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[TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8
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Adan Flyber
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Localisation: En train d'écrire sa fanfic...
Masculin

MessagePosté le: Lun 17 Mar 2014 - 17:50    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant



Titre : Doctor Who Alternative: Saison 8

Rating : Varie entre G et R, selon les chapitres (désolé de ne pas pouvoir être plus précis)

Résumé : Le 11ème Docteur se régénère sur Trenzalore... en un 12ème Docteur différent de celui que l'on connaît. Le 12ème Docteur, Clara et un nouveau compagnon inédit explorent le temps et l'espace et croisent le chemin de mystérieux individus très puissant, capable de tout pour arriver à leurs fins... Mais quelles fins ?

Spoilers : The Time of the Doctor, ainsi que pas mal sur l'ère Matt Smith dans l'épisode 2, quelques un sur l'Ancienne Série...etc. Mais rien de bien incroyable dans tout les cas.

Disclaimer : Le Docteur, le TARDIS, Clara et tout les personnages venant de Doctor Who ne m'appartiennent pas. Les personnages propre à la fanfic m'appartiennent, mais pas les acteurs qui les "jouent", ni l'image de ceux-ci.

Bêta : Deux bêta-lecteurs inconnus de ce forum, l'un pour la cohérence Doctor Who et l'autre pour l'orthographe.

Note(s) de l'auteur : Doctor Who Alternative est une fanfiction écrite à la manière d'une série TV. Les personnages principaux sont "incarnés" par des acteurs, de vrais acteurs (connus, la plupart du temps), qui bien entendu n'ont rien tourné. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut imaginer les personnages avec la tête de ces acteurs (présents dans les génériques de fin). Le 12ème Docteur est "incarné" par Benedict Cumberbatch, par exemple.
Comme c'est écrit à la manière d'une série TV, j'ai agrémenté certains passages de musiques qui sont, pour la plupart, inédites. Une vraie Bande Originale. Ces morceaux ne sont cependant pas nombreux, et pas indispensables à la lecture du texte.
La fanfic est écrite à la manière des épisodes des années 70, soit des "épisodes" composés de plusieurs "parties" (4 pour la plupart). La cohérence étant de rigueur, je ne publierai un épisode que lorsque toutes ses parties seront écrites. Voulant rester le plus proche de mon effet "Série TV", je publierais à une fréquence bien définie : une partie le Lundi soir, une le Vendredi matin. En théorie, si mon rythme d'écriture reste bon, la saison 8 pourra être publiée en deux parties sans interruption (sauf entre les deux), l'une de 14 chapitres, l'autre de 10. La pause entre les deux parties sera la plus courte possible, de façon à être sûr de pouvoir publier le dernier chapitre avant la mi-Juillet (en espérant une bonne avance sur cette date extrême).
Enfin, deux derniers détails:
- n'hésitez surtout pas à faire des commentaires
- la fanfiction est publiée simultanément sur www.fanfictions.fr, et sur www.fanfiction.net


Parties écrites: 24/24
Parties relues et corrigées par le Bêta "Doctor Who": 24/24
Parties relues et corrigées par le Bêta "Orthographe": 24/24
Travail en cours: TERMINÉ (écriture de l'épisode spécial)
Morceaux de la Bande ORIGINALE: 3/3 (prévus)






Citation:


Des morceaux d'écorce brûlée recouvraient ci et là les cadavres encore chauds, parfois même encore vivants, qui reposaient sur le sol. On voyait aussi, sur ces corps et autours de ceux-ci, en plus des taches rouges de sang, une poudre noire, qui faisait comme un tapis de grains obscurs sur le sol à certains endroits. Parfois, la terre était tapissée de feuilles brûlées toutes aussi noires, d'arbres calcinés, de vêtements arrachés... Dans les dizaines de corps que l'on pouvait trouver dans la forêt, il y en avait bien quelques un qui bougeaient encore, ou qui vivaient. L'un d'entre eux était isolé, seul au milieu de compagnons morts. Quelques hommes, une femme... Et lui, au milieu, couché sur le ventre, le visage couvert de sang, la barbe recouverte de boue, il levait la tête. Ses yeux envoyaient à son cerveau une image trouble de ce qu'il y avait autour, et l'atmosphère brulante des environs n'arrangeait pas les choses.
Toutes ses sensations étaient brouillées. Il sentait comme des dizaines de lames sous son ventre, un goût de terre mouillée se faisait sentir sur sa langue, et les odeurs de sueur et de brûlé se mêlaient en un étrange assortiment dans son nez. Mais malgré toutes ces sensations qui l'assaillaient, il entendait parfaitement un étrange bruit. Comme un grincement métallique indéfinissable. Et alors que ce bruit lui emplissait les oreilles, quelque chose de bleu semblait apparaître à une dizaine de mètres devant lui. Quelque chose de grand, de rectangulaire, et de bleu. Mais la chose n'apparaissait pas, elle clignotait. Le blessé commença à hurler quelque chose, comme un appel à l'aide, mais les mots qui sortirent furent un simple amas de sons. La chose face à lui apparut alors totalement, arrêta de clignoter, et le bruit cessa. L'homme tendit sa main ensanglanté devant lui, et criait à l'aide dans sa tête. Et alors que l'espoir naissait en lui, sa vue se troubla, et la cabine bleue qui était apparue ne devint plus qu'une tache, bleue puis grise, alors qu'un bruit de porte parvenait à peine jusqu'à ses oreilles. Et la dernière chose qu'il entendit avant de s'évanouir fut le cri terrifié d'une jeune fille.

 


Le jeune homme était assis sur un lit confortable, et buvait dans une tasse en métal que lui avait tendu le Docteur. Celui-ci n'avait pas encore changé de vêtement depuis sa régénération, et se sentait un peu à l'étroit dedans... Mais ce n'était pas son premier souci. À vrai dire c'était son troisième. Le premier étant de savoir pourquoi la forêt dans laquelle avait atterrit le TARDIS était pleine de cadavres, le deuxième étant de comprendre pourquoi son vaisseau s'était écrasé (ou du moins, matérialisé). À coté de lui, la jeune Clara, encore toute chamboulée par l'horreur qu'elle avait vue une demi-heure plus tôt, regardait le "patient" du Docteur avec un air de pitié et de tristesse profonde. Lorsqu'il eut terminé le breuvage qu'on lui avait concocté, l'homme barbu lâcha un léger remerciement, et tendit la tasse à la jeune fille, qui la prit dans ses mains et la posa sur une étagère en métal incorporée dans l'un des murs de la pièce. Ladite pièce n'était pas très grande, moins grande qu'une chambre, alors qu'elle en était une. La décoration était austère, voire inexistante, selon les points de vues. Les murs étaient de métal nu. Le lit sur lequel était assis le blessé était en face de la porte qui menait à un couloir, perpendiculaire à celui-ci, et accolé au mur opposé à l'ouverture. Il s'agissait du mur de la longueur de la pièce, d'environ 5 mètres. La largeur, quant à elle, n'arrivait même pas à 3 mètres. De quoi faire naitre un bon sentiment d'oppression. Cependant, le blessé ne s'inquiétait pas trop de cette atmosphère, et détaillait plutôt ses deux guérisseurs providentiels.

« Qui êtes-vous? demanda-t-il finalement.
- Le Docteur, et elle, c'est Clara.
- Le Docteur? Docteur Qu...
- Le Docteur, j'ai dit! coupa le Seigneur du Temps. La question, c'est de savoir qui vous êtes.
- Moi?
- Oui, et surtout pourquoi il y avait tout ces cadavres dehors.
- On ne vient pas d'ici, donc on ne sait rien sur ce qui se passe chez vous, expliqua Clara, pour que la discussion avance plus vite. Alors, vous êtes qui? demanda-t-elle avec un sourire un peu forcé.
- Orso. Je m'appelle Orso.
- Bon ben... Bonjour Orso, lança joyeusement la jeune fille.

Le Docteur se tourna brusquement vers elle en lui lançant un regard noir.

- Vous croyez qu'on peut amener la rigolade alors que ce... Orso a été blessé dans une bataille sanguinaire?
- Oh, vous savez, faut bien un peu de joie lorsqu'on est blessé, murmura l'homme.
- D'ailleurs, pourquoi tout ces morts? demanda le Docteur en se retournant vers le blessé.
- Vous l'avez dit, il y a eu une bataille. Enfin, ça ressemblait plus à une partie de chasse, et on était le gibier. Ou plutôt à un jeu de tir. Et on était les cibles. Bombardés par des obusiers de nouvelle génération: la poudre noire, dehors, c'était des trainées de flammes avant de tomber à terre.
- Un... bombardement? murmura, effarée, Clara.

Elle recula lentement. Non pas qu'elle avait peur d'Orso, mais ses paroles lui glaçaient le sang. Bien entendu, elle avait vu des choses horribles, elle avait des souvenirs confus de toute la vie du Docteur, elle avait cru qu'elle allait assister à un double génocide...etc. Mais les horreurs restent des horreurs.

- Ils nous ont attaqués alors qu'on fuyait les villages qu'on avait réussi à reprendre.
- Qui ça, "ils"? demanda le Docteur avec insistance.
- Prog. Honorius Prog, le président de la planète. Cela fait quarante-sept ans qu'il est là: il a réuni toute la planète en une seule nation, et a rassemblé toute nos colonies dans le système solaire. Unificateur du monde. Sauf qu'il a aussi détruit une bonne partie des libertés qui nous restaient. Une énorme dictature s'est mise en place. Il est allé jusqu'à renommer la planète. Avant, on l'appelait Qator, parce qu'elle est la quatrième en partant de la plus proche de notre soleil. Maintenant elle a le nom de son nouveau maître. Progus.
- Et vous êtes une sorte de rebelle, c'est ça? comprit peu à peu Clara.
- Oui, c'est ça. On avait réussi à attaquer et à prendre le contrôle des principaux villages du coin. On avait besoin de ressources, de nourritures. Les habitants étaient contents de nous aider. Mais les soldats sont arrivés, ils ont tiré dans le tas, alors on est parti, on a couru avec ce qu'on pouvait, pour qu'ils ne tuent pas d'innocents. Ils ont sûrement décidé de rester dans les villages pour calmer la population, et ont demandé un appui de l'artillerie la plus proche. C'est ce qu'on a tous pensé une fois que les premiers obus incendiaires nous sont tombés dessus.
- C'est... C'est horrible! Docteur, vous avez entendu? C'est...
- Oui, bien sûr que c'est horrible, mais maintenant qu'on a soigné ce cher Orso, on va pouvoir le déposer quelque part et s'en aller. Enfin, j'espère... On deviendrait bien une partie des évènements en faisant ça.

Clara regarda le Docteur avec un air interloqué. Il commençait à avoir des idées étranges, et surtout, un vocabulaire temporel.

- Vous n'étiez pas sensé avoir oublié des trucs sur le TARDIS?
- Traumatisme post-régénération assez courant. Tout m'est revenu il y a quelques secondes. Donc on va pouvoir...
- Eh! Non! On va pas les abandonner comme ça! cria le rebelle. J'ai survécu, donc d'autres aussi, non? C'est une possibilité, pas vrai?
- Je ne connais pas ces "obus incendiaires", donc je ne peux pas vous dire si...
- Taisez-vous donc, Docteur, et aidez-nous! Vous m'avez sauvé non? Alors sauvez les autres! »

Le regard d'Orso était à la fois implorant et autoritaire, et croisait celui totalement impassible du Seigneur du Temps. Après quelques secondes, pendant lesquelles Clara s'inquiétait véritablement de la décision qu'il allait prendre, le Docteur opina furtivement de la tête. Il allait aider.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Dans la capitale de Progus, au milieu de la grande cité moderne remplie de gratte-ciels lisses et arrondis, que les contemporains de Clara auraient qualifié de presque futuristes, le cœur historique et politique de la planète faisait un énorme contraste. On appelait ce "quartier" le Théoïcole. Il était placé sur une colline à moitié artificielle, qu'on n'apercevait désormais plus, et surplombait tout le centre de la cité, puisque les grandes tours étaient situées en périphérie. Tous les bâtiments du Théoïcole étaient anciens, ou de style ancien, faits de pierre, comme ces bâtiments terriens qui abritaient les grands gouvernements européens. Cet espèce de forum à l'architecture suspendue dans le temps abritait de nombreux ministères, cabinets et autres organismes d'État, et au milieu du complexe, ouvrant sur une grande place vide et interdite au public, il y avait le Palais Présidentiel.
Cette grande bâtisse s'étendait sur toute la longueur de la place centrale du Théoïcole, et même plus, ce qui permettait d'atteindre cent vingt mètres de long, puis s'étendait en arrière sur deux ailes d'une cinquantaine de mètres de longueurs chacune. Celles-ci entouraient un grand jardin intérieur, composé de fontaines, de bancs, de petits labyrinthes, d'arbres parfaitement taillés et de fleurs plus belles les unes que les autres. Le palais était taillé parfaitement, au millimètre prêt, et orné de sculpture, de gargouilles et d'autres morceaux de pierres transformés en œuvre d'art. Les fenêtres étaient cadrées à la perfection, faîtes d'un verre teinté qui donnait une illusion de transparence, et d'un bois parfaitement poli. Derrière le palais, les jardins étaient refermés par un autre bâtiment, carré et totalement plein, qui abritait les autorités militaires du système.

Au deuxième étage du palais établi sur quatre niveaux (un rez-de-chaussé et trois nivaux supérieurs), le président Prog s'entretenait avec des officiers et des scientifiques dans une salle de communication étonnamment moderne par rapport à l'image que donnait le bâtiment. Le dictateur, sur un fauteuil de style ancien, pianotait sur un clavier, et faisait face à plusieurs écrans sur lesquels il apercevait les visages parfois presque apeurés de ceux avec qui ils discutaient. En même temps, le président en imposait. Son visage arrondi entouré d'une barbe blanche, sa moustache qui tirait sur le gris et son imposant front dégarni renvoyaient l'image d'un homme sage. Son regard autoritaire et presque furieux le transformait en sage en colère. Une sorte de dieu vivant. Et il s'arrangeait pour que cette image de lui soit véhiculée un peu partout.

« Qu'entendez-vous par "fluctuations"? demandait-il en détachant toutes les syllabes de la phrase.
- Et bien... C'est quand ça... fluctue, votre Souveraineté, tenta de répondre un scientifique habillé en jaune.
- Je sais cela, pauvre idiot! Il y a toujours des fluctuations, non? Pourquoi me prévenir, moi, cette fois ci?
- Et bien oui, oui, vous avez raison, votre Souveraineté! Votre connaissance en la matière vous honore! tenta de rattraper le scientifique. Le vortex, en effet, n'est pas stable, et il y a toujours des fluctuations. Cependant, dans ce cas-ci...
- Taisez-vous! coupa Prog. Krumman! Vous au moins, vous savez être clair et précis, alors dîtes-moi tout, finit-il en tournant sa tête vers un autre écran.
- Votre Souveraineté, il y a environ une demi-heure, les fluctuations dans le vortex ont atteint des sommets. Certains de nos appareils d'analyse, les plus précis, ont même été endommagés par ces fluctuations. Nos appareils de récolte ont vu leur rendement passer de 0,007% à environ 2,5%, ce qui est un bond énorme.
- Mais c'est une très bonne nouvelle!
- De plus, les récoltes nous ont permis de découvrir des échantillons différents de ce que nous avions jusque-là découvert.
- Encore plus intéressant, Krumman. Je suis heureux d'apprendre cela, même si nous ne dirigeons pas les recherches. J'espère que les échantillons sont transportables...
- Le problème, votre Souveraineté, c'est que tout ceci est impossible! coupa un autre scientifique. Les fluctuations naturelles du vortex sont beaucoup moins importantes. Selon nos appareils d'analyses, quelque chose a voyagé à travers le vortex, et aurait vraisemblablement atterri sur Progus.

Le visage du président perdit immédiatement le sourire qu'il arborait en entendant les nouvelles. Peu de choses pouvaient traverser un vortex, encore moins pouvaient créer des fluctuations. Et la liste se réduisait encore plus lorsqu'on souhaitait sortir du vortex. Ce quelque chose avait induit une certaine crainte dans l'esprit de Prog. Mais cette crainte se transforma en une vive curiosité en quelques secondes.

- Atterri, dîtes-vous? Comment-cela?
- Et bien... commença le scientifique en jaune.
- Vous, j'ai dit que vous ne me parliez plus! coupa immédiatement le dictateur en coupant la communication avec ce scientifique. Krumman, expliquez.
- Une faille a été découverte dans le vortex. Une faille non-dangereuse, de quelques secondes. Suffisantes pour que quelque chose y passe. Les fluctuations sont repassées à la normale juste après.
- Il est donc logique d'imaginer que quelque chose a atterri sur la planète, en effet. Où cela, selon vous?
- La faille se trouvait dans une forêt du 8ème quadrant nord, votre Souveraineté. Au sud du village de Lokir
- Oh, intéressant! Je vais devoir vous quitter, je reviens dans quelques instants. »

Le dictateur coupa la communication, et appela les autorités militaires du quadrant indiqué directement. Il apprit alors qu'une opération de bombardement par artillerie et de reconquête de villages avait eu lieu moins d'une heure auparavant. Dans la forêt au sud de Lokir. Des hommes armés se trouvaient donc à moins de deux kilomètres au nord de la chose. En recevant un ordre direct du Président en personne, celui-ci pouvait espérer qu'ils allaient faire vite. Leur objectif était clair: isoler et récupérer la chose, et faire un rapport complet le plus rapidement possible.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Dans la forêt, Clara et le Docteur cherchaient quelques survivants au milieu des cadavres. Après dix minutes de recherches, ils avaient réussi à sauver cinq rebelles, grâce, notamment, aux soins légers que pouvait apporter le tournevis sonique du Docteur. Les deux voyageurs temporels étaient assez éloignés l’un de l’autre lorsque les premiers soldats entrèrent dans la forêt. Clara marchait entre les cadavres, et regardait par terre, espérant désespérément le mouvement d’un bras ou d’une jambe. Et c’est lorsqu’elle releva la tête qu’elle aperçut les premiers hommes. Habillés en gris, armés de ce qui ressemblait à des fusils de chasse redesignés pour coller à une atmosphère futuriste. Autant dire que leurs intentions ne lui paraissaient pas très bonnes.
Ainsi, la jeune fille se retourna doucement, leva ses jambes assez haut pour ne pas marcher sur les corps, et tenta de se cacher derrière le tronc coupé et brulé d’un arbre. Elle s’adossa à l’écorce blanche et tiède, et tenta de respirer lentement. Elle avait couru sans même chercher à comprendre pourquoi. Les armes lui avaient fait peur. Mais en y réfléchissant bien, ces hommes armés avaient de grandes chances d’être des soldats du dictateur Prog. Elle fit cette connexion logique dans sa tête juste avant que lesdits soldats la découvrent.

« Et, vous, là-bas! Identifiez-vous!
- DOCTEEEEEEUUUUUR!!! »

Sa réaction première fut de crier. La seconde fut de courir. Et c’est ce qu’elle fit : courir, courir et courir encore plus. Elle évitait les arbres, elle sautait au dessus des cadavres (qui ne lui posaient alors plus AUCUN problème, si ce n’est qu’elle ne voulait pas trébucher sur l’un d’entre eux), et autour d’elle sifflaient des décharges d’énergies envoyées par les soldats.

De son coté, le Docteur leva la tête en entendant le cri de Clara. Au début, il voulut crier pour lui demander ce qu'il se passait, mais son envie passa très vite lorsqu'il entendit les tirs des armes et les explosions des arbres. Il se mit lui-même à courir en direction du TARDIS, et lorsqu'il y arriva, la porte était déjà ouverte. Les blessés qui s'y étaient rendus avaient donc eu la bonne idée de ne pas la fermer. Le seigneur du temps pénétra rapidement à l'intérieur, et se retourna en entendant son nom crié derrière lui.

« Clara, dépêchez-vous! On vous tire dessus!
- J'AVAIS REMARQUÉ!!!

Une salve d'énergie siffla au-dessus de la tête de la jeune fille, et frappa l'inscription "BOX" qui surplombait la porte ouverte. Clara se retourna pour voir où se trouvaient ses poursuivants, et aperçut alors un des blessés se ruer en claudiquant vers la cabine bleue, alors que les tirs sifflaient autour de lui.

- Docteur! Y a un blessé! Il faut...
- Pas le temps! lança le seigneur du temps depuis la console du TARDIS
- Mais on doit l'aider!

Elle courut en direction de l'homme qui était couvert de terre et dont les mains, qu'il tendait vers l'avant, étaient parsemées de brins de bois et d'écorces qui s'étaient plantés dans la peau pleine de sang et de sueur. Ses yeux étaient remplis d'espoir, mais son sourire presque heureux rendait son visage pathétique. Clara lui attrapa la main, et fit ainsi rentrer un peu plus profondément quelques morceaux d'écorces et échardes dans sa chair, ce qui lui fit lâcher un gémissement de douleur. Cet homme, tout de boue et de larmes, avait perdu toute sa fierté, se disait-elle. La terre collée à son menton cachait à moitié une barbe qu'il devait parfaitement tailler, d'après ce qu'elle pouvait apercevoir en le tirant et en l'encourageant à avancer. Ses vêtements semblaient être assez bien entretenus, ce qui était difficile à voir étant donné l'état de brûlure et de dégradation dans lequel ils se trouvaient. Mais Clara était presque sûre que cet homme était, en temps normal, un homme droit, qui marche en sachant où il va. Elle ne savait pas pourquoi elle pensait cela, mais elle le pensait. Son voyage dans la vie du Docteur lui avait peut-être laissé quelques leçons.

- Allez, venez monsieur! Il faut rentrer là-dedans! On est en danger!
- Mais c'est... La... boîte... C'est plus... grand à l'int... tenta de répondre le blessé. »

Il fut coupé au beau milieu de sa phrase. Une salve d'énergie traversa quelques buissons pour achever sa vie en frappant le dos de l'homme. Celui-ci, qui marchait courbé, se cabra d'un coup, atterri sur le sol avec ses genoux et tomba par terre sur le flanc. Sa mort n'était plus qu'une question de seconde.
La scène arracha un cri à Clara, qui se retourna et se mit à courir sans regarder derrière elle. Elle entra dans le Tardis à toute vitesse, et les portes claquèrent automatiquement juste après. Le grincement métallique trancha ensuite l'air, et ce fut le dernier son que le mourant entendit. Ses yeux se tournèrent vers la boite bleue qui disparaissait, et, incrédule, il lâcha son dernier soupir.

Dans le TARDIS, le Docteur tournait autour de la console, et prononçait des noms techniques en pointant du doigt certains écrans, boutons et autres leviers.

« Mode Voltige... Tiens, ça c'est le système de... transfert d'énergie? Oui, transfert d'énergie secondaire, et ça c'est... Oh! Clara! Vous êtes là. Vous en avez pris du temps.

La jeune fille regardait le Seigneur du Temps avec des yeux humides, et un regard choqué plus que frustré ou en colère. Celui du Docteur était plutôt interrogateur. Il n'avait pas vu la scène à laquelle Clara avait assisté. Cependant, elle ne tenta pas de l'informer de ceci, et tenta d'oublier en commençant une discussion dont le sujet serait différent.

- Euh... Où est-ce qu'on va?
- Nulle part! Nous sommes en orbite temporelle! lança le Docteur avec un air "fier de lui" qui dérangeait presque la jeune fille.
- En quoi??
- Laissez-moi vous expliquer. Un jour, vous m'avez demandé de quoi était fait le temps.
- Fraises... Framboises, je sais plus.
- Oui, c'est ça. Enfin non, pas du tout! Je vous avait dit que ce n'était pas... Enfin bref! Dans tous les cas, nous sommes tous les deux d'accord que même si le temps est une sorte de méli-mélo.. Enfin, même si on voyage dans le temps, celui-ci se déroule. Il a un sens.
- Euh... Oui. C'est... le temps quoi!
- Voilà, vous comprenez vite! Bon, ce sens, dans le vortex, c'est une sorte de courant. Comme dans une rivière. Si je laisse le TARDIS dans le vortex, il va avancer à la vitesse du temps. MAIS, si je le fais avancer vers le passé, mais à la même vitesse que le courant... Que ce passe-t-il?
- Euh... On fait du... du surplace!
- Exactement! C'est ça, l'orbite temporelle: du surplace dans le vortex. On reste au même moment. Si on avait une caméra pour voir dehors, le temps serait figé. Et si je me matérialise, là, et bien je reviendrais exactement au même instant et au même endroit que...
- Oui, j'ai compris le truc, Docteur.
- Oui, bien sûr... Euh... Si vous alliez voir les blessés, ça m'arrangerait, le temps que je me réhabitue un peu aux commandes, et tout le bazar qui va avec.
- Oui, bien sûr... Je... J'y vais. »

Et même après cette discussion didactique, Clara Oswald n'avait pas oublié ce qu'elle avait vu, et la peine qu'elle ressentait en y repensant était à peine atténuée. Mais ce qui était le plus douloureux pour elle, c'était le désintérêt total du Docteur pour le sort du pauvre homme. Elle espérait sincèrement qu'il ne s'agissait que d'une conséquence passagère de la régénération.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« Une boite bleue? répéta Honorius Prog en détachant chaque syllabe, dans son bureau présidentiel.
- Oui, votre souveraineté, lui répondit-on dans un haut-parleur incrusté dans le meuble.
- Une boite?
- Et bien, pour être honnête, il s'agissait surtout d'un... Ah, je cherche le mot, mais je n'arrive pas à le retrouver.
- Je pense pouvoir vous aider, colonel. La photographie que vous avez ne représente-t-elle pas une cabine?
- Et bien... C'est exact, votre Souveraineté! Votre intelligence et vos connaissances sont dignes de votre personne, et croyez bien que...
- Bien, bien! Faîtes-moi parvenir au plus vite cette photographie de cabine qui disparaît, et rassurez tous vos soldats. Il n'y a rien de surnaturel à cela.
- Votre Souveraineté... Était-ce la chose que nous devions récupérer?
- C'est possible. Maintenant, disposez! »

Le président coupa la communication, et se mit à lire plusieurs dossiers affichés sur une plaque de verre qui sortait de son bureau. Une technologie tactile particulièrement intéressante et esthétique. Quelques minutes plus tard, il reçut la photographie. On y voyait une cabine bleue étrange, à moitié transparente, qui lançait une lumière depuis une lanterne posée au sommet de l'étrange objet de bois. Lorsqu'il eut fini de regarder l'image, Prog écrivit un message auquel il joignit le document, et dans lequel il n'écrivit que quelque mots:


LE "DOCTEUR" EST SUR PROGUS

 



Citation:


Dans un sombre couloir de pierre assez large et haut de trois mètres, le calme qui régnait depuis plusieurs heures venait d'être brisé en quelques secondes. Un bruit long et indescriptible fendit l'air, tandis qu'une lumière éclairait le couloir, venant de nulle part. Une cabine bleue commença à apparaître et à clignoter. Et lorsqu'elle fut totalement apparue, une porte métallique particulièrement épaisse s'était ouverte au fond du corridor, et les deux hommes armés qui en sortirent furent bien surpris de voir cette boite placée juste en face d'eux, au milieu du chemin.
Les portes de la boîte s'ouvrirent sur un homme habillé d'une chemise blanche, ou alors d'un gris extrêmement clair, ce qui était difficile à déterminer étant donné que les lampes situées au plafond étaient encore en train de s'allumer. Au-dessus de cette chemise, l'homme portait une veste noire un peu grande, qui descendait jusqu'à son bassin, et qui était à moitié ouverte. Enfin, sa tenue était complétée par un pantalon noir lui-aussi. Ses cheveux noirs et longs contrastaient avec son teint pâle. Et ses mains étaient... En l'air. Ce qui s'expliquait par le fait que les deux hommes qui venaient de rentrer pointaient chacun un fusil sur lui.

« Qui êtes vous? lança le plus grand des deux.
- Euh... Un ami. Un allié même. Enfin non, quelqu'un qui vous veut du bien, ou du moins qui ne vous veut pas de mal, et en fait, techniquement...
- Vous pouvez pas essayer de donner un nom, pour aller plus vite? demanda, exaspéré, l'autre garde.
- Oui, bien sûr. Le Docteur. Juste le Docteur. Rien d'autre. Et ne faîtes pas un visage aussi surpris et effaré! OUI, le truc derrière moi est plus grand à l'intérieur.
- Mais... Mais...
- Taisez-vous donc, et baissez vos armes! J'ai des amis à vous qui ne vont pas très bien, là, et je pense qu'ils apprécieraient grandement une aide médicale de votre part.
- De quoi? laissa échapper le premier garde.
- BOUGEZ VOTRE POPOTIN!»

 


« Écoutez, je dis ça comme ça, mais étrangement, depuis que vous vous êtes changé, les gens semblent avoir moins confiance en vous...
- Comment ça? demanda le Docteur. Qu'est-ce que vous insinuez, Clara?
- Non mais c'est vrai! Regardez: lorsque vous portiez vos vêtements de Trenzalore, vous inspiriez confiance aux gens. Orso nous a révélé l'emplacement de la base, il vous a cru dès le début. Pareil pour tous les blessés, qui allaient jusqu'au TARDIS sans avoir de doutes sur vos attentions.
- Voyons, ça n'a rien à voir avec les vêtements!
- Oui, mais dès que vous vous êtes changé, la première chose qui nous arrive, c'est de nous faire enfermer.
- Bon sang, si vous avez un problème avec mes vêtements, dîtes-le tout de suite!
- Ben oui, Docteur! J'aime pas votre nouveau look. Regardez-vous! Vous êtes tellement terne, et sobre... Vous étiez mieux avant.
- Oui, mais ça, c'était avant. Je préfère ces vêtements. Et puis, les nœuds-papillons, c'est tellement... Tellement pathé... »

Le Docteur fut coupé par le bruit que fit la porte en métal de sa "cellule" lorsqu'elle s'ouvrit.
Cette cellule se trouvait enterrée sous plusieurs mètres de terre, comme le corridor où avait atterri le TARDIS, ainsi qu'un grand réseau de pièces, de couloirs et d'escaliers, qui constituaient un complexe ancien de bunker qui s'étendait sur une dizaine d'hectares et sur quatre étages, que la Résistance avait retrouvé et investi.
À partir du moment où les rebelles eurent compris que le Docteur avait sauvé la vie de plusieurs d'entre eux, les choses étaient allés très vite. Les blessés avaient été amenés dans une infirmerie, le Docteur fut "enfermé" avec Clara un petit quart d'heure le temps qu'une réunion exceptionnelle s'organise, et le duo fut enfin conduit jusqu'à la réunion.
Une vingtaine de personne se tenaient debout, autour d'une table numérique rectangulaire. Le Docteur et Clara se placèrent sur le coté de la longueur, au milieu. Orso, qui s'était remis de ses blessures qui n'étaient finalement pas très graves, se trouvait en face de Clara, et à coté d'un homme qui se trouvait être le chef du mouvement rebelle. Cet homme fut le premier que le Seigneur du Temps détailla. C'était un homme au visage rectangulaire, légèrement arrondi, qui semblait avoir l'âge d'être grand-père. Il avait une forte mâchoire et son menton était légèrement proéminent. Son front dégarni ne montrait pas un trop grand nombre de rides, et ses cheveux gris parfaitement coiffés montraient qu'il soignait son apparence, tout comme ses vêtements, qui étaient simples, mais propres, ce qui n'était pas le cas de ceux de tout le monde. Enfin, le Docteur remarqua son regard curieux, et froid. Une façade face à un homme qui ne lui inspirait pas entièrement confiance, pensait le Seigneur du Temps. Et en pensant ceci, les remarques vestimentaires de Clara lui revinrent en mémoire, ce qui lui arracha un léger sourire.
Finalement, l'homme prit la parole.

« Docteur, au nom de tout mes hommes, je vous remercie.
- Ah... De rien. Enfin, non, je veux dire, je comprends... Mais c'était naturel pour moi...
- Oui, bien sûr... Dans tout les cas, vous avez réussi à sauver une dizaine de combattants de la liberté. Et vous les avez, à ce que l'on m'a dit, très bien soignés.
- Oh, c'est peu de chose. Les premiers secours, c'est tout. C'est la base.
- Ne soyez pas modeste, voyons.
- C'était plutôt condescendant, en fait. MAIS, peu importe. Je suppose que vous ne m'avez pas fait venir jusqu'ici dans le simple but de me... remercier.

Le chef écarquilla les yeux et souffla par le nez, pour évacuer la petite colère qu'avait fait naître le Seigneur du Temps en lui expliquant qu'il l'avait pris de haut. Cela le calma légèrement, et il décida de continuer.

- Laissez-moi me présenter: je suis Lukonor, et c'est moi qui dirige le principal groupe de résistants de la planète. Et il se trouve que votre aide nous serait précieuse. Aussi, si vous pouvez...
- Non! coupa immédiatement le Docteur.
- Comment-ça? Vous ne savez même pas ce que...
- Une cabine plus grande à l'intérieur et qui peut se téléporter, ça donne tout de suite des idées. Je refuse d'utiliser le TARDIS.
- Le Tardis?
- C'est comme ça qu'on appelle la machine, Lukonor, expliqua Orso.
- Je vois...
- Cependant, rien ne m'empêche de vous aider sans l'utiliser. »

Le vieux chef sourit immédiatement en apprenant ceci, et commença alors à expliquer le fonctionnement de son mouvement, les rôles de différentes personnes et enfin les opérations urgentes qu'il fallait bientôt déclencher. Ainsi, après une heure environ de discussion, le Docteur et Clara se retrouvèrent mêlés aux activités d'un groupe de résistance, et eurent même l'immense privilège de pouvoir participer activement aux opérations...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La ville de Nurgia se trouvait à une soixantaine de kilomètres au sud de la Cité Capitale. Grande métropole d'un million-et-demi d'habitants, elle étaient la capitale d'une région composée de trois quadrants, et se trouvait surtout être une des principales bases militaires de la planète. Il y avait de nombreuses bases aériennes dans les banlieues, ainsi que des casernes dans et hors de la ville. Mais ce qui intéressait les rebelles, c'était un complexe d'entrepôts situé à une dizaine de kilomètres à l'est du centre, là où commençaient les champs et les prairies. Dans les entrepôts étaient stockés de nombreuses armes, notamment les obus incendiaires et les fusils à décharges d'énergies. En très grand nombre. De plus, le complexe comprenait aussi des laboratoires et une usine de fabrication d'obus.
Le Docteur et Orso avaient pour mission de s'y infiltrer. Ils utilisèrent une motojet extrêmement rapide pour traverser en à peine une heure les quelques 200 kilomètres qui séparaient la base rebelle de Nurgia. Ils s'arrêtèrent dans un bois situé à environ trois cent mètres du complexe, et marchèrent jusqu'au centre de la petite forêt pour découvrir un puits métallique fermé par une écoutille blindée, cachée au milieu d'une clairière, sous les herbes.

« Alors comme-ça, ces militaires aménagent des sorties de secours de ce genre? s'étonna le Docteur.
- Et oui, Doc'! Vous avez dit que vous pouviez ouvrir pas mal de trucs de ce genre, à la base, alors vous pouvez... Pourquoi vous me regardez comme ça?
- Ne m'appelez pas Doc'. Surtout pas.
- Ok Doc'...teur.
- Bon, voyons-voir ce qu'on a là.

Le Docteur sortit son tournevis sonique, celui qu'il possédait déjà avant sa régénération, s'agenouilla, activa son outil et analysa les bords de l'écoutille pour découvrir le verrou et sa nature.

- Dîtes, votre John Connor, là, il ressemble un peu à la description que vous m'avez faîtes de Prog, remarqua le Docteur sans quitter des yeux le cercle de métal.
- John Connor?
- Peut-être que c'était Luke... Votre chef quoi!
- Ah, Lukonor, oui! Et bien, en fait, il est de la génération de Prog. Ils étaient rivaux en politique, mais Prog a gagné les présidentielles, et a très vite évincé Lukonor.
- Ah, il était donc "naturellement" le meilleur dans le rôle du Jean Moulin.
- Du quoi?
- Chef de la Résistance. C'est évident pourtant! lança le seigneur du temps, exaspéré. Ah! voilà que ça s'ouvre! »

L'écoutille se déverrouilla, et le Docteur s'engouffra dans le trou, suivi par Orso. Une quarantaine de barreaux attachés aux parois menaient jusqu'au tunnel, quelques mètres plus bas. Ils n'eurent ensuite besoin que de quelques minutes pour rejoindre l'autre bout du tunnel.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Dans la Cité Capitale, à environ un kilomètre à l'est du Théoïcole, soit à mi-chemin entre les bâtiments gouvernementaux et la plage de la Cité, se trouvait une tour circulaire d'une cinquantaine de mètres de haut. Cette faible hauteur n'était rien comparé aux quelques 930 mètres que pouvaient atteindre certaines tours situées à la périphérie de la ville. Mais la tour qui nous intéresse ici avait une particularité bien à elle: au-dessus du toit se dressait un cercle (et non pas un disque), ou plutôt une tore, dont le diamètre était presque équivalent au triple de celui du bâtiment qui la portait. Il s'agissait d'une énorme antenne parabolique.
Car cette tour, c'était le Centre des Communications. Un passage obligé pour toutes les communications "légales", même celles du gouvernement et des autorités. Tout était relayé jusqu'ici, puis renvoyé ensuite aux destinataires. Les communications ne souffraient d'aucun retard ou trouble, et les échanges informatiques se déroulaient sans aucun problème. Mais tout ce qui était communiqué passait par la Tour. Et donc logiquement, tout était sous le contrôle et le regard de Prog. La tour permettait aussi les communications avec les colonies dans le système de l'étoile de Progus, et pouvait même communiquer plus loin sans souffrir d'un problème d'ondes classiques qui demanderaient du temps avant d'arriver à destination.

Trois personnes entrèrent dans le Centre par la porte principale. Deux hommes et une femme. Un homme dans la cinquantaine au centre, un jeune d'une vingtaine d'année à sa droite et Clara Oswald à sa gauche. L'homme au milieu était grand, avait des cheveux noirs et un costume d'employé de bureau. Il se dirigea vers la réception, glissa quelques mots à une réceptionniste, puis pris un ascenseur avec les deux autres personnes.
Si Clara se trouvait ici, c'était parce qu'elle avait accepté d'aider Lukonor et ses hommes. En un peu plus d'une heure, elle avait pu atteindre la Cité Capitale avec le jeune homme, nommé Jonas, et les deux furent rejoints en ville par le plus vieux, Hans. Celui-ci était une taupe au sein du Centre des Communications, mais dont le travail était cantonné aux communications d'un quadrant sous le contrôle de Nurgia. Certes, il s'agissait déjà d'un rôle important, mais il ne s'occupait que des communications civiles, et pas administratives. Cependant, cela ne l'empêchait pas de connaître certaines personnes qui seraient prêtes à le laisser entrer dans certaines pièces s'il avait une raison valable. Et quoi de mieux comme raison que la visite de deux neveux vivant de l'autre coté de la planète et qu'il ne reverrait pas avant au moins une année?
Ainsi, Clara et Jonas était sensés être frère et sœur. Le jeune homme avait à peu près le même âge que la voyageuse temporelle, ce qui donnait de la crédibilité à leur couverture. Il avait un visage de poupin, qui respirait l'innocence. Cela faisait pourtant des années qu'il résistait, puisqu'il avait commencé lors de son adolescence. Ses yeux étaient bleus, mais pas trop clairs, et ses cheveux, qui se trouvaient être comme châtains ou bruns, étaient parfaitement bien coiffés pour l'occasion. Enfin, son menton laissait deviner qu'il s'était récemment rasé, poussant ainsi le réalisme de la couverture. Enfin, il portait sur lui un gilet en cuir que l'on ne trouvait pas sur ce continent. De son coté, Clara s'était habillée à la mode Qatorienne (ou Progusienne), en prenant une robe rouge qui descendait jusqu'à ses cuisses, et des chaussures argentées et plates qu'on ne trouvait que sur cette planète.

L'ascenseur s'arrêta au dix-neuvième étage, et Hans commença une visite du niveau, pour paraître plus naturel. Après environ vingt minutes de visite, il décida de se diriger vers la porte qui l'intéressait, gardée par un garde armé.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


L'usine d'obus était remplie de tapis roulants, de bras articulés, de pièces détachés et de chaines de montages. Le Docteur et Orso avaient réussi à pénétrer sans problème dans le bâtiment, et se trouvaient désormais seuls dans une petite pièce où l'on pouvait accéder à plusieurs ordinateurs. Orso se précipita sur l'un d'entre eux, et l'alluma. Celui-ci était en veille, et demanda un mot de passe pour reprendre la connexion.

« J'aurais besoin de votre machin sonique, Doc'.
- Docteur! J'ai dit "DOCTEUR"!
- Bon, vous m'aidez, oui ou non?
- Oui, oui... maugréa le Seigneur du Temps en sortant son tournevis.

Il le pointa sur l'ordinateur, l'activa, et quelques secondes plus tard, la session en cours apparut sur l'écran. Orso pianota sur le clavier, et chercha plusieurs dossiers. Il ouvrit alors des plans de l'usine, et du complexe.

- Regardez, Docteur: l'usine est dans la partie nord-ouest. Si l'on veut détruire le complexe, il faudrait commencer par un bâtiment central.
- Il y a un entrepôt, ici, non? remarque le Docteur en pointant du doigt un rectangle placé au centre de l'écran.
- Oui... Attendez, les infos disent qu'il n'y a que des fusils dedans. Difficile de démarrer une explosion.
- Il faut commencer par des obus incendiaires.
- Ou des obus explosifs, ajouta Orso. Il y en a dans l'entrepôt B-2. En théorie, l'explosion soufflera totalement un tiers du complexe.
- Et je suppose que l'onde de choc fera exploser le reste... C'est d'accord pour moi, mais il faudrait d'abord faire évacuer le personnel. On ne va pas tous les tuer, quand même.
- Bien sûr que non, on ne vas pas les tuer, répéta Orso.

Le Docteur se retourna donc pour aller de l'autre coté de la petite salle sans fenêtre, et chercha le bouton de l'alarme. Il n'y en avait aucun. Il sortit donc dans le couloir, après s'être assuré qu'il était désert, et analysa avec son tournevis le bouton rouge qui se trouvait à coté d'une porte de métal. Il ne s'agissait pas d'une alarme, mais du système qui permettait d'ouvrir la porte. Il l'activa, et déboucha sur une passerelle qui surplombait une partie de l'usine.
La passerelle faisait tout le tour d'une salle d'une vingtaine de mètres de long et d'une dizaine de large, qui se situait sur deux niveaux. Le premier était rempli par des bras robotiques et des chaines de montages, tandis que le second n'était occupé que par la mezzanine que constituait la passerelle et le vide au milieu. Depuis son promontoire, donc, le Docteur voyait les tapis roulant. Et alors, une idée lui vint... Il se trouvait au dessus d'une chaine qui assemblait les explosifs des obus incendiaires... Et il y avait une alarme à quelques mètres à droite de la porte, sur le mur. Il se plaça donc devant le bouton, pointa un tapis roulant situé quatre mètres en dessous de lui avec son tournevis, et l'activa. Quelques secondes plus tard, une sorte de poche métallique ovoïde explosa en projetant des trainées de flammes partout autour d'elle, ce qui en fit exploser plusieurs autres. Le Docteur frappa immédiatement le bouton et rentra dans le couloir en fermant la porte alors que l'alarme criait un son strident.
Il courut ensuite jusque dans la petite salle où se trouvait Orso, qui était encore sur l'ordinateur, et l'interpela.

- Eh! Venez, on doit enfiler des tenues d'employé de l'usine et aller à l'entr... Mais... Qu'est-ce que vous regardez? »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Jonas et Clara se trouvaient désormais dans une salle très spacieuse: elle occupait le centre de la tour, et son diamètre était d'une bonne vingtaine de mètres. Elle était occupées par de nombreux tuyaux de métal qui acheminaient des milliers de câbles et de fils vers l'antenne, et des dizaines d'ordinateurs se trouvaient éparpillés dans la salle, et reliés à certains tuyaux par ce que Clara comparait à des spaghettis électroniques. Ces ordinateurs étaient, pour certains, occupés par des informaticiens, mais la plupart étaient inutilisés. C'était ici que l'on contrôlait et que l'on accédait aux messages gouvernementaux et présidentiels.
Hans avait réussi à les faire entrer avec l'aide du garde qui surveillait l'une des portes. Ils se connaissaient bien, et celui-ci accepta de le faire entrer, exceptionnellement, pour montrer à ses neveux à quoi ressemblait la pièce. Heureusement, il n'y avait aucun informaticien de ce coté-ci de la pièce. Le garde fut donc rapidement électrocuté et paralysé par Jonas, qui avait réussi à cacher un "tazer" dans le gilet qu'il portait. Hans montait la garde à l'extérieur, prétendant que le vrai garde était allé au toilettes.

Ainsi, Jonas et Clara avaient pris par surprise un informaticien isolé et l'avaient électrocuté. Ils avaient donc accès à un ordinateur où tout était déverrouillé. Clara le prit, et inséra une carte dans une fente présente sur le coté de l'écran. Une clé USB 2.0, ou plutôt 3.0, à ce qu'elle avait compris. Pendant ce temps, le jeune Jonas alla chercher un autre informaticien isolé. Et en explorant dans son nouvel ordinateur et en copiant des données, elle aperçut alors un fichier bloqué contenant des communications de Prog.
Elle tenta de l'ouvrir, mais ne réussit pas, par "manque d'autorisations" possédées par le compte qu'elle utilisait. Le Docteur avait heureusement eut le temps de lui laisser un virus dans sa carte, qui vint à bout des protections. Elle copia les données dans la carte, et découvrit que le fichier le plus récent possédait une icône différente de toute les autres. Elle avait réussi à comprendre qu'il y avait deux types d'icônes: l'une pour les échanges et communications au niveau de la planète, et l'autre au niveau du système solaire. Mais celle qu'elle voyait ici était encore différente. Le fichier semblait, en plus, assez léger. Elle décida donc de l'ouvrir, et découvrit alors la photographie du TARDIS ainsi que le message énigmatique que le Dictateur avait envoyé quelques heures plus tôt: LE "DOCTEUR" EST SUR PROGUS.
Le choc fut tel qu'elle recula d'un coup et failli faire tomber sa chaise. Mais ce qui la choqua le plus, ce fut le bruit qu'elle commençait à trop bien connaître qui semblait venir des couloirs. Celui des armes des soldats de Prog. Accompagné d'un cri de douleur de Hans.

Ils avaient été découverts.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le Docteur pointa son tournevis en avant, et celui-ci lâcha un bourdonnement qui montait dans les aigus à chaque seconde, et qui se faisait de plus en plus fort. Ceci eut pour effet de brouiller l'ordinateur sur lequel se trouvait Orso et de faire éclater l'écran.

« Docteur! Qu'est-ce que vous...
- Vous étiez en train de copier les plans de ces armes, Orso!
- Oui, et alors? Cela fait partie des objectifs de cette mission!
- On ne m'en a rien dit. Mais c'est pas ça le problème!
- Ah bon? C'est quoi le problème alors?
- Vous voulez les plans de ces armes pour les reproduire. Les construire vous même. Si vous faîtes-ça, vous ne valez pas mieux que Prog!
- Comment osez-vous dire ça? Bon sang, il tue le peuple depuis un demi-siècle! On a bien le droit de...
- Arrêtez de penser avec un esprit de vengeance! Vous ne devez pas faire comme eux sous prétexte qu'ils ont fait la même chose et qu'ils le méritent!
- Mais... »

Orso fut coupé par une explosion qui ébranla tout le bâtiment. Il ne fit alors aucun commentaire, mit les vêtements de scientifique au-dessus des siens, et courut avec le Docteur vers la sortie.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Clara avait été traînée par deux gardes armés qui la tenaient fermement par les épaules. Ils avaient dépassé le cadavre de Hans sans s'en soucier, et l'avaient amené dans un bureau isolé. Le meuble avait été poussé sur le coté, et au milieu, Jonas était à genoux, les mains menottées dans le dos, devant un homme habillé en militaire, et non pas en garde. Quelqu'un referma la porte, et les deux gardes qui retenaient Clara la lâchèrent.

« Dès que les caméras vous ont détectée, jeune fille, je me suis mis en route pour vos retrouver, lança le militaire. Vous connaissez cette personne je suppose.

Il fit un signe de tête sur le coté, pour désigner Jonas.

- Non, je sais pas qui c'est...
- Voyons Clara, vous n'avez AUCUNE crédibilité! lâcha le jeune homme menotté, presque en riant.
- En effet... coupa le militaire. Mais le rire de ce jeune homme ainsi que votre sourire, "Clara", vont très rapidement s'effacer.

Il attrapa alors un pistolet à énergie sur le bureau, équivalent des fusils que la jeune fille avait vus auparavant, et le pointa sur la tête du résistant. Celui-ci écarquilla les yeux de terreur en voyant le canon si près de son front.

- Mademoiselle Clara, je vous déconseille de tenter quoi que ce soit, étant donné l'inconfortable position de votre ami. Donc écoutez-moi. Je sais que vous êtes venue ici avec un homme connu sous le nom de "Docteur".
- Comment vous pouvez savoir ça?
- Notre Souveraineté le Président Prog est extrêmement intelligent et renseigné.
- Mais comment...
- TAISEZ-VOUS! Je n'ai qu'une simple question à vous formuler. Si vous ne répondez pas...

Il avança alors son arme pour que le canon touche le front de Jonas, ce qui rendait la menace assez explicite.

- Où est ce "Docteur"?
- Je sais pas, je vous jure, je sais pas!
- Je répète ma question: Où est-il?
- Mais je sais pas!!

Au bout du canon, Jonas commençait à respirer bruyamment et des larmes coulaient de ses yeux. Clara, elle, avait si peur qu'elle mordait ses lèvres, et que ses yeux, eux aussi, commençaient à s'embuer.

- C'est la dernière fois que je me répète, mademoiselle Clara. Où est le Docteur? »

 



Citation:

L'atmosphère était lourde. Très lourde. Un poids énorme pesait sur les épaules de Clara. Elle en avait vu des choses, pourtant. Elle avait dirigé un assaut contre des Cybermen, elle avait voyagé dans un sous-marin soviétique avec un maréchal martien prêt à déclencher une guerre thermonucléaire globale, elle avait traversé la vie du Docteur... Mais tout cela n'importait pas. Parce qu'en ce moment précis, elle avait la vie d'un jeune homme entre ses mains. Des larmes coulaient sur son visage, et commençaient à mouiller ses lèvres, tandis que celles de Jonas le vieillissaient totalement. Et face à tout cela, il y avait le militaire, presque impassible devant ce spectacle, prêt à tirer. Et cela semblait même le démanger un peu.

« Un complexe... murmura la jeune fille.
- Pardon?
- Le Docteur... Il est dans un complexe... militaire.

Elle reprenait son souffle et essayait de maîtriser ses larmes, ce qui fonctionnait, vu qu'elle ne pleurait plus.

- Un complexe militaire? Où donc?
- Pas loin d'ici... Au sud, je crois. J'en sais pas plus... J'ai du partir rapidement, parce que la capitale... était plus loin.
- Plus loin? Mais d'où venez-vous?
- Une base...
- Où donc?
- JE SAIS PAS! cria-t-elle. Si vous savez qui est le Docteur, alors vous savez que je sais rien sur la géographie de cette planète!»

Le militaire ne chercha pas à questionner la jeune fille d'avantage. Il amena sa main gauche, encore libre, sur son arme, tourna une petite molette avec son pouce, et tira dans la tête de Jonas. Une décharge électrique traversa le corps du jeune homme, qui lâcha un grognement de douleur avant de tomber par terre, sur le flanc. Le militaire pointa ensuite son arme vers Clara, et tira. La jeune fille reçu la décharge, poussa un petit cri aigu, et s'écroula sur le sol.



L'alarme continuait de crier et de déchirer les oreilles alors qu'une dizaine de soldats sortaient de l'entrepôt B-2. Alors que la porte était encore ouverte, et que l'évacuation générale était annoncée dans d'autres haut-parleurs, deux scientifiques, reconnaissables par leurs blouses blanches, entraient dans le bâtiment.
Il y avait à l'intérieur un nombre incroyable d'obus explosifs et incendiaires. Les premiers étaient totalement lisses, ovoïdes et gris, tandis que les seconds étaient noirs et possédaient une sorte de queue derrière l'ogive. Les obus étaient entreposés dans des caisses transparentes, elles-mêmes posées sur des plaques de métal qui s'étalonnaient sur une quinzaine de mètres de hauteur, reliée au sol par de solides pylônes de fer, comme des bibliothèques métalliques. Au total, il y avait plusieurs milliers d'obus entreposés dans le bâtiment.
Les deux hommes se dirigèrent rapidement vers le centre de la pièce, et le Docteur ouvrit l'une des caisses, qui contenait quatre obus explosifs.

« J'espère que vous ne m'en voulez plus pour les plans, s'inquiéta-t-il.
- Oui, ça va... Bon, on fait comment maintenant?
- Il y a bien un compte-à-rebours là-dedans, non?
- J'en sais rien! C'était sur les plans!

Le Docteur leva sa main devant Orso pour lui ordonner de se taire, et sortit son tournevis sonique. Il analysa ensuite l'un des obus, regarda quelque chose dans son outil, et arriva très vite à une conclusion:

- Il y a un minuteur! Et il est même assez long. Mais je pense que ça va être compliqué de l'activer avec le tournevis...
- Pourquoi? s'inquiéta Orso.
- Parce que je pourrais le faire exploser, répondit le Docteur sur un ton qui laissait supposer à quel point cela était évident.

Ainsi, le Seigneur du Temps fit glisser ses doigts sur une partie du corps lisse et métallique de l'engin de mort, et une ouverture s'ouvrit alors dans celui-ci. On pouvait y voir un minuscule écran digital, et plusieurs touches numérotées.

- Combien de temps pour qu'on soit assez loin, d'après vous? demanda le Docteur.
- Euh... On passe par les souterrains?
- Oui.
- Mais attendez, les soldats ont du utiliser cette sortie, non? Elle est prévue pour ça, puisque...
- Vous croyez que je ne l'avais pas prévu? coupa le Docteur en montrant son tournevis

Le visage du résistant montra d'abord une forme d'étonnement profond, et d'incompréhension. Puis, ses yeux s'écarquillèrent de surprise, et il se mit à sourire, et à lâcher ces sons indescriptibles que l'on faisait lorsqu'on avait du mal à croire à quelque chose.

-Vous... Vous les avez enfermés?
- Bien sûr que non. Je voulais qu'il fuient, le plus vite et le plus loin possible. La porte d'entrée est le chemin le plus rapide, et cela m'arrangeait bien qu'ils ne passent pas par le souterrain. Un coup de tournevis et le code de la porte du tunnel était modifié!
- Donc on peut passer par le souterrain! Bon... Le temps d'y arriver, de descendre, de traverser le tunnel et de remonter... En courant... Cinq à six minutes. Voire huit.
- Alors disons sept minutes!
- Hein?

Mais Orso n'eut pas le temps de réagir plus longtemps, puisque le Docteur avait déjà initialisé l'explosif.

- Si vous voulez un bon conseil, Orso... Courez!

INÉDIT Doctor Who Alternative

Thème du 12ème Docteur - COUREZ!


Ainsi, les deux hommes se mirent à courir le plus vite possible, sortant de l'entrepôt en quelques secondes, et se dirigèrent vers le bâtiment principal, où se trouvait l'écoutille. Sauf qu'en chemin, ils virent que plusieurs soldats revenaient dans la base. Une vingtaine. Alors que l'usine continuait de brûler et d'exploser. Et à voir leur visage apeurés, ils semblaient avoir été forcés de rentrer dans le complexe. Lorsqu'ils virent les deux hommes habillés en scientifiques, ils pointèrent immédiatement leurs armes sur eux, et se mirent à tirer.

- Ce sont des décharges paralysantes! cria Orso.
- Donc ils nous veulent vivants, conclut le Docteur en entrant dans le bâtiment, et en refermant la porte métallique. Donc ils doivent soupçonner notre présence ici.
- Ben maintenant, ils ne la soupçonnent plus! ironisa Orso en descendant à toute vitesse un escalier.

Bientôt, les deux hommes furent arrivés dans une salle vide, où se trouvait une porte métallique dans laquelle était incrusté un clavier complet. Le Docteur se précipita dessus, tandis que derrière lui, il entendait les soldats descendre les escaliers. Il pianota le nouveau code sur la porte, "RYCBAR", et celle-ci s'ouvrit. Il s'engouffra dans le tunnel, en tirant Orso par la manche, et referma immédiatement la porte avec son tournevis.

- Maintenant, COUREZ! SANS VOUS ARRÊTER!»

Les deux blouses blanches volaient dans l'air sec du tunnel, à tout vitesse, et en deux minutes, le Docteur atteignit l'échelle et la monta, suivi de près par le résistant. Il ouvrit l'écoutille en quelques secondes, et sortit enfin dehors, pour s'effondrer dans l'herbe, soufflant un petit peu après cette longue course. Orso l'imita, et ils se levèrent environ une minute plus tard, pour se diriger vers la motojet. Et alors qu'ils l'enfourchèrent, le compte-à-rebours toucha à sa fin. L'obus explosa dans son entrepôt, faisant immédiatement exploser les trois autres de la caisse, ce qui souffla totalement toutes les "bibliothèques" présentes dans la bâtisse. De nombreux autres obus explosèrent, et le bâtiment tout entier fut soufflé, alors que de nombreux obus étaient projetés dans les airs sur plusieurs dizaines de mètres, allant ainsi faire exploser les autres entrepôts et bâtiments. Tout le complexe se transforma en un torrent de flammes et de chaleurs, les murailles s'effondraient et les bâtiments éclataient les uns après les autres. Mais le Docteur ne chercha pas à assister au spectacle, et il se trouvait déjà loin lorsque les explosions cessèrent. Cependant, le Seigneur du Temps ne put s'empêcher de faire état de la réussite de son plan, une demi-heure à peine après son arrivée dans le complexe:

«Voilà qui est fait!»

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


«Docteur, je crois que nous devons vous montrer quelque chose qui vous concerne, déclara Lukonor au Seigneur du Temps lorsqu'il arriva dans la salle de réunion des bunkers.
- Ah? Quoi donc? Et est-ce que l'on a des nouvelles de Clara?
- J'en ai bien peur... répondit le vieil homme avec un air grave.

Le chef des résistant appuya sur la table numérique, et les hauts-parleurs de la pièce rapportèrent alors un message envoyé peu de temps avant aux rebelles.

- Cher Docteur, lançait une voix vieillie mais assurée, qui détachait chaque syllabe. Je sais qui vous êtes, et je sais aussi que vous avez réussi à détruire mon complexe de Nurgia. Ce fut une très grave erreur de votre part. Vous avez tué une trentaine d'innocents, en agissant ainsi. Et oui, un obus peut voler très loin, vous savez. Et puis des soldats vous recherchaient. Mais là n'est pas le problème. Votre chère amie, "mademoiselle Clara", a été capturée. Ainsi que son "frère", un jeune homme fort aimable, très coopératif d'ailleurs. Je le remercie de me permettre d'envoyer ce message sur les fréquences de cette stupide "Résistance". Il me fut d'une grande aide. Il pourrait peut-être même m'indiquer où vous vous cachez... Mais passons! Je n'ai pas besoin de venir vous chercher, Docteur, puisque vous allez venir vous-même au Théoïcole de la Cité Capitale, devant le Ministère de la Sécurité. Vous allez vous présenter à mes hommes et vous allez vous rendre. Pourquoi donc, vous demanderez-vous? Ma réponse est simple: un vaisseau spatial a décollé d'une base militaire. Un vaisseau judiciaire utilisé pour une sentence particulière... La Sentence Maximale, pour être exact. Je laisse vos chers amis résistants vous éclairer sur la nature de ce terme, et je vous dis "à très bientôt". Ah, et surtout: n'essayez pas de venir avec votre cabine, sinon... Vos amis vous expliqueront mieux que moi.

Le Docteur respirait bruyamment. Ses yeux étaient vides, et il analysait la situation. Il lui manquait quelques informations.

- En quoi ça consiste, la Sentence Maximale? cria-t-il presque à Lukonor
- C'est la pire des peines du système judiciaire. Prog, c'est lui que vous avez entendu, l'a mise en place il y a une trentaine d'années, et...
- Je me fous royalement de l'histoire de votre Système Judiciaire! Ce qui m'importe, maintenant, c'est ce que risque Clara!
- Elle sera tuée, expliqua Lukonor avec un air grave. Expulsée dans l'espace. Elle se trouve dans une cabine de la longeur d'une porte à double battants à peine, mais remplie d'air, à une densité supérieure à celle que l'on trouve ici. La porte de la cabine donne sur le dehors. Le bourreau ouvre la porte violemment et tout l'air est aspiré dans l'espace, avec la victime. Et ensuite... Vous savez ce qui arrive à un corps vivant dans le vide spatial, Docteur.
- Oui, je le sais...

Ses poings se serrèrent à l'idée de voir Clara subir les effets du vide. La différence de pression qui fait gonfler le corps, qui fait s'évaporer touts les fluides. L'eau et le sang de son corps qui la cuirait de l'intérieur... Les litres d'air qui s'éjectent à toute vitesse du corps... Il ne pouvait pas laisser faire cela. Mais il ne pouvait pas non plus se rendre. Pas à un dictateur qui semblait le connaître un peu plus qu'il ne le devrait, et qui martyrisait sa population. Il devait trouver une idée.

- Ce "frère", c'est qui? Le jeune que j'ai vu lors des briefings?
- Oui, Jonas, l'un de nos plus fidèles éléments. J'ai du mal à croire qu'il ait pu nous trahir.
- Il a sûrement été torturé, vous savez!
- Cela reste une trahison, Docteur.
- Où est-il, d'après vous?
- Et bien, comme il était dans la Cité Capitale, et en partant de votre idée de torture... Je dirais qu'il est enfermé dans les sous-sols du Ministère de la Sécurité.
- Parfait. Et est-ce que Prog possède des satellites espions qui orbitent au-dessus de Qatros?
- Oui, bien-sûr.
- Alors il nous a forcément suivis à la trace depuis le Nurgia. Prog sait donc où se trouve cette base.
- COMMENT!? s'écria, stupéfait, Lukonor.
- Ne vous inquiétez surtout pas. Parce que j'ai un plan.
- Difficile de vous faire confiance alors que vous êtes le responsable d'une attaque dont Prog est sûrement en train d'ordonner les préparatifs!
- Lukonor... Faîtes-moi confiance. Je suis le Docteur. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur était au milieu de la Place Centrale du Théoïcole, qui était vide. Il était droit, fier, et sûr de lui. Un air grave animait, ou plutôt, immobilisait, son visage. Il n'était pas face au Palais Présidentiel, mais face au Ministère de la Sécurité, un bâtiment constitué d'un simple corps central, et d'une aile sur la droite. La bâtisse était perpendiculaire au Palais Présidentiel, et se trouvait à sa droite. Le fronton du ministère était occupé par un large perron de pierre, qui menait à la double porte d'entrée en métal précieux et sculpté. Tout ceci était accompagné de colonnes d'un style proche de l'architecture terrienne. L'entrée ressemblait ainsi à celle des palais royaux de Belgique ou d'Angleterre.
Mais le Docteur ne détailla pas plus longtemps le bâtiment. Il s'avança, dans une démarche sûre et déterminée vers la porte d'entrée. Elle n'était même pas gardée. Rien n'était gardé à l'extérieur, ici. Le Palais Présidentiel se trouvait bien doté d'une guérite de garde, mais elle était inoccupée, et fermée par une porte métallique.
Cela faisait un peu plus d'une heure que le Docteur avait écouté le message de Prog. Sa nouvelle incarnation avait le sens de la ponctualité, puisqu'il s'agissait du temps nécessaire à rallier la Capitale. D'ailleurs, cela faisait peu de temps que le Docteur était sur Qatros. Un peu moins de six heures. Comme il était arrivé aux alentours de midi, le soir commençait à tomber. Le ciel n'était pas noir, orange ou rouge, mais gris et couvert de nuages. Le soleil de Progus ne perçait plus la couche blanchâtre, et se coucherait dans moins de deux heures. Mais le temps n'était pas aux considération météorologiques.

Le Docteur se rendit face aux gardes, et fut amené dans les sous-sols du bâtiment, dans un long couloir assez étroit, qui donnait accès à un grand nombre de cellule. À travers les vitres des portes métalliques, le Seigneur du Temps pouvait apercevoir des silhouettes faibles et recroquevillées sur elles-mêmes. Des hommes et des femmes tout de sang, de sueur et de blessure. Un véritable centre de torture. Là plupart d'entre eux avaient été dépouillés de leur vêtements, et n'avaient plus qu'un simple pantalon à mince épaisseur, bien insuffisant pour isoler de la fraicheur des sous-sols, entretenue par un système de ventilation qui était à lui seul une torture.
Le Docteur fut dépouillé de sa veste, mais pu garder chaussures, pantalon noir et chemise blanche. On lui enleva son tournevis sonique, mais il ne broncha pas. Ensuite, on le jeta violemment dans une cellule déjà occupée par quelqu'un, où il atterrit sur le sol.

« Ces hommes de mains manquent cruellement de délicatesse, lança le Docteur en se relevant et en époussetant sa chemise.

L'homme qui était avec lui ne releva pas la phrase. Il était recroquevillé par terre en position fœtale, et cachait son visage dans ses genoux, à la manière du Jeune homme nu assis au bord de la mer, ce tableau de Flandrin si connu sur Terre. Les seules différences étaient bien sûr l'absence de mer, et le fait que le jeune homme portait au moins un pantalon. Et l'état du corps du prisonnier, bien sûr. Ses pieds nus étaient sales, comme toute la cellule d'ailleurs, et couverts de sueur. Plusieurs ongles manquaient, et le sang séché qui recouvrait certains orteils laissait comprendre que les ongles n'avaient pas disparu tous seuls. Ses mains étaient en très mauvais état elles aussi, couvertes de sueur et de coupures à peine cicatrisées, quoiqu'elles eussent encore tous leurs ongles. Les bras de la pauvre victime étaient parsemés, ci-et-là, de piqures. Son dos nu, arrondi par sa position fœtale, était plein de sueur, et couvert de marques rouges ressemblant à celles que laissaient les fouets. Le reste du corps, même s'il était caché, n'avait pas besoin d'être décrit pour que l'on puisse comprendre l'état dans lequel il se trouvait.
Le Docteur ne put s'empêcher de frissonner en comprenant que c'était le sort de tous les prisonniers dans le couloir.

- Jonas?

Le jeune homme releva la tête. Celle-ci n'avait pas été touché. Mais les tortures avaient quand même laissé une trace sur le visage de ce garçon qui s'avérait être Jonas. Sa lèvre saignait, à cause des morsures qu'il s'était infligé en essayant de supporter la douleur lors de la "séance", et le reste du visage était mouillé tant par la sueur que par les larmes, qui rougissaient ses yeux innocents et qui vieillissaient son visage si juvénile.

- Vous... Vous êtes le... Docteur? C'est vous?

Son visage exprimait l'incompréhension... Il n'avait vu le Docteur que quelques minutes, lors des briefings. Mais le sien s'était terminé alors que celui du Seigneur du Temps avait commencé. Il ne savait pas grand chose sur lui, et il était surpris qu'il se retrouve ici.

- Oui, c'est moi. Prog a réussi à me contacter grâce aux fréquences qu'utilisait la base et... Ne vous mettez pas à pleurer, bon sang! Ce n'est pas votre faute s'ils ont réussi à trouver les bons canaux de communications.
- Si... C'est moi qui leur ai dit, sanglota Jonas.
- Vous avez été torturé, mon cher. Donc vous avez une circonstance atténuante.
- Tout le monde ne le verra... pas... comme ça.
- Arrêtez de parler, vous allez vous épuiser. Vous êtes mal en point, au cas ou vous ne l'auriez pas remarqué.

Le jeune homme lâcha un sourire face à la petite plaisanterie du Docteur, puis soupira en appuyant son dos sur le mur froid de la cellule. Le Docteur regarda aux environs, et s'assura que personne dans le couloir n'était en train de l'observer.

- Bon, j'ai besoin de vous, Jonas. Ne faîtes pas cette tête à la "regardez-moi un peu!" et écoutez-moi.

Il s'approcha du jeune homme, et s'assit à coté de lui.

- Nous allons nous échapper, murmura-t-il.

Le garçon ne put s'empêcher de lâcher un rictus presque méprisant. Les verrous étaient impossibles à forcer ou à pirater, et l'endroit était bien gardé. Personne ne pouvait sortir.

- Et ça va être facile, croyez-moi. Je vais juste avoir besoin que vous soyez en pleine forme. Ou en meilleure forme, gardons des objectifs atteignables.
- Et comment j'fais pour me redonner du tonus? Vous avez une boisson énergisante et cicatrisante peut-être?
- Oh non, j'ai mieux. Laissez moi faire, et tout ira bien.

Le Docteur se tourna vers Jonas, et posa le bout de ses doigts sur ses tempes. Il approcha ensuite lentement son visage de celui du jeune homme, et un sifflement commença emplir leurs oreilles. Les mains du Docteur commençaient à briller, et il avait fermé ses yeux, alors que sa tête s'illuminait de l'intérieur.

- Fermez les yeux, et détendez-vous. Ça ne sera pas douloureux.

Jonas écouta le Docteur, et décida d'obéir à ses ordres. Quelque secondes après qu'il eut fermé les yeux, les mains et le visage du Docteur s'étaient totalement illuminés de l'intérieur. Le Seigneur du Temps frappa alors violemment son front contre celui de Jonas, et s'éloigna aussitôt.
Le jeune homme tomba au sol et cria de douleur, tandis que son corps se secouait de spasmes et semblait, à certains endroits, être habité par une lumière mystérieuse qui se déplaçait sous sa peau. L'énergie biologique du Docteur traversait son corps de part en part, et la douleur que cela lui infligeait était extrême. Mais au bout d'une dizaine de secondes, l'énergie se consuma, et il arrêta de bouger et de se secouer. Jonas ouvrit les yeux, se redressa d'une main et regarda ses bras: les coupures étaient parties, ou alors s'était totalement cicatrisées. Ses ongles de pieds avaient grandement repoussé, et il se sentait bien mieux qu'avant.

- Qu'est-ce qui s'est passé?
- Énergie régénératrice. Une toute petite quantité, bien sûr. Le triple de ça et vous étiez mort. C'est pas très compatible, l'humain et le Seigneur du Temps...
- Quoi? Qu'est-ce que vous dîtes?
- Cherchez pas à comprendre, et relevez-vous, moussaillon! lança le Docteur sur un temps enjoué.
- Attendez un peu! Vous aviez dit que ce n'était pas douloureux!
- J'ai menti, répondit simplement le Docteur.
- Quoi?
- Règle numéro 1, Jonas: le Docteur ment.

Le jeune homme secoua la tête comme pour oublier le flot d'informations qu'il venait "d'ingurgiter", et se releva d'un bond. Il était lui-même surpris par la forme dans laquelle il se trouvait. Sa tête lui faisait encore un peu mal, mais ça allait mieux. Face à lui le Docteur avait ouvert la porte métallique de la cellule et était sorti dehors.

- QUOI? s'écria le résistant.
- Énergie Régénératrice! Allez, venez!

En effet, en se reculant de Jonas après lui avoir transmis un peu d'énergie, le Docteur s'était précipité sur le verrou pour évacuer le reste d'énergie qu'il avait puisé dans les résidus de sa régénération. Un reste qui équivalait à cent voire deux cent fois la dose administrée au garçon. Le verrou avait grillé en quelques secondes.
Pendant que Jonas s'était relevé, le Docteur avait assommé un garde qui était passé devant la porte. Le résistant attrapa son arme, et ils coururent jusqu'à la salle de torture, située au bout du couloir. Les deux gardes qui la protégeaient furent paralysés par le fusil volé, et le duo entra en trombe dans la salle en pleine séance. Les quelques gardes qui étaient dans la pièce furent électrocutés en quelques secondes par le résistant, et le scientifique qui s'occupait des "séances" fut menotté par le Docteur. Il n'y avait heureusement aucune victime dans la salle à ce moment là.
En utilisant la menace, les deux hommes purent découvrir où étaient conservés les vêtements et les objets volés aux prisonniers. Le Docteur alla chercher son tournevis et sa veste, ainsi que les vêtements de Jonas, ce qui était facile étant donné que chaque affaire était étiquetée et rangée par propriétaire (ou plutôt ancien propriétaire). Il enfila sa veste immédiatement, et retourna vers la pièce où tant de crimes avaient été perpétués. Mais sur son chemin, il entendit un bruit de décharge, et un cri, coupé par une seconde décharge d'énergie. Il se précipita immédiatement dans la salle de torture, d'où venaient les sons qu'il avait entendus et aperçut alors Jonas, debout derrière la table, en train de poser son arme sur celle-ci.
Derrière lui, une légère fumée semblait se dégager d'un cadavre au sol. Un cadavre vêtu d'une blouse blanche.

- Jonas... Vous n'avez tout de même pas...
- Si... J'ai pas pu... J'ai pas pu résis... Vous savez pas. Vous ne savez pas ce que j'ai enduré en quelques heures. Vous ne savez rien des douleurs qu'ont enduré d'autres ici. Si vous étiez à ma place...
- Je ne sais pas... Oui, vous avez raison, je ne sais pas. Mais je vous ai vu. Dans la cellule, tout à l'heure. J'ai vu dans quel état vous étiez. J'ai vu...
- Qu'est-ce que vous avez vu?
- Que cet homme ne méritait pas mieux. »

En prononçant ces mots, le Docteur avait un air grave. Tout comme Jonas.
Jonas se déshabilla, enfila ses vêtements, puis les deux hommes remontèrent lentement et silencieusement jusqu'au rez-de-chaussé, et réussirent à sortir discrètement sur le coté du bâtiment, en face du Palais Présidentiel, dans une rue qui menait à la Place Centrale.
Ils coururent jusqu'à ladîte place, et alors qu'ils venaient d'y pénétrer, un petit cortège sortait du Palais Présidentiel. Un cortège de gardes armés entourant un homme âgé. Le Président de Progus et sa garde rapprochée.
Jonas et le Seigneur du Temps stoppèrent leur course en un instant, et s'immobilisèrent sur la place vide.

« Tiens donc... lança le Docteur. Monsieur Prog, je présume?
- Vous présumez? lança le président. Tout le monde sait qui je suis dans tout ce système solaire, donc vous ne venez pas d'ici. Hors, il n'y a que deux personnes qui sont étrangères à ce système et qui s'y trouvent actuellement. La première est en orbite, donc vous êtes la deuxième... Docteur.
- Votre suite de déduction vous rend pathétique... Et ne parlons pas de votre détachement de syllabes, qui est vraiment insupportable.
- SAVEZ-VOUS À QUI VOUS VOUS ADRESSEZ, DOCTEUR? Je suis l'homme le plus puissant du système! Un simple mot de ma part, et je peux vous tuer immédiatement, ainsi que ce prisonnier, sans oublier votre jeune amie. Alors rendez-vous immédiatement!
- Non.
- Comment cela, non?
- Non. Personne ne vous dit "non". Personne ne vous l'a dit. Vous avez établi une dictature et vous avez transformé ce peuple pour qu'il accepte tout face à vos menaces, mais moi je dis "non".
- Aaaah... Bien sûr. Le révolutionnaire, l'homme de bien, le philosophe. On ne m'a pas menti à votre sujet.
- Qui ça, "on"?
- Vous n'êtes pas dans la meilleure position pour poser des questions. Soldats! En joue!

Les fusil d'assaut des gardes de Prog se dressèrent en un éclair en direction de Jonas et du Docteur. Ceux-ci eurent le réflexe de lever les mains en l'air, ce qui amusa grandement le Dictateur.

- Vous êtes très drôle Docteur... On dirait un enfant.
- Vraiment? Je pourrais prendre ça comme un compliment, non?

Et alors qu'il parlait, ses mains commençaient à s'illuminer. La lumière du soleil étant grandement dissipée par les nuages, cette illumination n'avait rien de naturel. Et Prog s'en rendit compte rapidement.

- Qu'est-ce que vous êtes en train de faire, Docteur? Apprenez que cette place est sous surveillance! Rien de ce qui s'y passe ne peut échapper à mes hommes. Si vous tentez quoique cela soit contre moi... Votre amie sera exécutée dans les secondes qui suivent!
- La place est vraiment surveillée? demanda le Docteur, amusé.
- Bien entendu! Qu'est-ce que vous croyez?
- Que vous êtes un idiot, monsieur Prog. Et que vous allez perdre.

Le Docteur commença alors à avancer avec Jonas en direction du dictateur, et celui-ci ne voyait pas cela d'un très bon œil.

- Arrêtez-vous! Docteur, ceci est un ordre!
- Jonas, murmura le Docteur, lorsque je crierais "maintenant", vous vous jetterez à terre immédiatement.
- Qu'est-ce que vous murmurez? cria Prog. Docteur, arrêtez d'avancer et répondez-moi, sinon...

Le dictateur attrapa ce qui ressemblait à un téléphone portable et le mit à son oreille, menaçant ainsi de donner l'ordre d'exécution. Le Docteur continuait à avancer, et lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques mètres du dictateur, et à à peine un mètre de la guérite fermée du Palais Présidentiel, Prog prit sa décision et cria dans son téléphone:

- Exécutez la fi...
- MAINTENANT! »

Le Docteur lança alors une onde d'énergie régénératrice de son corps. Celle-ci atteignit le cortège, qui fut soufflé en arrière, alors que Jonas, qui était par terre, se trouvait dans l'angle mort permettant de ne pas être touché.

Mais alors que le Docteur venait de neutraliser le dictateur, l'ordre d'exécution avait été lancé et réceptionné par le vaisseau où se trouvait Clara. Celle-ci se trouvait dans une pièce à peine plus grande qu'une armoire, et la porte devant-elle venait de se détacher d'un seul coup et s'envola dans le vide spatial. La jeune fille n'eut même pas le temps de crier, et fut aspirée violemment dans l'espace.





Citation:


INÉDIT Doctor Who Alternative

Thème du 12ème Docteur - COUREZ! (jusqu'au "générique")


Sur la Place Centrale du Théoïcole, Prog et ses soldats étaient à terre. L'onde de choc les avait blessés, et ils avaient perdus connaissance pour quelques minutes. Et alors que le Docteur finissait d'évacuer l'énergie par ses bras, des dizaines de résistants en armes sortaient de la guérite de garde, dont la porte avait été ouverte. Lorsque Jonas se releva, les seuls mots qu'il réussit à prononcer furent:

« De quoi?
- Fermez-là et venez! cria le Docteur.

Il empoigna le jeune homme et le tira jusqu'à la guérite en courant le plus vite possible. Ils pénétrèrent à l'intérieur alors que les derniers résistants sortaient. Le Docteur se précipita alors sur une console hexagonale d'où sortait une colonne lumineuse. Il tripatouilla plusieurs boutons tout en criant à Jonas, qui avait trébuché à l'entrée et qui restait encore par terre, tant il était ébahi:

- Oui, c'est plus grand à l'intérieur! Ça voyage dans l'espace! Et même dans le temps! Mais n'ayant pas le temps de le dématérialiser, ON VA S'ENVOLER!

Le Docteur frappa alors une manette, et le TARDIS décolla violemment, manquant de faire tomber le Seigneur du Temps. Celui-ci se rattrapa sur un des sièges qui entourait la console, et se balança rapidement sur les commandes du vaisseau pour le pousser plus rapidement.

- Mode voltige activé! Stabilisateurs... enclenchés!

La capsule prit alors une plus grande vitesse, et sa forme de guérite perdit toute influence sur une quelconque histoire d'aérodynamisme. Elle perça la couche de nuage en un éclair, et traversa l'atmosphère en quelques secondes. Le Docteur frappa plusieurs boutons sur une autre partie de la console, et la guérite se métamorphosa rapidement en une cabine téléphonique bleue. Et alors que le TARDIS arrivait dans l'espace à une vitesse proche de 100km/s, le Docteur cria à Jonas de se relever.

- Soyez prêt à l'attraper! N'ayez pas peur de tendre les bras au loin et même la tête, j'ai étendu l'atmosphère sur plusieurs mètres!
- DE QUOI?
- Taisez-vous et placez-vous devant la porte!

Jonas écouta le Docteur, se releva et se figea devant la porte. Il n'avait même pas besoin de s'accrocher, le vaisseau étant stable. Au loin, il lui sembla voir une forme rouge... Qui se rapprochait rapidement... Très rapidement. Le TARDIS ralenti violemment, et le jeune homme tandis les bras vers Clara, qui n'avait déjà plus d'oxygène à respirer, et qui commençait à bouillir de l'intérieur. Il ne restait que quelques secondes avant qu'elle ne tombe dans le coma. Jonas tendit son bras encore plus loin, attrapa la jeune fille et celle-ci fut projeté contre lui. Le TARDIS avait fait une violente accélération pour être sûr d'attraper la voyageuse temporelle.
Et alors qu'elle respirait en grande pompe et que le Docteur changeait la pression autour de la porte d'entrée pour que les liquides à l'intérieur de Clara ne s'évapore plus, il lança, avec un ton enjoué et fier:

- Regardez-moi ça les enfants! Un coup d'état révolutionnaire planétaire en cours, Clara sauvée, Jonas libéré, le tortionnaire hors d'état de nuire et le TARDIS qui reprend sa bonne vieille forme habituelle! Je n'ai qu'une chose à dire: voilà qui est fait! »



Clara, Jonas et le Docteur se trouvaient dans la Salle de Commande du TARDIS. Le jeune homme était assis sur les premières marches de l'escalier qui menait à la passerelle surplombant la pièce, tandis que Clara était assise sur le siège noir et peu confortable à gauche de l'escalier. Le Docteur, quant à lui, était adossé à la console, prêt à répondre à toutes les questions qui fourmillaient dans l'esprit de ses passagers.

« Alors vous aviez un plan? Depuis le début? s'étonna Clara.
- Oh que oui! Dès que j'ai compris ce qui allait vous arriver, Clara, et que Prog allait sûrement lancer une attaque sur la base, j'ai eut l'idée d'évacuer les bunkers avec le TARDIS. Un peu plus d'une centaine de résistants seulement. Le reste devait s'échapper selon des plans d'évacuations qu'ils avaient mis au point il y a des années. Le seul problème, bien sûr, c'était que je ne pouvais pas atterrir dans la Cité Capitale sans me faire remarquer. Donc j'ai décidé de cacher le TARDIS là ou personne n'irait le chercher: sous le nez de Prog. Caché en guérite de garde. Le filtre de perception permettait de faire croire à ceux qui la voyaient qu'elle avait toujours été là. Et je l'ai placé dans un endroit qui n'est surveillé par aucune caméra. J'ai effacé le bruit en desserrant les freins, et je l'ai fait atterrir à une heure de la dématérialisation, pour faire croire à Prog que j'étais venu sans TARDIS.
- Mais pour les cellules, vous ne saviez pas où vous tomberiez, non? demanda Jonas.
- Non, mais je savais que je serais dans les sous-sols du Ministère de la Sécurité, tout comme vous. M'échapper de ma cellule aurait été un jeu d'enfants, comme vous l'avez vu. Ensuite, je n'avais plus qu'à vous retrouver, et on sortait d'ici. On m'a juste mâché le travail. Ensuite, j'étais presque sûr que Prog allait sortir personnellement pour aller me chercher.
- Mais vous ne pouviez pas savoir quand!
- Oh que si! N'oubliez pas que j'avais un TARDIS juste à coté du palais présidentiel. Lorsqu'il a vu Prog sortir avec son cortège, ce cher engin, expliqua-t-il en tapotant la console, a envoyé un message dans le passé à mon tournevis. J'avais un timing précis à respecter. Et je suis ponctuel, les enfants. Arrivé au bon moment. Il ne restait plus qu'à envoyer le signal d'avertissement aux soldats, qui avaient l'ordre de sortir TRÈS vite du vaisseau dès qu'ils entendraient mon cri "MAINTENANT!".
- Très vite? Ne me dites pas que vous aviez prévu ce qu'allait faire Prog, s'inquiéta Clara.
- Je ne voulais pas qu'il y ait de blessés. Si les résistants étaient sortis alors que la garde de Prog me tenait en joue, une bataille aurait éclaté, et il y aurait sûrement eu des morts. Des deux cotés. En lançant une onde, ou une "explosion", d'énergie régénératrice, j'étais sûr que Prog et ses bonshommes seraient neutralisés et très facilement capturables par Lukonor et ses hommes. Le reste du coup d'État était ensuite facile avec un otage pareil. Sauf qu'attaquer Prog, que ce soit avec les soldats ou avec la régénération, revenait à risquer votre vie Clara.
- Vous avez joué avec ma vie!
- Non, j'ai fait du mieux que je pouvais. J'étais presque sûr de pouvoir vous rattraper à temps.
- Presque?
- 95%, disons 90. Bref, c'était amplement suffisant. Il fallait juste que les soldats sortent vite. Comme quoi, Harry Sullivan avait raison!
- Qui ça? demanda Jonas.
- Un imbécile. Un imbécile idiot! Mais alors qu'est-ce qu'il a pu avoir de bonnes idées celui-là...
- Vous êtes totalement timbré!

Et la réponse que fit alors le Docteur fut à la fois si prévisible et si déroutante pour le jeune homme qu'il en resta sans voix:

- Il faut bien avoir des qualités, non?

Le Docteur se retourna ensuite vers les commandes du TARDIS, et tourna plusieurs petits leviers.

- Bon, on n'a plus qu'à déposer Jonas quelque part sur Qatros, et ensuite...
- Non, attendez! coupa Clara. J'ai trouvé des trucs bizarre dans les communications de Prog.
- Ah bon?
- Oui. Un message qui n'était ni à destination de la planète, ni à destination d'une autre planète du système. Et il parlait de vous, Docteur. Il y avait une photo du TARDIS qui se dématérialisait, dans la forêt où on a trouvé Orso. Et en dessous, Prog avait tapé un message: "Le Docteur est sur Progus".
- Étrange... murmura le Seigneur du Temps. Il semble en savoir bien plus qu'il ne le devrait sur moi. Surtout qu'il me connaissait avant même de vous avoir capturé. Mais je suppose que vous n'avez plus la carte USB.
- Non, ils me l'ont prise. Mais j'ai découvert un autre truc.
- Quoi encore? siffla le Docteur avec un air excédé. Vous ne pouvez pas tout me dire d'un coup?
- Oui, bon, ça va! s'exaspéra Clara. Bon, les communications étaient toutes définies par une destination dans la liste de l'ordinateur, sauf celle dont je vous ai parlé. Et Prog semblait avoir un grand nombre de communications avec une planète appelée Onos dans le système.
- Onos? s'étonna Jonas. C'est la première planète du système. Elle est tout prêt du soleil. C'est bizarre parce qu'il fait plus de 300°C là-bas.
- Prog n'y a placé aucune base? interrogea le Docteur.
- Non, ou alors je ne m'en souviens pas. Il n'y a jamais eu de vaisseau à destination d'Onos qui ait décollé de Qator.
- Intéressant... Les enfants, je crois que je connais notre nouvelle destination! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La surface de la planète Onos était parsemée de cratères, et elle était constamment bombardée par des rayons solaires extrêmement radioactifs. Aucune forme de vie ne pouvait naturellement s'y développer, ni même y survivre. Et pourtant... Un complexe de bâtiments métalliques assez géométrique, protégé par des champs de force, se détachait à l'intérieur d'un cratère de plusieurs kilomètres de diamètre. Ce complexe était entouré d'un cercle de petits bâtiments cylindriques d'une trentaine de mètres de hauteur, et d'une dizaine de diamètre. Chacun de ces bâtiments étaient reliés par un long et épais couloir au reste du complexe.

« Qu'est-ce que ça peut bien être? se demandait le Docteur en regardant le plan du complexe sur un écran.

Il se trouvait, avec Clara et Jonas, à l'intérieur du complexe, dans une petite salle rectangulaire de quelques mètres de coté seulement. Une vitre au plafond renvoyait l'image d'Orig, le soleil d'Onos et de Qatros. Une étoile un peu plus orange que le soleil de la Terre, qui balayait la pièce d'une atmosphère orangée et chaude.
Clara était assise sur un siège, et pianotait à toute vitesse sur le clavier d'un ordinateur, seul engin dans la pièce. Elle était devenue extrêmement forte en piratage informatique depuis sa première rencontre avec le Docteur, et cette histoire de Wi-Fi. Puis son voyage dans la vie du Seigneur du Temps avait laissé des traces dans sa mémoire. Donc elle réussissait plus ou moins à pirater le terminal du complexe.

- Si vous me prêtiez votre tournevis, j'irais plus vite! s'exaspéra-t-elle.
- Je vous dis que çà ne servira à rien. Le système est protégé contre les appareils soniques.
- Je sais, mais votre tournevis peut quand même m'aider!

Le Docteur soupira, puis se résolut à lui tendre l'objet, sous les yeux curieux de Jonas, qui était appuyé sur le mur à gauche de l'ordinateur, qui était interloqué par l'engin. Mais il revint rapidement à son occupation, assistant au piratage de loin et préférant admirer Orig, son soleil. Sur Qatros, la seule religion qui avait survécu à travers les siècle était celle des étoiles vivantes, et de la chaleur protectrice et destructrice d'Orig, étoile divine. Personne d'autre que lui, dans son village ou chez les résistants, n'avait eu ni n'aurait sûrement le privilège d'observer ce dieu de flammes et de lumière à une distance si faible. Il en ignorait presque la discussion du Docteur et de Clara.
Celle-ci était en train d'utiliser le clavier de sa main gauche et de manipuler le tournevis de son autre main. Finalement, l'écran changea, et afficha plusieurs informations.

- Ah, vous voyez? lança Clara. Mes talents plus votre tournevis, et rien ne nous résiste!
- La rime est mauvaise, commenta Jonas en continuant de regarder la baie du plafond.
- C'était pas sensé être une rime en fait...
- Gardez la poésie pour vos cours, Clara. Je n'ai pas besoin de la Prof de Lettres, là, mais de la hackeuse rebelle, avoua le Docteur avec un ton légèrement chaleureux.
- Vous avez qu'à lire, Docteur.

Celui-ci se pencha donc sur l'écran et consulta les informations. Son visage prit des expressions tantôt surprises, tantôt choquées, tantôt intéressées et parfois même joyeuses. Il parsemait sa lecture de "Ooooh...", qui, avec les changements de son visage, laissaient échapper des rires aux deux jeunes qui étaient avec lui dans la pièce. Lorsqu'il eut terminé, il se redressa, et se mit à réfléchir.

- Ce sont des appareils temporels. Des analyseurs, des collecteurs, des amplificateurs...
- De quoi? cracha presque Jonas.
- Nous sommes tout près d'une étoile, Jonas. Une étoile assez massive. Elle a donc une influence sur le vortex. Une influence faible, mais qui facilite l'ouverture de failles à proximité.
- Des failles? Comme sur Trenzalore?
- Non, des failles qui permettent d'accéder au vortex de l'espace-temps. Comme celles que le TARDIS crée lorsqu'il se matérialise ou se dématérialise. Des appareils ouvrent ses failles, dans les cylindres, et d'autres analysent l'intérieur du vortex. Il y en a même qui récoltent des particules du vortex. Le tout est envoyé dans des tuyaux reliés au complexe. Et ici, il y a des laboratoires où des scientifiques tentent d'exploiter ces particules... Voilà qui explique le crash du TARDIS.
- Votre engin s'est écrasé? s'étonna Jonas.
- Oui, dans la forêt où on a retrouvé Orso. Enfin, il a pu se matérialiser tranquillement, mais il avait été détourné et lancé dans des parties dangereuses du vortex pour une raison qui m'était inconnue... Mais je l'ai trouvée!
- Les appareils? se risqua Clara.
- Oui! Les récoltes de particules ont détourné le TARDIS, et mon vol a lui-même dû pas mal endommager les engins eux-mêmes.
- Et, vous là-bas! cria une voix au loin. Qui êtes-vous?

Le Docteur et Clara se retournèrent, et Jonas quitta son mur pour se mettre dans l'axe du long couloir relié à l'antichambre de la pièce (où se trouvait le TARDIS) dans laquelle ils se trouvaient. À l'autre bout du corridor, un homme armé les menaçait de son pistolet et courait vers eux.

- Clara, verrouillez la porte de l'antichambre tout de suite! Jonas, prenez une arme et soyez prêt à nous défendre!

La jeune fille retourna son siège, fit glisser ses doigts à toute allure sur le clavier, et quelques secondes plus tard, une porte métallique s'était fermée entre le couloir et l'antichambre. Jonas avait attrapé le fusil qu'il avait gardé sur lui depuis son échappée, et s'était posté prêt de la porte, dans l'antichambre, à coté du TARDIS.

- Clara, je vais encore avoir besoin de votre aide, parce qu'il y a un problème dans tout ça.
- Ah bon?
- Ce complexe n'a rien à voir avec Qatros. Son architecture est bien plus géométrique que ce que l'on trouve sur la planète et sur les colonies. Et la technologie présente sur cette planète-ci est supérieure à celle de Qatros. Dans le complexe d'armes, rien ne résistait au tournevis sonique, alors qu'ici, tout est protégé! En plus de ça, Prog n'a pas les technologies nécessaires à la construction d'un champ de force aussi puissant que celui qui protège cet endroit, et encore moins celles qui permettent la création des machines présentes dans les cylindres.
- DE QUOI? s'écria Jonas, derrière le Docteur, en entendant ce qu'il disait.
- Taisez-vous, vous! Ou alors dîtes quelque chose d'intelligent. Clara, écoutez-moi: cet endroit a été construit par une entité différente de Prog et de son régime. Des gens qui travaillent avec Prog, mais avec lui-seul. Et qui ne veulent pas lui laisser trop d'indices sur les résultats des recherches. Les laboratoires ne peuvent pas étudier en détail les particules. Juste s'assurer de leur exploitabilité.
- Donc quelqu'un les récupère, conclut Clara. Et ce quelqu'un les ramène dans de meilleurs laboratoires.
- Exactement! Et ce quelqu'un est celui qui a du aider Prog à garder sa dictature pendant un si grand nombre d'années, en lui offrant certaines technologies. Et surtout, ces gens lui ont parlé de moi. Je suppose que vous savez ce que je veux.
- Trouver où vont les particules, donc où sont les gens, c'est ça?
- Vous êtes plus intelligente que je ne le pensais, jeune fille.
- Eh! Excusez-vous tout de suite!

Le Docteur n'eut pas le temps de répondre: un crépitement bourdonnant semblait s'échapper de la porte. Le garde avait été rejoint par plusieurs amis, équipés de chalumeaux. Clara ne tenta pas de discuter et chercha immédiatement sur l'ordinateur ce que le Docteur lui avait demandé. Et alors que la porte était aux-trois-quarts fondue (ou du moins qu'un grand arc de cercle avait déjà été troué dedans), elle cria au Docteur:

- Trouvé! Un vaisseau de tonnage moyen, qui passe ici 3 fois par mois, à destination de la galaxie d'Andromède. J'enregistre les coordonnées précises dans le tournevis.
- Dépêchez-vous! Jonas, entrez dans le TARDIS, tout de suite! Clara, venez dès que vous avez terminé.
- Mais si les types... protesta le résistant
- Ne discutez pas! Une seconde de retard de votre part et on vous laisse ici! »

Le jeune homme ne broncha pas, et pénétra dans le vaisseau, suivit du Docteur, et une vingtaine de secondes plus tard, de Clara. Et alors que les gardes venaient de faire tomber la partie de la porte qu'ils avaient découpée, et qu'ils pénétraient dans la pièce, la cabine bleue se dématérialisait avec son bruit si caractéristique.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Dix mois avaient passé depuis l'arrivée du Docteur sur Qatros. En une journée à peine, la face de la planète avait changé. On avait fait de l'homme un héros planétaire. Mais il n'était pas revenu pour découvrir les conséquences de ses actes. Il avait juste laissé le jeune Jonas rentrer dans son village natal, et avait disparu.
Dix mois après, donc, la planète était entièrement sous le contrôle du nouveau régime démocratique. Des élections avaient eu lieu, et Lukonor était devenu Chef du Gouvernement. Plus de président, plus de pouvoir centralisé: le Gouvernement dirigeait et s'organisait de façon collégiale, et chaque membre comptait comme une voix lors des votes, le chef étant là pour trancher en cas d'égalité.
Les quadrants et les villes avaient gagné en autonomie, et la Cité Capitale ne pouvait plus interférer dans la totalité des activités locales, comme c'était le cas auparavant.

Dix mois après la révolution, les armées étaient grandement réduites, les esclaves des colonies avaient été libérés, et surtout, les responsables de la dictature qui avaient sévi pendant près de cinquante longues années avaient été jugés et condamnés à une incarcération à perpétuité. Tous? Non. Une personne n'avait pas encore été condamnée. Parce que les jurés n'arrivaient pas à s'accorder sur la peine appropriée. Et cette personne s'avérait être Honorius Prog lui-même.
Le jury était en désaccord total. Il était composé de représentants du gouvernement (des ministres tirés aux hasard), de représentants de la Résistance (des résistants tirés au hasard, dont Orso) et des représentants du Peuple (des électeurs tirés au hasard). Sept de chaque groupe. Le tout présidé par un 22ème juré, le Chef du Gouvernement, Lukonor.
Les débats étaient longs et endiablés dans la salle isolée des délibérations: la moitié des jurés souhaitait la mise à mort du Dictateur, tandis que l'autre penchait pour l'emprisonnement à vie, arguant que la peine capitale n'était pas compatible avec la Justice. Au milieu de tout cela, seul Lukonor pouvait trancher. 11 partisans de l'exécution, 10 de l'emprisonnement. S'il choisissait l'exécution, sa voix s'ajouterait aux onze autres. S'il choisissait l'emprisonnement, sa qualité de président du Jury lui offrirait automatiquement deux voix, pour trancher et empêcher l'égalité. Sauf qu'il n'y arrivait pas.

« Lukonor, tu as vu ce qu'il a fait de certains de ses citoyens dans les colonies! lança un membre de la Résistance.
- Il a fait renaître l'esclavage! argumenta un ministre. Cela faisait près de six cent années que nous l'avions aboli!
- Je sais tout cela, mes amis. Mais comprenez que j'ai son sort entre mes mains.
- Tu as été le chef, déclara Orso. Et tu l'es encore. Tes décisions étaient toujours réfléchies et sages. C'est grâce à cela que nous sommes ici maintenant. J'ai toute confiance en toi pour que tu choisisses la meilleure des décisions.
- Écoutez donc, cher jury. Comprenez qu'il est pour moi difficile de choisir! Votre voix ne compte que comme une parmi d'autres. La mienne est celle qui décide de tout. Il m'est difficile de condamner à mort un ennemi de son envergure.
- Il faut montrer l'exemple! cria un juré populaire.
- Il est vrai que les horreurs qu'il a commises sont indescriptibles, mais ne nous abaissons-nous pas à son niveau en l'exécutant?
- Non, lâcha un membre de la résistance. Ce qu'il a fait, ce n'est pas du meurtre, c'est bien plus. Nous le savons. Nous ne devenons pas comme lui en mettant fin à ses jours, parce qu'il faut faire bien pire pour... l'égaler. Nous sommes au contraire bien différents, parce que nous faisons ceci dans le cadre d'un procès public, légal et juste.
- Mais la mort est une sortie bien trop facile! interrompit un membre du gouvernement. - Dans l'au-delà, il sera condamné par le grand Orig aux affres des trous noirs et de la chute éternelle! coupa un résistant. La condamnation à mort ne le sauvera pas.
- La Justice des Étoiles est certes grande et indiscutable, mais celles des hommes doit l'être tout autant, répliqua le ministre. Les croyances ont-elles parlé de la destruction totale d'une âme? Non. L'être est éternel. Mais ses souffrances aussi. C'est ainsi que la Justice des Hommes doit fonctionner: comme celle des étoiles. Seule la prison à vie peut répondre aux actes d'un tel tyran. Montrons-lui que nous avons des principes! Et il vieillira dans l'idée horrible, pour lui, que le Bien a fait mieux que lui et qu'il a vaincu le Mal, la Dictature et l'Injustice. »

Lukonor fermait les yeux alors que les débats continuaient autour de lui. On parlait religion, justice, grand principes, vieillissement, souffrance, psychologie ou punitions. Les arguments étaient nombreux des deux cotés, et l'incertitude du vieux chef ne faisait qu'augmenter. Il avait eu l'habitude de prendre des décisions importantes, ces dernières années. Il avait abandonné des villages, saccagé des récoltes, fait tuer des soldats, accepté le plan du Docteur... Puis il avait décidé de la démocratie, de ses principes, du nouveau régime, de l'organisation de la planète...
Mais là tout était différent. Tout était froid. Ordonner le meurtre de soldats avait été plus facile pour lui: après tout, ils connaissaient les risques du métier. Et la situation s'apparentait à une guerre, ou à une guérilla. Mais là, c'était du meurtre de sang froid. C'était lui qui dirigeait. Il n'était plus le libérateur, le résistant, le combattant à la tête des combattants. Il était l'État, la Justice. Le Destin. La guerre était terminée. Ce n'était pas du combat, c'était du nettoyage. Et c'était difficile de choisir. Tellement difficile. Et personne ne pouvait l'aider. Il n'avait pas de conseiller, il n'avait personne pour choisir à sa place. Le système solaire tout entier avait confiance en son jugement, mais celui-ci était en train de faillir.
Et alors que la pression se faisait de plus en plus forte, ses oreilles frémirent.
Un son.
Il venait d'entendre un son.
Un bruit étrange, qu'il avait déjà entendu.
Un bruit métallique... Comme une roue que l'on frotte sur du métal, comme une respiration mécanique... Du moins c'est ce qu'il en pensait. Un bruit qui ne venait pas de Qatros. Un bruit étouffé par les murs, mais qui pourtant atteignait tout le monde dans la pièce. Un bruit indescriptible.
Le son de l'espoir. Le son d'une boite bleue. Plus grande à l'intérieur.

Quelques secondes après que le bruit eut cessé, la porte de la salle des délibérations qui menait au couloir s'ouvrit sur un homme et une jeune femme.

« Clara! L'écriteau disait: "Ne pas entrer"... Vous savez lire pourtant!!
- Allez, Docteur, arrêtez un peu, où est passé votre curiosi...
- Docteur? s'étonna Lukonor.
- Ah! Luke! Comment ça va? Oh... Vous êtes en pleine réunion, à ce que je vois. Je pense que je vais vous laisser. Je souhaitais plutôt atterrir sur le continent opposé, mais le TARDIS a eu quelques problèmes et... Enfin bref, bonne journée!

Le duo ferma la porte et se dirigea alors vers le TARDIS, qui se situait quelques mètres plus loin dans le corridor. Mais derrière eux, Lukonor venait de sortir de la salle des délibérations, criant au Docteur de s'arrêter.

- Qu'y a-t-il donc?
- Docteur... J'ai besoin de votre aide.
- Ah? Et pour quoi faire?

Alors, le président du tribunal expliqua au Docteur ce qui s'était passé durant les dix derniers mois, et le problème qu'il avait avec la condamnation de Prog.

- Vous comprenez qu'il soit difficile pour moi de décider... Je pensais que personne ne pouvait prendre la décision à ma place, et c'est vrai. Mais il y a une personne qui a autant de valeur que moi ici, à mes yeux en tout cas. Et c'est vous.
- Vous voulez que je décide à votre place?
- Non, vous ne pouvez pas. Mais que feriez-vous, vous? Si vous étiez à ma place?

Le Docteur se mit à réfléchir. Longuement. Il s'avança vers une petite fenêtre situé au bout du couloir et regarda à l'horizon. La mer et les plages de la Cité Capitale s'étendaient à perte de vue. C'était l'été sur Qatros, et des milliers de personnes occupaient l'espace de loisirs et de baignade... La ville, autour, semblait plus sereine qu'avant. Mais cela n'était sûrement qu'une impression. Derrière lui, il sentait le regard de Clara, qu'il devinait plein d'attente et d'espérance en un choix précis. Elle ne souhaitait pas l'exécution, et il le savait. Mais surtout, elle allait encore devoir observer un choix difficile de sa part, comme elle l'avait fait auparavant, lors de la Guerre du Temps. Mais le Docteur devait être impartial. Dans cette situation précise, l'instinct devait lui permettre de choisir, plus que la réflexion. C'était ce qu'il pensait. Ainsi, il se retourna lentement, sortit ses mains des poches de sa veste noire, et décida:

- Peine de mort. Le sentence maximale, même. Si elle n'a pas été abolie depuis.
- Docteur! s'écria Clara.
- Clara, c'est ma décision. Mon avis en tout cas. Lukonor, vous en faîtes ce que vous souhaitez.
- Merci Docteur. Je peux comprendre vos réticences mademoiselle. Vous avez vécu la Sentence Maximale, mais je comprends aussi le Docteur.
- Quel choix allez-vous faire? demanda la jeune fille.
- Les délibérations doivent rester secrètes. J'ai déjà trahi mon serment de juge en vous en parlant. Je laisse donc le verdict final parler à ma place.
- Lukonor, avant que nous ne revenions tous à nos occupations, j'aimerais savoir quelque chose.
- Quoi donc, Docteur?
- Qu'est-il arrivé à Jonas? Il a été jugé?
- Oui, pour trahison. Les circonstances atténuantes ont bien sûr été prises en compte, même s'il avait été formé pour résister aux tortures. Cinq ans d'incarcération, donc.
- CINQ ANS? s'écria Clara. Cinq ans pour avoir répondu sous la torture? Mais c'est injuste!
- Mademoiselle, la justice est ainsi, chez nous.
- N'y a-t-il pas un moyen d'annuler cette condamnation? demanda le Docteur.
- Il y en a bien un. Un remplacement de condamnation. L'exil planétaire.
- Vraiment? Dans le système ou n'importe où ailleurs?
- L'exil planétaire, dans la loi, c'est l'exil en dehors de Qatros. Donc n'importe où ailleurs, même si nous sommes limités au système, pour nos voyages spatiaux.
- Alors je vais le prendre.
- Quoi? s'exclamèrent Clara et Lukonor à l'unisson.
- Oui. S'il accepte, bien sûr, mais je pense qu'il acceptera. J'en suis même sûr. À 95%. Disons... 90! Soit je le dépose quelque part, soit il voyagera avec nous. Dans les deux cas, ça reste un exil, non?
- Et bien... Oui. Oui, en effet. Il pourrait voyager avec vous, ou non... Tant que vous l'amenez hors de cette planète, la loi est respectée. »

Et c'est ainsi que, quelques heures plus tard, Honorius Prog fut condamné à mort, et queJonas fut libéré et amené, avec escorte, jusqu'à son village, où il prépara ses affaires pour partir. Abandonner cette planète pendant de longues années. Il avait bien entendu accepté la proposition du Docteur. Et c'est ainsi qu'à la fin de la journée, après avoir fait ses adieux à ses parents et à son frère, ainsi qu'à ses amis, il rentra dans une cabine bleue plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur, où il déposa les trois imposants sacs d'affaires qu'il avait apportés avec lui.
Et lorsque la respiration métallique du Tardis se fit entendre, et que la cabine commença à disparaître, la lumière de la lanterne éclairait des visages tristes, certes, mais aussi radieux, qui venaient de faire des adieux rassurant. Le jeune homme était entre les mains d'un héros. La justice avait été faîte. Et une fois que la cabine eut complètement disparu, et que le son se fut tu, les gens sentaient enfin que tout était terminé, qu'enfin ils pourraient vivre leur vie comme ils l'entendaient. Tout les problèmes étaient réglés. La fin d'une époque... Le début d'une autre.







Citation:

« Ils l'ont vraiment appelé "Tardis"? s'étouffa le Docteur
- Oui. Enfin, Tardicité, mais ça revient au même, répondit Jonas.
- Non... Tu te moques de nous, là.
- Je te jure Clara! Le Docteur est un héros sur Qatros! En plus, "la Cité Capitale", c'était une idée de la Dictature, alors tout le monde souhaitait renommer la ville.
- Non mais... Ils étaient obligés de l'appeler "Tardis" ou "Tardicité"? En plus, Tardicité ça sonne comme médiocrité, subterranéité ou illicéité!
- De quoi? Docteur, vous pouvez pas essayer, pour une fois, de parler avec un vocabulaire compréhensible par tout le monde? supplia Jonas.
- Moi je vois bien une grande tour en forme de TARDIS dans la ville... Genre: "Entrez, c'est plus grand à l'intérieur"! gloussa Clara.

La Salle de Contrôle du TARDIS fut alors le théâtre d'un fou rire qui sembla réchauffer l'atmosphère de cette pièce si froide et si grise. Le Docteur tripatouillait quelques leviers sur la console, tandis que Jonas et Clara avait repris les places qu'ils s'étaient naturellement attribué: l'escalier pour le jeune Qatorien, et le siège à sa gauche pour la terrienne. Ils venaient d'achever le premier voyage temporel de Jonas, sur une planète qui avait l'étrange caractéristique d'être de forme carrée. Et c'est en revenant à la cabine que Jonas leur raconta l'anecdote sur la capitale.
Après ce moment sympathique, le Docteur enclencha une grosse manette, et le TARDIS s'ébranla. La colonne au centre de la console (le rotor temporel) se mit à briller, tandis que les rondelles qui surplombaient la pièce commençaient leurs rotations.

- On va où? demanda Jonas
- Après ce premier voyage sur Panitoenokarapilia, nous allons continuer notre petite enquête.
- Comment ça?
- Onos et les particules du vortex, expliqua le Seigneur du Temps. Nous avons la planète de destination, non? Donc autant aller y faire un tour pour découvrir qui a besoin de ces particules, et pourquoi.
- Mais vous n'avez pas fait ça tous les deux entre votre départ et votre retour pour le tribunal?
- Non, on a juste un peu voyagé, répondit Clara.

La discussion dériva ensuite sur les meilleurs souvenirs du récent voyage sur Panitoenokarapilia, puis le TARDIS lança son bruit si caractéristique, et atterrit.

- Alors les enfants... On y va? lança le Docteur.»

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


« Monsieur! Monsieur! cria une voix féminine dans l'interphone

Un homme habillé de blanc, au visage très allongé, qui portait de discrètes lunettes rondes sur des yeux noisettes, fut arraché à ses observations par le bruit du haut-parleur. Il observait sur l'écran d'un ordinateur des lignes de calculs extrêmement complexes, et ses cheveux blancs se hérissèrent presque sur sa tête, symbole de sa légère colère. Il se leva et alla jusqu'à l'interphone, présent sur le mur derrière lui.

- C'est "Professeur", pas "monsieur".
- Euh, oui, désolé, professeur Witnink. Mais il y a des gens ici qui disent qu'ils souhaiteraient vous...
- Écoutez, je suis en plein travail, coupa-t-il avec une voix de plus en plus calme. Dîtes à ces gens que je serais ravi de les rencontrer, mais plus tard.
- Mais une de ces personnes se présente comme étant Docteur.
- Mademoiselle, je ne veux pas voir un Docteur. Je veux voir LE Docteur. Notez l'article défini! »



Le TARDIS avait atterri devant un énorme complexe scientifique, ou plutôt une sorte de technopôle de haute-technologie unis dans un même bâtiment (ou du moins, dans un même complexe), avec un campus et de nombreux laboratoires. On y distinguait deux types de bâtiments: les bâtisses de pierre et de métal, qui composaient les quartiers, le campus, l'université, les bâtiments administratifs, les bâtiments de loisirs...etc, et les bâtiments qui semblaient être faits d'un métal grossier et géométrique, mais qui en réalité étaient isolés et protégés par des alliages de carbone, de platine et de bien d'autres métaux et matériaux inconnus des terriens du XXIème siècle. Ces bâtiments là abritaient les nombreux laboratoires et autres usines de haute technologie du complexe.
On avait ici un véritable institut de sciences avancées, fierté d'une planète entière, peut-être même d'un système solaire ou de plus encore.
Le trio était entré et avait demandé à rencontrer le scientifique le plus important. Avec l'aide du papier psychique et des sourires du Docteur et de Jonas, la réceptionniste avait accepté d'avertir le directeur du complexe, le professeur Witnink.

Et lorsque celui-ci comprit qui souhaitait le rencontrer, il rassembla ses meilleurs scientifiques, et abandonna tout les projets sur lesquels il avait prévu de se pencher dans la journée. Le Docteur était là, il venait à lui, ce qui était une aubaine sans précédent pour ses principales recherches.

La salle dans laquelle la rencontre allait se dérouler était une pièce carrée d'une quinzaine de mètres de coté, aux murs blancs qui semblaient être illuminés de nulle part. Il y avait une porte sur trois des cotés de la pièce, tandis que le quatrième mur était occupé par une machine qui s'étendait encore en profondeur dans de nombreuses autres salles. Ce que l'on voyait ici, c'était avant tout une sorte de porte de verre, qui menait à une cavité de la taille et de l'épaisseur d'un grand lit double, au fond duquel des sangles métalliques et électroniques avaient été placées, de façon à pouvoir attacher un homme debout, qui tendrait les mains sur le coté à la manière d'un crucifié. Plusieurs tuyaux de verre semblaient sortir de cette cavité, et dépassaient parfois de la machine, sans s'en détacher. L'appareil était commandé depuis plusieurs moniteurs situés sur un niveau légèrement supérieur à celui de la machine, et parallèle à celle-ci, qui remplissait le tiers de la pièce. Il se situait environ un mètre trente au-dessus du niveau de la machine, et une rampe de métal située au centre de ce sur-niveau permettait de descendre et de monter.
Le Docteur entra avec Clara et Jonas dans la pièce par la porte "arrière", et arriva devant les moniteurs. De nombreux scientifiques, habillés en blanc mais pas en blouse, se trouvaient autour de ceux-ci, mais ne les manipulaient pas. Seul un homme se trouvait au sous-niveau. Il faisait face à la machine, et donc dos au trio. Il attendit quelques secondes, le temps que la porte métallique derrière le Docteur se referme, puis il prit la parole.

« Seigneur du Temps, je vous souhaite la bienvenue dans l'Institut Scientifique Galactique de Kolkrohn.

En disant ces mots, il se retourna, et le Docteur put le détailler: front dégarni, cheveux blancs courts et bien coiffés, yeux noisettes, lunettes rondes assez larges mais très minces et discrètes, visage allongé, petite bouche, aucune pilosité. Un homme qui prenait soin de lui, un gentleman, même, pensa-t-il. Un gentleman qui savait des choses sur lui.

- Scientifique inconnu, je vous en remercie, répondit ironiquement le Docteur.
- Bien entendu... Je suis idiot, vous ne savez rien de moi. Laissez-moi me présenter. Je suis le professeur Thangan Witnink, et croyez-bien que je suis comblé à l'idée de rencontrer un scientifique de votre enver...
- Arrêtez les compliments, je déteste ça.
- Si tel est votre choix... Dans tout les cas, je suis sûr que vous allez grandement nous aider, dans nombre de nos expériences!
- Comme certaines portant sur des particules temporelles, par exemple?
- Oui, notamment. Les particules temporelles sont riches en enseignements. Surtout pour certaines...
- Comment savez-vous qui je suis? coupa le Docteur

Le visage du scientifique marqua alors une certaine incompréhension. La réponse lui semblait si évidente qu'il s'étonnait que son invité lui pose la question.

- Vous êtes célèbre, Docteur. Du moins, certains vous connaissent. La plupart de ces gens ne savent de vous que vos actes, mais moi, je vous connais, et vous m'intéressez beaucoup, à cause de vos capacités.
- Y aurait-il un sous-entendu là-dedans?
- Oh, Docteur! Voyons! Je parle de vos capacités de régénération.
- Pardon?
- Le Projet Pharos! Il nous a donné des indications sur vos capacités de régénération. Vous étiez tombé de l'antenne du projet Pharos, vous étiez blessé, gravement. Mais vous vous êtes régénéré! Les archives de l'ancienne organisation "UNIT" mentionnent une autre régénération, dans des locaux militaires. Et ne parlons pas de l'homme en flammes sur Trenzalore.
- De quoi? murmura Jonas
- Ce cher garçon ne semble pas comprendre... devina Witnink. Jeune homme, les Seigneurs du Temps, comme le Docteur, ont la capacité de se régénérer. Le processus guérit toutes les blessures, et permet donc d'échapper à la mort. Cependant, cela s'accompagne d'un terrible sacrifice: le changement d'apparence et de personnalité. Ce Docteur que vous voyez ici a eu plusieurs visages depuis sa naissance.
- Oui, Jonas, il a raison. Et j'ai oublié de vous dire que j'ai 1500-2000 ans.
- DE QUOI?
- Enfin bref! lâcha le Docteur. Pourquoi la régénération vous intéresse tant?

Le professeur se mit à sourire. Un sourire bienveillant (un peu trop même). Il s'avança vers la rampe, mais décida de ne pas la remonter.

- Il y a 127 ans, le professeur Dank Fermann a débuté des expériences sur la longévité. Cela fait soixante-dix-neuf années que je lui ai succédé. Nos expériences, déjà, nous avaient permis de vivre pendant 150 ans en moyenne. J'ai actuellement 134 ans, voyez-vous?
- Oh, vous êtes bien conservé! remarqua Clara.
- Merci, mais je n'ai aucun mérite. C'est le professeur Fermann qui a réussi à augmenter notre longévité. Toute la population de la Fédération d'Andromède en a bien sûr profité. La Science doit aider la Société, c'est notre adage. Mais durant ses expériences, il a découvert le potentiel de la Régénération. J'ai continué ses études, et avec mes assistants, qui font partie des meilleurs scientifiques de toute la galaxie, nous avons, en plusieurs décennies, fait des bonds énormes en la matière. La régénération d'une cellule à la manière des Seigneurs du Temps, en suivant une sorte d'algorithme biologique, fut facile. La cellule, endommagée, se répara elle-même, et l'ADN fut modifié, mais totalement impropre à la vie. Il était rempli de mutations et d'incohérences. Il nous a fallu plusieurs années pour que l'algorithme puisse offrir un ADN certes aléatoire, mais logique et... "fonctionnel". Mais il est bien plus compliqué de l'appliquer à un corps tout entier. Même si nous faisions tout en laboratoire, grâce à des machines qui organisaient elles-mêmes la régénération.
- Pourquoi est-ce si compliqué? demanda Clara.
- Cher Kulvin, expliquez-donc à nos invités, puisque vous êtes passionné par cette partie de l'expérience! lança Witnink à un scientifique présent vers les moniteurs.

Un homme sortit du tas, habillé en blanc, comme les autres. Son visage semblait fatigué. Pas parce qu'il avait à parler devant le Docteur, non. Cela semblait être naturel chez lui. Un coté légèrement blasé. Il n'était pas jeune. On lui aurait donné autour de cinquante ans. Son visage était carré, et ses yeux semblaient petits tant ils étaient "enfoncés" dans son crane. De plus, ils étaient entourés de rides, ce qui accentuait l'apparence fatiguée du visage. L'homme s'était mal rasé le matin, ou du moins quelques matins plus tôt, comme le montraient les irrégularités dans sa pilosité faciale. Contrairement à Witnink, il prenait peu soin de lui, et devait sûrement travailler jour et nuit.

- Voyez-vous, l'algorithme ne fonctionne que sur une seule cellule. Créer une machine qui puisse toucher toutes les cellules d'un corps nous a demandé du temps. Cependant, l'algorithme agit sur chaque cellule de façon indépendante.
- Elles se régénèrent toutes, de façon aléatoire, et donc à la fin du processus, chaque cellule du corps a un ADN différent de l'ancien, mais aussi différent de toutes les autres, continua le Docteur, qui comprenait.
- En effet. Toutes les cellules d'un même corps possèdent le même ADN. Si chacune a un ADN différent, le corps est "invivable"! Nous avons tenté une expérience sur des animaux, pensant que, peut-être, le corps allait... "synchroniser" les changements, de lui-même, mais ça n'a pas marché.
- Voilà donc le défi qui nous triture l'esprit depuis plus de vingt ans, acheva Witnink. Trouver l'algorithme qui permet une régénération aléatoire, mais identique pour toutes les cellules. Et nous touchons au but. Il nous faut...

Le Docteur leva sa main en l'air, faisant signe au scientifique de se taire. Il ferma les yeux pour réfléchir, et descendit vers Witnink, faisant les cent pas autour de lui.

- Pourquoi? demanda-t-il.
- Pourquoi quoi? s'exclama le scientifique.
- Pour quoi faire? Quelle application allez vous donner à la régénération lorsque vous la découvrirez?
- Et bien, la Science doit aider la Société. Mais pas en permettant aux citoyens communs de se régénérer. Cela serait impossible: nous ne savons pas comment modifier l'organisme humain pour qu'il possède vos caractéristiques régénératrices, Docteur. Tout doit se faire en laboratoire, avec cette machine que vous voyez derrière: le Régénérateur.
- Pourquoi faîtes-vous ces recherches alors?
- Pour la curiosité. Pour la science. Et surtout pour la justice. Rotiart, expliquez-lui.
- Docteur, la criminalité augmente sans cesse depuis des décennies. Les meurtres sont de plus en plus nombreux, et les prisons de plus en plus surpeuplées. La peine de mort a été abolie il y a des siècles. Les prisonniers à vie coûtent cher à la Fédération, et les problèmes de récidives sont de plus en plus communs.
- Et vous pensez avoir trouvé la solution?
- Oui, continua Witnink. La Régénération change le corps et le comportement. Une nouvelle vie, une nouvelle identité. Le sacrifice vaut autant qu'une vie passée en prison. Et en plus, le changement de comportement est une garantie de non-récidive.
- Une exécution qui laisse en vie, c'est ça?
- Votre logique est cynique, Docteur, mais elle est en partie la notre. Nous ne souhaitons pas utiliser la science pour défier les lois naturelles de la vie et de la mort, pour obtenir la vie éternelle.
- Vos expériences portent pourtant sur la longévité et l'espérance de vie, non,
- Elles portaient, Docteur. Ces expériences sont à l'origine de nos premières recherches en la matière. Mais la science se doit de respecter l'éthique, n'est-ce pas? Nous ne voulons pas offrir l'immortalité, loin de là. Ce fascinant et terrible processus biologique doit être utilisé de façon sage. La Justice est le plus louable des domaines d'applications.

Le Docteur arrêta sa ronde autour du scientifique, et se figea devant la vitre du "Régénérateur". Il voyait les "sangles" électromagnétiques, extrêmement solides. Une régénération provoquée. Une machine qui réécrit la biologie de façon aléatoire...

- Vous pensez que cela est éthique?
- Oui, ça l'est. C'est dans l'intérêt commun et dans celui de la Justice.
- Savez-vous ce que l'on ressent... Pendant. Le savez-vous?
- Non. Mais ce doit être douloureux, n'est-ce pas?
- Très. Trop. »

Le Docteur ferma alors les yeux, et essaya de se souvenir...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


« Je me souviendrai toujours de ce temps... où le Docteur fut moi. »

Le Docteur lâcha un petit sourire face à ce qu'il venait de dire. Lorsque la fin était proche, il n'était plus le Docteur. Il était un Docteur parmi les autres. Une incarnation. Une vie. Qui s'achève. L'énergie régénératrice qui pénètre chaque partie du corps augmente toute les sensations, les nerfs sont au maximum de leur sensibilité. Le cerveau pense bien plus vite et bien mieux que d'habitude.
Amelia arrivait, descendait l'escalier. Elle était là. Ce n'était pas un rêve, ni même une vision. Le Docteur avait les yeux ouverts. L'énergie régénératrice lui permettait de croire réel ce qui ne l'était pas. Les mains sur les joues. Tout semblait si réel.
Puis tout disparu. L'énergie remplissait tellement le corps que les nerfs, comme étouffés, se désactivaient. Les sensations disparaissaient. Et même cette légère brise qui soufflait dans le TARDIS, qu'il avait ressentie au moment où la régénération avait commencé, était partie. Le reste allait suivre. Tout allait partir.
Il enleva son nœud-papillon. Que pourrait-il en faire ensuite? Rien. Clara le suppliait, mais il n'entendait presque plus rien. Juste le sifflement de la régénération. Il réussit à articuler un "Hey" rassurant et amical, mais rien d'autre. Son regard, complice, qui disait que tout allait bien, était figé dans cette position. Le Docteur ne voyait plus. Le cerveau s'était déconnecté du reste du corps. Le changement allait arriver. Le Docteur ne ressentirait rien, bien sûr. Physiquement tout du moins. Tout allait sûrement être très rapide, puisqu'il avait épuisé beaucoup d'énergie de cette première régénération dans son rajeunissement. Très vite pour Clara, et il était content qu'elle ne souffre pas. Mais pour lui... Tout était bien plus long.
Les souvenirs commençaient à revenir. Le cerveau, qui changeait, en ranimait automatiquement. Le Docteur n'avait pas de contrôle là-dessus. Il allait subir. Pour la treizième fois, l'horreur de la régénération.
"Courez, courez espèce de p'tit malin. Et souvenez-vous de moi...". Noël. La Dame de Glace et les hommes en neige. La mort de Clara Oswin Oswald. Le choc. La surprise. Toutes ces émotions, elles disparaissaient. Le souvenir se vidait de son essence. Il n'y avait plus que les images et le son. Le cœur était parti. Il savait parfaitement comment il se sentait à ce moment. Mais il ne le sentait plus. "Vous avez gardé le nœud pap'?" ; "Oui. Les nœuds-papillons sont cool!". Le TARDIS, Amelia. Le retour. La complicité. Tout cela s'effaçait peu à peu. "Le Garçon qui a attendu. Chapeau l'ami". Rory Pond. Ou Williams, qu'en dire? L'admiration que vouait le Docteur pour cet homme qui, par amour, avait attendu près de deux millénaires pour retrouver la femme se sa vie. Il n'avait jamais, Ô grand jamais fait l'erreur de lui dire ce qu'il pensait de cela. Mais il considérait cela comme une des plus belles choses qu'il ait vu dans l'univers. Et alors que cette admiration s'effaçait, le regret de ne jamais avoir fait comprendre à Rory que même lui était scotché par cette attente naissait pour mourir dans l'œuf. "C'est pas l'heure" River. Les émotions lorsqu'il avait comprit qui elle était après l'enlèvement de Melody. Après son enlèvement... Elles disparaissaient. Le Docteur pouvait mettre des mots dessus, il saurait dire, après, comment il se sentait. Mais les souvenirs et les sensations ne s'associeraient plus dans son esprit. "Qui sait? Qui... sait?" Le conservateur. Qui était-il? Le mystère, la surprise, la curiosité. Le soulagement d'apprendre que Gallifrey n'était pas tombée. Tout s'envolait. Le souvenir perdait toute sa saveur. "Bonne nuit". Les derniers mots qu'il avait entendu. Amelia Pond. Son nom résonnait dans son esprit, et des souvenirs revenaient. Des souvenirs "J'en ai des tonnes, de souvenirs!" ; "J'ai vu des choses que tu ne pourras jamais imaginer! J'ai perdu des choses que tu ne pourras jamais comprendre!" Akhaten. Les anneaux. Les souvenirs et la feuille. La beauté du geste de Clara. Tout disparaissait. Il était le témoin muet de sa propre vie. "Amelia!" Dans le Tardis, cette petite fille qui courait. Et cette femme si incroyable. Et ce sentiment. Ce si beau sentiment. Il ne devait pas le perdre. "Amelia!" Il ne savait pas ce que c'était. De l'amour? De l'amitié? De la complicité? Il n'avait jamais réussi à mettre des mots sur cela. "Amelia..." Certaines choses survivaient à une régénération. Les horreurs qu'il pensait avoir commises durant la Guerre. L'amour pour Rose. "Amelia..." Il fallait que cela survive. "Amelia..." La personnalité était partie. Le Docteur s'effaçait. Les souvenirs mouraient, pour revenir plus tard, mais sans jamais les même sensations.
Le noir total s'était fait. Plus de pensées. Plus de réflexions. Plus de souvenirs. Plus de sensations. Plus rien. À partir de ce moment, le 11ème Docteur était mort. Et en cet instant précis, le Docteur n'existait plus.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Il rouvrit les yeux. Il se souvenait de ce moment. Mais il ne ressentait plus. Il ne ressentait plus les sentiments liés à ces souvenirs, ni même la frustration liée à ces instants où l'on ne pouvait rien faire d'autre que de souffrir moralement. Il se souvenait par contre parfaitement de la souffrance qu'il avait ressentie ensuite. Le noir et l'absence de sensations qui est remplacé d'un seul coup par tout un corps qui redémarre en trombe, un cerveau nouveau qui tente de s'adapter à une enveloppe nouvelle. L'enfer sensitif après le calme funèbre de la mort. Il n'avait pas crié cette fois-ci. Il avait résisté. Mais la douleur existait bel et bien.

Il se retourna pour faire face à Witnink. Son regard était culpabilisant. Parce que le scientifique faisait des recherches sur la Régénération sans savoir de quoi il en retournait vraiment. Et pourtant le Docteur n'était pas un très grand sentimental désormais. Il avait une approche technique, théorique... Il était plutôt du genre à penser comme Witnink, à dire qu'il savait qu'il y avait un sacrifice, et qu'il était grand... Mais sans savoir ce que l'on ressentait réellement au moment précis. Pourtant, sur ce sujet, qui le concernait directement et personnellement, il avait une approche intuitive... Sentimentale?
Il n'en restait que Witnink n'était plus aussi sympathique à ses yeux. Depuis que la régénération lui était revenue en mémoire.

« Docteur, comprenez que vous pouvez nous aider, commença Witnink. Avec certaines de vos cellules, nous pourrions comprendre comment fonctionne le processus de Régénération. Il suffirait juste de quelques prélèvements, dans l'intérêt de la science.
- Vraiment? Avec mes cellules vous pourriez réussir?
- Oui, nous pourrions finir l'algorithme avant la fin de la journée.
- La fin de la journée? Si rapidement?
- Docteur, nous sommes de grands scientifiques. Je ne dis pas cela pour me vanter, loin de là. Je pense sincèrement que vous êtes bien plus brillant que n'importe lequel d'entre nous.
- Je suis bien plus brillant que vous, c'est vrai.
- Et plus narcissique, observa Rotiart.

Witnink soupira face au cynisme de son assistant, mais le Docteur ne releva pas la remarque du scientifique, puisqu'il la considérait en grande partie comme vraie et fondée. Il était en effet narcissique et assez condescendant désormais. Mais il préférait se considérer comme plus honnête et moins "politiquement correct". Il avait toujours été brillant et intelligent, de toute façon. Il faisait son modeste, mais c'était comme se rabaisser lui-même selon ce nouveau Docteur...

- Alors Docteur? s'impatienta Witnink.
- Hmm?
- Quelle est votre réponse? Je vous ai exposé la situation, je vous ai expliqué le but de nos recherches.
- C'est vrai.
- Vous devez donc décider.

Le Docteur réfléchissait. L'homme qui lui parlait dirigeait le laboratoire. Il était donc au courant pour les particules d'énergies. Il savait d'où elles provenaient, et il avait vu la dictature sur Qatros. Il avait essayé de ne pas mettre cette histoire sur le tapis, pour voir comment allait agir Witnink. Il avait eu le résultat. Maintenant il fallait décider, en effet. Aider un homme qui promettait que ses recherches aideraient la Justice? Où est le problème? Celui-ci apparaît lorsque l'on pense au fait que l'homme a profité d'une dictature, et l'a même aidée, pour avancer dans lesdites recherches. Rien, même ne prouvait au Docteur que ce qu'il promettait était vrai. Mais en même temps, le Docteur, jusque là, avait joué le jeu du scientifique. S'il continuait, peut-être en découvrirait-il plus... Curiosité ou prudence? Telle était la question.

- Docteur! cria Witnink.
- Oui?
- Vous allez bien? On dirait que vous êtes un peu perdu, parfois.
- Non, non. Tout va parfaitement bien.

Bien entendu, il mentait. Il allait devoir décider, et il est toujours difficile de décider.

- Dans ce cas, Docteur, choisissez. Quelle est votre réponse? Allez-vous nous aider? »




Citation:

« Je refuse.
- Pardon? s'exclama Witnink.
- Comprenez que je puisse douter de ce que vous dîtes. La Régénération est un pouvoir énorme sur la vie. Rien ne m'assure que vous allez vraiment l'utiliser à bon escient, et même si vous tentiez de le faire, il y aura sûrement des dérives. Je refuse de participer à tout ça tant que je n'aie pas l'assurance de votre honnêteté.
- Comment ça?
- Et bien, je ne sais pas grand chose de vous, de la Fédération Andromédienne, de cette planète, des politiques scientifiques...etc. Je dois me faire une opinion moi-même avant de prendre une décision de ce genre.

Le visage de Witnink était figé dans un air ébahi et légèrement contrarié. Le Docteur se forçait presque à ne pas en rire, tant le scientifique était, à ses yeux, pathétique.

- Et bien c'est... C'est tout à votre honneur, bafouilla-t-il.
- Vraiment? Vous sonnez un peu faux en disant ça.
- La déception, Docteur. J'ai fait preuve d'impatience, me voilà puni. Vous savez, j'ai consacré toute ma vie à ces recherches. Lorsque le résultat final est à porté de main, lorsqu'une occasion pareille se présente... Difficile de résister à la tentation d'aller trop vite.
- Je vous crois.
- Mais bref! Ce refus ne me contrarie pas tant que ça, puisqu'il est temporaire, à ce que vous dîtes. En attendant, je vous invite à rester dans le complexe autant de temps que vous le voulez. De plus, vous pourrez m'aider dans des expériences totalement différentes, Docteur. Profitez-en tous. Vous êtes mes invités.
- Nous en profiterons, ne vous inquiétez pas. »



Le trio marchait assez rapidement dans un couloir, qui menait à une cour intérieur au complexe (en même temps... aucune cour n'était à l'extérieur du complexe). Cela faisait quelques minutes qu'ils marchaient sans but précis, à la même allure.

« On pourrait peut-être s'arrêter pour souffler, non? remarqua Jonas.
- Vous avez assez de respiration pour parler, donc non. Mais arrêtons-nous!

L'ordre surprit un peu les jeunes gens, mais ils ne se firent pas prier pour s'immobiliser à la seconde même.

- J'ai besoin de vous.
- Pour une fois... murmura Clara.
- Qu'est-ce que vous dîtes?
- Non, rien. Vous avez besoin de nous pour faire quoi?
- Une enquête!
- Une enquête? répéta Jonas
- Oui. Une enquête. Sur Witnink et sur les particules. Cherchez des infos sur ce scientifique, sur ce que les gens en pensent...etc. Et essayez aussi de trouver le plus d'informations possibles sur les vaisseaux qui ramènent les particules temporelles: qui réceptionne tout ça, à quoi elles servent...etc.
- OK! opinèrent les deux compagnons au même moment.
- Mais vous, qu'est-ce que vous allez faire? demanda Jonas.
- Je vais m'informer moi-même sur cette Fédération Andromédienne, et toutes les politiques scientifiques. Je suppose que c'est pas votre tasse de thé. Allez, on se retrouve à la réception à la fin de la journée!
- Mais attendez, elle dure combien de temps la journ... »

Clara n'acheva même pas sa phrase, le Docteur était déjà parti à toute vitesse...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


OST Saison 3 Doctor Who (jusqu'aux ΘΣ)



Le bar-restaurant-cafétéria "Joker" était situé au nord du complexe de laboratoires, et était fréquenté par de nombreux scientifiques, jeunes pour la plupart, les plus âgés préférant le "Kango", situé plus près des laboratoires importants où ils travaillaient, demandant donc moins de marche.
Clara et Jonas avaient réussi à réunir quelques conseils sur la façon de trouver les informations qu'ils recherchaient. Le "Joker" était une mine d'informations sur tout le monde, que ce soit sous forme de rumeurs, d'informations plus ou moins vraies ou d'affirmations appuyées par des preuves parfois... compromettantes.
La salle était très spacieuse, et de forme rectangulaire. Au centre d'un des cotés de la largeur, un bar semi-circulaire en bois était entouré de tabourets. Sur les murs de la pièce, des tableaux montrant des fonctions mathématiques ou des tableaux périodiques des éléments artistiques surplombaient des canapés rouges sur lesquels des jeunes étaient assis et mangeaient sur des tables rectangulaires de bois verni et lisse. Le reste de la cafétéria, c'est à dire l'espace principal, au centre, était occupé par de nombreuses tables circulaires, plus ou moins grandes, entourées de chaises, qui pouvaient accueillir de deux à huit personnes.
Clara et Jonas étaient assis sur un canapé, dans l'un des angles du mur opposé au comptoir. Ils regardaient au loin un jeune homme qui leur tournait le dos, assis sur un tabouret du bar, qui buvait et discutait avec le barman. Quant à eux deux, ils sirotaient un jus de Patastèque (se demandant bien ce que c'était...) en réfléchissant un peu.

« Bon, la fille nous a dit que ce gars a pleins d'infos sur les scientifiques, rappela Clara.
- Ouais, enfin, vu l'état bizarre dans lequel était la fille, je ferais pas trop attention à ce qu'elle a dit, moi.
- Rooh! Elle a dit que son corps étaient en retard sur son cerveau, et que les vapeurs qu'elle avait absorbée étaient déjà parties depuis longtemps... Enfin bref, on fait comment?
- Comment quoi?
- Ben, comment on fait pour qu'il nous donne les informations? On va pas lui demander comme ça!
- Ben, pourquoi pas? objecta Jonas. Après tout, c'est plus rapide.
- T'es pas bien dans ta tête toi. Il faut installer une relation de confiance avant... Attends, laisse-moi faire.
- Te laisser faire quoi?
- Je vais tenter un truc, lança-t-elle en se levant. Reste ici, toi. Pas bouger! »

Elle s'éloigna rapidement du canapé, et se dirigea vers le jeune homme assis au comptoir. Elle allait tenter le tout pour le tout, pensait-elle. Elle s'assit sur le tabouret à sa gauche lorsqu'il eut fini sa conversation, et se lança:

« Salut!
- Euh... Salut.

Il semblait assez surpris de voir une fille débarquer juste à coté de lui, comme ça, au beau milieu du bar... Clara le détailla, et ne put s'empêcher de trouver qu'il était assez mignon. Il était svelte, pas trop musclé, mais c'était surtout son visage qui le rendait séduisant. Arrondi, pas trop grand ni trop petit, jeune... Sa bouche, petite, et ses lèvres minces étaient entourées par un collier de barbe parfaitement rasé. Ses pommettes étaient rondes et roses, et son nez semblait s'adapter parfaitement à son visage. Au-dessus de tout cela, il y avait les yeux: petits, couleur noisette, avec cette étincelle de vie et de curiosité à l'intérieur. Enfin, son front était à moitié recouvert par quelques mèches rebelles qui venaient de ses longs cheveux châtains à peine coiffés. Un beau gosse, pensait Clara. L'idée qu'elle avait en venant le rejoindre était donc loin d'être vouée à l'échec. Elle allait tenter de le séduire.

- T'es... T'es nouvelle? Je t'ai jamais vue ici.
- Ouais, je suis avec le stage des universitaires.

Elle se souvenait avoir entendu parlé d'universitaires du campus qui se trouvaient dans le complexe des laboratoires pour des stages d'immersions. Autant profiter de ces quelques souvenirs.

- Oh, je vois. Vous avez le droit de venir ici?
- Ouais, on a quartier libre. Et j'adore être libre, en plus. C'est toujours bien, de pouvoir se balader partout. Explorer. Découvrir des... lieux inédits.

Et en disant cela, elle faisait un sourire qu'elle essayait de rendre le plus malicieux possible. Elle avait ramené sa main sur son cou, et l'avait fait passé dans son col, de sorte que ses doigts se trouvaient désormais en train d'explorer sa... poitrine. Elle avait baissé sa tête sur son poignet, pour accentuer l'air espiègle. Le jeune homme semblait légèrement troublé par ce spectacle, mais pas plus que ça.

- C'est quoi ton nom? demanda-t-il.
- Clara, répondit la jeune fille en souriant intérieurement (elle ne pouvait pas sourire plus qu'elle ne le faisait déjà), pensant que ça commençait bien. Et toi?
- Peter. Peter Lird.
- Et, ça fait longtemps que tu travaille ici, Peter Lird?

En posant sa question, avec un ton légèrement langoureux, elle sortit sa main de ses vêtements et tendit son bras sur le comptoir, comme pour réduire la distance. Mais le scientifique semblait n'en avoir rien à faire, et soutenait le regard de Clara.

- Une dizaine d'années... Dis-moi, t'as quel âge? Parce que tu fais un peu jeune pour une élève du campus.
- Oh, j'ai 23 ans, menti Clara.
- Waw! Je... Je crois que je t'en aurais donné 30 moi.
- Pardon?

Puis elle se rappela que la longévité avait grandement augmentée ici. Le vieillissement du corps devait donc être ralenti.

- Non mais je plaisantais, sur mon âge. J'ai 33 ans, bien sûr... Et toi? Parce que... t'as l'air vraiment super jeune, et plutôt mign...
- 47 ans, coupa Peter.
- Ah... Je vois.

Elle rapprocha alors son tabouret de celui du quadragénaire, et se pencha vers lui, approchant sa main du genou de sa "cible".

- Dit moi, Peter... C'est quoi ton truc? La chimie ou la... physique?
- Ouais, écoute, t'es un peu lourde, là.
- Quoi? s'exclama-t-elle en se redressant sur son siège et en ramenant sa main vers elle.
- Je suis pas aveugle, je vois bien que tu tentes de me draguer. Et je suis assez sympa pour pas jouer ton jeu. Tu n'es pas du tout mon genre.
- Ah bon? Mais attends, y a un truc qui va pas chez moi?
- Eh, jeune Clara, ne te complexe pas trop là, c'est pas ta faute. Je connais plein de gens qu'aimeraient bien être à ma place là. Enfin, quelques gens... Je crois.
- Super sympa, merci... railla-t-elle en croisant les bras. Et c'est quoi ton genre?
- Ben tu vois, le problème avec toi, c'est que t'es... une fille.
- Eh, espèce de macho misogyne et sexiste!
- Bon, premièrement ça veut dire la même chose, et deuxièmement, c'était pas exactement ce que j'essayais de te faire comprendre en te disant ça.
- Oh... fit Clara, faisant mine qu'elle comprenait.

Mais lorsqu'elle eut comprit, elle lâcha un deuxième "Oh!" bien plus frustré et presque dégouté. Elle se leva brusquement et repartit vers le canapé, sous le sourire amusé de Peter, qui revint rapidement à son verre.

- Alors? demanda Jonas alors que Clara s'asseyait sur le canapé en croisant les bras.
- Il est gay! répondit-elle avec une mine frustrée et renfrognée.
- De quoi?
- Il préfère les mecs quoi! Tu vas pas me dire que ça existait pas, ça, sur ta planète.
- Euh... Si. Je connaissait des résistants, comme ça.
- Ben tu vois le problème. J'ai essayé de le draguer, mais même avec mon charme, j'aurais pas pu réussir.
- T'es sûr que c'est pas plutôt parce que tu sais pas séduire les... Ouch!

Clara l'avait coupé en lui enfonçant son coude dans le ventre, lui coupant ainsi la respiration.

- Je-sais-séduire-les-mecs! murmura-t-elle en détachant chaque mot. C'est juste que lui aussi, en fait. Donc tu vois, ça pouvait pas marcher. Il doit plutôt préférer les types comme t...

Sa phrase resta en suspend dans sa bouche. Elle se tourna vers Jonas, et un sourire espiègle s'afficha sur son visage. Le jeune homme prit quelques secondes pour comprendre sa signification, mais lorsque cela fut fait, il réagit d'un coup.

- Non.
- Allez, s'il te plait! Faut absolument qu'on ait les informations.
- Oui mais non! Je peux pas aller faire ça! Je sais pas comment...
- Allez, c'est facile! Si t'es gêné, en plus, t'auras l'air super mignon.
- Mais je peux pas... Attends, tu me trouve mignon?
- Ne vas pas chercher des interprétations foireuses à ce que je dis, c'est clair?
- Très clair. Mais je peux pas...
- Tais-toi et fait le! Le Docteur a besoin de ces infos! Allez, ordre du médecin! dit-elle en le forçant à se lever et en le poussant légèrement pour l'obliger à aller vers le comptoir.
- Mais je fais comment?
- Je sais pas moi! Fait des sous-entendus bizarres! »

Le jeune homme soupira, et se dirigea alors vers le comptoir avec appréhension. Il décida de s'assoir à droite de Lird, et n'engagea pas tout de suite la conversation. Il commanda une boisson alcoolisée au Barman, et glissa quelques regards furtifs en direction de Peter, sans savoir s'il le faisait pour jouer le jeu du type séduit ou juste pour voir ce qui l'attendait. Le jeune scientifique le remarqua assez rapidement, et apostropha Jonas en préparant tout de suite son propre sourire charmeur et espiègle.

« Salut toi.
- S... Salut, répondit le compagnon, gêné.
- On est en milieu de journée, et tu prends de l'alcool... Déception amoureuse?
- Mouais... Pas pour moi. Une fille a essayé de... fin bref, elle était assez...
- Lourde?
- Ouais... C'est...C 'est ça! admit-il. Une fille assez lourde. Et superficielle.
- Ouais, mais elles sont toutes comme ça. Tu préfère les gens profonds, c'est ça hein?
- Ouais... C'est... La profondeur, c'est bien, bafouilla Jonas.
- Prends pas d'alcool alors. C'est pour les pauvres types. T'es pas un pauvre type toi. T'en a marre de l'idiotie de certains, enfin, de certaines.
- Ouais, c'est ça. Mais je... je prends quoi alors?
- Prend du Marghian.
- Euh, c'est quoi?

Peter lui fit signe de se taire, et commanda deux verres de Marghian au barman, qui sourit en voyant la jeune cible de son client préféré.

- Tu vas voir, c'est vraiment génial le Marghian. C'est rafraichissant, ça te donne le bonheur quoi. Boire un Marghian, c'est le plaisir absolu. Et puis lorsque c'est dans ton corps, le Marghian, ça... Le truc, ça bouge dans ton corps. Tu sais pas ce que ça fait dans tes organes, mais tu vois ça... ça rentre et ça sort, tu vois?
- Oh, oui... Je... Je vois.
- Bon, au début ça fait bizarre, mais on s'y habitue très vite, et crois moi... ça fait vraiment du bien, murmura-t-il avec un sourire aussi espiègle que charmeur.
- Oh oui... Je... J'ai déjà... déjà vécu ce genre de truc, répondit Jonas en tentant un sourire complice, à moitié raté.

Les deux verres, remplis d'une eau légèrement blanchâtre, avaient été posés devant les deux jeunes, et Peter en prit un, et fit signe à Jonas de prendre l'autre. Il dressa alors son verre devant lui, comme pour porter un toast.

- À ta santé... euh, c'est quoi ton nom, déjà?
- Jonas. Et... et toi?
- Peter. Alors à ta santé, Jonas.

Puis, ils avalèrent tous deux leur verre en quelques gorgées. Le Marghian avait un goût assez sucré et frais, avec une touche de sel et de quelques autres parfums que Jonas ne connaissait pas.

- Dis-moi... T'es avec les autres de l'université, non? En stage.
- Ouais... Je suis stagiaire. Un jeune... jeune stagiaire.
- Oh... Intéressant. Un stage d'immersion, je crois. Savoir comment ça se passe, gagner en expérience, en autonomie. Apprendre de nouveaux... trucs.
- Ouais, c'est ça. J'ai envie... ben, d'apprendre. Besoin.
- Besoin d'apprendre, hein? Compte sur moi, alors. Jonas.
- OK... Euh... faut... Que j'y... Que j'y aille parce que... j'ai un pote. Il sait pas que j'suis là et... 'fin, j'veux dire.
- Tu veux pas qu'il sache que t'es venu boire un verre, c'est ça? T'inquiète, il saura rien. Mais bon, si tu veux des... cours supplémentaires... Je serai devant le labo B9 dans trois heures. Je crois que ça coïncide avec ton stage, jeune homme.
- Euh... Ouais, ça sera... Parfait.
- On reprendra un peu de Marghian...
- Euh... ouais, ouais. J'y vais, hein. À tout à l'heure! »

Jonas s'éloigna assez rapidement du comptoir, encore à moitié choqué, et Clara le rattrapa quelques secondes plus tard alors qu'ils marchait dans le couloir. En entendant son résumé de sa rencontre avec Peter, elle ne put s'empêcher de rigoler. Et lui-même avait du mal à ne pas esquisser un sourire.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Peter Lird attendait devant le laboratoire B9, et lisait un rapport d'expérience. Il avait beau n'avoir que quarante-sept ans, il avait des responsabilités... Séduisant, intelligent, homme à responsabilité... Il se considérait parfois comme tout bonnement parfait, mais gardait en tête qu'il y aurait toujours quelqu'un de plus fort que lui dans n'importe quel domaine, surtout dans les scientifiques, vu l'endroit où il travaillait.
Le couloir dans lequel il se trouvait était presque vide, à l'exception des robots de ménage, et de deux ou trois scientifiques qui se dirigeaient vers des laboratoires. Le jeune Jonas fut facile à apercevoir de loin. Toujours habillé aussi bizarrement, avec son gilet en cuir bourré de poches... C'était un détail qui avait beaucoup intrigué Lird lors de sa petite partie de séduction: il aimait bien les gens bizarres et étranges.

« Salut mon mignon! lança-t-il sans quitter son rapport des yeux.
- Euh... Salut.
- Alors, on a des choses à apprendre, non?

Il a abandonna la lecture de son rapport, et se tourna vers Jonas, s'approchant de lui.

- Euh... Tiens, j'ai rencontré le profess...
- On s'en fiche! J'en vois assez des professeurs moi.
- J'ai vu Witnink!

Peter s'immobilisa tout de suite et stoppa son début de flirt. Il admirait Witnink. Réellement. Non pas une admiration sentimentale, mais une admiration professionnelle. Il avait beau faire son dragueur, son libertin, son "je-sais-pleins-de-trucs-sur-tout-le-monde", il n'en restait pas moins un scientifique dans l'âme. Et Witnink était presque un dieu vivant pour lui, et pour nombre de ses amis et collègues.

- Tu l'as trouvé comment? J'veux dire, pas physiquement, mais au niveau scientifique?
- Il est incroyable, sérieux! Il... Il est tellement intelligent, tellement passionné par ce qu'il fait!
- C'est un peu notre modèle à tous, malgré...
- Malgré quoi?
- Non, rien.
- Si, il y a bien quelque chose... Allez, malgré quoi?

Jonas essaya d'avoir une expression à la fois curieuse et suppliante (ce qui était loin d'être facile), mais en entendant le soupir de Peter, il comprit qu'il avait réussi son coup.

- Bon, tu sais, il y a pas mal de trucs qu'on dit sur lui.
- Comme?
- Et bien, tu vois, il avait une femme, à une époque. Ils se sont séparés il y a une trentaine d'années, je crois. Mais c'était à cause de Witnink, à ce qu'on dit. Il était un peu... rude, quoi. Violent même. Mais j'ai jamais vraiment cru à ces histoires là.
- Ces histoires là? Parce qu'il y en a d'autres?
- Oui, admit Peter. Il y a d'autres trucs bizarres. Tu sais, il travaille sur un grand nombre d'expériences à la fois, et on est presque sûr qu'il prend des... des trucs quoi, pour rester éveillé, pour garder la forme. De la drogue et d'autres machins dans le genre. Et depuis des années. En plus, il est vieux, alors... Ben, ça lui réussit plus trop, quoi.
- Il est mourant?
- Non, mais malade, ça, j'en suis sûr. Et avec ces travaux sur la régénération, qui sait ce qu'il va faire... Et puis, il y a les fonds, aussi.
- Les fonds?
- Ouais, l'argent pour les recherches. Il en obtient beaucoup, presque trop... de la Fédération, de la planète, de donateurs...etc. Mais c'est vraiment étrange que le gouvernement ait accepté de financer un homme qui veut utiliser ses recherches uniquement pour la justice, tu vois.
- Il sont plus à la recherche du profit... Argent, gloire et pouvoir quoi. C'est ça?
- Exactement. Donc certains doutent beaucoup sur ses vraies intentions. Mais bon, ça reste quand même un vrai et grand scientifique, n'oublie surtout pas ça! Ni toi ni moi ne réussirons jamais à l'égaler.
- Ouais, c'est sûr.

Peter détaillait Jonas. Il avait réussi à détourner la conversation, le petit. Mais ça n'allait pas se passer comme ça. Quand Lird voulait quelque chose, il l'obtenait. Et là, il savait exactement ce qu'il voulait.

- Tes réponses sont bien courtes, Jonas. Quel manque de vocabulaire et d'imagination pour un scientifique... Je crois que je vais devoir sévir! murmura-t-il avec un sourire légèrement pervers.
- Euh, attends, mais...

Le voyageur temporel fut coupé par un bruit énorme venant du plafond. Les murs tremblaient même légèrement, et Peter regarda autour de lui avec une forte appréhension. Une dizaine de secondes plus tard, le bruit s'éloigna et les tremblements cessèrent.

- C'était... C'était quoi ça? s'inquiéta Jonas.
- T'es sensé le savoir, non? T'es au campus de l'institut! C'était un vaisseau.
- Mais ils passent pas si près d'habitude, non?
- Non, c'est vrai. Mais parfois, lorsqu'ils ont des problèmes... Ils frôlent involontairement le complexe, et tous leurs engins de gravitations, et les souffles de chaleurs... Bref, ça fait trembler les bâtiments! Ces inconscients ont parfois gâché des expériences à cause de leurs idioties!
- Les vaisseaux... Ah! Ceux du complexe, justement...
- Quoi, ceux du complexe?
- Et bien... Ceux qui amènent des engins, des échantillons...etc, ici... Qui s'en occupe?
- Les scientifiques. Les scientifiques qui font des expériences sur les échantillons qu'on leur envoie. C'est une règle ici: on n'utilise pas de subalterne ou de coursier pour s'occuper de nos "commandes". Lorsqu'on doit récupérer quelque chose dans un vaisseau, quelque chose qui concerne une de nos expériences, alors on y va nous même. Tiens, pour Witnink, par exemple, lorsqu'il reçoit quelque chose, c'est lui, ou souvent un de ses assistants, qui va réceptionner tout, et qui organise les voyages depuis l'institut. Mais quand ce sont les assistants, ils sont forcément sur l'expérience concernée.
- OK...

Derrière Peter, la porte métallique du laboratoire B9 s'ouvrit, et un homme étrange à la peau verte sortit sa tête dans le couloir et appela le scientifique.

- Eh, Peter! Arrête de draguer les étudiants, et vient! On a un problème à cause des autres débiles de l'espace, là!
- OK, j'arrive tout de suite, répondit Lird avant de se retourner vers le voyageur temporel. Bon ben, pas de chance pour toi, Jonas... On voit ça une autre fois.
- Ouais, pas de chance, hein... Euh... Une autre fois, si... Le stage va bientôt se terminer donc...
- Bon, désolé, le devoir m'appelle! Bye!
- Bye! lança Jonas avec un sourire forcé. »

Enfin, lorsque Peter eut disparu dans la pièce d'à coté, Jonas put abandonner ce sourire, et soupirer longuement, se répétant dans sa tête qu'il l'avait échappé belle. Et alors que la quasi-totalité des scientifiques de l'institut devait maudire ce vaisseau, Jonas, au contraire, bénissait les vivantes étoiles de l'avoir fait passer au-dessus. Parce qu'en plus d'avoir évité une situation qui lui aurait été particulièrement... gênante, il avait aussi réussi à découvrir qui s'occupait des transport des particules. Ou du moins, il savait comment le découvrir. Il lui fallait juste avertir Clara.

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Le Docteur marchait dans les couloirs. Il réfléchissait, se demandait ce qu'il advenait de ses deux compagnons de route, et surtout, de cette histoire de régénération. Cela faisait déjà plusieurs heures qu'ils avaient rencontré Witnink, mais un certain mystère planait encore sur les particules et sur la régénération.
Ce que voulait savoir le Seigneur du Temps, c'était si Witnink était capable d'aider une dictature dans le simple but d'obtenir des particules du vortex, alors que n'importe quelle étoile massive aurait pu faire l'affaire pour les obtenir. Il y avait définitivement quelque chose d'étrange dans cette histoire. Et il savait comment trouver les réponses à ses questions.

Il déverrouilla une porte, avec son tournevis sonique, et entra dans un laboratoire. Son entrée ne surprit personne, les scientifiques ayant oublié que les portes étaient verrouillées tant la procédure était devenue habituelle.
Le Docteur se trouvait dans une très longue salle remplie de fils, d'ordinateurs, d'écrans, de tubes, de processeurs, de bandes et d'autres systèmes électroniques complexes. Il se trouvait dans les entrailles du "Régénérateur" de Witnink, et celui-ci se tenait d'ailleurs au milieu de plusieurs ordinateurs, en train de coordonner plusieurs scientifiques. Lorsqu'il aperçu le Seigneur du Temps, il laissa un de ses assistant prendre sa place, et s'enquit de la raison de la présence du Docteur ici.

« Ce vaisseau a du troubler beaucoup d'expériences, je me doutait que vous seriez ici, professeur, expliqua-t-il.
- Certes, vous avez raison Docteur. Mais pourquoi vouloir venir me voir? Vous vous inquiétiez pour moi ou pour mes expériences? Si c'est le cas, sachez que j'en suis flatté.
- Pas exactement, professeur Witnink. En réalité, je suis venu pour vous faire part de mon choix définitif quant à votre expérience.
- Ah... Intéressant. Que décidez-vous donc?

Le Docteur inspira lentement, puis décida de donner enfin sa réponse. Les dés étaient jetés, après tout.

- J'accepte de vous aider, et de vous offrir des cellules de mon corps. »




Citation:

Clara était sur un ordinateur. Au lieu de prendre la couverture d'universitaire en stage, elle avait plutôt décidé d'utiliser sa véritable identité, et son statut d'invitée du professeur Witnink, qui leur avait confié des messages prouvant qu'il permettait en effet au Docteur, à Jonas et à Clara d'accéder à des ordinateurs et à une grande partie du complexe. Elle se trouvait donc maintenant dans ce qui ressemblait encore plus pour elle à son environnement naturel: l'informatique.
Jonas lui avait expliqué l'histoire des vaisseaux amenant les particules. C'était un scientifique de Witnink, ou bien Witnink lui-même qui se chargeait de demander le transport, de donner les ordres à une entreprise ou à un entrepreneur indépendant...etc. Bref, il fallait donc maintenant qu'elle trouve de qui il s'agissait. Car le scientifique qui s'occupait du transport des particules connaissait forcément le lieu d'origine de celles-ci. Et donc, il devait être à l'origine de la construction du complexe qui récoltait ces molécules, ou du moins y avoir participé. Le scientifique qui s'occupait de ces transports avait aidé une dictature, qui l'avait aidé en retour, et Clara était bien curieuse de connaître son identité....

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« Croyez-moi, Docteur! Votre décision va permettre à la Justice de faire des progrès incroyables!
- Ze vous crois, profezzeur, ze vous crois. Vous avez termigné?

Witnink retira la languette dans la bouche du Docteur. Il devait avoir recueilli bien assez de cellules pour faire ses observations, ce qui l'amènerait à modifier et compléter son algorithme.

- Voilà qui est fait, Docteur! Sachez que j'ai annulé toutes mes expériences du jour pour me consacrer totalement à celle-ci. Si les changements à effectuer ne sont pas trop nombreux, l'algorithme biologique de régénération sera prêt demain!
- Heureux de l'apprendre. Très heureux. »



Les ordinateurs étaient biens protégés, mais Clara réussissait étonnamment bien à pénétrer dans les dossiers protégés. Il y avait pour elle un air de déjà-vu, comme si elle avait déjà vécu une situation similaire. Une trace de son passage dans la vie du Docteur, vraisemblablement.
Elle cherchait donc tout ce qui se rapprochait des particules temporelles, des particules de vortex...etc. Les mots-clés ne manquaient pas. Mais après une certain temps de recherche, les premiers résultats sérieux apparaissaient. Le seul problème, c'est que tout ne concordait pas. Il n'y avait que deux vaisseaux qui ramenaient des "particules temporelles", mais ils ne provenaient pas de la planète Onos. De plus, ils ne correspondaient pas au vaisseau que Clara avait découvert en cherchant dans les ordinateurs de la base. Donc les particules devaient être transportées avec autre chose. Et elles devaient être transportées clandestinement. Pour cela, rien ne valait un faible équipage... Comme les particules n'étaient pas enregistrées, l'escale pour aller les chercher ne l'était pas non plus. Donc les départs des voyages ne la renseigneraient pas plus. Clara allait donc devoir chercher vaisseau par vaisseau. Elle n'avait qu'un vague souvenir de l'allure de l'appareil, de moyen-tonnage se souvenait-elle... Tout était enregistré sur le tournevis du Docteur, qu'il avait gardé sur lui.

Enfin, après une bonne demi-heure (voire plus) de recherches infructueuses, elle trouva enfin ce qu'elle cherchait. Un vaisseau assez léger, mais pas trop, d'environ quatre-vingts mètres de long, qui pouvait être piloté par un équipage de quatre personnes. Officiellement, il transportait des plantes et des échantillons végétaux pour des expérience sur des mutations, menées par le professeur Kulvin Rotiart. Et c'était aussi le nom que Clara voyait affichée dans le champ "Coordinateur et commanditaire du transport" sur l'écran. Alors Rotiart était à l'origine de tout cela. Ce scientifique fatigué et mal rasé... C'était l'image qu'il avait laissée dans l'esprit de Clara.
Mais cela ne signifiait rien. Peut-être qu'en réalité, il aidait Witnink en faisant cela. Peut-être même qu'il n'était pas au courant de la cargaison clandestine, et qu'un autre scientifique s'en chargeait. La seule façon de le savoir, c'était d'en apprendre plus sur lui. Et pour Clara, seul un ordinateur pourrait l'aider aussi rapidement, et sans poser de questions.

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Le bureau de Kulvin Rotiart était à l'image de l'homme: mal rangé, un peu vieillot, et surtout... Facile d'accès. La porte n'était même pas fermée, et lorsque Clara tenta de l'ouvrir, elle n'eut aucune difficulté à le faire. Le passage du vaisseau au-dessus des laboratoires avait du le pousser à partir en trombe de son bureau, sans même penser à fermer la porte.
La pièce était rectangulaire, et s'étendait sur une dizaine de mètres au-delà de la porte, pour une largeur d'à peine quatre mètres. Les murs étaient couverts de bibliothèques classiques remplies de livres de botanique, de physique, de chimie, de technologie, d'horticulture, d'hydrographie et de bien d'autres domaines dont Clara ne comprenait pas la moitié des noms.
Au fond de la pièce, il y avait le bureau en tant que tel. Un meuble en carbone, ou en plastique, c'était difficile à dire. Dessus trônait l'écran parfaitement plat d'un ordinateur (une plaque de verre), qui était incrusté sur la surface du meuble. Autour, on pouvait voir des tâches de différentes couleurs, qui semblaient venir de tasses bues trop vite et de casse-croutes avalés précipitamment. Le meuble comportait aussi des tiroirs, sur les cotés, mais ça n'intéressait pas trop Clara.
Elle repoussa la porte, pour ne pas être vue depuis le couloir, mais pour pouvoir entendre si quelqu'un venait à se rapprocher. Elle se dirigea derrière le bureau, s'assit sur le siège peu confortable qui devait agresser quotidiennement le dos de Rotiart chaque jour, et tapota sur l'écran de verre.
L'ordinateur se ralluma. Et Clara ne put s'empêcher de lâcher un "YES!" de bonheur en voyant que le scientifique avait oublié de l'éteindre. Il avait juste été mis en veille. Donc elle avait accès à tous les dossiers du professeur.
Ou presque.

« Mais pourquoi cet idiot fout des mots de passes partout! Il faut un temps fou pour les craquer! »

Elle cherchait les fichiers sur la Régénération, et il lui fallut dix bonnes minutes pour trouver le mot de passe. Heureusement qu'elle avait cette espèce de déjà-vu qui lui permettait de savoir à peu près quoi faire. Sauf que là, même si elle avait ouvert le dossier... Il n'y avait pas grand chose d'intéressant. Juste un tas d'images, de lignes mathématiques ou encore de vidéos d'expérience ou de schémas. Rien d'incroyable ou d'incriminant. C'était à croire qu'il n'avait rien à voir avec les particules.
Elle décida alors d'ouvrir les tiroirs du bureau, et elle y découvrit quelque chose qui lui était étrangement familier. C'était une grande feuille de papier, de plusieurs mètres de long, qui étaient enroulées aux extrémités, comme un parchemin. Elle était remplie de lignes complexes et mathématiques: certaines étaient barrées en rouge, et remplacées par d'autres au feutre. Parfois des calculs, des expressions, des équations ou des numéros avaient été ajoutés. La feuille semblait avoir été ouverte assez récemment, et certaines traces de feutre ne semblaient pas très anciennes...

Elle rangea le parchemin dans le tiroir, sans le fermer, et revint sur l'ordinateur. Il y avait un endroit où elle l'avait vu, un dossier. La Régénération... L'algorithme. C'était l'un des principaux fichiers mathématique du dossier. Lorsqu'il s'ouvrit, elle empoigna le parchemin, et chercha le début de la feuille. Lorsqu'elle l'eut trouvée, elle le compara à celui sur l'ordinateur. Le texte original était le même. Sur plusieurs mètres de papiers. Puis, les premières ratures et modifications arrivaient. Et elles avaient été prises en compte sur le fichier.

« Alors comme ça, Rotiart a modifié l'algorithme... Sur papier puis sur informatique... »

Elle était toute fière de ce qu'elle venait de déduire. Sauf que quelques secondes plus tard, elle comprit que ça ne l'avançait pas beaucoup. Après tout, cela faisait sûrement partie de son travail. Il l'avait peut-être fait sur la demande de Witnink, pour du travail classique. Ou pour du travail clandestin, au contraire... Mais pourquoi demander à Rotiart et ne pas faire lui-même le boulot? La jeune fille se triturait l'esprit pour essayer de comprendre la situation.

Et puis, d'un seul coup, la solution lui apparut. Ou du moins la façon de l'obtenir. Parce qu'il y avait une preuve qu'elle pouvait trouver dans l'ordinateur du "coupable". Du responsable. De celui qui avait aidé le Dictateur de Qatros. Une preuve irréfutable. Et si elle était sur l'ordinateur de Rotiart, elle savait où la trouver.
Alors, elle tenta d'ouvrir le dossier correspondant. Verrouillé. Il lui fallut huit minutes pour craquer le code. Mais lorsqu'elle eut enfin réussit, de nombreux autres dossiers s'offraient à elle. Il y avait un grand nombre de fichier, apparemment. Aucun n'était verrouillé, heureusement. Maintenant, il fallait juste trouver le bon document. Ou trouver qu'il n'existait pas, si Rotiart n'était pas le responsable.

« Professeur? lança une voix féminine derrière la porte. »

Clara failli sursauter en entendant ça. Quelqu'un allait entrer dans la pièce. Elle avait été si absorbée par ses activités informatiques qu'elle en avait négligé la porte... Qui se situait en face d'elle, et qui allait s'ouvrir d'une seconde à l'autre. La jeune fille se précipita donc le plus discrètement possible sous le bureau. Le meuble était fait de telle façon qu'on ne pouvait être vu que depuis le siège de Rotiart lorsque l'on était caché en dessous. Le léger espace de cinq centimètres entre le sol et la limite la plus basse du meuble n'était pas assez large pour que l'on puisse apercevoir la jeune fille, surtout avec la lumière éteinte dans la pièce.
Mais la lumière s'alluma. Une jeune femme venait d'entrer, et s'avançait vers le bureau. Elle était bien surprise de voir l'ordinateur allumé, et le tiroir ouvert. Mais cela ne l'étonnait pas de la part de Kulvin Rotiart "l'homme qui semble dormir en marchant", comme on disait.
De son coté, Clara essayait de retenir sa respiration le plus possible et de souffler très, très discrètement. Sauf qu'elle failli lâcher un cri lorsqu'elle sentit quelque chose se poser sur son bras. Elle tourna lentement la tête vers la zone où on la touchait et ses yeux s'écarquillèrent en voyant le responsable de cette petite caresse... Un insecte poilu, à sept pattes... Du moins, six pattes et un gros, très gros, dard. Un insecte qui ressemblait un peu trop à son goût à une araignée mutante... Une mygale mutante même... Qui montait sur son bras. Il fallait absolument qu'elle ne crie pas. Et qu'elle se débarrasse de l'insecte. C'est pourquoi elle eut l'idée fort idiote de tourner son bras en direction de l'espace libre entre le sol et le bureau de quelques centimètres, et de pousser l'insecte d'une pichenette, ce qui eut pour effet de le rejeter dans la pièce, hors du dessous du bureau.
Mais cela eut aussi pour effet d'affoler la scientifique qui était rentrée dans la salle. Elle poussa un cri de terreur qui fit sursauter Clara sous son meuble (ce qui eut donc pour effet de frapper sa tête sur le meuble). La scientifique cria ensuite sa rage envers l'insecte, et celui-ci fut victime d'un nombre difficilement calculable d'écrasements de pieds et de talons...
Après avoir terminé son œuvre, la femme repoussa le cadavre peu glorieux sous le bureau, ce qui fut suivi du cri d'une autre femme, plus jeune, qui sortit précipitamment de sa cachette en faisait tomber le siège de Rotiart et en se cognant la tête par terre... Le visage que faisait la scientifique en découvrant la "clandestine" était plus que béat...

« Qui... êtes... vous? tenta-t-elle d'articuler.
- Euh... Bureaupropres&Co, entreprise de déra... euh... on s'occupe de débarrasser vos bureaux des insectes nuisibles et...

Elle comprit rapidement que sa tentative stupide d'explication était un échec, vu le regard furieux qu'avait la scientifique...

- Au moins j'aurais essayé, soupira Clara. »

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Le Docteur, Clara, Witnink, Rotiart ainsi que quelques autres scientifiques et gardes se trouvaient dans la pièce carrée où l'on voyait la "façade" du Régénérateur. Witnink s'occupait de réécrire l'algorithme avec l'aide du Docteur, et d'autres scientifiques, sur un ordinateur, lorsque la femme qui était entré dans le bureau de Rotiart était venue avec Clara, expliquant où elle l'avait trouvée. Mais celle-ci se défendait, et avait déjà commencé à accuser Rotiart.

« Je vous jure! C'est lui qui s'occupait des cargaisons de particules, Docteur!
- C'est vrai, ça? demanda le Seigneur du Temps au scientifique.
- Bien sûr que non! Je ne m'occupais pas de cela! Les particules temporelles n'ont rien à voir avec mes expériences.
- Pourtant elles ont à voir avec la Régénération.
- QUOI? s'exclama Witnink. Mais je ne les ai jamais utilisée dans ce genre d'expé...
- Peu importe.
- Mais il cachait les particules! insista Clara. Elles voyageaient avec des plantes. Le vaisseau faisait une escale clandestine et secrète sur Onos, et allait ensuite ici, sur Kolkrohn. Le vaisseau correspond à ce qu'on a trouvé dans la base, Docteur, et les fréquences de voyages, 3 fois par mois, coïncident!
- Mais voyons, jeune fille! s'exclama Rotiart. Puisque ces particules voyageaient illégalement, comme vous le dîtes, je ne savais pas qu'elles existaient!
- Mais alors pourquoi est-ce que vous réécriviez l'algorithme du professeur, hein?
- Vous réécriviez mon algorithme, Kulvin? s'étonna Witnink.
- Professeur, plusieurs idées m'étaient venues, ces derniers temps, sur certains calculs qui ne sont pas erronés, mais qui pourraient poser problème dans certaines situations. Je pense avoir fait mon travail de scientifique en tentant de découvrir des solutions.
- Mais vous avez bien fait, mon cher Kulvin, vous avez bien fait. De toute façon, je n'ai pas construit cet algorithme tout seul. »

Clara commençait à croire qu'elle s'était trompée, et le regard noir du Docteur ne la rassurait pas. L'image du Seigneur du Temps allait surement en prendre un coup auprès des scientifiques, vu ce qu'elle avait fait.

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La porte du bureau de Rotiart était entrouverte... Et Clara semblait avoir été conduite de force de cette pièce jusqu'à un endroit que Jonas ne connaissait pas. Car il avait croisé Clara, tirée par la main par une scientifique passablement en colère. Le jeune homme s'était caché là où il le pouvait, et s'était demandé s'il fallait les suivre ou au contraire tenter de trouver d'où ils venaient. Par prudence et par curiosité, il décida de choisir la deuxième option. Après tout, il savait que Clara enquêtait... Donc, elle avait sûrement été surprise lors de cette enquête. S'il pouvait tenter, d'une façon ou d'une autre, de la compléter, il le ferait.

Il était donc désormais sur l'ordinateur du scientifique, dans son bureau, et regardait tous les dossiers ouverts par Clara... Des mathématiques, des plantes... Difficile à interpréter. Mais avec le long "parchemin" raturé de Rotiart, il comprit qu'il avait travaillé sur l'algorithme, seul. Pour le modifier.
Mais en continuant son voyage dans les dossiers que la jeune fille avait ouverts, il découvrit un dossier qu'elle n'avait vraisemblablement pas explorée... Il s'agissait de celui qui était ouvert sur l'écran lorsqu'il était arrivé. Le dernier consulté, en déduisait logiquement le jeune homme. Composé de nombreux autres dossiers, qu'il pouvait ouvrir sans problème. Et rapidement, il comprit ce que Clara cherchait dans ce répertoire. La preuve ultime, celle que personne ne pouvait nier.

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Clara se trouvait dans une position vraiment, mais alors vraiment, inconfortable. Elle avait piraté des ordinateurs, elle avait consulté les fichiers personnels d'un scientifique et avait pénétré sans autorisation dans le bureau de celui-ci. Un scientifique extrêmement important, qui plus est.
Face à elle, ni Witnink, ni Rotiart, ni même le Docteur, ne semblaient croire à ses accusations. Elle maudissait intérieurement la femme qui l'avait coupée alors qu'elle était sur le point de découvrir LA preuve.
D'ailleurs, elle était surprise que le Docteur ne l'aide pas. Il était étonnamment du coté de Witnink, et son regard envers Clara était plein de reproches.
Rotiart venait de remonter sur le niveau surélevé, se plaçant derrière des ordinateurs et recommençant à travailler dessus. Clara, elle, était en dessous, et se trouvait séparée du Docteur et de Witnink par la rampe en métal. Et même si celle-ci était aisément contournable, elle lui semblait être une véritable barrière d'incompréhension qui la séparait de son Docteur... Son Docteur? Plus vraiment d'ailleurs. Elle avait beau le connaître mieux que lors de leur arrivé sur Qatros, il n'était plus vraiment "son" Docteur. Elle avait été auprès de lui pendant des centaines d'années, pour l'aider, pour le sauver, et il la voyait rarement... Mais elle avait été là. Sauf que les évènements que le Docteur vivait en ce moment précis étaient imprévus. Ils ne se trouvaient pas dans la ligne temporelle du Docteur sur Trenzalore. Elle n'avait jamais protégé ce Docteur là dans sa vie. Même sur Qatros, elle ne l'avait pas sauvé. Elle commençait à se sentir presque inutile en pensant comme ça. Il fallait qu'elle revienne vers le présent.

« Mais vous êtes forcément le coupable! cria-t-elle à Rotiart, qui se trouvait au-dessus d'elle.
- Mais qu'est-ce que vous dîtes, bon sang? s'exclama-t-il en relevant la tête de son ordinateur pour fixer Clara. Vous m'accusez sans preuve, et de quoi? D'avoir commandité un transport illégal et clandestin de "particules temporelles"? Premièrement, il aurait été bien plus facile d'organiser un transport légal, et deuxièmement, même si j'étais coupable de ça, je ne vois pas où est le problème. Après tout...
- Moi, je le vois! coupa une voix à coté de lui.

La porte au centre du mur venait de s'ouvrir, et Jonas venait d'entrer sur la partie surélevée. Son visage était impassible, et on voyait qu'il se forçait un peu pour ne pas changer d'expression.

- Je vais vous raconter une histoire, messieurs les scientifiques.

Il prit sa respiration, et commença alors à parler, avec un air à peu près détaché.

- Ma planète a été dirigée par un dictateur, pendant quarante-sept ans. Ce dictateur a massacré certaines populations. Il a réduit en esclavage des centaines de prisonniers pour les faire travailler dans des mines, sur des planètes et des lunes un peu partout dans le système solaire de ma planète. Il avait même changé le nom de mon monde. Qatros était devenu "Progus", du nom du Dictateur Prog. Il a unifié la planète et les colonies du système par la force, le feu, et les bains de sang.

Le jeune homme s'arrêta dans ses explications. Il devait aménager des pauses pour que les gens suivent, même si tout le monde ne comprendrait pas la fin.

- Mais il n'a pas fait ça tout seul. Une dictature planétaire, interplanétaire même... Pendant quarante-sept ans... Il a eu de l'aide. L'aide d'un scientifique, qui devait avoir des moyens incroyables. Un scientifique qui avait besoin d'une ressource du système stellaire. Une étoile massive, qui permettait la récolte de particules temporelles. Il a pu faire construire une base sur Onos, la première planète du système, avec l'accord du Dictateur. Celui-ci s'engageait à la défendre, et en échange, le scientifique lui offrait des technologies, et des armes, pour s'assurer que la Dictature continuerait.
- Mais c'est horrible... murmura Witnink.
- Un jour, le Docteur est arrivé sur ma planète. Ce jour là, tout a changé. En moins d'une journée, la Dictature était tombée. Cet homme, professeur, que vous voyez ici, a sauvé ma planète, lui a apporté la liberté. Et le Dictateur le savait. Il savait à quel point cet homme était dangereux pour lui. Parce que le scientifique savait qui était cet homme.

Rotiart, Clara et quelques autres scientifiques tournèrent immédiatement les yeux sur Witnink, qui était l'homme qui en savait le plus sur le Seigneur du Temps.

- Et comme il contrôlait la planète, il remarqua rapidement la présence du Docteur, continua Jonas. Le Dictateur avait peur, il se sentait menacé. Pour la première fois. Et alors, qu'a-t-il fait, d'après vous? Il devait protéger les intérêts de son associé et ceux de son régime. Il devait avertir le scientifique. Et pour ça, il lui a envoyé un message.

Un sourire commença à apparaître sur le visage du Docteur, et sur celui de Clara, qui voyait que Jonas avait compris ce qu'elle recherchait. Mais celui qui se trouvait sur le visage de Rotiart disparaissait peu à peu.

- La personne qui possède ce message est le coupable. Le scientifique qui a aidé une dictature, celui qui a trahi tous les autres en faisant cela tout seul. Parce qu'il a tout fait tout seul. Le message est la preuve irréfutable. Il a été reçu et réceptionné, mais jamais renvoyé à quiconque. Aucun autre message du même genre n'a été envoyé ensuite. Le coupable n'a averti personne de ce qui se passait sur ma planète.

Rotiart commençait à se mordre la lèvre, alors que les trois voyageurs temporels souriaient comme jamais. Clara n'avait pas travaillé pour rien, les impressions du Docteur s'avéraient vraies, et Jonas jouait au détective qui révèle ses indices.

- Ce message est unique. Il ne peut pas avoir été envoyé par quelqu'un d'autre, dans un autre contexte. Il n'a qu'une seule signification. Et cette signification, c'est: "Le Docteur est sur Progus". Et devinez où j'ai trouvé ce message?
- Très... Très fort, le gamin... coupa Rotiart.

Wintink avait les yeux écarquillés de stupeur en entendant son assistant prononcer ces mots. Le visage de Rotiart était sans équivoque.

- Kulvin... Non, Kulvin... Vous n'avez pas... Vous n'avez tout de même pas fait ça?
- GARDES! s'écria Rotiart.

Et alors, les quatre gardes armés présents dans la pièce se mirent à menacer les scientifiques de leurs armes. Les deux gardes présents derrière chaque porte ouvrirent celles-ci et se précipitèrent à l'intérieur pour immobiliser Jonas (sur le niveau surélevé), Clara, ainsi que le Docteur, qui n'eurent pas le temps de se débattre tant les hommes étaient entraînés. Witnink, quant à lui, n'essaya pas de se débattre. Il était tétanisé par la révélation à laquelle il venait d'assister.
Pendant ce temps, plusieurs scientifiques étaient sortis des tas blancs que formaient les "otages". Des alliés de Rotiart, qui connaissaient ses plans et qui y participaient.
Celui-ci s'était d'ailleurs remis du léger choc qu'il avait reçu. Cela faisait une cinquantaine d'années qu'il avait réussi à cacher ses véritables plans, et en quelques heures, ils avaient été découverts. Plus ou moins. Mais désormais, il fallait jouer le tout pour le tout. Il décida donc d'expliquer la situation, tout en pianotant sur les ordinateurs de la plateforme surélevée.

- Et oui, professeur. J'ai fait "ça". Parce que contrairement à vous, je suis un génie! Vous n'êtes pas un génie, vous! Vous avez beau être intelligent, vous êtes un idiot pur et sans aucune ambition. La régénération pour la Justice... cracha-t-il avec un air de dégout. Quel comportement naïf et candide...
- Mais vous... Vous partagiez ces convictions... Kulvin, vous...
- JE JOUAIS LE JEU! Croyez-vous réellement que les chefs de la Fédération, corrompus et intéressés seulement par leur petite personne, allaient accepter de financer vos recherches?
- Mais... Ils l'on fait, Kulvin! répondit Witnink. Et ils ne furent pas les seuls. De nombreux donateurs ont...
- POUR LA JUSTICE? s'écria Rotriart en pouffant de rire. Vous êtes pitoyable... Si le gouvernement vous a financé, si les riches donateurs ont été nombreux, ce n'est pas grâce à votre argumentation enfantine et innocente.
- C'est grâce à quoi alors? demanda Jonas.
- C'EST GRÂCE À MOI! hurla le scientifique. Si le gouvernement a donné les fonds, c'est parce que JE les avais convaincus. Si les riches de cette galaxie nous ont aidés, c'est parce que JE leur avait demandé!
- Mais pourquoi? murmurait Witnink. Pourquoi leur avoir demandé? Qu'est-ce que vous vouliez faire avec l'expérience? Qu'est-ce que vous leur avez dit?
- Vous n'avez aucune ambition, Witnink... Tout ce que vous voulez, c'est une régénération aléatoire pour les criminels de cet univers. Mais pourquoi chercher l'aléatoire quand l'algorithme peut permettre au Régénérateur de modifier de façon ordonnée l'ADN et la biologie d'une personne?
- Une régénération non-aléatoire... comprit le Docteur.
- Exactement. On est mourant? Le régénérateur nous retransforme en nous-même, mais en plus jeune. On a besoin de main d'œuvre. On prend des gens et on en fait des esclaves. Besoin d'une armée? Régénérons des gens en soldats qui ne posent pas de questions, qui sont musclés, endurants, résistants aux maladies et maîtres dans le maniement des armes.
- Mais c'est impossible d'être aussi précis, répliqua, tétanisé, Witnink. Et puis, où prendriez vous les gens?
- Tout est possible, quand on a le génie nécessaire. J'ai déjà réussi à transformer votre algorithme! J'avais l'ADN du Seigneur du Temps! Des alliés sur Progus avaient réussi à m'en fournir. Il avait laissé des traces sur une place publique, à ce que j'ai compris. J'avais même des restes d'énergie régénératrice! Il m'a fallu plusieurs années pour mettre au point des profils physiques et psychologiques précis, et plusieurs mois pour les adapter à l'algorithme, mais maintenant, je peux créer une armée d'esclaves ou de soldats!
- Mais à partir de quoi? lança Clara. Vous ne pouvez pas créer à partir de rien. Il vous faut des gens! Qui ce sera, ces gens, hein?
- Oh, des criminels, des scientifiques comme ceux qui sont ici et qui ne m'ont pas aidé... Puis des citoyens, des prisonniers de guerre spécialement capturés pour cela.
- La Fédération ne construira jamais d'armée de cette manière! cria un scientifique.
- Qui a dit que c'était la Fédération qui allait en profiter? Je leur ait fait croire que grâce à moi, ils pourraient vivre éternellement. Mais je créerai ma propre armée. La Fédération tombera!
- Vous êtes complètement taré, soupira le Docteur.
- Taisez-vous! Vous ne saviez même pas que c'était moi le "coupable", comme vous dîtes! Vous êtes bien plus idiot qu'on ne le dit, Docteur.
- Je suis bien plus intelligent que vous... La preuve, je vais vous dire que...
- TAISEZ-VOUS! Je ne veux PAS vous entendre. Vous êtes un imbécile, comparé à moi!Le coup d'état sur Progus était un coup de chance, même s'il m'a forcé à accélérer mes plans. D'ailleurs, mes études sur les particules portaient leur fruit: celles que je faisais ramener de la base étaient 100 fois plus exploitables que celles ramenées "légalement", puisque je suis sûr que quelqu'un allait poser la question du "Pourquoi Progus?". Mais comme je le disais, vous m'avez forcé à accélérer mes plans en déclenchant cette révolution, et encore plus en découvrant qui je suis réellement.

Il termina de pianoter sur le clavier, et se dirigea vers une console occupée, au centre, par un grand levier, entouré de nombreux boutons et interrupteurs.

- J'ai modifié l'algorithme présent dans le Régénérateur... J'ai mis "celui qui transforme en esclave"... Très peu de libre arbitre, un corps taillé pour les travaux manuels, une réflexion grandement diminuée... Je pense que c'est le meilleur choix pour tenter la première régénération complète en laboratoire.
- QUOI? s'écrièrent ensemble le Docteur, Witnink, Clara et Jonas.
- Et bien entendu, il nous faut un cobaye. Un "volontaire"... Vous deux, dit-il en s'adressant à deux scientifiques qui l'aidaient. Vous allez m'attacher le pseudo-détective dans le Régénérateur.
- NON! s'écria Jonas. NOOON!

Il tentait de rester sur place, en poussant avec ses pieds, mais la force combinée du garde et des deux scientifiques était bien supérieure. La vitre qui permettait d'entrer dans la cavité du régénérateur était ouverte, et il fut plaqué au fond du module, pour que l'on puisse attacher bras et jambes sans qu'il ne se débatte trop. Il fallait que les boucles métalliques touchent la peau, pour permettre le transfert de l'énergie dans le corps... Ainsi, on lui avait retroussé les manches et les revers de son pantalon. Les boucles étaient faîtes pour serrer le plus possible, et s'adaptaient aux poignets, au bras et aux jambes du jeune homme. Devant lui, alors qu'il criait et qu'il suppliait les scientifiques, la vitre de protection se fermait. Mais il continuait de crier, et dans sa tête, il priait les vivantes étoiles...

- C'est le plus grand jour de la science, messieurs! s'exclamait Rotiart. En ce jour, en ce lieu, nous expérimentons la PREMIÈRE régénération d'un être humain. Retenez votre souffle, et admirez le spectacle. »

Et alors, sous les regards horrifiés et impuissants de Witnink, de Clara, du Docteur et d'une dizaine de scientifiques otages, le traître abaissa la manette située au centre de la console, et la régénération commença.




Citation:

L'énergie entrait dans le corps de Jonas par les boucles métalliques. Le Docteur et Clara se débattaient, mais les gardes les tenaient fermement. Les bras de Jonas commençaient à s'illuminer, et le Régénérateur lançait des grognements et des sifflements en entamant le processus. Le jeune homme emprisonné criait sa douleur et sa haine, il se débattait, mais ses bras étaient bien immobilisés. Sa tête, par contre, se secouait dans tout les sens et frappait le "mur" derrière elle. Il s'en saignait presque les tempes, et ne se fatiguait pas, l'énergie nourrissant ses muscles. Et devant lui, dans la pièce, les scientifiques admiraient le spectacle. Rotiart souriait, plein de fierté et de joie.

Et au milieu de cet enfer de cris, de regards, de débattements et de sourires, la porte métallique située sur le niveau surélevé, qui faisait face au Régénérateur et à Jonas, s'ouvrit.
Lorsque Peter Lird pénétra dans le laboratoire, il ne s'attendait pas du tout à voir ce spectacle. Il venait pour faire état des dommages causés dans certains laboratoires au Professeur Witnink, qui dirigeait l'institut. Et que vit-il à la place? Le jeune étudiant qu'il avait dragué au "Joker" prêt à se faire régénérer, la dragueuse lourde et superficielle immobilisée par un garde, ainsi que Witnink et un homme qu'il ne connaissait pas. Des scientifiques étaient menacés par des hommes en arme. Et juste à la droite du jeune scientifique, il y avait Rotiart, qui souriait en voyant ce qui se passait devant lui. Tout cela n'était pas possible. Tout cela n'était pas légal. Et le sourire presque sadique de Rotiart n'arrangeait rien.
Il fallut moins de trois secondes à Peter pour faire ces observations et les déductions logiques qui en découlaient. Et en un instant, il décida d'intervenir.

Rotiart avait entendu le bruit de la porte, et celui-ci le surprit un peu. Assez pour qu'il n'ait pas le temps de tourner totalement sa tête avant de se prendre le poing de Lird dans le visage. Il fut projeté à terre, et le jeune scientifique releva le levier de la console.

Le Régénérateur lança alors ce bruit si caractéristique des grosses machines qui sont stoppées durant leur course, cette plainte qui allait en decrescendo. La machine commença automatiquement l'évacuation de l'énergie par les boucles, ce qui allait prendre plusieurs dizaines de secondes....
Et alors que Jonas se rassurait d'un coup et remerciait les vivantes étoiles de lui avoir sauvé la vie, il poussa un cri de terreur en voyant ce qui se passait devant lui.
Rotiart prit plusieurs secondes pour reprendre ses esprits, mais lorsqu'il les eut repris, sa première réaction fut de frapper violemment les jambes de son agresseur avec ses pieds. Peter s'écrasa par terre en lâchant un cri, tandis que, avec colère et rage, le scientifique traitre se relevait. Celui-ci attrapa un pistolet attaché à la ceinture d'un garde présent derrière lui, qui tenait en joue cinq scientifiques avec son fusil (et avec un autre garde). Et alors que Peter était à terre, Rotiart désactiva la sécurité de son arme et abattit le jeune homme sans aucune hésitation.



Tout le monde était stupéfié par le geste. Même le Docteur. Mais celui-ci ne le fut pas très longtemps. Il reprit ses esprits assez rapidement et saisit l'opportunité qui s'offrait à lui. Il réussit à envoyer à dégager son bras pour envoyer un coup de coude dans le ventre du garde qui l'immobilisait, puis il lui attrapa son pistolet et frappa la tête de l'homme avec la crosse, pour l'assommer. Et il fit tout cela très rapidement.
Tout aussi rapidement, il tira sur le garde qui immobilisait Witnink. Un rayon rouge s'échappa du canon et frappa l'homme à l'épaule, sans faire de dégâts apparent sur son corps. Mais le gémissement de douleur et sa chute au sol montrait que l'arme avait fonctionné. Il se retourna alors pour tirer sur le garde qui immobilisait Clara. Celle-ci, dès qu'elle fut libre, se précipita sur celui qui s'était occupé de Jonas, et qui se trouvait juste à coté du Régénérateur. L'homme allait abattre le Docteur, à moins que le contraire ne se produise. Et elle ne voulait pas se retrouver au milieu d'un bain de sang. Elle frappa le garde au visage, et sa tête heurta le mur de la machine, sans l'endommager. Plus que six gardes.

Deux d'entre eux tenaient en joue un groupe de scientifiques contre un mur, à coté de Rotiart, deux autres faisaient la même chose mais sur le mur opposé, et les deux derniers étaient au niveau de la rampe métallique. Tous se trouvaient sur le niveau surélevé.
Et ils étaient tous surpris par les évènements qui venaient de se dérouler, et par leur rapidité, si bien que les scientifiques se jetèrent sur ceux qui les menaçaient. Des bruits de tirs et de cris s'ensuivirent. Il restait encore deux gardes au milieu, qui ne savaient pas trop où se tourner. Quand le Docteur attrapa le pied de l'un d'entre eux depuis le sous-niveau pour le tirer vers le bas, en l'assommant par la même occasion, le dernier tenta d'atteindre le Seigneur du Temps avec son arme, mais celui-ci s'était déjà déplacé. Il avait sorti son tournevis sonique de sa veste, et alors que le garde tentait un deuxième tir, le tournevis endommagea son fusil à distance. Moins d'une seconde après, il fit de même avec le pistolet que son attaquant portait à la ceinture, et le menaçait avec sa propre arme.
Un rayon frôla le garde et frappa le pistolet du Docteur, le projetant ainsi en l'air. Rotiart sauta la rampe pour foncer en direction du Seigneur du Temps, le pistolet à la main, mais quelqu'un lui sauta dessus par derrière.
Witnink s'était caché derrière la rampe lorsque les premiers tirs s'étaient déclaré. Sa peur était trop grande, il n'était pas un homme d'action. Mais sa rage venait de prendre le dessus. Et alors qu'il était étendu sur son ancien assistant et ami, qui avait eut le temps de se retourner pour lui faire face, il se déchaîna avec le peu de force qu'il possédait encore, et lui cria des insultes entrecoupées de coup de poings:

« Traître! Parjure! Félon! Déloyal serviteur... de la science! J'avais confiance... en vous! Comment avez-vous pu... oser!? »

Mais même s'il recevait des coups, Rotiart tenait bon. Witnink n'était pas très musclé, et sa rage n'empêchait pas le traître de tendre sa main vers l'extérieur pour rattraper son arme, qui avait glissé lors de sa chute. Le Docteur s'en aperçut trop tard, et alors qu'il allait frapper dans le pistolet avec son pied, pour l'éloigner de Rotiart, celui-ci avait eu le temps de l'attraper. Witnink fut coupé au milieu de son agression par un tir à bout portant dans l'abdomen. Il tomba sur le dos, à coté de Rotiart, tandis que celui-ci se releva et couru à toute vitesse en direction de la sortie.

Dans la pièce, tout était devenu calme. Les gardes étaient soit morts, soit hors d'état de nuire. Plusieurs scientifiques avaient été blessés, ou même tués, dans la bataille.
Le Docteur se précipita sur la console pour ouvrir la vitre du Régénérateur, et Clara ouvrit les boucles à la main, pour permettre à Jonas de sortir. Dès qu'il fut libre, celui-ci se précipita vers le corps de Peter, qui était encore vivant. Mais plus pour longtemps.

« Eh! Peter! Allez, ouvre les yeux! Purée, réponds!

Il secouait le corps du jeune scientifique, qui ouvrit lentement ses paupières. Il regarda Jonas et Clara, qui étaient agenouillés auprès de lui, et le Docteur, debout, en train de pianoter sur un ordinateur.

- Tiens... Le Jonas... Et la... fille lourde et su... superficielle, murmurait-il. Salut!

En disant cela, il souriait. Et les jeunes qui se trouvaient auprès de lui ne purent s'empêcher de sourire eux aussi. Plaisantin dans les pires moments, tel était Peter Lird.

- Alors comme ça... Rotiart a fait... une connerie?
- C'était un traître, mais on s'en fiche là! répondit Jonas. Faut que tu tienne, on vas t'aider.
- Non... Vous pouvez pas... Tu... T'as rien d'un étudiant... hein? Ni toi... ni ta copine...
- Non, on vient pas d'ici. Et on... on t'a menti, dans le bar. On avait juste besoin d'informations.
- Un espion? J'ai... dragué... un espion? Tiens je... voilà un truc... que j'aurais pu raconter... à mes... gosses. L'espion qui m'aimait...
- Non, on est pas des espions, tenta d'expliquer Clara. On voulait savoir... Rah, je suis obligé d'expliquer ça ici et maintenant?
- Non, la rassura Peter.

INÉDIT Doctor Who Alternative

Dying Worlds (jusqu'aux ΘΣ)



Le Docteur venait de finir son travail sur l'ordinateur, et s'adressa alors à ses compagnons, qui étaient au bord des larmes.

- J'ai remis l'algorithme dans un mode "aléatoire"!
- Tiens, tu vois, on peut te sauver! s'exclama Jonas. T'entends Peter, on peut te sauver la vie!
- Non... Vous pouvez... pas. Mais merci de... t'inquiéter pour moi... T'es sûr que t'étais... vraiment pas... intéressé?
- Quoi? Mais non, non, je... Purée, je vais pas te laisser mourir alors qu'on peut te sauver!
- Me sauver? En me... transformant? En... changeant? Non... Surtout pas... Et puis...
- Bon sang, tu vas pas discuter! cria Clara.
- Si... Je... j'ai sauvé... la situation hein? En arrivant...
- Oui, oui tu nous as tous sauvés, répondit Jonas.
- Et... J'ai changé... l'histoire? Elle aurait... aurait été dif... différente si...
- Oui, les choses auraient été différentes.
- Alors je... je suis un... un héros?
- Oui, avoua Clara en souriant, et en commençant à pleurer. T'es un héros. Alors ne meurs pas.
- Au contraire... Les héros... c'est éphémère. Un héros, ça... ça dure pas longtemps. Laissez-moi mourir...
- Non, tu vas pas mourir! T'es jeune bon sang! T'as la vie devant toi! hurlait Jonas.
- Ouais... Je.. J'suis un scientifique... Quelques responsa... responsabilités... Mais rien d'autre. Même pas... chef de laboratoire...
- Ben tu vois! Faut que tu tiennes, que tu acceptes la régénération. Ou alors, on appelle des secours! Doit bien y avoir une infirmerie.
- Trop tard... pour ça...
- Mais tu vas pas abandonner ta vie comme ça! Tu l'as toi-même dit! sanglotait Clara. T'as encore pleins de choses à faire! T'es presque rien ici, non?
- Je suis... un héros? Non?

Cela laissait sans voix autant le Docteur que ses compagnons. Un héros. C'est ce qu'il était, c'est vrai. Sans son action, qui sait ce qui serait advenu des gens présents dans cette pièce?

- Je pourrais... jamais... faire mieux. Je suis un héros... Alors...
- S'il te plait... pleurait Clara, en sentant que la respiration du jeune homme venait à manquer.
- Laissez-moi... mourir... en héros.

Il lâcha un sourire. Ses yeux noisettes lancèrent leur petite étincelle de vie dans son ultime souffle. Puis cette étincelle disparut. Son regard tomba vers la terre, mais son sourire restait. Clara pleurait et sanglotait, et Jonas laissait couler quelques larmes sur son visage, en silence. Il n'était pas amoureux de Peter, non... Mais il avait vu mourir un héros, un héros qu'il connaissait. Qui était mort en lui sauvant la vie. Et il eut à peine la force de fermer les paupières du jeune scientifique.

- Docteur... murmurait quelqu'un d'autre. Docteur...

Le Seigneur du Temps se précipita vers Witnink, qui n'était pas encore mort, malgré la gravité de ses blessures.

- Thangan! Thangan Witnink! On va vous sauver, ne vous inquiétez pas.
- Non... Le jeune garçon... Lird... Il a... raison.
- Quoi?
- Pas... régénérer.
- Ne dîtes pas de bêtises! J'ai remis l'algorithme aléatoire! Je vous mets là-dedans et...
- Docteur... Je n'ai... jamais... voulu... ça.
- Je le sais très bien, c'est Rotiart le seul responsable. C'est lui qui a utilisé et détourné votre expérience.
- Non... Vous... ne comprenez... pas. Je n'ai... jamais voulu... la régénération. Pas... la mienne.
- Quoi?
- Je n'ai jamais... pensé... une seule fois... à l'utiliser... pour me sauver la vie.
- Je vous crois, mais là, c'est différent!
- Non... C'est toujours... pareil...
- On ne vous sauve qu'une fois! On détruira tout ce qui touche à votre expérience et...
- Justement! Ces recherches... c'était ma vie. Je ne peux plus... maintenant qu'il a... corrompu mon travail... Avec des... objectifs...
- Vous trouverez autre chose à faire. Vous êtes un génie, professeur! Je ne laisse pas un génie mourir.
- Docteur... Je sais le sacrifice que c'est... Je refuse. Et ce serait... tricher... d'en profiter.
- Non, ce serait légitime!
- Vous... êtes un... Seigneur du Temps... C'est votre... fardeau... Celui qui en... profite... une seule fois... sans le poids... que vous portez... N'en est pas un. C'est un... un bâtard du temps...
- Professeur, abandonnez vos considérations philosophiques bons sang! Vous méritez de vivre!
- Pourquoi... moi? Le jeune homme... Entre lui et... moi... Qui? Qui auriez-vous choisi?

Il montrait de sa tête le corps de Peter. Le visage du Docteur, qui était agenouillé auprès de Witnink, s'était assombri. La question le gênait beaucoup... Posée par un mourant qui plus est. Il savait qui il aurait choisi, mais pourtant, il se sentait mal en ayant cette considération dans son esprit.

- Il était un... un héros. Il avait raison. Il est... mort... en héros. Il a... choisi la... la mort définitive... à la mort... à... vos morts. Mais moi... J'ai fait ce choix il y a... longtemps.
- Professeur...
- Vous allez... faire exploser... ce laboratoire... et le... régénérateur, n'est-ce pas?
- Oui, admit le Docteur.
- Alors laissez-moi... brûler avec mon... œuvre. Celle... de ma vie. Je serais... déjà mort... à ce moment... Laissez mon corps... se mêler à ce pour quoi j'ai... j'ai tenu jusque là...
- Je ne peux pas... Je ne peux pas vous abandonner ici.
- Si, vous... vous le pouvez. Et j'ai encore... une dernière... chose...
- Quoi? Quoi donc? Je... Je ferais ce qu'il faut faire, si ce sont vos dernières volontés.
- Qu'on ne m'oublie pas.
- Pardon?
- C'est un ordre, Docteur. J'ai... j'ai des idéaux... depuis toujours. Rotiart les... trouvait... stupides. Mais j'y crois, encore... Que l'homme... Docteur... Que l'homme dont... le dernier acte... a été de suivre les... idéaux... qu'il s'était toujours imposé... Que cet homme là... On ne l'oublie pas.
- Votre dernier acte est de refuser de survivre. C'est ça, votre idéal? La mort?
- Non... Refuser de tricher avec la vie... dans un but... dans un but personnel. Lird est... mort en héros... Laissez-moi mourir... en homme fidèle à ses convictions... Laissez-moi... mourir... en... en honnête homme. »

Tels furent les derniers mots de Thangan Witnink. Le héros et l'honnête homme s'étaient éteints.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur se releva. Il fallait agir, maintenant. Les pleurs seraient pour plus tard. Rotiart était en train de fuir, et il n'avait pas tout révélé. Le Seigneur du Temps savait qu'il avait menti, et omis certain détails... Grave erreur de sa part.

« Clara, relevez-vous et effacez ces larmes. J'ai besoin de vous. Vous allez prendre l'ordinateur, je vais vous déverrouiller touts les verrous avec le tournevis, et vous allez supprimer TOUT ce qui concerne les expériences sur la Régénération. Vous, les scientifiques, essayez de vous faire à l'idée que votre dieu vivant est mort, et que certains de vos estimés collègues n'était que des traîtres, qui ont fuit avec leur "chef", Rotiart. Et surtout, allait détruire touts les documents papiers que vous avez sur ces expériences. Si l'un d'entre eux subsiste, vous connaissez les réactions que cela pourrait provoquer! Et vous Jonas, vous allez venir avec moi.

Le Docteur trottina jusqu'à un ordinateur, et passa son tournevis sur l'écran. Quelques secondes plus tard, le bourdonnement s'arrêta, et il se tourna vers Clara, qui avait essuyé quelques larmes et qui s'était déjà relevée.

- Plus aucun code ne vous ralentira dans votre exploration. Surtout, n'ayez aucune pitié dans vos suppressions. Tout doit disparaître, et pas d'envoi à la corbeille. Suppression pure et simple. Et vous, Jonas, relevez-vous. J'ai besoin de vous.
- Pour... pour quoi faire?
- Rattraper les traîtres. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le vaisseau de moyen-tonnage qu'utilisait Rotiart pour rapporter les particules avait déjà décollé, avec à son bord le traître et ses alliés scientifiques, ainsi que les quelques membres d'équipage.
Le vaisseau avait beau avoir une forme de baleine de quatre-vingt mètres de longs, en réalité, seuls cinquante mètres étaient habitables et explorables en temps normal. Le reste était occupé par les senseurs et radars à l'avant, et par les réacteurs à l'arrière. De plus, la coque cachait plusieurs armes qui n'était pas sur la faible liste des défenses que possédait le vaisseau lorsqu'on l'avait vendu.
L'énorme soute du vaisseau constituait plus de la moitié de la partie explorable: elle se situait au-dessus des couloirs, cuisines et autres quartiers d'équipage. Mais étrangement, elle n'était pas aussi grande et volumineuse que dans le modèle d'origine. En effet, une pièce supplémentaire avait été construire à l'intérieur, extrêmement longue. Une pièce qui abritait un second régénérateur.

La vitre venait de s'ouvrir. Un homme était accroché dans le module. Il était habillé en blanc, comme les scientifiques. Mais il n'avait plus rien d'un scientifique. Son visage était désormais fatigué, ses yeux pâles et sans vie semblaient supplier on-ne-sait-qui de faire on-ne-sait quoi... Un nouvel esclave pour Rotiart. Mais alors que deux autres de ces esclaves, parfaitement identiques, commençaient à déboucler leur nouveau semblable, une petite brise souffla dans la pièce. Un souffle presque chaud. Le souffle de quelqu'un. De quelque chose. Rotiart pensait que c'était son imagination, mais l'énorme respiration qu'il entendit alors le conforta dans cette idée. Et l'inquiéta. Une respiration forte, métallique, presque artificielle... Et derrière, lui vers le fond de la pièce, une forte lumière apparut et clignota. Une boîte bleue apparaissait et disparaissait, éblouissant les esclaves et le scientifique. Puis, la lumière disparut, et l'image de la cabine se fixa dans l'espace. Elle était bel est bien là. IL était bel et bien là.
Et il ouvrit la porte. Le Docteur sortit de son TARDIS, suivi du jeune Jonas, l'un avec sa chemise blanche et sa veste noire, l'autre avec son veston en cuir brun. Les deux avec une colère particulièrement visible sur leur visage.
En voyant le Docteur balancer son regard du scientifique à la machine, Rotiart décida de faire son fier.

« Je l'ai fait construire durant ces dernières années. J'avais de généreux donateurs pour me permettre ceci. Ce Régénérateur là évacue l'énergie et se refroidit bien plus rapidement que l'original, en plus.
- Des régénérations à la chaîne... devina le Docteur.
- Exactement. Tout mes chers "amis" scientifiques ont été transformés en esclave, voyez-vous. Vous arrivez trop tard pour m'arrêter. Ce vaisseau file à toute vitesse à travers l'espace, et mes plans sont parfaits. Vous ne pouvez plus rien faire. Et je connais votre réputation, Docteur. Vous ne me tueriez pas. Pas de sang froid.
- Mais moi si! s'exclama Jonas en sortant une arme de son gilet.

Il s'agissait d'un pistolet qui venait de sa planète. Un pistolet qu'il avait pris avec lui en acceptant de voyager avec le Docteur. Et il le pointait en direction de Rotiart.

- Jonas, ne faîtes pas ça, murmura le Docteur sans quitter le scientifique des yeux.
- Docteur... Il a tenté de me transformer en esclave, et il a tué un homme de sang-froid, un homme qui m'a sauvé la vie.
- De sang-froid? s'esclaffa Rotiart. J'étais dans le feu de l'action, mon pauvre enfant. En colère.
- Mais vous regrettez de l'avoir tué? demanda Jonas.
- Non. Il avait beau être un chercheur prometteur, il était de la même trempe que Witnink. De ceux qui ont de beaux idéaux et qui gâchent ainsi des projets fabuleux.

Le jeune homme serrait de plus en plus son arme entre ses deux mains. Son doigt était prêt à appuyer sur la détente. Mais Rotiart avait confiance en lui.

- Vous êtes jeune, mon garçon. Intelligent, comme vous nous l'avez montré, quoique moins intelligent que moi, mais jeune. Et lâche. Jamais vous n'oseriez...
- Je l'ai déjà fait! cria Jonas.
- Sur Progus? Pff... Rien de bien étonnant. Dans vos batailles pleines de barbaries et de...
- DE SANG-FROID! J'ai tué de sang-froid!
- Je confirme, remarqua tranquillement le Docteur.
- Vous semblez affolé rien qu'à l'idée de vous souvenir de ça... Je vois bien que vous n'oseriez jamais me tuer. M'abattre. Ce serait gâcher votre innocence.
- Je crois que je n'en ai plus, d'innocence.
- Si c'est ça votre problème, visez plutôt le Docteur. C'est lui qui est le responsable.
- Taisez-vous! criait Jonas. Taisez-vous!
- Mais allez-y, jeune homme. Tirez! Tirez! Vous n'en avez pas le courage, alors fuyez! Courez dans votre machine bleue et laissez-moi conquérir ma gala...AHH!

Jonas avait tiré. Une décharge électrique venait de frapper le scientifique traître au ventre, et celui-ci s'effondra. Jonas écarquilla les yeux en découvrant qu'il n'avait pas tué Rotiart, mais qu'il l'avait juste paralysé. Et le sourire du Docteur lui fit lâcher le pistolet tant il était stupéfait.

- Vous... Vous...
- Oui, Jonas. Je savais que vous aviez apporté une arme dans mon TARDIS. Et je n'aime pas les armes. Alors j'ai discrètement passé votre pistolet en mode "décharge paralysante". C'est plus propre en plus, ça ne troue pas les vêtements des gens. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Lorsqu'il revint à lui, Rotiart se sentait oppressé... Comme si quelqu'un, ou quelque chose, l'écrasait. Sur certaine partie du corps seulement... Il ouvrit les yeux, et la vision floue qu'il avait ne l'informait pas trop sur l'endroit où il se trouvait. Il voyait le TARDIS à une quinzaine de mètres devant lui, donc il n'était pas à l'intérieur. Bonne nouvelle. Sauf qu'il ne voyait pas le Régénérateur... Et il était debout. Accroché au mur. Et une vitre lui rendait une image légèrement ternie de la pièce. Il était dans son vaisseau, dans la même pièce... Mais à une autre place.

« DOCTEUR! NON! NOOON! VOUS NE POUVEZ PAS...
- Taisez-vous! l'interrompit le Seigneur du Temps.

Rotiart l'aperçut. Il était derrière la console qui commandait la machine, à sa gauche. Et il avait la main posée sur le levier. Et les esclaves qu'il avait crée étaient de l'autre coté de la pièce, totalement passif.

- Esclaves! Aidez-moi! Attaquez le Docteur!
- Ils ne vous obéiront pas. Ils n'obéissent qu'à moi.
- Comment?
- Je les ai hypnotisés. Mais revenons à nos moutons. Je suppose que vous avez remarqué dans quelle situation vous vous trouvez.
- Vous ne pouvez pas faire ça Docteur! Vous avez déjà vécu ça. Vous savez ce que ça fait.
- Étranges arguments dans la bouche d'un homme qui n'a pas hésité à trahir ceux qui avaient eut le courage de le suivre dans sa stupide entreprise, en les forçant à se régénérer en esclave. Maintenant vous allez m'écouter. Pour qui travaillez-vous?
- Pardon? Vous avez des problèmes de mémoires? C'est mon travail! Je ne fais cela que pour MOI!
- Non. Vous avez été aidé par bien plus puissant que vous. Des gens autres que la Fédération ou que les riches de la galaxie. Une entité bien plus évoluée et qui possède de nombreux moyens financiers.
- Qu'est-ce que vous dîtes là? Avez-vous au moins une preuve de ce que vous avancez?
- Oui. Ceci! lança le Docteur en brandissant fièrement son tournevis. L'institut le plus avancé de toute la galaxie se doit d'être protégé par les technologies les plus avancées, n'est-ce pas? Mais un coup de tournevis sonique et les portes s'ouvrent à moi, les ordinateurs désactivent leur protections ou encore les armes s'enrayent. Pourtant, la base que vous avez soi-disant faîtes construire sur Onos avec les moyens que vous avez obtenu grâce à vos "arguments" auprès des grands de cette galaxie était remplie de matériel protégés contre le sonique.

Rotiart était stupéfait. Le Docteur avait découvert le mensonge qu'il avait fait durant ses révélations...

- Vous ne travaillez pas seuls. Des gens vous aident, des gens qui ont fait construire une base sur Onos. Qui ont aidé la Dictature. Vous faîtes partie de ces gens, mais vous n'êtes pas le plus puissant. C'est vous qui faisiez l'intermédiaire entre Prog et cette organisme dont lui-même il n'avait pas conscience de l'existence, n'est-ce pas?
- Il nous connaissait. Il croyait qu'on allait l'aider. Avec la régénération, notamment... Mais il avait faux. Nous avions juste besoin de lui.
- Qui ça, "nous"?
- Ahah... Grande question, hein?
- Je suis prêt à déclencher cette régénération, alors répondez-moi! QUI?
- Des gens... Vous l'avez-vous même dit, ils sont plus puissant que moi. Je ne suis qu'un intermédiaire. Un puissant intermédiaire, qui les aidait beaucoup, mais un intermédiaire quand même.
- Ils voulaient la régénération, mais pourquoi? Juste pour l'immortalité qu'elle peut procurer?
- Non, pour les avantages que je vous ai bien longuement énumérés dans le complexe. Main d'œuvre, soldats, espions, clones...
- Et comment se font-ils appeler?
- Je ne sais pas.
- Cet organisme a bien un nom, bon sang! Quel est ce nom?
- JE NE SAIS PAS!

Le Docteur soupira, et se retourna vers Jonas, qui attendait dans le TARDIS, dont la porte était ouverte. Puis, il revint vers le traître, et serra le levier dans sa main.

- Docteur... Vous n'allez pas... Docteur! criait Rotiart.
- Merci pour vos... réponses.
- Docteur, vous ne pouvez pas faire cela! C'est du meurtre!
- Vous avez tué des gens! Un jeune homme et un génie de la science! Vous avez trahi tout le monde! Witnink, et même les hommes qui l'avait trahi pour vous suivre! Vous croyez mériter autre chose?
- Je mérite bien votre pitié! Tout le monde mérite votre pitié, Docteur!
- Vous n'en avez pas eu, vous. »

Et sur ces derniers mots, il abaissa violemment le levier métallique situé au centre de la console, sous les cris de terreurs du traître. L'énergie pénétrait dans son corps, qui s'illuminait de jaune. Quelque secondes plus tard, celle-ci s'échappa de sa peau par ses bras et par sa tête, secouée de tremblements. En quelques secondes, son corps étaient devenu indiscernable dans les flots d'énergie jaune et orange qui avait totalement rempli la cavité et qui éclairaient la pièce à travers la vitre. Il fallut quelques secondes avant que le processus se termine. L'énergie fut évacuée dans des tuyaux et dans les boucles métalliques, puis, le Docteur ouvrit la vitre. Un nouvel esclave avait pris la place de Rotiart. Le Docteur l'hypnotisa en quelques secondes, et lui murmura quelques chose à l'oreille. Puis, il pénétra dans le TARDIS, et celui-ci disparut accompagné de son bruit si caractéristique.

« Qu'est-ce que vous lui avez dit? demanda Jonas.

Le Docteur et son compagnon se trouvaient dans la Salle de Contrôle du TARDIS, et le jeune homme avait aperçu le Seigneur du Temps murmurer quelque chose à l'oreille du nouveau Rotiart.

- Autodestruction du vaisseau, répondit simplement le Docteur.
- DE QUOI? Vous avez...
- Que vouliez-vous faire d'autre?
- Les sauver... Les aider! Leur accorder...
- Une seconde chance? Pour quoi faire? Ce ne sont plus que des esclaves, impossible à introduire dans la société. Ils ont perdu leur vrai personnalité, leur vraie vie. Et ils n'ont pas choisis de devenir esclave.
- Mais... Et l'équipage du vaisseau?
- Vendu et corrompu! Ils ne méritent pas mieux.
- Mais c'est du meurtre.
- Non, du suicide. C'est l'esclave ex-Kulvin Rotiart qui a détruit le vaisseau.
- Vous êtes sûr qu'il l'a fait?
- Vu les débris que le radar du TARDIS détecte... Oui.
- Si Clara avait été avec nous, elle ne vous aurait pas laissé faire.
- Sauf qu'elle n'est pas avec nous. Elle est en bas. »

Et en entendant ces mots, Jonas soupçonna fortement le Docteur d'avoir laissé la jeune fille sur Kolkrohn, dans le complexe, pour l'empêcher d'intervenir dans le vaisseau. À ce qu'il avait compris, le Seigneur du Temps avait eu plusieurs visages et plusieurs personnalités. Et lorsqu'il l'avait connu pour la première fois, ça s'était déroulé peu de temps après un de ces changements... Mais ce changement là ne lui semblait pas être le meilleur de tous.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ



INÉDIT Doctor Who Alternative

Dying Worlds (jusqu'à la fin)


Plusieurs années après la mort de Witnink et l'explosion des laboratoires dans lesquels étaient étudiées la régénération, ainsi que la perte de toutes les données ayant rapport à ces expériences, les évènements auraient pu être oubliés par les habitants de la fédération et de Kolkrohn. Mais les étudiants et les scientifiques de l'institut, eux, n'avaient rien oublié, et se souviendraient toujours de ces évènements.
Au milieu du complexe de laboratoires, les bâtiments rasés n'avaient jamais été reconstruit. À la place, on avait planté des arbres, et fait une cour intérieure, pour détendre les scientifiques. Et au milieu trônait une statue. Une statue d'un métal qui ressemblait fort à du bronze. Une statue extrêmement détaillée qui représentait deux hommes, grandeur nature. Un jeune, séduisant, aux cheveux assez longs, au regard bienveillant, qui se tenait à coté d'un homme plus grand, plus âgé, au regard plus dur, derrière de petites lunettes rondes. Et à leur pied, sur le socle du monument, une plaque indiquait, en lettres d'or:



En ce lieu s'éteignirent
Le Héros et l'Honnête Homme








Citation:

La Salle de Contrôle du TARDIS semblait sensiblement différente depuis le voyage du Docteur et de ses compagnons sur Sto. En effet, le rotor temporel, qui se situe au centre de la console, n'était non pas turquoise, comme il l'était d'habitude, mais multicolore... Chacun des six "néons" avait pris une couleur différente: un blanc, un vert, un rouge, un jaune, un bleu et un noir... Oui, l'un d'entre eux lançait en effet une lumière noire, projetant ainsi une ombre sur une partie du lieu.
Autour de la salle, sur la passerelle qui la surplombait, plusieurs banderoles avaient été attachées au mur. Des banderoles olympiques, supportant chacun une planète différente. Car Sto avait accueilli, en 2578, les Jeux Olympiques de l'Espace. Et bien entendu, le Docteur ainsi que ses deux compagnons ne pouvaient pas rater tel spectacle. Pendant un mois (le nombre de disciplines étant considérablement plus élevé que sur Terre...), ils avaient assisté aux Jeux, en allant visiter certaines planètes représentées durant les épreuves, avec le TARDIS, pour ne rien rater des évènements, et découvrir d'autres mondes. Les Jeux avaient une durée totale d'un mois-et-demi, ainsi, les voyageurs temporels avaient de quoi s'occuper pendant un bon bout de temps.
Dans la Salle de Contrôle, ceux-ci s'étaient totalement habitués à leurs nouvelles places. Jonas s'asseyait désormais sur l'escalier montant à la passerelle, et Clara sur le fauteuil juste à coté. Le Docteur, lui, restait debout, tournant autour de la console pour empêcher le TARDIS de briser des galaxies en voyageant de façon incontrôlée dans le vortex, tout en portant une attention particulière aux pronostics que faisaient ses deux compagnons sur les prochaines épreuves.

« Vous savez, Jonas, Raxacoricofallapatorius a toute ses chances dans la catégorie "Haltérophilie", commentait-il.
- Peut-être, mais Julika a de bonnes chances aussi, j'en suis sûr. Clara, t'es d'accord?
- Bien sûr! Docteur, vous avez besoin que je vous rappelle la raison de notre présence ici?
- On voyage... C'est ça, non? tenta de répondre le Seigneur du Temps.
- Non mais je vous parle d'ici et maintenant! On a quand même fuit Julika il y a même pas dix minutes pour ne pas finir broyés par cet espèce de machin à six bras...
- Cinq bras, précisa Jonas.
- Oui, cinq bras, c'est ça... Mais réfléchissez, quand même... Si les Julikiens ne gagnent pas l'haltérophilie, ils démoliront tout le gymnase.
- Vu comment les Krillitanes ont été "contenus" lorsqu'ils ont tenté d'attaquer le jury, après les épreuves de Vol sur 3 kilomètres... se souvenait Jonas. Je pense que les Julikiens vont se tenir tranquilles, s'ils tiennent à garder leurs cinq bras.
- Par contre, les Jukiliens sont champions olympiques de boxe depuis deux siècles! remarqua le Docteur. Ils ont même interdits les paris sur cette épreuve à cause ça... Le nombre de multimillionnaire augmentait sensiblement tout les quatre ans. »

Et alors que le Seigneur du Temps terminait sa phrase, un énorme choc ébranla le TARDIS. Dans le vortex, la boîte bleue se stoppa en pleine course et changea de direction brutalement. Dans la salle de contrôle, le rotor temporel aux couleurs olympiques brillait comme jamais, et l'énorme respiration métallique de la machine attaqua les oreilles de ses occupants. Le TARDIS tremblait toujours autant, et même si le Docteur tentait de le stabiliser ou de l'arrêter, rien ne fonctionnait.

Enfin, après une minute de secousses, d'étincelles et de respiration métallique, tout s'arrêta, avec le bruit sourd que faisait la cabine en atterrissant quelque part. Jonas, releva sa tête d'entre ses mains, entre lesquelles il la tenait pour atténuer le bruit du TARDIS, et demanda, timidement:

« Qu'est-ce que... Qu'est-ce qui s'est passé...? On est où?

Il regardait le Docteur, espérant obtenir une réponse de sa part, mais celui-ci ne disait rien. Il regardait un écran, et sa peau, déjà pâle de nature, semblait l'être encore plus. Et son regard montrait la peur et l'incompréhension qui le traversait. Un regard que ses compagnons ne voyaient pas, heureusement.

- Docteur? murmurait Clara... »

Elle décida de se lever, pour regarder ce qui empêchait le Seigneur du Temps de lui répondre. Pour lire ce qui était marqué sur l'écran, ce qui choquait tant le voyageur temporel... Et lorsqu'elle l'eut lu, elle fut tout autant tétanisée que le Docteur... Parce que l'écran ne comportait que trois mots. Trois simples mots.

Localisation actuelle: Gallifrey




Clara était en train de se laver les dents. C'était étrange, mais la brosse électrique qu'elle utilisait ne semblait pas plus moderne que sur sa planète. En même temps, c'était difficile de créer des brosses à dents plus modernes que celles que l'on trouvait en 2013 sur Terre.
Cela faisait une quinzaine d'heures que le trio avait débarqué sur Gallifrey. Le Docteur avait eut du mal à croire à ce qu'il voyait, mais la réalité avait eu raison de lui. Il était sur sa planète, dans l'incroyable cité que formait le Capitole de Gallifrey. Après avoir pris quelques informations, il avait appris à ses compagnons qu'ils se trouvait dans une version ancienne de Gallifrey. La Gallifrey d'avant la Guerre du Temps. Toujours la même planète, mais dans un passé lointain. À une époque où il voyageait et où il tentait de fuir sa planète, parce qu'il y avait été élu Seigneur-Président. Il n'arrivait cependant pas à comprendre comment il avait fait pour atterrir à cette époque qui était inaccessible... Le verrou temporel couvrait toute l'existence de la planète. Et il était bien entendu impossible de demander des explications à un Seigneur du Temps, puisque personne ne savait pour le verrou et pour la Guerre.
D'ailleurs, le Docteur se réveillait. Ses yeux s'ouvraient lentement, et Clara ne put s'empêcher de sourire en voyant un spectacle pareil... Elle voyait le Seigneur du Temps se réveiller, et c'était un spectacle qui, s'il semblait banal, avait une grande importance pour elle. Parce que le Docteur n'était pas un homme banal. Et qu'il ne devait donc pas avoir un réveil banal. Sauf qu'en réalité... Il se réveillait comme tout le monde.
Il se releva lentement, s'étira, bailla un grand coup puis, en apercevant Clara, hurla de peur et s'enfouit dans ses draps.

« Euh... Docteur, vous êtes sûr que vous allez bien? demanda-t-elle.
- QU'EST-CE QUE VOUS FAÎTES DANS MA CHAMBRE! cria le Seigneur du Temps sous ses draps...
- Je me lave les dents, Docteur. C'est interdit?

L'occupant du lit sortit sa tête de la couverture, avec un air interloqué et particulièrement curieux.

- Vous faîtes quoi?
- Je me brosse les dents... Vous avez des notions d'hygiène, quand même!
- Mais pourquoi vous brossez-vous les dents dans MA chambre? s'exclama le Docteur.
- Parce que j'ai pas de brosses à dents dans la mienne, répondit Clara avec une voix montrant à quel point c'était évident.
- QUOI? Mais c'est MA chambre! En plus vous vous laviez les dents en me regardant dormir, non?
- Euh... Et bien... C'était pas le but premier, mais... ouais.
- Vous savez dans quel tenue je suis quand même? s'exaspérait le Seigneur du Temps.
- Attendez... Ne me dîtes pas que vous êtes...
- JE N'AI AUCUN VÊTEMENT!

Clara ne savait si elle devait être gênée ou si elle devait rire de la situation. Et évidemment, elle se rangea sur la deuxième proposition, ce qui eut pour effet d'énerver encore plus le Docteur.

- Taisez-vous donc! Je ne trouve pas ça drôle! Je ne suis pas amusé, même! On ne vous a jamais appris qu'on toquait avant d'entrer? Qu'on n'entrait pas dans la chambre de quelqu'un d'autre??
- Ben... Si... Mais c'est différent, ici, non?

Le Docteur était particulièrement énervé par l'ignorance de la jeune fille, et dans sa tête il ne pouvait s'empêcher de la trouver extrêmement stupide.

- Mais qu'est-ce que vous croyez!? On n'entre pas dans la chambre de quelqu'un pour se brosser les dents!! Surtout quand ce quelqu'un est nu, et en train de dormir! Qui as-bien pu vous faire croire le contraire? Quel est l'idiot qui...
- Wah... Faut vous calmer, là... Il s'appelle Queerdshyraknalhonyercharayarvesad... Ou quelque chose dans le genre. C'est un type sympa, qui voulait m'aider! Il m'a dit que ça ne gênait pas, dans les coutumes de Gall...
- Queerdshyraknalhonyercharayarvesad! Un nom de Scandien! Vous avez fait l'erreur de croire un Scandien... Il vous a fait une mauvaise blague...
- Un quoi?
- J'expliquerai plus tard! Maintenant, sortez!
- Mais... mes dents!
- Laissez-moi m'habiller!! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Clara et Jonas étaient en train de se laver les dents. Et le Docteur se réveillait devant eux. Dans un premier temps, il fut surpris de les voir face à lui, mais comme il avait vu tant de choses bien plus étrange dans sa vie, la surprise fut de courte durée...
Il portait une espèce de T-Shirt moulant gris sur lui, et, semblait-il, un pantalon. Rien de bien choquant.
Il regardait ses compagnons, qui avaient repris leurs habits "Olympiques". Clara pourtait un T-Shirt blanc avec le drapeau, ainsi qu'un gilet de cuir aux couleurs de l'équipe Terrienne, qu'elle supportait lors de la plupart des épreuves, et Jonas était habillé d'un T-Shirt aux couleurs de la délégation de Siluria (les couleurs olympiques en négatif), au-dessus-duquel il portait sa veste de cuir aux multiple poches.

« Vous... Vous vous brossez les dents? s'étonnait le Docteur.
- Euh... Oui, répondit Clara. Pourquoi, ça vous surprend? On nous a dit que c'était pas choquant ici.
- Qui vous a dit ça?
- Queerdsh... Queerd... Un truc comme ça, mais en plus long, expliqua Jonas. C'est un seigneur du temps. Il est là pour nous aider, en théorie. Pour nous expliquer ce que l'on comprendrait pas...
- Queerdshyraknalhonyercharayarvesad! Un Droméïen, non? Je crois me souvenir qu'il n'était pas désagréable... Enfin, ça fait un bout de temps.
- Un Droméquoi??
- Jonas, voyons! Un Droméïen! C'est simple pourtant!
- Euh... Tout le monde n'a pas votre cerveau bourré de connaissances, Docteur... soupirait le jeune homme.
- Enfin sinon... C'est pas... c'est pas choquant, ce qu'on fait? s'inquiétait Clara. Je veux dire...
- Ah, non! Non, non, vous avez raison! Sur Gallifrey, ça ne pose pas de problème, d'entrer, comme ça... Par contre... Vous vous brossiez les dents en me regardant dormir?
- Pourquoi Docteur, vous voulez que l'on fasse autre chose en vous regardant dormir? plaisanta Jonas avec un sourire espiègle.
- Ne jouez pas à ça avec moi, jeune homme! répliqua le Docteur en poussant ses draps pour se retrouver à l'air libre. Sinon, j'ai enfin compris pourquoi on est ici.

Tout de suite, les deux brosses à dents se turent. L'attention des deux humains était entièrement portée sur ce qu'allait dire le Docteur. Ils étaient très intrigués, étant donné ce que le Seigneur du Temps leur avait expliqué: toute l'existence de Gallifrey était enfermée, verrouillée et inaccessible, même par le Docteur. Donc quelque chose leur avait permis de passer... Mais quoi?

- Le Moment! Clara, c'est le Moment. Jonas, ne lancez pas un "De quoi?", vous m'énerveriez dès le matin. Clara, vous vous souvenez du Moment, n'est-ce pas?
- Euh... Oui, murmurait-elle en se souvenant de ces terribles évènements.
- Il a crée des failles dans le verrou, pour me permettre de me rencontrer. Ces failles ont été refermées, mais elles ont pu en créer d'autres, bien plus petites. De minuscules passages dans l'histoire de Gallifrey, quasi-indétectables. Et mon TARDIS a accidentellement été rappelé sur la planète. Il a obéi, puisque les ordres du Capitole sont indiscutables pour les machines temporelles. Et les chocs et les frottements, c'était dû au passage dans la minuscule faille! »

Les voyageurs temporels tentaient de relier chaque éléments que présentait le Docteur les uns aux autres... Et Clara réussit à comprendre ce qu'il disait, ce qui n'était bien entendu pas le cas de Jonas, qui oublia même de lâcher un "de quoi?" tant il était perdu dans les explications du Docteur.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ



OST Saison 3 Doctor Who (jusqu'aux ΘΣ)



La lumière des deux soleils de Gallifrey éclairait le Capitole et son fier dôme de verre, et les Monts enneigés du Soulagements et de la Solitude reflétaient les rayons blancs et dorés de la seconde étoile de la planète, entourant ainsi le centre de la capitale d'un cocon brillant qui illuminait toute la cité sans jamais aveugler quiconque. C'était le spectacle qu'admiraient le Docteur et ses compagnons sur le toit d'une des nombreuses grandes tours qui entouraient le Capitole, située à près d'un kilomètre de celui-ci.
Les trois voyageurs temporels avaient pu dormir dans un appartement qu'on leur avait trouvé, mais qui ne possédait qu'une seule chambre, de trois lits. Ils avaient donc du dormir dans la même pièce, ce qui ne les avait pas forcément arrangé. Malgré tout, ils avaient réussi à ne pas s'écharper durant la nuit, et à se retrouver en haut pour admirer la vue magnifique du paysage.

« Dites, Docteur...
- Jonas, ne troublez pas ce beau moment avec une question futile...
- Ben... Je voulais juste savoir... C'est quoi le truc en verre au milieu?

Le Seigneur du Temps soupira en entendant la question. Il oubliait souvent qu'il avait bien plus de connaissances que ses deux compagnons, et devenait ainsi très souvent arrogant. Du moins, quand on y réfléchissait bien, il savait pertinemment qu'il avait bien plus de connaissances que ses compagnons, et il en tirait une arrogance certaine. Mais pour cette fois, il n'allait pas tenter de rabaisser Jonas ou de jouer le "c'est évident". Il était de retour sur Gallifrey, et pas pour longtemps. Il devait donc tenter d'expliquer le plus de choses en une période de temps très courte. La présence sur la Gallifrey d'avant-guerre d'un homme qui avait participé à sa "destruction" dans son passé pouvait menacer l'équilibre du temps lui-même. Il était d'ailleurs interdit de faire ce genre de voyage, puisque l'avenir de Gallifrey devait être le moins connu possible.

- Jonas... Clara... Ce que vous voyez au milieu, c'est le Capitole de Gallifrey, où siège le Haut-Conseil des Seigneurs du Temps. L'endroit où sont parfois prises les décisions les plus importantes de l'univers... On y trouve aussi l'Académie des Seigneurs du Temps, le Quartier-Général Militaire, et pas mal d'autres trucs. Mais seuls les Seigneurs du Temps ont le droit d'y pénétrer.
- Ah? s'étonnait Clara. Donc nous...?
- Oui. Vous, vous ne pouvez pas rentrez, de même que tout les autres "non-Seigneurs du Temps".
- Il y a d'autres humains sur la planète?
- Non, des Gallifreyens... Comme des humains, mais en plus robuste et qui vivent plus longtemps. Plusieurs milliards vivent sur la planète. Plus tard, ils vont vouloir les évacuer. Quand les plus grands conflits arriveront. Les deux peuples de Gallifrey, unis mains dans la mains pendant des millénaires, devront se séparer... Plusieurs milliards de Gallifreyens, expulsés pour leur protection... Bien entendu, ils ont refusé, tous. Les différences entre les deux "espèces" n'existaient presque plus, autant socialement et politiquement que biologiquement...

Le Docteur soupirait encore et encore en se souvenant de ces évènements. Il ne devait pas trop en parler ici, c'était trop dangereux. Le temps était quelque chose de bien capricieux, et un simple mot pouvait avoir des conséquences énormes sur l'univers tout entier. L'effet papillon, en pire encore.

- Et les Seigneurs du Temps... Ils sont nombreux? demanda Clara.
- Pour l'instant, non. Quelques milliers, quelques millions... Difficile à dire pour moi. Mais à l'époque, on avait conscience que la longévité des Seigneurs du Temps était un énorme désavantage pour une grande population.
- C'est vrai... murmurait Jonas. Vous pouvez changer d'apparence, non? Vous... régénérez... c'est ça?
- Oui. Un Seigneur du Temps peut vivre en moyenne jusqu'à 500 ou 700 ans avant de mourir de "vieillesse". Et après il se régénère. Certains vivent parfois mille ans ou plus avec le même visage, si le corps est assez "jeune". Vous imaginez... Un Seigneur du Temps peut vivre 13 000 ans. Vous voyez une population dont chaque génération vit 13 000 ans, voire plus? Un couple pourrait avoir des centaines d'enfants. Biologiquement, c'est tout à fait faisable. Mais la planète en mourrait.
- Pas assez de ressources, c'est ça? devinait Jonas.
- Oui... Gallifrey a beau être presque cinq fois plus grande que Qatros, ou trois fois plus que la Terre, on ne peut pas faire survivre une population de plusieurs milliards de Seigneur du Temps... Mais pendant la Guerre, les règles démographiques vont changer. Bref! Ne parlons pas de cela, je n'ai pas envie de brisez l'univers en sept morceaux en racontant la fin! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Queerdshyraknalhonyercharayarvesad était un Seigneur du Temps plutôt jeune, qui était récemment entré dans sa 197ème année. Malgré cet âge très peu avancé, il était déjà "mort" une fois. Un nouveau prototype de TARDIS avait été testé, et lors du premier vol, l'appareil s'était écrasé sur l'immeuble de la Citadelle dans lequel il vivait. L'écroulement lui avait couté une régénération, et sa nouvelle incarnation s'avérait particulièrement serviable et altruiste. Ce nouveau Queerdshyraknalhonyercharayarvesad avait un visage lisse, arrondi, jeune, mais ses longs cheveux étaient blancs parsemés de mèches noires, à moins que ne fut le contraire. Il avait des yeux bruns qui rayonnaient de vie, et un nez asses imposant, ce qui ne l'enlaidissait pas pour autant. Il avait un air rassurant, amical, serviable, qui lui correspondait parfaitement.
Le Castellan Ilkor, chef de la Garde de la Chancellerie, savaient pertinemment que ce jeune seigneur du temps ne demandait qu'à aider les autres, et décida donc de lui donner la difficile mission d'assister, de surveiller et de contenir le Docteur, qu'il considérait comme "la personne la plus imprévisiblement prévisible qui soit!".

Ainsi, le Docteur, ses compagnons et Queerdshyraknalhonyercharayarvesad marchaient dans les couloirs du Capitole, et discutaient ensemble de la culture Gallifreyenne, des Seigneurs du Temps, de la planète...etc.

« Voyez-vous, jeune homme, le Capitole, c'est l'endroit où nous nous trouvons, c'est le centre-ville, entouré par le dôme transparent, et qui trône au dessus d'un énorme puits assez profond.
- Et la Citadelle, c'est la ville! compléta Clara.
- Exactement. La Citadelle, c'est le Capitole et les centaines d'immeubles et d'équipements urbains qu'il y a autour du dôme et du puits. La Citadelle est donc l'ensemble.

Le Docteur lâcha un énorme soupir. Il restait à l'arrière du groupe, et s'ennuyait fermement. Il connaissait tout cela, la géographie, l'urbanisme, les noms des lieux...etc. Aucune nostalgie ne semblait vraiment l'habiter. On aurait même pu penser qu'il voulait s'en aller le plus vite possible, tant il était fatigué par les explications du Seigneur du Temps.

- Dîtes, Queerdshyahua... uahka... Rah! s'exclamait Clara. On pourrait pas vous appeler autrement?
- Je ne comprends pas, mademoiselle... tenta de répondre le "guide".
- Vous trouver un autre nom, plus facile à retenir, quoi...
- On pourrait l'appeler Queer, remarqua Jonas. C'est un bon diminutif, non?

Clara tourna sa tête vers le jeune homme. Elle écarquillait les yeux tant elle était surprise et choquée.

- Tu as dis quoi?
- Queer. On pourrait l'appeler Queer... Non?
- Je n'ai rien contre ce diminutif, il sonne bien, en plus, remarqua le principal intéressé.
- Non mais vous vous fichez de moi! Vous savez quand même ce que ça veut dire, "queer"!

Jonas fit non de la tête, tout comme le Docteur et Queerdshyraknalhonyercharayarvesad. Elle prit un peu de temps pour comprendre que Jonas parlait une langue inconnue, et que les Seigneurs du Temps parlaient leur langue à eux. Elle était la seule qui devait discuter en anglais, mais le Capitole, ou le TARDIS, traduisait tout. Et le mot n'était pas traduit, restant dans sa forme originale.

- Docteur, réfléchissez un peu! Vous devez connaître l'anglais, non?
- Un peu... murmura-t-il. Je vois pas où est le problème avec "Queer".

Clara ne chercha pas à expliquer plus en détail les raisons de sa surprise. Elle s'était sûrement résolue à garder le surnom, puisque personne ici n'aurait pu le comprendre. Elle espérait juste que le TARDIS ne se mette pas à traduire le terme au bout d'un moment.

- Et sinon, Queer, le Docteur nous a dit que vous étiez Droméïen... Qu'est-ce que ça signifie? demanda Jonas.
- Oh, je suis un Droméïen, en effet. Cela veut dire que j'appartiens à la Maison Droméïenne.
- Maison? Comme dans Harry Potter? s'étonnait Clara.
- Oui, en quelque sorte, répondait le Docteur.
- Il y a six maisons sur Gallifrey: les Prydoniens, comme le Docteur
- Vous voyez, Clara, ça c'est les Gryffondor, commentait l'intéressé.
- La classe politique est remplie de Prydoniens. C'est la principale maison. La deuxième plus importante, ce sont les Arcaliens, qui sont souvent de grands scientifiques.
- Les Serpentard! crachait le Docteur. Ou les Serdaigle, selon le point de vue.
- Ensuite, les quatre autres maisons sont moins importantes, politiquement. Il y a les Patrex, grands artistes!
- Aucun talent, oui!
- … les Azuriens, continuait Queer en ignorant les commentaires du Docteur.
- Des écologistes à tire-larigot!
- Les Droméïens, comme moi, sommes les plus pacifistes.
- Des centristes qui ne savent pas où voter! Des Poufsouffle, quoi!
- Et enfin, les Scandiens.

Cette fois, le Docteur ne coupa pas la parole à son "guide", et celui-ci ne tenta même pas d'expliquer qui étaient les Scandiens, ce qui semblait surprendre Jonas et Clara.

- Aucun commentaires sur ces... Scandiens? s'étonna l'ancien résistant.
- No - comment! répondirent ensemble les deux Seigneurs du Temps en détachant les deux mots. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La main couverte de fils se leva lentement, pour atteindre un visage invisible, caché sous un masque noir parsemé de centaines de minuscules câbles. La main attrapa quelques fils, et les revissa sur dans leurs petits orifices. Puis, la personne entendit une voix. Une voix grave, sombre, sourde et déformée.

« Est-ce fait?
- Oui, monsieur Night, répondit la voix masculine et rocailleuse de la personne "encâblée".

L'homme était assis sur un fauteuil lui aussi bourré de fils et de capteurs. Tout son corps semblait être relié à quelque chose d'électronique. Par la force de la pensée, il fit basculer son fauteuil en arrière, lentement, pour avoir une position plus confortable, et continua son échange télépathique.

- Ils sont arrivés à destination, continua-t-il de sa voix rocailleuse.
- Parfait. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
- Oui, mais pas encore.

Un silence remplit son esprit. Monsieur Night ne répondait pas. C'était quelque chose de rare. Celui-ci détestait attendre, et faisait donc rarement attendre les gens.

- Que voulez-vous dire?
- Je ne vais pas encore faire ce que vous voulez que je fasse.
- Vous discutez mes ordres?
- Non, monsieur! En aucun cas. Mais ne précipitons pas les choses.
- Le Docteur et ses compagnons sont entre nos mains. Piégés et séparés, sans même en avoir conscience. Nous devons en profiter.
- Exactement... Vous en profiterez très rapidement. Mais avant, laissez-moi en profiter personnellement.

Il fit basculer son fauteuil en avant, plus rapidement que la dernière fois, toujours par télépathie, et rendit sa demande plus explicite.

- Laissez-moi m'amuser un peu avec eux. »




Citation:

Le Castellan Ilkor était une personne de forte carrure, à la mâchoire carrée et aux larges épaules. Son visage rectangulaire à peine ridé était strict, tout comme sa coiffure. Sa chevelure noire était coiffée à la perfection, et aucun cheveu n'en dépassait. À chaque instant, il avait cet air fier et dur, qui imposait le respect. Il avait été soldat, il avait été garde de la chancellerie. Il était devenu Castellan par son expérience, lui. En ces temps là, sur Gallifrey, ce poste prenait souvent des tournures bien politiques, et le Castellan, qui dirige la Garde de la Chancellerie, était avant tout des alliés au Haut-Conseil. Mais lui, il était au-delà de tout cela. C'était un vrai garde, qui avait défendu le Capitole et la Citadelle durant des siècles. Du haut de ses 6200 ans et de ses 8 incarnations successives, il était un monument de dévouement et de longévité. Trois fois mort au combat, lors de certaines insurrections ou même attaques, il était devenu le candidat idéal depuis la récente crise politique qui frappait la planète.
Et c'était justement pour cela que le Docteur et ses compagnons venaient brusquement de l'apostropher dans un couloir du Capitole.

« Castellan Ilkor!
- Monseigneur Docteur, qu'y a-t-il donc?
- "Qu'est-ce qui se passe" serait une question plus intéressante, remarqua Clara.
- Plus de président?? Un Haut-Conseil déchiré?? Aucune élections depuis des années??

Le Docteur était presque furieux en disant cela. Parce que la situation était tout bonnement sans précédent dans l'histoire de Gallifrey.
Dans les couloirs du Capitole, Queer avait continué ses explications, parlant des Monts du Soulagement et de la Solitude, des légendes de la planète...etc. Tout cela était extrêmement intéressant pour Clara et pour Jonas, mais le Docteur ne l'avait pas entendu de cette oreille. L'histoire et la géographie, il n'aimait que quand il découvrait. Et là il connaissait déjà tout. Il avait donc forcé son guide à le mettre au courant des dernières histoires politiques de la planète, malgré les refus de Clara et de Jonas, qui souhaitaient continuer sur les légendes.
Et ce que Queer avait révélé au Docteur était fort surprenant.

- Expliquez-moi! criait-il à Ilkor. Queer nous a dit...
- MONSEIGNEUR DOCTEUR! Je vous prierais, à l'avenir, de ne me donner aucun ordre avec ce genre de ton. Vous n'êtes qu'un simple Seigneur du Temps, pour moi, même si certains Cardinaux prydoniens vous ont permis de vous installer dans le Capitole. Je suis le Castellan de Gallifrey! Si vous ne me devez pas une obéissance militaire, vous me devez le respect! Je vous rappelle que je n'ai rien à justifier auprès de vous.

Le Docteur soufflait, prêt à crier de plus belle pour s'imposer, mais Clara attrapa son bras de sa main, et lui souffla:

- Docteur... Ne vous énervez pas, s'il vous plaît. Vous savez où nous sommes. Ne gâchez pas votre retour ici.
- Cette jeune fille a raison, Docteur.
- Bien... Bien entendu. Veuillez m'excusez, Monseigneur Castellan. Je me suis un peu emporté, avoua-t-il. De plus, vous n'êtes responsable de rien. Mais ma curiosité était forte. Queer nous a expliqué que...
- Queer? s'interrogeait le Castellan.
- Queerdshyraknalhonyercharayarvesad.
- Oh, oui... Ce cher Droméïen, si serviable. J'espère qu'il vous a aidé.
- Pas beaucoup, mais peu importe, coupa le Docteur. Il nous a parlé de la présidence. Le siège de Seigneur-Président est vacant?
- En effet Monseigneur Docteur, depuis une trentaine d'années. Le dernier président, extrêmement âgé, est mort de vieillesse, et personne n'a souhaité le remplacer. Le Vice-Président a démissionné quelques jours plus tard.
- Et personne n'a été élu?

Le Castellan soupira, non pas par exaspération, mais parce qu'il allait devoir avouer une terrible vérité, bien dure à croire.

- Il y a bien eu des élections, mais... aucun candidat ne s'est présenté. »



Le Mont Cadon. Cette énorme montagne, d'une sublime beauté, perçait le ciel et les nuages, allait plus haut que n'importe quel bouclier de la planète, et l'on disait parfois que son sommet n'était pas enneigé, car les soleils de Gallifrey étaient si proches qu'ils faisaient fondre la neige.

« En réalité, c'est juste parce qu'il n'y a pas de nuages au-dessus du sommet! criait le Docteur. La neige ne peut donc pas tomber!

Le Seigneur du Temps et ses deux compagnons se trouvaient justement au niveau de la couche nuageuse, en train d'escalader, ou plutôt de monter, en direction du sommet le plus haut de la planète. Le Docteur n'avait pas peur de ce passage, il l'avait déjà connu, mais ce n'était pas le cas de ses compagnons. Les trois portaient des tenues isolantes, ainsi que des lunettes de soleil et de protection, très utiles pour traverser la couche de nuage qui, à cette altitude, était presque traversée de grêlons. Les trois randonneurs possédaient aussi des tenues isolantes, pour se protéger à la fois de la tempête qui régnait dans la couche ainsi que pour rester au chaud.
Il leur fallut deux minutes pour traverser la couche, et lorsqu'ils émergèrent des nuages, ils furent bien surpris. Il venaient de quitter un enfer de vent, d'eau, de neige et de grêle, où l'on ne voie rien, où on tombe par terre toutes les secondes, pour un endroit plus calme que jamais.
Ils enlevèrent leur tenues isolantes, ainsi que leurs lunettes. Des technologies permettaient à leurs yeux d'être protégés de la lumière éblouissante des deux soleils de Gallifrey. La chaleur régnait à haute altitude, contrairement à ce que l'on pensait. On était assez proches des épaisses couches de l'atmosphère, réchauffées par les étoiles du système.

- Bon, les enfants, regardez un peu! lança le Docteur. Nous sommes à trois heures du sommet du Mont Cadon. Quand on y sera, on pourra sûrement voir le double coucher de soleil. Mais faut se dépêcher!

Clara se secoua la tête pour essayer de reprendre de l'oxygène, qui se raréfiait à cette altitude. Jonas faisait de même, et regardait vers l'avant: le Mont Cadon était assez abrupt à ce niveau là, alors qu'il avait été un peu plus plat auparavant. C'était une montagne très étrange...

- Dîtes moi, Docteur... marmonna Clara. Vous nous avez vraiment appelé "les enfants"?

Le Docteur se retourna vers elle, et, comme simple réponse, soupira. Les trois randonneurs rangèrent leurs affaires pendant quelques minutes, et se remirent en route pour le sommet de la montagne.

- Vous voyez, les enfants... Quand j'étais jeune, il y a... oh! un bon bout de temps! Quand j'étais jeune, donc, j'escaladais ce bon vieux roc! Mes premiers exploits sportifs.
- C'est ici que vous avez appris à courir? ironisa Jonas.
- Tss, j'ai appris bien des choses ici...

Le Docteur prit sa respiration, comme pour exhaler le lieu, pour qu'il pénètre en lui, pour que les lointains souvenirs, éloignés de plus d'un millénaire dans sa vie, lui reviennent. Des souvenirs d'enfants. Des souvenirs de légendes, d'histoires, d'amitiés anciennes et oubliées depuis.

- Quand j'étais... un jeune gamin... Je venais parfois ici. Pas au sommet, bien sûr! Mais quelque part, dans la montagne. Je venais avec des amis, dans une grotte. Il y avait là un ermite fort sympathique. Il s'était fait appelé l'Ermite, tout comme je me fais appeler le Docteur.
- Vous connaissez son vrai nom? demanda Jonas.
- Oui... Mais sur cette montagne, c'était l'Ermite. Le vieil homme qui racontait les histoires et légendes de Gallifrey aux enfants, simples Gallifreyens et Seigneurs du Temps, sans aucune distinction.

Le Docteur marchait avec un bâton de randonnée, et il l'enfonçait dans le sol au même rythme que ses phrases. Celles-ci semblaient suivre la marche du Seigneur du Temps.

- Il y avait les Grands Vampires... Des créatures gigantesques, qui vampirisait la vie de planètes toutes entières. On disait qu'il fallait les frapper au cœur avec un boulon en acier pour les vaincre. Et il y avait la plus terrifiante de toutes, celle du Grand-Père Paradoxe.
- Le Grand-Père Paradoxe? s'intéressa Jonas.
- Un homme qui, dans sa jeunesse, est revenue dans le passé pour poignarder son propre grand-père. Il était ainsi devenu à la fois mort et vivant. Meurtrier et victime. Il y a perdu un bras, et plus encore... J'en faisais des cauchemars.
- Je vois... C'était des histoires "didactique", en quelque sorte, non? Pour apprendre les règles du temps et tout ça...
- Exactement, Jonas. Le Temps, avec un grand T, c'était terrifiant. On nous a toujours expliqué que chacun de nos actes avait des conséquences sur l'avenir de l'univers. Voyager dans le Temps et l'Espace, c'est quelque chose de dangereux, toujours.
- Pleins de risques... renchérit Clara.
- Tout est risqué. Vivre, c'est risquer de mourir, non?
- Je crois qu'on ne voit pas la vie de la même façon, Docteur... soupirait Jonas. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


« Pourquoi ne veux-tu pas l'appeler "Queer"? grognait Jonas.
- Mais parce qu'en anglais çà... Rahh! Vous êtes énervants!

Le Docteur et ses compagnons humains étaient dans une "rue" de la Citadelle. Le sol était recouvert d'un métal qui semblait orange sous la lumière du soleil. Autour d'eux, les énormes tours d'habitations de la capitale se dressaient, fières, comme des flèches prêtes à percer le ciel. À l'autre bout de la rue, on apercevait un bout du dôme de verre du Capitole.
Ils se rendaient chez un Seigneur du Temps avec qui ils avaient discutés dans la rue, quelques heures auparavant, et qui les avait invité à dîner chez lui. Un certain Queerdshyraknalhonyercharayarvesad, de la Maison des Azuriens, qui vivait ici depuis une cinquantaine d'années. Ce jeune seigneur du temps avait un visage lisse, arrondi, jeune, mais ses longs cheveux étaient blancs, parsemés de quelques mèches noires. Il était pourvu de deux yeux bruns qui rayonnaient de vie, et un nez asses imposant, ce qui ne l'enlaidissait pas pour autant, lui donnant plutôt un air rassurant, amical, serviable, qui lui correspondait parfaitement. Car en effet, il était serviable, altruiste comme on ne l'était plus trop. Queerdshyraknalhonyercharayarvesad s'ennuyait fermement dans son appartement, et l'arrivée d'étrangers sur Gallifrey avait été pour lui l'occasion parfaite de passer le temps et de servir les gens.

Ainsi, il avait pris son courage à deux mains, et les avait invités tout les trois à venir manger chez lui pour le soir, pour échanger sur l'univers, les voyages...etc. Le Docteur avait accepté, et alors que les deux soleils de Gallifrey commençaient à se coucher, il se rendait chez Queerdshyraknalhonyercharayarvesad avec ses deux compagnons. Et le nom imprononçable de leur hôte semblait être sujet à discussions.

- Bon, peut importe ta langue, tranchait Jonas. Ici, quand tu dis "Queer", on comprend "Queer", et pas autre chose.
- Mais moi j'aurais l'impression que vous l'insultez!
- Mais bon sang, tu sais qu'on ne veut pas l'insulter! répliquait Jonas. Tu n'es pas la seule au monde, tu sais.
- Sauf que moi...
- C'est pas bientôt fini ce cirque! coupa le Docteur.

Les deux humains, qui marchaient derrière lui, et qui se regardaient l'un l'autre, se retournèrent brusquement vers le Seigneur du Temps, et comme il s'était arrêté, le dépassèrent. Il avait fait ça pour pouvoir marcher derrière eux, de façon à mieux les surveiller.

- Arrêtez de vous crier dessus comme ça... On dirait des enfants. Ou pire...

Il laissa sa phrase en suspens, comme pour accentuer le "pire", ce qui eut pour effet d'augmenter la curiosité et la légère inquiétude dans le regard des deux humains. Le Docteur continua de marcher avec eux pendant une dizaine de secondes en silence, attendant que l'un de ses compagnons ne lui demande de continuer. Mais comme aucun d'eux ne semblait se décider, il termina la phrase de lui-même, comme pour asséner son sarcasme avec une totale indépendance:

- … un couple.

Les visages des deux humains se remplirent de surprise, et leurs yeux écarquillés renvoyait un regard tantôt choqué, tantôt irrité, au Docteur.

- Un couple? Nous deux? Vous nous voyez, Docteur? Vous vous fichez de nous! s'indigna Jonas.
- Comment ça, "vous nous voyez"? s'exclama Clara. Tu insinue quelque chose sur moi, là?
- Euh... hésita le jeune homme. Ben, écoute, sois honnête avec toi-même. Tu n'es pas vraiment la fille idéale.

Le visage de la terrienne s'empourpra en quelques secondes. En voyant ce spectacle, le jeune homme comprit rapidement qu'il n'aurait peut-être pas du dire ce qu'il pensait. Et comme pour confirmer cette tardive prise de conscience, Clara le gifla violemment de sa main droite.

- Il n'a pas entièrement tort, commentait le Docteur en ignorant la claque que venait de recevoir le Qatrosien.
- Qu'est-ce que vous dîtes, vous?? aboya Clara.
- C'est vrai, quand on y pense... Je vous signale que pour Noël, vous aviez inventé un petit-copain pour vos parents, et j'ai du jouer ce rôle... Vous n'avez pas réussi à en séduire un avant, ça montre bien vos capacité de séduction.

Clara avait une forte envie de donner un coup de pied dans les jambes du Docteur... Elle se souvenait d'ailleurs que le Docteur était venu sans vêtement chez elle... Apparaissant nu devant sa famille. En se souvenant de ces évènements, l'envie de frapper les jambes du Docteur devenait de plus en plus forte. Mais comme elle avait un certain respect pour le Seigneur du Temps, et qu'elle avait un peu peur de la réaction d'un douzième Docteur qui semblait désormais fort susceptible, elle décida plutôt de mettre une seconde gifle à Jonas.

- AÏE! Purée, j'ai rien dit cette fois! s'insurgea le jeune homme.
- Tu riais! répliqua Clara avec colère.
- Je suis assez intelligent pour ne pas rire aux commentaires du Docteur.
- PARDON? Je ne suis pas drôle? Mais commentaires sont nuls, c'est ça? Vous croyez vraiment ce que vous dîtes? Faîtes attention à vos paroles! Jonas! Écoutez bien! Méditez vos péchés!! Je peux être très violent! débitait le Docteur à toute vitesse.

Le Seigneur du Temps avait pointé son index gauche de façon menaçante, et son visage l'était aussi... Puis après quelques secondes, il regarda son doigt avec un regard interloqué, et le baissa précipitamment pour reprendre une posture "normale".

- On disait quoi, déjà?
- LE COUPLE! s'égosilla Clara. D'ailleurs, Jonas, tu disais quoi sur moi?
- Euh... non, rien, bégayait le jeune homme.
- T'aurais pas dit que notre couple était impossible?
- Clara, vous êtes en train de confirmer mes sarcasmes, jubilait le Docteur.
- Écoute, Clara, ce que je veux dire c'est que... t'es pas vraiment mon genre, quoi.
- Ah bon? Et c'est quoi ton genre, hein? Plus masculin, comme pour Peter? lança-t-elle

Jonas tenta de répliquer mais s'arrêta lui-même dans sa lancée. Son visage se figea. Là où Clara était rouge, il était blanc. Là où elle s'empourprait, il pâlissait. Ses pupilles se dilataient, ses paupières s'ouvraient en grand. Il expirait avec lenteur et difficulté. Il se souvenait... Le bar, Peter, la drague, la gêne... La vitre, la porte qui s'ouvrait, le sauvetage, le tir... le héros... La mort.
En voyant ceci, Clara comprit qu'elle avait ravivé des souvenirs tristes dans l'esprit de Jonas. Des moments difficiles. Elle-même elle se souvenait, et le le comprenait. Son propre visage perdait des couleurs, et son regard s'était immobilisé lorsqu'elle eut totalement compris ce qu'elle avait fait.
Elle s'approcha alors de Jonas, et eut le courage de lui prendre les mains dans les siennes, alors qu'il regardait le sol, et qu'il essayait de garder le contrôle de lui.

- Je suis désolé... Vraiment désolé. Je voulais pas...
- C'est gentil de vous excuser, Clara... coupa le Docteur. Mais mieux vaut que l'on se taise tous. Allons chez ce cher "Queer" en silence, si l'on veut arriver tous les trois en un seul morceau.

Et alors que Clara allait ouvrir la bouche pour dire quelque chose, le Docteur la sépara de Jonas avec ses mains et passa entre les deux humains pour diriger la marche.

- Ne discutez pas, Clara. Et nous l'appellerons Queer, ce Seigneur du Temps, que ça vous plaise ou non, acheva le Docteur. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur, Queer, Clara et Jonas se trouvaient dans un salon attenant à la chambre du voyageur temporel. La pièce était assez spacieuse, presque plus grande à l'intérieur, et était occupée par trois grands canapés rouges, placés autour d'une télévision holographique incrustée dans le sol (le projecteur faisait donc apparaître l'hologramme dans les airs).
Jonas et Queer était assis sur un des canapés, et Clara se reposait, couchée sur le ventre sur un autre, tandis que le Docteur tournait autour du projecteur holographique en réfléchissant.

« Docteur, arrêtez de cogiter, vous me faîtes mal à la tête! se lamentait la terrienne.
- Pas tant que je n'aurais pas compris ce qui se passe ici!
- Écoutez, Docteur, personne n'y comprend grand chose, soupira Queer.

La crise politique qui frappait les Seigneurs du Temps était sans précédent, et le Docteur voulait absolument comprendre pourquoi la place de Seigneur-Président était vacante. Il y avait quelque chose d'absurde dans la situation, mais elle était bien réelle, alors il fallait tenter de la comprendre.

- Queer, peut-être que ça a un rapport avec les attributs de la présidence! Ils auraient peur des objets présidentiels!
- En quoi voulez-vous qu'ils aient peur, Docteur?
- Je ne sais pas.
- Ce que vous dîtes ne tient pas la route.
- Vous avez raison... Et je déteste dire ça en plus.

Il continuait à marcher, alors que Jonas prenaient une télécommande et allumait l'holo-projecteur. Celui-ci s'était allumé sur un téléfilm pour enfant relatant les aventures trépidantes d'une souris de Gallifrey, un Rovie, pour être exact. Ces petites souris étaient peu intelligentes, vivaient très longtemps, mais leur mémoire n'était que de cinquante secondes... Ainsi, le téléfilm se répétait et se répétait, le personnage principal oubliant ce pourquoi il était là où il était, devant se le faire rappeler à chaque minute par un autre animal que Jonas ne connaissait pas, et que Clara comparaissait à un Koala... à six jambes.

- Hé! Ils repassent Jonie le Rovie et la montagne de feu! remarqua Queer avec bonheur. Un classique des dessins-animés de Gallifrey. Même si le téléfilm n'a pas eu le meilleur des succès.
- C'est un dessin-animé pour Seigneur du Temps? hésita Clara.
- Oui, un des meilleurs!
- En réalité, le truc n'a vraiment décollé qu'à partir de la saison 27... précisa le Docteur.
- C'est faux! Ils ont pris du temps pour le diffuser dans votre région, Docteur, c'est tout. Mais dans la Citadelle, Jonie le Rovie était déjà un héros!
- Mouais... Eh! Uker le Bourdeur était déjà là lors du téléfilm?
- Qui ça? demanda Jonas.
- Uker le Bourdeur, répétèrent ensemble les deux Seigneurs du Temps.
- C'est le koala? interrogea Clara en pointant l'hologramme.
- Oui, répondit le Docteur. Un bourdeur. Je me souviens, j'adorais ce personnage. J'avais même acheté un bourdeur à la Citadelle et je l'avais caché sous mon lit à l'Académie.
- Il est devenu quoi? s'intéressa la terrienne.
- Il était resté caché pendant un bon bout de temps, mais un jour, il s'est mis à pousser des cris de séduction... Les surveillants me l'ont enlevé, répondit tristement le Docteur.

Un silence s'installa dans la pièce après les explications du Docteur, silence comblé uniquement par la petite voix nasillarde du Bourdeur Uker, qui rappelait à Jonie la raison de sa présence dans le cratère de la montagne de feu.

- C'est la première fois que je suis triste pour un koala que je n'ai jamais connu... remarqua Clara.
- Un Bourdeur! Un Bourdeur, Clara!
- Dîtes, comment vous faisiez pour supporter un truc où l'intrigue est réexpliquée toutes les 10 secondes?
- 50 secondes! rectifièrent ensemble les deux Seigneurs du Temps.
- Quand on vit sur Gallifrey, on a une patience à toute épreuve, continua le Docteur.
- Dîtes... C'est moi où on est en train de parler d'un dessin animé? remarqua judicieusement Clara.

Tout le monde se tourna alors vers elle. Jonas la regardait avec un air d'espoir et de gratitude, heureux comme il était de pouvoir couper court à une conversation qui l'intéressait peu, alors que les Seigneurs du Temps avaient un regard bien plus sévère, celui des fans que personne ne comprend.

- Mais qu'est-ce qu'on fait là, bon sang... maugréait Jonas en éteignant l'hologramme.
- On est ici parce que l'on cherche à comprendre pourquoi personne ne veut la place de Seigneur-Président, parce que l'on a appris qu'il y avait une crise politique, parce que l'on a discuté avec Queer, parce que l'on a dormi au Capitole, parce que l'on est arrivé ici, parce que mon TARDIS a été rappelé, parce que... débitait le Docteur. Parce que...

Le Docteur s'était stoppé en pleine course. Son regard se transformait lentement, passant de l'air "énervé de tout expliquer" à l'air "mais c'est bien sûr!". Clara se mit aussi à réfléchir, puis son visage fut empli d'un sourire de bonheur total, provoqué par ce qu'elle avait découvert.

- Parce qu'il y a eu un dysfonctionnement dans des ordinateurs sur Gallifrey, qui ont rappelé le TARDIS! continua Clara.
- Clara... Vous pensez à ce que je pense? demanda le Docteur.
- Et bien... Disons que ça dépend de ce à quoi vous pensez.
- Mais à quoi pensez-vous, alors?
- À ce que vous pensez... Du moins je pense...

Le Docteur lança un soupir, et se tourna en direction de Queer, qui tentait de reprendre la télécommande à Jonas, qui la tendait le plus loin possible du Seigneur du Temps, pour l'empêcher de rallumer.

- QUEER!
- Oui? s'exclama le Gallifreyen en se redressant sur le canapé.
- Qu'est-ce qui a provoqué l'effondrement de votre immeuble, déjà? Ce qui causé votre régénération?
- Euh... Et bien, un TARDIS en vol d'essai a eu un problème...
- Et il s'est téléporté dans le temps pour venir s'écraser sur votre immeuble. Parce qu'il y a eu un problème! Dans un TARDIS, pas sur un ordinateur. Mais ça reste un dysfonctionnement.
- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que vous voulez dire? interrogea Queer.
- Un TARDIS n'a pas le droit de voyager dans l'avenir de Gallifrey, ni dans son passé. Ils doivent synchroniser leur ligne temporelle avec celle de la planète, pour que la civilisation du temps ne découvre pas son avenir, et qu'elle ne change pas son passé. C'est la Troisième Loi du Temps!
- Et alors? soupira Jonas. En quoi ça nous avance?
- Réfléchissez Jonas... Un TARDIS qui a un dysfonctionnement peut briser la Troisième Loi. Il peut arriver dans l'avenir de Gallifrey.
- Et si on réussit à le récupérer dans le passé... continua Queer.
- On peut découvrir le futur de la planète, acheva Clara.

Le silence s'était abattu dans la pièce. Tout le monde avait plus ou moins compris où voulait en venir le Docteur. Il attendit que quelqu'un lui épargne la phrase de conclusion, qui explique tout, mais comme personne ne semblait prêt à le faire, il prit la peine de s'en occuper.

- Le Haut-Conseil serait alors mis au courant... Et si le futur annonce la mort du Seigneur-Président, ou pire encore... Si le futur fait du Président un traître, un meurtrier, un homme qui doit faire un choix horrible pour la planète... Alors personne ne voudrait prendre sa place. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur et ses deux compagnons avaient assisté au magnifique coucher de soleil. Les deux étoiles de Gallifrey se levaient avec quelques heures de différences, et la principale arrivait de l'est, comme sur Terre, alors que la deuxième étoile se levait au sud. Mais les deux se couchaient au même endroit, et presque au même moment. Les yeux tournés vers l'ouest, les voyageurs temporels avaient admiré le spectacle des deux étoiles qui se rejoignaient pour disparaître dans l'horizon, lançant des mélanges de couleurs partout sur la planète. Parfois, ces soleils se confondaient totalement, et on assistait ainsi à une éclipse d'étoiles, spectacle presque unique dans l'univers. Cette fois, il n'y en avait pas eu. Elles étaient bien moins communes que les éclipses classiques, et on racontait aux enfants qu'elles étaient si rares que certains Seigneurs du Temps n'en avaient jamais vu durant leur vie de plusieurs millénaires.

La nuit était tombée depuis un certain temps, lorsque le Docteur et ses compagnons traversèrent la couche nuageuse dans l'autre sens, pour rentrer. Cette fois-ci, elle était moins épaisse.
Une heure plus tard, ils avaient descendu une petite partie de la montagne, et c'est alors que Clara remarqua quelque chose en regardant le ciel, et les nuages qui, à cet endroit, étaient très nombreux.

« Docteur... Cette lueur orange, c'est normal? demandait-elle en pointant du doigt un nuage qui semblait être traversé par une lumière orangée de plus en plus forte.
- Laissez-moi voir...

Et alors que le Docteur s'était retourné pour regarder, la lumière orangée était déjà devenue extrêmement vive, et une boule de flammes et de roches perça le nuage pour venir s'écraser avec force, quelques secondes plus tard, sur le sol rougeâtre de la planète, projetant des tonnes de terre tout autour.

- QUOI? s'exclamèrent ensemble les trois randonneurs. »

Et pour seule réponse, ils assistèrent à la chute d'autres météorites, qui brisaient la couche calme et mince des nuages pour venir s'écraser sur une ville situé à une dizaine de kilomètres de la montagne, brisant les immeubles et pulvérisant les vies dans des flots de flammes...
L'enfer s'abattait sur Gallifrey.




Citation:


OST Saison 6 Doctor Who (jusqu'au générique)



Les pierres s'abattaient comme des poignards fous sur Olima, grande ville située à proximité du Mont Cadon. La ville vivait l'enfer. Les projectiles enflammés frappaient le, soulevant des tonnes de métal, de terre et de pierre, projetant des centaines de débris aux alentours, qui frappaient les bâtiments et écrasaient les habitants. D'autres météores brisaient les tours, dont les logements et les couloirs s'emplissaient alors de flots de flammes qui ravageaient tout sur leur passage. Les immeubles s'écroulaient, s'abattaient sur le reste de la ville, entraînant dans leur chute d'autres bâtiments. Les Gallifreyens mourraient par centaines, certains Seigneurs du Temps réussissaient l'impossible et se régénéraient, mais les torrents enflammés les happaient dans les rues et dans les ruines, mettant brusquement fin aux premières secondes de leurs nouvelles vies.

La tempête de feu et de pierre se déchaînait partout sur la planète. La civilisation ultime du Temps et de l'Espace faisait face à la colère de la nature. Parfois, même, au milieu de l'enfer, on entendait des voix d'hommes et de femmes, qui criaient « Gallifrey s'effondre! » en assistant avec effroi à l'enfer, à la mort et à la désolation.

Certains tentaient de fuir. Les tempêtes de terres et de roches soulevées par les impacts les étouffaient, les lapidaient, les déchiquetaient. Les femmes se couchaient sur leurs enfants, qui pleuraient et criaient leur peur à pleins poumons. Leurs mères, parfois leurs pères, les protégeaient de leurs corps et de leur vie. En vain. Les flammes et la mort ne connaissaient de barrages. Les familles entières mourraient dans la peur, pulvérisées, réduites en cendres.

Tel était le spectacle auquel le Docteur et ses deux compagnons assistaient depuis leur promontoire. Le visage de Jonas était plein d'horreur, de terreur et d'effroi. Celui de Clara était désolé, et une larme coulait sur ses joues... Et celui du Docteur était figé dans une incompréhension totale.
Gallifrey s'effondrait avant l'heure.



Queer n'était pas chez lui. Il était, disait-on dans le voisinage, tombé malade. Ses trois invités se résolurent donc à manger dans un restaurant de la Citadelle, avant de rentrer dans leur appartement pour se coucher.

La "chambre" commune, qui se trouvait en réalité être la pièce principale du petit appartement qu'on leur avait prêté, possédait trois lits simples : deux se trouvaient presque côte à côte, perpendiculaires à un mur, seulement séparés par une table de nuit, tandis que le troisième se trouvait apposé parallèlement au mur opposé. Le Docteur ayant insisté pour dormir dans celui-ci, les humain se voyaient obligés de passer la nuit presque l'un à coté de l'autre. Et Jonas ne semblait pas encore s'être remis de ce que lui avait dit Clara dans la rue. Il était couché sur le flanc droit, tournant le dos à la jeune fille. La lumière de la lune Pasithi Gallifreya éclairait la pièce d'une lumière pâle et blanchâtre, qui accentuait l'atmosphère nocturne.

« Jonas... Est-ce que ça va ? murmurait la terrienne.

Le garçon ne répondait pas. Il restait sur son coté, sans regarder Clara. Sa respiration soulevait légèrement ses côtes. On l'entendait presque déglutir... ce qui inquiétait la jeune fille.

- Jonas, je suis désolé pour ce qui s'est passé tout à l'heure...
- Je... Je s... tentait de répondre le Qatrosien.

C'est en entendant cela que Clara commença vraiment à s'inquiéter. Jonas avait déjà vu la mort, il avait sûrement déjà tué des gens durant sa vie, sur sa planète, lorsqu'il combattait avec la Résistance. Le simple souvenir de quelqu'un qui était mort pour lui sauver la vie ne pouvait pas l'atteindre aussi longtemps. Elle était sûre que Jonas était bien plus endurant que cela au niveau émotionnel... Il y avait quelque chose qui n'était pas clair. Elle décida donc de se lever, pour aller vers le lit de Jonas, et en s'approchant, elle vit le jeune homme se retourner pour se mettre sur le dos. Et alors elle porta sa main à sa bouche, tant elle était surprise.

Le jeune Qatrosien était en effet couvert de sueur, et sa peau semblait rouge et irritée à bien des endroits. Il serrait les dents et les poings, et ses paupières "fripées" montrait la douleur qu'il ressentait. Sa respiration était de plus en plus forte, et il semblait gémir.

- JONAS! Bon sang, Docteur, venez voir!

Mais le Docteur ne répondait pas non plus, et un bref coup d’œil sur son lit permit à Clara de comprendre qu'il était dans un état fort proche de celui de Jonas. Il gémissait lui aussi, souffrait et suait. À coté de Clara, Jonas commençait à crier. Il criait quelque chose sous la douleur. Clara se pencha précipitamment vers lui, et tenta de lui parler.

- Jonas! Jonas! Tu m'entends?
- Je... Ou... oui... Ahhh!

Un cri de douleur avait achevé sa phrase. Clara était totalement affolée, et elle ne savait pas ce qui se passait, mais elle devait tenter de rassurer le jeune homme.

- Jonas, ça va aller! Accroche-toi...
- J'ai... mal...
- Oui, ça, j'avais cru comprendre.
- Le... Docteur... il... aider...
- Je crois qu'il va pas mieux que toi...
- Claraaaaaa! cria le Seigneur du Temps derrière elle.

La fin de sa phrase avait été "coupée" par un cri de douleur. Clara se retourna et se précipita vers le Docteur, qui était, semblait-il, bien plus mal en point que Jonas.

- C'est... maladie... murmurait-il
- Il y a un remède, donc... conclut Clara.
- Non...
- Quoi!?
- Épidémie... Queer nous a... sûrement... transmis le virus...
- Dîtes-moi que c'est pas mortel, Docteur... Dîtes-le moi!

Le Docteur soupira bruyamment, et porta sa main à la joue de Clara... Ce geste aurait pu constituer une réponse à lui seul, mais il préférait expliciter.

- Je suis... désolé... Même moi je... je ne peux pas... y surv... »

Et il regardait sa Fille Impossible avec des yeux tristes... Elle avait elle aussi contractée le virus, puisqu'elle était restée avec le Seigneur du Temps et Jonas... Elle allait donc subir les premiers symptômes assez rapidement... Ils étaient tout trois condamnés.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


« Les membres du Haut-Conseil sont les seuls à être au courant !
- Faux, Docteur. Si un TARDIS endommagé a vu le futur, il y a eu des techniciens qui l'ont étudié et...
- Ceux-là ne diront rien.
- Pas plus que les membres du Haut-Conseil! Les cardinaux n'ont aucune raison de répondre à nos questions.

Le Docteur et Queer "discutaient" dans le salon de la "suite" du Docteur dans le Capitole, tandis que Clara et Jonas regardaient d'anciens épisodes de Jonie le Rovie que Queer avait trouvé sur ce qui semblait être l'internet de Gallifrey, et ils les trouvaient meilleurs que le téléfilm. Les discussions entre les deux Seigneurs du Temps étaient d'ailleurs très dérangeantes pour eux, mais heureusement, l'intrigue était souvent réexpliquée.

- De toute façon, Docteur, à quoi ça sert? soupirait Clara.
- De quoi vous parlez?
- Écoutez, vous nous dérangez pendant qu'on regarde ce dessin animé qui est, je l'avoue, plutôt sympa... Et pour dire quoi? Que vous voulez découvrir quelles menaces pèsent sur le futur de cette planète?
- Oui...

Clara poussa un autre soupir, et enfonça son dos dans la matière moulante du canapé rouge sur lequel elle était assise. Elle croisait les bras, comme pour bouder dans son coin.

- Venez-voir, lança-t-elle. Je dois vous parler...

Le Docteur se rapprocha et finit par s'asseoir à coté de la terrienne. Celle-ci se pencha alors à son oreille, et lui chuchota:

- Vous avez pas oublié que n'importe quelle action que l'on ferait ici pourrait avoir des conséquences désastreuses, n'est-ce pas?
- Heu... Si, un petit peu.

Clara soupira encore une fois, tant elle était déçue par le comportement du Seigneur du Temps. Il imposait des règles que lui-même ne suivait même pas. Et la règle qu'il avait bien définie à ses compagnons en arrivant, c'était LA règle qu'il fallait suivre.

Le Docteur prit le temps de réfléchir pendant quelques secondes, et finit par se relever, se dirigeant vers la porte de sa chambre:

- Jonas, éteignez ça. Nous partons.
- Mais l'épisode n'est pas term.... QUOI?
- Que dîtes-vous, Docteur? s'écria Queer.
- Vous m'avez bien compris. Notre présence ici n'est pas nécessaire, et il est bien possible qu'elle soit même dangereuse pour cette planète. Il est temps de reprendre nos voyages et de finir les JO!
- Docteur, voyons, vous ne pouv... commença Queer »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Dans la pièce régnait une ambiance verdâtre et sombre, qui illuminait à peine le corps dont la combinaison était couverte de câbles. L'homme à la voix rocailleuse était toujours sur son siège tout aussi branché que le reste, et un masque recouvrait toujours son visage, un masque dans lequel venaient se brancher de nombreux fils.

Tout ces fils disparaissaient sous le sol et dans les murs. Parfois ils étaient branchés à des prises de différentes tailles. L'homme, qui était totalement absorbé par son activité, ne put apercevoir ni même sentir la présence d'une silhouette dans la pièce.
Quelqu'un s'était approché d'un pan de mur rempli de branchements de câbles assez fins. Une silhouette uniforme, discrète... Une ombre. Une ombre dont la main, gantée, arracha doucement un fil, et le brancha à un petit appareil rectangulaire, qu'elle posa au sol. Un fil relié au masque de l'homme assis sur son fauteuil. L'ombre disparut, et sur la boite rectangulaire, un petit écran indiquait:
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ATTENTION: Musique NON-facultative: elle fait partie intégrante de l'intrigue, et n'est pas qu'un simple accompagnement
OST Saison 3 Doctor Who (jusqu'à la fin du chapitre)



ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur, Clara et Jonas avaient les yeux grands ouverts. Face à eux, Queer venait de s'arrêter en plein milieu de phrase pour se mettre à chanter une chanson des années 1930, avec une voix de femme parfaitement imitée...

« DE QUOI? s'exclamait Jonas.
- Il fait même la musique qui va avec? s'égosillait presque Clara. »

Mais ils n'eurent pas le temps de plus se questionner. Le Docteur était déjà sorti de la pièce, et ses compagnons le suivirent de façon presque automatique, laissant le Seigneur du Temps chanter.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La pièce principale du Quartier Général des forces armées de Gallifrey était baignée dans le son de la chanson des années 1930, mais tout le monde semblait l'ignorer. Tout le monde sauf le Docteur. Il avait été téléporté du Mont Cadon par les Seigneurs du Temps et avait atterri dans le Capitole, tout près de la pièce principale du QG. Une grande table holographique remplissait la majorité de l'espace. Le voyageur temporel reconnaissait la salle sans problème. Il l'avait déjà vue... douze fois.
Sur le Capitole, il faisait déjà jour: en effet, le Mont Cadon et la Citadelle était assez éloignés l'un de l'autre. Mais les astéroïdes frappaient toute la surface de la planète. La pièce était en ébullition, et des dizaines de Seigneurs du Temps tournaient autour de la table, sans se soucier de la musique qui emplissait la salle, et criaient des tas d'ordres et de constatations.

« Dix astéroïdes sur le sud du continent! criait l'un
- Arcadia est touchée! s'exclamait un autre.
- Avertissez les entrepôts de TARDIS! Les astéroïdes pourraient faire d'énormes dégâts!
- Alerte! Une nouvelle vague d'astéroïde a été éjectée de la ceinture! Impacts prévus dans six minutes!

Le Docteur se précipita à l'intérieur de la pièce, et attrapa au hasard un officier, qui semblait être un général ou un colonel.

- Qu'est-ce qui se passe? criait-il presque
- Qu... Qui êtes... commença l'officier.
- Le Docteur! Et je suis là, donc répondez-moi!
- La ceinture! Les anneaux autour de Gallifrey! Quelque chose les repousse vers nous!
- ALERTE! hurlait un autre. Un météore de trois kilomètres de large fonce en direction de la Citadelle! Il heurtera le Mont de la Solitude dans cinq minutes!
- Les systèmes de défenses? s'exclama un autre.
- Toujours inopérationnels! La planète toute entière a été victime de sabotage!
- La barrière de transduction est totalement morte! Impossible de réactiver le...

Les phrases se joignaient, se heurtaient, s'emmêlaient tellement que même le Docteur avait du mal à comprendre ce qui se passait. Parce qu'au-dessus de cela, il y avait cette musique.

- La musique! Coupez la musique, bon sang! criait-il.
- Quelle musique? Il n'y a pas de musique.
- Docteur, il a raison, il n'y a pas de musique, ajouta Clara, qui s'était glissée derrière le Seigneur du Temps. »

Celui-ci ouvrit alors les yeux en grands, et se précipita hors de la pièce, suivi de près par ses Compagnons, qui ne voulaient pas le perdre.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le corps assommé d'un garde de la Chancellerie gisait sur le sol d'un couloir du Capitole. Le Docteur lui avait volé son pistolet stazer, une arme puissante, capable d'empêcher la régénération des Seigneurs du Temps, et donc de les tuer. Tout ça sous le regard ébahi de ses deux compagnons, qui venaient de le voir frapper en plein visage un homme qui ne lui avait rien fait, et qui ne semblait faire que patrouiller dans les couloirs du dôme de verre.

« Pourquoi vous avez... commença Jonas
- Illusions! Pures illusions! Très réussies, certes. Mais illusions!

Il marchait à grands pas dans le couloir, se dirigeant vers une porte située au fond du corridor, et levait son arme à sa gauche. La porte s'ouvrit devant lui sur un autre garde, qui fut frappé d'une lumière blanche avant d'avoir pu franchir le seuil. Le Docteur avait tiré avec son stazer, tuant ainsi le Seigneur du Temps.

- DOCTEUR! s'exclama Clara. Vous allez pas bien? Vous l'avez tué!
- Non, parce qu'il n'a jamais existé, répondit le Docteur en ramassant le stazer de sa victime, et en refermant la porte. Bon, on va tenter par une autre sortie.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par "il n'a jamais existé"? demanda Jonas.
- Qu'il n'était pas réel. Ce n'est qu'une illusion. Tout est une illusion, ici. Nous vivons dans une illusion totale depuis notre arrivée.
- Qu'est-ce que vous dîtes?
- Clara, ne m'obligez pas à me répéter!

En disant cela, il commençait à inspecter le mur avec son tournevis sonique. Mais tout était protégé.

- Forcément... Une illusion bien réussie. Très bien réussie.
- Qu'est-ce que vous voulez dire?
- Jonas, taisez-vous! Votre question est aussi stupide qu'elle est intelligente! Mais peu importe.

Le Docteur prit le temps de respirer, puis décida de répondre.

- Nous sommes dans une illusion. Un monde où tout est illusion. Comment ça se fait, je ne sais pas! Comment on peut croire à tout, je n'en sais rien! Et croyez bien que ça m'énerve au plus haut point! Mais je sais que tout ce qu'il y a ici, autour de moi, n'existe pas réellement. Tout comme les gens. Queer n'était qu'une illusion. Et l'illusion a eu un "bug".
- Tout? s'étonnait Jonas. Rien n'est réel?
- Tout. Même...

Et alors, le visage du Docteur s'assombrit. Un doute énorme venait l'habiter. Il regardait ses compagnons avec un air des plus suspicieux. Et alors, il pointa ses armes vers eux.

- Même vous. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Une musique étrange arrivait dans les oreilles des malades... Les trois voyageurs temporels étaient sur leur lit. Et il souffraient. Des plaques rouges leur recouvraient le corps, ils suaient à n'en plus finir, et lâchaient des cris et des gémissements... Leurs respirations étaient fortes et irrégulières.
Parfois ils appelaient des gens. La musique ne couvrait pas leur cris. Et on entendait le Docteur appeler d'inconnus personnages, comme Sarah, Nyssan, Amelia, Turlough, Ace ou encore Jamie.
Clara, elle, semblait plutôt s'inquiéter pour sa famille. Ou vouloir sa famille. Des ''grand-mère!", des "maman!" sortaient de sa bouche comme des râles impuissants.
Jonas, quant à lui, ne lançait aucun nom connu ou presque. Il semblait, dans la souffrance, avoir besoin d'un Sacha, d'une Klinia... D'un Peter. Et ces cris s'échappaient sans se rencontrer. Ils heurtaient le mur horrible de l'absence. Absence de proches, absence de soutien. Absence d'oreille qui écoutent. Le sang battait dans les tempes des souffrants. Un sang qui frappait leur tête, des battements qui frappaient leur tympans. Le Docteur en souffrait plus que les autres. Parce qu'il entendait quatre battements, quatre terribles battements. Les battements sans fin de ses cœurs. Des souvenirs horribles qui remontaient et qui ne s'arrêteraient qu'avec la mort. La fin pure et simple de sa longue vie. La treizième, et la dernière.

Jonas, lui, ignorait presque son cœur. Dans son esprit, il était ailleurs... Son village lui revenait. Ses amis, sa famille. Des souvenirs durs. Sa vie semblait repasser sous ses yeux fermés. Une vie horrible, quant il y repensait. Combattre pour la liberté et tuer des gens. Et lorsque cette liberté tant promise, tant défendue, arrive... La souffrance terrifiante de la torture, et celle de l'enfermement. Le traître. C'était ce qu'il était devenu pour tout le monde après la révolution. Combattant contre la dictature, ayant "trahi" la rébellion. La torture avait laissé ses traces.
C'était le Docteur qui l'avait sauvé de la prison, qui lui avait offert cet exil temporel, cette vie de voyage, de découvertes, de risques parfois. Une vie qui s'achevait aujourd'hui, sur la planète la plus belle de l'univers. Il était meilleur qu'il s'agisse de cette vie de voyage. Oui, cette vie là serait sa dernière. Et même si mourir si jeune était loin de lui plaire, il s'était résolu. On accepte mieux la mort lorsqu'on meurt bien. Peter Lird était mort en héros. Lui, il devait mourir maintenant, en voyageur impressionné et curieux de tout, plutôt qu'en "traître" et prisonnier. Mourir libre. Cela restait pourtant la mort. Mais dans son esprit, elle était moins honnie qu'elle ne l'aurait été dans la vie qu'il aurait du vivre. Moins terrible.

Et elle approchait, alors que la musique de l'ange qui tentait le diable résonnait dans ses oreilles, sans qu'il ne comprenne pourquoi.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Les voyageurs temporels avaient couru jusqu'à une terrasse de l'immeuble dans lequel ils se trouvaient. Devant eux, à travers le dôme de verre, ils voyaient les trainées de flammes qui tombaient du ciel. Et loin, en haut, une boule de feu encore petite mais qui s'approchait à une vitesse folle. Le projectile qui allait mettre fin à Gallifrey. Celui qui allait frapper le Mont de la Solitude, pulvérisant sous le choc la quasi-totalité du relief, et dont l'onde de choc briserait toute la Citadelle. Et il approchait. Il ne restait plus qu'une minute. Le Docteur restait sans rien faire sur le balcon, avec ses compagnons. Ils ne pouvaient pas agir. Ils ne pouvaient sauver personne. Ils ne pouvaient pas s'enfuir. En faisait ce constat, celui d'une mort imminente, Clara se mit à pleurer... Quelques larmes discrètes et silencieuses. Jonas, lui, ne bougeait pas. Il était paralysé par la peur. Et le Docteur fermait les yeux. Ils ne pouvait pas voir ça. Il ne voulait pas voir ça.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


« Écoutez, Docteur, vous vous trompez! criait Clara.
- Si on était des illusions, vous l'auriez compris plus tôt! renchérit Jonas.
- Bien réalisées pour des illusions. Très bien même. Mais vous n'existez pas!
- Docteur!

Le coup de stazer atteignit Jonas en pleine poitrine. Il tomba à terre en criant de douleur, sous les yeux horrifiés de Clara, qui voyait le ventre brûlé du Qatrosien, et qui ne comprenait pas du tout ce qui se passait.

- Docteur... Vous l'avez tué! COMMENT AVEZ-VOUS PU...
- TAISEZ-VOUS! Il n'existe pas! Et vous non plus! Tout ça, c'est dans ma tête!

En criant cela, il avait attrapé sa tête entre ses mains, comme s'il eut souffert d'une forte migraine. Il fermait les yeux et secouait la tête... Puis il les rouvrit. Et le regard de Clara croisa un regard de colère et de haine. Celui d'un Docteur en colère. Un regard qui ne laissait présager rien de bon.

- Vous êtes une illusion. Vous ne pouvez pas continuer! Vous allez me rendre fou!
- Docteur, arrêtez votre... »

Le Docteur tira une seconde fois. L'arme frappa Clara dans l'abdomen. Celle-ci ne cria même pas. Elle lâcha un hoquet de surprise, ferma les yeux sous la douleur, et s'effondra au sol.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Et devant elle, le Docteur admirait avec horreur son œuvre, comprenant qu'il avait devant lui les cadavres de ses deux compagnons. Et le Docteur se mourrait, avec les deux humains, sur leurs lits... Le virus avait atteint le cœur. Les secondes étaient comptées... Et l'astéroïde arriva sur Gallifrey. Le Mont de la Solitude explosa sous la force de l'impact, et l'onde de choc brisa tout les immeubles de la Citadelle, ainsi que le dôme du Capitole, qui commençait à s'écrouler dans le puits situé en-dessous de lui, alors que des millions de tonnes de terre et de roche se précipitaient vers le Docteur et ses compagnons....




Citation:


OST Saison 7 Doctor Who (jusqu'au générique)



« Niez tout.

La voix du Docteur avait remplacé la musique des années 1930. Elle emplissait les oreilles, le cerveau de ses deux compagnons.

- C'est le Docteur qui vous parle. Le seul, le vrai. Celui que vous avez vu n'est qu'une illusion.

Clara souffrait. Jonas souffrait. Le Docteur pensait.

- Docteur? Vous... Je... meurs...
- Je pense que ça l'amuse de nous tuer tous en même temps. Surtout ne parlez pas. Pensez. Pensez pour me parler, Jonas, comme vient de le faire Clara. C'est un lien télépathique.
- Qui... est amusé? demandait le garçon.
- Celui qui a crée ces illusions. Tout est faux autour de vous. Même la mort. Alors niez. Niez tout.

L'odeur de chair brûlée atteignait les narines de Clara. Le coup de Stazer. Elle essaya de le faire comprendre au Docteur. Jonas, lui, se sentait cuire à petit feu par la maladie.

- Niez vos blessures, niez vos malheurs, niez les menaces et niez la mort. Niez ce qu'il y a autour de vous. Niez ceux qui sont avec vous. Il n'y a que nous trois, et nous ne sommes ensemble que par les pensées.
- Comment? Comment c'est possible?
- Il ne reste plus que quelques secondes! Niez tout, ou vous mourrez vraiment. Votre cerveau y croirait trop. Seul le déni nous sauvera. Et après, j'expliquerais.
- Vous m'avez tiré dessus, Docteur. Vous m'avez tuée.
- Ce n'était pas moi, et vous n'êtes pas morte, Clara. Niez la mort, niez la blessure, niez ce Docteur qui vous a abattu!
- Mais si ce n'est qu'une illusion, comment vous croire? pensait Jonas.
- Faîtes moi confiance. Je suis le Docteur.

Sa voix était rassurante. Elle s'insinuait au plus profond de l'esprit des deux humains. Et ils avaient confiance. Et ils niaient. Ils se répétaient en eux que rien n'était vrai, que rien n'existait. Qu'ils niaient la réalité qui les entourait. Et peu à peu, les douleurs disparurent.

- Rien n'existe autour de vous. La seule réalité, ce sont vos pensées.

L'odeur de chair brûlée s'atténuait. Les crampes, les sueurs, les grattements s'en allaient. Le sang qui résonnait dans les temps n'existait plus. Le cœur ne frappait plus.

- Il n'y a que nous trois. C'est la seule réalité. La seule chose qui vous relie à la vie.

Les bruits autour n'existaient plus. Les respirations fortes, les bruit d'explosions. Le Docteur sembla sentir un léger vent sur ses joues, sûrement les vestiges de cet astéroïde inexistant. Mais tout disparut rapidement.

- Niez le reste. Niez tout le reste.



Le Docteur enleva son masque. Un masque de métal, fait de milliers de capteurs, reliés à des fils qui se branchaient sur la surface extérieure de l'objet. Il arracha tout sans ménagement. À ses cotés, Clara et Jonas faisaient de même. Tout les trois étaient assis, presque couchés, sur ce qui semblaient être des chaises longues en métal.

Très rapidement,ils furent debout, malgré le temps qu'ils avaient passé allongés.

« Qu'est-ce qui s'est passé? demandait Jonas.
- Illusions! Ou plutôt... monde virtuel. Notre cerveau était connecté à ces espèces de câbles. On rêvait, en quelque sorte. Un rêve où toutes les actions qui ne sont pas les nôtres sont contrôlées par... quelqu'un.
- Qui? s'inquiétait Clara.
- C'est ce qu'on va très vite découvrir.
- OK... Mais comment vous avez fait pour nous parler? Dans nos esprits?
- Oh! Lien télépathique! répondit joyeusement le Docteur. Je l'ai placé dans vos cerveaux lorsque nous sommes arrivé aux Jeux Olympiques. Vu le nombre de spectateurs, j'aurais pu égarer l'un d'entre vous, et grâce à ça, je pouvais vous parler et donc vous retrouver. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


L'homme branché criait. De rage. Il venait d'enlever son masque et de le poser sur un accoudoir de sa propre "chaise longue", avant de se lever. Son corps était usé, fatigué par des jours entiers couché dans son fauteuil d'électronique. Heureusement pour lui, son organisme était régulièrement ravitaillé en boissons énergisantes, en vitamines et en eau.
Son visage était rouge de colère, et il avait un regard de tueur. Ses cheveux gris-noirs étaient désordonnés et secs, et semblaient vouloir se dresser sur sa tête.
Il aperçut très rapidement la petite boite rectangulaire, reliée à SON attirail de fils, et se précipita sur elle pour l'écraser avec sa chaussure dans un accès de rage.

Sur sa droite, un écran holographique s'était matérialisé. Quelqu'un essayait de communiquer avec l'homme enragé. Ce quelqu'un avait un visage particulièrement gras, ovale... Ses cheveux, parfaitement coiffés, offraient à la vue de son interlocuteur un front dégarni très peu ridé.

« Illusionniste! cria-t-il d'une voix grave. Que se passe-t-il? Pourquoi les rapports n'arrivent-ils plus?
- Ils ont réussis à se libérer!
- Pardon?
- Ils ont réussi à comprendre où ils étaient vraiment! Le Docteur, en tout cas. Ils ont détruit mes mondes! En les reniant totalement!
- Vous avez donc failli, Illusionniste... conclut l'homme.

Le visage enragé de celui qui se faisait appeler l'Illusionniste était devenu pâle, et sa colère avait fait place à une terreur certaine, une angoisse totale.

- Non! Je n'ai pas... Rien n'est joué monsieur!
- Vous avez voulu vous amuser... Vous avez perdu.
- Non! Je sais comment faire! J'ai... Monsieur, j'ai récolté assez d'informations pour le test.
- Pardon?

Le ton calme et froid de l'interlocuteur avait laissé place à un ton curieux.

- Le test? L'illusion totale? demanda-t-il
- Oui, monsieur.
- Mais ils pourront le combattre.
- Même s'ils réussissaient, ce qui n'arrivera probablement pas... La cible est prête, n'est-ce pas?
- En effet. Je vois où vous voulez en venir. Soyez prêt à rejoindre la cible à n'importe quel moment, Illusionniste. Si le Docteur survit, il vous poursuivra sûrement. Et s'il vous poursuit...
- Il tombe dans vos griffes, conclut l'Illusionniste. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Clara se réveilla d'un coup. Les souvenirs lui revenaient. Un flash blanc. Un sifflement horrible. Ils étaient dans la pièce avec les fils et les chaises longues. Elle était avec Jonas et le Docteur. Mais ils avaient disparus. Le flash, le sifflement... Puis rien. Ils n'étaient plus avec elle.

Elle était couchée à terre, et se releva brusquement, observant autour d'elle. Tout était noir. Elle était dans un endroit d'une noirceur incroyable. Il y avait, autour d'elle, des murs, des murs noirs entouré d'une aura obscure. Une fumée, toute aussi ténébreuse, recouvrait le sol. Clara fit quelques pas, les mains devant elle, distinguant à peine le halo qui lui faisait face, et toucha une paroi. Une paroi qui lui déchirait la peau. Elle retira brusquement sa main, et découvrit avec stupéfaction qu'elle n'avait aucune blessure.

« J'ai appelé ça le Labyrinthe de vos Peurs! lança une voix rocailleuse qui se répercutait partout.
- Quoi? s'écria-t-elle

Et en effet, Clara avait peur. Très peur. Parce qu'elle ne voyait rien, parce qu'il y avait des murs qui lui arrachait la peau, mais qu'elle ne subissait aucune blessure... Parce qu'une voix résonnait autour d'elle, comme un écho, ce qui rendait l'endroit où elle se trouvait encore plus immense et mystérieux.

- La peur, Oswald. Vos peurs! Elles sont ici. Partout autour de vous.
- Vous... Vous mentez! Tout ce qu'il y a ici, ce n'est que de l'...
- De l'illusion? Oui! En effet! Mais cette illusion est partout en vous et autour de vous. Ce n'est pas que dans votre cerveau, c'est quelque chose de bien plus grand. Un champ télépathique dans lequel votre cerveau, Oswald, n'est qu'un objet.
- Que... Qu'est-ce que vous...
- Vous pourrez nier autant que vous voudrez, ça ne fonctionnera pas. L'illusion agit sur vous, mais vous n'agissez pas sur l'illusion. Vous devez la combattre à la loyale!
- Mais je... Je fais comm... Et vous êtes qui?
- Oh, on veut poser des questions, avoir quelques infos, pour se rassurer? Jamais! Découvrez vos peurs! Et combattez les! Détruisez-les! Elle ne partiront pas de vous, mais l'illusion sera brisée.
- Pourquoi vous... Pourquoi vous faîtes ça?
- Parce que ça m'amuse. Vous voir danser, tout les trois! Et même libre, vous ne pourrez rien contre moi. Je suis l'Illusionniste, jeune fille. Et ne croyez pas que cette info vous aidera, parce que quand je joue, je ne perds pas. »

Et c'est ainsi que Clara se trouva enfermée dans le labyrinthe de ses peurs. Un labyrinthe d'illusions et douleurs. Elle ne savait pas où marcher, elle ne voyait pas les murs. La fumée noire semblait parfois lui attraper les pieds, frotter contre ses chaussures... Les murs lui déchiraient la peau, sans que celle-ci ne subisse pourtant la moindre blessure, ces murs cachés, camouflés, parfois même inexistants. Elle avait pu en traverser plusieurs, tout simplement parce que l'aura obscure n'entourait rien.
Mais elle ne trouvait pas de repères. Les halos vibraient imperceptiblement, mais assez pour déstabiliser Clara, et la fumée se déplaçait comme habitée d'une force mystérieuse, qui ne suivait jamais la jeune fille, qui allait dans toutes les directions et aucune à la fois.
Et alors, Clara, inconsciemment, découvrit sur quelle peur cet Illusionniste jouait. La pire des peurs, pour elle en tout cas. Et alors elle prononça les mots qu'elle ne prononçait qu'en cas de détresse profonde, ces mots qui révélaient sa plus grande peur, sans qu'elle même ne puisse s'en rendre compte.

« Je... Je sais pas où j'suis... Je sais pas où j'suis! Je sais pas où j'suis!!! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le choc avait été violent pour les yeux et les oreilles, mais c'était tout. C'était, étrangement, la première chose à laquelle pensa Jonas en se réveillant. Il était couché, sur du métal. Et face à lui, il voyait d'étranges symboles... Au plafond. Une lumière multicolore semblait éclairer l'endroit. Lorsqu'il se releva, il prit conscience de l'endroit où il se trouvait.

« Le TARDIS?

Il prit le temps de réfléchir quelques secondes... Il s'était retrouvé pendant presque deux jours sur la planète du Docteur, mais ça n'avait été qu'une illusion. Un monde virtuel, comme avait dit le Seigneur du Temps. Un rêve si réel... Puis il y avait eu le flash blanc et le sifflement. Il se disait que ça ressemblait fortement aux effets des grenades paralysantes qu'utilisaient les militaires sur sa planète, et sur d'autres planètes aussi d'ailleurs. Donc il avait été sonné... Mais que faisait-il ici, alors?

- Docteur? Vous êtes là?
- Bonjour... murmura une voix derrière lui.

Jonas se retourna brusquement, et regarda derrière lui. Il n'y avait personne.

- Je ne suis pas là. Je suis tout autour de toi, continuait la voix, rocailleuse.
- C'est assez illogique...
- Pas de sens artistique, le petit... Bienvenue dans tes pires cauchemars.
- De quoi?
- Ne nie rien, ça ne servira à rien. Tu ne dors pas, tu n'es branché à aucun fil. La réalité et l'illusion se mêlent autour de toi et en toi.
- Qu'est-ce que ça veut dire? Les illusions? Je ne suis pas dans le vrai TARDIS?
- Qui sait? À part moi, bien sûr. Tu ne peux pas nier, ici. Tente, mais rien ne se déroulera. Les illusions pourront te tuer, la réalité aussi.
- QUOI?
- Je sens déjà que tu as peur... Ce n'est que le début. Bienvenue dans ton cauchemar, Jonas. Combat-le, et tu pourra briser l'illusion. Mais sinon...
- Sinon quoi?

La voix ne répondait pas. Elle ne résonnait plus. Et Jonas ne comprenait rien à ce qui se passait. Cet homme qui lui parlait n'avait pas donné des explications très claires... De quoi rendre totalement incertain le jeune Jonas. La réalité et l'illusion étaient indissociables, mais il ne s'en rendait pas compte.

- Sinon, tu vivras ton cauchemar jusqu'à ce que mort s'en suive, acheva l'Illusionniste. »

Et c'est en disant ces mots qu'il commença réellement à effrayer Jonas. Celui-ci était angoissé. Il n'avait pas encore peur. Mais ça n'aurait su tarder.

Le jeune homme regarda autour de lui. Il était dans la Salle de Contrôle du TARDIS. Et rien n'avait changé depuis la dernière fois... Était-il réellement dedans? Il y avait les couleurs olympiques sur le rotor temporel... Mais pas les bannières. Il n'y avait pas les bannières olympiques autour de la passerelle. Ce n'était pas la vraie Salle de Commande, pas le vrai TARDIS. La porte menant à l'extérieur ne devait mener à rien...

Et alors, Jonas décida de s'aventurer dans les couloirs du vaisseau. Il ne les connaissait pas totalement, même s'il avait une chambre quelque part. Il devait trouver quelque chose... N'importe quoi. La vraie salle de commande? Ses appartements? Des armes? Et c'est ainsi qu'il entra dans les méandres de ce qui n'était pas réellement le TARDIS...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Flash. Blanc. Sifflement. Frisson. Oui, c'était cela. Paralysie. Ils avaient été sonnés. Lui et ses deux compagnons. C'était ce à quoi pensait le Docteur. Il venait de se réveiller, et après avoir analysé le peu de ce dont il se souvenait, il regarda autour de lui pour comprendre où il était... Et quelques mots lui revinrent. Blanc. Sifflements. Frissons. C'était ce qu'il voyait, et ce qu'il ressentait. Un vent léger lui soufflait dans les oreilles, et tout était blanc autour de lui... Le ciel. La terre. Ce n'était pas de la terre.

« De la neige?

Il tendit son bras droit sur le coté, pour tenter de voir s'il s'agissait bien de ce à quoi il pensait. Et il avait raison. Et dans le même temps, il découvrit avec surprise qu'il n'avait pas de manches. Et le froid qu'il ressentit alors partout dans son corps lui fit comprendre qu'il n'avait rien du tout.

- Je suis nu... Sur de la neige... Qu'est-ce que...?
- En effet, répondit une voix rocailleuse, menaçante et dont l'origine était mystérieuse.
- Quoi? Vous êtes... Celui qui...
- … est derrière tout ça? Oui, on va dire ça comme ça. Je suis celui qui vous a fait vivre un rêve cauchemardesque. Et je vais vous faire vivre un cauchemar éveillé.
- Je ne suis pas endormi, n'est-ce pas?
- Oh, vous êtes plus intelligent que vos deux amis... Ils ne l'ont pas compris aussi rapidement.
- Où sont-ils? demanda le Docteur avec une voix menaçante.
- Quelque part. Comme vous. Vous êtes quelque part, et un champ télépathique extrêmement sophistiqué crée cet environnement autour de vous, manipule votre cerveau, vos sens.
- Je peux tout nier, vous savez.
- Non. Pas ici. Votre cerveau ne peut pas contrôler le champ télépathique de la même manière que le champ contrôle vos sens. Tout est fait pour que ça ne marche que dans un sens.
- Et comment je fais pour faire des traces dans la neige avec mes mains, alors?
- Vous interagissez avec les illusions, et avec la réalité, sans savoir si ce que vous touchez est réel ou non. Vous pouvez discuter avec des gens. Les interactions sont nombreuses, mais vous ne contrôlez pas tout. C'est très complexe, trop pour vous, je pense.
- Rien n'est trop complexe pour moi. Je suis brillant!
- Et vous êtes nu dans la neige. Et vous allez devoir combattre vos plus grandes peurs Docteur.
- Mes quoi?
- Vos plus grandes peur. Votre plus grande peur, même. Tout ce qui vous entoure consiste en vos peurs. Combattez-les, brisez-les, et l'illusion n'existera plus. Je m'amuse un peu avec vous, Docteur. En réussissant ce test, vous pourrez sûrement libérer vos amis, moins "brillants" que vous. Mais encore faut-il survivre...
- Survivre à quoi?

L'Illusionniste ne répondit pas. Le Docteur décida de se relever, et observa autour de lui. Il y avait un village au loin. Un village qu'il connaissait bien. Trop bien... La neige, le village, tout correspondait.

- Le froid, Docteur. La neige. Le froid vous tuera. Vous combattrez vos peurs, ou vous mourrez... sur Trenzalore. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Jamais!

Le mot poursuivait Jonas. Il courait dans les méandres du TARDIS. Et le mot était sans cesse derrière lui, dans ses oreilles. Jamais! Le passé qui ressurgissait. Cette voix qui parlait, ici, n'était pas la voix rocailleuse de l'Illusionniste. Non, c'était une voix féminine, mais dure, sèche. Une voix qu'il connaissait. Une voix horrible pour lui.

Jamais!

Jonas tourna sur la gauche, et déboucha sur la Salle de Commande. La vraie, cette fois. Il y avait les bannières. Il y avait le rotor multicolore. Il allait enfin pouvoir sortir, s'enfuir. Jamais! Il courut vers la porte du TARDIS, en dessous de l'inscription "Police Public Call Box" écrite à l'envers. Il l'ouvrit d'un coup, et s'engouffra à l'extérieur, pour déboucher... Dans la Salle de Commandes.
Jamais!
Il regarda derrière lui. Il y avait la boîte bleue. Elle reposait dans la salle de contrôle... Le TARDIS dans le TARDIS. La salle dans laquelle il avait débouché était identique à la première, tout aussi Olympique. Le TARDIS qu'il voyait à l'intérieur s'était automatiquement refermé. Et de peur de ce qui se trouvait dans le nouveau, il se précipita dans le premier. Sauf que cette fois, il n'était pas plus grand à l'intérieur.
Jamais!
Il se trouvait dans la petite cabine, obscure, oppressante... Fermée à clefs. Il tambourina sur la porte, mais il ne réussit pas à l'ouvrir. Jamais! La voix continuait de souffler dans ses oreilles. La voix de sa sœur. Jamais! Une voix sèche, intransigeante. Jamais! Il revoyait la jeune femme lui lancer ce mot. Ses cheveux châtains décoiffés par la colère, ses yeux si doux devenus si noirs... Cette sœur qu'il ne reconnaissait plus lui revenait en mémoire. Jamais! Il avait résisté. Il avait combattu sur sa planète, pour la liberté. Mais elle, elle était dans l'autre camp. Jamais! Jonas s'effondra dans la cabine, commençant à pleurer et à crier, oppressé tant par les parois étroites que par les souvenirs. Les mains sur la tête, la tête dans les bras, le menton contre le torse... Jamais! Cette sœur qui avait refusé, si violemment de l'aider dans son combat pour la Résistance. Jamais! Cette sœur qui allait le dénoncer... Lui qui la suppliait, faisant appel à cet amour fraternel qui avait disparu. Il s'était mis à genoux pour qu'elle ne le trahisse pas, pour qu'elle ne détruise pas la famille en faisant cela. Mais il n'avait eu qu'une seule réponse: Jamais!
La peur de la trahison, de la dénonciation... Le mort en sursis qu'il était sur sa planète, celui qui était mal vu par les uns, pris en pitié par les autres. Celui qui avait brisé sa famille, coupable ou victime, les avis divergeaient... Mais pour chaque âme amie, pour chaque soutien, il y avait toujours un autre pour le voir comme un coupable.
Jamais!
Les coups de pieds qu'il avait lancé dans la porte réussirent à briser le verrou. En voyant ceci, il se précipita à l'extérieur, et sans réfléchir, courut vers la sortie de la Salle de Commandes... Pour s'extirper d'un TARDIS dans une autre Salle de Commandes.
Jamais!

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La lumière au bout du chemin... Elle n'était pas là. Il n'y avait que l'obscurité. Clara ne savait pas où elle était. Elle ne voyait plus les murs, les auras... Elle était fatiguée. Et il n'y avait rien ici pour l'aider. Absolument rien. Aucun repère. Elle ne savait pas d'où elle était partie, et où se trouvait la sortie... Ni comment "affronter ses peurs". C'était ça la sortie, mais le coté "labyrinthique" avait tellement obnubilé Clara qu'elle avait oublié les conseils de l'Illusionniste. Mais comment faire confiance en cet homme? C'était lui qui l'avait mise dans cette situation, après tout.
Mais de toute façon, elle ne voyait pas comment affronter sa peur. Mais elle avait enfin compris de quoi il s'agissait. Se perdre. Ne pas savoir où elle se trouvait. N'avoir aucun repère, ne pas savoir où aller. Le noir total ou presque. C'était le presque qui était le pire. Il fallait qu'elle puise dans ses souvenirs. Dans tout ses souvenirs. Ceux qui lui restaient des centaines de vies qu'elle avait vécu, où elle avait sauvé le Docteur tant de fois. Je sais pas où j'suis. Mais la peur revenait tout le temps alors que les ténèbres semblaient se refermer sur elle. Je ne sais pas où j'suis. Il fallait réfléchir à la ligne temporelle du Docteur. Elle avait eu peur des milliers de fois. Elle s'était perdue bien souvent. Que c'était-il passé alors? Je ne sais pas où je suis. Je sais juste que je cours.

Et ce fut la révélation. Les premières pensées qu'elle avait eu après avoir sauté dans la ligne. Ces mots qui avaient définis tout ses échos. Elle ne savait pas où elle était, mais elle continuait à courir. Et c'était ce qu'elle devait faire. Parce qu'en avançant à tâtons, elle n'arriverait à rien. Il fallait courir, courir et toujours courir. Ne pas avoir peur des murs. Fermer les yeux. Elle ne savait pas où étaient les murs, elle ne craignait rien. Et alors elle se mit à courir, ne rencontrant aucun obstacle. Courir et courir. Courir encore. Courir toujours. Et après plusieurs dizaines de secondes, elle rencontra une obstacle mou, et tomba en avant sur celui-ci, ouvrant les yeux par la même occasion.

« Docteur?
- Clara! Pourquoi faut-il toujours que vous couriez!?

Elle se trouvait couchée sur le Seigneur du Temps, au sol... Et dès qu'elle en prit conscience, elle roula sur le coté pour ne pas rester dans une position aussi gênante, et se releva. Elle se trouvait dans une petite salle remplie d'ordinateurs, encastrés sur les murs. Sur un de ces mur, il y avait une cavité vide, une sorte d'alcôve.

- Docteur, où est-ce qu'on est? J'ai réussi à briser l'illu...
- Possible. Mais je vous ai téléportés avant, vous et Jonas.

Le jeune homme était couché sur le sol, et avait, semblait-il perdu connaissance. Il s'était laissé submerger par ses peurs. Et Clara ne pouvait pas l'en blâmer.

- Mais alors... Vous avez réussi, vous, non? demandait-elle.
- Oui. Et j'ai poursuivi ce type, cet... "Illusionniste" jusqu'ici, répondit le Seigneur du Temps en pianotant sur un ordinateur. Il s'est enfui dans une capsule temporelle qui se situait dans le trou vide, ici.
- Donc il peut être n'importe où, n'est-ce pas?
- Non. Sa machine ne pouvait se déplacer que d'un endroit à un autre. Et je suis entrain de chercher "l'autre".

Après une dizaine de secondes à pianoter, il lâcha un cri de victoire, et sortit son tournevis pour copier les coordonnées qu'il avait obtenue.

- Très mauvaise idée de connecter une machine à voyager dans le temps à un ordi mal protégé, surtout lorsqu'on part à l'arrache, commentait-il.
- Docteur?
- Hmm?
- Vous avez combattu votre peur? C'était quoi?

Le Docteur ne répondit pas. Il regardait dans le vide. Sa plus grande peur... Il l'avait combattue avec intelligence. Mais il l'avait découverte avec terreur. Seul, nu sur Trenzalore... Il avait pris du temps pour comprendre... Et maintenant qu'il avait compris, il connaissait l'un de ses plus grands points faibles. Un point faible qu'il ne pourrait jamais combler. Et qu'il ne devait surtout pas révéler. Il fit donc mine de ne pas avoir entendu la question de la terrienne.

- Clara, allez vous occuper de Jonas. Il faut qu'il soit réveillé et en pleine forme. Nous allons poursuivre cet "Illusionniste".
- Juste une question. Comment a-t-il fait? Pour nous amener à cet endroit, et pour imiter Gallifrey?
- Le TARDIS a été rappelé sur Gallifrey. Nous sommes sur Gallifrey.

Clara ouvrit grand les yeux, et n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Ce n'était pas possible, pour elle. Gallifrey était perdue.

- Enfin, en réalité, nous sommes sur un clone de Gallifrey. Mon peuple a vécu des guerres terribles. Durant l'une d'entre elle, pour tromper l'Ennemi, les Seigneurs du Temps ont construits neufs mondes-clones. Les neuf Gallifrey, identiques à l'originale. Et même le Haut-Conseil ne savait pas quelle était la vraie. Finalement, les mondes ont été détruits, mais il semblerait que l'un d'entre eux y ait réchappé.
- Et l'Illusionniste aurait trouvé assez d'informations ici pour imiter le fonctionnement de la planète dans nos cerveaux, c'est ça?
- Oui. Et il aurait trouvé les commandes permettant de rappeler un TARDIS. Il rappelle le mien, qui obéit. Ensuite, il nous fait perdre connaissance à la sortie du vaisseau, nous branche et... vous connaissez la suite.
- D'accord... Mais dîtes... Comment vous saviez qu'il s'agissait d'une illusion?
- Je me suis posé des questions dès le début, et j'étais presque sûr lorsque les astéroïdes sont tombés.
- Les quoi?
- Oui, dans mon cerveau, il a fait tomber des météores... Ne cherchez pas à comprendre, il est tordu. Mais c'est la musique qui a balayé les quelques doutes qui me restaient.
- Oui... Moi aussi, j'ai entendu la musique... murmurait Clara. Queerdshytrucmuche la chantait, mais avec une voix de femme. D'où ça venait, d'ailleurs?
- Un dysfonctionnement des ordinateurs, sûrement. »

Le Docteur retourna alors à ses écrans et claviers, alors que Clara avait accouru vers Jonas pour voir s'il allait bien. Le Seigneur du Temps avait menti: la musique avait très, très peu de chances de provenir d'un problème informatique. Elle avait vraisemblablement été envoyée directement dans les systèmes électroniques de l'Illusionniste pour perturber l'illusion, et la trahir... Restait encore à découvrir qui avait bien pu vouloir les aider tout les trois.







Citation:

En ce jour de 1985, Moscou se réveillait sans télévision. Bien entendu, tout les postes et toutes les antennes n'avaient pas disparu, mais lorsque les moscovites tentaient, le matin, de les allumer, ils se retrouvaient face à la fameuse neige qui signifiait tout simplement qu'il n'y avait rien à voir.

Et tout cela trouvait son explication au nord de la ville, où se dressait une immense flèche de métal, une des plus hautes tours du monde... La Tour Ostankino. Cet masse de métal fine qui perçait le ciel, dont le corps était parfois entouré de cylindres faisant office de plateforme d'observation ou de restaurants, dominait de loin Moscou, et la Russie toute entière. D'ici étaient diffusées les plus grandes chaines de télévision de l'Union Soviétique, ainsi que quelques radios et autres ondes. Et en ce jour, la Tour n'émettait plus.
On pouvait remarquer que l'esplanade située à ses pieds étaient isolée, fermée au public et occupée par de nombreux militaires en uniforme de soldats ou d'officiers, qui avaient aussi "investi" la forêt située au nord de la tour, et qui avaient fait évacuer le bâtiment.
Au bout de quelques minutes, une voiture militaire, semblable à une "jeep", s'engagea sur l'esplanade, le barrage mis en place par les soldats lui ayant permis de rentrer. Le véhicule s'immobilisa près d'un attroupement de soldats, et un homme "habillé" en général en sortit.

« Générrral Ourrroumovvv! lâchèrent presque à l'unisson les soldats en pliant brusquement leur bras pour faire leur salut militaire.
- Soldat! Où est le Colonel Pushkin?
- Il est déjà devant la tourrr, générrral.

Ouroumov ne lâcha ni "Merci", ni "Au revoir" ou quoique ce soit pour conclure la discussion. Il tourna juste les talons, et marcha jusqu'à l'entrée de la tour, où il fut "accueilli" par le salut de Vladimir Pushkin.

- Mon Générrrral!
- Pas de salut, colonel.
- Bien, mon générrral.
- Est-ce que la Tourrr est parrrfaitement évacuée?
- Oui. De plus, les techniciens du génie ont commencé le trravail.
- Pas trrop de questions de la parrt des employés?
- Le Dirrecteur Likovvv, mon générrral, a menacé d'écrrirre au camarrrade-prrésident Grrromyko pourrr...
- Dîtes au camarrrade Likovv qu'il s'agit d'une opérration militairrre apprrouvée par le Krrremlin.
- Mais, mon générral, il tient à connaîtrre la naturrre de l'opérration. Et nous-même ne savon rrien à prropos de...

Ouroumov frappa le sol de son pied, et la botte de cuir fit un claquement fort qui fit taire immédiatement l'officier. Le Général enleva sa casquette pour faire apparaître sa chevelure blanche parsemée de cheveux noirs, regarda le colonel droit dans les yeux, et répondit, avec une voix fort rocailleuse..

- Colonel Pushkin, ce qui se passerrra dans la Tourr Ostankino rrelève du secrret militairre. Mais n'ayez pas peurr... Votre vie ne changera pas du tout au tout. »

La voix de l'Illusionniste venait de perdre son accent quelques secondes pour se concentrer sur son objectif d'hypnose, et lorsque le colonel eut assimilé le fait qu'aucune question ne devait être posée, il entra dans la Tour Ostankino, trépignant d'impatience. L'opération se déroulerait bientôt, et si le Docteur tentait d'empêcher l'Infinium d'arriver à ses fins... il serait bien accueilli.



Le TARDIS se matérialisa entre les arbres avec son bruit si caractéristique, cette respiration mécanique, qui fit fuir tout les petits animaux situés autour de la cabine bleue clignotante. La porte s'ouvrit après quelques secondes, sur Jonas, qui se massait encore un peu les tempes, toujours fatigué suite à son expérience récente face à ses peurs, suivi de Clara et du Docteur. Le Seigneur du Temps, en sortant, eut une grimace de surprise et sortit immédiatement son tournevis sonique.

« Qu'est-ce que vous faîtes? demandait, exaspérée, Clara
- C'est bien ce que je pensais... murmura le Docteur après avoir ponté son appareil en l'air.
- Vous pensiez quoi? interrogea Jonas.
- Les ondes. Il n'y a pas d'ondes. Ou du moins peu d'ondes, si on veut rester précis. Je l'ai tout de suite senti...
- Vous sentez les ondes? s'étonnait la terrienne.
- Je les sens quand il n'y en a pas. Ou plutôt, je ne les sens pas. Vous m'avez compris. Et c'est fort étrange, qu'il n'y en ait pas...
- Pourquoi?
- Parce que nous sommes à Moscou. En 1985, et à moins de 3 kilomètres seulement au nord de la Tour Ostankino.
- Une tour qui envoie des ondes, je suppose, devina Jonas.
- Exact. Une tour de télévision et de radio. La plus haute d'Europe, même à votre époque, Clara. 540 mètres de haut, dont près de 155 mètres pour l'antenne uniquement! Fierté de l'Union Soviétique, à l'époque. Elle diffuse la télévision et la radio pour plus de 15 million de personnes. Et bizarrement, là, elle ne diffuse pas.
- Ondes... Bizarre... Pourquoi est-ce que le mot qui me vient juste après est "illusions"?
- Vos associations d'idées sont pertinentes, Clara. Pour une fois...

La jeune fille lâcha un hoquet de frustration en entendant l'insulte du Docteur, mais ne releva pas plus que ça. Il aurait toujours le dernier mot, de toute façon, et puis il avait déjà commencé à avancer à travers les arbres, obligeant ainsi ses compagnons à le suivre.

Après une bonne minute, les voyageurs temporels arrivèrent sur un sentier battu, et décidèrent de s'y engager. Le tournevis du Docteur lui faisait office de boussole, et il l'enclenchait parfois pour vérifier leur position.

- Dîtes, Docteur... On est à Moscou, et il y a une forêt?
- Il y a bien Hide Park à Londres, Central Park à New-York, le Bois de Boulogne à Paris, non?
- Et nous sommes dans quel parc, là, maintenant?
- Le Parc Ostankino. Ou la Réserve Botanique de Moscou. Difficile à dire, la réserve étant collée au Parc, et étant tout aussi remplie d'arbres...
- Dîtes Docteur... Un truc me chiffonne...
- Quoi donc, Jonas?
- Pourquoi les feuilles sont jaunes et par terre? Il y a une maladie végétale?

Le Docteur et Clara échangèrent un regard surpris, puis le Seigneur du Temps commença à comprendre que les arbres, sur la planète de Jonas, n'était pas forcément les même que sur Terre.

- On appelle ça l'automne, Jonas. Clara, expliquez-lui...

La jeune fille commença donc à expliquer pourquoi les feuilles tombaient, jaunissaient, et tout le reste, tandis que Jonas tentait lui de lui faire comprendre que sur sa planète, il n'y avait pas de saison aussi froide que l'hiver, et que les arbres ne perdaient jamais leur feuilles. Et alors que les deux jeunes commençaient à échanger sur les températures moyenne en été dans leur deux mondes, Jonas aperçut au loin deux hommes habillés en uniforme militaire.

- Dîtes, Docteur... Ils sont bizarrement habillés ces terriens, non? remarqua-t-il en les pointant du doigt. Ils sont toujours habillés comme ça, les habitants de Coscou?
- On dit Mosc... Attendez!
- Oui?
- Vous les pointez du doigt??
- C'est malpoli, ici... rigolait Clara.
- Ce sont des militaires!
- Des militaires? hoqueta la jeune fille.
- Oui!
- Soviétiques? Des militaires soviétiques??
- OUI! Et Jonas, pour l'amour du ciel, baissez votre main!

Mais il était déjà trop tard. Les deux soldats avaient très vite remarqué qu'un jeune homme les pointait du doigt, et que les voyageurs temporels s'étaient mis à se crier dessus, à avoir peur, à parler de militaires...etc. De plus, leur présence ici était théoriquement impossible, le Parc et la Réserve étant fermés et investit par l'Armée Rouge le temps de l'opération. Ils se dirigèrent donc vers eux d'un pas rapide et ferme tout en les apostrophant.

- Eh! Vous, là-bas!
- Les enfants, murmurait le Docteur. Nous allons devoir appliquer la règle N°2.
- Qui est? interrogèrent ensemble ses compagnons.
- Quand je dis qu'il faut courir... COUREZ! »

Et alors les voyageurs temporels se précipitèrent à travers les arbres de la forêt, poursuivis par les soldats soviétiques, qui commençaient déjà à prévenir d'autres militaires par Talkie-Walkie, et qui criaient à leurs cibles de s'arrêter. Le Docteur, bien sûr, n'avait absolument rien à faire des ordres qu'on lui lançait au loin, et continuait de courir, presque en riant, sans oublier de regarder derrière lui pour voir si ses compagnons le suivaient bien. Devant lui, les arbres n'étaient que des lueurs brunes ou grises, qu'il tentait d'éviter. Et au bout d'un moment, il arriva sur une grande bosse, un espèce de talus à moitié creux. Il sauta pour atterrir presque deux mètres plus bas, et lorsque ses compagnons, essoufflés, firent la même chose, il les repoussa à l'intérieur de la cavité, et sauta à l'intérieur pour les y rejoindre. Les soldats ne couraient plus, et erraient dans les environs, pistolet mitrailleur à la main, en train de reprendre leur souffle. Ils marchaient entre les arbres, tentant de retrouver les inconnus... Trois fois, ils passèrent au-dessus du talus sans les apercevoir. Puis, finalement, les russes partirent. Le Docteur sortit la tête de la cavité pour vérifier que l'endroit était bien désert, et les trois voyageurs purent enfin s'extirper de l'endroit, et marcher en paix à travers les arbres.

« Ils vont surveiller toutes les issues, vous savez, murmura une voix près d'eux.

Le trio sursauta d'un coup en entendant ces mots prononcés juste à leur cotés. En se retournant, ils remarquèrent deux hommes blancs, qui devaient être dans la quarantaine, l'un avec un appareil photographique au coup et l'autre qui portait d'épaisses lunettes noires..

- N'ayez pas peur. Ils nous ont poursuivis aussi, lança le photographe.
- Vous êtes... ? interrogea le Docteur.
- Ivan. Et lui, c'est Piotr, expliqua l'autre journaliste.
- Et vous? demanda Piotr.
- Le Docteur. Clara, et Jonas.
- Vous êtes journalistes vous aussi? demanda Ivan.
- Oui!
- Non!

Le Docteur et Jonas avaient répondu en même temps, le premier par l'affirmative, le second par une réponse contraire. Le Seigneur du Temps se retint de lui écraser le pied avec ses chaussures pour punir ce qu'il considérait comme une preuve incroyable de stupidité.

- Dîtes-vous que l'on s'est fait courser par des soldats, ça devrait vous suffire, trancha Clara pour répondre aux journalistes.
- Oui, c'est ça! se ressaisit le Docteur. Je crois que nous avons le même "ennemi", non?

Les deux journalistes les regardèrent droits dans les yeux, et répondirent.

- L'Armée n'est pas notre ennemie. Juste un obstacle.
- Oh, je vois, Piotr...
- Moi c'est Ivan! s'exaspéra le russe.
- Oui, c'est vrai. Désolé. Un obstacle donc... Un obstacle sur la route de la vérité?
- Oui, on peut dire ça comme ça, murmurait Piotr.
- Si vous êtes journalistes, et que vous êtes ici, c'est pour la tour, non? tenta Jonas.
- Perspicace! s'exclama le Docteur. Vous êtes moins idiot que je ne le pensais Jonas.
- Eh! Ne m'insultez pas! Et puis c'était assez simple à deviner, de toute façon.
- Vous avez raison. Finalement, vous êtes tout aussi idiot que je le pensais.

Il ne laissa même pas Jonas répondre à ses brimades et se retourna vers les journalistes.

- Vous savez pourquoi la Tour ne diffuse plus?
- Euh... Peut-être... Enfin, c'est sous vos yeux, d'une certaine façon.
- Ah?
- Docteur... murmurait timidement Jonas.
- Qu'y a-t-il? grogna le Seigneur du Temps.
- Il y a toujours des soldats dans les parcs de la Terre?

Clara lâcha alors un sourire moqueur pour l'alien, qui se mordait les lèvres et la langue en prenant conscience de l'évidence si... évidente.

- L'Armée Rouge a un rapport avec tout ça?
- Oh que oui! Des dizaines de soldats occupent la Tour Ostankino depuis cette nuit. L'esplanade est inaccessible, tout comme le Parc, et l'autoroute a été coupée, expliquait Piotr.
- Tout ça sous l'ordre du Général Ouroumov, précisa Ivan.
- Ouroumov?
- Oui, Docteur. Attendez, j'ai une photo de lui.

Pendant que Piotr cherchait dans la petite sacoche qu'il portait avec son appareil, Ivan commença à expliquer qu'Ouroumov était un général assez chanceux et ambitieux, qui avait obtenu ce grade de façon bien mystérieuse et nébuleuse, et qui semblait parfois suivre des aspirations plutôt personnelles.

- On enquête sur lui depuis plusieurs mois... rajouta Piotr en sortant des mains une photographie de l'homme. Tenez, le voilà! »

Et lorsque le Docteur jeta un coup d'œil au cliché, il eut la confirmation de l'idée qui était née en lui durant les explications d'Ivan. Car sur la photo, dans le manteau de fourrure et sous la casquette d'officier, c'était bien le visage usé et très reconnaissable de l'Illusioniste qu'il apercevait.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Général Ouroumov était seul dans l'ascenseur, et lorsqu'il en fut sûr, il sortit une sphère ronde de la poche de son uniforme, et la lâcha en l'air. L'objet se mit tout d'abord à tomber, comme le voulait la gravité, mais se se suspendit avant de toucher le sol, au niveau des genoux de l'Illusionniste, pour finalement s'ouvrir et projeter un hologramme de Night dans la cabine. La projection partait de l'abdomen de l'homme jusqu'à la tête, tout comme l'était celle du général: la petite sphère le filmait depuis ses genoux, et transmettait une partie de l'hologramme ainsi crée à son supérieur.

« Alors, où en est l'opération?
- Tout se déroule comme il faut, Mr. Night!
- Parfait. Le Docteur est-il arrivé?
- Je pense que oui. On a signalé trois personne qui correspondent particulièrement à nos chers amis dans le Parc Ostankino, monsieur.
- Encore plus parfait.
- Et vous, où en êtes vous?
- Nous serons sur place dans quelques minutes. L'opération pourra être déclenchée dans moins d'une demi-heure, heure locale.
- Bien monsieur. Tout est prêt, de toute façon.
- Alors, mon cher, à bientôt. Dans moins d'une demi-heure, la Terre sera à nous toute entière! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Un étrange bruit, comme un ronronnement, semblait sortir du TARDIS. Clara et Jonas était devant la cabine bleue, dont les porte étaient ouvertes, et entendait ce bruit qui semblait être celui d'un moteur.

« Qu'est-ce qu'il fait? s'impatientait Jonas.
- J'en sais rien... répondit la jeune fille, avant de se tourner vers la Salle de Contrôle. Docteur! Qu'est-ce que vous faîtes?
- Écoutez! criait le Seigneur du Temps depuis l'intérieur pour tenter de couvrir le ronronnement. Si l'Illusionniste a pris le contrôle de la Tour Ostankino, c'est qu'il veut sûrement l'utiliser pour créer un immense champ télépathique autour de Moscou!
- Comme pour les peurs? s'inquiéta soudainement Jonas.
- Oui! C'est ça! Sauf que là, il va sûrement faire autre chose! Il pourra faire croire presque tout ce qu'il veut à plus de quinze millions de personnes!!
- Oh... Et vu qu'on est en pleine Guerre Froide... conclut Clara. Mais qu'est-ce que vous faîtes, là, maintenant??
- Bon, vous allez suivre mes ordres! s'exclamait le Docteur en tentant de couvrir le bruit qui commençait à s'atténuer, mais aussi à se rapprocher. Vous allez rester dans le TARDIS jusqu'à ce que je revienne. Vous n'en bougez pas, vous n'en sortez pas, vous ne touchez à AUCUN bouton!
- Et si vous ne revenez pas? s'inquiéta Clara.

Et juste après qu'elle eut posé sa question, alors que le bruit se faisait de plus en plus proche, le Docteur sortit du TARDIS... Et lorsque Clara compris sur quoi il était assis, elle poussa un cri de surprise.

- Ne me dîtes pas que vous allez...
- Oh si! Et pour répondre à votre question... I'll be back! »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Les soldats sentait que ça approchait... Il ne savait pas ce que c'était, mais il savait que ça approchait. Les routes qui longeaient la tour et son esplanade était fermée, et seule la voie de train, surélevée de plusieurs mètres au-dessus de la route, était utilisée. Mais aucun train n'y passait. Ce bruit de moteur, qui se rapprochait, ne pouvait qu'inquiéter les soldats qui gardaient l'entrée de "l'esplanade", au sud de la Tour. C'était une entrée de service, on y accédait par une route simple, à deux voies uniquement, barrée pour la durée de l'opération... Et le bruit approchait, encore et encore...
L'un des militaires décida de s'éloigner du portail de métal, doublé de deux balises qui entraient et sortaient du sol pour empêcher les voitures de passer, protections auxquelles s'ajoutaient la présence d'une jeep et de quatre soldats armés. Le russe se mit au milieu de la route, regarda à gauche, puis à droite... Et alors, il s'immobilisa, et ses yeux s'agrandirent de stupeur en voyant ce qui arrivait.

Une grande moto, noire, dont la roue avant, pas très épaisse était surmontée par un énorme phare blanc. Un homme était assis sur ce qui s'avérait être une Triumph, dont le moteur commençait à gronder sérieusement. Le Docteur ne portait ni lunettes, ni casque. Il accéléra d'un coup, et l'engin se rapprocha à une vitesse bien plus grande des soldats, qui s'étaient tous mis sur la route pour canarder de balles le Seigneur du Temps, qui représentait sans aucun doute possible une menace énorme.

Celui-ci sentit les tirs le frôler, et accéléra encore plus. Alors qu'il n'était qu'à une cinquantaine de mètres des soldats, il cabra la moto pour qu'elle ne roule plus que sur la roue arrière, fonçant ainsi en direction des russes, qui affolés, laissèrent tomber leurs armes et se précipitèrent sur le coté pour éviter l'impact... Cet impact que le Docteur évitait déjà en précipitant sa moto sur la gauche, tout en redescendant la roue avant et en appuyant sur un des boutons situés devant lui sur la carlingue. La roue atterrit violemment sur la Jeep sans pour autant l'endommager, et la moto sembla monter sur un tremplin imaginaire placé sur le véhicule, pour s'élancer dans les airs et atterrir de l'autre coté du portail.

Le Docteur roula plus vite encore pour atteindre l'immense tour située à sa gauche, et ses neuf "pattes", qui la reliaient au sol. Aucun des soldats présents autour du monument n'eut l'idée de tirer sur le véhicule, tant ils étaient surpris. Et leur surprise se transforma en stupeur en voyant la moto escalader la tour, rouler sur la paroi du bâtiment, à toute vitesse. Et lorsque des couronnes, des cylindres ou des niveaux circulaires, situé autour du corps principal de la tour, semblaient pouvoir stopper l'appareil, celui-ci se cabrait pour rouler sur des plafonds, rouler encore à la verticale, se remettre à l'horizontale...etc. Rien, rien ne pouvait stopper l'homme fou sur son cheval noir de fer, l'homme aux cheveux de charbons qui flottaient dans le vent, aux yeux décidés qui ne clignait pas. Rien ne stoppait le Docteur.

Et enfin, la moto arriva sur le toit, tournant en avant sur 90° pour s'y placer et freinant brusquement par la même occasion. Le véhicule tomba sur le coté, renversant ainsi le Docteur, qui se retrouva le nez collé au métal froid de la tour. Derrière lui, le moteur de son engin s'était arrêté, et les roues tournaient dans le vide, ralentissant peu à peu.
Lorsqu'il releva la tête, il aperçut deux bottes de cuirs bruns, des bottes d'hommes. Des bottes militaire. Et l'un des pieds qui lui faisait face frappa aussitôt son visage, le propulsant ainsi sur la moto. Le Docteur, sur le dos, regarda son agresseur, et se mit à sourire.

« Ouroumov! Hahah! J'en étais sûr!
- Vous avez prit votre temps, Docteur, remarqua l'Illusionniste. J'ai eu quelques semaines devant moi pour parfaire cette identité.
- Vous avez vraiment réussi à faire croire à tout le monde que vous êtes un général russe?
- Vous savez, quand il s'agit de faire gober quelque chose à quelqu'un, je suis un expert.
- Oui, j'avais cru comprendre.

Le Docteur tenta de se relever, mais un nouveau coup de pied du faux général le remit à terre.

- On ne bouge pas, Docteur.
- D'accord... soufflait le Docteur en respirant bruyamment. Alors... dîtes-moi... Vous aller utiliser la tour pou vos... vos champs télépathiques?
- Exactement Docteur. Moscou sous mon contrôle. Je peux faire croire à une attaque nucléaire de la part des américains, si ça m'amuse... Les russes riposteront! répondit l'Illusioniste en riant.
- Mais vous n'allez pas faire ça, n'est-ce pas?
- Non. Bien sûr que non. Je prend le contrôle de la ville et du pays en faisant croire à des décisions du gouvernement, par exemple... Ledit gouvernement se fait assassiner avant, bien entendu. Ou du moins, ils croiront se faire assassiner, l'illusion sera si réelle que... ploup! Plus de camarade président, plus de ministres!
- L'effet placebo...
- Exact! Et ensuite, l'État, c'est Moi! Personne ne sait que le Gouvernement n'existe plus, je "prends sa place" grâce aux illusions...etc. L'Union Soviétique tout entière entre mes mains, avec le plus grand arsenal nucléaire du monde!
- Le deuxième.
- Pardon?

Le Docteur se releva à nouveau, mais cette fois, l'Illusionniste ne le poussa pas par terre. Autour d'eux, il n'y avait personne. Juste le mat de l'antenne, qui était ancré au centre du toit circulaire.

- Le deuxième arsenal nucléaire mondial. Reagan a fait des États-Unis la première puissance, je vous signale. Un arsenal bien plus moderne, pour forcer les russes à s'améliorer, de sorte qu'ils ruinent leur économie et que...
- Je n'ai rien à faire de vos cours d'histoire, Docteur.
- Vous devriez pourtant. Vous êtes arrivé au mauvais moment. Les années 80: l'URSS s'effondre lentement, mais sûrement. Maintenant, j'ai une question pour vous.
- Allez-y, j'ai tout mon temps!
- Comment avez vous fait pour maintenir trois réalité en parallèle de façon aussi réaliste? Sur Gallifrey.
- Oh! J'apprécie le compliment, Docteur. Et bien, j'ai la force mentale qu'il faut pour tout maintenir moi-même... Mon cerveau est assez incroyable, je sais.
- Mais comment faisiez-vous pour reproduire à la quasi-perfection nos trois comportements?
- Ah, vous croyiez réellement que vous étiez avec vos compagnons, n'est-ce pas?
- J'ai compris au bon moment que votre monde n'existait pas. Mais j'aimerais savoir comment vous aviez pu reproduire les comportements.
- C'est simple. Vos cerveaux étaient reliés à un grand nombre d'appareils qui "contrôlaient vos rêves", on va dire. Ces appareils étaient assez perfectionné pour simuler le fonctionnement de vos cerveaux, et donc vos réactions face à telle ou telle situation. Et en plus, parfois, ils... "prenaient à part" un vrai cerveau, il mettait le rêve en pause, et il faisait des tests dessus, pour voir la vraie réaction. Tout ça sans que vous ne vous rendiez compte. Pas mal, non?
- Mais il y a eu cette musique, qui m'a tout de suite fait comprendre où j'étais... D'où est-ce qu'elle venait, elle?

En entendant ces mots, l'Illusionniste bouillonna, et frappa le Docteur d'un coup de poing dans le ventre. Le Seigneur du Temps se plia sous la douleur, mais comprit qu'il avait ici une ouverture pour pouvoir neutraliser l'homme avant qu'il ne mette son plan à exécution, et balaya les jambes du faux général pour le faire tomber à terre. Celui-ci, en s'écroulant, attrapa la veste noire du Docteur de sa main, et le tira violemment vers lui. L'alien fut projeté en direction du mat, et tomba terre devant celui-ci. Il se retourna sur le dos, pour faire face à son adversaire, qui s'était déjà relevé, et qui se précipitait vers lui. Le Docteur leva la jambe et frappa l'Illusionniste dans l'abdomen. Celui-ci recula, mais le vent était dans son dos, et sa puissance l'empêchait de tomber. Sauf qu'il commençait à tourner, ce vent, et à se faire de plus en plus fort. Et le Docteur, qui s'était relevé, alors qu'il ne voulait que marcher, s'était finalement presque précipité sur l'Illusionniste, qui en profita pour l'attraper de ses deux mains, pour ensuite le projeter au sol avec violence. Le choc fut tel que le Docteur glissa sur le coté et tomba dans le vide. Le Seigneur du Temps réussit à se rattraper à la surface du toit avec ses deux mains, mais le vent faisait claquer sa veste derrière lui, et lui tirait les cheveux en arrière, tout en l'empêchant de remonter. Il battait des jambes dans le vide, ce qui amusait fortement l'Illusionniste, qui ricanait en le voyant ainsi se débattre, et tenter de remonter sur le toit. Il avança alors vers lui, et commença à lui écraser la main gauche avec une de ses bottes, pour le faire tomber.

- Oh, non, Docteur...
- OH SI! »

Et alors, le Docteur fit balancer son corps en avant, pour appuyer ses pieds sur la paroi de la tour, attrapa fermement la jambe de l'Illusionniste avec sa main libre, et se projeta dans le vide, tombant sur plus de 300 mètres, entraînant dans sa chute son adversaire, qui criait de terreur en voyant chaque secondes le sol s'approcher de lui.




Citation:

Le vent fouettait le visage des deux hommes dont la chute semblait sans fin. L'Illusionniste ne criait plus, et tentait de repousser le Docteur, qui s'agrippait à lui. Ils n'avaient pas heurté les premiers niveaux d'observation, et continuaient leur descente sans aucune autre destination que la terre ferme et dure. Et alors qu'ils se débattaient l'un dans l'autre dans de vaines tentatives de s'enfuir, alors que le sol se rapprochait de plus en plus, qu'il ne restait plus qu'une centaine de mètres, ils furent aveuglés par un flash blanc particulièrement puissant, et heurtèrent ensemble un sol froid et métallique.

Le Docteur était sonné pour quelques secondes, tout comme l'Illusionniste. Mais lorsque le premier reprit ses esprits, le second n'était déjà plus à coté de lui. Le Seigneur du Temps observa la pièce où il se trouvait désormais, et était fort surpris. Il s'agissait d'une grande salle circulaire, d'un diamètre de 30 mètres, très moderne. Elle était divisée en deux niveau: le sien, un disque assez grand, qui occupait une bonne partie de la pièce. Autour se situait une couronne d'environ cinq mètres de larges, surélevée deux mètres par rapport au niveau où il se trouvait, et autour de laquelle on pouvait voir des consoles, des portes sur les murs, des écrans, alors que le sous-niveau du Docteur était vide, relié au couloir qui l'entourait par quelques escaliers, ne possédant qu'une seule sortie au niveau de son sol, qui consistait en une immense porte qui coupait la couronne. Le Seigneur du Temps comprit rapidement où il se trouvait. Il s'agissait vraisemblablement d'un téléporteur de vaisseau. Un gros téléporteur, pour être exact. Ving-cinq mètres de diamètres, de quoi transporter des véhicules, des marchandises, des satellites, des bombes ou encore des contingents entier d'hommes armées...
Sur la "couronne surélevée", où des techniciens configuraient le téléporteur, l'Illusionniste était dressé à coté de Mr. Night, que le Docteur ne connaissait pas. Les deux hommes se trouvaient derrière une rambarde qui faisait le tour du "couloir", pour empêcher les gens de tomber dans l'espace de téléportation.

« Vous voici enfin, Docteur...
- Quoi? grogna le Seigneur du Temps.
- Je crois que votre chute n'a pas été assez amortie... Mais vous êtes vivant, c'est déjà ça.
- Tiens... Quelqu'un qui ne... veux pas ma mort...
- En effet, Docteur. Vous me mettez des bâtons dans les roues depuis un certain temps, alors j'aimerais avoir le plaisir de voir votre impuissance face à mon organisation, aujourd'hui.

Le Docteur se relevait peu à peu, en parlant avec cet homme dont il ignorait l'identité. Lorsqu'il fut debout, il se massa un peu le dos, et détailla son interlocuteur. Pas très grand, le visage gras, un peu boudiné, le regard presque blasé et snob... Mais une certaine prestance, à n'en point douter.

- Votre organisation, hein? Et je vous combats depuis un certain temps?
- Oui. Je suppose que vous voyez de quoi je parle...
- Bien sûr... Honorius Prog, le Dictateur et Kulvin Rotiart... le traître... Cette organisation dont il ne connaissait pas le nom, la voilà donc?
- Il connaissait le nom, mais ne vous a rien dit... Pas si traître que cela, finalement. Docteur, je suis Mr. Night, à la tête de l'Infinium. Et vous, vous êtes entre les griffes de la plus puissante organisation de l'Univers connu. J'espère pour vous que les choses sont claires. »



Le Docteur se tenait debout, au milieu de la zone de téléportation, et dans sa tête, de nombreux éléments commençaient à s'associer entre eux. Certaines zones d'ombres s'éclairaient.

« Entre vos griffes, hein... Un piège, c'est ça?
- Oui, Docteur. Un piège dans lequel vous êtes... tombé, c'est le cas de le dire, sans rien venir voir.
- Je savais que j'atterrirais ici, mais je ne pensais pas que ça vous aurait arrangé...
- Vous saviez que vous seriez téléporté? hoqueta l'Illusionniste

Le Docteur eut un sourire satisfait en voyant la légère, très légère, incrédulité sur le visage de son adversaire, qui venait de prendre la parole, alors qu'il s'était tu depuis son atterrissage ici.

- Vous n'êtes pas seul, je l'ai su dès que vous vous êtes enfui du clone de Gallifrey. Une planète clonée qui n'existe plus et qui pourtant était entre vos mains, une fausse identité connue de bien des gens sur la Terre des années 1980, autant en URSS qu'en Europe ou aux États-Unis, où les services secrets ont des informations sur tout le monde... Sans compter le matériel, les moyens, la capsule temporelle et les discussions que vous avez eu avec d'autres personnes depuis votre fauteuil d'Illusionniste...
- Alors vous aviez deviné qu'il travaillait pour moi? s'étonnait Night.
- Dans les ordinateurs de "sa Gallifrey", il y avait des traces de vos discussions. Pas le contenu, mais les dates et les interlocuteurs. Donc il était en contact avec d'autres personnes. Lorsque je suis revenu à mon TARDIS pour prendre la moto anti-gravitationelle, les écrans de la Salle de Contrôle m'ont indiquée qu'un vaisseau assez imposant orbitait autour de la planète, un vaisseau qui n'avait rien de terrestre. Et je voulais m'y rendre, tout en empêchant votre copain illusionniste de mettre son plan, quel qu'il ait été, à exécution.
- Je vois, Docteur... coupa Night. Sur la Tour, vous vous êtes battus avec lui, pour que vous chutiez ensemble... Dans votre esprit, nous ne pouvions pas nous passer d'un tel élément, et nous devions le sauver. En y restant accroché, vous pensiez être téléporté vous aussi.
- Oui. Vu que nous étions tout les deux en contact, et que l'on chutait à toute vitesse vers le bas, aucun téléporteur n'aurait pu être assez précis pour ne sauver que sa vie à lui. Mais bon, finalement, j'aurais pu le lâcher.
- En effet... Tenez, tenez, vous qui êtes si fier de montrer l'étendu de vos capacités cognitives et logiques... Je crois que nous avons trouvé un public pour vous! lança Night en se penchant pour regarder l'écran d'une console.

Il aboya alors un ordre à un technicien de téléportation, qui pianota sur quelques boutons placés sur une autre console, et un léger flash blanc apparut à quelques mètres du Docteur, qui, en disparaissant, révéla les deux compagnons du Docteur.

- Qu'est-ce que... Vous étiez dehors?? s'insurgeait le Seigneur du Temps.

Les deux humains prirent un peu de temps pour comprendre quel environnement les entourait. Et à vrai dire, ils ne comprirent pas grand chose, à part le fait qu'ils avaient été téléportés.

- Où est-ce qu'on... commença Jonas.
- Dans un vaisseau, en orbite! coupa le Docteur. Et il y a quelques dizaines de secondes, vous étiez à portée du téléporteur, donc vous étiez dehors! Vous n'écoutez jamais les ordres?
- Désolé... bredouillait Clara. On voulait juste prendre l'air. La ventilation a quelques problèmes, dans le TARDIS...
- Vos histoires sont fort peu intéressantes, mademoiselle! coupa Night. Maintenant, Docteur, j'ai une question à vous poser. Lorsque vous étiez encore branchés aux ordinateurs, tout les trois, il y a eu une musique. Quelqu'un a branché un lecteur de musique à une partie de l'ordinateur de notre cher Illusionniste.
- Ce qui m'a immédiatement fait comprendre que je n'étais pas sur la réelle Gallifrey. D'ailleurs, qui a mis ce lecteur de musique?
- J'allais poser la même question! beugla l'Illusionniste. Vous aviez un allié dans MES bâtiments, et pourtant il ne vous a pas réveillé, il vous a juste donné un peu d'aide! Qui c'était? Et pourquoi est-ce qu'il a fait ça comme...
- Je n'en sais rien! coupa le Docteur. Pas plus que vous, en tout cas. Il n'en reste que l'on a pu survivre à vos tentatives de meurtre.
- Pff... J'allais pas vous tuer, vous savez. J'aurais pu, c'est vrai. Mais je devais vous garder vivant. J'aurais tout arrêté avant.
- De toutes façons, vous n'aviez pas d'explications pour vos scénarios grandiloquents, n'est-ce pas? railla le Seigneur du Temps. Ils m'ont raconté... Pas de président parce que dans le futur, il se passerait quelque chose autour de celui qui le serait? Qu'est-ce qui devait se passer? Rien, n'est-ce pas?
- Pas faux. J'avais pas besoin de trouver d'explications, vu que je devais tout arrêter avant. Mais bon, maintenant, on les a les explications!
- Pour quoi faire? interrogea Jonas.
- Pour la Terre, jeune homme. La Terre entière! répondit Night.

L'homme prit sa respiration, et commença à tout expliquer. Il adorait ce moment, où il étalait son intelligence et son charisme face à un adversaire totalement impuissant.

- La Tour n'était qu'un piège. Un énorme piège pour capturer le Docteur. En réalité, nous n'avons rien installé à l'intérieur de la Tour, même si certains soldats ont cru voir des militaires du génie amener du matériel à l'intérieur. Avec les technologies que nous possédons, pourquoi contrôler Moscou quand on peut contrôler toute la planète?
- Vous voulez créer un champ télépathique à travers le monde entier?! s'exclama Clara.
- Oui, mademoiselle. Un réseau de 150 satellites furtifs et à la pointe de la technologie, qui orbitent tous autour de la planète à une vitesse qui permet de couvrir chaque millimètre-carré de ce monde, a été mis en place par l'Infinium, mon organisation. Dans quelques minutes, nous l'activerons, et ce cher Illusionniste contrôlera la planète pour nous.
- Pourquoi voulez-vous la Terre, Night?
- C'est MONSIEUR Night, Docteur. Et voyez-vous, l'Infinium a toujours besoin de ressources, qu'il s'agisse d'esclaves ou de matériaux. Rien ne vaut une planète pour ça. De plus, les arsenaux nucléaires de ce monde sont fort intéressants. Les missiles sont beaucoup trop primitifs, mais les charges explosives à l'intérieur, elles, pourraient nous êtres utiles. Il y a là-dedans de quoi ravager des dizaines de planètes, à n'en point douter.
- Vous profitez de la folie des hommes... Mais pourquoi l'Infinium a-t-il besoin de ressources, hein? Quels sont vos buts, Night?
- Docteur... l'Univers tout entier est peuplé de brutes, d'idiots purs, de fous à liés, de malades mentaux, d'imbéciles heureux, de dépressifs suicidaires, de démagogues modèles et d'idéaliste simplets. Il existe, bien heureusement, une minorité de personnes intelligentes. Un nombre extrêmement faible, trop faible. Des génies incompris, des ambitieux stoppés dans leur course, des hommes de pouvoir renversés par des révolutions du bas-peuple... Ces gens là méritent le pouvoir!
- On appelle ça la dictature, vous savez... commenta Jonas. Je le sais bien, j'ai vécu sur Qatros.
- Je sais d'où vous venez. Vous faîtes partie de ce bas-peuple répugnant, de ces êtres sans valeur, continuait Night avec un air de dégoût. La dictature, c'est un mot utilisé pour faire croire que ce que nous voulons est mal.
- Et qu'est-ce que vous voulez? L'aristocratie, c'est ça? devinait Clara.
- En effet mademoiselle. L'aristocratie, au sens propre, c'est le gouvernement par les meilleurs. Ceux qui ont l'esprit, l'intelligence, l'ambition nécessaire. Les génies, les très, très grands intellectuels. Voilà ce que nous voulons. Que l'Univers soient entre les mains des meilleurs.
- Et comme, justement, votre "Infinium" n'a pour membre que les plus grands, les plus beaux et les plus intelligents, les mains des meilleurs, ce sont les vôtres... comprenait Jonas.
- Vous savez, si vous aviez fait un peu de philo, à l'école, vous sauriez que l'aristocratie, ça ne dure pas longtemps, commenta Clara. On dérive vite à la Timarchie, puis l'Oligarchie, et au final, on se retrouve dans la Tyrannie.
- D'où vous savez ça, vous? s'étonnait le Docteur.
- Je suis professeur de lettres, je vous rappelle!
- Mademoiselle, coupa Night. Vous citez du Platon, qui parlait des formes de pouvoirs dans la Cité grecque! Le cadre est intergalactique pour nous! Les choses sont différentes. Et puis, vous oubliez que pour ce cher Platon, la chose qui va dégénérer en Tyrannie, c'est la très chère Démocratie que vos deux hommes défendent avec tant de hargne.
- Nous ne sommes pas ses deux hommes! grondait le Docteur.
- Enfin bref, assez de philosophie! Nous sommes les plus grands esprits de cet univers, nous méritons ce pouvoir! Nous nous allions aux "dictatures" parce qu'elles sont un modèles de réussite politique sur une échelle minuscule par rapport à la notre. Nous les aidons à continuer, et en échange, nous pouvons profiter plus ou moins directement de certaines ressources en leur possession.
- C'est ce que vous aviez fait pour Quatros... Mais le Dictateur ne vous connaissait pas.
- Bien sûr que non. Cet "Honorius Prog" avait beau être intelligent, il n'était pas à notre niveau, Docteur. La preuve est qu'en moins d'une journée, vous aviez renversé son empire.
- Et Rotiart, lui, il travaillait pour vous, n'est-ce pas? devinait Jonas. Pourtant il ne vous a jamais averti de ma présence sur Qatros, alors que Prog le lui avait dit. Il n'y avait aucune trace de transfert de message sur son ordinateur.
- En effet, il était membre de l'Infinium. Mais il nous a averti, avec des moyens indépendants des primitifs systèmes de communication présent sur sa planète. Il était certes un peu moins intelligent que son collègue Witnink mais son ambition était sans failles. De plus, avec lui, nous avions une technologie qui pouvait nous créer des armées entières, qui pouvait recycler des populations d'ignares inutiles en ignares utiles. Et nous assurer une vie éternelle. Régner sur l'Univers à jamais. Nous aurions eu assez de temps pour trouver une solution à la fin ultime de cette dimension, vous savez. Vous nous avez porté un grand coup en détruisant les travaux sur la Régénération.
- Mais maintenant vous m'avez, c'est ça?
- Oui, c'est aussi cela. Libre, vous êtes une menace pour nos plans, Docteur, et vous pouvez même ramener les Seigneurs du Temps dans cet Univers, qui sont les seules entités capables de nous arrêter, je le reconnais.
- Mais entre vos mains je ne peux pas vous causer de tort, c'est ça?
- Bien sûr! Mais surtout, vous pouvez, je pense, vous régénérer encore quelques fois avant de mourir, ce qui nous permettra de créer un nouveau régénérateur de façon bien plus rapide et précise qu'avant, et peut-être, avec un peu de chance, de trouver un Docteur prêt à nous aider volontairement. Mais nous verrons ceci plus tard. Pour l'instant, nous allons devoir activer nos satellites... Combien de temps pour vous préparer? demanda Night à l'Illusionniste.
- Dix minutes, répondit celui-ci de sa voix rocailleuse. Quinze maximum.
- Bien! Gardes, amenez nos invités sur la passerelle du vaisseau. Il faut qu'ils puissent admirer le spectacle. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le vaisseau de l'Infinium était un cône large de deux kilomètres, mais haut seulement de 800 mètres, et dont la pointe avait été arrondie en une grand dôme de verre d'une vingtaine de mètres de diamètre. Ce dôme abritait le pont du vaisseau, où tout était contrôlé. C'était une salle circulaire, d'où l'on voyait l'espace tout entier. Les techniciens, les officiers de ponts et autres opérateurs nécessaires à la bonne marche de l'appareil étaient installés sur des chaises qui suivaient le mur: les ordinateurs et les consoles étaient en effet tout autour de la pièce, et ne prenait donc qu'une faible partie du volume. La majorité de l'espace était vide, excepté le centre, qui était occupé par un fauteuil futuriste qui pouvait tourner sur 360°, et qu'utilisait Night pour dominer la pièce et aboyer ses ordres un peu partout. Ce trône était, de plus, équipé d'un système de communication, de projecteurs holographiques et de bulles de silence, qui permettait de communiquer ou de réfléchir sans aucun bruit. Enfin, quatre cercles légèrement grisâtres sur le sol blanc et lisse, disposés en croix autour du fauteuil, servaient d'ascenseur pour sortir et rentrer dans la passerelle.

Les voyageurs temporels se trouvaient à droite de Night, entre son trône et un des ascenseur. Derrière chacun d'entre eux se dressaient un garde armé d'une matraque électrique particulièrement efficace quand il s'agissait de paralyser quelqu'un.

« Les satellites sont-ils tous connectés et synchronisés? commença Night.
- Oui, monsieur! répondit un opérateur assis près d'une console.
- Compte-à-rebours?
- Prêt! lança un autre.
- Annulation d'urgence?
- Prêts à intervenir en cas de problème, monsieur! cria un troisième.
- Bien... murmurait Night en appuyant sur un des boutons de son accoudoir. Illusionniste, paré?
- Cerveau entièrement connecté, monsieur! répondit la voix rocailleuse avec un léger tremblement. Paré à penser pour la Terre.
- Parfait. Docteur, mademoiselle Oswald, monsieur... quel est votre nom déjà?
- Je m'appelle Jonas, c'est tout. Jonas de Krumwen.
- Oui, j'avais oublié... Le bas-peuple de Progus, planète où seuls les gens importants possèdent un nom de famille, marmonnait Night avec dégout. Les autres gardent le nom de leur petit village tranquille. Donc, Docteur, mademoiselle Oswald, et... homme de Krumwen, admirez bien le spectacle! Lorsque le compte-à-rebours sera terminé, les écrans et hologrammes afficheront l'étendue de notre influence télépathique sur ce monde. Vous aurez sous vos yeux l'incarnation du Pouvoir avec un P majuscule!

Et comme pour illustrer ses dires, un immense hologramme de plusieurs mètres d'envergure apparut dans les airs, visible de tous dans la pièce. Dessus, un compte à rebours de 60 secondes était prêt à s'enclencher. Le cadre qui contenait les chiffres était entouré de sphère représentant la planètes selon les densité de population, les pays ou d'autres filtres, ainsi que les orbites des satellites.

- Enclenchez le décompte! ordonna Night. »

L'hologramme afficha alors un 59, puis un 58, tous annoncé par une voix féminine synthétisé. Et le compte-à-rebours continuait. Il restait moins d'une minute avant l'activation du réseau de satellites. Et cela terrifiait plus ou moins Clara et Jonas, qui souffraient beaucoup de leur terrible impuissance.

« Ne craignez rien, et écoutez moi... »

La voix du Docteur résonnait dans leur tête.

« Surtout, restez impassible! Ils ne doivent rien soupçonner. Il faut que vos visages restent apeurés.
- Comment pouvez-vous faire ça, Docteur?
- Le lien télépathique que j'ai placé dans vos têtes. Je ne l'ai pas enlevé. Maintenant écoutez moi. »
« 53... 52... 51... continuait la voix féminine du vaisseau. »
« Nous pouvons tout arrêter si nous sommes synchronisés. Il faut que l'on paralyse les gardes derrière nous. Personne d'autre n'a une arme, ici, à part Night. Lorsque le décompte atteindra "20", vous allez devoir prendre très rapidement les matraques de vos gardes par le manche, les retourner sur eux et appuyer sur le bouton qui lance les impulsions électriques. Commencez déjà à reculer lentement, pour que votre dos touche ou frôle les matraques. Comme ça, vous saurez où lancer votre main pour reprendre le manche. Si nous sommes synchronisés, nous avons l'avantage de la surprise. »

« 30... 29... »

« Jonas, vous êtes le plus proche de Night. J'aurais quinze secondes pour annuler l'opération. C'est amplement suffisant s'il ne me menace pas avec son arme. »

« 26... »

« Vous devez le maîtriser avec la matraque pour l'immobiliser à coup sûr. Maintenant, vous deux, soyez prêt à intervenir. On y va à 20! »

« 22... 21... 20... »


Inédit Doctor Who Alternative (jusqu'à la fin du compte-à-rebours)

12th Doctor's theme: Run!


Au moment où la voix synthétique achevait d'annoncer la double dizaine, les trois voyageurs temporels s'étaient retournés brusquement, et avaient déjà attrapé le manche des matraques des gardes. Le Docteur et Jonas avaient réussi, sous la surprise, à pousser l'arme d'un coup sur le ventre de leur cible et à appuyer sur le bouton. Mais Clara n'avait pas été assez forte, et le garde résistait.

« 18... »

Le Docteur frappa brutalement la tête du garde situé désormais à sa gauche, qui empêchait Clara de l'immobiliser, avec une matraque. Mais Night avait déjà réagi. Il avait sauté de son siège, pistolet en main, prêt à tirer sur Jonas.

« 16... »

Le Seigneur du temps abattit sans l'activer son arme sur le bras du chef de l'Infinium. Night lança un grognement et tira. Un trait d'énergie frôla Jonas en éraflant la peau de ses côtes, et le jeune homme, sous la douleur de la brûlure, avait trébuché à terre.

« 13... »

Le Docteur courait vers la console où se trouvait le bouton d'annulation, qu'il avait remarqué lors des derniers préparatifs. Mais alors qu'il avait dépassé le siège central et qu'il n'était plus qu'à mi-chemin de son objectif, un homme se précipita sur lui.

« 11... »

C'était un opérateur de la passerelle, qui tentait d'empêcher les voyageurs temporels de mettre leur plan à exécution. L'homme attrapa les bras du Docteur, et réussit à projeter la matraque au loin. Il tenait le Seigneur du temps par les poignets, et les deux se débattaient, à celui qui tordrait le bras de l'autre le plus vite. Mais le Docteur n'avait pas de temps à perdre dans un combat à la loyale, et asséna un coup brutal de sa tête sur le front de son agresseur.

« 8... »

Avant même d'avoir eu le temps de se retourner, l'alien sentit le poids énorme de Night s'écraser sur son corps. Le chef de l'Organisation s'était jeté sur lui, et l'avait ainsi plaqué au sol, le menaçant de son pistolet.

« 7... »

Le Docteur frappa la main de son agresseur, et l'arme tomba à coté de lui. Night ne chercha même pas à la ramasser, et ramena ses doigts sur le cou du Seigneur du Temps, l'étranglant avec force.

« 5... »

Une matraque s'abattit sur la tête de Night, en lançant son impulsion électrique. Le Docteur eut à peine le temps de reprendre sa respiration, et alors que le crâne de son agresseur s'écrasait sur son épaule, il aperçut Clara qui tenait l'arme d'un garde entre ses mains.

« 4... »

Il se dégagea rapidement, attrapa le pistolet et se releva d'un bond, se dirigeant d'un pas rapide vers la console où se trouvait le bouton d'annulation. L'opérateur qui y occupait le siège en face de la console s'était levé et se précipitait sur le Docteur pour le stopper.

« 3... »

L'opérateur fut frappé par un tir du pistolet que tenait le Seigneur du Temps. Tout n'était plus qu'une question de secondes, et aucun retard n'était envisageable.

« 2... »

Le Docteur s'était assit "doucement" et retroussait ses manches, devant la console qu'il avait tant cherché à atteindre.

« 1... »

Et enfin, sous les yeux ébahis de la bonne trentaine de personnes présente dans la pièce, le Seigneur du Temps leva sa main droite en l'air et écrasa un gros bouton bleu qui contrastait avec la blancheur très propre du reste de la console.

« Procédure annulée. »

Le Docteur se releva immédiatement, et sortit son tournevis sonique. Derrière lui se trouvait la seule console qui permettait d'activer manuellement le réseau de satellites. Il était désormais maître de la situation.

« Tout est protégé contre le sonique, ici, vous savez... remarqua un opérateur.
- Oh non! Pas tout... répliqua le Seigneur du Temps dans un rire léger.

Et alors, il régla son tournevis en quelques secondes, et le pointa, en l'activant, sur son arme, qu'il pointait en même temps vers le haut. Et près un court instant de sonication, il appuya sur la gâchette.
L'arme ne lâcha aucun rayon. Elle servait d'amplificateur et de concentrateur aux ondes soniques, et les personnes présentes sur la passerelle le comprirent très rapidement, lorsqu'ils virent une longue fissure qui grandissait sur la baie vitrée, au plafond, provoquée par le Docteur.
Des cris s'échappèrent des bouches grandes ouvertes des opérateurs, affolés par la menace mortelle d'une dépressurisation en milieu spatial. Le vide autour de la vitre allait aggraver la fissure, et très rapidement, la baie serait brisée par la pression, aspirant ainsi tout ce qu'il y aurait dans la pièce vers l'extérieur.
Dès lors, tout le monde se précipita sur les ascenseurs, que l'on activait grâce à des mouvements de pieds. Sous l'affluence de huit ou neuf personnes qui tentait de tenir dans un cercle conçu pour ne transporter qu'une demi-douzaine d'humains, les appareils recevaient nombre de messages contradictoires sur le niveau auquel ils devaient descendre, étant donné le nombre de chaussure qui piétinaient les ascenseurs. Mais ils finirent par descendre, et en moins d'une minute, la passerelle s'était vidée, certains ayant sautés dans les trous laissés par les ascenseurs avant que le sol ne se referme, atterrissant ainsi avec violence sur d'autres personnes déjà entassées dans un cylindre dont la largeur n'était pas fameuse.

- Bon, mettons-nous au travail, et vite! s'exclama le Docteur en se mettant à pianoter sur de nombreux boutons, une fois que tout le monde eut fui, à l'exception de ses compagnons.

Dans la pièce, il n'y avait plus que le cadavre de l'opérateur abattu par le Seigneur du Temps, celui inanimé de Night, encore paralysé, et ceux des trois gardes. On pouvait aussi ajouter Jonas, qui était assis par terre, retenu par une seule main, l'autre, placée entre sa veste et son T-Shirt, appuyant sur sa blessure à la côte. Le tir avait déchiré sa veste en cuir à multiples poches, son gilet de pêcheur comme le surnommait désormais le Docteur, et un mince filet de sang coulait entre les doigts du jeune homme, tâchant son T-shirt olympique lui aussi déchiré. Il grimaçait et respirait fortement, mais ne semblait pas en grand danger. Malgré tout, le Docteur voulut s'en assurer.

- Eh, Jonas... Vous survivez?
- Je... Ouais, ça va... Mais faudrait... ahh... de quoi panser, grognait-il. C'est bête parce que... j'étais très... fort pour faire çaahh... dans la Résist... Les premiers soins.
- Vous montrerez à Clara. Justement, Clara, occupez-vous de lui! Il faut qu'il soit sur pied dans quelques minutes tout au plus.
- Attendez, Docteur! Et pour la vitre? Si elle se brise? On va...
- Rester sur le sol. Il y a toujours un bouclier de protection pour les hublots et les vitres en contact direct avec l'espace. Mais les gens l'oublient souvent lorsque la panique prend tout le monde. Enfin bref! J'oubliais, si Night tente de se relever, assommez-le à nouveau.

Après avoir donné ces instructions, le Docteur commença à trifouiller sur plusieurs consoles, verrouillant les ascenseurs, augmentant au maximum la furtivité et la puissance des boucliers... etc. Et pendant qu'il faisait cela, Clara avait aidé Jonas à enlever les vêtements qui lui couvraient le torse, et enroulait autour son abdomen musclé un bandage de tissu trouvé dans une sorte d'armoire à pharmacie à-demi cachée sous une console. Elle le faisait avec lenteur, et son visage était à la fois empli de pitié pour le jeune homme et de dégoût pour les quelques morceaux de chair brûlée qu'elle avait vus d'assez prêt en commençant son opération...

- Clara, arrêtez de mater les abdominaux de Jonas et terminez ce bandage. Il nous reste quatre minutes. »

Et pour illustrer ses dires, l'hologramme qui dominait toute la pièce, resté vide, s'anima, démarrant un compte-à-rebours de 240 secondes, accompagné de la voix synthétique qui annonçait l'issue du décompte.

« Auto-Destruction du Vaisseau dans 4 minutes »

« QUOI? s'exclama Clara.
- J'ai déjà enclenché l'auto-destruction des satellites, il ne faudrait pas que la Proclamation de l'Ombre ne s'en charge elle-même. Elle serait bien capable d'en copier les plans.
- Mais si vous faîtes exploser les satellites... La Terre va les apercevoir, non?
- Non, ils sont minuscules, et furtifs de surcroit. Par contre, le vaisseau, lui, il va faire des étincelles. Mais ne vous inquiétez pas, j'ai inversé la polarité des boucliers, et je les ai mis au maximum. Ils auront le temps et la puissance nécessaire pour contenir l'explosion avant de tomber par manque d'énergie. Mais le temps reste compté! Jonas, vous pouvez vous lever et marcher?
- Je crois bien que... oui... soufflait l'humain en se relevant difficilement.
- Bien. J'ai verrouillé les ascenseurs et leurs puits. Personne ne remontera ici. Mais heureusement que Night est bourré d'égoïsme.
- Hein?
- Il y a un téléporteur dans son siège, expliqua le Docteur en traînant le chef de l'Infinium, à moitié conscient, sur son trône.

Jonas reprit son "gilet de pêcheur", sous lequel il était torse-nu, son T-Shirt olympique étant trop imbibé de sang. Il attrapa ensuite de ses deux mains le costard que portait Night, comme lui demandait le Docteur, et Clara faisait de même. Le Seigneur du Temps pianota sur le petit clavier d'un accoudoir d'une main, tenant fermement le chef de l'Infinium avec l'autre et frappa sur un bouton. Une intense lumière blanche entoura alors le corps de Night, et se propagea en une seconde sur les voyageurs temporels, puis les quatre personnes disparurent.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


L'Illusionniste s'était enfui de la salle où se trouvait tout ses appareils dès qu'il eut compris que le Docteur était en train de renverser la situation. Sachant de quoi était capable cet homme, il avait pris la décision rapide de s'enfuir du vaisseau le plus vite possible pour rejoindre d'autres membres de l'Infinium. Il fallait s'unir pour combattre un ennemi pareil, organiser une revanche, un match retour, pouvait-on dire. Un match où le Seigneur du Temps ne gagnerait pas.
C'était pourquoi il avait rejoint la salle du grand téléporteur dans lequel les voyageurs temporels avaient atterri. Aucun membre d'équipage n'avait eu l'idée d'y venir, tous s'étaient précipité dans les hangars, pour prendre des navettes. Et si certains avaient finalement eut l'intelligence d'utiliser le grand téléporteur, ils avaient probablement fait demi-tour face aux portes verrouillées par l'Illusionniste. Il était seul, et l'appareil pouvait le téléporter sur plusieurs centaines d'années-lumières! Et alors qu'il était en train de le régler, toujours habillé en général soviétique, il fut aveuglé par un flash blanc qui explosa juste à coté de lui. Night, qui était toujours dans la position du fauteuil, tomba à terre, ce qui le réveilla totalement. Le Docteur, apercevant l'Illusionniste, se précipita sur lui et avant que l'hypnotiseur n'ait eu le temps de réagir, il le poussa dans la grande zone de téléportation, le faisant glisser sur le sous-niveau. Et alors que Night se relevait, il fut empoigné par Clara, qui le poussa lui aussi dans la zone vide.

« Auto-Destruction du Vaisseau dans 3 minutes »

« Maintenant, messieurs, vous allez répondre à mes questions! cria le Docteur en pianotant sur un ordinateur. C'est la seule façon pour vous de rester en vie.
- Docteur, vous ne pouvez pas...
- On se tait et on répond à mes questions. N'essayez même pas de remonter, je viens d'activer le champ de force qui isole la zone de téléportation de ce couloir. Maintenant, répondez-moi: Où se trouve le gros de l'Infinium?
- Quoi?
- La plupart de vos installations, la plupart de vos hommes! Où et quand se trouvent-ils?
- Vous croyez vraiment que je vais vous le révéler!? hoquetait Night.
- Et bien, étant donné que si vous ne le faîtes pas, il y a de fortes chances que vous restiez à l'intérieur de ce vaisseau... Oui!
- Ne croyez pas que votre chantage marchera! »

« Auto-Destruction du Vaisseau dans 2 minutes et 30 secondes »

Le visage des deux criminels commençait à se couvrir de sueur. Peut-être était-ce mieux de répondre aux questions, finalement.

« Bon, d'accord!
- Vous me dîtes tout?
- On a pas de base centrale, de toute façon! beugla l'Illusionniste.
- Mais nous contrôlons beaucoup de planètes dans la galaxie de Brinkner, avoua Night, apeuré.
- C'est à près de trois milliards d'années-lumières d'ici! Pourquoi venir sur Terre, alors?
- C'est l'Univers tout entier, qui nous est destiné, Docteur! Pas juste une partie! rétorqua le chef de l'Infinium.
- Brinkner, d'accord, mais quand? À quel époque?
- Un peu plus de quatre millénaires après celui-ci...
- Je vois... Le LXème ou LXIème siècle... L'Église de Tasha s'en occupera, murmurait le Docteur. Bon, dernière question! »

« Auto-Destruction du Vaisseau dans 2 minutes »

« Qui a mis la musique?
- Pardon?
- Lorsque nous étions tout les trois connectés à vos fils, lorsque l'on se croyait sur Gallifrey. Qui a mis la musique?
- Je ne sais pas... murmurait l'Illusionniste, presque surpris de son aveu.
- Vous surveilliez toutes vos installations, j'en suis convaincu! Quelqu'un est entré pour brancher la musique directement à VOS ordinateurs, Illusionniste! Et vous aviez assez de moyens de surveillance pour découvrir de qui il s'agissait, après-coup.
- JE NE SAIS PAS! Ce type a réussi à déjouer tout les moyens de surveillance! Il n'est pas entré dans la pièce, et n'en est pas sorti. Et tout l'endroit est protégé contre les téléportations!
- Il n'y avait pas de caméra dans votre... "pièce"? s'étonnait Jonas.
- Si, mais elle n'a capté qu'une ombre! Une silhouette fine mais floue! J'en sais pas plus!
- Bon, d'accord. Mais maintenant, en parlant de Gallifrey... continuait le Docteur. Où avez-vous trouvé ce monde clone?

Night commença à ricaner, d'un rire fort machiavélique, lorsque le Docteur posa sa question, alors que les hauts-parleurs annonçait qu'il ne restait plus qu'une minute et trente secondes avant le grand feu d'artifices.

- Répondez! Les neuf Gallifrey ont toutes été détruites!
- Docteur... Il y avait d'autres mondes-clones dans des dimensions de poches, vous savez...
- Quoi? Mais vous ne pouviez pas...
- Il nous a fallu plus d'un siècle pour en trouver une, et bien plus de temps pour créer un passage et extirper une planète. Mais nous l'avons fait. Quand je vous dis que nous sommes les plus grands cerveaux de cet univers.
- Vous n'allez pas me dire qu'il n'y a eut aucun incident, quand même.
- Si, bien sûr... La surface de la planète avait été à moitié ravagée. Et l'univers de poche s'était écroulé sur lui-même, détruisant tout ce qu'il y avait à l'intérieur, à savoir... pas grand chose, quand on y pense. »

« Auto-Destruction du Vaisseau dans 1 minute »

« Nous avons répondu à toutes vos questions, Docteur!
- Et?
- Sortez-nous de là, maintenant! exigea l'Illusionniste.
- Mais, vos désirs sont des ordres, mon brave, déclara le Seigneur du Temps en abaissant un levier métallique sur une console.

Et lors de la seconde qui suivie, les deux hommes furent avalés par une lumière blanche qui disparut avec eux.

- Bien, maintenant, le TARDIS!

Le Docteur pianota sur l'ordinateur situé devant lui, et après une quinzaine de secondes, abaissa à nouveau le levier. Un flash blanc apparut au centre de la zone de téléportation, laissant place à la cabine téléphonique bleue.

- Jonas, Clara, à l'intérieur! »

Et alors que la voix synthétique comptait les quinze dernières secondes, les voyageurs temporels avaient accourus vers la porte de la boîte bleue, qui n'était pas verrouillé, et s'étaient précipités à l'intérieur. Très rapidement, le Docteur poussa quelques leviers et abaissa une grosse manette située à l'opposée de l'ouverture, et le TARDIS lâcha alors son grincement métallique, tout en se dématérialisant, disparaissant totalement deux petites secondes avant l'explosion du vaisseau de l'Infinium, qui fut contenue et camouflée pendant un bref instant par les boucliers, avant que ceux-ci ne tombent par manque d'énergie, et ne laissent s'échapper des vestiges de flammes en train de s'éteindre et quelques morceaux de métal à moitié fondus voler à toute vitesse dans le vide spatial.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La Tour Ostankino se dressait fièrement dans le ciel de Moscou. Les soldats commençaient tout juste à comprendre qu'aucun militaire du génie n'était intervenu dans le bâtiment, et que l'opération qu'ils avaient enclenché n'avait aucun but précis, ni même une raison d'être, et le général Orlov, responsable de ces étranges évènements, restait introuvable.
Mais alors qu'un autre général avait été dépêché sur place pour organiser l'évacuation de la Tour, un étrange spectacle se produisit. L'officier venait de sortir de sa voiture, devant la tour, et, en levant les yeux au ciel, il aperçu un léger flash blanc une bonne centaine de mètres au-dessus de lui. Et ce qui sortit de ce flash blanc le surprit encore plus. Deux silhouettes qui tombaient à toute vitesse droit vers le bas, droit vers lui. Il couru immédiatement sur un coté, et quelques secondes plus tard, un horrible bruit lui fit comprendre qu'un corps venait de s'abattre violemment contre sa voiture. Il s'approcha alors du corps ensanglanté et déformé de la pauvre victime, habillé en officier, et un lieutenant à coté de lui reconnut immédiatement le visage du Général Orlov.
L'autre officier regarda un peu partout autour de la voiture, puis tourna alors la tête vers le ciel, avec un regard vague et mystérieux, et murmura:

« Je vous crrrois. Mais j'aurrais jurré avoirr vu deux perrrsonnes tomber...»







Citation:

Clarisse Sparrow bravait avec assurance la Street du petit village de Coxtin, principale rue du lieu, et regardait autour d'elle les habitants qui s'affairaient à ouvrir leur commerce, à accrocher le linge à sécher sur des cordes qui pendaient sur les murs de leurs petites maisons anglaises, ou encore à prendre un bol d'air avant d'aller aux champs. La rue était particulièrement large pour un si petit village, mais l'on pouvait dire de Coxtin qu'il était le village le plus disproportionné du Suffolk, voir même de l'Angleterre toute entière: la rue principale, simplement appelée The Street, n'était qu'un des visages de cette malformation urbaine. L'église en était un autre: le bâtiment était digne d'accueillir la population d'un quartier de Londres, disait-on, et malgré le faible niveau d'éducation en mathématiques du village, tout le monde s'accordait pour dire que l'on pouvait faire la messe aux paroisses voisines à l'intérieur sans avoir besoin d'ajouter le moindre siège. Le bâtiment, imposant, situé sur une place à l'extrémité ouest du village, était visible de très loin, mais le clocher ne lançait qu'un son très faible, qui contrastait grandement avec le "gigantisme" de l'église.

Clarisse Sparrow remontait donc la rue, en direction, justement, de l'église, la Street s'achevant justement sur la place où se trouvait le bâtiment. Miss Sparrow était une vieille dame, mais elle n'avait aucun problème à marcher dignement et d'un pas assuré, n'utilisant d'ailleurs pas sa canne, qu'elle portait pourtant en main... Les habitants de Coxtin, qui la saluaient, savaient bien que l'objet ne servait à rien. Mais Clarisse aimait bien avoir l'air distinguée. Du haut de ses presque 70 ans, elle en avait bien le droit, ou du moins elle le pensait. Elle avait un visage arrondi, aux pommettes saillantes, mais dont les traits étaient moins ridés qu'on ne pouvait le penser. Cependant, la majorité de son front était cachée par un chapeau melon en feutrine, mis légèrement de travers, qui recouvrait aussi la masse de cheveux gris parfaitement coiffés qu'elle possédait. Ce chapeau était entouré d'un ruban d'un violet foncé, presque bordeaux, couleur qui semblait recouvrir le reste des vêtements de la vieille femme. Elle portait une simple robe tout aussi mauve, mais faîte d'une matière qui semblait assez coûteuse, ce qui déclenchait d'ailleurs des compliments dans la rue.

« Vous voilà bien habillée, Lady Sparrow! lança une voix masculine à sa droite.

Il s'agissait de John Spock, le poissonnier, déjà bien vieux. Il ne faisait plus que vendre ses produits, tandis que son fils de 23 ans allait pêcher dans la Mer du Nord, à quelques miles à l'Est du village. Des rumeurs couraient cependant sur l'origine des poissons, et l'on soupçonnait Spock de les acheter à d'autres poissonniers, alors qu'il assurait fournir sa propre marchandise.
Clarisse se retourna vers lui, et s'approcha de sa petite poissonnerie, qui consistait en un simple étalage de poissons qu'il était en train d'installer devant sa maison, et qui prenait toujours un peu de place dans la Street, ce qui ne gênait cependant pas grand monde, vu la largeur de la voie.

- Pardonnez-moi, Mr. Spock... M'auriez-vous appelé "Lady" Sparrow?
- Et bien... oui, pardi!
- Mais voyons, je... je ne suis pas une Lady, vous savez, tentait d'expliquer la vieille femme.
- Oh, pour moi, vous serez toujours une lady, vous savez.
- Mais, voyons, que dirait feu mon mari s'il vous entendait? pouffait la dame.
- Voyons, il serait content de vous voir ainsi habillée, et de vous sentir joyeuse et...
- Lui au moins avait l'intelligence de ne pas me donner de stupides sobriquets aristocrates que je n'ai jamais aimé! coupa-t-elle avec une voix qui imposait le respect. Et il savait faire la cour, lui!
- Et bien... dans ce cas... et bien, bonjour, Miss Sparrow.
- Dans ce cas, au revoir, Mr. Spock! »

La vieille femme leva alors sa canne de bois noir et lisse, releva le menton, et s'en alla d'un pas décidé vers la place du village, où se trouvait l'hôtel de ville (une maison un peu plus grande que les autres) et l'imposante église. À cette heure, on n'y trouvait personne. Les hommes qui allaient aux champs passaient par d'autres chemins, les artisans restaient sur la Street, et la petite auberge du village n'ouvrait pas avant la fin de la matinée, sauf si la vieille Murdig, l'aubergiste, accueillait des clients dans l'une des ses cinq chambres peu salubres, ce qui n'était pas le cas. On pouvait cependant croiser sur les pavés mal arrangés de la place le Révérend Palm, prêtre anglican de l'église. Et c'était justement celui-ci que l'honorable femme souhaitait voir. Il sortait par la grande porte du bâtiment, en habit d'église, et lorsqu'il aperçut la veuve Sparrow, il s'approcha d'elle et la salua comme une amie.

« Ah, Mrs Sparrow! J'ai à vous parler!
- Moi aussi, Révérend! Mais aux hommes d'églises d'ouvrir la messe, n'est-ce pas? Parlez d'abord.
- Et bien, c'est à propos de votre fils...
- Oh! ça peut bien attendre, dans ce cas! lâcha la vieille femme en gloussant. Laissez-moi plutôt vous expliquer. J'ai une amie à moi, qui vit à Ipswich, et qui m'a avertie de la venue de voyageurs, ici. Oh, ils logeront à l'auberge de la vieille Murdig, bien entendu, mais j'ai accepté de les guider.
- Oh, je vois... Et, en quoi cela me concerne-t-il?
- Et bien...

La vieille femme se pencha en avant pour arriver à l'oreille du Révérend, et lui chuchota, avec un ton complice:

- Ils ne sont pas très croyants, à ce que l'on m'a dit.
- Des libres-penseurs! Ah, diable! s'écria Palm.
- Moins fort, voyons! Et puis, ce sont des gens honorables, cultivés. Ils viennent là pour enquêter sur les disparitions, vous savez. Ce fléau intrigue beaucoup. À l'origine, il paraît qu'ils ne souhaitaient que "visiter" Ipswich, mais notre affaire les a beaucoup intrigués: ils ont donc changé leurs plans.
- Ah, ce que vous appelez fléau n'est rien d'autre, je vous le dis, qu'une épreuve que nous envoie le Seigneur pour mettre à l'épreuve l'amour que nous avons de nos enfants et..
- Oui, bon, ils vont tenter de trouver des explications un peu moins... enfin un peu plus...
- Ce sont des policiers?
- Non, pas du tout. Ils sont bien plus cultivés que des policiers! Ils sont trois, deux hommes et une femme.
- Oh! Gomorrhe et Sodome réunies en notre pieux village! s'effarait le prêtre. Mais c'est...
- Révérend, voyons! Ce sont des gens respectueux et cultivés, des intellectuels. L'un d'entre eux est, aux dires de mon amie, un docteur. Ou plutôt, comme il l'a lui même précisée à cette chère amie... Le Docteur. »



« Mais vous avez quel âge? demandait Jonas.

Les trois voyageurs temporels étaient assis autour d'une table, dans la salle à manger de l'auberge de Coxtin. La pièce était miteuse: les poutres, au plafond, étaient plus ou moins faîtes d'un bois pourrissant, le papier peint qui recouvrait les murs était décollé par endroits et les trois tables qui occupaient la pièce n'étaient pas très plates, tandis que les dossiers des chaises peu esthétiques, loin de soulager le dos, ne faisaient que l'agresser.
Les trois voyageurs temporels mangeaient un peu de poisson, servi par un jeune homme, avec qui ils discutaient.

- Je sais pas... répondit le garçon, désolé. Je dois avoir 19... 19-22 ans, quelque chose comme ça.

Il se tenait assis à coté des voyageurs temporels, sur un autre coté de la table. Il avait des cheveux châtains assez lisse, qu'il semblait avoir coiffé assez rapidement, étant donné que certains d'entre eux dépassaient de sa tête. Cette chevelure était d'ailleurs assez longue, lui entourant les oreilles, couvrant toute sa nuque et prête à laisser tomber des mèches capables de barrer une grande partie de son front juvénile. Il avait d'épais sourcils noirs, qui couvraient des yeux bruns plus vivants et profonds que des yeux bleus, mais il était difficile de détailler plus encore son visage: il n'avait pas une ride, pas un problème d'acné, rien de tout cela.

- Vous ne savez pas? s'étonnait Clara.
- J'ai jamais su, en fait. J'ai été abandonné quand j'étais nourrisson, et on n'a jamais pu retrouver ma date de baptême, expliquait-il tristement.
- Mais je croyais que Clarisse Sparrow était votre mère... C'est faux? demandait le Docteur.
- Et bien, ce n'est pas ma vraie mère, mais...
- Sa mère adoptive! coupa une voix de vieille femme qui venait de la porte de la salle.

Tout le monde se tourna pour voir Clarisse Sparrow entrer dans la pièce, et venir se planter devant la table de son fils et de ses "invités".

- Miss Sparrow, je présume?
- Vous présumez bien, monsieur le Docteur... répondit la vieille femme.
- C'est le Docteur tout court.
- Pour moi, c'est monsieur le Docteur! lâcha sèchement Clarisse.

Clara et Jonas ne purent s'empêcher de glousser en entendant la vieille femme s'imposer ainsi face au Seigneur du Temps, mais ils reprirent vite de la contenance lorsque celui-ci leur envoya un regard noir.

- Mais pour revenir à mon cher Adrian... continuait la vieille femme en caressant les cheveux de son fils, ce qui semblait l'exaspérer un peu. Ce pauvre garçon était encore un très jeune enfant, un bambin, lorsque le poissonnier, Mr. Spock, l'a retrouvé abandonné sur une plage d'où il partait pour pêcher, à quelques miles à l'est. C'était il y a 19 ans, je m'en souviens encore... L'an de grâce 1840. À peine un mois après le mariage de la Reine Victoria. Spock l'a ramené ici, et le Révérend Palm a cherché quelqu'un pour s'occuper de ce pauvre enfant.
- Vous vous êtes proposée? demanda, curieuse, Clara.
- Bien sûr! À l'époque, mon cher William était encore parmi nous. C'était mon mari. Nous n'avions jamais réussi à... à avoir un enfant. L'occasion était belle, et puis je ne pouvais tout simplement pas laisser ce pauvre enfant mourir de froid, de faim ou de je-ne-savais-quoi d'autre.
- Oh, je vois... murmurait Clara.

Adrian avait baissé la tête, et rougissait un peu gêné par ce que sa mère venait de révéler... Il aurait pu sourire face à la preuve d'amour que montrait la vieille femme, qu'elle avait montré à l'époque. Mais il ne souriait pas, sûrement trop gêné pour ça.

- J'ai réussi à l'envoyer dans une école religieuse à Ipswich, mais il a été renvoyé il y a quelques années, continuait Clarisse en rouspétant. Depuis il travaille ici et aide la vieille Murdig dans son auberge, en servant les clients.
- Très émouvante histoire, c'est vrai... murmurait le Docteur. Mais bon! Nous sommes là pour autre chose, comme vous le savez.
- Bien sûr, monsieur le Docteur. Je n'ai pas oublié. Nous allons y aller, avec Adrian. Et ne discute pas, toi! Tu es mon fils, et la vieille Murdig peut bien survivre quelques heures sans toi!
- Où va-t-on? demanda Jonas en se relevant.
- Sur les lieux de la dernière disparition, pardi! répondit Clarisse en rigolant un peu. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


La forêt de Coxtin se trouvait en réalité assez éloignée du village, de presque un demi-mile. Mais les gens avaient l'habitude de se déplacer jusque là-bas pour se promener dans cet endroit frais et charmant. La lumière du soleil passait dans les feuillages et laissait se dessiner sur le sol un tapis d'ombres floues et mouvantes.
Adrian ouvrait la marche, guidant sa mère et les voyageurs temporels dans les bois, tandis que le Docteur interrogeait Clarisse Sparrow.

« Alors, dîtes-moi, depuis combien de temps ces disparitions ont-elles lieu?
- Oh, beaucoup trop, croyez-moi! s'exclama la vieille femme. Presque... dix ou quinze années, je pense.
- Toujours des jeunes? interrogeait Clara.
- Toujours des jeunes, oui. La vingtaine, à peu près. Je commence parfois à m'inquiéter pour mon Adrian, vous savez... Quand il ne rentre pas le soir, et que l'auberge de la vieille Murdig est déjà fermée, j'ai vraiment peur pour lui.
- Mère, je t'ai déjà dit qu'il ne fallait pas t'inquiéter dans ces cas là. C'est juste que la nuit, tout est tranquille, on peut se promener sans ennui.
- Ah oui, tiens! C'est vrai, ça! ON peut le faire, en effet! rouspétait Clarisse. Tu sais ce que m'as dit le Révérend? Il m'a parlé de ta conduite... "romantique"!
- Roooh... soupira Adrian en regardant un peu partout autour pour retrouver son chemin.
- La fille du poissonnier! J'ai appris qu'elle n'était pas rentrée un soir, l'année dernière, tout comme toi. C'était le même soir! Le Révérend vous a surpris lorsque vous êtes rentrés! Vous vous promeniez "innocemment", peut-être?
- Oui, bien sûr! se défendait le jeune homme. Il ne s'est rien passé de pro... enfin d'in... Bref, je n'ai rien fait qui puisse aller contre la morale, tu dois me croire, mère.
- Bon, c'est peut-être le cas... Cependant, un soir, ce n'était pas avec une fille qu'il t'a aperçu par un vitrail de l'église!

Et alors qu'Adrian allait répondre quelque chose, Jonas porta sa main à son front et soupira, avec un air fatigué:

- Pas encore...

Le Docteur et Clara se mirent à sourire en entendant la réaction du Qatrosien, mais ne dirent rien. La jeune fille lui lâcha un petit coup de coude sur la côte pour le faire décompresser, ce qui déclencha un petit rire au chatouilleux Jonas.
Adrian réussit à éviter de répondre à sa mère en arrivant enfin dans une petite clairière, annonçant qu'ils étaient arrivés.

- C'est là que ça s'est déroulé? demanda Clara.
- On suppose... tentait d'expliquer le jeune anglais. En fait, c'est juste que la dernière disparition concernait un homme et une femme prêts à se marier. Ils étaient légèrement plus vieux que moi. 25 et 26 ans.
- Un couple... murmurait Jonas.
- La dernière fois qu'on les a vus, continuait Clarisse, ils allaient dans la forêt. Mon fils semble connaître assez bien les... lieux, à ce que vous avez pu comprendre.
- Cet endroit est très beau la nuit... expliquait Adrian. Ils sont forcément venus ici. Après, il suffit de suivre leur traces, mais j'ai déjà essayé, et ça ne mène à rien.
- Parce que VOUS avez essayé... remarqua le Docteur en sortant son tournevis sonique. Avec vos moyens.

Il activa alors son gadget, et sonda le sol, à la recherche des traces de chaleur résiduelles, d'empreintes de chaussures ou de quoique ce soit qui puisse lui permettre de suivre le chemin des "victimes".

- Quand ont-ils disparus, déjà? marmonnait le Seigneur du Temps
- Il y a une semaine, répondit Clarisse.
- Et il n'y a jamais eu aucun signe d'un des disparus depuis que ces disparitions ont commencé, il y a dix ans, c'est ça?
- Absolument aucun... soupirait la vieille femme en caressant sa canne. Ils ont disparu de la circulation.
- Pourquoi ne pas avoir appelé la police? demanda Jonas.
- La Maréchaussée d'Ipswich, vous voulez dire? interrogea Adrian.
- Oui, c'est ça! coupa Clara, pour éviter à Jonas un "décalage de vocabulaire" trop important.
- Oh, on l'avait fait, à l'époque... croassait Clarisse. Mais, ce ne sont pas des Sherlock Holmes! Ils n'ont rien trouvé! Maintenant, quelqu'un va juste les avertir des disparitions, mais ils ne viennent pas pour enquêter.
- Tiens, voilà qui est étrange... marmonna le Docteur en regardant son tournevis. Il y a ici un tas d'énergie temporelle...
- De quoi?
- Jonas, taisez-vous!!
- Hé! C'était pas moi, cette fois! répliqua le Qatrosien. C'était Adrian.

Clarisse prit alors sa canne et frappa dans les jambes de Jonas, sans lui faire mal, étant donné qu'il avait déjà subi bien pire et que la vieille femme n'avait plus toute sa force d'antan.

- Vous faîtes dans la délation, jeune homme!? s'indignait-elle.
- Bon, on se calme! coupa Clara. Docteur, expliquez-nous ce que ça signifie?
- Je n'en sais absolument rien. Un tas d'énergie temporelle, concentré en un endroit comme ça... Ce n'est pas naturel, mais les causes possibles sont très nombreuses. Heureusement, il y a une forme d'énergie temporelle qui semble se démarquer par sa force...
- C'est à dire?
- L'énergie temporelle est partout, toujours. C'est une énergie ambiante. Ici, elle est à un niveau de concentration qui n'est pas naturel. Mais même là-dedans, il y a des traces d'une énergie encore plus forte et plus concentrée, qui se dissipe peu à peu. Quelques jours plus tard et elles auraient totalement disparu. Mais elles sont encore là! Et elles semblent former une piste.
- Alors suivons-là! proposa Clara.

Les quatre humains suivirent donc le Seigneur du Temps à travers les bois, les deux habitants de Coxtin regardant avec curiosité le tournevis du Docteur, se demandant ce qu'il pouvait bien être. Cependant, Adrian tourna un peu la tête et s'arrêta brusquement, suivit de quelque secondes par les autres, qui se demandaient ce qui se passait.

- Docteur, regardez par terre... murmurait-il avec incompréhension.

De son doigt, il montrait le sol, et un tas de feuilles mortes.

- Des feuilles mortes... et alors?
- Nous sommes en Juillet! railla Clarisse. En Juillet, il n'y a PAS de feuilles mortes!
- Oh, étrange, en effet...
- Docteur! s'exclama Jonas. À gauche!

Tout le monde se tourna vers la gauche, et vit alors un étrange paysage. Un arbuste de la taille d'un arbre, au tronc de quelques centimètres de diamètres seulement, pendait et se courbait, prêt à se briser.

- OK... grimaça Clara. Je n'ai pourtant pas bu d'alcool dernièrement.
- Oh, vous avez mangé le poisson de Spock, plaisanta Clarisse. C'est tout comme, pour les effets négatifs, en tout cas.
- Intéressant... murmurait le Docteur en pointant son tournevis vers le tas de feuilles et vers l'arbuste. Très intéressant. Bon, retournons à Coxtin, je crois que je vais avoir besoin du TARDIS pour analyser tout ça.
- Du tarquoi? hoqueta Adrian.
- Ne cherchez pas à comprendre! répondit sèchement le Seigneur du Temps en pointant son tournevis sur le jeune anglais.

Le petit groupe fit donc demi-tour et s'engagea en direction du village, supportant ainsi les nombreux commentaires de Miss Sparrow.

- … Avec ce que je sais sur les sorties de mon cher Adrian, je commence à me poser des questions sur ce que faisaient ces jeunes gens dans la forêt! Non mais j'ai raison, n'est-ce pas? Ils pouvaient bien vouloir un peu d'intimité pour faire des... des choses qui... Qu'on ne devrait faire qu'une fois mariés, je vous le dis! Ah, et en plus c'était un jour de messe, ce jour là! Quelle hypocrisie de leur part! Oser prier et promettre la morale alors que la nuit ils faisaient des... Rah!
- Vous pensez la même chose de votre fils? interrogea Clarisse. Après tout, ça semble être une situation similaire, non?
- Hé! protesta l'intéressé.
- Pas du tout, mademoiselle Clara. Parce que mon fils va rarement à la messe, lui.
- Attendez... Le jour de la disparition était un jour de messe? s'inquiéta le Docteur.
- Oui.
- Mais ce n'était pas un dimanche, pourtant. Il y a une semaine, soit 7 jours...
- Mais la messe n'est pas toujours le dimanche, vous savez. Le Révérend décide de quand la messe a lieu. Et vous êtes à Coxtin, et ici, c'est selon son humeur du moment.
- Mais attends, mère... murmurait Adrian. La disparition précédente, en début d'année...
- Celle de la fille Spock?
- Oui.
- Et bien? Qu'y a-t-il à dire?
- C'était aussi un jour de messe! Et je suis presque sûr que la disparition d'avant aussi.
- Si vous avez raison, Adrian, je crois que nous allons changer de destination... commenta le Docteur. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


L'église de Coxtin était une église néo-gothique, soit gothique, mais avec un demi-millénaire de retard à peu près. Tout était organisé en forme d'ogive: la porte, les arcs, les vitraux, les cinq contreforts (il n'y avait pas eu assez d'argent pour en construire un sixième, donnant ainsi à l'église une forme asymétrique)...etc. Le bâtiment était particulièrement large et imposant pour un lieu de culte de campagne. Comme on disait, on pouvait mettre plusieurs fois Coxtin dedans. Elle était aussi assez haute, cette union ratée d'une cathédrale et d'une église, et il devait bien y avoir la place pour trois étages dans le chœur, et bien plus pour le clocher, qui culminait à presque 40 mètres de haut. Les quarante mètres étaient d'ailleurs atteints si l'on comptait la statue au sommet du toit de la tour, qui représentait un ange aux ailes déployées et aux bras ouverts sur le soleil.

« C'est l'ange de Coxtin, expliquait Clarisse. Lorsque l'église a été construite, au début du siècle, ils ont terminé en sculptant cette statue. Ils étaient 13 sculpteurs. 13, vous pensez bien que ce n'est pas le nombre le plus chanceux qui soit. On raconte que lorsque l'ange fut totalement terminé, ouvrant les bras vers le sud, et donc vers le soleil de midi, on raconte, donc, que l'un des sculpteurs, en tentant de descendre, s'est cogné la tête contre un coude de la statue et a chuté vers la place.
- Il en est mort? s'inquiétait Jonas.
- Bien sûr! répondit joyeusement Clarisse. On raconte que l'ange sentait qu'un malheur arriverait, et qu'il a donc brisé le nombre 13 en tuant l'un des sculpteurs.
- Qu'est-ce qu'on peut pas inventer pour augmenter l'attraction touristique d'un petit village... soupirait Clara. Enfin bref, on rentre?
- Mais bien sûr, mais bien sûr!
- Même si je ne vois pas en quoi ça va nous aider d'aller à l'église... remarquait Clara.
- L'église est une des seules similitudes entre les disparitions, Clara.
- Même pas sûr. On a 3 disparitions, et encore c'est incertain, qui se seraient déroulées lors de jours de messe. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence.
- Vous savez ce que je dis sur les coïncidences? L'univers et rarement si paresseux. Et puis à partir de trois exemples, la coïncidence se transforme en similitude. Alors entrons, ne serait-ce que pour vérifier les dates. Et puis, si on n'entre pas, on ne trouvera aucune piste. Il faut entrer et... on verra la suite plus tard.
- Vous n'avez pas de plan? s'étonna Jonas.
- Si, bien sûr! Enfin... une ébauche. Une sorte de truc difforme en pâte à modeler qui peut changer de forme à tout moment...

Et face au regard plein de reproches de ses compagnons, il finit par se résoudre à avouer cette petite vérité qui entachait son ego.

- Bon, OK, je n'ai pas de plan! Mais ce n'est pas une raison pour ne pas entrer! »

Et ainsi, le Docteur et ses compagnons poussèrent la grande porte de l'église, suivis de Clarisse et de son fils. Lorsqu'ils l'eurent fermée, ils ne virent pas que la place derrière était vide, ce qui n'avait pas, en soi, une réelle importance.

Ce qui avait de l'importance, par contre, c'était le clocher de l'église. Sous le toit d'ardoise bleu à moitié usé par les pluies, la faible cloche s'apprêtait à sonner les douze coups de midi. Mais au-dessus du toit... l'Ange de Coxtin avait disparu.



Citation:

Le Révérend Palm était en train de remplir les bénitiers lorsque cinq étranges personnages pénétrèrent dans son église. Il était habillé d'un classique habit noir, portant cet espèce de chose rectangulaire claire sur son col, dont on ne savait s'il s'agissait d'une pièce de tissu, d'un rectangle de fer ou bien d'autre chose. En les voyant arriver autant et d'un coup, il fut très surpris, et il les regardait avec un air interrogateur, si bien que l'eau bénite dépassa de son contenant et gicla sur le sol. Cela était aussi du aux nombreux tremblements dont les mains du vieil homme étaient victimes: son amour pour la boisson était bien visible.
Il était assez âgé le Révérend Palm, et ses longs cheveux blancs mal arrangés et mal coiffés le montraient bien, ainsi que les pattes qui descendaient jusqu'en dessous des oreilles, tout autant désordonnées et sèches. Sa barbe qui se dressait en diagonale de son menton était tout aussi brouillonne et blanche, et l'on aurait presque pu croire qu'un enfant avait joué avec de la mousse et avait tenté d'en accrocher au bas du visage du vieil homme. Malgré tout cela, il avait tout de même des yeux malins, pétillants, qui semblaient briller à travers les fines et grossières lunettes qu'il portait.

« L'eau bénite, Révérend, l'eau bénite... murmurait, exaspérée, Clarisse, en tournant la tête pour ne pas voir le spectacle.
- Que.. pard... Oh! Oui! Sacrebleu de la Sainte Vierge Martine!

Et alors qu'il redressait sa petite cruche d'eau, la vieille femme, toujours aussi fatiguée de la bêtise de l'homme d'église, chuchotait dans sa barbe "Sainte Marie, Sainte Marie!", alors que Clara, Adrian et le Docteur pouffaient discrètement. Seul Jonas était légèrement surpris, ne comprenant pas grand chose aux évènements.
L'ecclésiastique observa le petit groupe, prenant un peu de temps pour comprendre qui étaient les inconnus, se souvenant de ce que lui avait dit Sparrow, puis découvrit avec surprise la présence d'Adrian.

- M. Sparrow! Quelle agréable surprise! Vous venez enfin confesser?
- Bien sûr que non! répondit la vieille femme pour son fils, avec un ton sarcastique. Il a tellement à dire que cela prendrait toute la nuit.
- Oui, continua le jeune homme en bredouillant. On voudrait pas que vous soyez fatigué pour la messe, demain.
- Vous n'y assisterez pas, de toute façon, donc qu'en avez-vous à faire? railla Palm.
- La messe était ce matin, Révérend, donc elle n'est pas demain... répliqua Clarisse. Vous avez encore puisé dans les bouteilles de la vieille Murdig, on dirait.
- Bon, sinon, on peut tenter de passer au sujet qui NOUS intéresse?
- Bien entendu... Enfin, tout dépend de ce dont il s'agit. Vous êtes le Docteur, n'est-ce pas?
- Oui, c'est ça. Et mes associés, Miss Oswald et Mr... euh... Kromwen!
- Appelez moi Jonas... précisa l'intéressé.
- Bien, vous enquêtez sur les disparitions, n'est-ce pas?
- Exactement. Nous avons d'ailleurs remarqué que les disparitions semblent avoir un lien, un point commun.
- Ah?
- Elles se sont déroulé des jours de messe, du moins, c'est ce que l'on pense.
- Et bien vous pensez bien, Docteur. Et vous avez raison! s'exclama le prêtre en souriant. »



Tout le monde regardait Palm avec un air choqué... Très choqué. Et lui-même semblait surpris de l'effet de son annonce. Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre les conséquences de ses paroles.

« Ne me dîtes pas que vous pensez que j'ai quoi que ce soit à voir avec ça!
- On peut se permettre de douter! répliqua Adrian.
- Mes chers frères, vous m'avez mal compris... marmonna doucement le révérend. J'ai déjà remarqué ce lien entre les disparitions, mais croyez-bien que je n'y suis pour rien.
- Vous avez une explication, alors? lança Jonas avec un ton de défi.
- J'ai bien peur que non. Ils s'agit, sans nul doute, d'un message du Seigneur. Mais je n'arrive pas à le comprendre.
- Vous aviez du temps, pourtant... remarqua innocemment Clarisse en sifflotant et regardant au plafond. Des années que ça dure.
- Seriez-vous en train de dire que je suis idiot?
- Bien sûr que non... répondit la vieille femme. Je ne fais que le sous-entendre.
- Mais comment osez-vous...?
- Trêve de bavardages, les enfants! coupa le Docteur.
- Les enfants? s'égosilla l'homme d'église. Mais savez-vous qu'alors que je devenais prêtre à Tusseltown, vous n'étiez même pas né!
- Allez savoir... murmura le Seigneur du Temps en souriant. Enfin bref! Comment avez-vous deviné le lien?

Le révérend soupira en baissant les épaules et en regardant vers le ciel, ne rencontrant que l'image de la voute de l'église. Il enleva ses lunettes pour les essuyer sur une de ses manches, et fit signe aux arrivant de le suivre.

L'intérieur de l'église était tout aussi imposant et étrange que l'extérieur. La voute était située à presque trente mètres de hauteur, et les arcs brisés qui la soutenaient semblaient beaucoup trop petits pour permettre au plafond de rester stable. Cependant, les imposantes colonnes qui délimitaient la place des nombreux bancs de bois, et qui mesuraient presque deux mètres de diamètre, donnaient l'impression qu'en réalité, la voute n'était pas prête de s'écrouler. La nef s'étendait sur une quarantaine de mètres jusqu'au transept, la partie de l'église perpendiculaire à la nef, qui fait du bâtiment une croix, vue du ciel. Ledit transept était d'ailleurs d'une longueur minuscule, par rapport à la largeur de l'église. L'intérieur du bâtiment était en effet large de 20 mètres, là où le transept était long d'à peine 25 mètres (laissant donc uniquement 2,5 mètres de chaque coté)...
Au fond de l'église, le chœur, arrondi, était presque aussi haut qu'un jeune enfant, et on y accédait par de larges marches de marbre. Derrière le chœur, les petites chapelles étaient condamnées. Mais le petit groupe n'était pas encore arrivé à ce niveau là. Ils longeaient encore le mur droite de l'église, sur lequel on voyait, en dessous de chacun des vitraux, une statue légèrement incrustée dans le mur.
Adrian s'arrêta devant l'une d'entre elles. Celle-ci représentait une jeune femme au regard légèrement triste, habillée en paysanne, avec une robe qu'on devinait blanche et un tablier que l'on devinait plus sombre. Sur son épaule, un petit oiseau avait été sculpté, comme chantant dans son oreille.

- Qui est-ce? demanda le jeune homme.

Le Révérend se retourna et arrêta de marcher. Tout le monde s'approcha pour regarder la statue.

- Comment ça, "qui est-ce"? grogna le Révérend en ajustant ses lunettes.
- Je ne me souviens pas de cette statue... murmurait Adrian.

Les yeux du Docteur s'emplirent peu à peu d'inquiétude en entendant les paroles, et ses compagnons le remarquaient.

- Difficile de t'en souvenir, coupa Clarisse. Étant donné que tu n'es venu à l'église qu'une dizaine de fois depuis le début de l'année... dernière. Moi je me souviens de la statue. Même si...
- Même si? interrogea le Docteur.
- Même si j'aimerais diablement savoir qui elle représente!
- Ne blasphémez pas!!! s'écria Palm.
- Roh, arrêtez un peu d'exagérer, vous, et répondez à nos questions! s'exclama Adrian.
- Rohh... C'est Sainte Anne-Line, si vous voulez tout savoir.
- Et elle a fait quoi? voulait savoir Clara.
- Oh, je ne sais plus... soupirait le révérend. Je ne me souviens pas de tout les saints.
- Quel sens du professionnalisme... raillait le Docteur. »

Palm ne releva pas la critique du Seigneur du Temps, et se remit à marcher en direction du chœur, suivi du reste de la petite troupe. Malgré la taille de l'église, cela ne leur prit pas un temps énorme, et ils arrivèrent enfin au bout du bâtiment. Le Révérend alla chercher quelque chose dans un coffret placé dans le cœur, accompagné du Seigneur du Temps, tandis que Jonas parlait avec Clara.

« Mais alors, c'est quoi cet endroit? Un temple?
- Oui, c'est ça. On appelle ça une église. C'est ici que l'on prie.
- Oh... Et vous priez une étoile, vous aussi? Le Soleil?
- Euh... non... hésitait Clara. On prie Dieu ici.
- Dieu? Qu'est-ce que c'est?
- Et bien... Pour ceux qui croient en lui, Dieu est un... dieu. Un être unique qui aurait créé cet univers. Pourquoi tu me parle d'étoiles, d'ailleurs?
- Chez moi... Enfin, là d'où je viens, on n'a pas de dieu.
- Oh, une autre religion? s'intéressait Adrian, qui écoutait la conversation. On en entend pas trop parler, ici, des autres religions, vu les accès de quasi-fanatisme que peut avoir le vieux Palm parfois. En quoi croit-on chez vous?

Jonas observa le grand temple dans lequel il se trouvait. Cet église qu'il trouvait fort étrange... Il inspira, espérant que sa religion serait "prise au sérieux". Il avait déjà tenté d'expliquer sur d'autres planètes, vu qu'il avait beaucoup voyagé durant la tournée olympique, ou encore après les évènements de Moscou. Mais souvent, on lui avait ri au nez, on avait plaisanté dessus, on l'avait traité de primitif, alors que lui, il y croyait.

- Là d'où je viens, commença-t-il, on prie les étoiles. La grande étoile qui nous réchauffe, autour de laquelle on tourne, surtout. On l'appelle Orig. Ce soleil, il nous protège, il nous illumine, il apporte l'espoir et la raison, il permet aux arbres de pousser, aux paysans de faire vivre le monde... Les autres étoiles dans le ciel sont comme des demi-divinités... Certaines sont vivantes, pour nous. Celles qui font vivre d'autres planètes... On prie les vivantes étoiles. Elles ont de grands pouvoirs, elle sont sacrées, mais lointaines... Lorsqu'on veut regarder le grand Orig les yeux dans les yeux, on est aveuglé, parce que l'on est rien, face à lui. Il peut tous nous brûler, nous anéantir, tout comme il peut disparaître et laisser Qatros mourir de froid et de faim, dans l'obscurité de la nuit éternelle. Il doit rester à la fois proche et loin de nous. Et nous le prions pour que l'esprit de nos morts le rejoignent et deviennent eux aussi les étoiles de notre ciel.

Adrian regardait Jonas qui parlait avec conviction de sa religion... Il admirait ce jeune homme de son âge qui n'avait pas peur de nier totalement les anglicans dans une église. Sa "religion", d'ailleurs, lui semblait presque plus fondée que celle à laquelle on avait longuement tenté de l'initier, sans jamais y parvenir totalement.

- Même si ce que tu dis est parfois bizarre, avec tes histoires de planètes et de Qatros... Ben, je te souhaite de continuer à croire en ce que tu crois. Dans ce pays, la "tolérance" envers les religions, c'est pas encore ça... Peut-être que chez toi non plus, d'ailleurs. Mais bon, t'inquiète, à Coxtin, on mord pas pour ça. Regarde, même le vieux Palm ne tente pas de m'excommunier malgré mon athéisme convaincu et...
- … dans lequel j'ai ABSOLUMENT tout marqué! J'aurais juré qu'il était ici! maugréait le Révérend en redescendant du chœur avec le Docteur.
- Vous l'avez peut-être égaré, supposa le Seigneur du Temps.
- Ou bien vous avez trop bu dernièrement et vous ne savez plus où il est! pouffa Clarisse en les entendant.
- Miss Sparrow! Le vin n'est autre que le sang du Christ! Le boire me permet d'approcher le Sei...
- Cannibalisme, en plus! On aura tout vu, avec vous...
- Miss Sparrow!!! Je vous interdit de... de...
- Oui?
- Oh... soupira le révérend.
- Quoi? claqua sèchement Adrian.
- Le livre! Le livre où sont notées les dates de messe depuis l'an de grâce 1782! Je sais où il se trouve!
- Ah... C'est comme ça que vous saviez que les jours de disparition correspondaient aux jours de messe! devina Clara. Mais alors, où est-il?
- Dans la crypte.
- La... crypte?
- Oui, jeune fille. Dans la crypte de l'église de Coxtin. Nous n'avons pas de saint né ici, nous n'avons pas de héros, de grand seigneur... Qui voulez-vous donc qu'on enterre dans la crypte? Il y a deux tombeaux vides, qui sont là pour faire un peu de décoration, mais c'est tout! Enfin, non, il y a aussi, le Livre. Et la Bible du premier prêtre anglican de Coxtin, accessoirement.
- Et bien, dans ce cas, qu'est-ce que nous attendons? remarqua Clarisse. Allons-y! »

Le Révérend ouvrit donc la marche, et fit le tour du chœur, passant devant les petites chapelles fermées, pour arriver au bout de l'église, derrière le cœur, face à une trappe en bois pourvue d'une grosse serrure. Palm sortit un trousseau de nombreuses clefs plus ou moins larges, attrapa la plus grande, à moitié rouillée, déverrouilla la trappe, puis se pencha pour l'ouvrir. Le trou ouvrait sur un escalier qui descendait sous terre, vers les ténèbres. Le vieil ecclésiastique descendit quelques marches, tâtonna dans le noir au "sol" de la marche sur laquelle il se trouvait, et finit par attraper ce qu'il cherchait. Après quelques secondes, son visage fut illuminé d'une radieuse lumière jaune-orangée, qui sortait d'une lanterne au cadre de métal rouge qui encadrait un compartiment en verre au fond duquel un bec de métal lançait une large flamme.

« Venez donc! encourageait Palm en faisant signe avec sa tête qu'on le suive. Avec une lampe-tempête et un révérend comme moi, vous ne craignez rien!
- Une lampe-tempête? répétait Jonas sans comprendre.
- Une lampe à pétrole dont la flamme est protégée du vent, grâce au compartiment de verre, expliqua le Docteur en entamant sa descente dans l'escalier.

Le Seigneur du Temps s'engouffra dans le trou, suivi par Adrian, Clara, Jonas puis par Clarisse. Les escaliers ne descendaient pas très bas, et débouchaient sur un couloir qui avait la longueur des deux tiers de l'église.

- Bon sang, il fait noir là-dessous! remarqua Adrian.

En effet, la lampe que tenait Palm devant lui n'éclairait pas bien loin, et si les murs de l'étroit couloir étaient parfaitement éclairés, le fond du corridor était invisible d'ici, caché par l'obscurité. Le groupe avança, formant une file, étant donné l'étroitesse du couloir (quoique deux personnes pouvaient tenir dans la largeur, mais pas plus), pour finalement atteindre, au fond, une épaisse porte de bois, fermée elle aussi. Le révérend posa la lampe sur le sol et ressortit son trousseau, cherchant une autre clef.

- Bon, vous pouvez pas aller un peu plus vite? s'impatienta le Docteur en sautillant sur place, se prenant presque le bas plafond dans la tête.
- La clef de la crypte en elle-même est plus petite! répondit, exaspéré, le Révérend. En plus, elles se ressemblent toutes, et avec le peu de lumière que j'ai... Pourriez-vous me tenir la lampe, Docteur?

Et alors que le Seigneur du Temps se penchait pour attraper l'arc métallique qui permettait de tenir la lanterne, la flamme s'éteignit d'un coup.

- Docteur! Incapable que vous êtes! maugréa Clarisse. Maintenant, bonne chance pour qu'il trouve la clef...
- Je n'ai rien fait... Je n'ai même pas touché la lampe. Peut-être qu'elle manquait de pétrole, ou qu'il y a eu une... obstruction dans le bec.
- Impossible, je l'utilise chaque jour de messe, pour mettre le livre à jour.
- Il doit vraiment avoir bu pour avoir oublié où ce livre se trouvait, alors, si la messe a eu lieu ce matin, soupirait Adrian.
- Attendez... murmura le Docteur. Oh non... Jonas, Clara, dîtes-moi que vous avez une lampe torche.
- Vous avez peur du noir? plaisanta la jeune fille.
- Est-ce que vous en avez une? cria le Docteur.
- Oui, moi j'en ai une, indiqua Jonas. Laissez-moi juste la retrouver.

Et alors que le Docteur se mordait les lèvres, et que Palm trifouillait et mettait en branle son trousseau, Jonas touchait les moindres recoins de son gilet à poche pour trouver la lampe. Au bout d'une vingtaine de secondes, il chercha dans les poches intérieures du gilet, et en sortit une mince lampe torche assez semblable à une terrienne, de forme cylindrique, avec un bouton sur le manche pour allumer et éteindre, et une ampoule au bout. Jonas cherchait le bouton, et lorsqu'il alluma enfin son appareil (qui éclairait à peu près autant que la lampe-tempête), les trois habitants de Coxtin lâchèrent un "Oh!" de surprise et d'émerveillement face à tel appareil. Et alors que Palm allait commencer un sermon contre le progrès et les inventions diaboliques des habitants des capitales, un bruit sourd se fit entendre au fond du couloir, du coté de l'escalier. La trappe s'était violemment refermée. Tout le monde se retourna. Clara et Clarisse poussèrent un cri de frayeur, le Révérend recula à toute vitesse et cogna la porte, etAdrian s'était instinctivement accroché à la personne la plus proche, qui s'avérait être le Docteur. Jonas, quant à lui, avait ouvert grand les yeux et lâché accidentellement sa lampe torche, qui tomba par terre, mais qui continuait d'éclairer le couloir, et la chose qui les avait tous surpris.

Quelques mètres après l'escalier, face à eux, se trouvait une statue. Une statue qui ouvrait les bras, qui possédait des ailes, à la manière de l'Ange de Coxtin qui était sensé surplomber le clocher. Mais le visage de cette statue était celui de Sainte Anne-Line, bien qu'il était ici beaucoup moins paisible. Il était penché en avant, décoré d'un sourire carnassier de prédateur, et dont les yeux, bien que dépourvus de pupille ou d'iris, lançaient pourtant un regard terrifiant en direction des "visiteurs".

- Par la Sainte Barbe du Seigneur! s'écriait le Révérend en faisant le signe de croix sur son ventre.
- Taisez-vous, bon sang! Règle 310, tout le monde! tonnait le Docteur en pointant son tournevis vers l'ange. Et Adrian, lâchez-moi!
- Et ça veut dire quoi, la règle 310? s'inquiétait le jeune homme en reprenant un peu de contenance et en lâchant les habits du Docteur.
- Ne lui tournez pas le dos! Ne regardez pas ailleurs! Et surtout ne clignez pas des yeux!
- D'accord, Docteur... frissonnait Clarisse. Vous semblez connaître cette... chose! Alors, qu'est-ce donc!?
- Un ange pleureur. Un ange pleureur très bizarre, mais un ange pleu... Ne me regardez pas, bon sang! Regardez l'ange! Il n'existe que lorsqu'on ne le regarde pas. Lorsque quelqu'un le voit, le regarde, alors il devient pierre. Nous devons absolument le fixer. Nous sommes plusieurs, donc c'est facile, mais si vous vous retrouvez seul face à lui, sachez qu'un seul clignement peut vous être fatal. Il est bien plus rapide que vous ne le pensez!
- Docteur, vous blasphémez!
- Taisez-vous, Palm, et cherchez la bonne clef, plutôt! La crypte est notre seule façon de s'en sortir!
- Mais je dois le regarder! Et puis, la crypte n'a aucune autre sortie et...
- TAISEZ-VOUS et cherchez la clef, je sais ce que je fais, bon sang!
- Grr... maugréait Palm en cherchant précipitamment dans son trousseau. Retournez donc chez les Cathares, hérétique de malheur.

Mais le Révérend ne parla pas plus longtemps et continua à tester ses clefs malgré sa frayeur et celle des autres. Le front du jeune Adrian se couvrait de sueur froides, et sa respiration s'accentuait de plus en plus. Il avait peur, et il n'était pas le seul. Clara aussi, était immobile, tandis que Jonas se penchait lentement, sans quitter des yeux l'ange, pour ramasser la lampe torche, et la pointer encore plus en direction de la statue. Clarisse, elle, déglutissait beaucoup, mais réussissait à garder une expression fière et presque détachée... Le Docteur, lui, respirait rapidement, mais son visage restait impassible, malgré un regard déterminé, lancé en direction de l'ange. Il allumait son tournevis et analysait l'être de pierre.

- Ah, c'est ouvert! s'exclama joyeusement Palm. On y va?
- Oui, mais doucement! précisa le Docteur. On recule lentement, sans quitter des yeux l'ange, c'est clair?

Tout le monde recula, mais pas de la façon la plus prudente et ordonnée qui soit. Jonas trébucha sur Clarisse, et tomba, renvoyant l'ange dans l'obscurité. Son instinct de survie, heureusement, le fit réagir au quart de tour, et il pointa immédiatement la torche en direction des escaliers. Tout le monde lâcha un cri de terreur en voyant que l'ange avait fait quelques mètres, et que le visage de Sainte Anne-Line s'était à moitié transformé en celui d'un ange pleureur "classique". Ses bras, qui étaient auparavant ouverts, étaient cette fois tendus vers l'avant.
Palm se retourna et se précipita dans la crypte, suivit par Clara et Adrian. Jonas, de son coté, aidait Clarisse à se relever, avec l'aide du Docteur, sans dévier sa torche, et le Seigneur du Temps fixait toujours la créature de pierre. Cependant, la lumière commençait à vaciller. Jonas voyait bien qu'elle clignotait sur le mur.

- Attendez, elle peut pas être à court d'énergie! rageait-il en tirant la main de la veuve Sparrow.
- Oh, elle n'est pas à court d'énergie, croyez-moi! assura le Docteur en commençant à reculer.
- Attendez, l'ange se déplace si on ne le voit pas, et sans lumière, on ne le voit pas... commençait à comprendre Jonas en se retournant, alors que Clarisse époussetait sa robe, remettait son chapeau en place, et entrait dans la crypte. La lanterne non plus n'était pas à court de pétrole. Et comme c'est une lampe-tempête, elle n'a pas pu être éteinte par un courant d'air!
- Oui, l'ange l'a éteint! Alors dépêchez-vous de rentrer là-dedans!

Dès que Jonas fut totalement à l'intérieur de la crypte, le Seigneur du Temps ferma la porte violemment, et la verrouilla, ayant repris le trousseau.
Derrière lui, Adrian avait attrapé une torche de bois, que le Révérend s'était empressé d'allumer (il y avait des allumettes dans la pièce). La crypte était une salle rectangulaire pas bien grande, basse de plafond, et qui n'avait pour seul mobilier qu'un pupitre sur lequel étaient posés deux livres fermés, un assez grand, à la couverture rouge, et moyennement épais, et l'autre d'un format plus petit mais bien plus épais, à la couverture brune. À coté de ces livres, sur le pupitre, se trouvait un encrier et une plume. Le reste du décor consistait en une croix de bois derrière le pupitre, sur le mur opposé à la porte, et à deux tombeaux de pierre, vides, placés sur les cotés, dans des alcôves.

- Ah, le Livre des Messes! s'exclamait Palm en pointant du doigt le grand livre rouge.
- Vous croyez qu'on a le temps de s'en inquiéter? siffla le Docteur. L'ange va tout faire pour entrer.
- Bah, la porte est le seul moyen d'entrer. Et croyez-moi, elle est robuste!

Et comme pour lui répondre, la porte s'ouvrit d'un coup, claquant sur le mur. Adrian se précipita avec sa torche vers l'ouverture, et l'ange apparut devant eux, dans le cadre de la porte, les bras tendus vers le bas, de façon à bloquer le chemin.

- Jonas, votre lampe! Passez-là moi! ordonna le Docteur.

Le Qatrosien, qui se trouvait du coté du tombeau situé à droite de la porte, jeta le cylindre de fer au Seigneur du Temps, qui l'alluma, quelques instants avant que la flamme de la torche que portait Adrian ne soit soufflée par un vent venu de nulle part.

- Adrian, commencez à rallumer votre torche! J'ai une idée, mais va falloir que je fasse vite.
- D'accord Docteur, mais pas d'idée dangereuse, hein? répondit le jeune Sparrow
- Vous rigolez... murmura l'alien alors que le garçon passait de l'autre coté de la pièce pour aller chercher des allumettes sur le tombeau de gauche. Mais attendez que j'ai fait ce que je vais faire pour la rallumer totalement!

La lampe du Docteur clignotait. L'ange commençait à l'éteindre.

- Tous, collez-vous aux tombeaux!

Personne ne discuta l'ordre du Seigneur du Temps, et chacun se colla donc le plus possible au tombeau le plus proche. Le Docteur ne chercha même pas à s'assurer que son ordre était respecté, continuant à fixer l'ange face à lui. Il compta, dans sa tête, jusqu'à trois, et il éteignit sa torche.

En moins d'une seconde, il l'avait rallumée. L'ange s'était jeté vers Clara et Clarisse, toute les deux situées à droite du Docteur, avec Jonas. Tous les trois poussèrent un cri de frayeur et s'éloignèrent du tombeau. De son coté, Adrian craqua une allumette et enflamma le torchon placé sur la torche en bois du Révérend.

- Sortez, maintenant, SORTEZ! ordonna le Docteur.

On ne se fit pas prier. Le Révérend couru le plus vite possible en passant par la porte, suivit par Clarisse, puis par Jonas, Adrian, et Clara. La lampe du Docteur recommençait à clignoter, et celui-ci se précipita dans le couloir, tout en essayant de garder un œil sur l'ange, qui avait pourtant eu le temps de se retourner et d'arriver dans le cadre de la porte de bois.

- Clara, retournez-vous pour le regarder! criait-il à la jeune fille, alors qu'Adrian était déjà loin, sur le point de monter les escaliers, sur les talons de Jonas.

La compagne se retourna immédiatement pour aider le Seigneur du Temps, courant donc à reculons, tandis que celui-ci remettait sa tête droit vers l'avant, sans pour autant oublier de pointer sa lampe vers la statue. En quelques secondes de course, il dépassa Clara, et lui lança avec un sourire complice:

- On échange!

Ainsi, le Seigneur du Temps se retourna pour faire face à la créature de pierre, tandis que Clara courait en avant, s'arrêtant un léger instant pour recevoir la torche des mains du Docteur, qu'il avait lancé de façon à ce que l'ange soit toujours éclairé. La jeune fille tourna la lampe vers la statue, et le Docteur courait à reculons et regardait cet être de pierre. Cependant, l'arrêt de Clara et la vitesse du Docteur faisait qu'il était déjà loin derrière elle. Il l'apercevait, sans la regarder, pour être sûr d'immobiliser l'ange. Mais sans même qu'il n'en ait conscience, il arriva au niveau des escaliers, et comme il ne s'y attendait pas, il trébucha en arrière. Il releva sa tête au dernier moment, par instinct, pour qu'elle ne cogne pas une marche, et surtout pour pouvoir encore regarder l'assassin de pierre. Sauf qu'il était immobile, et que Clara courait en sa direction. Et devant lui se déroula une chose horrible à laquelle il ne pouvait rien. Le temps semblait se dérouler au ralenti. La jeune terrienne courait vers lui, et elle obstruait la vue de l'ange, qui ne déployait plus ses bras. En à peine deux secondes, elle avait totalement remplacée la statue dans le champ de vision du Docteur, qui poussa un cri en comprenant le danger.

- ATTENTI... »

Il ne finit pas son cri. Devant lui, le visage d'incompréhension de la jeune fille, car elle ne comprenait pas cet avertissement, disparut. Clara disparut, comme aspirée en un seul point en un instant. Et derrière elle, l'ange pointait son doigt de pierre vers l'emplacement désormais vide où se trouvait la jeune fille une seconde auparavant.





Citation:


INÉDIT Doctor Who Alternative (jusqu'au générique de début)

12th Doctor's Theme: Tears of Time


La main du Docteur était tendue en avant, tendue vers l'ange et vers Clara, qui avait fait place au vide. Elle était partie. Disparue. Envoyée quelque part dans le passé, peut-être au même endroit, peut-être à des kilomètres d'ici... Il ne regardait même plus l'ange. Il y avait une lumière, il ne savait pas d'où elle venait, il ne voulait pas le savoir. Il avait le regard dans le vide. Sa bouche était ouverte, figée, tout comme son cri. Ses yeux se remplissaient d'horreur en comprenant peu à peu ce qui s'était passé.
Il ne voyait plus rien, il était perdu dans un tourbillon de pensées. Clara était partie. Clara était perdue. La fille impossible. Celle qui lui avait tant de fois sauvé la vie... Ce compagnon de route...
Oui, elle lui avait sauvé la vie tant de fois. Chacun de ses visages, elle les avait vus. Il lui devait bien des choses... Le Docteur ne pratiquait pas le rituel de la dette de vie, mais ce qu'avait fait cette jeune femme pour lui avait une valeur encore plus grande... Cette dette de vie était comme naturelle, c'était quelque chose d'évident. Et il ne la remplissait pas. Non, loin de là. Il avait cherché à la défendre, à la protéger, mais ça n'avait servi à rien. Une petite seconde d'inattention, une simple petite seconde d'inattention, avait réussi à tout détruire. Cet instant infime où son talon avait cogné une marche d'escalier, lorsque son équilibre, déjà fragilisé par sa course en arrière, s'était brisé. Et ensuite, l'instant précis où Clara avait caché l'Ange... Cet instant où au lieu d'agir, de se relever, de mettre sa tête sur le coté, il avait préféré crier. Qu'il était facile de crier... On pouvait toujours dire qu'on avait tenté quelque chose, que l'on avait voulu sauver la situation, que l'on avait échoué, certes, mais en faisant ce qu'il fallait. Mais tout cela n'était-il pas se voiler la face? Le Docteur commençait à culpabiliser... Les larmes ne coulaient pas encore, mais elles semblaient vouloir se glisser sous ses paupières. Tout était de sa faute. S'il s'était dirigé vers le TARDIS plutôt que vers l'église, rien de ça ne serait arrivé. Il aurait découvert ce qui se tramait réellement. Il soupçonnait qu'il pouvait s'agir d'un Ange Pleureur, ou de toute créature capable d'interagir et d'influencer l'énergie temporelle... Il s'était jeté dans la gueule de l'ange sans réfléchir, pour voir s'il avait raison ou tort... À moins que ce n'ait été pour affronter la menace qui pesait sur le village? En avait-il réellement connaissance à ce moment là? N'était-il pas tout simplement venu par curiosité, parce que la "coïncidence" entre les messes et les disparitions l'intriguait? Il ne le savait même plus... La dernière chose qu'il avait vue était en train d'éclipser le reste.
Il était assis dans l'escalier, il avait fermé les yeux, les paumes de ses mains pressaient son front et ses longs doigts agressaient ses cheveux. Il culpabilisait et se méprisait lui-même, dans le plus grand silence, sans rien entendre de ce qui se passait à l'extérieur...



Jusqu'à ce qu'une main secoue son épaule.
Le Docteur rouvrit ses yeux humides et rougis par des larmes qui n'avaient pas coulé. On le secouait. Jonas le secouait. Il semblait effrayé au plus haut point. Sa main était en train d'agresser l'épaule du Seigneur du Temps.

« Docteur! Docteur! Bon sang! DOCTEUR! Où est Clara? Qu'est-ce qui lui est arrivé?

Le Seigneur du Temps était encore assis. Il ramena ses mains jusqu'à son menton, pour essuyer ses yeux mouillés, et regarda le jeune homme avec un air désolé, sans rien répondre. Il fixait les yeux remplis d'incompréhension de son dernier compagnon. Lui non plus ne disais rien. Le silence était presque total, si on exceptait les voix des Coxtiniens plus loin dans l'escalier, et un étrange crépitement. Mais tout cela, leurs oreilles ne l'entendait pas. Un silence s'était abattu sur les deux voyageurs temporels. Leurs yeux parlaient pour eux. L'ébahissement du jeune homme disparut en quelques secondes... Il secouait la tête lentement, il ne croyait pas ce qu'il comprenait. Des mots tentaient de sortir de sa bouche, mais il n'arrivait pas à prononcer quoique ce soit. Elle était partie. Disparue. Il ne savait pas exactement ce qui lui était arrivé, mais le regard du Seigneur du Temps était sans équivoque. Ils ne la reverraient plus. Des souvenirs resurgirent dans l'esprit du jeune homme. Sur sa planète natale, dans la Tour des Communications, lorsqu'un garde allait le tuer... Clara avait le choix entre protéger le Docteur ou bien révéler où celui-ci se trouvait. Ils ne se connaissaient presque pas à cette époque. Elle aurait très bien pu le laisser se faire abattre et protéger son "ami". Mais elle l'avait sauvé. "Où est le Docteur?". Le militaire posait la question et pointait son arme sur la tête du résistant. Elle l'avait sauvé. Et depuis, que n'avait-elle fait? Lorsqu'il était sorti de son cauchemar d'illusions, c'était elle qui l'avait aidé à se relever, à reprendre ses esprits. Le Docteur ne faisait que tripatouiller des ordinateurs... Dans le vaisseau de l'Infinium, c'était encore elle qui l'avait soigné, qui s'était assurée de faire un bandage solide et propre autour de son torse, lorsqu'il avait été blessé par l'arme de Night. Pendant les voyages autour des Jeux Olympiques, ils avaient appris à se connaître, ils avaient appris à s'apprécier... Il n'y avait rien d'autre qu'une complicité entre eux, il ne ressentait rien pour elle et espérait grandement que cette absence de sentiments soit réciproque. Mais ils étaient devenus amis, compagnons de voyages, complices à travers le Temps et l'Espace, ils avaient affronté ensemble des mannequins de plastique, des Sycorax et bien d'autres choses encore durant leur tournée Olympique. Et le Docteur avait laissé la jeune fille mourir. Disparaître. Jonas sentait son ventre se nouer, la nausée qui arrivait. Il fallait qu'il évacue tout ce qu'il ressentait en ce moment, et malheureusement il avait en face de lui la cible toute désignée. Et il cria...

- Pourquoi?? Mais pourquoi bon sang? Vous saviez que c'était dangereux!! Vous auriez du regarder cette saloperie de statue!! Vous deviez le faire!! Et pourquoi vous nous avez amené ici, hein?? POURQUOI??
- Jonas, s'il te plait... Je suis dé...
- Vous êtes un danger pour nous tous! Pour elle!! Elle vous a sauvé la vie pleins de fois, bon sang!! Je le sais très bien! Même si je n'ai toujours pas compris comment, mais ça j'en ai rien à faire! Vous deviez la sauver!! Si ça avait été moi, si ça avait été Sparrow? Si ça avait été Adrian? Ils seraient morts aussi!!
- Je suis désolé, Jonas... murmurait le Docteur. Je... Je...
- C'EST VOTRE FAUTE!! criait le jeune homme. »

Et alors, la colère l'emporta sur la raison, et il frappa le Seigneur du Temps au visage. Et il continua, il se jeta sur lui et le frappa, encore et encore, jusqu'à ce que des mains qu'il n'avait pas vu venir le tirent en arrière et le plaquent sur le mur.

« Tu te calmes! Calme-toi! On se calme! Caaaalme!

Adrian retenait fermement Jonas sur la paroi de pierre, et leurs deux visages se frôlaient. La forte respiration du voyageur temporel soulevait les mèches du jeune anglais, qui lui lançait un regard qui signifiait clairement qu'il ne le lâcherait pas tant qu'il ne serait pas totalement calme.

- Bon, respire! Respire! Inspire, expire. Voilàààà! Et ça va te calmer.
- Je... je... Bon sang! Qu'est-ce que j'ai...
- Chut! Chuuuuut... murmurait Adrian en posant son doigt sur sa bouche. Calme-toi totalement. On est déjà assez stressé en haut.
- OK... Je... suis... calme. Euh, Docteur?
- Oui? couina le Seigneur du Temps.

Il s'était relevé, et sa main couvrait son nez, qui saignait légèrement.

- Désolé pour... le nez.
- Pas grave, répliqua le Docteur en reniflant. Mais je vous revaudrais ça.
- De quoi?
- Non, je plaisante. Adrian, vous avez réussi à ouvrir la trappe?

Le jeune homme lâcha Jonas et se retourna pour faire face au Docteur, avec un air dépité et profondément déçu.

- Non... La trappe semble bloquée. Mais dîtes-moi, où est la jeune fille qui était avec vous, Docteur? Clara, c'est ça?
- Je... Attendez, l'ange... Personne ne le regarde là?

Les trois hommes se retournèrent vers le couloir, et virent alors un spectacle étrange. La statue était restée dans la même position depuis qu'elle avait capturée Clara, mais elle était comme recouverte d'une sorte de champ de force bleuté, vif et crépitant, qui semblait vibrer sous des impulsions et pulsations...

- Qu'est-ce que... murmurait Adrian.
- On remonte vite, coupa le Docteur. On a de la chance, il est immobilisé qu'on le regarde ou non, mais pas pour longtemps, alors on se dépêche. Une fois en haut, je vous expliquerais. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le Docteur remonta les escaliers, son tournevis sonique en main, et sépara la vieille Sparrow et le révérend qui se battaient presque, même en ayant entendu auparavant les cris de Jonas. Le Seigneur du Temps activa on engin en le pointant sur la trappe, et après une vingtaine de secondes, celle-ci se déverrouilla. Tout le monde se précipita à l'extérieur, remontant derrière le cœur de l'église, et le Docteur referma les panneaux de bois, pour enfin répondre aux nombreuses questions.

« Miss Sparrow! s'offusqua Palm en remarquant la tenue de la veuve. Vous portez un couvre-chef? Ici? Dans la maison du Seigneur?
- Fermez-la, vous! claqua sèchement le Docteur.
- Bien dit! approuva Clarisse. Au lieu de penser à mon chapeau, vous devriez plutôt nous expliquer ce qui s'est passé, Révérend!
- Mais je n'en sais rien! Est-ce que tout le monde va bien, déjà, parce que j'ai failli avoir des problèmes cardiaques, moi en voyant cett... Mais... Attendez...

L'homme d'église passa son regard sur le groupe, qui s'était réuni entre deux colonnes, sur le mur de brique qui condamnait une petite chapelle. Il réajusta ses lunettes sur son nez, et comprit qu'il manquait Clara:

- Mais où est donc cette chère Miss Orsan?
- Oswald. Et elle n'est plus là... murmura amèrement le Docteur en appuyant son dos et son pied gauche sur un mur et en croisant les bras. Ne vous inquiétez pas, Jonas, elle n'est pas morte, contrairement à ce que vous pensez. Enfin... Il se peut qu'elle soit morte, maintenant.
- C...C... Comment ça? s'effarait la veuve Sparrow.
- Les anges pleureurs peuvent interagir avec le temps, et avec le Vortex, tenta d'expliquer le Seigneur du Temps. Bien sûr, ils peuvent tuer les gens, et réussissent parfaitement bien à briser les nuques pour ça. Mais la plupart du temps, ils tuent de façon bien plus... "propre".

Le Docteur se retira de son mur pour tenir debout sur ses deux jambes, et laissa ses bras retomber.

- Ils envoient leur victime dans le passé.
- Comment? s'écria Clarisse.
- Blasphème! Même dans les saintes écritures, le Seigneur ne possède ce pouvoir!
- Taisez-vous... Bons sang, taisez-vous! lâcha Jonas. Ce n'est pas le moment de parler religion!
- Bien dit... chuchota Adrian en regardant le plafond, les mains derrière le dos, le visage innocent.
- Les Anges Pleureurs envoient leur victimes dans le passé, continua le Docteur avec difficulté. Cela dégage de l'énergie temporelle, celle des jours que la victime n'a jamais vécus. Une énergie potentielle. Et les anges s'en nourrissent. Qui sait où et quand elle a été déplacée. Ils transportent aussi les gens dans l'espace...
- Oh... Ooh... hoquetait la vieille Sparrow. Je... Mon dieu c'est...

Elle porta une main à sa poitrine, son cœur battant de plus en plus vite. Le Docteur la regardait avec un air désolé. La pauvre vieille femme avait dû vivre une vie bien tranquille jusque là, sans grands problèmes, sans phénomènes surnaturels apparents. Et maintenant, elle comprenait ce qui était arrivé pendant des années aux personnes disparues.

- Mais le champ bleu, qu'est-ce que c'est? demanda Jonas.
- De l'énergie temporelle. Beaucoup, même. Les anges ne font pas qu'absorber l'énergie potentielle, ils absorbe aussi l'énergie temporelle "pure" qui nous entoure et celle qui est en nous. Jonas, nos voyages créent de l'énergie temporelle, une énergie qui reste en nous pendant longtemps. Clara a... elle a absorbé beaucoup d'énergie temporelle durant sa vie. Lorsqu'elle a traversé ma.. Ce serait trop compliqué à expliquer. Il n'en reste que toute cette énergie est telle que l'Ange ne peut pas tout absorber d'un coup. Cela l'immobilise le temps qu'il ait tout assimilé. Mais cet ange là n'est pas comme les autres...
- Oui, il bouge! remarqua Adrian.
- Il n'est pas comme les autres anges qui bougent, rectifia le Docteur, agacé. Celui-ci peut changer d'apparence. Mais ce n'est pas la seule chose qui le rend unique...
- Quelle est l'autre chose?
- Venez voir, vous comprendrez, fit le Docteur en contournant le dos du cœur pour rentrer dans la nef de l'église, suivi par les quatre humains.

Une fois qu'il furent tous dans la nef, sur l'escalier de marbre du cœur, le Docteur tendit les mains vers les colonnes et les sièges, et tourna sur lui-même en se dirigeant vers un vitrail à sa droite, tandis que les autres restaient sur les marches de marbre.

- Vous ne vous êtes jamais dit que cette Église était une impossibilité architecturale?
- Vous êtes à Coxtin, répliqua Adrian. Difficile de trouver quelque chose de proportionné ici...
- Les colonnes ne peuvent pas soutenir un plafond aussi haut, j'en suis sûr... murmurait le Docteur, désormais en-dessous du vitrail. Et ne parlons pas de l'hybridisme entre une cathédrale et une église. Le bâtiment est adapté pour une ville, peut-être, mais pas pour un village de la taille de Coxtin.
- Qu'est-ce que vous insinuez Docteur? Que mon église elle est pas belle? Qu'il y a eu une grande capitale chrétienne il y a des siècles de là, sur l'emplacement de Coxtin? cancanait Palm.
- Non. J'insinue que nous ne sommes pas dans une église.
- Oh, et qu'est-ce que c'est alors? continuait le Révérend. Un bateau? Comme le Victory? Arrêtez de blasphémer et d'insulter notre village et nos croyances!! Ce qui est arrivé à votre jeune amie vous rend complètement...
- Je vous déconseille vivement d'utiliser la disparition de Clara Oswin Oswald pour me critiquer, répondit avec une froideur horrible le Docteur. Mais pour une fois, vous avez raison.
- Vous reconnaissez votre péché de blasphème? demanda avec espoir Palm.
- Non. Nous sommes dans un bateau.

Le silence s'abattit dans la grande nef. Tout le monde regardait le Docteur, et leurs visages montraient clairement qu'ils commençaient vraiment à le prendre pour un fou.

- Enfin, un bateau... Un vaisseau, plutôt, rectifia le Seigneur du Temps. Pourquoi est-ce que vous me regardez comme ça?
- Écoutez, Docteur... Je veux bien être ouvert, tentait de répondre Adrian. J'ai confiance en vous, et je ne sais même pas vraiment pourquoi, mais là...
- Faudrait penser à consulter, termina Jonas en employant un vocabulaire plus moderne.
- Roh, voyons, réfléchissez un peu! Aujourd'hui, vous avez vu une statue qui bouge lorsqu'on ne la regarde pas et qui peut renvoyer les gens dans le passé, vous avez vu un cylindre de métal s'allumer sans aucune allumette, vous avez vu mon tournevis sonique, qui ne ressemble pas à un tournevis, et qui peut faire des choses que vous n'auriez jamais imaginé avant, et vous avez du mal à croire que cette église est un vaisseau?
- Vu comme ça... songeait Clarisse.
- Jonas, vous vous souvenez de la Bibliothèque de l'Oubli sur Melti IV?
- Euh... non.
- Forcément, vous avez oublié. C'est le principe. Pour votre culture personnelle, et c'est le cas de le dire, c'était quelques jours après le début des Jeux Olympiques. Mais moi, j'ai réussi à contourner les protections, et je me souviens de quelques informations, à propos des Anges Pleureurs.
- Ah? Éclairez-nous donc, Docteur... soupirait Clarisse.
- Les Anges, même s'ils sont solitaires, possèdent une organisation, ou plutôt une hiérarchie. Certains réussissent même à "vivre en groupe", et j'en ai d'ailleurs rencontré. On pense parfois que les anges possèdent des "Royaumes", ou plutôt des "Territoires" dans l'Univers. C'est extrêmement difficile à dire, mais les rares personnes qui les ont étudier et qui y ont survécu ont compris que certains anges donnaient les ordres, et que ces "anges dominateurs", entre eux, sont comme des rois en Europe.
- Ils se font la guerre? proposa Clarisse.
- Non... Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ils "cohabitent". Mais ils semblent avoir chacun leur... "champ d'action". Ils ne dirigent pas de territoires, des pays, mais ils sont à la tête de groupes d'anges, groupes dans lesquels chaque individu a une fonction bien particulière. Ces "clans" sont rares, mais ils existent, et ensemble ils ont parfois réduit des planètes à néant en tuant toute leur population, quoique ce ne soit pas vraiment utile pour eux, si ce n'est pour se nourrir de l'énergie potentielle de leurs victimes.
- Bon, mais où est le rapport avec l'église? coupa Jonas.
- L'Ange de Coxtin, parce que c'est à peu près ça, est là pour son "chef", pour ramener de l'énergie temporelle. Peut-être qu'il n'y en a plus chez lui, peut-être que le "chef" est mourant. Il n'en reste qu'il a récolté un tas d'énergie temporelle ici, tellement qu'on en retrouve en-dehors de l'église et même du village, tellement que lui-même, qui en a beaucoup absorbé, en laisse des traces en se déplaçant.
- Mais comment a-t-il fait pour en... euh... "récolter"? demandait Adrian, qui suivait à peu près.
- Vous ne le savez sûrement pas, mais vos chers aînés, eux, le savent parfaitement. Votre mère, en tout cas.

Adrian se retourna lentement vers sa mère. Celle-ci le regardait avec un regard triste, et semblait déglutir. À ses cotés, le Révérend ne comprenait pas ce qui se passait, et posait un regard ahuri sur la vieille femme, qui, sans parler, donnait raison au Docteur.

- Je dois avouer que vous êtes très intelligent. Tout ce que vous avez dit... cela explique tout ce que nous ne comprenions pas.
- Comment ça? demanda Jonas.
- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que ça veut dire? balbutiait Adrian.
- L'église a été construite il y a une cinquantaine d'années, pour vous, expliqua le Docteur. En réalité, elle est apparue d'un coup. C'est un vaisseau d'Ange Pleureur, camouflé en église, et rempli de filtres de perception. Vous avez tous cru qu'elle avait été construite. Et l'Ange, pendant plus de cinquante ans, a absorbé des tonnes d'énergie temporelle, parce qu'il avait crée une situation impossible, des dizaines et des dizaines et des dizaines de quasi-paradoxes, une instabilité et un déséquilibre dans le tissu même du temps.
- Essayez de vous expliquer, Docteur! suppliait presque Jonas, qui était lassé des longues explications.
- L'ange surveille les messes, car elles se déroulent dans ce vaisseau. Lorsqu'un des jeunes de la ville est "prêt", selon lui, il s'en occupe, et l'envoie dans le passé, récupérant donc l'énergie temporelle, mais ce n'est pas tout. N'avez-vous jamais remarqué, Jonas, qu'à Coxtin, il n'y avait que des personnes âgées et des jeunes dans la vingtaine ou moins?
- Euh, maintenant que vous le dîtes... Attendez, ne me dîtes pas que... L'ange transfère les jeunes dans le passé, à Coxtin, pour qu'ils vieillissent et deviennent les personnes âgées d'aujourd'hui... Non... C'est pas possible!
- Oh que si, mais vous oubliez quelque chose. Tout le monde a des parents, tout le monde est né de quelqu'un d'autre, et ici, les jeunes sont les enfants des personnes âgées, qui, pour une raison inconnue, ont fait leurs enfant assez tard, dans la trentaine ou quarantaine. Ces parents sont nés au siècle précédent, et n'ont jamais été attaqué par un ange. Pourtant, presque tout le monde a des enfants, ici...
- Bravo, Docteur. Vous avez tout compris. coupa Clarisse.
- Qu'est-ce qu'il veut dire? demandait désespérément Jonas. Je n'arrive pas à comprendre.
- La première génération, ceux qui n'ont pas été attaqué... continua Clarisse. Leurs enfants l'ont été. Ils ont rejoints leur parents dans le passé, lorsqu'ils avaient à peu près le même âge. Ils ont vieilli, et se sont mariés, ont eu des enfants. Et ces enfants, devenu adulte, dans la vingtaine, ont été attaqués par l'ange eux aussi...

Le Révérend, qui était resté à coté de Clarisse sans trop réagir, eut un regard horrifié pour la vieille femme, tandis qu'Adrian et Jonas étaient bouche bée.

- Six générations se côtoient à Coxtin, messieurs. La première née avant l'arrivée de l'Ange, les quatre autres, victimes de celui-ci, et la sixième, qui n'a pas été envoyée dans le passé, confessa la vieille femme.
- Certains ont le même âge que leur arrière-petit-fils dans ce village, enchaîna le Docteur. Cinq générations vivant en même temps, et une sixième qui ne se doute de rien. Chaque seconde de la vie de ce village est une impossibilité paradoxale, le méli-mélo spatio-temporel poussé à l'extrême. Et ça, ça fait beaucoup d'énergie temporelle, et ça explique les problèmes sur les arbres et les feuilles dans la forêt. Un transfert temporel en pleine nature a du libérer un peu de l'immense énergie de l'ange, qui a déréglé les lignes temporelles des végétaux du coin. Mais pour revenir aux humains, les jeunes sont renvoyés à Coxtin parce que l'Ange doit garder ceux qui le nourrissent dans le même secteur, tant pour permettre aux paradoxes de continuer, à l'énergie de se concentrer, que pour empêcher un seul membre d'une seule génération de s'enfuir et peut-être d'ébruiter la nouvelle. Coxtin est un village fermé, malgré les apparences.
- Et vous le saviez? hoquetait Adrian.
- Moi? Je l'ai deviné, avoua le Docteur. Mais eux, ils le savaient, vraisemblablement.
- Je ne savais rien de tout cela, Docteur! se défendit Palm. Du moins, je ne savais pas que cela atteignait autant de proportions. Quand je vous traitais de blasphémateur, c'était pour vous éloigner de la vérité. Je tiens à ce que l'Ange ne se venge pas!
- Mais vous aviez peur, non? En voyant la statue apparaître.
- Nous n'avions jamais vu l'ange ainsi, avant!
- Nous ne nous disions que peu de choses, révéla Clarisse. Le silence régnait autour de cette histoire. Nous savions, mais c'était tout. Le Révérend était au courant, mais à peine. Lui il est arrivé à Coxtin après le premier curé de la nouvelle église, et il n'est pas du village. Et il n'a pas d'enfants. Les autres ne comprenaient pas vraiment ce qui s'était passé, pourquoi leurs enfants ou petits-enfants leur revenait de l'avenir et semblaient même plus vieux qu'eux, pourquoi parfois ils se rencontraient eux-même, en bien plus jeune, sans rien pouvoir révéler. Nous avions conscience qu'il fallait laisser les choses se faire. Personne en-dehors n'est au courant, et c'est bien heureux... Nous avions changé nos noms, tous... Impossible de comprendre, en théorie.

Elle était au bord des larmes, et avait lâché sa cane. Son fils ne bougeait même pas pour l'aider ou la réconforter. Il était tétanisé par ce qu'il venait d'apprendre. Tout son village était un mensonge, un paradoxe, une anomalie et une impossibilité du rationnel et de la réalité. Enfin, il baissa la tête, en soupirant, accusant le coup.

- Et toi, mère? Je t'ai déjà rencontrée? Est-ce que je t'aurais fait la cour, à une époque?

Clarisse releva les yeux qu'elle avait baissé. Elle avait honte d'avoir menti au Docteur. Mais elle le devait, pour une raison qu'elle n'avait qu'à moitié révélée.

- Oui, tu m'a rencontrée... murmura-t-elle de sa voix usée. Une seule fois.
- Qui était-tu? Qui es-tu, même?
- Sherlock Holmes.

Le Docteur avait répondu. Sa voix était caverneuse, remplie d'amertume et d'émotion. Jonas se tourna vers lui, tandis qu'Adrian continuait de regarder sa mère, dont les larmes coulaient encore plus, toujours en silence, en comprenant que le Docteur avait compris.

- Dans les bois... continuait le Docteur. Vous... Vous aviez dit que les policiers n'étaient pas des Sherlock Holmes.
- En effet, hoqueta la vieille femme en tentant de reprendre de la contenance.
- Mais c'est impossible... murmurait-il, presque en riant, pour se rassurer.
- Pourquoi? interrogea Jonas. D'après ce que je sais sur ces nouvelles, c'était très populaire dans ce pays, non?
- Oui, en effet. Mais... les nouvelles... elles ne sortiront que dans des dizaines d'années.
- Oh... Oh!
- Vous ne pouvez pas venir de cette époque, ni de celle où Conan Doyle publiait ces livres, vu que l'ange n'est sûrement pas allé jusqu'ici. Clarisse, vous êtes... impossible.
- Comment ça? s'inquiétait Palm.
- Clarisse... Clarisse! criait le Docteur, enragé.
- Quoi, Clarisse? criait encore plus fort Adrian, lui aussi totalement sur les nerfs car déstabilisé par ce qu'il avait appris.
- Clarisse... murmurait le Docteur, qui commençait à pleurer.

Jonas regardait la vieille femme. Elle aussi pleurait, en silence, sans sangloter, sans crier. Elle vit qu'il le regardait, et alors elle le fixa dans les yeux. Son regard transperça la jeune homme. D'instinct, en entendant le Docteur, et en voyant ce regard brun de la vieille femme, la vérité prit place dans son esprit, et sa voix répondit alors comme un écho à celle du Docteur et à la question que tous se posaient.

- Clara... »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


Le Docteur regardait le sol, et ses larmes silencieuses coulaient sur ses joues et retombaient sur la pierre qui recouvrait le sol du vaisseau. Devant lui, sur l'escalier, Clara dominait tout le monde. Son fils était au pied des marches de marbre, et Jonas reculait vers le Seigneur du Temps, tandis que le Révérend, totalement abasourdi, s'était assis sur un des sièges du premier rang, essuyant son front couvert de sueurs de sa main déjà suante.


The Snowmen/Saison 7 OST Doctor Who (jusqu'à "Et tout devint Silencieux")



« Je savais parler anglais, heureusement... Jonas aurait été perdu, lui, sans la traduction du TARDIS. Je suis arrivé quelques semaines après la fin de la... "construction de l'église". L'intégration a été facile: il y avait beaucoup de jeunes... racontait Clara. Certains savaient ce qui c'était passé, et ne me reconnaissaient pas. Mais ce n'était pas un problème. Les gens de la première génération, eux, n'avaient pas vu l'avenir. Ils m'ont... m'ont accueilli. Un d'entre eux, en particulier. Un certain William Sparrow.
- Votre... enfin... ton... ton mari? tenta Jonas.
- Oui. Il était fou amoureux de moi... continuait-elle en se souvenant avec émotion de ces années-là. Ce n'était pas réciproque, mais il fallait bien que je me trouve un homme. Au début du XIXème siècle, c'était mieux. Je me suis marié avec lui, mais je ne l'ai jamais aimé. Du moins, pas par amour. Mais j'avais beaucoup d'affection pour lui. Lorsqu'il est mort il y a quelques années... J'étais détruite. Il ne me restait plus que mon Adrian. Et l'espoir de vous voir, Docteur. »

Le Seigneur du Temps ne répondait pas.
Il s'écroula par terre, et recouvrit son visage de ses mains. Il avait perdu toute sa froideur, tout son sang froid, quoiqu'il pleurait en silence, même s'il reniflait... Tout était terminé. C'était fini. Les maigres espoirs qui, un temps, avaient habité son esprit, étaient partis. Jusque là, ils s'était enfui dans les explications, les devinettes et les démonstrations pour ne plus penser à la disparition de Clara. Peut-être se disait-il que tout n'était pas perdu, qu'il aurait pu aller la chercher avec le TARDIS. Qu'il aurait pu la sauver. Que ses voyages auraient pu continuer. Mais il fallait désormais voir la vérité en face, et il se cachait cette vérité. Il ignorait ce qui se passait autour de lui, mais la vérité s'amusait à la narguer dans son esprit. Il y avait un ange pleureur qui avait absorbé des tonnes d'énergie temporelle en liberté, au commande d'un vaisseau spatial rempli de cette énergie, il y avait un village ou chaque parole, chaque acte, risque de créer un paradoxe capable de détruire l'Univers, et il y avait une femme qui avait crée une boucle temporelle en les amenant ici et en amenant la version jeune d'elle-même à devenir sa version âgée. Il y avait un méli-mélo spatio-temporel impossible à démêler, il y avait cette réalité qui l'attendait derrière ses mains, qui couvraient son visage humidifié par ses larmes. Et il ne voulait pas affronter cette réalité, pas alors qu'il avait perdu à jamais Clara. Sa Clara, pas celle qui avait vieilli et vécu loin des voyages, en sédentaire dans le Suffolk. Pas avec un Jonas qui ne serait plus jamais comme avant. Il ne voulait pas affronter cette réalité. Et tout devint silencieux.

Il n'y avait plus aucun son... Autour de lui, le silence religieux s'était imposé. Le Docteur sentait qu'il n'y avait plus personne dans l'Église. Une autre dure réalité devait elle s'imposer à lui? Il ne chercha même pas à le savoir, et resta muré derrière ses mains, dans son mutisme et ses larmes désormais sèches.
Jusqu'à ce qu'un bruit le tire de son état.
Une respiration presque divine... Un bruit d'espoir.
Un bruit qui ne venait pas de ce temps. Un bruit qu'il ne connaissait que trop bien.

Il enleva ses mains, et regarda. L'église était vide, mis à part Jonas qui semblait reprendre ses esprits, allongé sur le sol, et Palm endormit sur une chaise du premier rang. Et la cabine bleue qui se matérialisait dans le cœur, bien sûr. Adrian et Clara avaient disparu.
Le Docteur réveilla totalement son compagnon, lui fit comprendre qu'il ne comprenait pas plus la situation que lui, essuya ses larmes et se tourna vers son TARDIS. Il n'avait rien à faire là. Personne n'avait pu l'amener ici, personne n'avait pu le contrôler. Ce n'était pas possible. Lentement et avec précautions, le Docteur s'approcha de la porte, et glissa sa clef dans la serrure. Il poussa le battant de bois, et rentra dans la Salle de Commandes.
Le décor Olympique était parti. Le rotor était redevenu bleu depuis un bon bout de temps, et la sobriété et l'austérité du lieu avaient repris leurs droits. Mais cela ne surprenait pas le Docteur, il connaissait son TARDIS. Ce qui le surprenait, et ce qui surprenait encore plus Jonas, qui venait d'entrer, c'était qu'autour de la Console, il y avait trois personnes. La première était Clarisse. La deuxième était Clara. La troisième, qui semblait avoir pris les commandes de la machine... était Adrian.



Citation:
« De quoi?

Ce n'était pas Jonas qui avait lancé ces mots. C'était le Docteur.

Dans la Salle de Commandes, l'atmosphère était lourde et silencieuse. Adrian actionnait quelques interrupteurs, sans se tromper dans ses réglages, sous l'œil ahuri du Seigneur du Temps.

Jonas se précipita vers Clara mais ne la toucha pas, ne l'enlaça pas. Il s'était arrêté juste devant, comme pour vérifier que ce qu'il voyait n'était pas une illusion ou un hologramme. Et la jeune fille lui semblait tout à fait réelle.

- Clara... C'est toi? C'est vraiment toi? balbutiait-il.
- Oui, c'est moi... répondit la jeune fille en murmurant.
- Mais c'est... C'est impossible...
- Paradoxal est plus approprié, coupa le Docteur.

Le Seigneur du Temps contourna la Console, frôlant Clarisse mais ne la regardant même pas, pour venir se planter devant Adrian.

- Je suppose que vous voulez reprendre le volant... suggéra celui-ci.
- Je voudrais surtout que vous enleviez vos sales pattes de mon TARDIS.
- Mes sales pattes? Pourquoi êtes-vous aussi désagréable avec moi, alors que je viens de...
- Créer un paradoxe! interrompit le Docteur. Écoutez, je ne sais pas qui vous êtes, comment vous avez pu sortir de l'église, comment vous avez pu retrouver, ouvrir et piloter mon TARDIS, mais ce que je sais, en revanche, c'est que vous m'avez menti depuis le début, et que vous venez de provoquer un paradoxe temporel énorme!

Le jeune anglais, s'il l'était vraiment, soupira en entendant le Seigneur du Temps parler. Il décida cependant de reculer, pour laisser la console entre les mains du propriétaire, mais tenta d'expliquer au Docteur ce qu'il avait réellement fait.

- Les paradoxes peuvent être contenus, Docteur, vous le savez très bien.
- Oui, et vous, vous n'êtes pas sensé le savoir! Comment avez-vous pu le contenir, d'ailleurs?
- Le TARDIS y est pour beaucoup. Ainsi que Clara.
- Moi?

La jeune fille, qui était restée silencieuse, se retourna d'un coup en entendant Adrian, faisant ainsi flotter ses cheveux en l'air en bougeant.

- Oui, vous. Vous êtes un paradoxe contenu, depuis bien longtemps. Vous n'auriez pas pu rencontrer le Docteur si vous ne l'aviez pas sauvé des dizaines et des dizaines de fois dans son passé, mais dans votre avenir. Vous l'avez sauvé parce que vous l'avez rencontré, mais vous l'avez rencontré parce que vous l'avez sauvé.
- Comment savez-vous tout ça? s'exclama le Seigneur du Temps.
- Je le sais, ne cherchez pas à comprendre, pas maintenant! répondit Adrian. Vous contenez votre propre paradoxe, Clara. Vous pouvez en contenir d'autres, vous deux, avec l'aide du TARDIS.

En disant cela, il regardait les deux Clara, la jeune et l'âgée. Le Docteur, quand à lui, même s'il écoutait et parlait, vérifiait toutes les manipulations que le jeune homme avait effectué sur sa machine.

- Si vous ne restez pas ensemble trop longtemps, il n'y aura aucun problème, continuait-il.
- Pour l'instant il y a un autre problème... murmurait le Docteur en regardant un des écrans de la console.
- Lequel?
- L'ange a absorbé toute l'énergie on dirait. Il reprend le contrôle total de l'église. Et on peut raisonnablement penser que maintenant, il est rassasié. Ce qui signifie...
- … qu'il va décoller, acheva Adrian. »



La porte du TARDIS s'ouvrit vers l'extérieur, et le Docteur en sortit, droit, imposant, le regard de l'homme qui veut arriver à ses fins emplissant ses yeux. D'un pas rapide, il descendit les quelques marches du cœur, se retourna pour s'assurer que les quatre autres personnes soient bien sorties, puis claqua des doigts, ce qui eut pour effet de fermer violemment les deux portes de la cabine bleue.

« Vous n'êtes pas obligé de vous la jouer comme ça, vous savez... remarqua Adrian.
- Je fais ce que je veux, c'est mon vaisseau.
- Je ne suis pas sûr que le TARDIS sera d'accord avec le possessif employé, Docteur... lança Clara. Je parle en connaissance de cause, en plus.
- Peu importe... Il faut trouver l'ange maintenant, soupira Jonas.
- Rien de bien compliqué, expliqua le Docteur. Il est bourré d'énergie temporelle: mon tournevis sonique peut détecter sa trace.
- Pas du tout, répliqua Adrian. Le vaisseau-église est rempli d'énergie temporelle, à une saturation bien trop grande pour qu'on puisse suivre la trace de l'ange. Mieux vaut explorer l'endroit en se séparant pour le trouver plus facilement.
- Cela reviendrait à se retrouver seul face à un ange pleureur, beaucoup trop dangereux!
- Sauf que si l'ange est occupé à faire décoller une église au beau milieu d'un village anglais du XIXème siècle, il ne va pas s'occuper de nous, et...
- Hum! Hum! toussota Clarisse pour les faire taire. Peut-être pourriez-vous arrêtez de vous chamailler comme des enfants et essayer de réfléchir quelques instants.

Les deux hommes se tournèrent vers la vieille femme. Elle avait repris de la contenance, et son comportement sarcastique avait pris le dessus sur la grande tristesse de sa situation. Elle n'était pas censée exister, et pourtant toutes les longues années qu'elle avait vécues, toutes les rencontres qu'elle avait faîtes, toute cette vie qui lui avait forgé une personnalité différente de jour en jour, tout cela semblait bien réel. Elle en avait oublié, en presque 50 ans, la tortueuse et absurde réalité du méli-mélo spatio-temporel.

- Réfléchir, réfléchir! Plus facile à dire qu'à faire, vous savez! s'emportait le Docteur.
- Mais attendez, vous avez lu des choses sur les vaisseaux-églises des Anges, donc vous devez savoir où se trouve la "passerelle de commandes", remarqua Adrian.
- C'était à la Bibliothèque de l'Oubli, difficile de se souvenir de tout. Réussir à me souvenir des informations sur l'organisation des Anges Pleureurs est déjà assez incroyable en soi, alors...
- Taisez-vous et réfléchissez! coupa Clarisse.

Le Docteur se plongea donc dans ses pensées, cherchant à se remémorer les étagères et rayons de la Bibliothèque de l'Oubli. Le livre qu'il avait trouvé était sous forme papier, un grand livre gris, il s'en souvenait. Les feuilles, le contact du papier ancien, qui tombait presque en poussière. Les lettres, écrites à la mains. Un homme courageux que celui qui avait écrit ces lignes... Un homme qui avait réussit à étudier les Anges Pleureurs, à les comprendre, et à y survivre.

Le livre parlait des vaisseaux-églises, mais avec peu de précisions. Cependant, il y avait quelques informations sur les principaux systèmes, comme les réacteurs camouflés, l'antenne-clocher capable de transmettre quasiment partout dans l'univers pour communiquer, mais surtout capable de lancer un grand nombre de filtres de perception à proximité du bâtiment, pour que l'activité des Anges Pleureurs et les quasi-paradoxes qu'ils créent ne soient pas remarqué. L'antenne qui d'ailleurs se trouvait au-dessus de...

- La passerelle! Oui, je m'en souviens! s'écriait le Docteur en rouvrant les yeux. La passerelle est dans le clocher!
- Alors allons-y, lança Adrian en courant vers la porte de l'église, qui se trouvait à proximité des escaliers menant au clocher.

Tout le monde le suivit, tentant de suivre son rythme rapide. Les voyageurs temporels y arrivaient, habitués à courir, mais la pauvre Clarisse, septuagénaire de son état, avait du mal à suivre. On l'attendit devant les escaliers de bois qui menaient en haut de la tour, et le Docteur ouvrit la marche en montant doucement les marches de bois, qui grinçaient et craquaient sous le poids de ces cinq personnes.

- Attendez... commençait Clara. J'ai raté quelques petites choses, là. Je sais qu'on a crée un paradoxe en me sauvant, mais...
- Te sauver la vie? s'exclama Clarisse. Je te demande pardon? Non mais regarde-moi un peu! Ne suis-je pas aussi vivante que toi? Certes, la vie que j'ai vécue n'était pas celle que nous aurions dû vivre, toutes les deux... Mais je ne peux pas te laisser dire que moi, Clarisse Sparrow, de mon vrai nom Clara Oswin Oswald, je suis une sous-toi, une toi à qui l'on n'a pas sauvé la vie, une Clara Oswald qui a tout perdu, une Clara qui ne devrait pas exister, qui est une erreur, un paradoxe! J'existe tout autant que toi, tu m'entends! Tout ce que tu as vécu avant d'arriver à Coxtin, je l'ai aussi vécu!

En entendant cela, Adrian, qui se trouvait entre Clara et le Docteur, se retourna, pour monter en arrière, et parla à ce que l'on pouvait considérrt comme ses deux mères adoptives.

- S'il vous plaît, ne vous criez pas dessus à cause de ça, vous deux. Lorsque j'ai décidé de créer le paradoxe, pour vous ramener, et pas vous sauver, Clara, je l'ai fait en pensant que vous pourriez survivre ensemble quelques minutes ou heures. Mais vous êtes toutes les deux les vrais Clara Oswin Oswald, vous entendez? Vous n'avez pas vécu la même vie, vous avez toutes les deux un caractère différent, parce que Clarisse n'a pas du tout vécu dans la même situation que vous, Clara, et parce qu'elle a une cinquantaine d'années de plus que vous, mais vous restez Clara.
- Vous savez, remarqua le Docteur, j'ai déjà vécu un cas comme ça. C'est très, très difficile. Heureusement que cette chère Clarisse n'a pas un caractère aussi trempé qu'Am...

Le Docteur s'était coupé au milieu de sa phrase, non pas comme s'il avait oublié la suite du prénom de la Fille qui avait Attendu, mais plutôt parce que les souvenirs auxquels il faisait appel étaient loin d'être les plus beaux. La résolution de ce problème de méli-mélo spatio-temporel, sur Apalapulcia, avait été assez... radicale. Il en était peu fier, mais cela avait été la seule chose à faire. Peut-être avait-il eu peur de voyager avec la version plus âgée de sa compagne... Lui-même avait du mal à s'en souvenir. La Régénération avait détruit son ancienne personnalité, et il posait un regard nouveau et différent sur sa vie. Comme à chaque fois.

- Docteur... Vous allez bien? s'inquiéta Jonas, qui fermait la marche.
- Je... euh... Oui! Oui, parfaitement. Bon, continuons de monter.
- Attendez, vous tous! coupa Clara. Cette église est un vaisseau? J'ai manqué un épisode, là, non?
- Et bien, pour être tout à fait honnête... Oui, vous avez manqué un épisode, Clara, lâcha le Docteur en montant les escaliers.
- Et oui, c'est un vaisseau spatial, utilisé par les Anges Pleureurs et camouflé en église, expliqua Adrian. C'est ce qui explique que l'ange ait réussi à ouvrir la porte de la crypte sans l'enfoncer, et qu'il ait pu verrouiller la trappe sans problème non plus. Et pour que personne ne se pose de questions, l'église projette des champs de perceptions un peu partout.
- Palm baignait dans ces champs depuis des décennies, remarqua le Seigneur du Temps. Voilà qui peut expliquer son comportement alcoolique et loin de ce que l'on attend d'un homme d'église. À terme, le cerveau peut être gravement endommagé.
- Oui, c'est vrai... murmurait Clara en se remémorant ces événements si proches pour elle. Mais attendez, vous, Adrian, comment vous savez tout ça?
- Clara, s'il vous plaît! bredouilla le jeune homme. Qu'est-ce que nous avons dit, dans le TARDIS?
- Oui, qu'est-ce que vous avez dit, dans le TARDIS? répéta le Docteur en s'arrêtant et se retournant pour faire face à Adrian, qui fit de même pour regarder le Seigneur du Temps.

Le jeune homme, dont on ne savait finalement rien, baissa légèrement les yeux, puis replongea son regard dans celui du Seigneur du Temps, intransigeant et froid.

- De ne pas soulever la question. De ne rien me demander, d'accepter la situation.
- Je déteste accepter les situations de ce genre. Je veux savoir à qui j'ai affaire, si je peux me fier à vous, et ce n'est pas parce que vous l'avez sauvée... Enfin, que vous l'avez ramenée, sans démolir la moitié de l'univers par un paradoxe énorme, que vous avez toute ma confiance.
- Mais vous allez accepter la situation, répliqua Adrian avec une voix lasse. Je le sais. Parce que vous ne pouvez pas faire autrement.
- Oh que si je peux faire autrement! Je pourrais m'arrêter là, et c'est ce que je fais, d'ailleurs. Je pourrais vous poser toutes les questions auxquelles j'ai besoin que vous répondiez, si j'en avais envie.
- Mais vous n'en avez pas envie. Parce que ce que vous voulez faire, c'est vous venger de l'Ange Pleureur, l'empêcher de faire décoller cette église, qui tremble déjà sous nos pieds, parce que si vous vouliez vos réponses, vous perdriez un temps fou. Et il ne nous reste plus beaucoup de temps, là...

Le jeune homme soutenait le regard du Docteur, qui faiblissait sous les arguments difficilement parables qu'il lui opposait. Oui, c'était vrai, il voulait se venger. Parce que l'ange avait réussi à le déstabiliser complètement, lui qui pensait être l'une de ses incarnations les plus endurantes psychologiquement. Il souhaitait presque plus venger son orgueil que venger Clara, qui, de toute manière, était revenue.

- Vous avez raison... avoua le Docteur. Mais ne croyez-pas vous en tirer comme ça, Adrian. Je sais que vous avez réussi à neutraliser Jonas et le Révérend. Et vu que Palm dort encore, alors que Jonas, lui, s'est réveillé lorsque le TARDIS est arrivé, je comprends que vous les avez hypnotisé, et que vous avez fait en sorte que Jonas se réveille en entendant le bruit. Donc vous allez devoir réveiller le Révérend. Mais surtout, ne croyez pas pouvoir fuir. Je vous en empêcherai, Adrian, ou quel que soit votre vrai nom, et ce, par tout les moyens. Tous. Vous me devez des explications.
- Nous verrons ça plus tard, Docteur. Pour l'instant, on a une statue à arrêter. »

Le petit groupe continua de monter les escaliers, qui ne grinçaient plus. Les marches, désormais métalliques, étaient collées au mur, épousant ainsi la forme carrée de la tour. Le clocher était "séparé" du reste de l'église par le plafond de pierre de la nef, qui faisait office de sol pour une grande zone qui, vide, aurait mesuré une vingtaine de mètres de hauteur, voir plus. Sauf que cet étage n'était pas vide. Du sol au plafond, et dans les murs, passant au-dessus et en-dessous de l'escalier, des dizaines, des centaines de câbles, de toutes tailles, allant des fibres optiques à ce qui ressemblait plus à de gros tuyaux très flexibles. Tous sortaient de l'épais plafond métallique qui plongeait l'endroit dans une quasi-obscurité, troublée par les rayons de jours qui traversaient les volets de fer menant à l'extérieur, que l'on voyait sur les clochers.

Alors que le groupe atteignait une trappe métallique électronique, les vibrations dans le sol se faisaient de plus en plus fortes. Au-dehors, les rares personnes qui se promenaient sur la Place de Coxtin ne regardaient plus la grande église, qui commençait à sortir du sol, doucement, en lançant un grognement auquel personne ne semblait vouloir prêter attention, tant les filtres de perceptions étaient efficaces.

Le Docteur eut besoin de quelques secondes pour déverrouiller la trappe métallique, mais une fois cela fait, il s'engouffra dans la passerelle de commande en montant les dernières marches.

La pièce était étrangement lumineuse. Le vaisseau n'étant contrôlé que par un seul ange pleureur, il ne devait pas craindre la vision de congénères. L'un des quatre murs de la pièce carrée portait le grand cercle qui accueillait l'horloge de l'église, qui semblait faire office de vitre teintée, l'intérieur étant invisible depuis Coxtin, ce qui n'était pas réciproque. La haute-technologie du vaisseau permettait aux lourdes aiguilles de tourner sans engrenages. Le gros de la pièce était utilisé par des câbles qui se traînaient au sol. L'ange ne les regardait pas, faisant face à la vue imprenable sur le village, et entouré d'une aura indescriptible, ce genre de déformation que laissent les flammes et la forte chaleur dans l'air. Étrangement, il n'y avait pas beaucoup d'appareils informatiques sur les murs et dans la pièce.

« Il est en transe ou quoi? plaisanta Clarisse en remontant sa robe pour éviter de l'empêtrer dans les câbles.
- Euh... oui, avoua le Docteur. Les anges dirigent leurs vaisseaux par la pensée, qu'ils soient sous forme de pierre ou sous leur forme réelle. Mais faîtes attention: celui-ci est bourré d'énergie temporelle. C'est pour ça qu'il réussissait à changer de forme, à se transformer en Sainte Anne-Line, qui, d'ailleurs, est une sainte catholique, alors que cette église est sensée être anglicane, autre erreur du...
- Attention! coupa Clara.

L'ange s'était retourné. Il les fixait tous, et tous le fixaient. Une nouvelle aura, bleue cette fois, commençait à l'entourer.

- Il va utiliser les énormes ressources d'énergies temporelle qu'il possède pour déjouer le Quantum! s'exclama le Docteur.
- De quoi?
- Il va pouvoir bouger, même en étant vu.
- Bon, au moins, on aura le privilège d'être les premiers à voir un ange sous sa vraie forme... soupira Adrian.
- Et les derniers! nota Clarisse avec une voix angoissée.
- Pourquoi le vaisseau continue de vibrer? demanda Clara.
- Pilote automat...

Le Docteur se coupa en voyant l'aura bleutée de l'ange devenir de plus en plus vive, et cacher de plus en plus son corps.

- Bon sang, même s'il pourra ignorer le verrou quantique, il ne veut pas qu'on voit à quoi il ressemble. Comme s'il s'abritait autour d'un mur d'énergie temporelle, dont il se nourrit.
- Pourquoi il veut se cacher? Par pudeur? s'affola Clarisse, totalement désemparée.
- On va peut-être pas lui poser la ques... commença Jonas.

Il n'eut pas le temps de continuer. L'ange, surnourri et caché par son bouclier lumineux, venait de foncer à toute vitesse, ne laissant apparaître qu'une traînée bleue, et faucha Adrian, le plaquant sur le mur opposé dans son élan. Tout ce qu'on voyait, c'était une sorte de cocon bleuté qui cachait à la fois le corps de la créature et celui du jeune homme, un cocon d'où sortaient des cris de douleurs et des crépitements continus. Personne ne pouvait rien faire. Personne ne faisait rien. La lumière bleue, pourtant, faiblissait de plus en plus vite, sous les yeux ahuris du Docteur, qui comprenait ce qui se passait. L'énergie temporelle diminuait grandement. Et alors, après quelques secondes, le cocon disparut totalement, laissant place à l'Ange de pierre, verrouillé à nouveau, et entre ses bras tendus vers l'avant se trouvait le garçon, qui s'accrochait dur comme fer aux manches de la statue, en train de souffler, comme s'il avait couru un marathon. Il se laissa tomber par terre, s'affalant sur le sol pour reprendre sa respiration et ses esprits.

- Continuez à regarder l'ange! ordonna le Docteur. Et ne touchez pas Adrian.

Personne ne chercha à discuter ses ordres. Le Seigneur du Temps ressortit son tournevis, et analysa, de loin, Adrian.

- Vous... Vous avez absorbé toute l'énergie? balbutiait-il, incrédule.
- Impressionné? lâcha le jeune homme en se relevant avec difficulté.
- Vous auriez du mourir... ou vieillir grandement, voire rajeunir. Mais vous n'auriez même pas du pouvoir absorber l'énergie!
- On avait dit que les questions étaient pour plus tard.
- Adrian... murmura Clarisse avec horreur.

Le jeune homme n'avait pas l'air d'être dans la meilleure des forme, conséquence de son absorption massive d'énergie. Mais la vieille dame semblait horrifiée pour une raison différente. Elle regardait son fils adoptif avec des yeux d'incompréhension et d'affolement, et ses lèvres murmuraient des "Pourquoi?" inaudibles, comme si elle venait tout d'un coup de comprendre ce qu'elle n'avait jamais compris.

- Qu'y a-t-il? demanda le Seigneur du Temps avec inquiétude.
- Docteur... Un paradoxe produit beaucoup d'énergie n'est-ce pas?
- Euh... Oui, beaucoup d'énergie temporelle, une énergie très dangereuse lorsqu'elle sort d'un paradoxe, mais où est le rapport avec...
- Il n'y en a aucun. Du moins, si, d'une certaine façon. Est-ce qu'un paradoxe peut tuer l'ange?
- Clarisse... Non... murmurait Adrian, brisé.
- Clarisse, je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec Adrian, quoique j'ai mon idée sur la question, mais vous ne devez pas...
- Répondez à la question!
- Oui... confessa le Docteur. Oui, un paradoxe détruira l'Ange, s'il est assez puissant.
- J'en étais sûre... C'est comme l'eau: on en a besoin pour vivre, mais on peut se noyer.
- Exactement.
- Maintenant, que ce passera-t-il si je touche Clara?
- NON! cria Adrian.

Il tendait ses mains vers Clarisse, comme pour l'implorer, mais ses jambes se dérobaient presque, tant il avait été affaibli par le choc de l'absorption.

- Docteur, lorsqu'il a récupéré Clara... lorsqu'il m'a récupérée plus jeune, Adrian a dit que nous ne devions surtout pas nous toucher. Pourquoi donc? demandait la vieille femme avec un air piteux.
- Votre paradoxe est contenu, mais il est puissant. L'équilibre qui vous tient en vie toutes les deux est instable, surtout lorsque vous êtes au même endroit et au même moment. Si vous veniez à vous toucher, cet équilibre se brisera... révéla le Seigneur du Temps. Vous commencerez à vous effacer, Clarisse. Et si vous touchez l'ange, le paradoxe le tue...
- Ne lui expliquez pas, bon sang! Vous êtes inconscient? protestait Adrian.
- Vous êtes sûre de vous, Clara? interrogea le Docteur.

Saison 7 OST Doctor Who (jusqu'aux ΘΣ)



La vieille femme regarda son fils avec un regard triste et nostalgique, puis l'ange, Jonas, qui regardait la statue pour l'empêcher de bouger, et enfin, sur Clara. Sur la jeune "elle". Puis elle regarda le Docteur.

- Je n'ai pas choisi ma vie. Ces cinquante longues années, j'ai du les accepter. C'est ce que j'ai fait. Et j'ai aimé ma vie, Docteur. Une vie ordinaire, loin des problèmes, dans cette famille qu'est Coxtin. J'ai vécu avec un homme merveilleux et amoureux, pour qui j'éprouvais une affection particulière, qui n'était ni de l'amitié, ni un réel amour. J'ai vécu... J'ai cru vivre avec un fils fantastique. Je sais maintenant que c'était faux. Vous vouliez savoir ce que j'ai compris il y a quelques instants, Docteur? J'ai compris que je n'ai jamais vécu une vingtaine d'année avec ce garçon, qu'il n'y a jamais eu de bébé sur la plage. Que ce n'était qu'un autre filtre de perception, parmi tant d'autres, du moins je pense. Utilisé pour d'autres raisons, sûrement. Mais cette vie est terminée.

- Non... murmuraient Clara et Adrian.

- C'est grâce à ma présence que nous avons pu ramener Clara, Docteur. Mais maintenant, je ne devrais pas exister. Oh, j'existe, et j'en suis fière. Mais cette existence, si elle a eu un sens pendant de longues années, elle n'en a plus, désormais. Mon William est mort, mon Adrian n'a jamais été mon fils. Moi-même, je n'aurais pas du vivre cette vie. Toutes les belles aventures ont une fin, non?

- Clarisse, vous pouvez continuer à vivre sans...

- Non. Je ne vivais plus que pour mon fils. Du moins je le pensais. Je ne vivais plus que pour vous revoir, vous trois. Jonas, le Docteur, et moi. Jonas qui, malgré tout ce qu'il a vécu et enduré dans sa vie, sous la Résistance, ou avec nous, reste droit, et ne cligne pas des yeux. Vous, Docteur, qui êtes merveilleux, malgré que vous soyez parfois froid et distant. Et moi... Cette moi qui avait disparu, remplacée par une personnalité qui s'était forgée année après année. J'avais oublié tout ça, et maintenant... Je suis sûre que si tout était à recommencer, je ne changerai rien. Que je voudrais avoir la vie que j'ai vécue, à Coxtin, parce que celle du TARDIS est trop dangereuse. Mais c'est le choix de Clarisse Sparrow. Celui, finalement, de ne pas avoir le choix. Clara, tu as le choix de ta vie, toi. Tu peux voyager avec le Docteur, voir le temps et l'espace, voir des étoiles vivantes avaler des souvenirs, des sous-marins se perdre dans les banquises, des planètes brûler ou revivre, des centaines d'aliens réunis en un seule lieu, une boîte bleue plus grande à l'intérieur... Tu peux faire tout cela, uniquement si tu le souhaites. Moi je ne le souhaite plus. Mais je ne souhaite plus continuer ma vie non plus, parce que j'y ait tout perdu, même ce que, finalement, je n'ai jamais eu.

- Clarisse... S'il vous plait... S'il te plait... sanglotait presque Adrian.

- Tout ce qu'il me plait, Adrian, tout ce que je souhaite, c'est que Clara vive la vie qu'elle veut. Que je puisse vivre la vie que je souhaite, justement. Parce que je n'ai pas pu le faire. J'ai eu la chance de bien aimer celle que l'on ma offerte, mais maintenant il n'y a plus rien pour moi. Clara, écoute-moi, maintenant. Chaque aventure, chaque étape de tes voyages avec le Docteur... Toutes peuvent y mettre fin,. Toutes peuvent changer ta vie du tout au tout, et celle-ci aurait du le faire. En cinquante années, plus que pendant les quelques heures passées avec vous, j'en ai enfin pris conscience, et j'ai pris conscience que jamais je ne me posais la question de rester ou non, jamais je ne me disais qu'à chaque voyage, j'avais le choix de rester, de continuer, de tout arrêter, de rentrer... Et maintenant, toi aussi tu en as conscience. Alors lorsque tout sera terminé, tu pourras choisir.

Une larme perlait sur la joue de la jeune Clara. Elle allait se sacrifier pour se sauver la vie. Une vie à laquelle elle n'avait jamais vraiment réfléchi. Et face au regard indescriptible de Clarisse, elle abandonna tout espoir de raisonner la vieille femme. Parce qu'elle avait raison: elle avait 70 ans, elle avait perdu son mari, elle avait vécu dans une horrible illusion, et son existence était désormais impossible. Si elle se sacrifiait, tout rentrerait dans l'ordre, tant pour elle que pour les voyageurs temporels.

Et alors, en ayant totalement conscience de ce qu'elle faisait, elle tendit sa main. Son bras se releva, et ses doigts, à moitié resserrés en un poing, lançaient un indescriptible appel vers la vieille femme. Clarisse soupira, et prit doucement la main de sa jeunesse entre les siennes. Sa peau usée caressa quelques secondes la peau lisse et pleine de vie de Clara. Puis tout commença.

La main de la veuve s'illumina doucement d'une lumière blanche, et la réalité elle-même semblait se déformer autour de ses doigts, à la vision en tout cas. De légers crépitements accompagnaient les minuscules étincelles qui éclataient avec calme autour de la peau de Clarisse. Ses deux mains étaient atteintes, et le paradoxe commençait à l'effacer, lentement. Après avoir admiré ses bras qui commençaient eux aussi à s'illuminer, la vieille femme se retourna pour faire face à l'Ange.

- Ce sera douloureux, Docteur?
- Pour vous, non. Mais pour nous...
- Si vous parlez du choc émotionnel, j'en suis désolée par avance, croyez-moi.
- Les énergies... murmurait Adrian avec émotion. Il parlait des chocs entre les énergies potentielles, paradoxales et toutes les autres. Le clocher tout entier sera soufflé.
- Je vois. Jonas, tu n'as plus besoin de regarder l'ange. Je vais m'en occuper. Et enfin, si Adrian a raison, je crois que j'ai une dernière chose à vous dire.

Clarisse soupira une dernière fois, se permettant de cligner les yeux, pour la dernière fois aussi. L'ange n'avait pas bougé. Elle le fixa, et murmura:

- Courez.
- Non... sanglotait Clara.
- Courez, espèces de petits malins!

Malgré l'émotion, personne ne se fit vraiment prier, et lorsque Clarisse entendit les premiers pas sur les escaliers métalliques, elle murmura ses derniers mots:

- Et souvenez-vous de moi. »

Et lorsqu'elle n'entendit plus que le lointain écho des pas rapides, elle avança, sans cligner des yeux, vers l'ange qui semblait s'entourer à nouveau d'énergie. Mais il était trop tard pour survivre. Clarisse Sparrow se planta face à la statue, et après un dernier soupir, elle posa ses mains crépitantes sur les épaules de pierre. Une forte lumière blanche éclata à l'endroit où se touchaient la peau et la pierre, une lumière qui se propagea à toute vitesse, et un sifflement de plus en plus fort, qui annonçait l'imminente fin.

Et dehors, alors que l'église flottait et volait au-dessus des terres d'Angleterre, le cadre de verre de l'horloge du clocher éclata, laissant sortir un souffle bleuté de temps et de mort disperser à jamais les atomes qui jadis constituèrent une fille impossible et un ange maléfique.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


INÉDIT Doctor Who Alternative (jusqu'aux ΘΣ)

12th Doctor's Theme - Run!


La porte du TARDIS s'ouvrit à la volée. Depuis la Salle de Commandes, on pouvait voir des étincelles et des flammes surgirent de partout dans la nef du vaisseau, désormais obscure, les vitraux ayant été "fermés" lors du décollage. On pouvait voir les colonnes de pierres éventrées, d'où sortaient des dizaines de câbles coupés qui crachaient des arcs électriques partout, on pouvait voir les bancs de bois brûler et éclater sous le feu.

Le Docteur se précipita à l'intérieur, suivi de très près par Jonas, Clara et finalement Adrian, qui s'était remis de la "surcharge" d'énergie temporelle, et qui tirait du bras le vieux révérend, qu'il avait réveillé de son hypnose.

« Mais c'est plus grand à l'intér...
- TAISEZ-VOUS! coupa le Docteur qui enclenchait des dizaines de réglages en tournant autour de la console. Adrian, si vous savez vraiment utiliser le TARDIS, alors vous allez m'aider.
- OK! souffla le jeune homme en reprenant sa respiration, et en relâchant la manche du religieux. Qu'est-ce que je dois faire?
- Je dois essayer de reprendre le contrôle de l'église.
- Avec le TARDIS? Mais...
- Le TARDIS peut remorquer l'église!!

Personne ne tenta de poser d'autres questions, vu l'urgence de la situation. L'explosion de la passerelle avait totalement déréglé les systèmes du vaisseau, et toute la machine s'était désynchronisée, résultant en la surchauffe de plusieurs systèmes, faisant fondre les câbles, exploser des réacteurs et parfois pire encore. Le vaisseau était totalement inutilisable, et il fonçait, incontrôlé, en direction de l'espace, au-dessus du Suffolk.

Adrian se jeta sur la Console, et se lança dans de nombreux réglages, en se coordonnant avec le Docteur, ce qui avait le don de surprendre celui-ci.

Après quelques manipulations, le TARDIS se souleva, lévitant dans la nef, et se dirigea à toute vitesse vers la porte de bois imposante du bâtiment, pour l'enfoncer avec force, et déboucher dans les airs.

- Je commence l'absorption de l'énergie temporelle, mieux vaut qu'elle ne reste pas dans l'église si l'atterrissage venait à ! criait le Docteur alors que la console elle-même commençait à lâcher des étincelles.
- OK, je tente de faire faire demi-tour au vaisseau! répondit Adrian en se précipitant sur un panneau de la console couvert de manettes.

Après en avoir tiré un grand nombre, dans bien des sens et à bien des vitesses différentes, il réussit à raccrocher le TARDIS à l'église, par un lien invisible, et à la retourner en direction de Coxtin, qui se trouvait à plusieurs kilomètres au loin et en contrebas.

- On va faire s'écraser l'église si on ne réussit pas à arrêter ses moteurs! hurlait le Docteur pour couvrir les bruits des réacteurs et la respiration mécanique du TARDIS.
- On pourrait tenter de connecter le TARDIS aux systèmes du vaisseau de l'ange!
- QUOI?
- L'ange pilotait avec un lien mental. Il suffit de le réutiliser, mais avec le TARDIS! Il est vivant, non?
- OK, va pour cette solution, mais rien ne nous dit que les réacteurs soient contrôlables même comme ça. Occupez-vous en!

Adrian ne parla pas plus longtemps, et courut un peu partout autour de la console, sous l'œil encore triste et larmoyant de Clara, celui ahuri de Palm et celui totalement dépassé de Jonas. Après quelques secondes, le jeune anglais lança:

- Lien établi! Moteurs désactivés!
- Bien, on descend vers Coxtin, maintenant! expliqua le Docteur. Adrian, je pilote, regardez par la porte si l'église ne traîne pas trop au sol, vu que ça risque d'arriver.

Le jeune homme alla jusqu'à la porte encore ouverte, et regarda sur le coté, pour surveiller le vaisseau de l'ange. Après quelques minutes de descente, et un ralentissement certain, l'église commença à racler le sol, détruisant quelques champs et arrachant plusieurs arbres dans une forêt.

- Docteur, la forêt!! avertit le garçon.
- Je fais ce que je peux! Je vous rappelle que je suis en train de remorquer une église à l'aide d'une cabine téléphonique bleue! »

Enfin, après quelques secondes, le trou laissé par le décollage apparut devant le TARDIS. Le Docteur désactiva le "lien" de remorquage, laissant l'église glisser seule, grandement ralentie, jusqu'à son réceptacle, ce qu'elle fit sans aucun problème. Le Temple de Coxtin retrouvait sa place, bien que la majorité des vitraux aient éclatés, que le clocher était en flammes, et que l'intérieur de la nef était à moitié ravagé.

Le TARDIS, quant à lui, se posa doucement sur la place de Coxtin, dont les pavés avaient été retournés et brisés par l'impact de l'église. Le Révérend sortit en trombe, totalement affolé. Et derrière lui, la porte de la cabine se referma.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ


The Snowmen OST Doctor Who (jusqu'à la fin de l'épisode)



« Tout est fini... murmurait Adrian, encore dans le TARDIS.
- Oui, tout est fini, répétait Jonas.
- Non.

Tout le monde se retourna vers le Docteur, qui venait de prononcer ces mots.

- On s'est occupé de l'ange, donc il est temps pour notre cher ami de répondre à mes questions. Vous ne vous appelez pas Adrian Sparrow, n'est-ce pas?
- Non... répondit le jeune homme.
- Comment vous appelez-vous, alors?
- Je n'ai pas de nom.
- Tout le monde a un nom, même moi. Quel est votre nom?
- Je n'en ai pas, je vous l'ai dit. Je prend un nom quand j'en ai besoin, et je m'appelle tant Adrian que Léo ou Franck.

Le Docteur se tut en entendant la réponse. Cela lui rappelait quelque chose, étrangement... Franck...

- Vous saviez pour Clarisse?
- Oui... murmurait le questionné avec une légère culpabilité.
- Depuis combien de temps vous faisiez-vous passer pour son fils?
- Deux mois. Pour bien intégrer le village, c'était nécessaire...
- Et pourquoi avoir fait ça? Pourquoi venir ici? Vous saviez que j'allais arriver?
- Oui, puisque je savais pour Clarisse. J'ai joué le jeu en vous faisant croire que je ne savais rien, que je découvrais tout en même temps que vous.
- Oui, mais pourquoi? insista le Docteur. Pourquoi avoir joué le jeu, pourquoi avoir monté cette mascarade? Pour Clarisse, je comprends qu'elle ait menti, mais vous, pourquoi?
- Parce que je devais vous aider. C'était primordial.
- Pourquoi? asséna le Docteur.
- Je ne peux pas vous le dire.
- Comme toujours. Je vous garderai enfermé là-dedans s'il le faut pour que vous répondiez à mes questions. Mais soit, passons à autre chose: qui êtes-vous?
- C'est pas l'heure, murmura Adrian d'une voix lasse.

Le Docteur devint blême. Une personne disait toujours cela, une personne qui ne pouvait pas être ce garçon qu'il avait en face de lui, mais qui pouvait lui ressembler en bien des points.

- Pas ça... Pas une deuxième River, je ne le...
- Non, je ne suis pas comme River Song, ne nous comparez pas... Elle vaut mieux que moi... soupirait le jeune homme. Mais comme elle, je connais votre avenir, c'est vrai.
- Quoi?
- Mais pas que.
- Quoi d'autre? Je ne supporte pas les mystères de ce genre! Si vous êtes venu ici, pour me protéger, m'aider ou je-ne-sais-quoi, vous saviez pertinemment que j'allais vous poser ces questions! Alors répondez!
- Non. Je sais assez de choses sur votre avenir et sur votre passé pour qu'une seule de mes paroles provoque des paradoxes sans précédent, Docteur. Et vous le savez. Du moins vous en avez conscience. C'est ma police d'assurance, ma première garantie que vous allez me laisser sortir d'ici.
- Qui pouvez-vous donc être, mystérieux garçon sur lequel on ne peut même pas poser de nom? murmurait le Docteur.
- Vous n'avez qu'à me considérer comme étant... votre Ange Gardien.
- Je crois qu'en matière d'ange, j'ai été serv...

Mais le Docteur se coupa au milieu de ses paroles. Parce qu'une étrange mélopée venait de s'insinuer dans son esprit, une mélodie qu'il connaissait bien, qu'il avait bien trop entendu, une chanson qui l'intriguait plus que tout depuis des semaines et des semaines, la chanson du vilain ange et du diable... Et il commença à comprendre.

- C'était vous... murmurait-il.
- Oui, avoua le garçon en devinant ce à quoi pensait le Seigneur du Temps.
- La musique, sur Gallifrey, cette "ombre qui a disparu", c'était vous. Franck du Tennessee, à New-York, dans Hooverville, c'était vous, je m'en souviens!

- Et là, bien de nouvelles questions se posent, Docteur, concluait le jeune homme en marchant en direction des portes fermées du TARDIS. Qui suis-je? Comment ai-je fait pour pénétrer dans les installations de l'Infinium pour mettre la musique? Comment ai-je pu vous rencontrer ici et dans presque un siècle? Comment ai-je réussi à placer un champ de perception sur ce village? Comment ai-je pu piloter le TARDIS? Comment ai-je fait pour le retrouver avec Clarisse?

- Vous n'y répondrez pas, n'est-ce pas? Vous pouvez autant être un agent du temps qu'une de mes futures incarnations, j'ai tort?
- L'avenir vous le dira. L'avenir nous le dira, même. Toutes ces questions sont ma deuxième garantie.
- Vous pensez vraiment que je vais vous laisser sortir?
- Oui, Docteur. Parce que toutes ces réponses, vous ne voulez pas les connaître.

Le jeune homme attrapa la poignée de la porte, et l'enclencha, prêt à pousser le battant vers l'extérieur, pour revenir sur la place.

- Vous voulez les deviner. »

Et alors il poussa la porte, et déboucha sur la place de Coxtin, où les habitants se réunissaient autour de l'église en ruine. Dans le TARDIS refermé, le Docteur restait bouche bée, impuissant, laissant partir celui qui avait sauvé sa vie et celle de ses compagnons dans les illusions de Gallifrey. Et après quelques secondes, il se retourna, sous les yeux de Clara et de Jonas, qui avaient du mal à comprendre ce qui se passait, et il arriva face à la grande manette de la console. Un soupir, un léger souffle... C'est tout ce qu'il fit. Une pensée pour Clarisse lui traversa l'esprit. Les souvenirs allaient le hanter, et la seule chose qu'il pouvait faire, c'était s'éloigner.

« Clara? demanda-t-il avec un ton qui montrait bien que ce n'était pas une simple apostrophe, mais la question qu'il voulait lui poser.

La jeune fille s'approcha de lui, caressa la console du TARDIS, regarda autour d'elle, croisant le regard de Jonas, légèrement triste, et soupira. Il fallait choisir, et bien elle avait choisi. Elle prit la grande main du Seigneur du Temps entre ses doigts, comme pour lui redonner confiance, et lui chuchota sa réponse.

- Je reste Docteur... Je reste. »

Alors, de son autre main, l'homme triste dans sa boite bleue abaissa la manette, et le silence des questions sans réponses fut remplacé par la respiration mécanique du TARDIS, qui jamais n'avait semblé être aussi froide, à l'oreille du Docteur.




LES DOUZIÈMES DOCTEURS [Minisode de Noël]
(vous pouvez lire ce minisode en suivant l'ordre chronologique, ou bien après avoir lu la saison 8, voire même après avoir lu l'épisode spécial "L'Heure des Choix").




Citation:
La porte des toilettes s'ouvrit lentement. Derrière elle, on pouvait voir la grande salle de cinéma, et l'écran holographique qui montrait des images de combats épiques et mortels au beau milieu de l'espace. Le capitaine Jack Harkness n'appréciait pas vraiment le spectacle, et sa vessie semblait l'encourager dans sa démarche qui pouvait se résumer en un mot: partir. C'est ainsi qu'il remonta toute la salle et ses escaliers, frôlant des couples qui s'embrassaient, des cyborg qui se disputaient, ainsi qu'un Raxacoricofalapatorien qui gênait grandement toutes les personnes assises autour de lui. Finalement, il arriva au sommet de la salle, et entra dans la pièce des sanitaires. C'était une salle rectangulaire, dont la moitié était occupée par des cabines de toilettes de différentes tailles (il fallait s'adapter à toutes les espèces), à gauche du capitaine, alors que le mur de droite était rempli d'urinoirs et d'éviers. Une seule personne se trouvait ici: c'était un extraterrestre assez étrange, à la peau rouge, avec une grande crête sur la tête. Toute les caractéristiques d'un Blowfish. Et c'en était un. Il faisait ses petits besoins dans un des urinoirs, et n'eut qu'un léger regard pour l'humain qui arrivait. Harkness se plaça à coté de lui, et commença sa propre besogne.

« Vous non plus vous n'aimez pas le film? demanda l'alien tout en restant concentré sur sa propre action.
- Disons que la Bande-Annonce semblait meilleure.
- Forcément, elle est là pour vendre.

Le poisson se décida alors à regarder l'humain, et le détailla de la tête au pieds en quelques secondes. En réalité, son regard n'atteignit pas les pieds, et s'arrêta au niveau du bassin du Capitaine. Ses yeux ronds s'étaient totalement exorbités face au... "spectacle". Et lorsque l'agent de Torchwood s'en rendit compte, il lui tendit la main, pris son meilleur sourire, et lança:

- Capitaine Jack Harkness!
- Arrêtez de flirter, lança un homme derrière lui.

Même s'il n'avait jamais entendu cette voix, Jack ne connaissait que trop bien le message. Il se retourna, sans oublier de refermer son pantalon, et aperçut un homme: plutôt grand, habillé de blanc et de noir, surmonté de longs cheveux noirs décoiffés... Derrière lui se trouvait quelque chose d'étrange. Il y avait comme un rectangle qui se découpait dans la réalité, au milieu de nulle part, et qui semblait être la porte d'un petit univers gris illuminé d'une lumière bleue, au centre duquel trônait une console hexagonale.

- J'ai besoin de vous, Jack.
- Docteur?
- D'après vous, abruti! répondit l'homme en riant.
- Euh... je dérange? demanda le Blowfish.
- Oui! lâcha le Seigneur du Temps. Sortez d'ici immédiatement, nous devons être seuls.
- Les fangirls... soupira Harkness à l'alien. On se reverra plus tard!

Et après avoir lancé un clin d'œil dont il avait le secret, et une fois que le Blowfish eut quitté la pièce, il continua:

- Bon, pourquoi avez-vous besoin de moi? Si c'est juste pour la nuit, ça me pose pas de problème, tant que vous me ramenez dans le coin à l'heure, mais...
- Jack, ce n'est pas le moment. Nous avons un grave problème, peut-être même plus grave que je ne le pense moi-même.
- Vous vous fourrez toujours dans les pires situations, hein? Là-dessus vous n'avez pas changé. Parce que le reste...
- Comment ça le reste?
- Ben si ça c'est votre coiffure, et ça c'est la déco' du TARDIS... notait-il en pointant les cheveux et la porte de la cabine camouflée. Ben, c'était mieux avant, quoi. Où sont passé les colonnes de corail et la carrosserie de cabine bleue?
- Mais fermez-là! »



Quelques semaines plus tôt

La cabine arriva comme par magie, clignotant et lançant son souffle mécanique à travers la rue presque déserte. Lorsque les trois voyageurs temporels en sortirent, ils furent d'abord frappés par la grande chaleur du lieu. En même temps, peut-être fallait-il préciser que leur dernier voyage les avait amenés au milieu d'une planète gelée...

« Où est-on? demanda Clara.
- Vous allez bien vite le savoir, coupa le Docteur. Suivez-moi, je crois que c'est par là.

Le groupe s'engagea dans la rue étroite, délimitée par des immeubles de quelques étages seulement, aux fenêtres sans vitres, et faits de matériaux assez simples. Rien de moderne, de futuriste, et même rien qui ne s'approchait des barres d'immeubles des années 1970 ou des maisons médiévales. Entre les pavés du sol, on pouvait voir des liquides plus ou moins visqueux et colorés glisser vers le coté opposé de la marche du groupe, la rue étant en pente légère. Des odeurs nauséabondes sortaient de ces fluides, qui coulaient aussi par des espèces de gouttières creusées dans le sol, sur les cotés de la voie.

- Ce sont les déchets des habitants des immeubles, expliqua le Docteur. Ils lâchent tout depuis la fenêtre, et ça atterrit dans ces caniveaux sur les cotés. Bien sûr, la vitesse de chute fait que ça éclabousse un peu sur le coté, mais bon, c'est pas bien méchant.
- Ces gens n'ont pas d'égouts? Mais on est à quelle époque, bon sang? s'insurgeait Clara.
- Au LXIème siècle... Mais nous sommes très éloignés de la Terre.

La marche continua, et le groupe tourna dans quelques rues, toutes plus grandes que les précédents, pour finalement arriver sur l'équivalent d'une avenue assez fréquentée, et déboucher sur une grande place marchande.

- Bienvenue sur Rémox! s'exclama le Docteur. Planète antique, certes, mais à la civilisation extrêmement avancée pour des antiques. Leur compréhension de l'astronomie, notamment, ainsi que de l'anatomie et d'autres sciences du genre est sans égale ou presque dans les civilisations équivalentes dans l'univers, et bien au-dessus de celle des Romains, Grecs et autres Égyptiens!

Le Docteur parlait avec passion. Mais ses compagnons étaient encore plus fascinés. La place, rectangulaire, située vraisemblablement au sommet d'une colline, était magnifique, remplie d'odeurs diverses et variées, de couleurs, d'œuvre d'art. L'endroit était encadré par de longues arcades qui courraient sous les immeubles, soutenus par des minces colonnes taillées à la perfection, qui représentaient toutes des animaux marins qui ressemblaient à des dauphins ou à des poissons. La place en elle même était faite de pavés tous difformes, mais qui se complétaient presque parfaitement, comme un énorme puzzle d'art moderne. Le lieu était rempli d'étals de bois, abrités du large soleil de Rémox par des textiles bleus, rouges, blancs, verts. Tous abritaient des hommes ou des femmes, qui vendaient l'incroyable aux passants: ici, on voyait des vaisselles en argent ou en verre, là on admirait des étoffes diaprées, ici encore on s'émerveillait face à la beauté de statuettes taillées dans le rubis ou le saphir. Les pièces d'or brillaient sous les rayons de l'étoile qui emplissait le ciel, au fur et à mesure des échanges qui se faisaient. Certains troquaient, d'autres payaient. Il y avait aussi des voleurs, mais l'œil vigilant des vendeurs était légendaire.
Le Docteur s'approcha d'un de ces hommes. C'était une personne de grande taille, aux cheveux grisonnants, qui vendait des choses assez diverses, mais qui tournaient surtout autour de l'art ou du jeu: des statuettes-pions, des dés à 7 faces, des sabliers de cristal, des espèces de parchemins particulièrement lisses et élégants, ainsi que des gravures, mosaïques et vaisselles décoratives.

- Bonjour, monsieur! s'exclama le vendeur. Vous cherchez quelque chose? Je possède de magnifiques dés en os de Loyoyvran, ainsi que des...
- En fait je chercherais plutôt un lieu ou dormir avec mes deux esclaves, ainsi qu'un guide pour visiter la ville.
- Comment ça vos deux... s'insurgea Clara.
- On se tait! coupa le Docteur.
- Écoutez, monsieur, vous avez deux esclaves, je pense que vous pouvez vous payer quelques nuits dans des auberges très réputées... sifflait le marchand.
- Vous ne pouvez pas nous héberger?
- Pardon? Non mais de quel droit me demandez-vous cela? L'hospitalité à Rémoxia est peut-être légendaire, mais elle ne s'offre pas au premier venu! De plus, vous avez l'argent pour...
- Et si je vous offrais quelque chose d'inédit?
- Pardon?

Le Docteur sortit alors un paquet de cartes terrien de sa veste, et le tendit au marchand. Celui-ci l'ouvrit, l'examina avec des yeux d'experts, et le posa sur son étal.

- Et bien... Je dois avouer que je n'ai jamais rien vu de tel. Un paquet de cartes organisé en quatre groupes, et non pas trois ou cinq, avec ces figures d'un style vraiment très particulier... D'où vient donc ce jeu?
- Oh, de loin. Comme nous. Nous qui ne connaissons pas la ville, et qui avons besoin d'un guide et d'un toit... murmurait innocemment le Docteur.
- Vous avez une haute estime pour vos esclaves, je trouve... Ils sont bizarrement habillés, surtout votre gigolo, là. Vous voulez qu'ils visitent avec vous?
- Oui, j'y tiens. Donc, si vous acceptez de nous héberger et de nous trouver un guide, le paquet est à vous.
- Dans ce cas, monsieur, l'affaire est conclue. Je connais des scribes et graveurs qui payeraient des sommes faramineuses pour un objet aussi exotique, pour le reproduire! Cependant, pourrais-je au moins savoir qui aura l'honneur d'être hébergé sous le toit du grand marchand Crucien?
- Le Docteur, et ses esclaves: Jonas, qui soi-dit-en-passant n'est pas un prostitué, et Clara. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le lendemain fut un jour des plus touristiques pour le Docteur et ses "esclaves", ce qui ne manquait pas de leur rappeler avec nostalgie leur tournée olympique. Jonas et Clara avaient été rhabillés de façon à correspondre un peu plus aux standards de l'époque. Jonas était habillé d'une simple tunique brune et d'un pantalon fait d'un tissu qui ne semblait pas très fiable, tandis que Clara se trouvait affublé d'une sorte de robe, brune aussi, un tout petit peu trop grande pour elle. Le Docteur, par son statut de riche privilégié, avait réussi à garder ses vêtements, qui de toute façon étaient assez passe-partout.
Les trois voyageurs temporels étaient guidés par Élémohn, un esclave d'une trentaine d'année, qui appartenait à Crucien, le marchand qui les hébergeait, et qui connaissait grandement la ville. C'était une personne svelte, presque maigrichonne, au visage un peu creusé, sans pour autant laisser paraître qu'il se nourrissait dans les restes de ses maîtres. Sa peau, tannée et bronzée par l'étoile de Rémox, semblait parfois un peu fripée sur les bords, mais il ne semblait pas trop vieillissant pour autant: ses cheveux noirs n'étaient pas en train de devenir gris.
La ville, Rémoxia, était la capitale d'un grand empire colonial et de nombreuses provinces, une civilisation qui, en quelques siècles avait conquis un territoire qui, au dire des plus grands scientifiques de cette nation, représentait presque le quart de la planète, et qui s'étendait sur les trois continents connus de ces scientifiques. On parlait de la Grande République Rémoxaine, qui allait des Mers Gelées du Nord au Grand Désert, et des Îles Presque Noyées aux Forêts Impénétrables, séparées par l'Océan Traversé, qui portait ce nom depuis que les expéditions rémoxaines avaient traversé les presque 2500 km qui séparaient la côte de leur continent d'origine et celle de leurs actuelles colonies.
Tout cela passionnait le Docteur, qui n'avait pas beaucoup entendu parler de cette planète. Clara était tout aussi émerveillée. Mais dans le cas de Jonas, c'était difficilement descriptible. Chaque seconde passée sur cette planète était pour lui un plaisir exquis. Par ses nouveaux vêtements, par son "statut" d'esclave que le Docteur avait imposé, prétextant que c'était la meilleure chose à faire pour se fondre dans l'endroit. Et Jonas se sentait vraiment vivre dans une sorte d'antiquité: les temples, les galeries, les places, les rues, les établissements sportifs et les bains publics, tout ça était incroyable pour lui. Sa planète, comme beaucoup d'autres, avait vécu une période "antique", mais l'arrivée de la Dictature, plusieurs siècles plus tard, avait vu la destruction de nombreuses archives et livres. Les rares exemplaires d'ouvrages possédant des informations crédibles et réelles sur cette époque n'avaient pu être recopiés et réédités qu'après la chute d'Honorius Prog, et Jonas n'avait pas vraiment eu le temps d'en consulter, vu son départ rapide. Ce qui se trouvait être une légende de son enfance, cette connaissance confuse qui ne se transmettait que par la parole, et qu'un petit village comme Krumwen, où était né le jeune homme, ne pouvait connaître, il la vivait. Et sa curiosité était sans fin, si bien qu'à la fin de la journée, Élémohn suppliait presque le Docteur pour qu'il oblige parfois son esclave à se taire.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La main, aux doigts ornés d'ongles parfaitement taillés, pianota sur un clavier, et se rapprocha ensuite de l'oreille de sa propriétaire, pour activer une petite oreillette. La femme attendit quelque secondes, puis une voix métallique se fit entendre, une voix qui semblait sans nul doute être celle d'un robot.

« Le vaisseau est en place. Les systèmes de transmat sont fonctionnels. L'unité est prête pour la Cérémonie.
- Parfait, répondit une autre voix robotique dans l'interphone, un peu plus grave.
- Il y a cependant un problème, Leader. Nos observations orbitales nous ont mené à une conclusion dangereuse pour la survie de la Divine Égalité.
- Quelle conclusion? Quelles observations avez-vous faîtes?
- Une cabine téléphonique bleue a été observée dans une rue de la Capitale Rémoxia. Les probabilités pour qu'il s'agisse du Docteur ont été estimées à 83,782%.
- L'empereur a laissé des instructions claires. Si le Docteur nous découvre, l'opération globale peut être compromise.
- Nous devons donc l'éliminer?
- Non. Les instructions prévoient une capture du Docteur. L'empereur voit en lui un avantage, s'il est bien utilisé. Cependant, ne faîtes rien: nous estimons que si la Cérémonie se passe comme prévu, il y a 84,12% de chances pour que le Docteur vous poursuive de lui-même. L'empereur compte bien entendu sur votre efficacité dans sa capture. Terminé.

La femme désactiva son oreillette, la posa à coté du clavier qui se trouvait face à elle, et dans l'obscurité de la pièce, elle ne put s'empêcher de murmurer:

- Intéressant. Docteur, je crois que nous allons nous retrouver, pour le meilleur et pour le pire. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le Temple de l'Égalité ressemblait au TARDIS... Tout d'abord, il était bleu. Partout ou presque, on trouvait le bleu: sur les larges colonnes de l'entrée, sur les plus fines qui soutenaient le plafond de l'intérieur, sur les murs, sur les sols, sur les voutes et les toits, et même les dorures, pensait le Docteur. Mais surtout, l'endroit donnait une étrange sensation de dimension relative, ou, pour les non-habitués au jargon, donnait l'effet "plus grand à l'intérieur".
En réalité, le Temple était parfaitement proportionné, et l'intérieur s'imbriquait parfaitement dans l'extérieur. Mais les architectes Remoxains étaient des professionnels, bien plus avancés que les romains et grecs, et l'intérieur, par un habile jeu de miroir invisibles au premier coup d'œil, de colonnes bien placées et de trompe-l'œil, semblait bien plus large et long que la structure ne l'était vraiment.

La présence de plusieurs centaines de personnes agenouillées dans ce qui semblait être la nef du bâtiment pouvait aussi y être pour quelque chose. Les riches marchands de la capitale s'étaient réunis pour, disait Crucien, la "Grande Cérémonie de l'Ascension", à laquelle l'hôte du Docteur participait.
Le culte Rémoxain se basait sur l'égalité. Leur société, en elle-même, était loin d'être égalitaire, et la simple existence d'esclaves et de citoyens pouvait sembler en totale contradiction avec les croyances des habitants. Mais la réalité était plus complexe. Pour les Rémoxains, l'égalité était un droit divin, détenu par les Égaux, des créatures dîtes "faîtes de Plomb et répudiant l'Or". Les habitants ne croyaient pas en un dieu, ni en plusieurs. Ils croyaient juste en ces créatures plus mythologiques que divines, finalement. Là où dans certaines civilisations sur Terre, on croyait au paradis et à l'enfer, les Rémoxains croyaient eux à la Divine Égalité, accessible après la mort: un monde où personne ne dirige, où tout le monde vaut autant que tout le monde, la société la plus parfaite de l'univers.

« Cependant, les Égaux viennent parfois chercher eux-même des gens, murmurait Élémohn.

Les voyageurs temporels et leur guide se trouvaient derrière les colonnes qui délimitaient les zones de cérémonies des zones d'observations, dans le Temple, au beau milieu d'une foule venue pour assister à la Cérémonie, et qui admirait les centaines de marchands, habillés de façon très simple, qui psalmodiaient dans leur langue, le Rox, au milieu du bâtiment bleu.

- Je veux pas offenser les gens de cette planète, chuchotait Jonas au Docteur, mais comment des créatures mythologiques peuvent-elles exister et venir chercher des gens ici?
- D'un coté, ces créatures pourraient exister... remarqua Clara.
- Si quelqu'un les a déjà vus, alors il y a des chances pour que ces Égaux existent. Mais je ne crois pas qu'ils aient des pouvoirs mythologiques, expliqua le Docteur, toujours à voix basse.
-Alors qui sont-ils? souffla Jonas. Des aliens?
- Possible. Une civilisation supérieure, de niveau interplanétaire, peut facilement berner une planète comme Rémox, aussi intelligente soit la civilisation qui y habite.
- Mais pourquoi faire ça?
- Ah, ça c'est quelque chose qui ne demande qu'à être découvert.
- De quoi parlez-vous? demanda leur guide, qui n'avait pas compris les chuchottements.
- On se demandait juste comment la Cérémonie allait se passer, mentit le Seigneur du Temps.
- Oh, je n'ai pas assisté à beaucoup de ces cérémonies, mais je m'en souviens quand même. Vous voyez le mur, au fond de cette pièce? Derrière, il y a le sanctuaire du Temple. Les Égaux arrivent dans le Sanctuaire grâce à leurs pouvoirs, se rendent dans la salle principale, choisissent cinq élus, et les ramènent avec eux dans le Sanctuaire.
- Et après?
- Et bien, après, il y a l'Ascension, et les élus deviennent eux aussi des Égaux.
- Comment cela se passe-t-il?
- Personne ne le sait, voyons! Les élus ne sont jamais revenus, ils deviennent Égaux et vivent entre eux dans des mondes dont l'existence dépasse notre compréhension. Et puis ce sont des secrets extr...

Un son de cloche coupa l'esclave dans ses murmures. Un son qui ressemblait fortement à la cloche du cloître du TARDIS. Un homme en large toge blanche se leva et imposa le silence.

- La Cloche du Sanctuaire sonne sur Rémoxia! La Cérémonie va commencer! annonçait-il. Les Égaux arrivent!

Et comme pour illustrer ses propos, des bruits de pas se firent entendre. Des pas lourds, mais d'une régularité irréprochable, étouffés par l'épais mur qui séparait les deux parties du temple. Sur ce mur, la large dalle de marbre cyan qui servait de porte commença à se soulever lentement, par un habile jeu de poulies et de cordes camouflées. Et derrière le rectangle minéral, deux silhouettes se dessinaient dans la lumière qui s'échappait du sanctuaire. Deux épaisses jambes de métal, puis un torse d'argent, bombé, surmonté d'un visage métallique dont la bouche ne consistait qu'en une fente noire, tandis que les yeux n'étaient que deux trous circulaires et obscurs, et ce crane se trouvait être encadré par deux épaisses tiges de métals pliées en demi-rectangle, partant de ce qui pouvait s'apparenter à une zone située en-dessous d'oreilles absentes, et qui se rejoignaient au-dessus du front argenté de la créature.
Clara poussa un léger cri de surprise, qui se perdit dans ceux des observateurs de la cérémonie, toujours impressionnés par ces rares apparitions. Mais elle, elle savait de quoi il s'agissait, et elle était tétanisée en voyant ces êtres cyborgs marcher d'un pas assuré au milieu des fidèles agenouillés, avec ce bruit de vérin hydraulique, qui avait du inspirer la peur dans des milliers de mondes, alors qu'ici il était admiré et sûrement aimé.

- Des Cybermen, s'étouffa-t-elle. Docteur, ce sont des Cybermen!
- De quoi? hoqueta Jonas. C'est quoi des Cybermen?
- Taisez-vous, tous les deux! coupa le Seigneur du Temps, légèrement blême. Bon sang, si ce sont eux les Égaux, alors le sort des "élus" n'est pas bien compliqué à comprendre! Et Crucien est dans les choix possibles! Pourquoi, d'ailleurs, Élémohn?
- Voyons, Docteur, il faut se taire et...
- Tout le monde murmure, pauvre idiot! Alors expliquez-moi!
- Il y a quatre jours, le prêtre a annoncé que les Égaux offriraient l'Ascension, seulement à des marchands. Maître Crucien a fait le choix de participer à la cérémonie. La dernière fois que les Égaux ont souhaité être rejoints par des marchands, c'était il y a 14 mois, et maître Crucien était en voyage...
- Espérons qu'il ne soit pas choisi, alors... murmura le Docteur. Pour l'instant, on reste là, Clara, je ne veux pas que les Cybermen nous découvrent tout de suite. Dès que la cérémonie est terminée, on enquête et...
- Loués soient les égaux! murmura Élémohn. Mon maître va les rejoindre!
- QUOI?

En effet, Crucien s'était relevé, face à un des deux Cyberman, qui lui fit signe de se diriger vers le Sanctuaire. Le marchand se tourna vers ses hôtes, leur lançant un grand sourire, auquel son esclave répondit par un sourire encore plus grand, ce qui horrifiait grandement Clara et le Docteur.

- Docteur, qu'est-ce qui va se passer? Qui sont ces "Cybermen"? insistait Jonas.
- J'expliquerai plus tard. Mais pour l'instant, il est presque sûr que Crucien va subir une Cyberconversion, ou une Mise à Jour, au choix...
- Laissez-moi deviner... C'est pas la meilleure chose qui puisse lui arriver?
- Non.
- Alors on doit empêcher tout ça! cria le jeune homme. Qu'est-ce qu'on fait ici à discuter?

Le Docteur soupira en voyant un Jonas aussi déterminé, alors qu'il n'avait pas même conscience de l'ampleur de la situation. Mais il avait raison. Le Docteur poussa les quelques personnes qui se trouvaient devant lui, et sauta les deux marches qui séparaient la zone d'observation de la zone de cérémonie, suivi par ses deux compagnons, et par Élémohn, qui le faisait plus pour défendre son maître des voyageurs temporels que des Égaux.
Alors que ce beau monde courait au milieu des marchands encore agenouillés et déçus, les cinq élus finissaient d'entrer dans le Sanctuaire, suivis par le Cyberman encore présent dans la salle de cérémonie. Il fut averti par les cris des non-choisis, des observateurs et de l'esclave de Crucien, et se retourna pour voir le Docteur brandir son tournevis, suivi par Clara et Jonas, aux visages déterminés, eux-mêmes poursuivis par Élémohn, bien décidé à ne pas laisser ces étrangers empêcher l'ascension de son maître. L'homme de fer comprit rapidement que l'homme tenant un appareil sonique circulaire émettant une lumière verte était le Seigneur du Temps le plus honni des Cybermen, si tant est qu'ils puissent ressentir la haine. Il s'arrêta donc juste devant l'entrée du Sanctuaire, et tendit son bras en direction de la petite troupe.

- COUCHEZ-VOUS! cria le Docteur.

Un rayon rouge sortit d'un canon très bien camouflé dans l'épais bras du Cyborg, frôla le dos des voyageurs temporels, et la tunique d'Élémohn qui n'avait pas écouté le Seigneur du Temps, pour finir dans une colonne qui se fissura sous le choc.
Le Cyberman rabattit son bras contre son tronc, et rentra dans le Sancturaire, tandis que la dalle marbrée dans le mur redescendait assez rapidement pour condamner la pièce.

- Courez! Il faut rentrer là-dedans! s'exclama le Docteur.

Le Seigneur du Temps sauta au-dessus de quelques hommes et femmes agenouillés, suivi de près par ses compagnons et par l'esclave, et rentra à toute vitesse dans le Sanctuaire en se baissant grandement, tout comme Clara et Jonas. Élémohn, lui, fit une roulade en urgence pour pouvoir passer dans l'espace de plus en plus mince qui séparait le sol de la dalle, qui acheva sa descente quelques secondes plus tard.

Le Sanctuaire était vide, si on exceptait la décoration: trois statues métalliques de Cybermen, quatre fois plus grandes que les originaux, chacune collée au milieu d'un des trois murs en contact avec l'extérieur. Et au milieu, une sorte de cercle fait d'un tube argenté de quelques centimètres de diamètre, qui formait une boucle, collé au sol bleu.

- Ils se sont téléportés! devina Jonas.
- Bien vu! admit le Seigneur du Temps en se dirigeant vers le cercle, tournevis à la main. Il s'agit, sans erreur possible, d'un système de Transmat. Et avec un peu de chance, on peut le réactiver. Et on dirait qu'il s'agit d'un Transmat évolué, celui-là.
- Ce qui veux dire?
- Ce qui veux dire, Clara, que l'on a pas besoin d'un autre Transmat à l'endroit où l'on souhaite se rendre. Il peut nous téléporter à peu près où on veut, dans un rayon raisonnable, bien sûr.

En disant cela, le Seigneur du Temps analysait le rebord du cercle avec son tournevis, puis regarda celui-ci, consultant les informations qu'il réussissait à lui donner... Ensuite, il activa quelques fonctionnalités sur son appareil, et l'activa sur plusieurs parties du tube, qui commença à vibrer légèrement, faisant presque écho aux bourdonnements du tournevis.

- Bon, il va falloir les retrouver, et je pense qu'ils sont quelque part en orbite, mais la mémoire du Transmat est trop bien protégée. Il va me falloir une aide du TARDIS pour localiser le vaisseau et trouver où se téléporter exactement. Jonas, passez-moi votre clef, que je le contacte, expliqua le Docteur en tendant sa main vers le jeune homme.
- Ma quoi?
- Votre clef. Celle du TARDIS.
- Mais j'en ai pas... Pourquoi je devrais en avoir une?
- Comment ça, vous n'en avez pas? Je ne vous en ai pas donné?
- Non...

Le Seigneur du Temps se releva lentement, lançant un regard curieux vers le vide, murmurant qu'en effet, il n'avait pas donné de clef au jeune homme. Cet instant ne dura que quelques secondes, mais semblait bien plus long aux yeux de Clara et du Docteur, et le silence qui s'était installé dans la pièce ne fut brisé que par une remarque d'Élémohn, légèrement en colère:

- Mais qu'est-ce qui s'est passé??
- Ils ont disparu, les Cybermen et leurs victimes. Téléportés, expliqua Clara.
- Ce sont les pouvoirs des Égaux, ils peuvent apparaître et disparaître à leur guise! Et vous lez avez provoqué, Docteur, ils ont voulu nous briser comme ils ont brisé la colonne et...
- Taisez-vous! Vous n'allez pas me dire que vous croyez à ces mythes, vous qui vivez dans une civilisation aussi avancée, et qui êtes vous-même assez intelligent, à ce que j'ai pu comprendre?
- Bien sûr que si, j'y crois, comme tout le monde ici! Pourquoi devrions-nous en douter, Docteur? Vous les avez vu de vos propres yeux! Les Égaux existent, ils peuvent disparaître et réapparaître à volonté, et sont capables de détruire la pierre, et bien plus encore! Vous l'avez vu!
- Il marque un point, Docteur... remarqua Jonas.
- Mais nous savons, enfin, pas vous Jonas, que ce ne sont pas des Égaux ou des créatures mythologiques! Ce sont des Cybermen, des cyborgs qui ne ressentent plus aucune émotion! Et ils ne veulent aucun bien à votre maître. Donc, nous allons aller le sauver des griffes de ces bonshommes, découvrir pourquoi ils exploitent votre planète de cette façon, et ensuite...
- Ensuite? interrogea Jonas.
- On avisera. Comme toujours. Bon, je vais utiliser ma propre clef...

Le Docteur sortit sa clef d'une poche interne de sa veste noire, et pointa son tournevis vers l'objet. Quelques secondes plus tard, la clef s'illumina. Le Seigneur du Temps était grandement concentré sur ce qu'il faisait. Après un moment qui semblait bien trop long, il repris son tournevis, le régla de façon à interagir avec le Transmat, et enfin, le pointa vers le tube métallique, en l'activant.

- Bien, tout le monde dans le cercle du Transmat. Même vous, Élémohn, sauf si vous souhaitez que l'on vous retrouve dans le Sanctuaire sacré de l'Égalité, ou quelque soit son nom...
- J'imagine que je n'ai pas le choix... grogna le Rémoxain. Et puis, je dois toujours vous accompagner, en théorie, non?
- Et oui, allez, venez! s'impatientait Clara. »

Une fois que l'esclave eut sauté à l'intérieur du cercle, le Docteur tendit son tournevis vers le bas, et l'activa, ce qui eut pour effet d'activer le système. Le tube vibra, et quelques secondes plus tard, les quatre personnes qui se trouvaient dans le sanctuaire disparurent.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« Vous! ordonna le Cyberman.
- Moi? s'étonna Crucien.

Les 5 élus étaient eux aussi rentré dans le cercle, et avaient disparu pour réapparaître dans un étrange lieu fait de métal gris et argenté, mais moins brillant que celui qui recouvrait les Cybermen. On les avait fait passer dans plusieurs couloirs, pour finalement les arrêter dans une pièce rectangulaire et sombre qui ouvrait d'un coté sur un corridor, et de l'autre sur une pièce mystérieuse fermée par une porte rouge, où allait se dérouler l'Ascension, selon les cyborgs.

- Oui. Vous allez subir l'Ascension en premier.
- Oh, c'est un immense honneur pour moi! Je dois entrer par cette porte, c'est ça? demanda le marchand en pointant la porte rouge.
- Oui, expliqua un deuxième Cyberman, alors que la porte métallique coulissait vers la droite. Entrez, et ne parlez pas. Il est possible que vous ressentiez de la douleur. Rappelez-vous qu'une fois l'Ascension achevée, les Égaux ne connaissent plus la douleur.

Le riche marchand s'avança lentement vers l'espace laissé par la porte, et entra. Il se trouvait désormais dans une petite pièce, éclairée par une lumière rouge venant d'il ne savait trop où. La porte se referma derrière lui, mais ça ne l'inquiéta pas le moins du monde. Devant lui se trouvait une plaque de métal particulièrement épaisse, d'où sortaient des boucles qui semblaient être placées de façon à accueillir un humain.

- Placez-vous sur la plaque de façon à être immobilisé! ordonna une voix robotique.

Crucien s'exécuta, et les boucles de métal se refermèrent sur ses jambes et ses bras.

- Maintenant l'Ascension va commencer. Processus de Cyberconversion enclenché! »

Et alors, un visage de Cyberman se baissa pour observer le marchand, accrochée à un mat métallique et amovible. Et d'autres bras sortirent du plafond, portant des seringues, des scies circulaires et d'autres engins plus ou moins tranchants. Des engins qui commençaient à tourner autour du Rémoxain, et à s'activer. Et à se rapprocher. Et quelques secondes plus tard, un cri de douleur indescriptible déchira l'air, au moment où les premières scies atteignirent la peau de l'élu...



Citation:

Un flash blanc illumina le couloir du vaisseau, et l'instant d'après, quatre personnes se trouvaient dans le corridor métallique: le Docteur, Clara Oswald, Jonas et Élémohn. À coté d'eux, une large porte faite du même matériau que les murs commençait déjà à devenir la victime de l'appareil bourdonnant du Seigneur du Temps.

« En fait, qu'est-ce que c'est que cette chose? demanda Élémohn.
- Quelle chose?
- D'après vous, Docteur! Le tube que vous tenez en main.
- Ah, ça? Mon tournevis sonique, répondit sèchement le Seigneur du Temps.
- Ne vous moquez pas de moi, Docteur, ça n'a RIEN d'un tournevis!
- Parce que vous savez à quoi ressemble un tournevis, peut-être?
- Bien sûr! Qu'est-ce que vous croyez? Que Rémox est primitive à ce point? Oui, ne me prenez pas pour un idiot, j'ai compris que vous ne veniez pas de notre planète.
- Et vous avez enfin compris que les Égaux ne sont pas des êtres mythologiques? questionna Clara.
- J'avoue avoir des doutes... Je vous suis parce que je veux savoir ce qu'il est arrivé à Maître Crucien. Mais si vous mentez, d'une façon ou d'une autre...
- On a compris le message! Allez, porte, ouvre-toi! suppliait le Docteur avec un peu d'exagération.
- Bon, puisque nous sommes là à attendre, autant mettre les choses au clair... soupira le Rémoxain en se tournant vers les deux humains. Vous n'êtes pas ses esclaves, n'est-ce pas?
- Non. Nous sommes ses compagnons, expliqua Clara.
- De voyage! précisa rapidement Jonas en voyant le visage surpris de l'esclave.
- Et si vous ne venez pas de Rémox, d'où venez-vous?
- Euh... Qatros pour moi, Terre pour Clara et Gallifrey pour le Docteur. D'ailleurs, Docteur, maintenant que j'y pense...

Mais le jeune homme n'eut pas le temps de finir sa phrase: la porte s'était ouverte, en lançant un grand bruit de pression hydraulique. La pièce dans laquelle ils allaient rentrer étaient obscure, mais ce n'était pas le problème. Le problème venait des quatre Cybermen présents à l'intérieur, et des 3 humains, que le Docteur, de dos, reconnaissait.

- Ce sont des élus... murmurait-il. Sauf que Crucien ne semble pas...
- Le Docteur est là! Capturez le Docteur et ses compagnons!
- Et tuez l'esclave Rémoxain! Il n'est pas utile aux Égaux. ajouta un autre Cyberman.

Deux des quatre Cybermen se mirent à courir en leur direction, avec quelques difficultés. Le Docteur comprit rapidement que ces légères difficultés étaient dues à un fait simple: il s'agissait de leur première course. Ces Cybermen étaient nouveaux... Et un de ces deux là était Crucien. Mais il fut très rapidement coupé dans ses pensées par l'activation très sonore d'une alarme d'urgence.

- COUREZ!!!! »



Le groupe s'essoufflait, perdu dans l'une des coursives du Cybervaisseau, et les quatre nouvelles cibles des cyborgs s'autorisèrent une courte pause pour reprendre leur souffle.

« Crucien... Il... il a fait l'Ascension... s'essoufflait Élémohn. C'est un des... Égaux!
- Intelligente déduction... soupira le Docteur. Deux Cybermen et cinq humains quittent la planète. Et dans une zone de CyberConversion, on trouve quatre bonshommes métalliques et trois humains. Le compte est bon, malheureusement...
- Mais il veut me tuer! s'égosilla le Rémoxain. Moi, son esclave!!
- Euh, les citoyens n'ont pas le droit de vie et de mort sur leur esclave? s'interrogea Jonas.
- Bien sûr que non! Sauf dans des circonstances vraiment très exceptionnelles, bien sûr, mais Maître Crucien me considère presque comme son fils, de même que chacun de ses esclaves! Et puis ça fait presque deux siècles que l'on a obtenu leurs droits fondamentaux. Nous sommes de la même espèce que les hommes libres, vous savez!
- Quand je vous disais que cette civilisation est fantastique... lança Jonas en souriant. D'ailleurs, pourquoi les droits ont évolué?
- Ce n'est pas VRAIMENT le moment, Jonas! coupa le Docteur. Bon, on a à peu près, réussi à les semer. Maintenant, il faut aller à la passerelle du vaisseau.
- QUOI? Mais on va se jeter dans la gueule du loup! s'exclama Clara.
- Conséquences secondaires et problème collatéral, quoiqu'on peut l'éviter. Mon but n'est pas de me faire capturer, mais de savoir ce qui se passe ici. Les Cybermen n'ont pas l'habitude d'exploiter une planète de cette façon: se faire passer pour des dieux, faire des conversions en si petit nombre... On dirait un mauvais remake de Stargate. De plus, une planète comme Rémox est trop primitive pour eux, sans vouloir vous offenser, Élémohn. Les humains qui y vivent, bien qu'étant intelligents, ne peuvent pas faire de très bons Cybermen.
- Mais peut-être que ces Égaux sont différents de ceux que vous connaissez, Docteur.
- Ce sont des Cybermen, Élémohn! Pas des Égaux. Il faut que vous vous sortiez ça de la tête. Ce ne sont pas des dieux. Et puis, même si ces Cybermen sont différents, je ne vois pas pourquoi ils puisent par petites touches dans un peuple au lieu de le convertir dans sa totalité.
- Élémohn, dîtes-moi... lança Jonas avec curiosité. À quelle fréquence les Cérémonies ont-elles lieu?
- J'ai dit que ce n'était pas le moment, Jonas! coupa le Seigneur du Temps.
- Si, au contraire, Docteur. Si on précise la façon dont ils... "convertissent" Rémox, alors on pourrait commencer à comprendre. Donc, quelle fréquence?
- Il n'y en a pas... Les prêtres des villes annoncent les cérémonies avec quelques jours d'avance. Celles de l'Ascension n'ont pas de dates précises. Ce sont les Égaux qui décident, et qui choisissent dans quelle ville la cérémonie aura lieu, combien il y aura d'élus et quelle catégorie de la population sera choisie: esclaves, marchands, soldats, artisans...etc.
- Donc il n'y a aucune fréquence... Peut-être que les Cybermen viennent "puiser" ici selon leur besoins... murmurait le Docteur.

Les bruits de pas si reconnaissables des Cybermen s'approchaient de plus en plus, et les quatre fugitifs se remirent à courir, tournant dans un couloir à gauche, puis à droite, et empruntant un escalier pour tourner encore une fois à droite, puis à droite, pour finir par virer vers la gauche et atterrir sur...

- Un cul-de-sac! hoqueta Clara.
- Ne bougez pas! ordonna un Cyberman derrière eux. Retournez-vous!
- Difficile de se retourner si l'on ne doit pas bouger... grogna le Docteur.
- Exécutez le deuxième ordre en premier.
- Quel sens des priorités...

Cependant, les trois humains et le Seigneur du Temps obtempérèrent, et découvrirent qu'un seul cyborg se trouvait derrière eux. Un Cyberman qui tendait son bras vers Élémohn, prêt à exécuter l'ordre qu'on lui avait donné. Une légère vibration se fit entendre derrière l'être de métal, mais il ne la remarqua pas, ou alors il l'ignora, puisque la vibration ne se fit entendre qu'une seconde ou deux. Ou peut-être n'eut-il pas le temps de réagir à ce son, étant donné la balle qui perça son dos et entra dans sa carapace de métal. La détonation surprit le Docteur, qui sursauta, et vit le cyborg atteint de spasmes qui lâchait des sons et commençait à s'écrouler. Et derrière lui, une femme aux longs cheveux bouclés, en tenue décontractée et un pistolet tendu vers le groupe lança:

- Salut, mon p'tit cœur!

River Song appuya son pied sur le Cyberman encore atteint de spasmes, et souffla sur l'extrémité de son canon, pour chasser la fumée du tir, qui était déjà partie depuis longtemps.

- River? s'étonna Clara. Mais vous...
- N'allez pas plus loin, jeune fille! coupa la femme. Ce n'est peut-être pas l'heure.
- Et surtout, rien ne nous dit que cette jeune femme est bien River Song... murmura le Docteur.
- Toujours aussi prévoyant, Docteur. Mais qui d'autre te sauverait la vie en apparaissant de nulle part, en abattant un Cyberman dans le dos avec un pistolet, et en achevant le tout sur un "Salut mon p'tit cœur"?
- Tu ne m'a jamais vu sous cette apparence, c'est ça le problème.
- Voyons, réfléchis un peu mon chéri. Je sais que le Docteur a atterri sur Rémox, et que tu as suivi les Cybermen jusqu'ici depuis la Cérémonie. Qui d'autre pourrais-tu être? Et puis... tu a beau ne jamais m'avoir vu depuis ta dernière régénération, ce n'est pas réciproque.
- De quoi parles-tu?
- C'est pas l'heure... lança Song avec délectation. Bon, maintenant, expliquez-moi ce que vous faîtes ici, vous quatre!
- Pardon? s'égosilla le Seigneur du Temps. C'est plutôt à toi de nous l'expliquer! Tu es apparue de nulle part, et tu as réussi à paralyser un Cyberman avec un pistolet!
- Pistolet qui tire des munitions au cœur doré, précisa River avec un air mi-outrée, mi amusée. Une mince couche de Ruxium autour d'un cœur en or pur: la couche de protection absorbe toute la chaleur du tir et perce un trou dans la carcasse du Cyberman. Le cœur en or, avec la chaleur et l'impact à l'intérieur du corps cybernétique, est dispersé un peu partout.
- Et les Cybermen sont allergiques à l'or... continua le Docteur en comprenant. Une seule munition réussit à paralyser leur système respiratoire. Et un Cybercerveau, bourré de drogues, d'excitants et stimulé à chaque instant, ça a besoin de beaucoup d'oxygène... Mais ça ne m'explique pas comment tu as réussi à atterrir ici!
- Manipulateur de vortex, répondit simplement la femme en montrant son poignet gauche. Quand on a l'habitude, le mal de tête n'existe presque plus.
- Manipulateur de vortex, hein... Donc tu dois avoir vécu l'histoire de la Pandorica, non?
- Exactement. Si tu veux tout savoir, j'ai déjà été libérée de prison. Et je t'ai rencontré à... à New-York...

Un petit silence s'abattit dans le cul-de-sac. Le sujet n'était pas le plus amusant de tous, ni pour le Docteur, ni pour River.

- Inutile de parler de ça, River. Pour l'instant, il faut se rendre à la passerelle, pour découvrir...
- Ce que ces Cybermen font ici? Pas besoin de passerelle! lança River avec un air espiègle. J'enquête sur ces bonshommes depuis des mois. Je sais tout ce qu'il y a besoin de savoir. Alors venez, vous quatre, et je vous expliquerai tout. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La cabine téléphonique bleue n'avait pas été remarquée, malgré sa proximité avec une des places marchandes de la capitale de Rémoxia. Il fallait dire que depuis la Cérémonie, les gens s'étaient tous enfermés chez eux, pour ceux qui habitaient quelque part, ou s'étaient abrités du mieux qu'ils pouvaient pour les autres. Quatre personnes avaient poursuivi les Égaux, avaient osé rentrer dans le Sanctuaire... Toute la ville craignait la colère des créatures de métal, et la nouvelle se diffusait rapidement aux alentours, avec la peur des représailles. Oh, les Rémoxains ne craignaient pas les orages, ils savaient pertinemment qu'il s'agissait de manifestations météorologiques dues à des problèmes de champs électriques, bien qu'ils avaient une connaissance limitée en la matière. Non, la colère des Égaux se manifestait plutôt par d'énormes rochers lancés à toute vitesse sur leur monde...
En réalité, ces météores étaient minuscules, et leur vitesse leur donnait une force impressionnante. Un astéroïde de la taille d'une balle de golf n'aurait eu aucun mal à anéantir un pâté de maison, et les Égaux avaient le pouvoir d'en utiliser de bien plus gros. Une grande ceinture d'astéroïdes orbitait dans le système de Rémox, et toutes les personnes éduquées en avaient conscience...

Puisque tout le monde se cachait, personne ne put voir l'espèce de déchirure dans l'espace-temps qui apparut à quelques mètres de la cabine bleue. Plus qu'une déchirure, c'est une véritable matérialisation du vortex qui jaillit de nulle-part, laissant apparaître quatre personnes agrippées au poignet d'une cinquième, en un souffle crépitant. Et une fois qu'ils furent totalement matérialisés dans cette réalité, en ce moment et en cet endroit, le vortex disparut.

« Bon sang, qu'est-ce que ça fait mal! grogna Jonas.
- Question d'habitude, sifflota River. Bon, maintenant que nous sommes au bon endroit... Oups...
- Quoi, oups? demanda sèchement le Docteur. Oh... Je vois...
- Il y a un problème? demanda le Qatrosien en se massant la nuque.
- Il fait nuit. Quand nous sommes parti, il faisait jour, c'était le début de l'après-midi...
- Et vu le temps qu'on a passé dans le vaisseau, la nuit n'a pas pu tomber d'un coup... soupira Clara.
- Bon, j'ai du me tromper dans les réglages, c'est tout! se défendit River en pianotant sur son manipulateur de vortex. Ah! Voilà, nous avons atterri sept heures dans le futur. Il va falloir faire avec. Maintenant expliquez-moi ce que vous faisiez ici, vous quatre.
- Je vis ici, moi, je suis de cette planète! se défendit Élémohn.
- Et c'est bien le seul. Nous, on ne faisait que se promener, avec Clara et Jonas. Pure coïncidence, donc. Mais toi? Tu "enquêtes"?
- Oui. J'ai été libérée parce que tu n'avais vraisemblablement jamais existé, selon la plupart des bases de données de l'univers... Donc mon crime n'avait pas pu avoir lieu. Mais tout le monde n'était pas dupe, et Tasha Lem pouvait très bien prouver ton existence, et me faire enfermer à nouveau. Nous avons donc passé un marché, et en échange de ma liberté, j'accomplis quelques "missions" pour elle. Et puisque tu va poser la question, je suis au LXIème siècle et non pas au LIIème parce que ce marché ne prend pas fin. Dès qu'elle a besoin de moi, Tasha peut être assurée que je viendrai. C'est celle de l'époque dans laquelle nous sommes qui m'a contactée pour enquêter sur ces Cybermen.

En entendant tout cela, Jonas, Clara et Élémohn ne cachaient pas leur surprise et leur incompréhension. Le méli-mélo spatio-temporel était un concept toujours très complexe.

- Bon, en imaginant que vous disiez vrai, mademoiselle Song... commença le Qatrosien. D'ailleurs, Mademoiselle ou...?
- Appelez-moi plutôt River, et plus mademoiselle depuis un bout de temps, répondit-elle en lançant un clin d'œil au Docteur, qui ne put s'empêcher de sourire.
- Bon, je disais. Admettons que vous dîtes vrai. Docteur, vous lui faîtes confiance?
- Pas du tout, et c'est amplement suffisant pour la croire.
- Euh... D'accord...
- Bref! coupa Clara. Que font ces Cybermen là-haut? Pourquoi est-ce qu'ils ne prennent pas possession de la planète? Ils sont en trop faible nombre?
- Oh, ça ne risque pas, Clara. Ces Cybermen font partie d'un Empire cyberman surpuissant qui contrôle tout ce coin de l'univers.
- Comment ça? interrogea le Docteur.
- Il n'y a environ un siècle, un Cyberman a pris le contrôle d'une puissante Cyber-flotte, dans cette galaxie. En moins de cent ans, il a réussi à créer un empire immense. Les civilisations avancées de cette galaxie et de six autres ont été écrasées par la force, les autres factions cybermen ont été absorbées ou pulvérisées, et je n'emploie pas le mot à la légère.
- Et les autres civilisations? Les médiévales, les antiques?
- Comme Rémox. Exploitées de la même façon: les Cybermen se font passer pour des dieux. Ces planètes sont des "pouponnières". Lorsqu'ils ont besoin de nouveaux individus, lors des guerres, par exemple, ils puisent dans leurs réserves.
- Des peuples entiers... Sans aucun autre destin que de rejoindre les rangs Cybermen... comprenait Jonas avec tristesse. L'Univers est dégueulasse, parfois.
- Il faut s'y faire... soupira River. De plus, pour des raisons inconnues, ces Cybermen ont déplacé plusieurs étoiles et planètes... Oh et, j'oubliais, Docteur... Grâce aux technologies que Tasha m'a "prêtées", et à celles que j'ai pu obtenir, j'ai réussi à pénétrer dans le système de communication des Cybermen. C'est ce qui m'a permis de vous retrouver dans le vaisseau. Mais depuis que vous êtes arrivés ici, ils parlent beaucoup de toi, Docteur. Ils te connaissent. Le "Cyberempereur" te connais, il semblerait. Il en sait même beaucoup sur toi et ta façon de penser. Et il veux vous capturer, toi et tes compagnons.
- Bizarre... murmurait le Seigneur du Temps. Je n'ai jamais croisé de Cybermen depuis Trenzalore... À moins que...

Mais le Docteur n'eut pas le temps de finir sa phrase. Un flash blanc éclata à coté d'eux, laissant apparaître deux Cybermen venant de transmater à leur coté, bras tendu vers l'avant. River sortit son pistolet, mais une décharge blanche l'atteignit dans l'abdomen, ce qui eut pour effet de la sonner et de la propulser au sol. Son arme sauta dans les airs, et Jonas réussit à la rattraper, alors qu'une deuxième décharge paralysante atteignait Clara.

- Dans le TARDIS, vite! cria le Docteur en faisant tourner sa clef dans la serrure de la cabine. »

Le jeune résistant commença à reculer, mais vit une décharge fondre vers lui. Il eut à peine le temps de tirer une balle, qui s'encastra dans le poitrail d'un des deux cyborgs, qui commença à "crier", ou du moins à activer ses hauts-parleurs aléatoirement pour lancer des bruits étranges, et à se "trémousser" dans tout les sens, alors que Jonas tombait au sol, inconscient. Le Cyberman touché commença à tirer des décharges au hasard, non pas blanches et paralysantes, mais rouges et loin d'être inoffensives, alors que son allié atteignait Élémohn de ses salves non-létales.
Le Docteur était le dernier. Il se trouvait déjà dans le TARDIS, mais à l'entrebâillement de la porte. Devait-il s'enfuir, pour revenir "plus tard" pour libérer ses compagnons de voyage, profitant d'un effet de surprise? Ou devait-il plutôt rester avec eux, se rendre, ne serait-ce que pour veiller sur eux et ne pas les abandonner? Il hésita une seconde. Une seconde de trop. Il n'eut pas le temps de choisir: le Cyberman blessé, qui tirait sans but autour de lui, atteignit le Seigneur du Temps à l'abdomen. Un trou noirci par la chaleur s'esquissait dans sa chemise, et ses organes internes n'étaient vraisemblablement pas indemnes. Il faillit tomber, mais se rattrapa sur les rambardes proches de la double-porte. Devant lui, le Cyberman qui respirait encore semblait "affolé", ou du moins semblait lancer un grand nombre d'ordres et de reproches à son compère. Pour une raison inconnue, ils semblaient vouloir le Docteur vivant. Mais l'intéressé ignorait totalement les paroles du cyborg, et réussit à claquer des doigts, de façon à fermer le TARDIS, pour ensuite se traîner lentement vers la console. Il n'avait plus le choix: il allait devoir laisser ses compagnons de voyages, son guide et son épouse entre les gants métalliques de créatures ne voulant pas que du bien au Seigneur du Temps... Même s'il comptait revenir.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« C'était il y a combien de temps? demanda Jack en effleurant la console de ses doigts.
- Presque un mois. L'atmosphère du TARDIS et le nombre incalculable de boites à pharmacie m'ont permis une guérison rapide et...Ne touchez pas à ça!

Le capitaine retira précipitamment sa main des boutons, et croisa les bras.

- C'est bien gentil, tout ça... Cette River Song, vos compagnons, des Cybermen... Mais pourquoi être venu me chercher?
- Je vous l'ai dis, j'ai besoin d'aide. Pour les libérer, mais aussi pour comprendre comment ce "Cyberempereur" a réussi à prendre le contrôle de plusieurs galaxies en moins d'un siècle...
- Vous savez, j'ai arrêté de jouer à l'Insepecteur Aubergine depuis un bout de temps, indiqua Harkness.
- Aubergine? C'est Poirot, Jack... soupirait le Seigneur du Temps.
- Bon, au-delà de la question du légume, pourquoi être venu me chercher, moi? Vous n'avez pas d'autres "amis" prêts à vous aider?
- Vous êtes le premier à qui j'ai pensé, vous devriez être honoré, répondit sèchement le Docteur. Et puis, si les choses doivent mal tourner, vous êtes le meilleur.
- Ah, d'accord, je vois... comprit amèrement Jack. En clair, vous avez juste besoin d'un type qui n'a aucune chance de mourir de quelque façon que ce soit. Je déteste être utilisé, vous savez!

Le Docteur, qui s'affairait déjà sur les boutons de la console, s'arrêta, et tendit les bras de façon à s'appuyer sur l'hexagone de métal, en soupirant. Puis il tourna la tête, et son regard fatigué croisa celui vexé du capitaine.

- Jamais je ne vous utiliserais comme ça, Jack. Jamais je ne l'ai fait, et jamais je ne le ferais.
- Ah bon? Pourquoi donc, hein?
- Parce que... Parce que ça me fait peur... avoua le Seigneur du Temps à mi-voix. Vous êtes un Bâtard du Temps, comme aurait dit... quelqu'un que j'ai connu. Vous n'avez pas à changer de visage, vous. Et vous ne possédez aucune limite de... "morts". Alors, si vous voulez tout savoir, le Docteur que vous avez croisé à la fin de l'univers, il était autant fasciné que terrorisé. Et celui d'avant aussi, celui qui vous a abandonné. Ils avaient peur de vous, autant parce qu'ils savaient que vous étiez un point fixe qui bouge un peu trop, si je puis dire, que parce que vous leur survivriez... Contrairement aux autres... Ils partent, eux. Toujours. Je le sais bien. J'en ai conscience, après presque 2000 ans de vie, Jack. Je leur survis toujours, et au bout d'un moment, ils le comprennent, et alors ils reprennent leur vie... Vous, vous êtes le seul qui restera, même après moi.

Jack regarda le Seigneur du Temps avec un regard assez interloqué, non pas qu'il ne comprenait pas ce qu'il disait, mais un pareil aveu lui semblait étrange.

- Jack, vous ne me connaissez pas encore très bien, mais vous savez pertinemment que je n'étalerais pas l'état de mes pensées à n'importe qui, comme ça. J'ai une énorme confiance en vous, sinon je ne vous en dirais pas autant. Et puis, ce n'est pas pour votre "immortalité" que j'ai besoin de vous, mais parce que vous savez vous battre, vous. Mieux que moi. Et que vous ne pensez pas vraiment comme moi, et j'ai parfois besoin d'avoir un avis différent du mien.
- Bon... Ben... Ouais, de toute façon, je suis monté dans le TARDIS, difficile d'en descendre. Surtout lorsqu'on est en vol.
- Et puis, vous avez une dette envers moi, vous savez?
- Quoi? s'exclama Jack.
- Si j'ai bien calculé mon coup, la dernière fois que je vous ai vu, c'était dans un bar. Je vous ai laissé un papier, et je vous ai aidé à trouver quelqu'un avec qui passer la nuit, et plus si affinités! Je vous ai aidé, vous devez faire de même! »

Le Capitaine Harkness lança un sourire espiègle en entendant l'argument du Docteur, qui lui-même pouffait de rire. Et d'un coup, le sombre TARDIS semblait bien plus accueillant.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La chambre qui accueillait les quatre prisonniers était bien plus sympathique qu'une cellule. Certes, il n'y avait pas de fenêtres sur les murs nus de la pièce, mais le petit lustre qui pendait au plafond, trop haut pour que quiconque l'atteigne, éclairait très bien la pièce. Clara et Élémohn étaient couchés, chacun sur un lit plutôt confortable et loin d'être repoussants. Quant à River et Jonas, ils discutaient à voix basses, assis en tailleur sur un des deux autres lit, l'un en face de l'autre.

« Vous avez une idée du temps que ça va prendre pour qu'ils se réveillent? demandait le jeune homme.
- Nous avons repris conscience assez rapidement, nous. Personnellement, ce n'est pas la première fois que je suis sonnée, alors que cet homme, là, originaire de Rémox...
- Il n'a pas l'habitude, c'est ça? Et ça ne me surprendrais pas que Clara ne l'aie pas non plus...
- C'est un peu ça. Mais vous aussi, Jonas, vous vous êtes réveillé assez vite. Vous...
- Oh, j'ai fait la guerre... admit le Qatrosien avec un peu de difficultés. Enfin, la guérilla, plutôt. Sur ma planète, Qatros, le pouvoir était entre les mains d'un dictateur. Le Docteur est arrivé avec son TARDIS, par accident. Et il nous a libérés...
- C'est ce qu'il fait souvent, mais vous avez du vous en rendre compte. C'est un homme fantastique. Bien sûr, il a ses défauts, et... entre vous et moi, Jonas...

Elle se pencha vers le résistant, qui fit de même, et lui murmura:

- Celui-ci plus que les autres.
- Oui, ça aussi, j'avais cru comprendre. Vous en avez rencontré plusieurs?
- Oh, j'en ai rencontré certains, oui. Et je sais beaucoup de choses sur lui. Je voyage aussi dans le temps, grâce au manipulateur de vortex. Et donc, parfois... on se croise. Mais pas toujours dans le bon ordre.
- Il y a eu de meilleurs Docteurs, vous dîtes?
- Oh, oui... C'est triste à dire. J'en ai presque honte, en fait. Mais pour tout dire, Jonas... Celui qui a précédé celui que vous connaissez, il était différent. Tellement plus enfantin, puéril... Un peu trop, d'ailleurs. Et puis, il y avait celui d'avant. Je ne l'ai jamais rencontré, mais de ce que je sais de lui, c'était un homme formidable et fantastique. Il avait ses mauvais cotés, et certains avaient une peur terrible de lui. Mais on raconte aussi qu'il a épargné certains de ses pires ennemis, plutôt que de les tuer. Qu'il refusait de porter une arme quelconque... Il y en avait un qui portait un céleri sur lui... Un autre avait un visage bien plus vieux, et était un parfait gentleman, très cultivé, très curieux de tout...
- Vous aviez mentionné New-York... se souvint le jeune homme. J'en avais entendu parler. C'est une ville américaine, non? Clara voulait y aller avant d'aller aux Jeux Olympiques de l'Espace, je m'en souviens. Mais le Docteur refusait.
- C'est compréhensible... Il a perdu des êtres chers, là-bas. Qui l'accompagnaient dans ses voyages. Des gens très importants pour lui, et aussi pour moi. Les Anges Pleureurs les ont... Mieux vaut ne pas s'engager sur ce sujet avec lui.
- Dîtes, vous connaissez le Docteur, et vous voyagez dans le temps, comme lui. Donc vous êtes un Seigneur du Temps, vous aussi? demanda le jeune homme pour changer maladroitement de sujet.
- En partie... C'est assez compliqué, en fait.
- Vous ne venez pas de Gallifrey, donc. D'ailleurs, maintenant que j'y pense... Je voulais demander au Docteur, dans le vaisseau, mais on était pressé. La question m'était revenue à l'esprit... Un jour, on a atterri sur Gallifrey, commença à expliquer Jonas. Enfin, ce n'était pas Gallifrey, c'était un clone... C'est compliqué, mais pour tout dire, au début, le Docteur n'arrivait pas à le croire. Il disait que c'était impossible que l'on y soit arrivé. Pourquoi était-ce impossible?

River regarda le garçon dans les yeux, avec un regard presque désolé. Elle savait ce qui s'était passé. Elle ne l'avait pas vécu, le Docteur ne lui avait jamais vraiment raconté. Mais elle avait étudié le Docteur, toute sa vie, dans le but de le tuer. Le Silence lui avait appris ce qui s'était passé, ce qu'avait fait le Docteur qui Abandonna son Nom. Le Docteur de la Guerre. Cependant, une personne connaissait la vérité, dans cette pièce, sur les terribles évènements du Dernier Jour, mais encore sonnée, elle était incapable de prévenir River de son erreur.

- Vous connaissez les Daleks?
- Oui... On en a croisé, après nos voyages olympiques. Enfin, il n'y en avait que deux, mais c'était déjà quelque chose.
- Il y a eu une guerre. Une guerre terrible. La plus grande de toute les guerres. La Dernière Grande Guerre du Temps. Les puissances temporelles, avec à leur tête Gallifrey et les Seigneurs du Temps, ont affronté l'incroyable Empire Dalek. Un affrontement où le temps lui-même était une arme. Les Daleks ont anéanti les puissances temporelles, et seule restait Gallifrey, où tous les Seigneurs du Temps s'étaient repliés. La planète était assiégée par des milliers et des millions de vaisseaux Daleks: toute la flotte, toute l'espèce était réunie en orbite autour de la planète. Durant toute la guerre, qui fut longue, très longue, des crimes sans noms ont été accomplis... murmurait-elle. Mais le pire... Tout cela menaçait la réalité elle-même. Des planètes entières furent brûlées et ravagées, des planètes parfois innocentes, et les Seigneurs du Temps ne valaient parfois pas mieux que les Daleks. Le temps lui-même devenait une arme, menaçant tout notre Univers.
- Le Docteur a combattu?
- Au début, il a refusé. Mais il a été tué. Je ne sais pas comment, je ne sais même pas s'il a vraiment été tué ou s'il est mort d'une autre façon, et je n'ai pas l'intention de lui demander, ce serait dangereux... Mais il n'en reste qu'il s'est régénéré.
- Et celui qui arriva décida de combattre, c'est ça?
- Oui. Il abandonna même son nom de Docteur. Il prit part aux combats, et son corps s'usa et vieillit très rapidement. Plus vite qu'un humain, dit-on. À la fin, il était lassé. Il avait connaissance des crimes commis par son peuple. Il pensait que les Seigneurs du Temps ne valaient pas mieux que les Daleks. Lors du siège de Gallifrey, il vola une arme d'une puissance destructrice incroyable... "Le Moment". Et il décida de mettre fin à tout ceci.
- Attendez... murmura Jonas avec horreur, commençant à comprendre. Il n'a quand même pas...
- Si. Le Dernier Jour de la Guerre du Temps s'acheva par le plus grand génocide de l'existence... et le plus nécessaire de tous. Il n'a pas eu le choix. C'était l'univers, ou Gallifrey. La planète fut détruite, avec la flotte en orbite. Tous les Seigneurs du Temps sont morts en cet instant, sauf lui. Et seuls quelques Daleks réussirent à survivre...
- Il a tué tous ces gens? hoquetait le résistant. Aucun génocide n'est nécessaire! Il aurait pu... Il aurait pu trouver un autre moyen!
- Vous n'étiez pas là, Jonas, et moi non plus. Mais la situation devait être extrême. Ce choix aurait été un dilemme pour n'importe qui. Et souvenez-vous qu'il ne s'agissait pas du même Docteur.
- Oui, vu comme ça... Je suppose que c'est un sujet qu'il ne faut pas aborder avec lui...
- Non, il ne vaut mieux pas. »

Ici s'arrêta la discussion. Ni l'un ni l'autre ne souhaitait entrer dans les détails des évènements. De plus, Élémohn et Clara reprirent connaissance quelques minutes plus tard, sans pour autant avoir entendu la conversation...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La respiration métallique du TARDIS accompagna l'apparition de la cabine, qui clignotait dans la pièce, uniquement illuminée par la lanterne qui surplombait le vaisseau.
Lorsque Jack et le Docteur sortirent par la double-porte de bois, ils découvrirent une petite pièce, peu éclairée, dont le mobilier se limitait à quelques bancs de bois longeant les murs.

« Qu'est-ce que c'est? interrogea l'humain. Des vestiaires?
- Presque. C'est, ou plutôt c'était, une salle de repos de la garde. Ou quelque chose dans le genre. Les gardes attendaient ici pour prendre la relève. Il devait y avoir peut-être quelques livres ou autres, à une époque, mais on dirait qu'ils ont déplacé leurs postes de relève.
- Où est-ce qu'on est déjà?
- Dans la salle de garde, je viens de vous le dire!
- J'ai entendu, merci! Je parlais du bâtiment, du lieu plus général. Où est-on?
- Ah! Nous sommes dans un palais du Parox, l'une des principales collines de Rémoxia. J'ai localisé le manipulateur de vortex de River dans ce coin-là, grâce au TARDIS.
- Peut-être que les Cybermen ont juste pris le manipulateur...
- Mais peut-être qu'ils les ont amenés ici, et leur ont enlevé le manipulateur ensuite.
- Pourquoi les amener dans un palais, s'ils ont un vaisseau en orbite?
- Pour m'attirer. Je ne sais pas pourquoi, mais ce "Cyberempereur" m'aime bien... Il doit sûrement m'avoir tendu un piège. Mais pas d'inquiétude.

Les deux hommes sortirent de la petite pièce par une porte, et se retrouvèrent dans un couloir aux murs de pierres, vide.

- Vous avez bien le pistolet anti-cyberman? vérifia le Docteur.
- Oui... C'est celui de cette River Song?
- Exactement. Il a été projeté dans le TARDIS quand Jonas a été touché. Enfin bref, suivez-moi, et soyez prêt à tirer si un Cyberman se pointe! termina le Seigneur du Temps en sortant son tournevis. Avec ça, je devrais au moins pouvoir localiser le manipulateur de vortex.
- Avec le mien, on peut détecter des présences humaines, vous savez... Quatre personnes dans la même pièce, je les trouve facilement. Et vous, vous pouvez voir si la taille estimée des gens détectés correspond...
- Trois, dans ce cas, parce que River n'est pas humaine. Enfin, pas totalement.
- Oh, ça devient intéressant, murmura Jack.
- Ne flirtez pas avec River!
- Pourquoi?
- C'est ma femme, imbécile...
- QUOI? s'écria Harkness.
- Mais chuuuuut!

Mais il était trop tard... Des cris de gardes se faisaient entendre à l'autre bout du couloir. Le capitaine ne s'était pas fait très discret. Les deux intrus se mirent à courir dans la direction opposée à celle d'où venaient les gardes, qui allaient bientôt arriver dans leur corridor. Il ne servait à rien de retourner au TARDIS. Mieux valait s'enfoncer plus profondément dans les méandres du palais, de façon à semer les poursuivants et peut-être découvrir l'emplacement des prisonniers.
Mais c'était sans compter la connaissance de ce labyrinthe qu'avaient les gardes qui le protégeait. Trois hommes les poursuivaient, entraînés à courir et à se battre depuis des dizaines d'années: garder un palais était un privilège offert aux meilleurs soldats. Et les meilleurs soldats de Rémox couraient très vite, si vite qu'ils pouvaient se permettre de se séparer pour prendre les intrus en tenaille à certains croisements, et donc les obliger à partir d'un certain coté. Jack et le Docteur ne s'en rendaient pas compte, mais leur itinéraire était tracé par leurs poursuivants... Et ils le comprirent lorsqu'ils s'arrêtèrent brusquement face à un mur de marbre. Cul-de-sac... Ils se retournèrent, et virent face à eux les trois gardes; Deux d'entre eux les menaçaient d'une sorte de sabre, et le troisième, qui semblait, au vu des épaulettes, être d'un rang supérieur, les pointait avec ce qui ressemblait un peu trop à une arbalète.
Jack eut la mauvaise idée de sortir son arme et de la pointer vers les Rémoxains.

- Jack, vous êtes fou! Ce ne sont pas des Cybermen! rappelait le Docteur en sifflant entre ses dents.
- Des intrus... Des intrus qui nous menacent avec un objet rocambolesque... soupirait le "chef" des gardes. Tuez celui qui nous pointe, je m'occupe de celui en noir et blanc. »

Et alors que les deux autres Rémoxains se mirent à courir vers Jack, épée en l'air, prêts à le trancher de toutes parts, le troisième visa le Docteur et tira son carreau d'arbalète, qui se précipita en direction du Seigneur du Temps.



Citation:

Les deux gardes armés de lames avait sauté en direction des intrus. Leur simple pantalon de tissu et leur robuste mais léger plastron de cuir ne les gênaient nullement dans leurs mouvements. Et les épaulettes de l'officier ne l'empêchèrent pas de viser parfaitement les jambes du Docteur.
Le Seigneur du Temps, à l'instant où la situation avait dégénéré, avait été atteint d'un soudain coup de génie... Il fallait dire que les hormones et autres substances telles que l'adrénaline étaient ses compagnons de routes les plus anciens. Devant lui, il voyait l'arbalète pointée sur lui, les deux autres hommes aux poitrails de cuir se ruer dans sa direction, et les deux bras de Jack, qui se trouvait à sa droite, tendus vers l'avant, tenant le pistolet anti-cybermen comme une inutile menace contre des hommes sur lesquels ni l'un ni l'autre n'oseraient tirer.
Et c'est en ayant cette vue que le Docteur eut son éclair de génie. La pression de sa main gauche sur son tournevis déclencha alors sa réaction presque instinctive de survie. Il agrippa violemment le bras gauche de l'humain, rapprocha son tournevis du bracelet qu'il portait au poignet du même bras, et un bourdonnement plus tard, alors que le carreau d'arbalète fonçait en direction du Seigneur du Temps, les deux intrus disparurent dans un crépitement doublé d'une espèce de souffle, et de l'apparition furtive du vortex temporel sur le mur...

Les épées des Rémoxains frappèrent la pierre derrière les voyageurs temporels, tout comme le carreau, qui se brisa en éclats. La stupéfaction sur le visage des trois originaires de la planète était très difficile à définir... Mais on pourrait simplement dire qu'ils se souviendraient tous de cet étrange événement.

« Où sont-ils passés? vociféra l'officier. Où sont-ils passés!?
- On ne sait pas, ils ont disparu, comme dans les légendes sur les Égaux, et...
- Je ne suis pas aveugle, pauvre idiot! Trouvez-les! Trouvez-les! S'ils viennent pour les prisonniers, ce qui est sûrement le cas, ils ne vont pas s'enfuir du Palais. Alors séparez-vous et trouvez-les! Moi, je m'occupe d'avertir le reste de la garde. »



Le vortex apparut et le souffle crépitant laissa tomber de nulle-part les deux hommes, dans le même couloir qu'ils avaient quitté. Ils étaient, évidemment, tout essoufflés, et après avoir inspiré et expiré l'équivalent d'une bonne tonne d'oxygène, ils purent à nouveau parler.

« Waw! hoqueta Jack. C'était... et beh... je m'y attendais... pas!
- C'était le... but! souffla le Docteur. Bon... Raaah, pfuuu.... Je disais... Oui, voilà!
- Quoi, voilà? Et puis attendez, qu'est-ce que vous avez fait exactement?
- Oh, rien d'incroyable. Vous avez un manipulateur de vortex au poignet, mais j'ai neutralisé sa fonction "voyage dans le temps", il y a quelques siècles...
- QUELQUES SIÈCLES???
- Pour moi, je veux dire. J'ai pas mal vieilli depuis la dernière fois. Et puis, d'un point de vue linéaire, je l'ai neutralisé au XXIème siècle, et là on est au... pff... LXIème siècle.
- Tiens, à 1000 ans de la maison... Enfin, la maison... Mais attendez, vous l'avez neutralisé, vous l'avez vous-même dit!
- Donc je suis le plus apte à réactiver la fonction au quart de tour, fit comprendre le Seigneur du Temps en secouant son tournevis devant les yeux. L'idée m'est venue d'un coup.
- Donc on a évité de mourir. Enfin, mourir, c'est un bien grand mot, pour nous deux. Mais n'empêche, on est où? Ou plutôt...

Il fit un tour sur lui-même pour vérifier si sa première impression était bonne. Il se trouvait bien dans le même couloir que celui qu'il avait "quitté". Il y avait même des morceaux de bois éclatés au pied du mur formant l'impasse. Les restes du carreau lancé sur le Docteur.

- Quand est-on?
- Deux minutes après notre départ. C'est tout ce que j'ai pu faire durant le cours laps de temps qu'on m'a "donné". Mais comme vous ne vous y attendiez pas, et que le manipulateur n'a pas voyagé ainsi depuis un bout de temps dans sa ligne temporelle... Bah, ça n'a pas été de tout repos.
- Heureusement qu'on a avancé que de deux minutes. Il aurait peut-être pas tenu le coup, sinon. Enfin bref, qu'est-ce qu'on fait, maintenant?
- On localise le bracelet de River.
- Elle ne l'a sûrement pas sur elle, vous s...
- C'est évident qu'elle ne le porte pas, je le sais bien. Mais s'ils lui ont enlevé, il doit être ici, quelque part, sous bonne garde. Et les gens qui le gardent doivent savoir où elle et les autres sont enfermés.
- Pas idiot.
- Passez-moi votre bras.
- Oh, vous voulez qu'on se ballade comme des mariés? Compliqué, je suis déjà marié.
- Arrêtez d'exploiter tout ce que je dis et...

Le Docteur s'interrompit, se plaça face à l'humain et le regarda d'un air interloqué. Il fit passer son tournevis sur celui-ci, de la tête jusqu'au bassin (ce qui arracha un sourire au Capitaine), puis regarda dans son appareil, pour vérifier les informations qu'on lui donnait, pour conclure amèrement.

- Il semblerait que vous soyez bien Jack Harkness... Mais alors comment... VOUS ÊTES MARIÉ??
- Oh, vous êtes jaloux, c'est ça! J'ai compris! Vous êtes jaloux parce que vous vouliez devenir le Docteur Harkness...
- Quoi? Mais vous allez arrêter de faire l'idiot!
- Vous auriez enfin une réponse à donner à l'éternel "Docteur Qui?"... remarqua Jack.
- Mais bon sang, vous vous êtes marié? Vous?
- Longue histoire. Et c'est de votre faute, quand j'y repense.
- Quoi! Alonso Harkness? Non... Ce n'est pas possible...

Le Docteur commença à pouffer. Ou plutôt, à ricaner. Un ricanement plutôt gentil, mais un ricanement tout de même.

- Vous vous fichez de moi. Vous vous moquez de moi, plutôt. Vous vouliez juste voir ma réaction, et vous avez été servi. Il y a autant de chance que vous vous mariez qu'il n'y a de chance que vous ne tentiez pas de séduire Jonas ou River dès que vous les verrez.
- Vous vous êtes bien marié, vous! C'est tout aussi absurde.
- Oh, je me suis marié avec un certain nombre de femmes, vous savez. Et même d'hommes, quoiqu'un peu moins. Mais ce n'est pas le sujet. Il faut retrouver River.
- Et les autres, Docteur, n'oubliez pas les trois autres... soupira Jack. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Corilohn était un soldat, et un bon. Personne n'aurait osé dire le contraire. Garde d'un des Palais de la colline du Parox, il avait déjà une bonne expérience. Il avait servi dans les Forêts Impénétrables, et si l'on voulait trouver un équivalent dans l'Antiquité terrienne, on pouvait citer les frontières romaines en Germanie. Mais pour trouver quelque chose qui s'en rapprochait un peu plus en matière de "réputation", il fallait avancer de quelques siècles, et citer le Front Russe. Lorsque les Rémoxains étaient arrivés dans les Forêts Impénétrables, ils y ont découvert une civilisation moins avancée que la leur, et qu'ils ont "annexée" et rémoxanisée, transformant peu à peu cette civilisation tropicale en une civilisation hybride, mi-Rémoxaine, mi-originale, comme le fut, 6 000 ans plus tard, la Gaule ou la Grèce Romaine.
Cependant, comme toujours, il y avait des indigènes qui refusaient ce changement culturel, qui refusaient la perte de leur si belle civilisation. Et depuis bientôt deux siècles, les Forêts Impénétrables, parsemées de cités ici-et-là, étaient le théâtre de ce qui se rapprochait des guérillas terriennes, et les soldats Rémoxains en faction là-bas possédaient une espérance de vie largement inférieure à la moyenne présente dans les provinces du continent d'origine de leur civilisation.

Ceux qui survivaient à leur affectation, et qui décidaient de se limiter au Service Militaire, et de ne pas servir dans les armées, étaient élevés au rang de héros à leur retour sur leur continent. Ceux qui souhaitaient rester militaires avaient le droit de demander une nouvelle affectation, et la plupart du temps, même s'ils avaient trouvé une (ou un) amante sympathique dans leur cité forestière, ils ne se faisaient pas prier pour demander une affectation ailleurs, fut-ce dans le Grand Désert...
Corilohn, lui, avait choisi de continuer sa carrière. Il avait découvert, durant un assaut des "Sauvages", comme on les appelait, le frisson du combat. Ce n'était pas le plaisir de tuer, loin de là. Non, tuer, pour Corilohn, était un acte impossible, de sang-froid tout du moins. Lui était un homme de sang-chaud, et dans les moments de combats, le meurtre est rarement froid, donc il ne se sentait pas très coupable. De plus, le meurtre pouvait mettre fin à la bataille, ce qui était loin de lui plaire. Non, lui, ce qu'il aimait, c'était se battre, combattre, affronter en duel... Seul le combat, l'acte d'attaquer et de défendre, de porter des coups ou d'en parer, d'avoir tout ses sens en éveil, seul cela le faisait frissonner. Le meurtre, lui, annonçait la fin du combat... Enfin bref, il n'en restait que lui, il n'avait pas souhaité se faire réaffecter. Pendant presque cinq années supplémentaires, il combattit les indigènes, et monta en grade, tout en refusant de devenir un officier important, souhaitant toujours se battre sur le terrain. Mais après ces cinq ans de combats contre les guérilleros, ils se vit offrir une offre qu'il ne pouvait refuser: être transféré dans la Garde des Palais du Parox. Certes, cela signifiait qu'il combattrait beaucoup moins, mais la renommée était immense, et un Garde du Parox était assuré d'une chose: il subirait l'ascension et rejoindrait les Égaux, l'ayant amplement mérité face aux dangers de la vie qu'ils avaient eue.

Corilohn était, pour quelques heures, en repos "forcé". Il avait entendu parler de la Cérémonie, et des petits problèmes qui avaient gâché les évènements. Il était assez croyant, ce Corilohn, et autant dire qu'il avait peur pour sa vie et pour celle de sa famille, en apprenant ça (non pas qu'il se soit senti personnellement concerné, mais la ville toute entière, aux yeux de ses habitants, pouvait subir la colère des Égaux). Lorsqu'un Cyberman arriva au palais avec quatre prisonniers, tout le monde fut pris de court, personne ne savait quoi faire. Heureusement, le Cyborg leur facilita la tâche. Il donnait des ordres, et on les exécutait. Il fallait pour la garde enfermer les quatre prisonniers, dans le palais, et empêcher leur évasion au péril de leur vie s'il le fallait. Corilohn, lui, avait reçu la charge de garder une sorte de bracelet de cuir très étrange, qui semblait venir du monde des Égaux. Il appartenait à un des prisonniers, et quelqu'un allait sûrement tenter de s'introduire dans leur palais pour retrouver les prisonniers et l'objet. La consigne était très claire: l'objet doit-être défendu à tout prix, et l'intrus habillé de noir et de blanc, dont on lui avait montré une peinture extrêmement réaliste (les Rémoxains ne connaissaient pas la photographie), devait être capturé. Et l'Égal avait bien précisé une chose: tuer cet homme était une signature pure et simple de l'arrêt de mort de sa famille. Les Égaux sont omniscients, les Égaux sont omniprésents, les Égaux sont omnipotents.
Un garde était passé le voir pour l'avertir de la présence de deux intrus, dont un correspondait à l'image donnée par les Cybermen. Le Docteur était là, et Corilohn l'attendait de pied ferme. La pièce dans laquelle il attendait était petite, rectangulaire, telle que les murs de la longueur étaient deux fois plus long que ceux de la largeur, aux murs blancs illuminés par une sorte de lampe à pétrole (bien qu'il n'y ait pas de pétrole sur Rémox) très puissante, pendant au plafond. L'unique porte, faite en bois, se trouvait sur un mur de la longueur, dans le coin gauche. À droite, le mur était couvert par une armoire légèrement ouverte, et vide. Au centre de la pièce trônait une table, et au centre de celle-ci, un coffre en bois verrouillé, qui contenait le bracelet. C'était une salle de repos de la Garde.
Lorsque des bruits de pas correspondant à la marche rapide de deux personnes dans le couloir atteignirent les oreilles de Corilohn, celui-ci attrapa son sabre lentement, posé sur la table, se leva de sa chaise en bois, qui faisait face à l'armoire, et à pas feutré (il avait enlevé ses chaussures pour marcher pied nu et silencieusement), le quadragénaire blond et barbu, fier soldat, se glissa furtivement dans le meuble aux portes entrouvertes, et les referma partiellement de façon à être caché tout en voyant une partie de la pièce.

Le tournevis vibra. Aucun verrou, mais la présence d'un manipulateur de vortex dans la pièce était confirmée par celui de Jack. Le Docteur poussa la porte, mais au moment d'entrer, le capitaine le tira légèrement par l'épaule, et lui montra son bracelet en faisant passer son bras entre le Seigneur du Temps et la porte. L'écran montrait une sorte de vue en rayon X de ce qu'il y avait vers l'armoire. Mais ce n'était pas une vue en rayon X, c'était un détecteur d'êtres vivanst. Et il y avait, dans l'armoire, quelque chose qui ressemblait beaucoup à un humain. Sinon, la pièce était vide. Pas besoin de beaucoup de neurones pour comprendre qu'on leur tendait un piège. Le Docteur fit un signe de la tête, pour montrer qu'il avait compris, et se retourna pour rentrer dans la salle. Il repéra le coffret, ainsi que, sur le mur le plus proche de lui, à droite, une sorte de secrétaire sur lequel reposait un présentoir d'épées, accueillant les lames légèrement incurvées de trois sabres. Parfait.

« Le coffret... Jack, vérifiez si le manipulateur est à l'intérieur, ordonna le Seigneur du Temps avec un ton tout à fait naturel

Le Docteur entra dans la pièce, et se planta devant un meuble juste à coté du présentoir à épées, faisant mine d'observer le design de l'objet, tandis que l'agent de Torchwood se plaça devant le coffret, et donc face à l'armoire, et plaça son bracelet entre lui et le petit conteneur de bois, pour vérifier la présence d'un manipulateur de vortex.

- Il y en a bien un, Docteur.

C'est alors que Corilohn déboula en un éclair de sa cachette, jetant les battants de bois sur les cotés, le sabre à la main, dressé en l'air, pour frapper la tête de Jack du dos de la lame, de façon à l'assommer. Mais alors que le morceau de fer allait s'abattre, un autre sabre s'interposa brutalement, et repoussa la lame de Corilohn en arrière.
Le Docteur avait eu le temps d'attraper deux sabres sur le présentoir, et de s'intercaler au milieu de l'attaque. Il lança le sabre qu'il tenait dans sa main droite à Jack, qui l'attrapa, tandis qu'il fit passer sa propre arme dans la même main, prêt à se défendre face au Rémoxain.
Celui-ci avait désormais deux adversaires. Deux adversaires armés mais pas forcément entrainés. Mais cela restait deux adversaires, et lui n'avait qu'une seule lame. Très rapidement, il décida d'en immobiliser un, et Jack, le moins indispensable (ce n'était pas celui de la photo, donc il pouvait être tué), était le plus facile à neutraliser, quelques secondes peut-être, mais ce serait suffisant pour le garde.
Celui-ci lança alors un puissant coup de pied nu dans la table, qui se renversa, avec le coffret, sur le capitaine, au niveau de ses cuisses, ce qui lui fit perdre son équilibre. Il tomba à terre, et reçu la lourde table sur les jambes, l'immobilisant quelque peu, mais aussi le coffret de bois, particulièrement solide, qui s'écrasa sur son torse, lui coupant la respiration.
Le Docteur, surpris, ne vit pas le soldat foncer dans sa direction et lui frapper son sabre de sa lame, assez violemment pour que son arme s'échappe de ses mains. Le Docteur, désarmé, fut frappé et jeté à terre par l'élan volontaire du Rémoxain. Les deux ennemis étaient désormais au sol, et désarmés. Corilohn attrapa le dernier sabre posé sur le présentoir, et se planta face au Docteur. Il devait le capturer vivant, mais pas forcément en entier, l'Égal l'avait précisé. S'il fallait lui amocher les jambes pour le neutraliser efficacement, alors les gardes en avaient le droit. Autant être sûr de ce que l'on faisait, se disait le garde. Il orienta ses sabres pointes vers le bas, en direction des jambes du Docteur, prêt à les abattre. Mais le Seigneur du Temps avait tendu son bras vers sa propre arme, dont-il réussit à attraper la poignée métallique. Il aperçut alors les deux pieds nus du soldat, et son pantalon de tissu légèrement retroussé laissant apparaître ses chevilles et le bas de ses jambes.
La réaction du Docteur fut immédiate, il attrapa fermement son arme, et la ramena à toute vitesse vers lui, pour lui faire faire un mouvement en demi-cercle, entaillant sur quelques centimètres le bas des deux jambes de Corilohn. Rien de mortel, mais bien assez pour gêner le garde dans ses déplacements. Celui-ci poussa un grognement de douleur, et recula en titubant, tandis que le Docteur se relevait. Jack, quant à lui, avait poussé le coffret et la table, et s'était déjà remis sur pied, arme en main.

« Jack, ça va? demanda le Seigneur du Temps.
- Oui, je... ATTENTION!

Le Docteur se retourna juste à temps pour voir Corilohn foncer en sa direction, prêt à lui couper l'abdomen avec le sabre de sa main droite. Il para le coup avec précipitation, mais réussit à garder son arme en main, bien qu'il se tordait à moitié le poignet pour cela. Jack profita de l'évènement pour attaquer le garde, mais celui-ci para son attaque verticale avec son deuxième sabre. Il dégagea ensuite son premier de celui du Docteur, et tenta de décapiter le capitaine, qui se baissa à temps pour que le sabre ne lui coupe finalement que quelques cheveux. Il tenta alors d'attaquer Corilohn par le bas, mais celui-ci plus rapide et se défendit de son autre lame. Il para ensuite une attaque derrière lui, venant du Docteur, qu'il avait sentie venir. Il en profita pour pousser avec force le Seigneur du Temps en arrière, et revint à Jack, qui s'était relevé. Il devait le tuer, c'était nécessaire et ça lui enlèverait une aiguille de son pied. Il lança donc son bras droit sous le menton de l'agent de Torchwood, au niveau de son cou, et le plaqua violemment au coin du mur du présentoir et de celui opposé à l'armoire. Totalement pris par surprise, et la respiration coupée, Jack ne put réagir. Il cria quelques secondes en sentant le sabre de Corilohn se planter dans son abdomen, presque à la verticale. La lame remonta le ventre et le torse à l'intérieur de son corps ravageant les organes internes et tuant le capitaine presque instantanément, après quelques secondes d'horribles douleurs.

Corilohn retira sa lame pleine de sang et de... tissus organiques de toutes sortes, et se tourna vers le Docteur légèrement horrifié par l'acte qu'il venait de voir. Un sabre rouge et un sabre d'argent... Et face à cela, le Docteur ne pouvait opposer qu'une arme qui semblait tout d'un coup beaucoup moins puissante. Seule bonne nouvelle là-dedans, les Cybermen le voulaient vivant, donc il n'allait pas mourir ici. Sauf en cas d'imprévu. Et les imprévus semblaient être ses compagnons de voyage favoris, eux aussi. Le garde s'avançait vers lui, les deux armes en main, prêt à frapper. Qui sait où il allait frapper. Les jambes, le torse, les bras? Le Docteur n'avait qu'une seule lame pour se défendre... Le combat allait s'avérer intéressant.
Corilohn abbatit son sabre gauche à la verticale, pour attaquer l'épaule du Seigneur du Temps, mais celui-ci para aisément le coup, puis se recula en parant un autre coup venant de la main droite du garde, dont le sabre ensanglanté allait lui entailler les genoux. Le Docteur s'agrippa à la poignée de son arme à deux mains, et porta un coup puissant dans la lame encore propre de son adversaire, avec le plat de son sabre. Corilohn mettait toute sa force dans le sabre qu'il venait d'utiliser et son autre rapière valsa dans les airs pour cogner le mur au-dessus du présentoir. Le Docteur profita de la surprise du Rémoxain pour porter une nouvelle attaque, directe cette fois, que son adversaire retint de justesse. Le Seigneur du Temps, pris dans son élan, continua sur une série d'attaques puissantes et épuisantes. Deux coups, trois coups, quatre coups, à la verticale, par le haut, sur la gauche, vers les genoux, par le bas. Tous furent parés ou évités par Corilohn, qui s'épuisait peu en se défendant. Lorsqu'il sentit un très léger moment de faiblesse chez son adversaire, le garde riposta. Un coup, deux coups. Puissants, précis, rapides. Le dernier repoussa le Docteur vers l'armoire, et celui-ci repartit en direction de son adversaire, sabre en avant, prêt à l'embrocher. Mais le Rémoxain fut plus rapide. Il attrapa le présentoir en bois, et au moment où la lame du Docteur allait se planter dans son abdomen, il esquiva légèrement en se déportant sur la droite et frappa violemment la tête du voyageur temporel avec le présentoir.
Le Seigneur du Temps tomba à terre, sur le dos. Son crâne heurta le "carrelage" de pierre, et sa vue commença à se brouiller. Le choc était tel qu'il était sur le point de perdre connaissance. Cependant, le sang qui coulait de son nez le maintenait éveillé. Autour de lui, les sons se troublaient. Il poussa un grognement rauque en sentant la douleur dans ses cheveux, et se secoua la tête pour ne pas perdre conscience. Son état se stabilisait. S'il s'évanouissait, les Cybermen mettraient la main sur lui. Tant qu'il restait éveillé, il pouvait se défendre. Ou faire quelque chose qui s'en rapprochait.

- J'ai la bénédiction des égaux, "Docteur". Je dois vous capturer, pour eux. Et je le ferai!
- Ce ne sont pas des créatures divines, vous savez... grogna le Seigneur du Temps.
- Blasphème! cria Corilohn. Je vais vous faire taire, et tout de suite. Oh, pas vous tuer, non. Les Égaux vous veulent vivant. Je vais juste vous... vous endormir. À ma façon.

Le Rémoxain tenait toujours le présentoir dans sa main gauche. Il tendit son bras en l'air, se préparant à lancer l'objet de bois, déjà amoché, à toute vitesse sur le voyageur temporel... Mais un coffret particulièrement lourd s'abattit sur sa tête juste avant qu'il n'ait le temps d'accomplir son geste. Corilohn poussa un petit cri de douleur, et s'effondra, inerte, sur le Docteur.
Jack Harkness venait de sauver la situation. Son corps s'était réparé assez rapidement, et il avait repris vie. En voyant le Docteur en danger, il n'avait pas hésité une seule seconde.

- Besoin d'aide? demanda-t-il en riant.
- Roh, taisez-vous et aidez-moi à me relever, j'ai le cerveau en compote.

Jack tendit sa main vers le Seigneur du Temps, qui l'attrapa. Après s'être relevé, il repris le coffret des mains de Jack et le détailla sous plusieurs angles.

- Tss, trop primitif pour le tournevis, et sûrement pour votre bracelet aussi. Il faudrait la clef. Et il faudrait aussi trouver River et les autres. Le garde pourrait répondre à ces questions, non?
- Euh... Non, j'ai pas l'impression... constata Jack avec amertume.
- Comment ça? Oh... Oh je... Oh! Mais vous l'avez tué!
- Je comprends pas, il aurait du survivre au choc. Bon, OK, je suis allé un peu fort, mais quand même! C'est un soldat.
- Peut-être que sa boite crânienne est moins résistante que celles des terriens... Il est impossible que les Rémoxains soient 100% identiques aux terriens, j'en ai conscience, il y a toujours de légères mutations, souvent imperceptibles, cachées dans l'ADN et qui n'ont aucune ou alors de très légères répercussions. Prenez vous, Jonas et Clara. Vous n'êtes pas les même types d'humains, vous êtes tous une variante de l'espèce, mais une variante très légère.
- Et un crâne moins résistant, c'est déjà une variante trop importante?
- Un crâne fragile, non. Mais des coupures qui ne saignent pas...

Le Docteur avait retourné le cadavre, et désignait du doigt la partie basse des jambes de Corilohn. Juste au-dessus de ses pieds nu, il y avait deux plaies, une par jambe. Mais aucune trace de sang.

- Rien ne coule, et rien n'a coulé. Pas de sang séché, pas d'éclaboussures, pas même sur ma lame, alors que c'est avec mon sabre que je lui ai fait ces entailles.

L'arme du Docteur avait été projetée en l'air en lors de sa chute, mais la pointe, qui avait coupé la peau, était parfaitement propre.

- Il n'est pas humain? s'étonna Jack en vérifiant avec son manipulateur. Ah ben non, il n'est pas humain.
- Vous auriez du le voir avec votre truc, là...
- J'avais réglé le filtre sur "Être vivant", pas sur "Humain"! se défendit le capitaine. Mais comment une espèce si proche des humains peux ne pas être humaine?
- Manipulation génétique... murmura le Docteur en analysant le corps avec son tournevis. L'arrangement des organes semble complètement différent, à ce que je vois, et les vaisseaux sanguins sont cachés en profondeur... Cette espèce a été programmée pour avoir le physique d'un humain, mais une physiologie interne toute différente. Peut-être que ça permet d'avoir des Cybermen plus obéissants ou je ne sais quoi...
- Bon, sinon, comment on fait pour le manipulateur? On ne peut pas ouvrir avec une clef, et la crocheter à l'ancienne n'est pas la méthode la plus sûre... Vous voulez que je fasse sauter la serrure avec le pistolet?
- Non, surtout pas! Vous risqueriez d'endommager le manipulateur!
- Et alors?
- River ne me le pardonnerait jamais... expliqua le Docteur avec le plus grand sérieux du monde. Mais je sais comment le sortir de là, sans même ouvrir le coffret. »

Le Docteur remis la table sur pied, et posa le coffret dessus. Il repris ensuite son tournevis, et le pointa sur le coffret. Après quelques secondes de bourdonnement et de concentration, le Docteur arrêta son appareil, et poussa le coffret sur le coté. Il fit signe au capitaine de se taire, et une dizaine de secondes plus tard, un minuscule vortex apparut quelques centimètres au-dessus de la table, et en un souffle crépitant, le manipulateur se matérialisa et tomba sur le bois.

- Il suffit de le téléporter quelques secondes dans le futur, et de pousser le coffret, expliqua le Docteur. Et mon tournevis peut programmer un voyage aussi basique. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Même si les quatre prisonniers avaient déjà vécu un voyage spatio-temporel par manipulateur, voir les deux hommes se téléporter devant le vortex, juste devant eux, cela restait impressionnant. Le Docteur balaya la pièce du regard, et vérifia que les quatre étaient bien là. Deux humains, et deux autres plus ou moins proches des deux premiers.

«Vous êtes revenu! s'exclama Jonas.
- Bien entendu! Pourquoi, vous n'aviez pas confiance en moi? Je reviens toujours... Enfin, quand ça m'est possible.
- Mais vous avez été blessé! s'exclama Élémohn.
- Voyage dans le temps! J'ai pris le temps de guérir, et je suis revenu au bon moment, au bon endroit. D'ailleurs, River, ton manipulateur... continua le Docteur en lançant le bracelet à sa femme, qui le rattrapa. Et j'oubliais, lui, c'est...
- Capitaine Jack Hakness! coupa l'intéressé en regardant River. Et vous, mademoiselle?
- River Song, capitaine.
- Le Docteur a plus de goût que je ne le pens...

Mais il n'eut pas le temps de terminer sa phrase: le Seigneur du Temps lui avait lancé un coup de coude dans l'abdomen pour le faire taire.

- Bon, pour continuer les présentation, Jack, voilà Élémohn, Clara et Jonas. Pas de flirt, parce que c'est pas le moment, je suis clair?
- Je vais essayer... soupira Harkness.
- Comment vous nous avez retrouvés, vous deux, d'ailleurs? s'étonna River.
- Jack possède un manipulateur de vortex, explique le Docteur. Il suffisait d'utiliser la fonction pour trouver les êtres vivants dans les environs. Et une pièce avec deux humains et deux non-humains mais proches, y en a pas trente-six, dans ce palais.
- Deux non-humains? s'étonna Jonas. Mais...
- Peu importe. Il ne faut pas s'attarder ici. Bon, tout le monde, collez vous à Jack. Enfin, je veux dire, restez accrochés à lui, corrigea le Docteur en comprenant son lapsus. Téléporter six personnes d'un coup c'est pas rien. »

Personne ne posa plus de questions, et tout le monde attrapa un bout du bras gauche de Jack. Lorsque tout le monde fut bien accroché, le Docteur tapa quelques coordonnées sur le clavier du manipulateur, et le vortex apparut, les faisant disparaître dans un crépitement.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


La console du TARDIS lança quelques étincelles lorsque le Docteur abaissa la manette. River Song et ses possibles connaissances sur l'avenir du Docteur, Jack, point fixe dans le temps, et Clara, la fille Impossible qui a traversé la vie du Docteur en pénétrant dans un TARDIS sur une Trenzalore qui n'avait jamais existé... Un seul pouvait aller, mais les trois à la fois, la cabine n'appréciait que modérément.

« J'ai trouvé une belle armada Cyberman, en orbite autour d'une étoile vers le centre de la galaxie! annonça le Docteur. Il y a des chances que le Cyberempereur soit là-dedans, River?
- Oui. Il est dans le vaisseau amiral, d'après mes renseignements. Mais fais attention: s'il veut te capturer, et qu'il en sait autant sur toi, alors il doit t'attendre.
- Le défi est encore plus intéressant al... »

Mais le Docteur ne put terminer sa phrase un énorme choc ébranla le TARDIS, qui commença à lancer sa respiration métallique. Tout le monde fut renversé: Clara, sur sa chaise, tomba à terre, tandis que Jonas, qui regardait le Docteur avec une certaine crainte doublée de méfiance, depuis qu'il avait appris le sort de Gallifrey, fut propulsé en avant, et se décolla de son escalier pour aller se frotter au sol chaud du vaisseau. De leur coté, River, Élémohn et Jack, qui étaient debout, n'eurent pas le temps de s'accrocher aux rambarder et furent propulsés vers la console.
Le Docteur s'accrochait à l'hexagone métallique, mais les vibrations et tremblements du vaisseau étaient forts. Des dizaines d'étincelles s'échappaient des commandes, et le rotor temporel éclairait avec une force incroyable la pièce. Le Seigneur du Temps fit coulisser un écran jusqu'à lui, et comprit ce qui se passait. Il appuya sur quelques boutons, abaissa des leviers, fit le tour de la console une fois, deux fois, et finalement, rabattit la manette principale dans sa position initiale. La respiration du TARDIS couvrit tous les autres bruits, et les tremblements reprirent de plus belle, mais comme si le vaisseau était en train d'atterrir à toute vitesse et de frotter le sol en tournoyant... Ce qu'il faisait.
Lorsque enfin, les tremblements cessèrent, la respiration fit de même. Le silence s'était abattu dans la Salle de Commandes. Tout le monde se releva sans faire de bruit, regardant avec appréhension la porte du TARDIS. Et alors que quelqu'un allait prendre la parole, la cloche sonna. La Cloche du Cloître. Celle qui annonce les malheurs et les dangers.
Le Docteur s'approcha avec une légère appréhension de la double porte blanche du TARDIS... Ils devaient sortir, tous, et il leur fit signe pour qu'ils le suivent. La cloche sonnait parce que le TARDIS avait été endommagé. Il ne pouvait pas longtemps supporter les paradoxes et problèmes temporels que représentaient trois de ses occupants. Mais il y avait aussi un danger à l'extérieur... Mais entre un problème du TARDIS et un problème ailleurs, le Docteur préférait de loin affronter le problème du dehors.
Ils sortirent. La porte se referma toute seule derrière eux. Ils se trouvaient dans une pièce rectangulaire pas très grande, vide, à l'architecture des vaisseaux Cybermen. Cinq de ces cyborgs les attendaient, d'ailleurs.

« La femme au cheveux bouclés, l'originaire de Rémox et l'homme à l'imperméable doivent nous suivre. Ils seront menés dans un vaisseau pénitentiaire, ordonna l'un des hommes de fer.
- Le Docteur et ses compagnons doivent me suivre! lança un autre
- Et pourquoi ne sommes-nous pas enfermés, nous? demanda Clara en essayant de cacher son anxiété.
- Vous allez obtenir audience de l'Empereur. Il souhaite vous parler.
- Comment avez-vous fait pour nous intercepter? demanda le Docteur. Vous ne pouvez pas posséder des...
- L'empereur expliquera! Il possède la vérité ultime.
- C'est mal barré... soupira le Seigneur du Temps. Un empereur qui se prend pour un Dieu, ça manque d'originalité, quand même. »

Mais il ne commenta pas plus les évènements. Les voyageurs temporels suivirent deux Cybermen à travers plusieurs couloirs, pièces et autres coursives, pour finir par atterrir dans ce qui ressemblait à une salle du trône. Des statues de Cybermen, à moins que ce ne fut de vrais Cybermen immobiles, formaient comme une allée dans cette longue pièce rectangulaire, une allée qui se terminait sur un trône métallique surélevé, sur lequel était assis le Cyberempereur.
Il n'avait pas une tête bien différente des autres cyborgs. En fait, tout son corps semblait être celui d'un Cyberman parmi les autres. La différence se faisait au niveau des parties dorées de son corps. Ses deux mains, ses deux pieds, les deux tubes qui entouraient sa tête, ainsi que le centre de son torse, semblaient être forgés dans une sorte d'or bronzé (ou de bronze doré), que le Docteur reconnut comme étant du Dalekanium. De quoi imposer le respect, vu que ce métal ne se trouvait pas vraiment chez le marchand d'à coté. La plupart du temps, il fallait le prendre directement sur l'armure de ses propriétaires... Et le fait même de s'asseoir était inutile, pour un Cyberman. Ce n'était qu'un acte symbolique.
Le Cyberempereur se leva, fort d'une carrure finalement un peu plus imposante que celle des armures classiques, et s'adressa au nouvel arrivant.

« Nous nous retrouvons enfin, Docteur... M'auriez-vous traqué?
- Je ne vous connais même pas, comment voulez-vous que l'on se retrouve? Et non, je ne vous traquais pas, je suis arrivé dans cette galaxie par PUR hasard, et je commence à en avoir sérieusement assez de ces... Comment ça, se retrouver?
- Vous me connaissez Docteur. Sous un autre nom, certes. Mais vous me connaissez.
- Oh... Et qui êtes-vous donc, pour que je vous connaisse. Des Cybermen napoléoniens, ça ne cours pas les rues. Sous quel "nom" vous aurais-je connu? Cyberleader 36400?
- Non. Sous le nom de "Monsieur Night". »




Citation:

Le couloir était peu éclairé, et le métal froid qui en dessinait les murs n'était pas des plus réfléchissant au niveau lumineux. Les trois prisonniers marchaient, encadrés par trois Cybermen. Ils venaient de transmater dans le vaisseau pénitentiaire, et se dirigeaient vers les cellules.
Aucun des cyborgs ne s'était encore aperçu de ce que faisait River Song.
La femme du Docteur croisait les bras, comme pour montrer une certaine frustration face à la situation. Il fallait dire que se faire capturer deux fois en quelques heures à peine, c'était assez énervant. Mais en réalité, elle avait une toute autre raison de croiser ses bras. Car ses bras n'étaient pas totalement croisés... En effet, sa main droite se trouvait juste au-dessus de son poignet gauche, et ses doigts bougeaient discrètement mais rapidement.
Elle pianotait sur son manipulateur de vortex. Discrètement, par à-coups, sans se presser. Il ne fallait pas qu'on la surprenne. Rapidement, le groupe arriva devant une porte de métal protégée par code, et l'un des Cybermen se pencha vers ce qui ressemblait à une sorte de digicode, et commença à composer la combinaison. Alors qu'il se mettait à l'œuvre, la demi-Seigneur du Temps finit son message, et, pour tenter de dissiper tout soupçon, mit ses mains dans son dos. Rester les bras croisés n'était pas forcément très discret, tout compte fait... Elle attendit quelques secondes, puis rechercha furtivement le "bouton d'envoi" sur son manipulateur de vortex, et une fois qu'elle l'eut trouvé, elle n'hésita pas une seule seconde et appuya dessus.

Ce qui eut pour effet de lancer un petit bruit de validation de commande, et de confirmation d'envoi du message. Ce genre de "bip" que l'on oublie tant il est banal. Ce genre de son qu'un Cyberman entendrait forcément, surtout s'il était juste à coté de la source du dit son. Ils avaient oublié de lui enlever son outil avant d'arriver, mais bizarrement, l'idée venait de reprendre une petite place dans leurs Cybercerveaux.
Il n'y eut aucun échange de paroles, aucune protestation. Les trois cyborgs se retournèrent vers le groupe et tirèrent chacun une décharge paralysante à l'un des prisonniers. En un éclair, les trois alliés du Docteur étaient à terre, sonnés. Mais rien ne pouvait empêcher le message d'atteindre sa destination...



Il était difficile d'expliquer l'état d'esprit des trois seuls humains présents dans la salle du trône. Enfin, des deux seuls humains et de l'unique Seigneur du Temps. Des seuls non-cybermen serait un terme tout aussi utilisable. Mais qu'importait ce qu'ils étaient, c'était ce qu'il pensait qui s'expliquait difficilement.
Le Docteur était sidéré. En partie, du moins. Il était, selon lui, impossible que Night ait survécu à leur dernière rencontre, et encore moins qu'il soit devenu un Cyberman. De leurs cotés, ses compagnons étaient à la fois interloqués, douteux, mais aussi remplis de "reproches" envers le Seigneur du Temps. Pour eux, c'était lui qui avait laissé le chef de l'Infinium en liberté, et le résultat était devant leurs yeux...

« Je ne vous crois pas, déclara le Docteur.
- Vraiment?
- Oui. Vous ne pouvez pas être ce "Night". Vous n'êtes qu'un Cyberman parmi tant d'autres, qui a juste réussi mieux que les autres, justement. Loin du principe des "Égaux", d'ailleurs
- Nous reviendrons aux Égaux plus tard, Docteur. Parce qu'il est souhaitable de clarifier plusieurs points. Tout d'abord, rappelez-vous que tous les Cybermen ont été des humains ou autres créatures, un jour.
- Peu importe, vous ne pouvez PAS être cet humain là!
- Et pourquoi, Docteur?
- Parce que... parce que...

Le Docteur poussa un soupir en pensant à ses compagnons, derrière lui. Ils ne savaient pas. Il leur avait caché ce qu'il avait fait du criminel. Oh, il n'avait pas beaucoup de remords, non, mais eux ne verraient pas forcément son acte comme lui il le voyait.

- Parce que vous êtes censé être mort en 1985, admit le Docteur avec une légère honte.
- QUOI? s'exclama Clara. Mais attendez... la dernière fois qu'on a vu cet homme, à Moscou...
- Au-dessus de Moscou, corrigea le Seigneur du Temps. Dans l'espace.
- Vous l'aviez téléporté, se souvint Jonas. Avec l'Illusionniste. Vous ne les avez pas désintégrés, quand même!?
- Non, pas du tout! J'ai juste... J'ai recherché dans l'historique du téléporteur les coordonnées de l'endroit où ils m'avaient récupéré durant ma chute et...
- Votre chute de la Tour? Vous les avez téléporté à 300 mètres du sol! s'effara Clara.
- Roh, 100 mètres uniquement et...
- Mais c'est un meurtre! cria le Qatrosien.
- Jonas, Jonas, Jonas! Vous oubliez qui est Night! Est-ce que je dois vous rappeler qu'il considère l'Univers comme sa possession? Qu'il a soutenu et aidé la Dictature qui a ravagé votre planète, votre vie et votre avenir?

Le jeune homme ne répondit pas. Ce que lui disait le Docteur lui rappelait des souvenirs horribles. Les tortures des hommes de Prog, le déchirement avec sa sœur, son jugement par la Résistance... La peine de prison. En y repensant... il pouvait difficilement réprimer lui-même une envie d'étrangler Night de ses propres mains, s'il avait été là. Du moins, en chair et en os.

- Mais l'Univers revient, de facto, à l'Infinium, Docteur. Et donc, à moi.
- Ah mais c'est vrai, ça! lança le Docteur en se frappant comiquement le front comme s'il se souvenait de quelque chose. L'univers est peuplé de fous, d'idéalistes, et de politiciens qui ne méritent rien, alors que vous, du moins, Night et l'Infinium, méritez tout, non?
- Il est plus rigoureux de préciser ce que vous dîtes, Docteur: l'Univers tout entier est peuplé de brutes, d'idiots purs, de fous à lier, de malades mentaux, d'imbéciles heureux, de dépressifs suicidaires, de démagogues modèles et d'idéalistes simplets.
- Euh... hoqueta le Seigneur du Temps, totalement pris au dépourvu. Vous...
- Il semble que ceci soit une preuve suffisante. Je suis celui que vous avez connu sous le nom de M. Night.
- Bon, peut-être... admit Jonas, devançant le Docteur. Mais comment? Comment avez-vous survécu, si vous étiez en train de tomber?
- Vous avez dernièrement utilisé des manipulateurs de vortex, je le sais. Et bien, j'ai fait la même chose. Je portais sur moi un appareil plus discret, pas au poignet, mais aussi moins performant. Dès que j'ai compris ce qui se passait, dès que j'ai vu le sol se rapprocher, j'ai activé la téléportation d'urgence. En direction de cette galaxie, Brinkner, quelques décennies avant la date à laquelle nous sommes.
- Oh, mais laissez-moi deviner... Il y a eu un problème, n'est-ce pas? proposa le Seigneur du Temps.
- Oui. Pour aller d'un point à un autre dans l'espace-temps, il faut connaître le point de départ, et le point d'arrivée. Le manipulateur était moins performant que ceux que vous avez utilisé, Docteur, je l'ai compris grâce à nos scans du vortex que nous avons fait tout au long de vos escapades sur Rémox. Étant moins performant, cet appareil n'avait pas eu le temps de mettre à jour sa position: j'avais été téléporté presque immédiatement avant de l'avoir activé, il était donc en train d'actualiser ses données et de calculer, rapidement mais pas assez, sa position. Sans compter que j'étais en train de tomber à toute vitesse. L'appareil a marché, mais plusieurs dysfonctionnements ont eu lieu. Je n'ai pas réussi à atterrir au bon endroit, ni au bon moment: perdant de l'énergie, je suis apparu dans le point viable le plus proche spatio-temporellement de ma position dans le vortex lorsque le manipulateur s'est trouvé en état critique.
- Plusieurs décennies en avance, n'est-ce pas? Il y a un siècle.
- Plus d'un siècle, en réalité. Ma campagne de désinformation a plutôt réussi, on dirait. Les gens pensent à une montée fulgurante de ma part, moins de 100 ans pour conquérir plusieurs galaxies, dont celle-ci en totalité. Pour dire vrai, cela fait presque 200 ans que je suis arrivé ici. Pas ici, en réalité, mais sur une planète primitive, à près de 60 parsecs de ma destination, une base de l'Infinium. Et j'ai atterri au beau milieu d'un raid de Cybermen. Ce qui m'a été bien utile.
- Attendez... coupa Clara. Mais pourquoi avoir fait ça? Une cyberconversion, je veux dire.
- S'il a atterri dans un champ de bataille, ce n'est pas surprenant qu'il se soit fait capturé, surtout si la seul alternative possible était la mort.
- En réalité, Docteur, cela m'arrangeait beaucoup. En effet, le voyage dans le vortex était loin d'être sécurisé suite aux dysfonctionnements du manipulateur. La matérialisation fut encore pire. Lorsque j'ai repris conscience, j'ai compris qu'il me manquait plusieurs organes, parfois déchirés en morceaux, parfois coupés en deux, l'une des parties étant restée dans le vortex. Il me manquait un œil, et parfois des couches de peau ou de muscles avaient disparu, de manière plus ou moins aléatoire.

Le dégoût qui s'affichait sur les visages des trois voyageurs temporels était flagrant... L'état de Night le rendait digne de pitié pour les deux humains. Mais pas pour le Seigneur du Temps

- La cyberconversion était la seule façon de survivre. Une fois accomplie, j'ai pris conscience de la puissance que j'avais alors acquise. Imaginez: mon cerveau largement au-dessus de la moyenne, stimulé par l'armure, devenant un Cybercerveau encore plus puissant que les autres, mais tout aussi dénué de sentiments et d'émotions. Aucune pitié, aucun problème d'éthique. J'étais devenu le scientifique parfait, et ma forte personnalité me permettait de garder une forme de conscience de mon ambition et de mon rôle réel: la prise de contrôle de l'Univers. Et cette nouvelle "forme", ce nouvel avenir que j'avais devant moi n'était pas un obstacle à mes objectifs, loin de là. Il s'agissait de ce que l'on peut appeler une chance.
- Oh, je commence à comprendre... marmonnait le Docteur. Vous avez commencé à prendre le pouvoir chez les Cybermen, n'est-ce pas? Vous êtes un bon stratège pour ce genre de chose, et vous avez du utiliser tout ce restant de ruse que vous possédiez pour vous faire une place et combattre des Cybermen totalement refroidis par une implacable logique, logique que vous possédiez sans pour autant y être totalement limité. Et dans cette conquête d'une galaxie en partie contrôlée par l'Infinium, vous avez combattu vos anciens hommes.
- Exactement. Et je les ai convertis. J'ai désormais sous mes ordres des centaines de cerveaux des meilleurs scientifiques de l'univers, dénués de tout sentiments et émotions, pouvant mener des expériences sans se soucier des conséquences éthiques ou même des dangers mortels pour un être de chair, de certaines expériences. L'Infinium est poussé à son potentiel maximal ou presque, Docteur. Les Cybermen m'ont offert sans le savoir une incroyable opportunité que j'ai su saisir.
- Vous avez génétiquement crée les Rémoxains, n'est-ce pas?
- Comment ça, génétiquement, Docteur? s'étonna Jonas. Crucien et Élémohn sont humains, non?
- Non.
- En effet. Ce sont des mutants, créés génétiquement dans nos laboratoires, par des anciens membres de l'Infinium, convertis, bien entendu. Notre technologie temporelle est assez grande pour nous permettre d'envoyer le "nécessaire" quelques siècles en arrière sur plusieurs centaines de planètes pour que nos espèces s'y développent.
- Mais pourquoi? hoqueta Clara.
- Parce que leurs corps et leurs cerveaux ont été créés à partir d'un modèle d'armure de Cyberman: nous n'avons donc pas à adapter la conversion à l'espèce dominante. Nous avons adapté l'espèce à la conversion. Et aussi parce que cela est nécessaire à l'accomplissement de ce que j'appellerais, bien que ce soit peu original, mon plan.
- Je sens que çà ne va pas nous plaire... soupira le Docteur. D'ailleurs, pourquoi vous nous expliquez ça, vous? Pourquoi nous épargner?
- Je vous veux vivant tout les trois. Vous pouvez ainsi vous rendre compte des conséquences de vos actes, qui m'ont amené à cette puissance. De plus, l'Univers, que vous avez si vaillamment défendu, Docteur, va bientôt... changer. Je souhaite que vous soyez là pour voir cela. De plus, il me semble logique de vouloir exercer ce que l'on pourrait appeler une vengeance.
- Vous n'avez pas de sentiments et d'émotions, comment voulez-vous avoir une envie de vengeance? s'étonna Clara.
- Une logique de vengeance, mademoiselle. Il faut écouter quand on vous parle. Je ne ressens aucune envie de vengeance, je ne ressens rien. Mais la vengeance est une logique: le Docteur a anéanti mon ancien corps, a failli détruire mon organisation.
- Si vous n'aviez pas tenté de vous téléporter, on n'en serait pas là, vous savez... Et en quoi aurais-je failli détruire l'Infinium?
- Moi mort ou disparu, mon organisation avait peu de chances de survivre. Cependant, je suis arrivé plusieurs dizaines d'années avant la date prévue, qui elle-même se trouvait quelques mois après ma dernière visite dans Brinkner: il fallait éviter que je rencontre une version passée de moi-même, pour empêcher tout paradoxe. Arrivant donc avec cette avance considérable, j'ai pu monter mon empire alors que dans mon passé, au même moment, je dirigeais l'Infinium. J'ai fait en sorte d'attendre qu'il n'y ait plus aucune présence de ce "moi de mon passé" pour pouvoir passer à l'action, et l'Infinium n'a pas eu le temps de s'écrouler, puisque je l'ai alors repris en main et profondément modifié. Et par la même occasion, nous sommes allés conquérir quelques galaxies aux alentours: aucune civilisation n'était assez évoluée pour affronter des Cybermen, encore moins quand ceux-ci avaient l'appui de l'Infinium en matière d'armement et d'innovation scientifique et technique.
- Bon, au-delà de vos explications, là, dîtes-nous plutôt comment vous voulez vous venger! coupa Jonas. Vous allez nous torturer? Nous tuer?
- Je vais vous torturer, dans un sens. Mais bien au-delà de la torture physique classique. Non, cela sera quelque chose de bien différent. Voyez-vous, Docteur, vous allez très bientôt assister à l'accomplissement de ce "plan". Une opération titanesque. Comme vous le savez, l'Univers appartient à l'Infinium, de facto. Et j'ai décidé qu'il devait lui appartenir à 100%. Plutôt que le conquérir difficilement en plusieurs siècles voire millénaires, j'ai pris la décision de m'occuper de TOUS les possibles problèmes en une seule opération rapide. Disons que nous allons faire d'une pierre 781 415 813 258 994 100 049 750 coups. Selon une estimation rapide possédant une très large marge d'erreur par excès.
- D'une pierre, beaucoup de coups, on va dire... Mais attendez...

Le Docteur avait un visage blême, d'une pâleur neigeuse. Monsieur Night préparait quelque chose de grand. Très grand. Et le Docteur sentait que c'était terrifiant. Très, très, terrifiant.

- Qu'allez-vous faire? demanda le Seigneur du Temps, avec un ton angoissé.
- Nous allons anéantir toute formes de vie dans l'Univers, Docteur. Sauf nos humains mutants et nos Cybermen, bien entendu.
- QUOI? s'étouffa Jonas. Mais vous êtes complètement timbré!
- Comment allez-vous faire ça? coupa le Docteur en restant le plus neutre possible, cachant le début de colère qui naissait en lui.
- Les Ondes Delta possèdent des effets vraiment très intéressants, voyez-vous? Grâce à un réglage extrêmement précis, elles iront vriller le cerveau de chaque être vivant de cet univers, sauf MES "humains" mutants et MES Cybermen.
- Mais c'est impossible, ne serait-ce que physiquement: il est impossible d'envoyer des ondes dans tout l'Univers et...
- Bien sûr que si, Docteur. Les Seigneurs du Temps l'ont bien fait, eux, depuis Trenzalore. Oui, je suis au courant, j'ai accès à de nombreuses bases de données Cybermen, étant à la tête de la plus puissante de leurs factions. De plus, nous avons assez d'énergie pour envoyer les ondes loin, et nous avons changé les orbites de nombreux systèmes solaires pour faire de cette galaxie un énorme amplificateur, qui enverra notre arme partout. Absolument partout. Et il ne restera plus que les androïdes et autres robots, qui ne sont qu'une infime minorité à pouvoir combattre mes armées, étant donné les compétences et l'autonomie que cela demande.
- Mais pourquoi?? Pourquoi faire ça??? rugissait le Docteur.
- Parce que cet univers est à nous, Docteur. Il aurait pu aussi être le vôtre, mais je sens qu'il est inutile de vous le proposer. Aussi sombre que vous soyez par rapport à la réputation que l'on a fait de vous, vous refuseriez.
- Bien entendu! Vous allez détruire l'Univers, espèce de fou!
- Non, juste le... "purger", le lisser, enlever tout ce qui me gêne, pour ensuite le repeupler et le contrôler totalement. Les Rémoxains et tous les autres mutants placés dans des centaines de planètes pensent que nous, les Cybermen, sommes les Égaux, les créatures divines. L'univers tout entier serait peuplé par des créatures ayant la plus grande peur et le plus grand respect pour mes armées. Mes Cybermen eux-mêmes pensent être des Égaux, mais je reste à leur tête. Ils seront les Dieux de cet univers. Et je serai leur maître.

Le Docteur poussa un soupir, et secoua la tête. Le Cyberempereur, ou quelque fut son nom, le désespérait au plus haut point.

- Vous allez détruire l'Univers, pour satisfaire un égo si démesuré que même une Cyberconversion ne peut pas l'étouffer.
- Je ne vais pas le détruire. Je vais le transform...
- VOUS ALLEZ LE DÉTRUIRE!

Jonas et Clara regardaient le Seigneur du Temps avec une expression craintive. La fureur du Seigneur du Temps. Cela n'augurait rien de bon...

- L'Univers, ce n'est pas que des trillons de boules de flammes, des billions de rochers qui tourne autour, des millions de galaxies... continua-t-il calmement. C'est bien plus. L'Univers, c'est aussi des hommes, des femmes, des enfants... Des Draconiens, des Humains, des Rémoxains, des Zygons et d'autres. L'univers, c'est un couple qui est en train de se marier sur Rastan VI, des enfants qui joue à cache-cache sur Terre, une meute de luzors qui chasse dans les forêts de Proxtor, des femmes qui protègent leur flammes sur Karn, des cyclistes qui se font la course sur la colonie Kronas, des scientifiques qui mettent au point les nouveaux réacteurs du Freelon 3000 dans les laboratoires de Kolkrohn. L'Univers c'est un garçon qui mange un bonbon sur Peladon. Un garçon qui n'en mangera plus jamais. L'Univers c'est une jeune Fomal de 15 ans sur Rolonas qui va à son premier entretien d'embauche. Et qui n'aura jamais son emploi. C'est un jeune homme qui vient d'acheter un cadeau pour son amoureuse ou son amoureux. Et qui ne le lui donnera jamais. Comme la meute ne mangera pas la proie ce soir, tout comme le couple ne s'embrassera pas, tout comme l'enfant ne trouvera jamais ceux qui se sont cachés... Tout comme personne ne gagnera ce sprint sur Kronas. La sororité ne veillera plus sur la flamme. Le Freelon n'aura jamais de nouveaux réacteurs... L'Univers ne sera plus jamais le même. Et il en mourra.

Il n'y avait plus un bruit dans la salle du trône. Le silence s'était abattu. Jonas regardait le Docteur avec un mélange de respect, de surprise et presque aussi de compassion.

- Docteur. Cet univers... Il revient à l'Infinium. Il me revient. Je n'ai que faire de vos états d'âmes. Je suis désormais un Cyberman. Votre rhétorique, aussi persuasive soit-elle, ne servira à rien.
- Vous comprenez, je suppose, que je ne peux pas vous laisser faire ça, non?
- Tout comme vous comprenez que vous ne pouvez rien contre moi.
- Défi accepté, acheva sombrement le Docteur. »

Il glissa une main dans une de ses poches. Il en ressortit quelque chose, mais même avec toute la précision de ses appareils oculaires, le Cyberempereur n'eut pas le temps de voir de quoi il s'agissait, bien qu'il le devina. Car le Seigneur du Temps attrapa ses deux compagnons violemment pour les plaquer à lui, tandis que sa main fermée contenant le quelque chose semblait s'illuminer en orange. Et les trois voyageurs temporels disparurent en un éclair, remplacés par une cabine.
Une cabine téléphonique bleue.
Les Cybermen venaient d'apprendre qu'il fallait mieux fouiller un Seigneur du Temps avant de le présenter à leur empereur. Et que même une clef dans une poche pouvait s'avérer utile pour le Docteur.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« Je commence à en avoir marre des cellules de prisonniers... soupira River.
- Ah? C'est si courant dans votre vie? demanda Jack. Pour moi aussi, en même temps, mais sûrement pour des raisons bien, bien différentes des vôtres.
- Capitaine, vous semblez avoir une vie trépidante! remarqua la jeune femme en riant. Mais bon, vous voyez, moi et la prison, c'était une union libre: je pouvais aller où je voulais le jour, mais je devais rentrer pour la nuit. Enfin, c'était plus le contraire.
- Tenez, le Docteur m'a appris que vous étiez mariés, vous deux. C'est vrai?
- Oh, oui, mais vous savez, je bouge beaucoup, et lui aussi. J'espère que vous n'y avez pas touché, Capitaine Harkness!
- Roh, voyons, moi, faire la moindre avance au Docteur? Vous me connaissez mal, River. Je peux vous appeler River, n'est-ce pas?
- Bien sûr, mais alors je vous appelle Jack.
- Marché conclu! accepta Jack en serrant la main de l'épouse du Seigneur du Temps.

River s'assit sur le banc métallique de la maigre cellule rectangulaire qui devait bien faire quatre mètres de large sur une dizaine de long. Le mur de barreau était ici un mur en verre. Enfin, le mot verre est un bien grand mot: c'était un matériau transparent de presque un mètre d'épaisseur. Ce Jack Harkness était un séducteur né, un dragueur de première, elle l'avait bien compris. Élémohn aussi, mais lui, il s'en fichait. Même les flirts du Capitaine ne le faisaient pas sourire. Il était assis sur le banc depuis son arrivée dans la cellule, et n'avait pas bougé. Était-il triste? Non, le sentiment qui l'habitait était bien plus horrible et profond. Une désillusion totale. Son visage, ces yeux, étaient vides de sens et de vie. On aurait dit un mort qui se tenait droit, quoiqu'il était en réalité vouté.
River s'approcha de lui... Elle aurait du tenter de lui parler un peu plus tôt mais Harkness l'avait accaparé. Elle s'assit donc à ses cotés, et tenta d'engager la conversation.

- Dîtes, Élémohn... Il y a quelque chose qui ne va pas?

Le Rémoxain soupira quelques secondes, puis regarda la jeune femme d'un regard triste.

- Mon propriétaire est mort, je vais devenir l'esclave de son fils, quand il héritera, ce qui est loin d'être une bonne nouvelle. Ajoutez à cela que toute ma religion semble être le plus grand mensonge de l'histoire de ma planète. Et je sens qu'il y a pas mal d'autres choses qui n'ont été que mensonges dans l'histoire même de cette planète, justement. Ah, et j'ai compris qu'à chaque fois que j'étais heureux pour quelqu'un qui subissait l'ascension, je me trompais plus que lourdement. Est-ce que ça répond à votre question? - Ne dramatisez pas autant, Élémohn. Vous pensez que la vie ne vous fait pas de cadeaux, mais vous avez rencontré le Docteur, ses compagnons, vous avez vu le TARDIS. Vous avez découvert ce que personne sur votre planète n'a jamais vu, et puis... si vous ne voulez vraiment pas revenir sur Rémox, je suis sûre qu'on pourra vous trouver un monde prêt à vous accueillir.
- M'oui...

Il avait rapidement compris qu'on lui avait menti toute sa vie, qu'on avait menti à son peuple durant toute son histoire, mais la désillusion l'avait véritablement frappé dans le vaisseau des Cybermen... Pourquoi à ce moment? Personne ne saurait le dire. Il n'empêchait que c'était maintenant que ça le touchait. Mais l'on n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort. D'abord parce que "on" était enfermé dans un vaisseau pénitentiaire appartenant à une énorme armada Cyberman. Peut-être aussi parce qu'une cabine téléphonique bleue venait juste de se matérialiser avec un grand grand souffle dans la cellule.
Les portes s'ouvrirent, et personne ne chercha à parler, à poser une question ou à ordonner de faire la chose la plus logique à faire: rentrer dans le TARDIS. Ils le firent naturellement.

À l'intérieur, Jonas frappait certains écrans et boutons de la console crachant des étincelles, avec une clé à molette que le Docteur était allé chercher dans une salle de contrôle archivée, et qu'il appelait "la baguette du corail"... Le Seigneur du Temps, d'ailleurs, lui, cherchait désespérément quelque chose sur l'écran accroché au rotor temporel.

- Vous êtes sûr qu'il faut frapper si fort, Docteur? cria le jeune homme pour couvrir le bruit des étincelles.
- Il faut pas fissurer les écrans non plus, Jonas! Attention à ce que vous faîtes!
- Docteur! coupa River en se précipitant vers son mari. Qu'est-ce qui s'est passé? Pourquoi le TARDIS est si endommagé?
- Sur six personnes dans le vaisseau, trois sont des quasi-impossibilités temporelles, si tu veux tout savoir. Ah, et j'oubliais, on a été quasiment attaqués dans le vortex. Night, ou le Cyberempereur, puisque tu le connais sous ce nom, nous a interceptés à notre arrivé en récoltant des particules du vortex, ce qui a endommagé le TARDIS.
- Comme Prog! se souvint Clara.
- Sauf que Prog faisait une exploitation "scientifique" des particules, alors que Night est bien capable d'avoir commencé la récolte juste pour nous intercepter! remarqua Jonas.
- Bien possible... murmurait le Docteur en regardant l'écran. Ah! Enfin, je l'ai trouvé! Le générateur d'ondes Delta, dans un vaisseau à part. Si on le neutralise, Night ne pourra pas mettre son plan de... "malade mental" à exécution.

Jack et River regardaient les trois voyageurs temporels avec un visage qui montrait bien à quel point ils ne comprenaient pas grand chose.

- Clara vous expliquera. En attendant, laissez-moi vous donner un conseil à tous: ACCROCHEZ-VOUS! »

Le Seigneur du Temps s'agrippa à la manette principale de la console, et l'abaissa de toutes ses forces. La respiration métallique du TARDIS sonnait comme un cri de douleur, tandis que des étincelles s'échappaient de toute part autour de la console, et que le rotor temporel palpitait en aveuglant à moitié les occupants de la pièce. Et si cela ne suffisait pas, la Cloche du Cloître tentait de se faire une petite place dans les bruits de claquements électriques et de tremblements. Car, et c'est la touche finale, tout le vaisseau tremblait à se déchirer de lui-même, et tournoyait brutalement dans le vortex...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Les Cybermen commençaient à affluer dans la salle du trône, et à la remplir. Le Cyberempereur, debout, observait ces hommes de métal, de grands scientifiques ou stratèges de l'Infinium. Il ne les regardait pas avec fierté, non. Il ne connaissait plus vraiment la fierté. Il les regardait juste pour voir si le compte était bon. Et il l'était presque. Ce qui était suffisant pour faire son annonce.
Grâce à son armure, qui possédait bien plus de systèmes que les autres, et il avait donc le "pouvoir" de lancer des communications à tout les Cybermen. Ce qu'il fit. Le Docteur s'était enfui, et il était bien capable de mettre à mal toute son opération. Il fallait donc commencer très vite. Les générateurs étaient chargés à 56%, tout allait se dérouler comme prévu.

« Membres de l'Infinium, Cybermen et Égaux. Notre opération est sur le point de commencer. L'Armada doit se positionner de façon à créer un écho favorable aux ondes delta, de façon à ce qu'elles soient amplifiées et renvoyées partout dans l'Univers. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le TARDIS se matérialisa violemment devant une porte qui ressemblait à la porte d'une chambre-forte, en quinze fois plus résistant et protégé.
Tout le monde sortit: ils avaient atterri dans le vaisseau pénitentiaire, pour récupérer l'arme, les munitions et le manipulateur de vortex de River ; ensuite, ils s'étaient matérialisés devant la salle des générateurs d'ondes delta.

« Rah, avec tous ces dommages et distorsions, le TARDIS s'est matérialisé quelques mètres trop loin! On est pas dans la pièce! maugréait le Docteur. Bon, autant ouvrir la porte...

Clara avait expliqué à River, Jack et Élémohn ce que prévoyait Night, bien que le Rémoxain n'ait pas tout compris. River en avait profité pour pianoter un autre message sur son manipulateur de vortex, sans qu'on ne la voie.
L'antichambre de la salle des générateurs était une sorte de grande pièce carrée, haute de plafond, ne possédant que deux issues: la porte blindée, et, à l'opposé, un escalier de métal descendait vers un couloir, en bas. Plusieurs bruits de vérins, de pas de Cybermen, semblaient se rapprocher. River, Jack et Jonas se placèrent vers l'escalier, la femme prenant son arme en main, prête à tirer, tandis que Jonas vérifiait le pistolet qu'il avait volé sur sa planète, et qu'il était allé chercher dans sa chambre. Il marcherait peut-être contre les soldats.

- Raah! C'est protégé contre le sonique! criailla le Docteur. Il faut taper un code! »

Un petit écran surmontait un clavier comportant les vingt-six lettres de l'alphabet latin. L'écran affichait un sorte d'enchainement de chiffres et de caractères. Le Docteur essayait de le comprendre, et Clara tentait de l'aider, mais il s'agissait pourtant d'un épais mystère.

1-/-/**1-1-1*2-/-1*1-/-/*2-/-1*/-1-1*/-2-/*1-1-1-1

Derrière, les bruits de pas se faisaient de plus en plus nombreux, rapides et sonores. River et Jonas visaient déjà en direction du bas de l'escalier, prêts à défendre le groupe, tandis que Jack... ne faisait pas grand chose, quand on y pensait.
Un premier Cyborg entra dans le champ de vision de River. Un coup de feu retentit, suivi de plusieurs décharges et d'autres détonations.

La bataille commençait.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


L'assemblée de Night était enfin au complet. Et les composants de son armure lui apprenaient que les générateurs étaient chargés à 100%. Et que tous les vaisseaux étaient en place pour que la diffusion des ondes soit optimale. Tout était parfait.

« Membres de l'Infinium! annonça-t-il de vive voix, sans passer par une annonce. Tout est prêt pour l'accomplissement de notre plan. Nous allons nous rendre sur la plateforme d'observations, où se trouvent les seules commandes permettant d'activer les générateurs. L'opération va commencer. »




Citation:
Le Cyberman fut frappé de plein fouet par une quatrième décharge, et ses yeux lachèrent des étincelles avant qu'il ne tombe dans les escaliers, emportant deux autres cyborgs avec lui dans sa chute. River tira une balle dorée qui transperça le poitrail d'un quatrième homme de fer. Une vague de repoussée.

Derrière eux, le Docteur s'affairait à tenter de décrypter ce qui semblait être un code.

1-/-/**1-1-1*2-/-1*1-/-/*2-/-1*/-1-1*/-2-/*1-1-1-1

Cela n'était pas très facile, à vrai dire. Et la situation semblait de plus en plus critique à chaque seconde: les vagues de Cybermen se faisaient plus nombreuses derrière, et un étrange bruit de machines s'échappait de la salle des générateurs.

« Ils ne sont pas en train de les activer, quand même? s'écria Élémohn, effrayé. Ces choses capables de tous nous tuer...
- Non! répondit sèchement le Docteur. Parce que sinon, on aurait tous le cerveau vrillé. Sauf vous, bien sûr. En réalité, je pense qu'ils sont en train de les alimenter en énergie: même avec une galaxie comme amplificateur, il faut une puissance folle pour envoyer les ondes dans l'Univers tout entier. Et ce sont ces fichues barres obliques et chiffres qui nous empêchent de le sauver, cet univers!
- Des slashs, Docteur, on dit des slashs... soupirait Clara.

Derrière eux, River entendit la "conversation", alors qu'elle vérifiait le nombre de munitions présentes dans son arme. Trois seulement. Et il ne lui restait que deux chargeurs de huit cartouches chacun. Avec de la chance, on pouvait neutraliser une quasi-vingtaine de Cybermen, avec ça. Mais les mots utilisés par le Docteur et Clara lui rappelèrent quelque chose. Au moment où elle avait envoyé son premier message, avec le manipulateur...

- Jack?

Le Capitaine, qui, d'une certaine façon, coordonnait les deux tireurs, tout en faisant des allers-et-retours dans le TARDIS pour vérifier si la Console ne brûlait pas trop, se trouvait en cet instant juste à coté de la fille Pond. Il se tourna vers elle, qui lui tendait son pistolet, et eut alors un grand sourire en comprenant ce qu'elle faisait.

- Faîtes-vous plaisir! lança-t-elle avec un air complice, tandis que Harkness attrapait l'arme anti-Cybermen entre ses mains.

River se releva, posa ses chargeurs au sol, et couru vers son mari, qui s'était agenouillé pour mieux détailler le clavier, pensant qu'il y avait peut-être un indice dedans. Elle lui tapota l'épaule, ce qui eut un effet assez inattendu: le Docteur se releva brutalement, manquant de faire trébucher Song, et pointant son tournevis vers l'avant, comme une épée. Le duel avec Corilohn avait créé quelques réflexes chez le Seigneur du Temps.

- Que... Ah, quoi encore? poussa-t-il avec un air excédé. J'essaye d'ouvrir une porte!
- Protégée par un code, je sais, mon p'tit cœur. Et je pense pouvoir t'aider.
- Euh... Si tu le dis... Mais comment?
- Lorsque nous avons été emmenés à notre cellule, dans le vaisseau pénitentiaire, il y avait des portes qui possédaient le même système de sécurité. Un code à décrypter. Je ne me souviens que de quelques lettres, mais qui sait... Allez, pousse-toi, que je regarde ça.

Le Docteur s'exécuta, avec difficulté, ne serait-ce que parce qu'il détestait recevoir des ordres, encore plus quand ils venaient de River. Mais il se poussa, et River se baissa un peu pour se mettre au niveau de l'écran incrusté dans la porte.

1-/-/**1-1-1*2-/-1*1-/-/*2-/-1*/-1-1*/-2-/*1-1-1-1

- D'accord. Bon, à ce que j'ai cru comprendre, les astérisques délimitent les lettres.
- Donc deux astérisques, c'est sûrement pour délimiter les mots, devina Clara.
- Deux mots, donc?
- Non, ça n'a pas toujours un sens, précisa River. C'est juste une suite de lettres. D'ailleurs, je crois me souvenir de... Oui! Docteur, la deuxième lettre après l'espace, c'est un A.
- Le deux, barre oblique, un?
- Oui. Et l'avant-dernière lettre, c'est un E. Non, un D! Un D! Et les autres, j'avoue que je n'arriverai pas à m'en souvenir.
- Pas besoin de se souvenir. Il faut deviner.
- Deviner? s'étonna Élémohn.

Le Docteur s'agenouilla sur un genoux, à coté de River, et effleura du doigt l'écran et le clavier.

- Oui, deviner... répétait-il d'une voix forte, pour couvrir le bruit des générateurs de plus en plus fort. Ce n'est pas un autre alphabet, c'est juste l'alphabet latin codé. Rien de plus. Pourquoi le latin? Je n'en sais rien.
- Ce n'est pas l'alphabet "latin", Docteur, c'est l'alphabet rox! Celui de notre planète, Rémox.
- Ah? Bon, ben vu que votre culture a été entièrement modelée par l'Infinium, on peut penser que Night l'aime bien. À moins que ce ne soit la matrice de traduction du TARDIS...

Le Docteur ne se rendit pas tout de suite compte de l'erreur qu'il avait fait: Élémohn était déjà assez touché par ce qu'il avait appris, et maintenant, on lui rajoutait une couche: toute la culture de sa planète avait été créée et manipulée par ces Cybermen, Infinium ou il-ne-savait-quoi-d'autre... Le Seigneur du Temps sentit cependant l'esclave reculer légèrement derrière lui, et se retourna pour voir son visage encore plus vieilli et triste que d'habitude.

- Élémohn, vous vous plaindrez de la mocheté de l'existence plus tard, voulez-vous? Bon, revenons à nos moutons! continua-t-il en se retournant vers l'écran, sous le regard presque indigné de Clara. Logique! C'est le maître mot. C'est un code qui suit une logique, pas un alphabet ou chaque signe est remplacé par un autre. Et il est complexe uniquement quand on ne possède pas la logique. La clef de code.
- Si on partait de ce qu'on sait déjà, on pourrait y arriver... remarqua Clara. D et A. D, c'est slash, deux, slash.
- Bizarre, tout de même... On a du deux, du un... Et des barres obliques. Qu'est-ce qu'elles font ici? Et pourquoi les tirets pour délimiter les symboles. River, il y avait des trois sur les autres portes?
- Oui, répondit River. Et même des quatre.
- Mais pourquoi les barres obliques?
- Les slahs, Docteur. Barre oblique, ça fait vraiment...
- Non les barres obliques. J'ai le droit de dire barre oblique, non? Barre oblique! Barre oblique! Barre... Barre...

Le visage du Seigneur du Temps arborait un sourire et une expression auxquels il ne manquait qu'une ampoule lévitant au-dessus de sa chevelure noire et bouclée et éclairant les alentours. Il avait trouvé.

- Mais bien sûr! s'exclama-t-il en se précipitant sur le petit clavier et en passant plusieurs fois son ongle sur certaines touche, dont le A et le D. Oui, c'est ça! C'est ça! Vite, il faut trouver les autres lettres.
- C'est quoi, Docteur? La clef du code, qu'est-ce que c'est? demanda River.
- Une triple lecture horizontale ascendante!
- De quoi? laissa échapper Clara.
- Vous allez pas vous y mettre! Bon, j'expliquerais plus tard, en attendant... L... D... et I! Tadaam! »

Le Docteur appuya sur la touche de validation, et l'écran bleuté s'éclaira en vert, tandis que les nombreux verrous de la porte se désactivait dans de grands bruits sourds. Les deux jeunes femmes se relevèrent alors que le grand morceau de métal coulissait vers le coté de la pièce opposé au TARDIS pour ouvrir le passage, et regardèrent le code qu'avait entré le Seigneur du Temps.

P CAPALDI



« C'est protégé contre le sonique! cria le Docteur.

River rentra précipitamment dans la pièce. C'était une très, très longue salle rectangulaire, qui s'étendait sur une soixantaine de mètres en profondeur, et dont le plafond se perchait une dizaine de mètres plus haut. La largeur quant à elle était d'une douzaine d'hommes.
De part et d'autres de la salle, sur toute sa longueur, se trouvaient les générateurs: ils ressemblaient à des talons, ou des parties inférieures de jambes tendues, où la présence de l'os est visible, incrustés dans le mur. Les générateurs étaient faits de métal, d'où sortaient parfois des tuyaux les reliant à d'autres générateurs, ou bien à des systèmes au sol ou au plafond.
Le tout se trouvait dans une ambiance très lumineuse: si les générateurs étaient protégés par une coque de métal grise foncée, le reste, comme le sol et les murs, était totalement blanc, et éclairé par de puissants néons fixés au plafond.
Le Docteur se tenait près d'un générateur, tournevis en main, visiblement excédé.

- Ces types de l'Infinium ont tout protégé contre le sonique! rouspétait-il en voyant sa femme arriver.
- Mon manipulateur de vortex, ce n'est pas du sonique! coupa-t-elle en pianotant sur son appareil. Il suffit... de s'y prendre comme il faut... et... Roh, je n'y arrive pas!
- Attends, si l'on cumule avec mon tournevis, protection ou pas, on pourrait y arriver.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le Docteur tendit son tournevis vers l'un des générateurs, et l'activa, mais ça ne servait à rien.

- Ils sont trop protégés! criait River pour couvrir le bruit des générateurs. Et j'ai l'impression qu'ils sont chargés à 100%. Ils peuvent s'activer à tout moment.
- Alors il va falloir faire vite! JAAAAAAAACK! VENEZ TOUT DE SUITE!

De l'autre coté, dans l'antichambre, Élémohn était rentré dans le TARDIS, avec Clara. Jack et Jonas, eux, tentaient de repousser les Cybermen, mais même avec le pistolet aux balles dorées, cela s'avérait compliqué. Ils venaient de repousser une cinquième vague, et Jack avait été tué déjà une fois, sous le regard horrifié de Jonas, qui l'avait ensuite vu reprendre ses esprits.
Le Capitaine, en entendant l'appel, passa son pistolet au jeune homme, qui n'eut pas son mot à dire, et qui se retrouva avec une arme dans chaque main, à repousser à lui tout seul une attaque de cyborgs.
Jack s'était relevé et son long imperméable flottait derrière lui durant sa courte course jusqu'à la salle des générateurs, où il se stoppa net devant le couple.

- Jack, on va avoir besoin de votre manipulateur de vortex, expliqua le Docteur.
- Quoi?! criait Harkness en essayant de couvrir le bourdonnement intense des appareils.
- Votre manipulateur! répétait River. On va avoir besoin que vous l'utilisiez, en même temps que le mien, et le tournevis!
- On va arrêter de cibler les générateurs, ce sera trop long! continua le Docteur. Il faut prendre le contrôle du système d'approvisionnement en énergie! Partiellement au moins: il faut que l'on surcharge les générateurs!
- Ça ne risque pas de les activer?? s'étonna Jack.
- Pas assez longtemps pour nous menacer! Ils exploseront avant!

Jack haussa les épaules, se disant qu'il n'y avait pas grand chose à perdre, si ce n'était l'univers tout entier, et que de toute façon, il fallait faire confiance au Docteur. Toujours. Ou presque. Il activa donc son bracelet, et pianota dessus, imité par River, tandis que le Docteur pointait le plafond et réglait son appareil. Il leur fallut une bonne minute pour arriver à bout des défenses informatiques, mais c'était fait.

- Bon, redirigez l'énergie vers les générateurs! ordonna le Docteur. Toute l'énergie possible, d'accord. Il faut que ça fasse un grand boum!

Après d'autres manipulations, pianotages et autres actions, le système de distribution énergétique se plia aux ordres qui lui étaient envoyés... Et les générateurs, sous la surcharge, commencèrent à cracher des étincelles.

- On ne bouge pas! ordonna le Docteur en faisant vibrer son tournevis de plus en plus. Attendez... Attendeeeez... Attendeeeeeez... Voilà! Bon, maintenant, on court! Dans le TARDIS!

Alors que les étincelles et flammes se faisaient de plus en plus nombreuses, les trois "hackers" se précipitèrent vers l'antichambre de la pièce, alors que Jonas vidait le dernier chargeur du pistolet de River, et passait en-dessous du seuil des 10% de charge de sa propre arme. Il reculait vers le TARDIS à toute vitesse, tandis que les trois autres encore dehors étaient déjà rentrés. Alors qu'il arrivait au niveau de la cabine, il heurta quelque chose de mou. Quelqu'un. Il se retourna brusquement, rabattant ses bras sur son ventre, dans une position de défense.

- Élémohn? hoqueta-t-il. Mais qu'est-ce que...
- ATTENTION! »

Jonas se retourna et eut à peine le temps de voir un Cyberman sortir des escaliers, le bras tendu vers l'avant. L'instant d'après, il était tiré et propulsé dans le TARDIS par l'esclave, qui avait agrippé sa tunique pour le pousser de la ligne de tir. Et alors que Jonas, perdant l'équilibre, se rattrapait sur une poignée de porte de la cabine, Élémohn se fit toucher par le tir de l'homme de fer. Il était déjà en train de sauter dans la cabine, mais la décharge lui traversa le flanc, et il s'abattit vers le sol du TARDIS. Jonas le rattrapa à temps et le tira à l'intérieur, puis referma violemment les portes, alors que le vaisseau commençait à se dématérialiser en criant encore plus fort sa souffrance et son instabilité...

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le vaisseau circulaire qui occupait presque le centre de l'armada, organisée en une sorte de sphère, venait d'exploser. Dans la grande baie d'observation, les flammes et le spectacle était bien visible, à travers le verre protégé qui occupait les deux tiers des murs.

Le Cyberempereur se tenait face à sa console, la main encore prête à appuyer sur un bouton rouge. Un rêve d'adolescent, ça, le bouton rouge, pour Night. Une chose qui était restée. Et bien il n'allait pas y appuyer sur ce bouton. La surcharge de générateurs avait libéré assez d'énergie pour briser totalement le vaisseau-émetteur. Plus d'ondes delta à envoyer. La bataille était perdue.

Mais une autre approchait à grand pas, il le savait grâce aux informations que lui envoyait son armure. Il avait des ordres à lancer. Il avait une bataille à mener.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« Le TARDIS est foutu, annonça sombrement le Docteur.
- De quoi??
- Roh, Jonas, je plaisante. Enfin, presque: il est vraiment mal en point: tant de voyages avec toutes ses personnes temporairement bizarres, en si peu de temps, et avec ce fichu détournement à coups d'absorption de particules temporelles... Heureusement que le dernier voyage n'était qu'un saut de quelques dizaines de secondes dans le temps uniquement. Bref, elle ne va pas pouvoir bouger d'elle-même avant plusieurs heures.
- Elle? s'étonna Élémohn, couché à terre.

Le Rémoxain était assis au sol, le dos à moitié contre la rambarde du niveau de la console, pour faciliter sa respiration malgré sa blessure légère au thorax. Pour économiser au plus possible l'énergie du TARDIS, on avait supprimé les autres pièces, et il avait été impossible de le coucher dans une chambre. Les seules salles restantes étaient la Salle de Contrôle, les pièces nécessaires au fonctionnement du TARDIS, et... une salle où étaient rangés tous les objets des autres pièces supprimées.

- Ne cherchez surtout pas à comprendre les relations d'un homme avec une machine hermaphrodite plus grande à l'intérieur... conseilla Jack. Et vous, surtout, reposez-vous. Ce serait bête si vous passiez l'arme à gauche.
- Juste par simple curiosité, Docteur... se souvint Clara. Ce code, là, CAPALDI.
- P CAPALDI, pour être exact. Je vous l'ai dit, analyse par triple lecture horizontale ascendante.
- Comment ça?
- Donnez-moi une lettre, Clara.
- Euh... W.
- Bien...

Le Docteur sortit son tournevis sonique, et visa l'écran accroché au rotor temporel. Celui-ci, bien que fissuré, afficha alors la lettre voulue. Le Docteur prit ensuite la "Baguette du Corail", la clef à molette qu'il avait eu l'habitude d'utiliser des siècles plus tôt, et qu'il avait donné à Jonas, que celui-ci avait posé par terre.

- Dans le code, le W se dit... deux, quatre, trois.

Et alors, il prit la clef, et la posa contre l'écran, perpendiculairement à la lettre, de façon à la souligner, en recouvrant très légèrement les deux points les plus bas du caractère. Puis, il la fit monter, et s'immobilisa au milieu de la lettre, pour la remonter à nouveau et surligner le graphe en en frôlant les trois bouts.

- Trois lignes horizontales qui traverse la lettre en son point le plus bas, en son milieu, et en son point le plus haut. Et qui compte le nombre de points coupés: deux en bas, quatre au milieu et trois en haut. 2-4-3
- Oh... Et les slashs...
- Des barres obliques, Clara! Et justement...
- Ce sont les barres! Comme dans le A... comprenait la jeune fille. Deux points en bas, une barre au milieu, et un point au-dessus. 2-/-1.
- Et voilà: triple lecture horizontale ascendante. Quadruple pour le I, car il est identique au S, par exemple, et donc on empêche le doublon. Un code que chaque Cyberman peut appliquer sans problème, grâce à ses systèmes de vision. De la logique, rien de...

Mais le Docteur fut coupé par un bruit d'alarmes sortant de la Console. L'écran se changea, et des centaines de points apparurent un peu partout dessus. Le Seigneur du Temps se figea en comprenant de quoi il s'agissait, et ne put s'empêcher de "réagir"...

- De quoi?
- Oh! s'exclama River, heureuse. J'ai l'impression qu'il s'agit de ma petite surprise, mon chéri.
- Mais c'est que c'est contagieux, ce "de quoi"... murmurait le Seigneur du Temps. Attends, une surprise?
- Oui. Une surprise de taille, d'ailleurs. Moi-même, je ne m'attendais pas à ce que ça prenne ces proportions.
- Qu'est-ce qui se passe? demandèrent presque ensemble Jonas et Clara.
- Ouvrez la porte, vous comprendrez... conseilla Jack en se penchant lui aussi sur l'écran.

Les deux compagnons s'exécutèrent. Et lorsqu'ils arrivèrent devant le double-battant de bois et qu'ils l'ouvrirent, ils virent tout d'abord les nombreux débris de métal déformé, qui volaient autour d'eux... Puis l'énorme flotte de combat qui faisait face à l'armada cyberman en train de changer de formation....
Il fallait la voir cette flotte: on y trouvait des vaisseaux de toutes les formes: des soucoupes, des forges, des pyramides, des tubes, des flèches... On en comptait des centaines, peut-être des milliers... Le tout formé comme un immense mur dans l'espace, organisé autour d'un vaisseau central rectangulaire, comme un immense immeuble noir illuminé fait de plusieurs énormes compartiments creux...

- La surprise... murmurait le Docteur en détaillant l'écran. Une flotte entière commandée par l'Unité Papale, avec à sa tête Tasha Lem. Oui, ça, c'est une surprise. Et qu'est-ce qu'elle amène avec elle? Mais il y a de tout dans ce machin, en plus!
- Pas faux... Attendez, ça ressemble bien à des vaisseaux Draconiens, ça! remarqua Jack en montrant un ensemble de points qui, après un zoom, prenait plus des airs de virgules. Et ça, c'est des Sontariens.
- Et des Zygons, des Siluriens, une flottille Raxacoricofallapatorienne... Comment c'est possible, ça! claqua le Docteur. River, qu'est-ce que tu as fait?

Le TARDIS lança un petit sifflement qui coupa le Docteur. Un message était transmis sur toutes les fréquences, en provenance de la flotte qui venait d'arriver.

« Ici Tasha Lem, Mère Supérieure de l'Église et Commandant de la Flotte de Combat Coalisée. Nous demandons à tous les vaisseaux cybermen de se rendre immédiatement. Toute attaque perpétuée par votre flotte sera suivie de représailles.»

- Flotte Coalisée... Ça sonne bien... remarqua Jonas en retournant vers la Console. Vous savez qui c'est, Docteur?
- Oh que oui... Tasha Lem, cette chère amie.
- Celle qui vous emploie, non? se souvenait le jeune homme en se tournant vers River.
- Oui. Je lui ait envoyé un message lorsque nous nous sommes fait capturer, pour lui annoncer que les Cybermen m'avaient emprisonné. Et un deuxième lorsque j'ai retrouvé mon manipulateur de vortex, où j'expliquais rapidement que le Cyberempereur, ou ce Monsieur Night, avait envie de provoquer un génocide à l'échelle intergalactique.
- Des arguments assez forts pour réunir une belle petite armada... comprit Jack. Mais cette Tasha Lem peut avoir coalisé autant de nations en si peu de temps?
- Le message a été envoyé dans le passé... avoua River.
- Vous êtes dangereuses, toi et Tasha! coupa le Docteur. À jouer avec un manipulateur de vortex de cette façon, on crée des paradoxes bien trop dangereux!
- Je ne suis plus une enfant, tu sais... Enfin bref, je pense que les Cybermen ne vont pas obtempérer, donc autant mettre le TARDIS à l'abri avant que les premiers coups ne partent.
- Mais elle ne peut pas bouger... rappela Élémohn, encore à terre.
- Alors quelqu'un va le bouger pour nous, conclut le Docteur en pressant un bouton pour lancer une communication. »

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La salle de conférence de l'Unité Papale n'avait pas changé depuis la dernière fois que le Docteur s'y était assis: sombre, grise, décorée par deux tableaux et un confessionnal faisant office de téléporteur. Au milieu se dressait une longue table de bois, autour de laquelle on avait placé des sièges faits du même matériau, taillés à la perfection.
Élémohn avait été emmené dans une infirmerie du vaisseau amiral, tandis que les autres s'étaient réunis dans la salle de conférence. Tasha Lem s'était mise en tête de table, et en face d'elle se trouvait le Docteur. Sur les sièges faisant dos à la porte d'entrée étaient assis Jack et Jonas, tandis que Clara avait repris la place qu'elle avait déjà occupée auparavant, avec River à ses cotés. Tous étaient habillés, sans aucuns vêtements holographiques, les traditions étant mises de coté au vu de la gravité de la situation.

« Je n'ai pas beaucoup de temps à vous accorder, malheureusement... regretta la chef de l'Église. Nous menons la bataille, dehors.
- Ah bon? s'étonna River.
- Nous avons refait l'isolation, lâcha Tasha avec un sourire étrange et presque méchant. Bien, maintenant que j'ai toutes les informations sur cet... Infinium, et sur ses plans, je pense qu'il va falloir agir, et vite. Il nous faut anéantir ces Cybermen, mais ma flottille pourrait bien être mise en déroute, étant donné les dissensions entre les factions qui la composent.
- Flottille? hoqueta River. Bon, je dois admettre que l'armada cyberman est très puissante, mais la "Flotte Coalisée" peut survivre, j'en suis sûre.
- Je l'espère, vu les difficultés que j'ai eu à la réunir. J'ai triché avec le Temps lui-même pour arriver à ce résultat. Mais bon, quand la survie de l'Univers tout entier est en jeu, que je promets une bénédiction de l'Église aux factions qui acceptent de m'aider, et que je précise la présence du Docteur, les volontaires sont nombreux... Enfin bref! Docteur, quelle est la place exacte de l'Infinium dans cet Empire cyberman?
- Oh, je sers d'appât... Fantastique. Enfin, j'imagine que ça a du convaincre bien des races de se joindre à toi. Et pour la place de l'Infinium... je n'en sais rien, mais connaissant Night et son ego, enfin, cyber-ego... Ils ont les postes les plus importants. Surtout au niveau scientifique et militaire.
- Si on les attaque, on décapite la flotte, je pense, ajouta Clara.
- Mais ils possèdent des intermédiaires, intervint River. Il y a un Cyberleader qui ne provient sûrement pas de l'Infinium qui peut parfaitement prendre le commandement. Le Cyberempereur a beau donner des ordres, il est assez éloigné des unités. Dans une bataille directe comme celle-là, je pense que l'Infinium va diriger la flotte, mais le Cyberleader en-dessous va aussi coordonner, vaisseau par vaisseau, au plus près, lui.
- Night lance les grandes lignes, les opérations et les ordres, et le Cyberleader se débrouille pour les exécuter... résuma Jonas pour lui-même.
- Night a beau être intelligent, je ne pense pas qu'il soit un stratège hors-pair, laissa échapper Clara.
- Si cela fait bien deux siècles ou presque qu'il a été converti, répliqua Tasha, alors il doit en avoir appris en la matière.
- Night reste un gestionnaire, pour moi, coupa le Docteur (subissant d'ailleurs pour cela un regard noir de Tasha). Jonas a à peu près raison: en clair, il veut un résultat, et le Cyberleader doit l'obtenir.
- En très caricaturé, alors.. soupira la chef de l'Église. Peu importe, dans tous les cas, je n'ai pas envie de subir trop de pertes, surtout que les vaisseaux sous mes ordres ne sont pas les miens. Il va falloir la jouer "commando". S'occuper de l'Infinium et de l'empereur, et en même temps, du Cyberleader.
- Même en s'occupant du Cyberleader on arriverait à rien, remarqua Jonas. Je veux dire, chaque vaisseau doit avoir un capitaine, et les vaisseaux doivent être organisés en escadre ou je-sais-pas-quoi-d'autre. Même désorganisée, une armada reste puissante.
- Mais ils pensent tous être les Égaux! se souvint Clara. Dans ce cas, ils n'arriveront jamais à se réorganiser, parce que la Divine Égalité, c'est basé sur l'absence de chef: ils ne sauront pas qui écouter. Le Cyberleader et Night doivent avoir une sorte de statut spécial, ne pas faire partie de la Divine Égalité, dans la tête de leurs soldats en tout cas, ou quelque chose comme ça... Donc ça pourrait marcher, de "s'occuper" des deux commandants.
- Le mot "s'occuper" est bien funèbre... murmura River.
- Mais nous n'avons pas vraiment le choix! coupa Tasha. Il faut anéantir cette menace. Même si vous les avez empêché d'accomplir leur premier objectif, ils faut se souvenir qu'ils ont eu les moyens de déplacer des centaines d'astres de leur orbite et emplacements. Et qu'ils possèdent une très importante flotte, supérieure à celle que j'ai ramenée.
- À moins que... Oui! s'exclama Jonas. On pourrait retourner les Cybermen contre Night grâce au Cyberleader.
- Quoi? s'étranglèrent presque tous les autres.
- Ce n'est pas une si mauvaise idée... remarqua le Docteur. Après tout, le Cyberleader pense peut-être que la Divine Égalité est bien réelle, sans se douter qu'il s'agit juste d'une couverture face aux peuples primitifs. Oui... On pourrait tenter de négocier avec lui, de lui parler! S'il ordonne à la flotte de tirer sur le vaisseau amiral, elle le fera. Et le vaisseau ripostera avec ses armes encore plus puissantes, ce qui occasionnera de beaux dommages au sein même de l'armada.
- Mais Night annulera l'ordre du Leader, et ses ordres sont prioritaires, rappela Jack. Donc il faut neutraliser Night et l'Infinium, et lorsque le Cyberleader devient le commandant en chef, on essaye de le convaincre. Et il faut qu'il soit dans un autre vaisseau, d'ailleurs, pour ordonner de tirer sur le vaisseau amiral.
- Il le sera, répondit Lem. Il doit prendre le commandement si le vaisseau amiral tombe. Enfin bref, Capitaine Harkness, River, vous pensez pouvoir vous occuper de la "neutralisation"? Pendant ce temps, le Docteur et ses chers... "compagnons", s'occuperont de la négociation.

Tout le monde acquiesça. Tout le monde? Non, une personne n'était pas d'accord. Le Docteur leva son index et lui fit faire un mouvement de métronome, pour montrer son désaccord.

- Jonas et Clara se débrouilleront sans moi, j'en suis sûr. Parce que moi, j'ai quelque chose à faire.
- Quoi donc?
- Une affaire que je rends personnelle. Occupez-vous de Night, du Cyberleader et de tout le reste. Moi j'ai quelque chose à aller trouver dans le vaisseau amiral. Je voyagerai avec River et Jack, grâce à leurs manipulateurs de vortex.
- Bien... Dans ce cas, autant que tout le monde se prépare. Nous avons une bataille à gagner.
- Et si nous perdons? risqua Jonas.
- Dans ce cas, nous aurions une guerre à gagner. Voire plusieurs, si des peuples alliés ayant perdu leurs vaisseaux sont rancuniers. »

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Le spectacle était magnifique et horrible. Deux énormes armadas qui s'affrontaient dans le théâtre du néant qu'était l'espace, uniquement illuminées par l'imposante étoile jaune clair autour de laquelle orbitaient les Cybermen.
D'un coté, il y avait les hommes de fer: ces milliers de vaisseaux en forme de cylindre, parfois en forme de dague, parce qu'il fallait un peu évoluer, tout ces vaisseaux complétés par un petit de cyber-chasseurs et de cyber-bombardiers, des cyborgs créés à partir d'esprits de pilotes. Et au milieu de tout cela, le vaisseau-amiral, une sorte d'énorme bloc rectangulaire grisâtre, imposant, de plusieurs kilomètres de long et de large, à la carapace irrégulière. Toute la flotte tentait tant bien que mal de faire une sorte de bouclier ou de demi-sphère autour du vaisseau-amiral
Et en face, il y avait la flotte confédérée, avec toute sa diversité, qui ressemblait désormais à une sorte de tesson de bouteille très irrégulier essayant d'entourer l'armada cyborg sans pour autant l'encercler de tous les cotés.
Et au milieu de tout ça, les lasers. Les lasers et les missiles, les roquettes, les bombes, les photons, les décharges énergétiques, les champs de nullité, les projectiles cinétiques, les billes électromagnétiques, les décharges ioniques et tout ce qui s'en suivait. Partout, à chaque seconde, quelque chose explosait, disparaissait, partait en flamme... Ici on voyait un vaisseau sontarien en forme de "forge" se briser en cinq morceaux dans une vaste explosion verdâtre, là, c'était un vaisseau cyberman de nouvelle génération, triangulaire, qui à peine quelques secondes après la chute de ses boucliers, était pulvérisé par trois projectiles cinétiques lancés à toute vitesse par une frégate Zygon. Au-milieu de tout cela, le vaisseau-amiral cyberman pilonnait l'Unité Papale de lasers et autres décharges énergétiques, sans pour autant négliger les autres vaisseaux autour, tandis que la cathédrale spatiale répondait de toute sa puissance de feu sur la flotte et sur les boucliers du vaisseau-amiral, qui pourtant, tenaient bon.

Les Cybermen de l'Infinium, placés dans la salle d'observation, étaient si "absorbés" par la direction tactique de la bataille qu'ils n'entendirent pas les deux coups de feu tirés derrière la porte de la pièce qu'ils occupaient. Peut-être que l'utilisation de silencieux sur les pistolets pouvait expliquer cette ignorance. Mais lorsque Jack Harkness déboula à l'intérieur, se ruant au milieu de la pièce, les hommes de métal commencèrent à se poser des questions. Tous se retournèrent, abandonnant les nombreuses consoles métalliques remplies d'écrans et de boutons qui faisaient le tour de la pièce, pour découvrir cet humain vendant d'on-ne-savait-où. Un d'entre eux eut le réflexe de lever son bras et d'abattre le Capitaine. Harkness s'abattit à terre, mort.
Derrière la porte, River Song, qui s'était collée au mur, de façon à ne pas se faire remarquer par les cyborgs, eut un haut-le-cœur. Cela lui faisait un drôle d'effet d'avoir envoyé Jack à la mort, tout en sachant qu'il n'était pas vraiment mort. Enfin, si, il l'était, mais pas pour longtemps. Elle répéta cette phrase dans sa tête, se disant que son mari s'entourait des gens les plus étranges qui puissent être.
Le Capitaine était couché au sol, sur le ventre, sa main droite sous son corps. Les Cybermen l'ignoraient royalement, un nettoyeur étant en route pour s'occuper du cadavre. Ils ne remarquèrent donc pas qu'il avait ouvert un œil. Et un deuxième. Et en un éclair, il s'était retourné, un pistolet anti-cyberman dans la main droite, qu'il avait sorti de son manteau. Un coup retentit, puis un deuxième, alors qu'il se relevait en sortant une deuxième arme de sa main gauche, tandis que River sautait à l'intérieur de la baie d'observation, deux pistolets en main, tirant sur les Cybermen les plus menaçants, couvrant le Capitaine. Les balles en or fusaient, transperçant les cuirasses métalliques des Cyborgs, parfois touchés trois ou quatre fois. Quelques lasers traversaient parfois la pièce, mais aucun n'atteignit sa cible. Alors qu'en moins de trente secondes, la vingtaine de Cybermen de l'Infinium étaient tous atteints. Tous, sauf Night. Ses protections de Dalekanium et sa cuirasse renforcée le protégeaient.
Le Cyberempereur leva son bras gauche, prêt à tirer sur les deux attaquants. Jack eut alors un réflexe salvateur, et tira un seul coup vers le cyborg. La balle percuta le bras de sa cible, juste à coté du trou du canon incrusté dans l'armure, et la majorité de la munition, tant le ruxium que l'or, fut propulsée dans l'arme énergétique du chef de l'Infinium, et ce à très haute température. L'armure lâcha un petit claquement explosif montrant que le tir avait eu l'effet escompté.

« C'est le moment où jamais! cria Jack en tirant vers la tête du Cyberempereur. »

Sa balle manqua sa cible, mais il en tira vite une autre, accompagné de River. Aucun état d'âmes ne pouvait intervenir: il s'agissait d'un des plus dangereux Cyberman qui put être, si ce n'était le plus dangereux.
Sauf que cela ne servait à rien: même si la cuirasse prenait des coups et que sur le visage se creusait un relief métallique, le Cyberempereur survivait. Et sans crier gare, il pressa un bouton bleu sur la console derrière lui, et un flash lumineux l'engloba, le téléportant...

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Face à l'action conjuguée d'un tournevis sonique et d'un manipulateur de vortex, le supercalculateur sur lequel s'acharnait le Docteur ne survécut pas très longtemps. Mais il n'y avait pas ce qu'il cherchait à l'intérieur.
La base de données formait une sorte de mur noir couvert de voyants à coté de lui, et un autre superordinateur de l'autre coté lui laissait un couloir de deux mètres de large seulement. Chaque base de donnée était indépendante, et ce qu'il cherchait ne se trouvait que dans une seule.

Et il y en avait une soixantaine à vérifier...

Sauf que dans cette banque de données-là, il y avait quelque chose de bizarre. Tout ce qui se passait dans le vaisseau amiral passait dans les supercalculateurs que le Docteur consultait, mais ce qu'il cherchait se trouvait être certaines choses dans les archives, les fichiers et dossiers, pas tous les processus en cours durant la bataille. Mais là, il y avait quelque chose de spécial. Il s'agissait des senseurs du vaisseau: ils détectaient quelque chose sur l'étoile, mais l'information n'était pas assez précise...
Le Docteur se précipita au fond de son couloir artificiel pour arriver sur une large allée centrale, de cinq mètres de large, qui traversait la pièce en son milieu, permettant d'accéder aux soixante banques de données. Chacune d'elles était un pavé rectangulaire d'un bon mètre de large, sur presque trois de haut, et une vingtaine de long. Et sur chaque fronton de supercalculateur (partie accessible depuis l'allée, une face de la largeur), une interface sous forme d'écran tactile permettait de consulter certaines informations, plutôt que de passer par une forme de piratage.
Bon, au final, le Docteur devait pirater pour trouver ce que les senseurs avaient détecté, puisqu'il ne possédait pas tous les mots de passe... Mais ce piratage se passa bien plus rapidement que prévu, et en moins de deux minutes, il avait son information...

Il eut besoin de relire trois fois ce qui s'était inscrit et dessiné sur l'écran pour comprendre ce qui se passait et pour y croire totalement... Parce qu'il venait d'apprendre quelque chose d'impossible...
L'étoile autour de laquelle orbitaient les Cybermen était en train de s'effondrer sur elle-même, se transformant chaque seconde un peu plus en un trou noir assez massif... Et ce bien plus rapidement que la nature ne le permettait. Et la masse que prenait le puits sans fond en train de se créer était bien assez importante pour avaler les deux flottes autour de lui.



Citation:
Tasha Lem regardait avec horreur l'écran géant sur la passerelle de l'Unité Papale. Ses deux yeux étaient presque exorbités, et on aurait dit que la bande noire qui les recouvrait était devenue rouge, tant la colère commençait à l'attraper.
Un trou noir! Un énorme, grandiloquent et impossible trou noir. L'étoile venait de s'effondrer d'un seul coup, comme si un doigt géant et invisible avait appuyé sur le pôle nord de l'astre tout en tenant fermement son équateur: le pôle s'enfonçait à l'intérieur de l'étoile, et formait une sorte d'entonnoir se terminant en sphère... Sphère qui disparaissait de plus en plus, aspirée en son propre intérieur, formant un énorme puits aspirant la chaleur, les flammes, l'hydrogène, l'hélium, et même la lumière. Un trou noir bien plus massif qu'il ne devrait l'être, et qui se formait à une vitesse totalement folle, impossible, même.

Qu'avait fait ce Night? C'est ce qu'elle se demandait. Car il était responsable: qui d'autre aurait pu déclencher l'effondrement de l'étoile? Ce Cyberman avait les connaissances et la technologie avancée de l'Infinium, et sa flotte orbitait l'étoile depuis des mois, voire des années. D'ailleurs, les senseurs avaient détecté plusieurs bases autour et dans l'étoile. Oui, si le Docteur disait vrai, alors les Cybermen avaient toutes les chances d'être responsables. Les Cybermen ou l'Infinium? Peu importait, pour l'instant.

« Message général à toute la flotte coalisée! ordonna Tasha.

Les humains assis dans la passerelle, holographiquement habillés en militaire, s'occupaient des communications, des transmissions d'énergie, de la stratégie, des senseurs, des hangars...etc. Ils faisaient leur travail, donc. L'un d'entre eux, qui s'occupait de tout ce qui était communication, pianota sur un clavier, et se retourna vers Tasha, au centre de la pièce, en lui faisant un signe du pouce lui indiquant qu'elle pouvait parler.

- Ordre à toute la flotte coalisée: retraite immédiate, je répète, retraite immédiate.
- Je vous demaaaaaande pardooooon? siffla une voix de Zygon dans les hauts-parleurs.

Lem se tourna vers le responsable des communications et le foudroya du regard: elle n'avait jamais demandé une communication générale, mais une annonce. Elle n'était pas sensées obtenir de réponses.

- Je le répète, nous devons nous retirer.
- Et pourquoi donc? demanda une amiral Silurienne.
- Nous détectons un trou noir extrêmement massif: l'étoile est en train de s'effondrer et...
- Cela ne nous menace pas! coupa un Sontarien.
- Cela pourrait bien nous menacer! tonna Tasha. Nous devons nous retirer, nos senseurs détectent que plusieurs vaisseaux Cybermen de l'arrière sont déjà prisonniers du champ d'attraction. Et la force gravitationnelle du trou noir augmente très rapidem...
- Cela ne nous pose pas de problèmes! avertit un commandant humain. Nous devons absolument nous débarrasser de cette menace Cyber...
- Écoutez, j'ai réuni cette flotte coalisée, et je la coordonne, alors serait-il possible que mes ordres soient exécutés? Je fais ça pour le bien de tous, qui plus...
- Mère Supérieure, Mère Supérieure! cria un opérateur de la passerelle.
- Je suis occupée! siffla Lem.
- Mais, Mère Supérieure, le trou noir n'a aucun effet sur l'armada Cyberman.
- Comment?
- Les vaisseaux adverses ne sont pas influencés par le champ gravitationnel, alors qu'il s'est étendu très rapidement durant la dernière minute... De plus, le trou noir est presque complet. Et nous...
- Qu'y a-t-il avec "nous"?
- L'Unité Papale et de nombreux autres vaisseaux sont déjà sous l'influence du champ gravitationnel, avoua l'officier avec un air affolé. »

Tasha rentra son dos un peu plus dans son fauteuil... Sa flotte coalisée, qu'elle avait eu tant de mal à réunir, était piégée par l'attraction d'un trou noir. Piégée et donc perdue.



« Pourquoi ferions-nous cela? demanda le Cyberleader.

La pièce où s'étaient enfermés Clara et Jonas était une sorte chambre circulaire, ou de bureau, où se trouvait un large projecteur holographique affichant l'image de l'homme de fer, qui cachait une partie du mur vouté.
Les deux compagnons du Docteur avaient à leur disposition des sièges, mais ils préféraient rester debout. Élémohn, cependant, dont la présence semblait utile aux yeux de Jonas, se reposait sur une des confortables chaises, pour mieux récupérer, même s'il avait été rapidement soigné.

- Parce que... Parce qu'il vous dirige, tout simplement! répondit Clara. Je veux dire, les Cybermen ne peuvent pas être dirigés, c'est un peuple fait d'individus identiques!
- Faux. La hiérarchie est nécessaire, même réduite au strict minimum.
- Mais... Roh, et la Divine Égalité, alors?
- Vous parlez de la Divine Égalité sans rien y connaître. Et vous négociez avec moi pour que j'ordonne aux vaisseaux sous mes ordres de tirer sur le vaisseau-amiral, auquel j'obéis. Il n'y a aucune logique dans vos actions.
- Le trou noir! rappela Jonas, puisqu'ils avaient été informés de ce petit problème quelques instants auparavant. Le trou noir vous aspire tout autant qu'il nous aspirera! Et on sait très bien que c'est votre Cyberempereur qui l'a créé.
- En effet. Mais nous ne sommes pas aspiré, nous. Le Vaisseau-Amiral nous protège. »

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« Le Vaisseau-Amiral les protège! s'exclama le Docteur.

Le Seigneur du Temps était penché sur une des interfaces des Superordinateurs. Aucun Cyberman n'était venu le déranger, alors qu'il se trouvait au centre même du vaisseau amiral. Il avait trouvé ce qu'il cherchait, et avait tout téléchargé dans son tournevis. Mais maintenant, c'était le problème du trou noir qui l'intéressait. Seul Night avait pu déclencher l'effondrement de l'étoile, mais pourquoi menacer ainsi sa propre flotte? Parce qu'il la protégeais: les informations qu'il venait de consulter étaient claires: le vaisseau amiral possédait un champ de gravité assez puissant pour contrer l'attraction d'un trou noir, et il en projetait d'autres sur tous les vaisseaux alliés.

- L'Infinium au summum de l'innovation technique, il faut l'avouer... murmura le Seigneur du Temps pour lui-même.

Il devait absolument empêcher la flotte coalisée de se faire absorber dans le trou noir. Elle n'était pas encore perdue, mais elle pourrait l'être. Mais il fallait aussi qu'il se débarrasse des Cybermen... Night lui donnait l'opportunité de faire les deux à la fois, sans même en avoir conscience.
Le Docteur attrapa le manipulateur de vortex qu'il avait emprunté à River, et envoya un message à Tasha Lem: sans son aide, personne ne survivrai au trou noir. Une fois que le message écrit fut envoyé, il prit contact avec le bracelet de Jack, pour mettre au point la seconde partie de son propre plan.

- Jack? Jack, vous m'entendez?
- Oui, Docteur... Qu'est-ce qu'il se passe? L'étoile a disparu, elle s'est effondrée! Ça c'est passé si vite que...
- C'est devenu un trou noir, maintenant, Jack, et Night réussit à stabiliser tous ses vaisseaux grâce à des champs de gravité qu'il projette sur son armada. Il faut que vous les désactiviez!
- Et comment on fait ça? demanda River, qui se trouvait avec le capitaine.
- Vous avez réussi à abattre les Cybermen de l'Infinium?
- Oui, mais Night s'est échappé. Il a appuyé sur un bouton de la console, et ça l'a téléporté. C'est après qu'il a du déclencher l'effondrement de l'étoile.
- Oui, sûrement. Enfin bref, retournez dans la salle d'observation, et si vous y êtes encore, allez vers la console et appuyez sur le même bouton: ça devrait être sans danger.

River et Jack coupèrent la conversation, et quelques secondes plus tard, la reprirent.

- Nous y sommes, Docteur.
- Bien, ne bougez surtout pas, alors.
- Euh... d'accord. »

Le Docteur vérifia alors la position du manipulateur de Jack grâce à son propre appareil, entra les coordonnées, les modifia un peu et enclencha le bracelet. Le mini-vortex apparut derrière lui, et en un souffle il avait disparu.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le Docteur arriva dans une sombre pièce éclairée en rouge, pas très grande, où trônaient de nombreuses consoles remplies de boutons, cadrans, voyants et autres leviers, qui en faisaient le tour.

« D'accord... hoqueta Jack. Je dois avouer que je m'y attendais pas vraiment.
- Bon, voyons voir tous ses boutons et écrans! s'exclama joyeusement le Seigneur du Temps en empoignant son tournevis.
- Que vas-tu faire? demanda River alors que son mari détaillait les consoles autour de la pièce.
- Je vais désactiver tous les champs de gravité utilisés par le vaisseau amiral pour que l'armada soit attirée dans le trou noir. Sauf pour ledit vaisseau-amiral.
- Pourquoi? s'étonna Jack.
- Premièrement, parce que tant qu'il peut survivre, Night ne s'inquiètera pas. Du moins, il est bien capable de sacrifier sa flotte si ça peut le sauver. Et tant qu'il pense qu'il a toutes les chances de survivre, ça m'arrange... Mais surtout, j'ai mes deux compagnons de voyage qui négocient avec le Cyberleader, alors si je peux leur donner un coup de main...
- Mais attendez, Docteur, si on libère toute la flotte, enfin, qu'on les laisse aller dans le trou noir... Plus besoin de négociation!
- Certes, mais on a commencé les négociations, et si mes deux compagnons pouvaient apprendre quelques rudiments en diplomatie, par l'expérience qui plus est, et bien ça m'arrangerait.
- Même si on réussissait à "lâcher" les Cybermen dans le trou noir, ça ne règlerait pas le problème de la flotte de Tasha, Docteur! rappela River.
- Oh, oui, surtout qu'elle est déjà prise dans le champ d'attraction du trou noir, la flotte Coalisée. Mais ce n'est pas un problème, j'ai la solution pour ça. Bon, alors...

Le Seigneur du Temps observait les différents boutons, passant son tournevis et son manipulateur au-dessus des écrans et cadrans, cherchant à trouver ce qu'il voulait.

- C'est une véritable passerelle privée que s'offre Night. M'étonne pas de lui. Ah, voilà ce que je cherchais!

Il s'immobilisa en face d'une console recouverte de petits boutons et interrupteurs bleus, vérifia quelque chose sur son manipulateur, et désactiva une bonne dizaine d'interrupteurs, puis une douzaine de boutons.

- Voilà qui est fait! lança-t-il d'un air satisfait.

Ses deux "compagnons temporaires" le regardaient avec un air très étrange, comme s'il était devenu fou.

- Quoi, qu'y a-t-il?
- C'est tout? demanda Jack. Je veux dire... il n'y a que des boutons? Pas de générateur à détruire, de projecteur de champ à faire exploser?
- Bien sûr que non! s'offusqua le Docteur. Cet endroit semble être une passerelle privée pour Night, et le Cyberempereur est au-dessus de tout, non? Night ne permettrait jamais que ses ordres soient remis en question: tout ordre envoyé de cet endroit ne peut être annulé que de cette même pièce.
- Oui, vu comme ça... »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


« Alors voilà pourquoi il a suspendu la communication! comprit d'un coup Jonas.
- Oui, confirma Tasha. Et je pense que ce cher Docteur n'est pas totalement étranger à ce qu'il vient de se passer. Oh, et j'oubliais, ne vous inquiétez pas pour les coalisés: nous avons un plan pour le trou noir.

La Mère Supérieure venait d'informer par hologramme les compagnons du Docteur de ce qui venait de se passer: les champs de gravité avaient presque tous disparu. Seul le vaisseau amiral résistait à l'attraction du trou noir, devenant donc le seul vaisseau capable de survivre au "cataclysme"... Le Cyberleader avait suspendu la conférence quelques minutes auparavant, pour des raisons inconnues.

- Un plan pour le trou noir? Vous pouvez le désactiver? s'étonna Clara. Enfin, je veux dire... le détruire ou...
- Non, mais je peux sortir la flotte d'ici. Il me faut juste un peu de temps, et l'aide du Docteur. Mais ne vous inquiétez pas pour ça: les manipulateurs de vortex n'auront pas de problèmes avec les trous noirs, donc il pourra vite revenir dans l'Unité Papale et sauver cette flotte. De toute façon, nous lui faisons confiance, n'est-ce pas?
- Euh... Oui, bien sûr. assura Jonas avec une très légère hésitation.
- Bien, dans ce cas, je vous laisse attendre que le Cyberleader vous recontacte. Bonne chance dans vos négociations, termina Lem en lançant un sourire. »

Jonas et Clara s'assirent sur les deux fauteuils encore libres, à coté de Élémohn, qui demandait des précisions au Qatrosien sur la situation. Le jeune compagnon du Docteur lui expliqua ce qui était en train de se passer, mais fut coupé par le grand hologramme de la pièce, qui s'afficha, montrant le visage de Cyberleader, toujours aussi métallique et froid.

« Tiens! s'exclama Clara. Vous revoilà. Je suppose que vous êtes au courant de ce qui est en train de vous arriver, n'est-ce pas?
- Oui, répondit simplement le cyborg. Comment avez-vous fait?
- Comment ça, "comment"? Nous n'y sommes pour rien! lâcha sèchement Jonas.
- Accuseriez-vous le Cyberempereur?
- Nous n'avons aucune raison de vous entraîner dans ce trou noir, et nous n'avons aucun moyen de le faire, vous le savez bien, rappela Clara. C'est forcément à cause de votre empereur et de ses Cybermen de l'Infinium!
- Nous n'avons aucune nouvelle de l'Empereur. Ni de ses plus proches cybermen.
- Ah, qu'est-ce que je vous disais! Il est en train de vous trahir! Il faut abattre son vaisseau.
- Mais pourquoi ferait-il cela? Ce comportement n'est pas logique.
- Mais il n'est pas logique, et vous le savez bien! coupa Jonas. Ce n'est pas un Cyberman comme les autres. Il a des émotions. Et cela le rend faible.
- C'est votre philosophie! ajouta Clara.
- Les Égaux n'ont pas de philosophie. Il s'agit d'une logique de pensée.
- Vous êtes un Égal? demanda Élémohn en se levant, attentif.
- Oui.
- Le Cyberempereur... est-il un Égal?
- Non. Mais il respecte les lois des Égaux, qu'il a lui même instaurées.
- Oh, je vois... Mais les respecte-t-il, maintenant?
- Je... Information indisponible.
- Si vous êtes les Égaux, alors laissez-moi vous rappeler une des règles de votre culte. Ce culte que vous imposez à toutes les planètes. Parce que vous le respectez, vous aussi, le culte, ou du moins ses règles, non?
- Oui.
- Bien... Parlons des défaites, alors. Des perdants. Que dîtes-vous sur les perdants? Le bon perdant n'a pas perdu. Le bon perdant est celui qui rejoue malgré la défaite, qui jamais ne s'en inquiète.
- C'est d'un consumérisme... murmura Jonas, qui se fit d'ailleurs frapper sur le pied par Clara pour qu'il ne fasse pas de réflexions face au Cyberleader.
- Où est le rapport avec le Cyberempereur? demanda le cyborg.
- N'avez-vous pas perdu? s'étonna faussement l'esclave. Votre plan, c'était de tuer tout le monde, non? L'univers tout entier. Et vous avez échoué, tout a échoué. Vous êtes perdants. Le Cyberempereur l'est encore plus. Et là, une bataille arrive, et qu'est-ce qu'il fait? Il abandonne, il vous abandonne. La défaite qu'il a subie l'a marqué, il s'en inquiète trop, il n'a plus envie de gagner. Il n'a plus la logique de victoire.
- Et il a pourtant une flotte plus puissante, et un vaisseau amiral énorme! continua Clara. Il a toute les chances de son coté, mais il se laisse influencer par sa défaite. Il n'a pas de logique!
- Cela... Cela semble vrai.

Les deux voyageurs temporels commençaient à sourire en voyant que le Cyberleader commençait à douter, mais Élémohn, lui restait grave, sérieux, et presque en colère. Il avait envie de se venger, ça se ressentait. Se venger des mensonges, se venger de la manipulation qu'on avait exercé sur son peuple. Et quelle meilleure vengeance que manipuler ses faux-dieux avec leur propre culte? Night avait fait l'erreur de faire croire aux Cybermen eux-même qu'ils étaient des Égaux, de ne pas faire confiance au Cyberleader et de faire en sorte qu'il le pense lui aussi... L'esclave ne faisait que les exploiter.

- Et les Égaux ne sont-ils pas sensés être égaux envers et contre tout?
- La hiérarchie est nécessaire, et...
- Je ne parle pas de la hiérarchie. Que fait votre chef? Il vous sacrifie, et se sauve la vie. Les Égaux vivent et meurent ensemble!
- Si un Égal doit se sacrifier au nom de la survie de la Divine Égalité, alors...
- Mais ce n'est pas un Égal! coupa Jonas. Bon sang, c'est votre armada toute entière qui est sur le point de faire une chute sans fin dans un trou noir! Un trou noir que votre chef a provoqué! Ce n'est pas un sacrifice volontaire fait par un d'entre vous...
- C'est un massacre perpétué par votre chef, sous sa seule volonté! Il massacre les Égaux, les plus puissantes créatures de cette galaxie! Il doit mourir avec vous, ou alors personne ne meurt.
- Nous pourrions très bien tous vivre, dans ce cas, et vous laisser chuter dans le trou noir.
- Sauf que vous ne pouvez PAS survivre! rappela Élémohn. Tout le monde va mourir, ici. Dans combien de temps, je n'en sais rien. Mais tout le monde va mourir, tout le monde, sauf votre Vaisseau Amiral et votre Cyberempereur! Il pense pouvoir tirer son épingle du jeu, mais il a tort. Il ne respecte pas la logique des Égaux, qu'il a lui-même instauré. Il ne peux plus commander, maintenant qu'il a trahi ses propres règles. C'est un des principes du pouvoir selon les Égaux, non? Maintenant, c'est vous qui commandez. Et vous devez commander l'attaque du vaisseau-amiral, pour respecter les règles. Vos règles.
- Cela est logique. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le message était prêt à être envoyé. Tasha se leva de son fauteuil, et se plaça devant la caméra holographique. Les jeunes avaient bien fait leur travail, se disait-elle. Déjà, plusieurs vaisseaux cybermen commençaient à attaquer le bâtiment de Night, qui restait toujours immobile, cependant.

« Ordre à toute la flotte coalisée: cessez le feu! Je répète, cessez le feu! Nous avons réussi à convaincre les Cybermen d'abattre leur vaisseau amiral. Ne posez pas de questions, et exécutez cet ordre. Vous devez désormais concentrer vos tirs sur le vaisseau amiral cyberman uniquement! Aucun autre vaisseau ne doit être pris pour cible! Vous pourrez vous occuper des autres vaisseaux ensuite. »

Elle arrêta ici sa communication, espérant que personne n'aurait l'idée de contester ses ordres. Elle avait été obligé de faire une énorme concession, en évoquant le fait que la flotte pourrait attaquer les autres vaisseaux Cybermen une fois le vaisseau amiral détruit. Mais c'était la seule manière qu'elle avait trouvé pour que les Coalisés acceptent son ordre, notamment les Sontariens.
Elle s'approcha ensuite de l'hologramme géant de la passerelle, qui montrait la disposition des deux flottes. Les nombreux cybervaisseaux commençaient à pilonner le robuste vaisseau rectangulaire situé au centre de la formation cyberman. C'était plus une base ou une station spatiale qu'un vaisseau, d'ailleurs. Tant mieux, il pourrait se défendre plus longtemps, endommageant encore plus le reste de la flotte cyberman.
Mais le Docteur était dedans... Et il n'était toujours pas rentré. Hors, sans lui, impossible de sauver les coalisés... Que faisait-il?

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le couloir tremblait, en même temps que le vaisseau se faisait tirer dessus. Jack et River faisaient le guet dans la passerelle privée de Night, pour l'empêcher d'annuler les ordres et de reprendre le contrôle de sa flotte, tandis que le Docteur, lui, était parti dans les corridors du vaisseau amiral.
Il lui restait une chose à faire.

Partout où il le pouvait, il activait son tournevis sonique. Cela ne lui permettait pas d'ouvrir des portes, mais il essayait, encore et toujours.
C'était la meilleure façon de se faire détecter. Et il le savait très bien. Parce qu'il voulait se faire détecter. Et aux bruits qu'il entendait derrière lui, ça marchait.
Il se retourna. Le couloir dans lequel il se trouvait était particulièrement long, et il était actuellement à une vingtaine de mètres d'une des extrémités, et à une cinquantaine de l'autre. Et le bruit de vérin venait du premier bout, le plus proche. Une jambe de fer apparut, et un pied de Dalekanium. Parfait, pensa le Docteur. Le Cyberempereur dépassa le croisement et se tourna vers le Seigneur du Temps. Son visage était bourré de bosses et de cratères, tout comme ses bras et sa cuirasse.

« Doc...teeeeeeur!
- Tiens, votre cybermajesté! Je ne m'attendais pas à vous voir ici...
- Votre ironie est inutile... Je... Vous avez... vous avez réduit à néant tous mes plans.
- Tous, en effet. J'ai renversé des dictatures, j'ai démasqué un traître, j'ai fait sauter un laboratoire et des vaisseaux spatiaux... Et j'ai détruit vos générateurs d'Ondes Delta. Oh, et, vous l'avez probablement compris, j'ai lâché votre petite flottille dans votre propre trou noir. Et c'est aussi, indirectement, à cause de moi, que tous les vaisseaux présents dans le secteur sont en train de vous mitrailler. Y compris les vôtres. Vous êtes en colère?
- Je suis... Je suis... contrarié. La colère pure n'existe plus, pour moi. Mais je n'ai pas encore tout perdu.
- Si... Votre vaisseau, s'il n'explose pas, perdra forcément son champ de gravité, et sera attiré vers le trou noir, sans aucune échappatoire possible.
- Tout comme votre "flotte coalisée", Docteur.
- Non... J'ai tout prévu, pour ça, et faîtes moi confiance à ce niveau.

Night commença à avancer en direction du Seigneur du Temps, qui recula instinctivement, à la même vitesse.

- Je pourrais vous tuer. Là, maintenant. Vous ne survivriez pas, cette fois. Et vous ne pourriez pas vous régénérer, si je vous tire dessus pendant le processus. Mais je ne vous tirerai pas dessus. Pas encore.
- Ah bon? Et pourquoi? Parce que votre canon a été endommagé par ce cher Jack?
- Parce qu'il me reste un dernier combat à mener, Docteur. Et que j'y survive ou pas, je le gagnerais.
- J'aimerais bien voir ça... murmurait le Seigneur du Temps en continuant de reculer, pour garder la même distance entre lui et le Cyberman.
- Le Docteur... Savez-vous ce que l'on dit de vous? L'homme de bien. Le Protecteur de l'Univers.
- Je n'aime pas trop les titres, mais... Ce n'est pas faux.
- Le Prédateur. La Tempête qui Approche. Le Destructeur des Mondes.
- Je vous l'ai dit, je n'aime pas vraiment les titres.
- Les moins glorieux, surtout. Mais de ce que je sais de vous, l'incarnation que vous êtes... Vous n'êtes plus cet Homme de Bien.
- Qu'en savez-vous? tonna le Docteur. Vous voyagez avec moi, peut-être? Vous ne m'avez pas vu sauver une famille Drastanienne des flammes de leur maison, vous ne m'avez pas vu empêcher un enfant de ruiner sa famille pour des caprices terribles, vous ne m'avez pas vu détourner le vaisseau Rocallion de sa course alors qu'il allait percuter la Tour Druk sur Tazzeta IV! Alors ne me jugez pas!
- Je sais cependant que vous avez fait exploser des vaisseaux où se trouvaient des gens. Des innocents, comme vous le dîtes. Je sais aussi que vous avez fait exploser une base militaire sur Progus, tuant des dizaines de soldats. Et que vous êtes en train de lâcher une flotte entière dans un trou noir.
- Alors ça, c'est le comble! s'écria le Seigneur du Temps. Qui a déclenché ce trou noir? Qui a fait s'effondrer l'étoile? QUI? Moi, peut-être? Non, c'était vous.
- Oui, c'était moi. Je savais que vous aviez pris contact avec le Cyberleader, et je venais d'échapper au massacre des membres de l'Infinium que VOUS avez ordonné. Je devais vous empêcher de retourner ma flotte contre moi. Il s'agissait de la seule solution: grâce aux champs de gravité, l'armada ne subissait aucun problème, alors que les Coalisés étaient condamnés.
- Comment avez-vous réussi à déclencher un effondrement de l'étoile et une expansion si rapide du trou noir?
- La science, Docteur, au service des meilleurs, de ceux qui doivent diriger. La Science peut faire des miracles.
- Certes...

Le Docteur venait d'arriver au bout du couloir. Il tourna donc à gauche, tout en faisant face au Cyberempereur, et en reculant, tandis que celui-ci avançait.

- Vous souhaitez me tuer?
- Oui, si vous voulez tout savoir. Vous êtes tout à fait capable, si vous vous enfuyez, de monter un plan pire encore que celui que vous aviez.
- Et vous vous dîtes encore homme de bien? Prêt à tuer de sang froid.
- Vous êtes un Cyberman: vous êtes perdu pour l'Univers. Il n'y a aucun regret à avoir, parce que vous, vous n'en auriez aucun!
- Il n'empêche que vous souhaitez tuer quelqu'un.
- C'est une histoire de prévention, c'est tout!
- Je vois que l'Illusionniste ne m'a pas menti...

En entendant cela, le Docteur s'arrêta quelques secondes. Qu'avait donc dit l'Illusionniste? Son visage devenait de plus en plus pâle en entendant ce que disait Night.
Un énorme choc ébranla la carcasse du vaisseau, et le Docteur failli perdre l'équilibre, se rattrapant sur une poignée métallique accrochée vers le haut du mur. Autour d'eux, les lumières s'étaient éteintes. Seules restaient les petites lampes auxiliaires de secours, et le couloir très lumineux bien que grisâtre du vaisseau était désormais plongé dans une atmosphère nocturne.

- Que vous a-t-il dit? demanda le Seigneur du Temps avec crainte, en reprenant sa marche arrière, alors que Night s'était rapproché de lui.
- Il m'a expliqué quelles étaient vos peurs, Docteur. Votre plus grande peur. Cette grande peur que vous cachez à tous.

Le Docteur se souvint... Les illusions totales de l'Illusionniste, sur le clone de Gallifrey. Il s'était retrouvé sur Trenzalore... Il faisait jour, et il n'avait jamais fait nuit durant toute l'illusion. Il s'était retrouvé nu, dans la neige. Et il avait affronté sa plus grande peur.

- Car ce dont vous avez le plus peur, Docteur...
- Taisez-vous! Vous ne savez même pas ce que c'est la peur. Vous ne le savez plus.
- Comme c'est... ironique. Le fait même de nommer votre peur vous fait peur. L'homme que vous avez délibérément lâché à cent mètres au-dessus du sol de Moscou avait donc raison, il m'avait dit vrai. Ainsi, j'ai gagné ce dernier combat.

Le Docteur s'arrêta. Il était dos à la porte du sas. Car c'était ce qu'il y avait au fond du nouveau couloir: un sas menant au vide spatial. Le Cyberman continua d'avancer, et se retrouva à moins de deux mètres de lui. À la droite du Seigneur du Temps se trouvait un petit panneau, occupé par quelques boutons seulement.

- Ce dernier combat?
- Je vous ai fait peur, Docteur. Vous tuer n'est qu'une formalité, une logique. Un comportement typiquement cyberman. Mais vous faire peur, c'est un combat bien plus difficile, et bien plus utile. Ces inhibiteurs d'émotions en moi ne font qu'atténuer la fierté, le plaisir, que j'ai eu à vous faire peur. Je vous ai fait peur, et vous, vous ne le pourrez jamais.

Night approcha sa main en Dalekanium du panneau d'activation, et appuya sur un bouton rouge. La première porte du sas, celle à l'intérieur, s'ouvrit.

- Rentrez, désormais.

Une bombe s'abattit sur le vaisseau, tout près d'eux, faisant presque valser l'endroit tant le choc fut puissant. Mais le Cyberempereur tint bon, tout comme le Docteur. Mais à coté, le panneau cracha quelques étincelles, et plusieurs voyants se désactivèrent. Le Seigneur du Temps se pencha vers l'appareil, et un éclair de génie traversa son regard lorsqu'il découvrit les conséquences de l'impact.

- Oui, je vais rentrer. Vous, vous allez sortir.

Le Docteur se colla au mur du panneau, abattit son poing gauche sur un bouton rouge et attrapa une des poignées de sécurité située sur le mur de sa main droite, le tout presque en même temps. Night n'eut pas le temps de réagir: la deuxième porte, menant vers l'extérieur, s'ouvrit d'un coup, et le vide spatial aspira immédiatement tout l'air et l'oxygène se trouvant dans le couloir, le dépressurisant en un éclair. Le Cyberman fut tiré vers l'espace sans même comprendre ce qui se passait et fut expulsé du vaisseau si vite que le Docteur n'aperçut presque qu'une trainée argentée passer par la porte.
Le Seigneur du Temps s'accrochait à la poignée, mais il était aspiré lui aussi. Sa position l'empêchait d'accéder au panneau de commandes. Il décida donc de lâcher la barre de fer, et fut lui aussi aspiré, ayant cependant le temps de s'accrocher au mur contenant la première porte du sas, la porte intérieure.... Ses pieds ne sortaient pas dans l'espace, ce qui était parfait. Il tendit une main vers l'avant, cherchant à trouver le panneau, car le souffle plaquait ses cheveux sur ses yeux, et remontait sa manche. Ses propres doigts avaient du mal à se plier. Mais après un dernier effort, il réussit à presser le bouton qu'il avait enfoncé, et la porte derrière lui se ferma, cessant ainsi la dépressurisation.
Le Seigneur du Temps tomba à terre, et soupira... Le choc qui avait atteint le vaisseau avait désactivé les systèmes de sécurité du sas, qui était sensé empêcher l'ouverture des deux portes en même temps. Il en avait profité.
Il se releva, et regarda par le hublot du sas: des milliers de vaisseaux attaquaient le vaisseau amiral... Il valait mieux s'enfuir. Night n'était plus un problème, car il ne pouvait pas échapper à l'attraction du trou noir, c'était tout simplement impossible. Le Docteur, en se disant que l'Infinium était enfin hors-course, ne put s'empêcher de murmurer:

- Voilà qui est fait.

Il prit ensuite son manipulateur de vortex, et contacta ses deux alliés restés dans la passerelle de Night.

- Jack, River, il ne vaut mieux pas rester ici! Rejoignez-moi dans l'Unité Papale, nous avons une flotte à sauver. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Les portes du TARDIS s'ouvrirent, et les trois voyageurs temporels rentrèrent dans la Salle de Contrôle. C'était surprenant, mais elle était totalement réparée. Jonas et Clara furent plus que surpris en voyant cela, mais ne posèrent pas de questions. Le Docteur les plaça chacun devant un panneau de la console, et se mit lui même à un troisième, de telle façon que les trois occupants de la cabine couvraient chacun deux panneaux différents.
Le Docteur, River et Jack venaient de rentrer du vaisseau amiral grâce à leurs manipulateurs de vortex (l'archéologue ayant d'ailleurs récupéré son bracelet à cette occasion), et le Seigneur du Temps s'était ensuite précipité vers une baie de l'Unité Papale avec ses compagnons, pour y retrouver sa cabine téléphonique bleue.

« Bon, maintenant, on s'occupe de la flotte. Je suppose que vous êtes surpris parce que la pièce est comme neuve...
- Euh... oui, plutôt... répondit Clara.
- Et bien je vais vous expliquer, et vous verrez à quel point le monde est bien fait, aujourd'hui. Les trous noirs, c'est dans la base de la science des Seigneurs du Temps: le TARDIS n'a aucun problème avec l'attraction d'un trou noir, et en plus, il peux en utiliser l'énergie sans aucun problème.
- Le TARDIS s'est juste... ravitaillé?
- Exactement, Jonas. Et il s'est réparé tout seul. Bon, maintenant, on va utiliser l'autre propriété sur les trous noirs: aucun problème de gravité.
- Et on va faire quoi? S'enfuir?? hoqueta Jonas.
- Bien sûr que non... grogna le Docteur en pianotant sur plusieurs boutons. Nous allons remorquer la flotte jusqu'à ce qu'elle soit hors de l'influence du trou noir, et ensuite, elle se débrouillera bien toute seule.
- Attendez... Vous voulez remorquer... une flotte de combat? répéta Clara avec un air choqué.
- On a bien remorqué une église. Et puis, j'ai déjà remorqué bien plus gros qu'une flotte de combat. Bon, vous, écoutez mes ordres, à trois, ça sera plus facile. Jonas, tournez le levier horizontal, là, d'une quarantaine de degrés, et vous, Clara... la console derrière vous, entre les sièges: appuyez sur tous les boutons avec un voyant orange, à gauche. Bien!

Le Docteur continua de donner ses instructions, pendant qu'il pilotait le TARDIS hors de l'Unité Papale, pour se mettre derrière la flotte assez désorganisée. Jonas tournait des manivelles, le Docteur appuyait sur des boutons, et Clara désactivait et activait des leviers. Au bout d'une bonne minute de coordination, le Docteur s'écria enfin:

- Verrouillée! Toute la flotte est verrouillée. Plus qu'à la tracter, maintenant.

Le Docteur tira une partie de la double manette qu'il utilisait pour matérialiser et dématérialiser le TARDIS, et le rotor temporel se mit à briller, tandis que le vaisseau lançait des bruits spéciaux, assez proches de sa respiration mécanique, mais tout en étant bien différents. De l'extérieur, on pouvait voir l'énorme flotte foncer dans la direction opposée au trou noir, et devant, cette petite cabine téléphonique bleue... Il n'y eut besoin que de quelques minutes pour qu'enfin la Flotte Coalisée, désorganisée, ressemblant à une sorte de chose irrégulière, comme une explosion dessinée par chaque vaisseau, sorte enfin du champ gravitationnel du puits que formait l'ancienne étoile, alors qu'au loin, les vaisseaux Cybermen, laissés pour compte, commençaient à tourner autour de l'astre obscur, entraînés dans son mouvement, sans aucun espoir de retour. Le temps ralentissait, à proximité d'un trou noir, et la chute leur semblerait infinie... Jusqu'à ce qu'ils soient totalement écrasés par la gravité.

- On a laissé les Cybermen? demanda Jonas à voix basse.
- Oui... répondit le Docteur.
- Alors qu'ils nous ont aidés, constata le jeune homme avec tristesse.
- Jonas... Nous ne pouvons pas les aider. Les Cybermen sont des Cybermen, ils ne peuvent pas changer. Un bon Cyberman, ça n'existe pas. Je n'en ai jamais vu, et je ne pense pas en voir un. Et une fois qu'ils sont convertis, on ne peux plus rien pour eux. Ceux-là seraient allé conquérir planètes et galaxies pour grossir leur rangs. Les laisser dans le trou noir était la meilleure chose à faire. Croyez-moi, la dernière fois qu'on en a croisé autant avec Clara, on a du faire exploser une planète pour s'en débarrasser... Enfin bref!

Le Docteur pianota sur quelques boutons, et tira vers lui un écran accroché au rotor, se plantant face à l'image de Tasha Lem, vue en visioconférence.

- Tasha, mission accomplie! Il faudrait que l'on se retrouve quelque part, disons Rémox, pour déposer Élémohn, que je le félicite. Et puis, tu vas avoir besoin de convaincre des centaines de planètes que les Égaux, c'était un canular.
- Oh, je déléguerai, mon cher... Mais je m'occuperai de Rémox personnellement, ne serait-ce que pour remercier ce Élémohn. Clara et son ami t'ont expliqué que sans lui, le Cyberleader n'aurait jamais ordonné de retourner l'armada contre Night?
- Comment ça, "son ami"? s'offusqua la jeune fille.
- Oui, ils m'ont expliqué... soupira le Docteur en faisant signe à sa compagne de se taire. Enfin bref, à dans quelques jours? Et surtout, garde River et Jack avec toi, j'ai envie de leur dire au-revoir, mais je préfère les adieux groupés.
- Ah, si seulement ça pouvait être un adieu, entre nous deux, comme ce serait beau...
- Les au-revoir groupés, en effet, c'est mieux! corrigea le Docteur en riant. »

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Le jardin de la maison de Crucien était éclairé par la lumière rougeâtre du soleil couchant de Rémox. Quatre rectangles d'herbes vertes-jaunes spécifiques de cette planète, rougies par les rayons de l'étoile, se dessinaient entre les chemins de marbre qui formaient une croix. Le jardin, rectangulaire, était à l'intérieur de la maison, sans toit, et encadré d'arcades.
Le TARDIS se trouvait sous une de ces arcades, à l'extrémité d'un des chemins, et au milieu du jardin, ça discutait. Il y avait Tasha Lem, dans une robe noire assez fine pour ne pas étouffer dans la chaleur, Jack, qui avait laissé son imperméable dans une autre pièce dans la maison, et dont les pinces des bretelles brillaient, et River, dans une tenue décontractée et un peu trop moulante au goût du Docteur, qui se trouvait aussi là, et qui avait laissé tombé sa veste noire pour l'occasion et restait donc en chemise blanche. À ses cotés se trouvait Clara, habillée d'une simple petite robe d'été blanche orangée par la lumière et recouverte par un perfecto noir, qui discutait avec Élémohn, habillé dans des habits fins, certes, mais bien plus beaux que ceux qu'il portait lorsque le Seigneur du Temps l'avait vu la première fois. Tout ce beau monde discutait juste le temps d'un apéritif, mais sans prendre l'apéritif, avant de se dire au-revoir.

« Où est Jonas, d'ailleurs? demanda River.
- Oh, il est dans sa chambre, dans le TARDIS, répondit Clara. Il se change.
- Dans sa chambre? répéta Jack avec un air intéressé. Vous êtes sûr qu'on ne peux pas entrer, Docteur?
- Vous ne touchez plus à une écharde de ma cabine, Jack, c'est clair? lâcha le Seigneur du Temps en rigolant. Sinon, Élémohn, permettez-moi de vous féliciter encore une fois pour ce que vous avez fait. Jonas et Clara m'ont tout raconté plusieurs fois... Je me demande même s'ils n'ont pas un peu trop mis de lyrique là-dedans...
- Merci, Docteur, mais bon... Il fallait que j'essaye, et puis, ils méritaient bien qu'on les manipule avec leur propre culte.
- Tu comptes faire quoi, maintenant? demanda Clara, qui avait commencé à tutoyer le Rémoxain.
- Et bien, comme vous le savez, je suis libre, désormais, et j'ai même une petite fortune léguée par maître Crucien. Je crois que je vais aider la Mère Lem sur Rémox.
- La mère Lem... On ne me l'avait jamais faîte, celle-là! remarqua la principale intéressé en souriant. Mais bon, comme je disais il y a quelques minutes, tout est réglé avec les instances dirigeantes et le gouvernement: j'ai leur entière collaboration. Élémohn est l'exemple même de la force et de l'intelligence Rémoxaine, capable de battre les Égaux à leur propre jeu. Bon, nous avons encore du temps pour trouver des explications, bien sûr, et je vais réunir un concile... Mais il n'en reste que je m'occuperai personnellement de cette planète: il va falloir changer les esprits pour effacer le culte dans le monde entier.
- Essaye de ne pas les convertir non plus, hein! avertit le Docteur. Liberté de conscience, et tout ça, faut pas oublier.
- Il va peut-être falloir un bon siècle pour que cette religion disparaisse, Docteur...
- Vous êtes obligé de la faire disparaître, de l'effacer totalement? s'inquiéta Clara.
- Oui, répondit River. Clara, imaginez que des Cybermen d'une autre faction arrivent ici et profitent de toutes ces planètes prêtes à se sacrifier pour eux.
- Cependant, nous n'allons pas effacer la religion, précisa Tasha. Il faut que les gens s'en souviennent comme d'une énorme arnaque historique. Et il faut qu'ils comprennent qu'il y a des milliers de peuples qui les attendent, là-haut, dans les étoiles. Avec de la chance, ils créeront des vaisseaux spatiaux dans un demi-millénaire... Rémox a le potentiel.

Derrière eux, les portes en bois du TARDIS s'ouvrirent, et Jonas s'extirpa de la cabine, habillé en tunique et pantalon de lin.

- Tiens, Jonas! cria le Docteur pour qu'il l'entende. Vous ne vous êtes pas changé?
- Non, répondit le Qatrosien en courant vers eux, pour se joindre au groupe. En fait, je...
- Bah, peu importe. Il faudra quand même rendre les vêtements à la veuve de Crucien. Mais sinon, Jonas, j'ai quelque chose pour vous.
- Euh, et bien, c'est à dire que...
- Roh, taisez-vous un peu, pour une fois. Et je ne veux pas de "de quoi?", d'accord? rouspétait le Seigneur du Temps en cherchant dans la poche de son pantalon. Ah, voilà! Jonas, tenez, c'est pour vous.

Il lui tendit alors un petit objet métallique. Une clef. Une clef qu'il reconnaissait bien.

- La clef du TARDIS?
- Oui, Jonas. J'ai oublié de vous la donner, je ne sais même pas pourquoi. Tous mes compagnons en ont une. Vous ne devez pas faire exception, alors que ça fait... six ou sept mois que vous voyagez avec moi. Alors prenez-là, n'ayez pas peur, elle ne mord pas.
- Mais Docteur... Je...

Le jeune homme soupira, regarda le Seigneur du Temps droit dans les yeux avec un air légèrement triste, et se jeta à l'eau.

- Je n'en aurai pas besoin. Je vais rester ici.
- De... de quoi?

L'assemblée était stupéfaite. Enfin, l'assemblée... Clara et le Docteur, surtout. Le Seigneur du Temps regardait son compagnon avec un air totalement surpris. Il avait du mal à croire ce qu'il entendait.

- J'y réfléchissais, dans ma chambre. Et j'ai pris ma décision. Le TARDIS, les voyages dans le temps, c'est fini pour moi. Je sais que ça ne vous plaira pas, mais... je ne veux plus continuer.
- Mais... pourquoi?
- J'ai l'impression... Je veux dire... Ce que je vois est peut-être merveilleux, mais c'est aussi horrible, parfois. Et... Enfin, peu importe, j'ai mes raisons pour partir, et j'en ai pour rester ici. Chez moi, je ne serai jamais bien accueilli. Ici, au moins, je pourrai servir à quelque chose, si Tasha Lem veux bien de mon aide. Et puis il y a Élémohn.
- Vous n'êtes pas tombé amoureux, quand même! hoqueta le Docteur avec une once de désespoir. En même temps, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé, ça, d'en voir un ou une partir parce qu'il ou elle avait trouvé l'âme sœur.
- Non mais arrêtez de me caser avec tous les hommes ou femmes qu'on rencontre, Docteur! gloussait le jeune homme. Élémohn m'a sauvé la vie... Lorsqu'on a fui le vaisseau avec les générateurs d'ondes, là. Il m'a poussé sur le coté et a à peine eu le temps de bouger pour éviter le tir qui m'était destiné. S'il n'avait pas fait ça, je ne serais pas là, Docteur. J'ai une dette envers lui. Et de toute façon, il y a une galaxie, voire même plus, à remettre en ordre, des peuples entiers qui sont désormais libres, sans même qu'ils aient un jour su qu'ils ne l'étaient pas. Ces peuples là, ils ont besoin d'aide. Et je veux les aider, moi.

Le Docteur lâcha un maigre sourire. Il était pris par l'émotion... Mais il était fier de son compagnon de voyage. Après tout, il prenait un beau chemin, désormais. C'était peut-être mieux ainsi.

- J'imagine que je ne peux pas vous faire changer d'avis. Et puis, à quoi bon. Vous avez préparé vos valises?
- Oui. Elles sont dans la Salle de Contrôle. D'ailleurs, j'y ai laissé un petit souvenir d'un voyage que nous avions fait tous les deux, quand Clara avait voulu faire quelques semaines de cours sur Terre.
- Oh... Je crois savoir de quel voyage vous parlez... Enfin bref, peu importe. Restez discuter avec nous, puis vous irez les prendre. Mais avant, gardez la clef, s'il vous plait, Jonas. Même ceux qui sont partis la gardent. Parce que si un jour, dans votre vie, vous avez un quelconque problème, si des aliens vous attaquent ou je-ne-sais-quoi... Prenez-là dans votre main, et là, si vous avez vraiment besoin d'aide... Je serai là. »

Jonas laissa un sourire se dessiner sur son visage et pris la clef en main, pour la fourrer dans une poche de son pantalon. Puis les discussions reprirent. Jack avait décidé de repartir au holo-cinéma, pour retrouver ce Blowfish qu'il avait vu au toilettes, et s'il ne le trouvait pas, peut-être partirait-il en quête d'Alonso Frame (et il insistait pour dire qu'ils s'étaient bien mariés, mais que l'alcool en était la principale cause), dont il avait perdu la trace. River, elle, devait faire quelque fouille sur Traxtos. Tasha Lem se plaignait un peu face à son agenda chargé: nommer des délégués pour s'occuper des centaines d'autres planètes qui croyaient en la Divine Égalité, organiser un Concile pour réfléchir aux solutions à apporter à ce problème, et négocier avec les Coalisés, qui avaient la vague impression de n'avoir pas servi à grand chose.
Enfin, les séparations eurent lieu. Le Docteur salua tout le monde, tandis que Jonas sortait trois valises assez larges du TARDIS et faisait ses adieux à Clara, qui lui baisa la joue pour le remercier de ces quelques mois de voyages, tout en précisant que s'il lui manquerait beaucoup, elle ne ressentait absolument rien pour lui (la remarque fit grandement sourire Jonas, qui notait que la jeune fille était fidèle à elle-même). Puis, le Docteur s'approcha du Qatrosien, et sans rien dire, lui fit une franche accolade. C'était presque comme s'il l'enlaçait... Il se retira au bout de quelques secondes, puis lui dit au-revoir.

« N'oubliez pas, si vous avez besoin d'aide...
- Oui, ne vous inquiétez pas, c'est difficile de vous oublier.
- Je sais... Bon, et bien... à la prochaine fois? Espérons qu'on puisse se revoir, mais pas dans une attaque ou quelque chose comme ça.
- Oui, espérons. Mais pas tout de suite, laissez-moi m'acclimater un peu. Oh, et j'oubliais, vous pourriez prévenir ma famille, sur Qatros? Mes parents doivent encore vivre à Krumwen, mon village. Dîtes-leur que je vis ma vie dans un monde libre, et... racontez leur un peu nos histoires, à tous les trois, s'ils veulent savoir ce que nous faisions.
- Je... Je le ferais. Promis.
- Merci, Docteur. Pour ça, et pour tout ce que j'ai pu voir, avoua Jonas avec un sourire.
- Ce n'est rien... et puis... Merci à vous aussi, parce que sans vous... je pense que ni moi ni Clara ne serions ici. »

C'est ainsi que s'achevèrent ces adieux. Le Docteur rentra dans le TARDIS, referma la porte, et quelques secondes plus tard, la cabine bleue disparut, se volatilisant en clignotant et en lâchant une forte respiration mécanique. Un souffle doux faisait flotter les cheveux de l'ancien résistant, dont le visage se couvrait de quelques légères larmes d'émotion... Une vie s'achevait dans ce souffle. Et lorsque la cabine eut complètement disparu, une nouvelle vie commençait pour celui qui désormais s'appelait Jonas de Rémox.

ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ-ΘΣ 


Clara respirait fortement. Elle était triste, bien sûr, mais elle avait déjà subi de plus lourdes pertes... Sauf qu'il ne fallait pas penser comme ça. Non, elle devait penser à autre chose, et là, il y avait un bon sujet de conversation.

« Pourquoi les néons sont jaunes? interrogea-t-elle.

En effet, le rotor temporel avait perdu son habituelle couleur bleue/blanche pour adopter une lumière jaune-orangée, qui diffusait une atmosphère douce et estivale dans la pièce.

- C'est Jonas qui a fait ça. C'est le souvenir qu'il m'a préparé... Il a du apprendre à changer la couleur lorsque j'ai remis le rotor à sa couleur normale après les Jeux Olympiques...
- Un souvenir d'un voyage, il disait... Quel voyage? J'étais pas là, d'accord, ça m'est arrivé, mais vous me racontiez toujours tout. Je vois pas d'où un rotor orange peux bien sortir.
- Oh, je ne vous ai pas raconté celui-là... Vous ne nous auriez pas cru. Disons que nous avons fait une rencontre très, très étrange.
- Mouais... Bon, sinon, quelque chose me triture un peu l'esprit, là... Qu'est-ce que vous faisiez dans le vaisseau amiral? Vous disiez que vous aviez quelque chose à faire, à chercher. C'était quoi?
- Oh, ça...

Le Docteur sortit son tournevis et le planta dans la prise adaptée sur la console.

- Je suis allé fouiller dans les archives de l'Infinium, pour trouver leurs travaux sur la récupération du clone de Gallifrey. Peut-être que ça nous sera utile pour localiser et retrouver la vraie planète.

En entendant cela, Clara eut un grand sourire. C'était une bonne nouvelle, ça. Le Docteur avait un peu mis de coté la recherche de sa planète pendant les derniers mois. Il était peut-être temps que cela change. Mais le Docteur, lui, souriait un peu moins. Dire cela lui remettait en mémoire l'Illusionniste, Trenzalore de jour, Night... Et sa dernière discussion avec le chef de l'Infinium. Et alors, sans même le vouloir ou presque, il posa une question à la jeune fille présente à coté de lui.

- Clara, dîtes-moi... Est-ce que vous me trouvez mauvais, parfois?

La jeune fille se figea... La question était inattendue. Son sourire s'effaçait au fur et à mesure qu'elle essayait de chercher une réponse, mais très rapidement, elle souhaita éviter le sujet.

- Je... Pourquoi cette question?
- Non, pour rien, oubliez là. Dîtes-moi, sinon, vous avez toujours votre petit livre des 100 endroits à visiter?
- 101! corrigea la jeune fille. Et je l'ai laissé chez moi, sur Terre, il y a 4000 ans.
- 2423 ans! précisa le Docteur en regardant un cadran sur la console. Nous sommes dans le vortex, vous savez. Enfin bref, je ne crois pas qu'on ait tenté de le remplir. Est-ce que ça vous dirais de visiter toutes les destinations?
- À l'époque où ce n'étaient pas des ruines, on est bien d'accord?
- On est bien d'accord. Alors on fait ça? Je vous dépose chez vous, vous faîtes une ou deux semaines de cours, je vais avertir les parents de Jonas qu'il va vivre une vie épanouie, et je reviens vous chercher. Et ensuite, on se fait le Colisée à Rome le jour de son ouverture?
- On fait ça! approuva Clara. Mais pas Rome tout de suite: niveau antique, j'ai eu ma dose. Oh, et en fait, vous êtes sûr que vous voulez garder le rotor en orange? Parce que j'aime pas beaucoup...
- Je n'aimais pas vraiment, au début, mais j'en connais certains qui me hanteraient dans mes rêves pour me punir de ça. Et puis, on s'y fait rapidement.
- Bon, d'accord. Et puis, ça rappelle un peu Gallifrey, n'est-ce pas?
- Un peu... »

Clara lâcha un sourire, puis couru dans les escaliers pour rejoindre sa chambre. Le Docteur la regarda s'éloigner dans le couloir, puis s'assit sur un fauteuil peu confortable de la pièce. Une page venait de s'achever. Ce n'était pas la première, pour le Docteur, et ce ne serait pas la dernière. Et cette fois, il était confiant, et dans son esprit, il avait déjà empoigné la feuille et l'avait tournée. Une nouvelle page à lire et à écrire, chaque jour. Et si cette page devait se tourner un jour, forcément, le Docteur et Clara n'en étaient pour l'instant qu'au premier paragraphe.






La suite dans l'épisode spécial
L'HEURE DES CHOIX

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Dernière édition par Adan Flyber le Sam 4 Avr 2015 - 11:36; édité 59 fois
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MessagePosté le: Lun 17 Mar 2014 - 17:50    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 21 Mar 2014 - 10:05    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Nouvelle partie postée. Bonne lecture, et n'hésitez pas à commenter! Wink
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MessagePosté le: Lun 24 Mar 2014 - 19:09    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Avancement de la fic mis à jour.
Partie 3 publiée, avec, pour la première fois, une musique inédite! Je vous souhaite une bonne lecture, et une looooooonge attente pour voir comment on va résoudre ce cliffhanger. Laughing

Comme toujours, n'hésitez pas à commenter!
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MessagePosté le: Ven 28 Mar 2014 - 10:06    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Partie 4 publiée! Le premier épisode est donc complété. Bonne lecture, et à lundi pour un nouvel épisode!
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MessagePosté le: Dim 30 Mar 2014 - 13:52    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

L'idée est bonne, faudra que je trouve le temps de le lire. Bonne chance Razz
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MessagePosté le: Lun 31 Mar 2014 - 16:47    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Merci! Mais bon, je suis sur une bonne période, là, et je tiens mes délais, l'écriture ayant un mois d'avance sur la publication.

D'ailleurs, l'avancée de la Fic a été mise à jour.

EDIT: La publication du deuxième épisode a commencé, avec la première partie. Bonne lecture et n'hésitez pas à faire des commentaires! Wink
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MessagePosté le: Ven 4 Avr 2014 - 08:40    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Partie 2 du Bâtard du Temps postée! Bonne lecture, et n'hésitez pas à commenter! Wink
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MessagePosté le: Lun 7 Avr 2014 - 19:10    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Avancement de la fic mis à jour!

Partie 3 du Bâtard du Temps publiée, avec un bon gros cliff en prime! ^^ La suite vendredi matin. N'hésitez pas à commenter, surtout. Wink
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MessagePosté le: Ven 11 Avr 2014 - 10:45    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Avancement de la fic mis à jour. Plus qu'une centaine de pages à écrire.

De plus, la fin du Bâtard du Temps est publiée! Bonne lecture et n'hésitez pas à faire des commentaires ou encore à reviewer l'un des deux épisodes (ou même les deux, vus qu'ils sont assez liés). Wink
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MessagePosté le: Lun 14 Avr 2014 - 19:56    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Avec presque une heure de retard sur ma publication, je vous avertis que le début du 3ème épisode de Doctor Who Alternative est publié! Laughing

Bonne lecture, et n'hésitez pas à faire des commentaires! Wink
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MessagePosté le: Ven 18 Avr 2014 - 09:16    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Partie 2 de Le Voir pour le Croire publiée! Comme toujours, essayez de ne pas hésiter pour faire des commentaires, et bonne lecture! Wink
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MessagePosté le: Lun 21 Avr 2014 - 19:38    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Partie 3 de Le Voir pour le Croire publiée, et mise à jour de l'avancée de la fanfic! Bonne lecture et... bon, comme toujours, tentez le commentaire, quoi. ^^
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MessagePosté le: Ven 25 Avr 2014 - 16:23    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Dernière partie de l'épisode Le Voir pour le Croire postée! Bonne lecture!

J'ai aussi, comme vous avez pu le voir, modifié un peu la présentation de la fic, en ajoutant des bannières pour les épisodes.
EDIT: Images hébergées et postées dans le chapitre!
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MessagePosté le: Lun 28 Avr 2014 - 17:34    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Première partie du nouvel épisode posté! Plaignez-moi donc, j'ai du mettre la balise italique pour chaque "r" roulés et "v" ffffté.. Crying or Very sad
Un petit commentaire pour me remonter le moral? ^^

Bonne lecture!
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MessagePosté le: Ven 2 Mai 2014 - 10:28    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8 Répondre en citant

Dernière partie de la Montée aux Enfer publiée! Bonne lecture!

Je vais ici mettre le même message que celui que j'ai écrit sur www.fanfictions.fr, qui explique la pause de publication de DWA: Saison 8. Attention, ne lisez ce message qu'après avoir lu le dernier chapitre publié, car il contient des spoilers.

La suite de la Saison 8 de Doctor Who Alternative ne sera pas publiée le 5 Mai au soir, comme d'habitude. La publication sera coupée en deux, comme pour la saison 6 de Doctor Who (malgré que je ne sois pas un grand fan de la saison 6). Ce découpagea deux raisons: la première est d'ordre pratique. L'écriture de l'épisode 5 n'est pas terminé. La seconde vient de l'intrigue. L'intrigue de la saison a grandement avancé, mais deux questions sont encore à l'ordre du jour (sur Night et sur la Musique), questions dont nous obtiendrons les réponses dans les 10 prochains chapitres, divisés en deux épisodes.

Ces dix chapitres seront publiés avec le même rythme que celui actuellement utilisé, et leur publication commencera peut-être dans deux ou trois semaines.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:51    Sujet du message: [TERMINÉE] Doctor Who Alternative: Saison 8

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