille qui l’isolait du reste du monde.

Rory leva les yeux, dans l’intention de lui demander de l’aide, mais voyant son expression, il se tut. Amy lui avait parlé de ces moments où le Docteur paraissait si incroyablement vieux. Il avait été ainsi dans la Pandorica et c’était le cas aussi maintenant. Il était si intensément silencieux et triste. Il avait l’air d’être sculpté dans le roc après des millénaires d’érosion et non fait de chair et d’os.

Amy gémit et le Docteur et Rory se précipitèrent à son aide, alors qu’elle reprenait conscience.

« Tu vas bien ? » lui demanda le Docteur.

Elle hocha la tête, mais elle était pâle.

« Bien sûr que ça va, répondit-elle.

– Ne bouge pas, l’avertit Rory, comme qu’elle tentait de se lever.

– Qu’est-ce que… qu’est-ce qui s’est passé ? réussit-elle à dire. Il était à l’intérieur de moi. Dans mon sang, dans ma tête. Il a été moi, pendant une seconde et ce bruit…

– Oui, les tambours. C’est son truc. Vous savez comme ces gosses qui veulent tout le temps porter des lunettes de soleil… ou les rappeurs qui ont de grosses montres autour du cou pour se démarquer. C’est sa carte de visite. Pas très à la mode, ne pensez-vous pas ? »

Le Docteur tentait de faire de l’humour dans cette situation difficile.

Amy rit et renchérit :

« Il est musicien, alors ?

– Les percussions essentiellement.

– Je n’ai pas envie d’entendre le reste de l’orchestre », dit Amy avec un clin d’œil, en regardant les patients, maintenant immobiles.

Ils recommencèrent à rire. Cela brisa et dissipa la tension. Pour l’instant au moins, ils pouvaient faire comme si tout cela était fini. Comme s’il n’y avait pas eu tous ces malades utilisés si cruellement ou l’esprit l’Amy violenté. Ils avaient des choses plus importantes à faire, aussi ils devaient essayer d’oublier tout ça.

Le Maître était dans le TARDIS.

Même si tout son bon sens lui criait qu’il devait abandonner son ennemi à son sort, ses cœurs le suppliaient d’aller sauver son ami. Et il avait toujours écouté ses cœurs. Trop réfléchir n’amenait rien de bon. Trop réfléchir conduisait à un orgueil destructeur comme sur la base martienne. Cela le ferait ressembler à Rassilon.

Il était fier de céder toujours à ses pulsions, du moment que c’était pour la bonne cause. Après tout, c’est ainsi qu’il s’était mis dans le pétrin, voici plus de cinq cent ans. Cela l’avait poussé à sauver une vie. Et, impulsivement, il avait fuit plutôt que d’affronter le tribunal pour ce « crime ». De la même façon, il avait impulsivement volé son précieux TARDIS.

« Allez, vous deux, s’exclama-t-il. Retournons au TARDIS. J’en ai assez de Cardiff. »



Citation:
En entrant dans la machine, le sentiment d’être observé s’imposa à eux. Ils surent qu’ils n’étaient pas seuls. Quelque part dans les rouages compliqués du vaisseau, l’esprit du Maître se promenait.

« Que faisons-nous, Docteur ? » demanda Amy.

Elle jetait un regard méfiant aux écrans comme si elle s’attendait à les voir s’allumer d’eux-mêmes. Le Docteur passait sa main sur les panneaux de contrôle comme pour apaiser la machine.

« Nous allons le sortir de là.

– Mais comment ? Et ensuite, que se passera-t-il ? » insista Amy.

Elle ne savait pas si le Docteur avait l’intention de se débarrasser du Maître ou de le sauver. Connaissant le Docteur, elle pensait que c’était la deuxième option. Mais il ne l’avait pas dit clairement. Le Docteur réfléchit un long moment, puis claqua des mains, triomphant :

« Des nanites !

– Des quoi ?

– Nous ne pouvons pas lui reconstruire un corps tant que nous n’avons pas toutes les données le concernant. Quand nous les aurons, nous pourrons faire pousser un clone. Il suffira juste d’un petit saut au cent septième siècle pour ça. Mais avant, il faut le faire sortir du TARDIS pour qu’il soit en sécurité avant qu’il ne s’affaiblisse encore plus.
Techniquement, son énergie peut survivre en dehors du TARDIS, à condition qu’il ne s’en éloigne pas trop afin de profiter de la sienne. Si j’y ajoute un filtre de perception, je peux faire en sorte qu’il ressemble et se sente comme qu’il était auparavant. Cela pourrait l’aider à supporter le changement sans devenir encore plus fou.
Mais pour cela, il doit pouvoir se raccrocher à quelque chose qui lui permette de ne pas perdre son énergie vitale tant que nous n’aurons pas pu lui donner un vrai corps. À Chula, ils possèdent la technologie des nanites. Ce sont de minuscules robots intelligents, plus petits qu’une cellule vivante. Une poignée pourrait conserver son énergie et lui donner une forme utilisable par le filtre de perception. Ça le soulagerait jusqu’à ce qu’il ait son corps.
Cela restera fragile et il y aura des risques de destruction s’il utilise trop son énergie ou s’éloigne du TARDIS, mais ça lui donnera un peu de liberté. Cela va l’extirper complètement du Verrou Temporel aussi et il sera en sécurité avec nous. »

Amy hocha la tête.

« Vous êtes certains de vouloir l’aider ? Ne vous mettez pas en colère, mais c’est juste que… vous avez dit qu’il était très dangereux. Et quand il était en moi, j’ai vraiment senti qu’il était mauvais. »

Elle s’était sentie obligé de le dire.

« Je le connais depuis 902 ans, Amy. Il a été mon meilleur ami. De plus, pour une fois, il m’a demandé de l’aide. Nous devons le libérer. Il est sous ma responsabilité. Je lui ai promis que je l’aiderai et je le ferai. »

Amy et Rory approuvèrent.

« D’accord, dit Rory. Que pouvons-nous faire ?

– J’ai besoin de vous pour des vérifications dans l’ordinateur. Vous devez rechercher des anomalies. Vous n’avez pas besoin de savoir exactement ce que c’est, mais il faut trouver ce symbole. »

Il le dessina sur un morceau de papier et le leur donna.

« C’est la partie qui correspond à la régulation de l’énergie Artron. S’il est ici, comme je l’imagine, les ordinateurs doivent réagir à son intrusion. Souvenez-vous, le TARDIS est vivante. Elle a une certaine conscience. Donc, comme toute créature, elle va montrer des signes d’inconfort. Pendant que vous faites ça, je vais aller récupérer des nanites.

– Le TARDIS est-il suffisamment rechargé pour voyager ?

– Nous pourrons y arriver. Nous le devons. Allez ! »

Le Docteur arracha le TARDIS de la faille et le mit en route vers Chula. Dès qu’ils eurent atterris, il parti rapidement, laissant Amy et Rory se débrouiller avec les données. C’était un processus fort long, et cela les tient occupés tout le temps que le Docteur fut absent. Peu après son retour, un petit tube métallique à la main, ils trouvèrent ce qui correspondait à l’affichage de l’énergie Artron.

Cela frémissait et l’écran vacillait ou se figeait. Le signal était un mélange de courbes qui plongeaient ou formaient des pointes acérées.

« Docteur, venez voir. »

Le Docteur se rapprocha et sourit.

« C’est ce que je pensais : il est bel et bien ici. Bon travail, les Ponds. Maintenant, je vais pénétrer dans le cœur de la machine et y mettre les nanites. Puis je les récupérerais et j’espère que le Maître aura pu s’y accrocher, d’accord ?

– D’accord », acquiesça Amy.

Elle se joignit à lui, voulant voir ça par elle-même tandis que Rory se penchait sur les écrans.

Le Docteur descendit dans les niveaux inférieurs du TARDIS, sous la console de commande. Il passait la main sur une des parois latérales, ses doigts cherchant une trappe. Il l’ouvrit et ils s’y glissèrent. Elle les amena plus bas encore, là où des tuyaux comme les branches d’un arbre, sortaient de la colonne centrale qui les dominait, maintenant. Amy regardait avec émerveillement la lueur dorée qui pulsait en eux comme un battement de cœur.

Ils sortirent dans des couloirs blancs, les suivirent pour arriver dans une autre salle. Elle était vaste avec des machines de fine technologie qui semblaient faites de verre. D’innombrables filaments de métal avec des formes organiques s’élevaient dans l’air au dessus d’elles ressemblant au squelette séché d’une feuille.

« Nous y voici ! s’exclama le Docteur, s’approchant de la console en forme de diamant qui reliait les machines aux filaments.

– C’est magnifique ! dit Amy avec un sourire d’admiration.

– N’est-ce pas ?

– Et qu’est-ce que ça fait ?

– L’énergie Artron unit tout et tout le monde. C’est l’énergie vitale de l’univers lui-même. C’est ce qui définit chaque personne et chaque événement dans le temps. C’est pour ça qu’elle est un peu différente pour les gens qui voyagent dans le temps. C’est très puissant. Certains diraient que c’est la matière de l’âme.
Cette machine aide le TARDIS à voyager dans le temps en ressentant les changements de l’énergie Artron et en les utilisant. Dans un sens, c’est un peu pour ça que nous sommes toujours attirés vers les lieux où il y a du danger ou des anomalies temporelles. Le signal d’énergie Artron est alors plus fort et l’attire comme un aimant. Ou c’est juste parce qu’elle aime ça. »

Il fit un grand sourire.

« Hé ben !

– Oui, hé ben. »

Il prit le tube et le plaça sur le panneau de contrôle. Puis il tapa quelque chose sur un clavier et fit plusieurs réglages sur la machine avant de sortir un câble et de le fixer sur le tube. Il tapa encore. Un frisson parcourut le délicat réseau de fils métalliques, alors que les nanites se répandaient dans la machine. Le Docteur regardait la progression, en se mordillant les lèvres.

« Allez, trouvez-le… » murmura-t-il.

De longues minutes passèrent avant qu’un nouveau frisson n’agite la machine. L’affichage tressauta avant de se stabiliser. Le Docteur prit une grande inspiration et se remit à taper pour récupérer les nanites.

« Est-ce que ça a marché ?

– J’espère. Je dois juste finir d’installer un filtre de perception qui se synchronisera avec ses souvenirs de lui-même et son ADN. »

Il tapa encore quelques minutes, très concentré. Enfin, il eut un sourire nerveux.

« Bien ! »

Il détacha le câble et prit le tube de nanites. Puis, il l’ouvrit à l’aide de son tournevis sonique. Son contenu se répandit dans l’air, miroitant un instant avant de prendre forme. C’était exactement le Maître, tel que le Docteur l’avait vu la dernière fois. Cependant, il était complètement nu.

Cela ne semblait pas gêner le Seigneur du Temps renégat le moins du monde.

« Ah, Docteur », dit-il en souriant.

Il faisait mouvoir et étirait ses doigts pour tester ses mouvements. Puis il regarda à nouveau le Docteur, maintenant qu’il avait récupéré la vue.

« Tu t’es régénéré, à nouveau, je vois. Plutôt mignon.

– Et moi je vois que tu es un vrai blond. Tu permets ? Il y a une dame ici et je ne tiens pas non plus à voir ça », répliqua le Docteur.

Il enleva sa veste et la tendit au Maître pour qu’il puisse se couvrir avec.

« Oh oh, cette régénération est impertinente aussi. Ça me plaît, répondit le Maître. La jeune dame ne semble pas choquée, de toute façon. »

Il fit à Amy un charmant petit sourire.

« Ça alors, mais c’est Harold Saxon ! s’écria Amy, incrédule.

– C’est toujours un plaisir de rencontrer mes fidèles électeurs, roucoula le Maître. Son ton sarcastique était à peine masqué par le charme qu’il déployait de façon presque automatique.

– En réalité, je n’ai pas voté. Mais ma tante l’a fait. »

Le Maître fit une moue faussement boudeuse et enfantine qui tira un sourire d’amusement de Amy.

« Peut-être la prochaine fois. Je devrais arriver à trouver des arguments pour vous convaincre.

– Mais je pensais que vous étiez mort. Votre femme vous a tiré dessus. Elle a même été arrêtée pour ça.

– Ça veut donc dire que je suis célibataire, ronronna le Maître.

– Arrête ça ! » gronda le Docteur avec fermeté.

Le Maître lui lançant un regard de défi.

« Qu’est-ce que tu as avec les rousses en ce moment ? Tu les collectionnes comme des Pokémons ?

– J’ai dit : arrête ça !

– Tu es jaloux parce que tu la veux ou alors tu me veux pour toi seul ? »

Le Docteur fit entendre un bruit d’irritation et, abandonnant la lutte, il se retourna pour remonter vers les niveaux supérieurs du TARDIS, sachant qu’ils allaient le suivre.

« Venez ! J’ai besoin de faire quelques tests. »

En haut, ils étaient attendus par Rory. Il avait l’air à la fois curieux et sur ses gardes. Aussitôt, il arrondit les yeux.

« Mais c’est…

– Oui, oui, c’est Harold Saxon, on sait ! s’exclama le Docteur avec agacement. Ça va vite devenir ennuyeux. Acceptons le fait et passons à autre chose : le premier ministre était un imposteur alien. »

Rory avait toujours l’air abasourdi, ne pouvant s’empêcher de le dévisager.

« J’ai… j’ai même acheté son livre, balbutia-t-il.

– Il vous a plu ? J’ai toujours pensé qu’il était bon, répondit le Maître, la voix pleine d’ironie et d’arrogance.

– Je dois avouer qu’il avait fait un bon travail d’intégration. Toujours soigneux dans les détails, marmonna le Docteur.

– Je suis réellement un artiste. »

Il sourit et se dirigea vers les commandes du TARDIS. Le Docteur le suivit, ne lui faisant pas du tout confiance.

« Maître, il faut que nous discutions. La forme que tu as actuellement est extrêmement fragile. Je dois te préciser ce que tu peux faire ou ne peux pas faire. Si tu la pousse trop loin, tu pourrais te désagréger. »

Le Maître agita une main vers lui avec dédain et l’interrompit :

« Oh, tais-toi ! Nous avons le temps. Docteur, je suis vivant ! Laisse-moi en profiter une minute. »

Le Docteur soupira et acquiesça, le regardant faire. Il ne pouvait s’empêcher de l’admirer, tandis que le Seigneur du Temps renégat caressait les touches du TARDIS avec convoitise. La ligne pâle de son dos se déplaçait comme celle d’un chat, avec l’allure d’un fier prédateur, alors même que son habillement était ridicule. La veste du Docteur était attachée autour de ses reins par les manches comme un pagne. Le Maître était vivant. Le Maître était là, avec lui. Enfin !

Ils lui donnèrent quelques minutes de répit. Finalement, il s’éloigna de la console et se promena aux alentours, visitant la salle et le nouveau design du TARDIS, aspirant l’air à longues goulées comme s'il n’avait jamais eut un goût aussi doux.

« Maître ? s’impatienta le Docteur.

– Un costume ! J’ai besoin d’un bon costume ! » annonça celui-ci.

Le Docteur eut un soupir d’irritation. Il devait refreiner cette impatience. Le Maître n’écouterait ce qu’il avait à lui dire que lorsqu’il le déciderait, de la façon dont il le déciderait.

« D’accord, fais comme tu veux. »

Le Maître eut un sourire suffisant et s’éloigna à la recherche de la garde-robe.

Rory et Amy jetèrent un coup d’œil vers le Docteur et celui-ci leur répondit par un clin d’œil amusé.

« C’est le genre de situation où on a besoin d’une bonne tasse de thé, non ? » leur dit-il.



Citation:
Un peu plus tard, ils se retrouvèrent dans la cuisine, assis autour d’une table de pierre polie couleur sable, serrant leur tasses de thé dans leurs mains. Quand le Maître les rejoignit, il portait un costume noir, avec une chemise blanche et une cravate rouge. Cela contrastait avec son aspect négligé. Il avait choisi de ne pas se raser et semblait satisfait de cette apparence.

« Alors ? » demanda-t-il.

Il jeta un regard aguicheur à Amy et elle lui retourna un sourire d’approbation.

« Tu sais que tu n’es pas réellement en train de porter ça, lui rappela le Docteur. C’est juste le filtre de perception qui en donne l’impression.

– Donc c’est normal que ça m’aille si bien », répondit le Maître avec désinvolture, chassant cette remarque qui tentait de blesser son ego.

Rory lui tendit une tasse de thé. Ce faisant il se rapprocha d’Amy, se tenant près d’elle pour montrer qu’elle était à lui. Le Seigneur du Temps semblait trop intéressé par sa nouvelle épouse. Le Maître lui lança un regard de condescendance amusée.

« Merci, ajouta-t-il, l’air tout à fait sincère, en prenant la tasse.

– Je vous en prie, grogna Rory, en se rapprochant encore d’Amy.

– Vous vous appelez comment déjà ? demanda le Maître avec douceur, tout en le jaugeant.

– Rory Williams, répondit Rory, la voix un peu rude.

– Je m’en souviendrais, repris le Maître, croisant son regard avec un calme défi.

– J’espère bien. Et vous, quel est votre nom ? » répliqua Rory, décidé à ne pas faire marche arrière.

Il le connaissait, bien entendu, mais il essayait ainsi de reprendre le contrôle et de ne pas se laisser dominer par la calme autorité du Maître. Le Seigneur du Temps eut un demi-sourire.

« Le Maître ! scanda-t-il, donnant à chacun des mots son poids d’importance.

– Et de quoi ? » rétorqua Rory, volontairement désagréable et toujours déterminé à ne pas reculer.

C’est un petit et subtil combat, mais chacun des deux était conscient de ce que voulaient dire ces minuscules victoires. Rory ne voulait pas se laisser pousser de côté et le Maître ne souhaitait pas qu’un de ces Humains l’offense en ayant le dernier mot.

« De tout ! gronda-t-il avec fierté.

– Vous devez être bien occupé, alors ! » répliqua Rory avec un sarcasme piquant.

Le Maître allait réponde à nouveau, mais le Docteur les interrompit en agitant la main pour attirer l’attention. Grâce à cela, Rory eut ainsi le dernier mot. Homme = 1, Seigneur du Temps = 0.

Il lança au Docteur un regard contrarié. Celui-ci lui en rendit un de désapprobation, ce qui montra qu’il avait choisit intentionnellement le moment de l’interruption.

« Qu’est-ce qu’il y a ? bougonna le Maître, sèchement.

– Nous devons parler de ton corps et de ce qu’il lui est arrivé.

– Ça s’appelle la puberté. Certains d’entre nous l’ont dépassé, mais pas toi semble-t-il. Quel âge a ce nouveau corps ? Douze ans ? »

Le Docteur l’ignora.

« Ton esprit, ton ADN et le codage de ton énergie sont conservés dans ces nanites – le filtre de perception ne sert qu’à te donner ton aspect naturel. Elles sont toujours reliées au TARDIS pour te maintenir dans cet espace-temps. Mais si tu utilises trop ton énergie ou t’éloignes trop de moi ou de la machine, tu mourras. »

Le Maître prit un air d’ennui.

« Tu as fini ?

– Je suis sérieux !

– Je n’en doute pas. »

Il but une longue gorgée de thé.

« Je vais devoir aller voler un autre corps. C’est vraiment dommage. Je préférais être un Seigneur du Temps. »

Il soupira, passant la paume de sa main sur sa poitrine. Ses deux cœurs allaient lui manquer.

« Non, certainement pas. Nous allons t’en construire un nouveau. »

Le Maître fronça le nez.

« Bah ! Tu veux me mettre dans un morceau de viande fabriqué artificiellement et mis à pousser dans une cuve ?

– Oui.

– Ça va prendre une éternité. Et je vais sentir le désinfectant pendant des semaines, se plaignit-il.

– C’est ta seule option. C’est à prendre ou à laisser », répondit le Docteur fermement.

Le Maître lui lança un regard boudeur.

« Tu te sentiras à nouveau comme avant, ajouta le Docteur. Tu pourras même le personnaliser. Redevenir brun par exemple.

– Non, si je commence à faire des modifications, ça va être sans fin.

– Alors, c’est d’accord ?

– Il semble que je n’ai pas le choix, puisque je ne peux pas partir d’ici sans un corps. Et je n’ai pas envie de récupérer celui-là… »

Il montra Rory d’un air de dégoût.

« …ou toi !

– Autrefois, tu mourrais d’envie de me le prendre, pourtant, fit remarquer le Docteur, avec un sourire provocateur.

– Autrefois, j’ai survécu dans un corps décomposé et dans un serpent. Nous faisons tous des erreurs », répliqua le Maître.

Ils se mirent à rire.

Amy leur sourit, fort intéressée par leur conversation. Le Docteur semblait heureux de parler à une personne de sa propre espèce et, selon ce qu’elle avait entendu, ils se connaissaient depuis longtemps. Elle avait craint qu’une fois mariée à Rory, il ne se sente comme la cinquième roue du carrosse.

Après le thé, l’ensemble du système semblait fonctionner correctement. Alors que le Docteur pensait que leur vie dans le TARDIS était facile et sans soucis, en réalité elle était toujours mouvementée. Lui-même était toujours agité et plein d’enthousiasme.
Il semblait satisfait du niveau d’énergie du TARDIS, maintenant. Le Maître dans sa forme actuelle en drainait toujours une partie, mais c’était moins critique. Ce qui restait était suffisant pour cesser de se recharger à Cardiff et aller directement au cent-septième siècle afin de s’occuper d’un nouveau corps pour le Maître. Au cours du voyage, Amy ne put s’empêcher de lui jeter des regards furtifs.

Il la fascinait. Elle avait senti au plus profond d’elle-même qu’il était mauvais et cruel. Elle l’avait perçu lorsqu’il l’avait possédée. Mais il avait un tel charisme, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’être attirée. À cela se rajoutait la curiosité pour l’homme qui avait été Harold Saxon, un de cette race mystérieuse des Seigneurs du Temps, et l’espoir d’en savoir plus sur le passé jalousement gardé du Docteur.

Pendant que le Docteur pilotait le TARDIS, elle observait le Maître se promener dans la salle de commandes et essayer de manipuler l’énergie blanc-bleutée qui sortait de ses doigts. Puis elle surprit le regard Rory sur elle et se rapprocha de lui pour lui prendre la main.

Enfin, le Docteur matérialisa la machine et fit un sourire au Maître.

« Nous y voici. Allons t’acheter un nouveau corps. »

L’autre Seigneur du Temps le rejoignit sans enthousiasme.

« C’est ça, finissons-en », grogna-t-il.

***


Les portes du TARDIS s’ouvrirent sur une grande esplanade de béton blanc. Des habitations anciennes se nichaient les unes contre les autres, montrant les milliers d’années d’une architecture soigneusement préservée. Elles servaient toujours et se pressaient en une superposition de bâtiments étroitement serrés. Au dessus d’eux, d’immenses gratte-ciel de béton et de verre, grimpaient à une hauteur incroyable. Chacun était comme un village par le nombre de personnes qu’il contenait. On aurait dit de splendides sculptures de marbre blanc.

« Où sommes-nous, demanda Amy impressionnée.

– Londres, le cent-septième siècle.

– C’est dans notre système de datation ? interrogea Rory.

– Oui, quatre-vingt-six milles ans dans le futur, rayonna le Docteur.

– Juste un petit saut en avant, remarqua le Maître. Rien en comparaison de l’endroit où tu m’as trouvé.

– Rien ne peut se comparer à l’endroit où je t’ai trouvé. Je ne suis même pas sûr que ma pauvre vieille puisse encore faire un tel voyage. »

Le Maître se rengorgea en silence. Amy aurait aimé en savoir plus, mais aucun des deux n’ajouta quelque chose.

« L’hôpital est ici », dit le Docteur pour en revenir aux choses sérieuses.

Il montra du doigt un très grand bâtiment qui semblait fait d’une seule pièce de verre moulé.

« Ils ont un service au sous-sol qui fait pousser des clones. C’est pour les riches patients en phase terminale, qui veulent être transférés dans un nouveau corps en bonne santé. Les clones doivent avoir le même âge que les donneurs de l’ADN. Il y a une loi qui les y oblige. Pour éviter que certains prétendent à l’immortalité.
Les clones n’existent pas par eux-mêmes. Ils ne sont que les récepteurs de l’esprit qu’on y transfère. Ainsi pas de problème éthique, puisqu’ils ne sont pas réellement vivants, vous voyez ? expliqua le Docteur.

– Très instructif », grommela le Maître, l’air ennuyé.

Alors qu’ils s’éloignaient du TARDIS, il eut un frisson. Il se sentait bizarre et un peu étourdi. Les tambours battaient plus forts dans sa tête. Il agita une main, craignant presque de la voir disparaître. Il sentit les doigts du Docteur se refermer sur elle, et ses yeux verts le contempler avec douceur.

« Ne t’inquiète pas, Maître. Reste près de moi. Nous n’allons pas très loin.

– J’ai l’impression d’être saoul, murmura le Maître, humilié de se sentir si vulnérable.

– Tu vas t’y habituer. N’utilise pas ton énergie électrique si tu ne veux pas t’affaiblir davantage. Cette fois-ci, tu ne pourras pas manger pour compenser, tant que tu n’as pas un vrai corps.

– Compris », bougonna le Maître.

Il détestait se sentir si dépendant, si fragile. Mais il devait admettre que la présence du Docteur était rassurante. Elle l’était toujours. Oh, qu’il le haïssait !
Ces clones cultivés artificiellement lui parurent soudain une alternative acceptable à côté de ça.

Le Docteur devina son inquiétude.

« Tu peux te fier à moi, lui dit-il.

– Oh mais, j’ai confiance ! Je sais que tu ne veux pas ma mort. Mais je ne suis pas sûr que tu sois assez compétent pour ne pas me blesser ou me tuer pendant le transfert.

– Eh bien, merci pour cet optimisme !

– Je t’en prie ! grinça le Maître.

– Ça va aller », murmura Amy

Elle tapota l’épaule du Docteur. Il avait soudain l’air si fatigué.

Ils arrivèrent bientôt dans la grande entrée de l’hôpital. Elle était carrelée de marbre blanc et d’ardoise. Les couloirs étaient assez larges pour laisser passer les brancards, mais on aurait dit que le sang n’avait aucune chance d’être autorisé à salir ces lieux.

La réception des urgences était proche de l’arrivée des ambulances. Cette entrée avait été conçue pour impressionner et rassurer les patients riches.

« C’est plus chic que là où je travaille, commenta Rory en riant.

– Un petit peu plus », en convint Amy.

Le Docteur se dirigea vers la réception pour parler à l’hôtesse et le Maître resta en retrait avec Amy et Rory. Lorsqu’il revint vers eux, il souriait et voulut reprendre la main du Maître. Mais celui-ci s’écarta de son chemin. Le Docteur eut un petit air de déception qui s’effaça aussitôt.

« Bonne nouvelle. Ils nous acceptent. Tu dois rester pour faire des analyses. Ils ont besoin de copier ton ADN. J’ai dû insister, parce que c’est un peu en dehors de la loi. Mais ils se laisseront convaincre.

– Est-ce parce que, techniquement, c’est une résurrection ? demanda le Maître, l’air sceptique.

– Étant donné qu’on parle d’une espèce en voie de disparition et que tu n’es pas considéré comme vraiment mort… de plus j’ai aidé la grand-mère du propriétaire. Bref, ils vont faire une exception.

– Une espèce en voie de disparition ! C’est sympa ! soupira le Maître

– Que tu le veuilles ou non, c’est bel et bien le cas, répliqua le Docteur. Venez. »

Le Docteur emmena le Maître vers les niveaux inférieurs de l’hôpital où ils furent escortés par une infirmière. Ils rencontrèrent rapidement l’ingénieur médecin, un homme en blouse blanche avec des cheveux crépus et une barbe noire.

« Ah, voici notre patient ! s’exclama-t-il en regardant le Maître avec curiosité.

– Lui-même ! » répondit le Docteur en hochant la tête.

L’homme se rapprocha et toucha l’épaule du Maître qui fronça les sourcils.

« Pouvez-vous arrêter le filtre de perception ? » demanda le médecin.

Le Docteur se tourna vers le Maître, interrogatif, et celui-ci approuva avec réticence. Le tournevis sonique entra en action. Le corps du Maître sembla se dissoudre. Aussitôt, le nuage des nanites, semblables à des lucioles, flotta dans les airs. L’homme tendit la main et en toucha légèrement quelques unes.

« Des nanites ! Remarquable ! Elles contiennent ses données ?

– Oui, approuva le Docteur. Son code ADN, son indice énergétique et sa conscience. Son esprit, sa mémoire et son signal énergétique étaient intacts. Seul son corps avait disparu. »

Le médecin hocha la tête pensivement.

« Je ne veux pas vous mentir. Ceci est tout nouveau pour moi. Mais vu notre façon de créer nos clones, je pense que nous pourrons y télécharger les informations que contiennent les nanites. Nous partirons d’une base de cellules neutres et les ferons pousser selon ces données.

– Faites de votre mieux.

– Oh, bien entendu. Cela va être un fantastique développement dans notre domaine. Créer un Seigneur du Temps ! Ce sont des légendes ! »

Il s’avança et prit une poignée de nanites. Les autres le suivirent alors qu’il empruntait un couloir pour aller dans une autre pièce. C’était une grande chambre blanche avec des ordinateurs de pointe et une machine semblable à une IRM, mais infiniment plus complexe. L’homme plaça les nanites à l’intérieur et les autres y entrèrent aussi. Puis il mit le scanner en marche.
Au bout de vingt minutes, il les relâcha. Le Docteur se précipita, actionnant à nouveau son tournevis. Le filtre de perception reforma l’apparence du Maître.

« Comment te sens-tu ? lui demanda le Docteur, avec anxiété.

– C’est déroutant, mais je vais bien, répondit le Maître en passant une main sur son visage.

– Eh bien, le téléchargement est un succès, assura le médecin avec un sourire satisfait.

– Combien de temps cela va-t-il prendre ? s’enquit le Docteur.

– Habituellement, il faut deux à trois semaines, mais dans ce cas précis, je dirais plutôt un bon mois.

– C’est parfait. Nous voyageons dans le temps. Rendez-vous dans une minute, alors, intervint le Maître.

– Non, affirma le Docteur. Il faut que ça se fasse en temps réel. Si ta ligne temporelle ne correspond pas à celle du clone, il pourrait te rejeter, parce qu’il ne reconnaîtra pas ton empreinte.

– Oh, super ! grogna le Maître en levant les yeux au ciel.

– Allez, ce n’est qu’un petit mois ! Ce n’est rien. Tu voyageras avec Amy, Rory et moi. Nous irons voir les étoiles. Et peut-être, peut-être que…

– Peut-être que la beauté de l’univers pourrait tellement m’éblouir que je deviendrais miraculeusement bon ? s’esclaffa le Maître.

– Ce… ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura le Docteur d’un air coupable.

– C’est exactement ce que tu allais dire. Tu oublies une chose : j’ai déjà vu l’univers, j’ai déjà vu les étoiles.

– Pas toutes, pas à chaque époque.

– Et tu crois qu’en voir de nouvelles va me changer ? se moqua le Maître.

– Chaque nouvel endroit est un monde de possibilités infinies. Il y a tellement de choses à apprendre, tant de chose à f… attends… ah non, c’est encore le Roi Lion », bafouilla le Docteur.

Le Maître lui lança un lourd regard.

« Pourquoi, parmi les milliards de Seigneurs du Temps, faut-il que ce soit l’idiot du village qui ait survécu ? » soupira-t-il.

Il se tourna et se dirigea vers là où ils avaient matérialisé le TARDIS.

« Si quelqu’un me demande, je vais m’enfermer dans une chambre pendant un mois pour échapper à ta stupidité.

– C’est gentil », renifla le Docteur.

Laissant le Maître s’éloigner, il se tourna vers le médecin conseil, lui serrant les mains.

« Merci. Vraiment beaucoup. Vous prendrez bien soin de lui, n’est-ce pas ?

– Oh oui ! Vous pouvez vous reposer sur moi. À bientôt, monsieur.

– À bientôt. »

Le Docteur lui sourit chaleureusement et se précipita derrière le Maître. Il ne souhaitait pas que le Seigneur du Temps renégat touche aux commandes du TARDIS pour tester quelques unes de ses idées astucieuses.



Citation:
Une fois de retour dans le TARDIS, le Docteur expliqua la situation à ses amis, pendant que le Maître s’éloignait, visiblement de mauvaise humeur. Rory n’était pas ravi que le Seigneur du Temps reste en leur compagnie si longtemps, mais il n’en dit rien, devant le visage heureux du Docteur. Amy, elle aussi, semblait s’en réjouir. Elle était contente qu’il soit là pour apprendre à mieux le connaître, mais surtout pour en savoir plus sur le passé du Docteur.

Celui-ci tenta de convaincre son congénère de visiter des lieux qu’il pourrait aimer : les volcans de Alachae ou les immenses villes de Rekarnoom, mais il préféra disparaître dans les entrailles labyrinthiques de la machine spatio-temporelle. Quand le TARDIS se matérialisa dans un superbe bateau voguant sur un océan rose bonbon, le Docteur finit par abandonner cette idée dans un grognement de défaite.

« Hum ! J’espère qu’il va bientôt réapparaître. Qui sait ce qu’il est en train de mijoter. Nous pourrions un beau jour nous réveiller dans une nouvelle machine à paradoxe ou pire encore.

– Peut-être s’est-il simplement perdu, suggéra Rory.

– Ça m’étonnerait. Je parie qu’il se cache juste par entêtement. Il n’a pas envie d’être avec nous.

– Ne le prenez pas personnellement, Docteur, mais peut-être n’apprécie-t-il pas d’être aussi dépendant de vous, insinua Amy en regardant un gros poisson sauter hors de l’eau.

– Sûrement », admit le Docteur avec un soupir.

***


Pendant presque une semaine le Docteur renonça et essaya de satisfaire ses goûts. Il y eut même une course poursuite avec un vaste vaisseau spatial alien qui abandonna le TARDIS secoué et bien abîmé en l’entraînant dans son attraction gravitationnelle. Mais cela ne convainquit pas le Maître de cesser de se cacher.
Après une longue journée où le Docteur et Rory firent équipe pour réparer les dégâts, ils finirent par aller se coucher.

Amy était allongée sur le dos, vêtue de sa chemise de nuit. Elle écoutait Rory ronfler. Elle avait d’abord pensé que c’était adorable. Rory ne ronflait que lorsqu’il était très fatigué. Mais, après plus d’une heure de concert, cela commençait à lui taper sur les nerfs.

Abandonnant tout espoir de dormir, elle se leva en soupirant, tâtonnant dans l’obscurité pour ouvrir la porte. Elle décida d’aller se chercher quelque chose à manger. Elle se dirigea dans les couloirs sombres. Elle était maintenant habituée à la petite partie qu’elle appelait "la maison", à savoir leur chambre, une salle de bain luxueuse, la cuisine, la salle de commandes et une bibliothèque qui leur servait de salon.

À sa grande déception et à celle du Docteur, elle ne contenait plus de piscine, depuis que le TARDIS avait refait certaines pièces. Depuis plus d’un an, le Docteur n’avait pas renoncé à retrouver la piscine. L’emplacement de la chambre de celui-ci était mystérieux encore que celui de la piscine. Amay n’avait jamais su où elle était, mais elle pensait qu’elle se trouvait plus profond au cœur de la machine.
En fait, elle n’avait jamais vu le Docteur s’y diriger. Seulement en venir, lorsqu’il surgissait encore mouillé, une serviette autour de la taille, afin de remettre le TARDIS dans la bonne direction.

Bien qu’elle l’ait vu une fois se promener dans l’aile est du vaisseau en pyjama rayé bleu, elle n’était pas sûre si cela avait été la réalité ou si elle l’avait rêvé. Elle se demandait si c’était habituel aux Seigneurs du Temps d’être aussi secrets et jaloux de leur vie privée. Elle gémit de douleur lorsqu’elle fut sortie de sa rêverie en heurtant les doigts d’un de ses pieds. Elle sautilla sur l’autre en essayant de le masser quand elle perçut quelque chose.

Au milieu du silence, venant du plus profond du vaisseau, elle entendait une lointaine musique. À cette distance, elle n’arrivait pas à savoir ce que c’était, mais cela semblait plutôt enjoué et rythmé. Oubliant aussitôt sa faim et sa douleur à l’orteil, elle se glissa silencieusement à la recherche de ce son, d’abord dans l’obscurité familière puis inconnue de la machine. La musique devint de plus en plus forte, jusqu’à ce qu’elle reconnaisse une chanson des Scissor Sisters, She’s My Man. Elle ne put s’empêcher de sourire, puis elle vit une lueur dorée sous une porte. Elle la poussa et entra avec circonspection.

Elle fut d’abord baignée dans une vague de musique gaie et entraînante. La pièce était éclairée d’une chaude lumière. Elle était bourrée d’étagères couvertes de technologies extra-terrestres, ainsi que divers bouts de métal et tout un bric-à-brac très ancien. Il y avait aussi des établis et des morceaux de machineries à moitié finies. Au centre, à un des établis de couleur cuivre, le Maître était assis, habillé négligemment d’une robe de chambre en soie noire. Il travaillait sur un petit appareil et fredonnait en même temps que la musique.

Amy hésita, regarda autour d’elle, puis elle s’avança.

« Ainsi, vous êtes là. » déclara-t-elle.

Le Maître leva la tête, un complexe morceau de câblage à la main. Il le posa, haussa un sourcil et répondit :

« Je suis là. »

Amy vint se pencher sur la table.

« Il est deux heures et demi du matin, fit-elle remarquer.

– Oui.

– Et vous avez disparu depuis une semaine.

– Six jours, en fait », précisa-t-il, la regardant tranquillement.

Il retourna à son travail. Devant lui, étaient disposés une multitude de minuscules composants dans un ordre rigoureux. Au centre, un appareil était en cours de montage. Amy n’avait aucune idée de ce que ça pouvait être. Elle prit un siège et s’assit en face de lui. Ses mains bougeaient avec une grâce étonnante. Ses doigts agiles assemblaient et soudaient des circuits et ce qui ressemblait à une ampoule. Ses yeux brillaient d’intelligence et de concentration. Mais ils lui paraissaient plus éteints qu’auparavant et surtout, ils étaient soulignés d’un cerne sombre.

« Maître ? supplia-t-elle.

– Quoi encore ? Je suis occupé ! répliqua-t-il sèchement.

– Le Docteur s’inquiète pour vous.

– Laissez-le s’inquiéter.

– Est-ce que vous lui en voulez ? demanda-t-elle.

– Non, pas spécialement, répondit-il.

– Alors, pourquoi nous évitez-vous ? »

Le Maître poussa un gros soupir et la fixa avec un regard qui l’a mit mal à l’aise.

« Je ne suis pas son animal de compagnie. Ce n’est pas parce que vous aimez le suivre jour après jour, tout le temps, que je dois faire pareil. Je suis là pour un mois, et puis je partirai. Ce ne sera pas trop tôt ! »

Amy hocha la tête avec réprobation.

« Il essaye juste de vous aider !

– Il l’a fait. Et alors ? Ça devrait le rendre heureux. Son auréole n’en brillera que plus.

– Il n’est pas aussi superficiel ! répliqua Amy fermement, un peu sur la défensive.

– Et comment savez-vous ça ? Vous ne le connaissez pas du tout ! »

Amy le foudroya du regard. Lorsqu’il tendit la main pour prendre un outil afin de se remettre au travail, elle la lui attrapa pour le faire tenir tranquille.

« Je sais qu’il est allé tout exprès dans certains lieux parce qu’il pensait que vous les aimeriez pour vous inciter à sortir. Je sais qu’il ne cesse de parler de vous. Je sais qu’il est à la fois furieux et inquiet. Et il a certainement le droit de l’être. Regardez-vous ! Avez-vous seulement dormi ?

– Bien sûr que non, je n’ai pas dormi ! rétorqua le Maître.

– Pas du tout ?

– Pas depuis que j’ai ressuscité, marmonna-t-il. Ils sont trop forts.

– Quoi donc ? s’inquiéta Amy.

– Les tambours ! Ces foutus tambours ! »

Il grogna et se serra le crâne en un geste réflexe.

« Ils ne me laisseront jamais dormir. Jamais. Alors, je m’occupe. J’y suis habitué. »

Amy ne répondit pas, et il fit une grimace en voyant son expression de compassion.

« Qu’est-ce que vous fabriquez ? » demanda-t-elle doucement.

Elle ne savait pas jusqu’où elle pouvait le questionner. Elle comptait sur le Docteur pour lui expliquer ce qu’étaient ces tambours. Le Maître se racla la gorge et tapota la table.

« Un tournevis laser.

– Comme le tournevis sonique du Docteur ?

– Hum ! Le mien est mieux. Beaucoup plus… puissant. »

Elle regarda l’objet avec fascination, se demandant comment autant de pièces pouvaient tenir dans ce petit appareil manuel.

« Super ! Est-ce que tous les Seigneurs du Temps en ont un ?

– Non.

– Qui en a fabriqué un en premier, vous ou le Docteur. »

Le silence réticent qui suivit était à lui seul une réponse. Elle s’amusa de sa fierté têtue.

« Et vous qu’est-ce qui vous empêche de dormir ? grogna-t-il pour détourner la conversation.

– Oh moi ? Rory ronflait, rit Amy.

– C’est un des risques du mariage, fit le Maître dans un demi-sourire.

– Vous étiez marié vous-même à cette femme : Lucy. Ronflait-elle ?

– Non, mais elle avait les pieds froids. »

Ils rirent tous les deux. Puis le Maître eut un sourire ravi, envahi de bons souvenirs, lorsque la chanson qui passait fut I Can’t Decide. Amy pencha la tête avec intérêt.

« Eh bien, je suis déçu ! » déclara soudain le Maître.

Il la fixait dans les yeux et Amy sentait leur magnétisme. C’était comme si elle ne pouvait pas détourner le regard. Elle ne savait pas comment il faisait ça. Mais le pire ce fut lorsqu’elle comprit, à son air suffisant, que c’était volontaire.

« Pourquoi ? demanda-t-elle.

– Je pensais que vous aviez quitté votre mari endormi, et que vous étiez descendu ici – dans cette chemise fort légère – pour une tout autre raison. »

Ses yeux pétillaient de malice. Amy avala sa salive. Elle rougit lorsqu’elle réalisa qu’elle ne pouvait pas le nier totalement. Au bout d’un moment, elle soupira et reprit de l’assurance. Elle secoua ses cheveux et lui lança un regard de défi.

« Imaginez ce que vous voulez. Je ne suis descendue que parce que j’ai entendu la musique, Maître.

– Alors pourquoi tenez-vous toujours ma main ? »

Elle baissa les yeux et s’aperçut que c’était exact. Elle voulut la retirer, mais cette fois-ci, ce fut lui qui lui saisit les mains et l’obligea à se pencher au dessus de la table.

« Dites-moi, Amy ? Pourquoi perdez-vous votre temps avec cet Auton ? »

Elle se débattit, essayant de libérer ses mains, mais la poigne douce du Maître était trop forte. Ceci, se rajoutant à l’effet hypnotique de son regard, lui fit comprendre qu’elle ne pourrait que se rendre ridicule avec cette tentative infructueuse.

« Je ne perds pas mon temps, répliqua-t-elle fermement. J’ai grandi avec Rory. Ce n’était pas un Auton, alors.

– C’est mignon. Pourquoi est-il fait de plastique, maintenant ?

– Peu importe. Je l’aime.

– Et alors ? J’ai le sentiment que cela ne vous jamais arrêtée auparavant. Il n’y a qu’une sorte de gens qui puisse rejoindre le Docteur dans le TARDIS et avoir le courage d’y rester. Des gens qui aiment l’aventure. Des gens qui ne s’embarrassent pas des règles et des limites. »

Amy ne répondit pas. Elle essayait de détourner son regard du visage du Maître. Sans y parvenir.

« Et vous l’aimez aussi ? continua le Maître. Je veux dire : le Docteur. »

Amy tenta de se libérer brusquement. Mais le Maître la retenait.

« Oui je l’aime… comme un grand frère. Lâchez-moi !

– Oui, comme le disait Freud : la famille est le creuset des tous les instincts incestueux refoulés. »

Il souriait de façon perverse.

« C’est dégoûtant ! » grogna-t-elle.

Le Maître gloussa.

« Je comprends pourquoi il vous a gardé.

– Je ne suis pas son jouet ! répondit Amy, opiniâtre.

– Bien sûr que non, vous ne l’êtes pas ! » murmura-t-il.

Alors, il la tira vers lui et, avant qu’elle ait compris ce qui se passait, sa bouche se colla à la sienne. D’abord, elle résista, puis se détendit. Ses lèvres s’entrouvrirent en une invite dont le Maître profita. Une de ses mains caressait le visage de la jeune femme, tandis qu’il explorait sa bouche à la rencontre de sa langue.

Ce n’était pas une lutte comme avec le Docteur. Mais plutôt comme un bras de fer silencieux où chacun tentait de prendre l’avantage sur l’autre. Amy ressentit la satisfaction d’une petite victoire, quand le Maître manifesta le premier son plaisir.

« Amy ! »

Elle retomba dans la réalité et recula vivement en entendant la voix choquée du Docteur.

« Doc… Docteur ! » balbutia-t-elle.

Elle détesta l’air coupable qu’elle sentait se répandre sur son visage. Le Maître eut un sourire malicieux et relâcha ses mains, passant la langue sur ses lèvres.

« Bonsoir Docteur, roucoula-t-il. Tu es en retard.

– J’ai entendu la musique, répondit le Docteur froidement.

– Docteur, je… commença Amy.

– Tu n’as pas besoin de t’expliquer », la coupa le Docteur avec un soupir d’exaspération.

Amy se mordillait les lèvres, se sentant toujours comme un enfant qu’on aurait puni. Elle essaya de penser à autre chose. N’importe quoi. Comme le fait que le Docteur était en pyjama rayé, par exemple. Au moins, elle n’avait pas imaginé ça. C’était déjà quelque chose.

« Amy, si j’étais toi, je retournerais voir mon mari », ajouta-t-il fermement, comme elle ne faisait pas mine de bouger.

Elle hocha la tête, mis une mèche de cheveux derrière son oreille et se leva. Elle regarda les deux Seigneurs du Temps, puis se précipita dehors, contente de s’en aller. Elle trouvait désagréable d’agir comme si elle s’était rendue coupable de quelque chose. Cependant, elle avait de plus en plus le sentiment que c’était le cas.

Lorsqu’elle s’allongea à côté de Rory, elle trouva son ronflement apaisant et en éprouva même du soulagement. Elle tira les couvertures et s’installa derrière lui, mettant un bras autour de sa taille et sa joue appuyée contre son dos. Elle sentait les lents mouvements de sa respiration. Ô combien il lui était précieux !



Citation:
Dans l’atelier, il y eut un très long silence. Le Maître le brisa finalement avec un sourire cruel.

« Est-ce que tu vas rester là, à me lancer des regards courroucés, toute la nuit ?

– À quoi est-ce que tu joues ? » demanda le Docteur.

Son attitude raide et sa voix grave montrait qu’il se contenait difficilement.

Le Maître lui lança un regard qu’il voulait innocent, mais qui n’était que moqueur et amusé.

« Qu’est-ce que tu veux dire ?

– Amy Pond a un époux. Un bon mari. Il s’est occupé d’elle pendant que je n’étais pas là. Il est mort pour nous. Il a survécu grâce aux souvenirs qu’elle avait de lui. Pendant deux milles ans, il a été là pour assurer sa sécurité. Je ne vais pas te laisser détruire tout ça pour un simple frisson de plaisir. »

Ses yeux étaient durs.

Le Maître éclata de rire.

« Rassilon ! Tu es si mignon quand tu essayes d’être sérieux !

– Je suis sérieux ! Laisse-la tranquille.

– Tu es jaloux ? »

Le Docteur ignora la remarque.

« Je sais l’impact que tu peux avoir sur les gens.

– Elle ne m’a pas repoussé.

– C’est Amy. Elle est curieuse et elle aime les nouvelles expériences. Elle est comme ça. C’est à toi ne pas la tenter.

– Et alors ? C’est plutôt à son mari de s’inquiéter de ça, non ?

– C’est à moi aussi. J’en fais mon affaire. Je t’avertis, Maître. Tant que tu es dans mon TARDIS, tu dois respecter mes compagnons et bien te conduire. Je veux bien te faire confiance, mais tu dois la mériter. »

Le Maître le regarda longuement, son expression se durcissant.

« Ainsi, je dois respecter tes règles ?

– C’est ça.

– Et si je refuse ? » ricana-t-il.

Le Docteur fronça les sourcils, puis il lui tourna le dos pour retourner se coucher.

« Tu ne refuseras pas si tu connais ton intérêt. Et si tu me connais aussi. » laissa-t-il tomber en sortant.

Le Maître resta un instant immobile, jetant des regards furieux à la porte. Puis il reprit son travail, en augmentant le volume de la musique.

***


Le lendemain matin, le Docteur prenait son petit déjeuner. Il testait prudemment le goût d’une banane, quand Amy entra dans la pièce en faisant de son mieux pour avoir l’air naturel. Il leva les yeux et abandonna la banane au royaume des aliments qu’il ne pouvait plus supporter. Il se demanda s’il devrait commencer à faire une liste.

« Bonjour Amy.

– Bonjour, Docteur. »

Elle s’assit. Au bout d’un moment, elle attira l’assiette de banane à elle, et se mit à manger les morceaux que le Docteur n’avait pas touchés.

« Où est Rory ? demanda-t-il, essayant de ne pas donner une intonation accusatrice à ces mots.

– Dans la douche, répondit-elle, feignant de ne pas paraître coupable.

– Tu lui as dit…

– Non ! Non, il n’a pas besoin de le savoir. C’était juste… enfin, rien d’important. Un peu d’amusement. »

Elle lui lança un regard qui se voulait ferme, mais devint bientôt suppliant.

« Vous ne le lui direz pas, n’est-ce pas ?

– Bien sûr que non. Le Maître a joué sa part dans cette partition, de toute façon. »

Amy eut un soupir de soulagement.

« Merci.

– Tout le monde fait des erreurs. Moi-même, je suis assez vieux pour en avoir fait pas mal.

– Lesquelles ?

– Dans ce genre ? Elizabeth. Et puis Marilyn, ajouta-t-il avec un sourire malicieux.

– Mais pourquoi diable lui avez-vous donné le numéro de téléphone du TARDIS ? répondit Amy en riant.

– Elle s’est montré très persuasive.

– Oh, j’imagine bien ! »

Le Docteur se mit à rire, puis il lui donna une petite tape pour qu’elle se taise. Amy gloussa et lui tira la langue.

***


Lorsqu’il regagna la salle de commande, le Docteur fut étonné d’y trouver le Maître, enfin sorti de sa cachette. Il inspectait les boutons et les écrans. Il avait toujours le même aspect, mélange d’élégance et de négligé. Un costume noir tiré à quatre épingles, une chemise blanche, une cravate noire et des chaussures scintillantes. Mais aussi sa barbe mal rasée et son air hagard, à cause du manque de sommeil.

« Où allons-nous ? » demanda-t-il lorsqu’il les vit paraître, jetant un regard complice à Amy.

Mais elle ne le lui rendit pas et s’éloigna à l’autre bout de la pièce.

« Tu te joins enfin à nous ? demanda le Docteur.

– Il me semble, puisque je suis là. Montre-moi donc ce qui est si intéressant à faire du tourisme. »

Le Docteur sourit et hocha la tête avec reconnaissance.

« Génial ! » s’exclama-t-il.

Il donna une poussée à un levier et le TARDIS démarra avec son bruit caractéristique. Aussitôt Rory surgit dans la salle de commande, trébuchant, alors que la machine tanguait.

« Hé ! Où allons-nous ? » s’exclama-t-il, chancelant de quelques pas et s’agrippant à Amy.

Elle l’aida à se relever en riant.

« Nous allons faire des rêves », répondit le Docteur.

Le Maître lui lança un regard interrogateur.

« Quels rêves ? demanda Amy.

– Le Pont-des-Rêves du Grand Lamia. Cela permet de vivre une expérience spatiale basée sur la mémoire et les rêves de chacun. C’est comme du cinéma en temps réel.

– On peut amener du pop-corn ? plaisanta Rory.

– Pourquoi pas ! » rit le Docteur.

Peu de temps après, ils arrivèrent. Le TARDIS se matérialisa dans le couloir moquetté de ce qui semblait être un immense et impressionnant bâtiment. Ils sortirent tous les quatre. La première sensation d’Amy, outre les décors soignés, fut un faible, mais constant bourdonnement.

Ils suivaient le couloir, tandis que le Docteur recherchait une fois de plus son papier psychique. Amy poussa un petit cri, lorsqu’ils rencontrèrent un hublot. À l’extérieur, on voyait la noirceur de l’espace piquetée d’étoiles. Tout autour, d’innombrables vaisseaux spatiaux les entouraient, plus ou moins distants. Ils étaient tous différents. Un très grand et circulaire, certains de forme acérée, mais la majorité ronds et blancs.

« Où sommes-nous ? souffla-t-elle, scrutant l’espace.

– Je vous l’ai dit : dans le Grand Lamia. C’est le nom du vaisseau récréatif de la grande flotte Arwa que vous pouvez voir autour de nous. Écoutez, on entend ses moteurs.

– Où vont-ils ? » demanda Rory.

Il avait remarqué que les étoiles bougeaient rapidement. Ils devaient aller à une vitesse incroyable.

« C’est une flotte qui est partie pour une très longue exploration, expliqua le Docteur. Toute une communauté, toute une ville bâtie pour durer des générations. Ils veulent créer des colonies, mais ils n’ont pas de but précis. Ils cherchent à explorer et à noter leur trouvaille, tout en voyageant. C’est la raison pour laquelle ils ne sont pas en hibernation. Le Pont-des-Rêves a été créé comme un loisir, une échappée de liberté, et aussi pour enregistrer leurs souvenirs dans un but historique.

– Il n’y a que des Humains ? interrogea Rory.

– Oui, tous Humains.

– Ça se sent ! » grommela le Maître.

Le Docteur lui lança un regard réprobateur et continua sa route. Bientôt, ils croisèrent d’autres gens, tous vêtus d’une grande variété de vêtements colorés.
Il semblait y avoir une sorte de mode parmi les membres de l’équipage : ils avaient de fines chaînes dans les cheveux. Mais ils étaient tous habillés de façon très diverses. Certains portaient des uniformes marron avec de gros colliers oscillants et des bottes épaisses. Des appareils de communication étaient attachés à leurs revers. Les autres semblaient être des civils. On voyait des gens bien plus âgés ou bien plus jeunes que les membres de l’équipage. Des familles, probablement.
Beaucoup marchaient avec énergie, un sourire détendu aux lèvres. Ils étaient venus là pour se relaxer. Rory espérait qu’ils étaient si nombreux que personne ne les reconnaîtrait comme étrangers. Ils avaient l’air tous très unis.

Le Docteur les conduisit vers la zone principale du Pont-des-Rêves. Ils se mirent au bout d’une longue file qui attendait devant de nombreuses cabines. Arrivés devant celui qui vérifiait les billets, le Docteur produisit son papier psychique. Le Maître prit un air boudeur pour ne pas avoir été autorisé à utiliser ses propres méthodes.
Ils furent admis dans une des salles. Le lieu était complètement noir. Les parois étaient faites d’une maille serrée et réfléchissante de verre et de métal. Rory se dirigea vers un mur pour l’inspecter, tandis que Amy faisait de même avec le sol. Le Docteur était content de les voir si curieux. Le Maître quant à lui, avait l’air de s’ennuyer.

« Comment ça fonctionne ? demanda Amy, revenant vers eux.

– Il y a un mode d’emploi au dos du billet, répondit le Docteur. En gros, c’est comme un grand récepteur psychique. Il lit vos pensées et souvenirs et les projette sur l’ensemble des personnes présentes, les incluant dans l’expérience. Les esprits sont reliés. Cela fait un rêve collectif. Vous comprenez ? Simple, mais ingénieux. Pour l’instant, cette machine ne peut créer que des environnements statiques. Le processus n’est pas assez avancé pour créer des personnages. Nous ne pourrons inter réagir que les uns avec les autres. Les détails de la projection ne dépendront que de votre mémoire.

– Alors pourquoi ne pas aller plus loin dans l’avenir ? critiqua le Maître. Nous pourrions bénéficier d’une technologie plus avancée.

– Parce que j’aime bien la flotte Arwa. Chut, maintenant ! l’interrompit le Docteur.

– J’aime bien aussi », ajouta Amy en regardant le dos de son billet.

Il y avait écrit :

~Bienvenue dans l’expérience holographique de La Fierté de Lamia~

Merci de prendre un moment pour vous relaxer en famille ou entre amis. Quand vous êtes prêts, vous choisissez un membre de votre groupe pour mener la simulation. Ensuite :

1 – Assurez-vous que tout le monde ait une position confortable.
2 – Le meneur met sa main sur le sol ou sur un des murs.
3 – Il doit se concentrer sur l’environnement qu’il a choisi. Les récepteurs HPE amplifieront ses souvenirs.
4 – Tous doivent fermer les yeux et faire le vide dans leurs esprits. Lorsqu’ils ouvriront les yeux, ils se trouveront dans le lieu choisi.
5 – Pour terminer la simulation, le meneur doit claquer des mains trois fois.


« Génial ! s’écria Amy.

– Avec le Maître et moi présents, l’expérience devrait être encore plus vivante. Les Seigneurs du Temps sont des gens au psychisme naturellement sensible. Nous devrions arriver à nous relier entre nous et avec la machine plus facilement.

– Est-ce que nous risquons de nous taper aux murs ? demanda Rory.

– Un faible champ d’énergie nous repousse, si nous nous en approchons trop, répondit Amy, lisant toujours les instructions.

– Oh, d’accord.

– On y va, alors ? dit le Docteur gaiement. Par qui commençons-nous ? Quelque chose d’assez simple d’abord.

– D’accord, je veux bien essayer », proposa Rory.

Il s’approcha d’un mur, prit une posture bien équilibrée et posa une main dessus. Il fronça les sourcils sous l’intensité de la concentration.

« Vous êtes prêts ? »

Les autres acquiescèrent et fermèrent les yeux à leur tour. Ils furent emportés par un vertige qui les aurait fait tomber, s’ils ne s’étaient tenus les uns aux autres. Le vertige passa lorsqu’ils ouvrirent les yeux.

Ils étaient sur une route, près d’une petite plage au sable doré. Le bruit des mouettes leur parvenait, ainsi que celui des vagues s’écrasant sur la rive. Ils entendaient aussi les sons provenant d’une fête et des odeurs de sel et de vinaigre. Autour d’eux, une foule passait, mais les détails étaient flous.
Les cheveux d’Amy étaient agités par une brise froide, mais le soleil sortit bientôt à travers les nuages gris dans le ciel. Rory essayait de préciser ses souvenirs. On voyait les petits ânes miteux emmenant les enfants en promenade, les manèges de la petite fête foraine, l’océan et les hautes falaises et les murs d’un vieux château sur la colline escarpée derrière eux.

« Où nous as-tu emmenés ? » demanda Amy.

Elle avait reconnu une station balnéaire anglaise.

« Scarborough, répondit Rory, presque effrayé. J’y suis venu quand j’avais onze ans. Ouf ! Tout semble si réel ! »

Il s’approcha de la balustrade qui séparait le trottoir surélevé de la plage et posa la main dessus. Il sentait la fraîcheur du métal sous sa paume, ainsi que les écailles de vieille peinture qui la couvraient. C’était exactement ce dont il se souvenait. Plus précis même encore.

« Un très bon choix, approuva le Docteur.

– Pourquoi y a-t-il des ânes ? demanda le Maître, contemplant le paysage d’un air à la fois perplexe et ennuyé.

– Les enfants les montent et se promènent sur la plage avec, répondit Rory.

– Pourquoi faire ça ? insista le Maître.

– Je… eh bien, je ne sais pas en fait. Pourquoi pas. J’aimais bien ça.

– La capacité des Humains à créer des traditions sans intérêt me surprendra toujours, renifla le Maître.

– Tu peux parler ! On dirait que tu n’as jamais rencontré les nôtres, rétorqua le Docteur pour défendre ses compagnons.

– Je n’ai jamais beaucoup aimé les traditions des Seigneurs du Temps non plus, répliqua le Maître. Elles ont eu encore plus de temps pour prendre la poussière. »

Ils rirent ensemble, semblant d’accord là-dessus. Ils marchèrent le long du rivage un instant, en respirant l’air froid à l’odeur d’iode.

« Bien ! C’est à moi ! » déclara Amy, au bout d’un moment.

Rory claqua des mains trois fois et, après un nouveau tourbillon, ils se retrouvèrent dans la pièce sombre. Tenant la main de son mari, Amy posa l’autre sur le mur. Ils fermèrent les yeux, et les rouvrirent pour se retrouver dans le TARDIS.

Le Maître se moqua d’elle.

« C’est ce que vous avez de mieux ?

– Je n’ai pas… je n’ai pas vraiment choisi, balbutia-t-elle en rougissant.

– Si l’esprit ne peut choisir lui-même un lieu précis, la machine le fait pour lui dans les endroits les plus marquants. Pour ma part, je suis flatté. »

Le Docteur souriait à Amy.

« Zéro pointé pour l’imagination, Amy, ricana le Maître.

– À toi ? lui demanda le Docteur.

– Je passe mon tour, répondit-il.

– Très bien, à moi alors. »

Amy frappa des mains trois fois et ils furent de retour dans la pièce noire. Le Docteur toucha le mur à son tour, et ils fermèrent les yeux, faisant de nouveau le bond vertigineux.

Ils se retrouvèrent dans un paysage bien plus étrange.

Des champs de hautes herbes rouges les environnaient, montant jusqu’aux flancs de montagnes qui se dressaient dans le lointain. Des arbres aux feuilles argentés étaient dispersés par-ci par-là. La montagne les dominait et touchait le ciel rouille-orangé.
Les nuages étaient légers et vaporeux, cachant à peine les étoiles formant une toile d’araignée scintillante. Un soleil se levait à l’horizon pour en rejoindre un autre qui s’y trouvait déjà, éclairant faiblement le paysage. Une brise chaude courbait l’herbe amenant avec elle une senteur de grès fraîchement coupé.

Le Docteur laissa échapper un petit soupir et lança un regard complice au Maître. Amy et Rory admiraient la vue et elle se baissa pour passer la main dans les brins d’herbe.

« Où sommes-nous ? demanda-t-elle.

– Chez nous, répondit le Docteur doucement en regardant le soleil se lever.

– Rassilon ! Tu es tellement pathétique ! » grogna le Maître.

Mais il ne pouvait détourner les yeux du lever de soleil.

« Est-ce l’endroit d’où vous venez ? s’enquit Amy.

– Oui. Gallifrey. Ces champs appartenaient au père du Maître. Nous y jouions beaucoup, enfants. C’est beau, n’est-ce pas ?

– Oh oui ! s’exclama-t-elle. Pourquoi ne venons-nous jamais ici ? Je sais que votre planète a disparue, mais en allant dans le passé ?

– C’est impossible. Il y a un verrou temporel. Personne ne peut y entrer ou en sortir, répondit le Maître.

– Oh, je suis désolée », murmura la jeune femme.

Le Docteur lui sourit, mais ses yeux restaient tristes. Il se détourna pour continuer à regarder le ciel s’éclaircir et passer du rouille à l’ambré. Le Maître hésita, puis il tendit la main pour toucher la tempe du Docteur. Celui-ci haleta, puis, après s’être un instant troublé, le paysage redevint encore plus réel qu’auparavant, parce que les souvenirs du Maître se mêlaient aux siens.

Les détails de l’herbe étaient incroyablement précis, chaque brin se distinguant de l’autre et brillant. Les étoiles éclataient au dessus d’eux. Ils éprouvaient la sensation de quelque chose d’extrêmement ancien dans la puissance de la montagne. La légère odeur de grès se mélangeait au parfum frais du matin et à la fraîcheur de l’air. Enfin, on entendait dans le fond, le rythme à quatre temps des tambours. L’esprit blessé du Maître les laissait échapper dans le rêve.

Le Docteur regardait le Maître avec surprise, une boule se formant dans sa gorge.

« Merci », souffla-t-il.

Le Maître ignora les remerciements et retourna à sa contemplation.

« Je peux te faire confiance pour rêver des champs et de la nature, plutôt que de nos magnifiques villes. Tu as toujours été un vrai romanichel au fond de toi », se moqua-t-il.

Le Docteur eut un rire légèrement étranglé.

« J’imagine que oui, reconnut-il.

– Hippie, le taquina le Maître.

– Fasciste ! » rétorqua le Docteur.

Ils souriaient tous les deux à cette nouvelle journée qui se levait sur Gallifrey.



Citation:
Dès lors, le Maître les accompagna dans leurs visites, en attendant que le mois nécessaire à la fabrication de son corps soit terminé.

Tout d’abord, le Docteur, désireux de l’impressionner, retourna dans les endroits qu’il avait déjà choisis pour lui. Comme d’habitude le danger surgissait de partout et ils rencontrèrent leur lot de mégalomaniaques et de courses à travers le temps.

Tout se déroula à peu près bien, et les semaines passèrent rapidement. Il n’y eut que quelques fois où la politique de non-violence du Docteur fut interprétée par le Maître à sa façon. C'est-à-dire qu’il se contenta de mutiler horriblement les gens au lieu de les tuer. Une autre fois, le Docteur jeta son tournevis laser dans un soleil.

Le seul problème restait l’insomnie tenace du Maître. Une semaine s’écoula, puis deux, trois et quatre et il ne pouvait toujours pas dormir. À la fin du mois, sa santé mentale était au bord de la rupture. Par moment elle surpassait sa capacité de résistance, et il s’effondrait dans des crises d’où le Docteur et toute la science médicale de Rory avait du mal à le sortir. Il leur fallait du temps pour l’extirper de l’âpre démence où il s’enfonçait, et le ramener vers des rivages plus calmes.

Il était en train de récupérer après une transe semblable, lorsque le grand jour arriva. Ils se dirigèrent vers le Grand Hôpital.

Le Docteur s’agitait nerveusement, inquiet sur la façon dont ça allait se dérouler. Il avait peur que quelque chose se passe mal quand on allait détacher la conscience et l’énergie du Maître des nanites pour les transférer dans le clone. Le Maître ne manifestait rien. Il était tellement épuisé que son corps fonctionnait presque en automatique. Cependant, à sa façon de tapoter en rythme sur sa cuisse les quatre coups, on pouvait voir qu’il était nerveux aussi.

« Ça va aller », lui dit le Docteur, une fois qu’ils furent entrés, en posant sa main sur son épaule.

Celui-ci sursauta comme s’il retombait brutalement dans la réalité. Sa fierté luttait visiblement contre la conscience qu’il avait de sa fragilité lorsqu’il répondit :

« Lorsque j’aurais à nouveau un corps, est-ce que je vais arriver à dormir ? »

Il haïssait le ton hésitant de sa voix. Il aurait voulu répondre de façon plus assuré, mais son esprit n’avait plus la même vivacité. Il dépensait tant d’énergie à maîtriser sa folie, qu’il n’en avait plus pour les joutes verbales dont son ego avait besoin. Il lui restait cependant assez de cette fierté pour ne pas regarder le Docteur en disant cela.

Il croisa les bras et tenta d’ignorer la partie la plus profonde de son esprit qui lui murmurait que la mort était le sommeil le plus parfait. La mort lui offrait de se libérer des tambours. Il aurait voulu détruire cette partie, la réduire à néant : c’était une faiblesse qu’il ne pouvait pas tolérer.

Le Docteur serra son épaule :

« Je pense », répondit-il.

***


Ils rencontrèrent à nouveau le même médecin conseil qui sembla ravi de les voir. Le Docteur prit cela pour un bon signe. Ils descendirent au niveau le plus bas où les clones étaient fabriqués, et ils arrivèrent devant la cuve qui contenait celui du Maître.

Les deux Seigneurs du Temps le regardaient avec une sorte de crainte superstitieuse. Le corps était en suspension dans le gel. Un tuyau l’alimentait en oxygène et des goutte à goutte le nourrissaient. Sa poitrine se soulevait lentement au rythme de sa respiration de façon très régulière, presque robotique.

Il ressemblait exactement au Maître, avec seulement un aspect plus frais et plus jeune. Le Docteur regarda les instruments qui mesuraient ses signes vitaux et remarqua qu’il n’y avait aucune activité cérébrale.

« Vous voilà ! déclara le conseiller, de la fierté dans la voix. Copié exactement sur votre ADN. Deux cœurs, un double système circulatoire. Un système respiratoire annexe. Des rétines plus performantes, de même que les connexions cérébrales. Des ganglions sensoriels supplémentaires… Cela a été une expérience extrêmement enrichissante pour nous. Votre espèce est tout à fait remarquable.

– Du moment qu’il ne me rejette pas, grogna le Maître, sa patience s’effritant.

– Merci. Vraiment ! s’exclama le Docteur en s’adressant au médecin. Quelle est la manœuvre pour y entrer son esprit ?

– Il faut faire entrer sa conscience dans cette machine et elle se chargera de la transférer dans le cerveau du clone.

– Très bien. Dépêchons-nous ! » s’impatienta le Maître.

Le Docteur sortit son tournevis sonique et le corps du Maître fit à nouveau place aux nanites. Le médecin les mit alors dans la machine et démarra le transfert. Le Docteur s’approcha, posant sa main sur la vitre froide qui refermait la cuve. La machine ronronnait et cliquetait, ses voyants clignotant. Le processus était lent et méticuleux, mais chacun souhaitait que tout se passe parfaitement.

Le Docteur retenait son souffle. Après un temps qui parut interminable, le corps tressauta.

Le Maître ressentit une brève douleur, tandis que son esprit réussissait finalement à s’agripper au corps et que celui-ci l’accepta. L’activité cérébrale fit un bond. Il ressentait maintenant la brûlure des tubes dans sa gorge et son nez. Un fourmillement parcourait ses nouveaux nerfs, alors qu’ils entraient en fonctionnement. Il ressentait aussi le poids de ses organes, une vive douleur dans ses muscles n’ayant encore pas été utilisés. Les produits chimiques dans l’eau piquaient sa peau. C’était horrible et c’était parfait : il était vivant !

Ses yeux s’ouvrirent et sa poitrine eut un spasme, alors qu’il essayait de prendre sa respiration, mais que la machine ne voulut pas le laisser faire. Il pouvait voir les formes floues du Docteur et du médecin à travers l’épaisse vitre. Ses jambes avaient des tressaillements réflexes.

« Détendez-vous, lui conseilla le médecin, l’air ravi. Nous allons vous sortir de là. »

Le gel fut évacué et la cuve ouverte. En prenant le temps nécessaire pour ne pas donner un choc à ce nouveau corps, il enleva les tubes et le fit sortir, assis sur le rebord. Le Docteur l’enveloppa d’une couverture et frotta son torse vigoureusement comme un nouveau né qu’on encourage à respirer par lui-même.

« Bienvenu, Maître », murmura-t-il en souriant.

Celui-ci haleta un moment avant de parvenir à contrôler pleinement son souffle. Il se regarda, puis fit bouger ses doigts et plia les genoux, encore tremblant. Il percevait les battements de ses cœurs dans sa poitrine. Il se sentait réel.

« Je ne suis jamais parti », dit-il.

Il ne pouvait empêcher son visage de sourire.

« Au fait, j’ai bel et bien le goût de ce foutu désinfectant dans la bouche. Exactement comme je l’avais dit. Je vais aller me plaindre au directeur. »

Le conseiller eut un rire débonnaire et, avec le Docteur, l’aida à se relever. Ses jambes vacillaient encore. Après quelques pas dans un sens, puis dans l’autre, il parvint à tenir debout sans soutien.

« Il va aller bien, maintenant ? demanda le Docteur. Y a-t-il quelque chose de spécial à faire ?

– Restez juste au calme quelques jours, répondit le médecin. Donnez-lui de l’eau et d’autres liquides en quantité, mais pas de nourriture solide tout de suite. Ensuite passez au solide progressivement.

– Je ne suis pas un enfant », protesta le Maître.

Il avait l’air en meilleur état et en meilleure santé mentale dans son nouveau corps. Même s’il restait fragile à cause de la privation de sommeil.

Le médecin jeta un regard interrogatif au Docteur en levant un sourcil. Celui-ci rit et l’assura, en hochant la tête :

« Ne vous inquiétez pas, je m’en occupe, même s’il ronchonne. »

Le conseiller sourit.

« Ramenez-le s’il y a des complications, mais surtout donnez-nous des nouvelles. Nous aimerions savoir comment il va. C’était un processus tout à fait révolutionnaire.

– Je vous le promets », répondit le Docteur.

Il entoura le Maître de son bras pour le soutenir. Celui-ci secoua les épaules pour l’en empêcher. Le Docteur sentait revenir son bon vieux caractère. Ils retournèrent dans le TARDIS, après d’autres remerciements et quelques papiers administratifs à remplir.

***


Amy et Rory tournèrent autour du Maître, curieux de son nouveau corps. Puis le Docteur les envoya lui chercher quelque chose de confortable à lui mettre dans la garde robe du TARDIS. Il voulait se comporter comme un docteur, mais le Maître n’aimait pas être traité comme un malade – bien qu’il ait trouvé agréable d’être attendu avec tant d’impatience.

Le Docteur le fit asseoir dans la cuisine, toujours enveloppé dans sa couverture. Il lui fit un café fort, car il se plaignait toujours du mauvais goût dans sa bouche. Une fois prêt, il le posa devant lui.

« Comment te sens-tu ? demanda-t-il.

– J’ai connu pire. Et puis c’est… rafraîchissant, rauqua-t-il, la gorge encore douloureuse à cause de l’intubation.

– Au moins, tu es en sécurité, maintenant, fit remarquer le Docteur.

– Oui. Oui, c’est vrai », reconnut le Maître.

Il se retint de dire « merci », mais le regard des deux hommes se croisa et ils comprirent tous les deux. Le Maître commença à siroter son café, alors qu’Amy et Rory revenaient. Ils posèrent un sweat-shirt à capuche et un bas de survêtement sur la table.

« Je vais être à nouveau habillé comme un clochard, je vois, grommela-t-il.

– C’est confortable, non ? répliqua Amy. Et puis personne ne vous verra. »

Elle leva les yeux au ciel et les poussa vers lui.

Le Maître resserra la couverture autour de lui et attrapa les vêtements pour les enfiler par en dessous. Le Docteur se détourna pour aller lui préparer une soupe.

« Vous devez être soulagé de vous sentir en sécurité, remarqua Amy.

– Je ne me suis jamais vraiment senti en danger », marmonna le Maître.

Le Docteur sourit comme si on lui avait fait un compliment, et le Maître se concentra sur sa soupe, en haussant les épaules.

« Nous allons nous arrêter quelques temps, alors ? dit Rory. Le Maître ne doit pas voyager ou se fatiguer encore.

– Je sais. C’est ce que nous allons faire. Je vais aller matérialiser le TARDIS dans la nébuleuse de la Tête du Lion et nous y passerons la nuit », répondit le Docteur.

Le rythme des nuits et des jours dans la machine était irrégulier. Sans lever et coucher de soleil pour marquer le passage de la nuit au jour et inversement, plus le fait qu’ils voyageaient dans le temps, personne ne savait exactement quelle "heure" il était. Sauf pour les Seigneurs du Temps qui ont un sens inné de son écoulement, à l’intérieur de l’environnement de leur vaisseau.

Si bien qu’ils dormaient lorsqu’ils étaient fatigués et mangeaient lorsqu’ils avaient faim, avec cette désinvolture par rapport à un horaire précis que le Docteur continuait à aimer dans son style de vie, même après des centaines d’années.

Cependant, à cet instant même, le Docteur savait que le Maître avait besoin de dormir et ses compagnons semblaient fatigués. Aussi, Amy et Rory leur souhaitèrent-ils une bonne nuit et se retirèrent dans leur chambre. Tandis que le Maître finissait sa soupe, le Docteur nettoya la cuisine. Puis, il lui dit avec un sourire :

« Bonne nuit, Maître. Tu vas essayer d’aller dormir, n’est-ce pas ? »

Celui-ci lui rendit un regard agacé qui semblait dire "bien sûr que je vais essayer !" et il se leva. Le Docteur se rapprocha comme pour l’aider, mais le Maître le repoussa aussitôt.

« Je suis parfaitement capable de marcher jusqu’à ma foutue chambre, merci ! On ne m’a pas fourni un corps sans jambes. Bonne nuit ! »

Le Docteur le regarda partir, un peu inquiet, puis il soupira. Il se dirigea alors vers sa propre chambre, éteignant les lumières au passage.

« Bonne nuit, ma vieille », murmura-t-il à l’adresse du TARDIS.

Il referma sa porte.

***


Plusieurs heures plus tard, le sommeil du Docteur fut perturbé par un bruit. Il était alors dans un rêve qui se nourrissait de ses souvenirs de l’Année-qui-n’avait-jamais-eu-lieu. Comment le Maître l’avait obligé à être témoin des tortures qu’il infligeait à Jack. Il fallut un moment au Docteur pour se rendre compte que les cris qu’il entendait ne provenaient pas de son rêve.

Il ouvrit les yeux et fronça les sourcils dans le noir, l’esprit encore embrumé de sommeil. Les cris qu’il entendait n’étaient pas des cris de douleur, comme dans son rêve, mais des gémissements de colère et de frustration.

Il prit une forte inspiration et s’assit droit dans son lit. Puis il rejeta rapidement les draps, se leva et sortit rapidement de sa chambre, attrapant par réflexe son tournevis sonique au passage, comme un chevalier l’aurait fait de son épée.

Tout en suivant les couloirs en hâte, en suivant le bruit, il sut qu’il provenait du Maître. Au moment où il arriva à la porte de la chambre que celui-ci s’était choisie, les cris firent place à un silence inquiétant. Il s’arrêta devant, ses cœurs cognant dans sa poitrine.

« Maître ? » appela-t-il.

Ne recevant pas de réponse, il poussa la poignée, mais la trouva bloquée. Il attendit un instant, puis son inquiétude surpassant sa discrétion, il utilisa le tournevis pour déverrouiller la porte et entra prudemment. Il faisait noir à l’intérieur. Cependant, au bout de quelques minutes, ses yeux s’habituant à l’obscurité, il remarqua que le lit du Maître était sens dessus dessous. Celui-ci était lui-même recroquevillé en position fœtale au milieu de ses draps tirebouchonnés. Il serrait ses mains sur sa tête, la gorge remplie de sanglots difficilement réprimés.

Le Docteur ressentait pour lui une profonde douleur. Il s’avança de quelques pas.

« Maître ? répéta-t-il

– Vas-t-en ! » gronda rudement celui-ci.

Il avait la voix cassée et tremblait toujours, les doigts agrippant si fortement ses cheveux que ses jointures blanchissaient.

« Pas question que je parte, Maître », soupira le Docteur doucement.

Il s’assit sur le lit près de lui, et l’enveloppa sans un mot de ses bras protecteurs. Le Maître était vaincu, secoué de tics, de sanglots et de murmures désespérés. Le Docteur eut une impression de déjà-vu et le serra plus fort contre lui.

« Tu dois te calmer. Respire lentement. Je t’en prie. »

Le Maître s’obligea à prendre de longues et lentes respirations, toujours lové en position fœtale. Il n’avait plus d’énergie pour lutter contre l’étreinte compassionnelle du Docteur. Celui-ci resta immobile jusqu’à ce que, progressivement, il sente les tremblements s’atténuer.

« Est-ce que ce sont les tambours ? Ils ne te laissent pas dormir ? »

Le Maître tenta de se libérer d’une secousse, et le Docteur hocha la tête patiemment.

« Cessons de lutter un moment, veux-tu ? Reste juste là, avec moi et essaye de te détendre. Tu n’es pas obligé de dormir », lui dit le Docteur.

Il tentait de soulager le Seigneur du Temps renégat de la pression qu’il s’imposait. Il réussi à arranger les oreillers, tenant toujours le Maître, comme s’il craignait qu’il ne se désintègre s’il le lâchait même juste pour un instant. Lorsqu’ils furent en position, il se déplaça doucement, tirant le Maître derrière lui et s’allongea contre eux, étendant ses jambes dans une posture semi-allongée. Puis, il prit la tête de son ami, que celui-ci tenait toujours serrée dans ses mains, et la posa doucement contre sa poitrine.

« N’essaye pas de dormir, Maître. Détends-toi seulement », répéta le Docteur d’une voix douce et apaisante.

Il se souvenait que, voici plusieurs siècles, il lui était arrivé de tenir ses enfants ainsi, lorsqu’ils avaient fait un cauchemar ou lorsqu’ils étaient malades. C’était une pensée douce-amère qui se mêlait à l’amour protecteur qu’il ressentait pour son ami.

Il lui avait promis de l’aider et il devait être présent, même s’il tentait de le rejeter par fierté. Doucement, mais fermement, il écarta les mains du Maître de sa tête. Celui-ci commença par résister, puis il abandonna la lutte, les laissant retomber sur le drap. Le Docteur caressa doucement ses cheveux. Ils étaient étrangement soyeux, tout comme ce corps tout neuf.

Puis il songea à quel point la vie était cruelle. Malgré cette renaissance, le Maître était toujours aux prises avec ce qui avait déjà gâché toute son existence.

Finalement, il le sentit se calmer. Il était probablement trop épuisé pour résister aux gestes bienveillants du Docteur, ou pour penser à quel point il devait avoir l’air pathétique dans cette position.

Le Maître reprenait doucement ses esprits et recommençait à pouvoir se contrôler. Même toujours dominé par les tambours, il arrivait à réfléchir à nouveau, bien qu’il fût affaibli et épuisé émotionnellement. Il décida de suivre les conseils du Docteur : ne pas essayer de dormir, juste être là. Il se détendit, écartant de son esprit la haine de se sentir si dépendant et l’humiliation d’avoir rendu les armes.

Il se concentra plutôt sur la sensation des bras du Docteur autour de lui, la chaleur de sa poitrine contre sa joue, et la caresse apaisante de ses doigts dans ses cheveux. Ils restèrent ainsi un long moment. Le calme du Docteur commençait à infiltrer dans ses nerfs la sensation s’être complètement en sécurité. La pensée qu’il détestait se sentir si vulnérable s’y diluait peu à peu.

Puis il prit conscience de quelque chose. Il entendait quatre coups. Ce n’était pas les tambours. Les tambours étaient bruyants et envahissants. Ils donnaient envie de guerre et creusaient une brèche dans sa santé mentale. Ce rythme était doux et profond. Il apportait une sensation de réconfort, de paix et de sécurité. Il se concentra sur lui.

Un-deux, trois-quatre. Toc-toc, toc-toc.

Plus il se concentrait sur ce battement, moins il entendait les tambours qui cognaient à la même fréquence. Bientôt, il s’aperçut que les tambours devenaient de moins en moins forts. Ils cédaient la place à ce battement organique.

Un-deux, trois-quatre. Toc-toc, toc-toc.

L’oreille collée contre la poitrine du Docteur, il n’entendait plus que ça : le battement de son cœur.

Le Docteur patientait, heureux d’y passer toute la nuit, s’il le fallait. Il savait que demain, le Maître le haïrait et l’accablerait de reproches, pour panser sa fierté blessée. Ça n’aurait pas d’importance. Il souriait de soulagement en sentant les muscles de son ami se détendre et sa tête s’alourdir.

« Bonne nuit, Koschei », murmura-t-il.

Il se pencha pour poser un baiser sur le sommet de son crâne. À demi endormi, le Maître renversa la tête en arrière, si bien qu’il reçut le bref baiser sur les lèvres.
Le Docteur rougit et ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais aucun mot ne lui vint. Le Maître le dévisagea, mais resta également silencieux. Puis il se remit en position, sa tête contre la poitrine du Docteur, se serrant un peu plus contre lui.

Assis dans un mutisme stupéfait, le Docteur le regardait s’installer confortablement pour chercher le sommeil à nouveau, parfaitement détendu et apaisé. Rapidement, il sentit, à sa respiration lente et profonde, qu’il avait fini par s’endormir. Il se laissa alors aller en arrière sur les coussins, et ferma les yeux à son tour.

La vie est vraiment faite de bonnes et de mauvaises choses, songea-t-il. Tous ces minuscules moments tissés ensemble forment la tapisserie de la vie.

À cet instant-là, couché dans le noir, le Maître dans ses bras, ressentant encore le picotement du baiser sur ses lèvres, le Docteur se disait que cette chambre était le seul endroit de l’univers qui comptait.

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Dernière édition par Ahaimebété le Lun 10 Fév 2014 - 13:16; édité 7 fois
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MessagePosté le: Mar 28 Jan 2014 - 17:08    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 28 Jan 2014 - 20:25    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Merci de nous traduire quelques fanfics , et celle la commence bien , les dédicases à Jack , les goûts du Docteur ( un sandwitch dans du pepsi c'est tout à fait normal Smile ) , le 11ème Docteur avec Amy et Rory , sur Terre , sans Tardis ( il est hors d'usage car il recharge ses batteries ) . Vivement la suite et encore merci Haimebété Smile .
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MessagePosté le: Mer 29 Jan 2014 - 17:28    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Hello gael. Merci de ton commentaire. Quelques... enfin... une pour l'instant. Je n'en ai pas encore trouvé d'autres qui me donnent envie de les traduire.

Chapitre 2 posté.
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MessagePosté le: Ven 31 Jan 2014 - 17:30    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Troisième chapitre. J'essaye d'avoir un chapitre d'avance et le 4 a été un peu plus long à traduire.
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MessagePosté le: Lun 3 Fév 2014 - 01:47    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Chapitre quatre. Pas tout à fait fini le cinq, mais les chapitres devenant plus longs, ça prend forcément plus de temps.
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MessagePosté le: Lun 3 Fév 2014 - 12:18    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Amy fasciné par le Maître , pauvre Rory ...
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MessagePosté le: Mar 4 Fév 2014 - 20:25    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

gael wright a écrit:
Amy fasciné par le Maître , pauvre Rory ...


Hé hé !

Chapitre 5.
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MessagePosté le: Jeu 6 Fév 2014 - 09:17    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Chapitre 6 posté.
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MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 03:53    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Cette histoire est magnifique (pour l'avoir lu en anglais) et ça m'a fait plaisir de la lire une seconde fois. Ahaimebété tu arrives parfaitement bien à saisir l'ambiance de l'histoire et je te dis un gros bravo pour avoir eu le courage de traduire la fic de façon aussi agréable à lire. Dommage que peu de gens l'aient lu parce qu'il s'agit vraiment d'une excellente fic et superbement traduite.
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MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 15:03    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Génial, malgré la présence de Eleven et Amy, j'ai beaucoup aimé Mr. Green

l'histoire est très prenante et on a envie de connaitre la suite (d'ailleurs je ne sais pas si je vais de ce pas lire la suite en anglais ou si j'attend ta traduction...).

Félicitation pour la traduction Ahaim, on a pas du tout l'impression que c'est traduit
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MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 15:27    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Je suis en train de terminer le dernier chapitre. Un peu de patience. Wink Les chapitres deviennent de plus en plus longs, donc ça me prend plus de temps.

Merci de vos commentaires.
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MessagePosté le: Dim 9 Fév 2014 - 19:19    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

J'adore, vivement la suite !! =w=
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MessagePosté le: Lun 10 Fév 2014 - 13:23    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Ithyl : oui, dommage. Je pensais que la présence d'Eleven, Amy et Rory relèveraient un peu mon nombre de lecteurs habituels, mais il faut croire que non. Peut-être les gens craignent-ils une traduction "à l'arrache" comme on en voit souvent.

Okami : merci fille. Moi aussi au départ, je n'étais pas chaude pour lire une fiction avec ce Docteur qui n'est pas mon préféré et cette compagne que je n'apprécie pas spécialement, mais l'auteur a su les utiliser de façon agréable (mieux, à mon sens que les livres traduit par Milady que j'ai pu lire, c'est quand même un comble que des "fan-fictionneurs" s'en sortent mieux que des auteurs "officiels").

DoctorSaewen4062 : voici donc la suite et fin. Chapitre sept et dernier chapitre.


Si vous avez envie de remercier directement l'auteur, le lien vers sa fic est dans le premier message.
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MessagePosté le: Lun 10 Fév 2014 - 21:22    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

Merci beaucoup de nous avoir traduit cette fic Ahaime, elle est très bien rédigée !
Encore merci et j'espère que tu pourras nous faire découvrir d'autres fictions sur le Maître Mr. Green
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MessagePosté le: Lun 10 Fév 2014 - 22:23    Sujet du message: Le Survivant - Traduction [Terminée] Répondre en citant

C'était bien cette histoire. Très bonne traduction, même si je ne connais pas le truc de base ^^

Et DoctorSaewen4062 (aïe, j'ai eu du mal, je t'appellerai Saewen), si tu cliques ici: http://www.forum-doctorwho.com/t2891-Me-and-The-Master.htm Tu as plus d'une vingtaine de fics sur le Maître, et toutes de la main de Ahaimebété ^^
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