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[10x12] The doctor falls
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Ithyl
[Master of the Vortex]

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PostPosted: Mon 3 Jul 2017 - 21:29    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Acheus wrote:
N’empêche j'aurais bien aimé voir le TARDIS du Maitre aussi bien son Intérieur que son Exterieur ....


moi aussi la dernière fois qu'on l'a vu c'est dans les classiques. J'aurais aimé voir sa régénération.
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PostPosted: Mon 3 Jul 2017 - 21:29    Post subject: Publicité

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Roman L
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 00:15    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

C'est vrai que ça aurait été sympa. Le seul autre Tardis que l'on ait vu depuis la reprise de la série, c'est celui de "Hell bent", peut-être pas une bonne référence pour certains Mr. Green.
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Nak
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 10:35    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Il est d'une richesse ce double épisode final ! (j'englobe les deux parties).

Que ce soit esthétiquement (la réalisation, la musique, la photographie) ou sur le plan de l'histoire, la barre est haute.

L'intrigue du Maitre est bouclée, et d'une manière vraiment perverse (et en même temps tellement en accord avec le personnage). On en arrive quand même à une sorte de suicide par incompatibilité morale tout de même. D'ailleurs ... Tuer sa régénération future constitue-t-il un suicide ou un meurtre ? Vous avez deux heures. Mr. Green
Et cela en formant donc une de ces fameuses boucles de causalité dont Moffat a aimé user et abuser parfois, mais qui là convient tout à fait à mes yeux. Tabula Rasa pour le Maitre, l'histoire de Simm est cloturée tout comme celle de Gomez (magnifique d'ailleurs) et on laisse le terrain pour un retour plus tard en repartant à zéro. Parfait.

L'intrigue de Bill est bouclée, la résolution un peu WTF/Facile mais je m'en fiche un peu. Naïve, humaine, plus simple et moins imposante que Clara dans l'histoire, elle a permis à la série de changer d'élan. Dans le sens ou c'était une compagne de transition qui aura tout de même apporté quelques petites choses, mais surtout car dans ce final son histoire c'est celle de l'affreuse cyber-conversion et de ce que cela lui fait ressentir. Très glauque comme vision, d'abord spectatrice dans "World Enough and Time" en voyant les mystérieux patient de l’hôpital, puis actrice malgré elle car transformée à la fin de l'épisode. Elle sert également de support pour montrer que non, le Docteur n'est pas tout puissant e tne peut pas garder tout le monde intact.
Pour une compagne qui avait été destinée a durer une saison, moi ca me va.

(Pour ceux qui n'aiment pas sa fin, trop optimiste, Moffat a justement justifié celle-ci par sa vision personnelle de ce qu'est la série, et des valeurs qu'elle véhicule).

L'intrigue de Nardole est bouclée. Et franchement pour un personnage dont je n'attendais pas grand chose avant la saison, il a une sacrée fin, et un rôle plutôt important. Là aussi je vois certains avis qui regrettent que le personnage n'ait pas été plus creusé. J'ai envie de dire, estimez vous heureux: Il était destiné a être un sidekick / caution comique pendant la saison, limite il a une fin inattendue à ce stade et qui le valorise énormément. Mais oui, il était attachant mine de rien le bougre, et c'était le dernier vestige de River Song.

L'intrigue des Cybermens est bouclée (ou initiée plutôt). Mélange de classicisme (Mondas) et d'évolution très bien dosé, qui redonne à un des ennemis emblématiques du doc ses lettres de noblesse. Même si ils restent au second plan ils n'en demeurent pas moins menaçants, la vision de l'intérieur apportée par Bill est une plus-value glauque mais prenante. Ca m'a un peu rappelé Rise of The Cybermens sur certains aspects.

Et reste l'intrigue du Douzième Docteur, qui trouvera sa résolution dans 6 mois. Enorme et intense Peter Capaldi, passé par toutes les émotions, arrivé à une superbe maitrise de son personnage dans ce final. Ses speechs, ses expressions, son jeu "confus" lorsqu'il se réveille dans le Tardis à la fin, cette force dans la voix, ce regard... Tout y était. Une fois n'est pas coutume il perd tout, se retrouve seul, est mortellement blessé. Mais là il fait sa tête de mule. Pourquoi ? Un aspect très intéressant à explorer, car un peu différent de l'egotrip de Ten. Ce dernier s'était résolu à laisser la place le moment venu, là Twelve bloque la régénération et plusieurs fois. Jusqu'à mourir purement et simplement ? Est-ce ce qu'il souhaite ? Pourquoi ?
Et bien sûr grosses attentes de sa rencontre avec sa première incarnation. A suivre.

Deux scènes marquantes parmi tant d'autres à me syeux:

-Le Maitre qui descend dans l'ascenseur sur un dernier ricanement de fou, Missy qui perd la vie, alors que commence la musique remixée de Heaven Sent (géniale au demeurant) et une longue séquence vraiment saisissante.

-La fin, le Docteur dans le Tardis avec la régénération imminente. Il repasse par ses vieilles expressions, se fait violence pour bloquer le processus par deux fois. Au son de son theme d'abord, qui donne un sentiment d'urgence et de précipitation. Avec en conclusion ces "non !" enragés. Ca aurait bien fonctionné si ca avait été la régénération finale d'ailleurs. Puis sur le fond d'une musique plus lancinante, alors qu'il dit le regard embué "I can't keep on being somebody else". Saisissant encore.

Voilà voilà. Je termine sur une question: "Sontarans ! Corrupting the course of human history". Il y a une référence à des classiques ou pas ? Je ne me rappelle l'avoir entendu que dans la saison 8 (Listen) quand le Doc se réveille à la fin.
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Pikoo
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 12:51    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Nak wrote:
Voilà voilà. Je termine sur une question: "Sontarans ! Corrupting the course of human history". Il y a une référence à des classiques ou pas ? Je ne me rappelle l'avoir entendu que dans la saison 8 (Listen) quand le Doc se réveille à la fin.


C'est la première phrase de Four, juste après sa régénération Smile
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Nak
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 13:57    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Pikoo wrote:
Nak wrote:
Voilà voilà. Je termine sur une question: "Sontarans ! Corrupting the course of human history". Il y a une référence à des classiques ou pas ? Je ne me rappelle l'avoir entendu que dans la saison 8 (Listen) quand le Doc se réveille à la fin.


C'est la première phrase de Four, juste après sa régénération Smile


Merci pour la précision ! Ca fait donc deux fois qu'il la répète celle là.^^
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Pikoo
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 18:08    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Ca ne m'étonnerait pas que ça soit Capaldi qui ait donné l'idée de dire cette phrase dans Listen, et que du coup ça revient dans le final. Vu comment Capaldi est fan de la série.
D'ailleurs c'est sûrement l'une des raisons pour lequel j'adore ce Docteur. On sent qu'il adore tout ce qu'il fait. On sent qu'il adore être le Docteur !
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Nak
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 18:18    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Pikoo wrote:
Ca ne m'étonnerait pas que ça soit Capaldi qui ait donné l'idée de dire cette phrase dans Listen, et que du coup ça revient dans le final. Vu comment Capaldi est fan de la série.
D'ailleurs c'est sûrement l'une des raisons pour lequel j'adore ce Docteur. On sent qu'il adore tout ce qu'il fait. On sent qu'il adore être le Docteur !


Clairement, j'avais vu quelques interviews de lui et il a l'air de connaitre son sujet, il parlait de ses classiques préférés dans la série notamment. Et dans son interprétation ce n'est jamais lisse ou mécanique, il a réussi a vraiment donner son style au Docteur. Ses speechs notamment, qui débutent toujours d'une manière assez particulière. Un peu hésitant, l'air ahuri même si j'ose dire, mais maître de son sujet. Mr. Green
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Pousicat80
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 18:55    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Lors d' un précédent épisode (50 ans) John Hurt indique à Ten et à Eleven que le tournevis sonique n'est pas une arme. Dans cet épisode le docteur l' utilise pas mal pour tuer les cybemen. Ce qui est un peu dommage car cela donne un réel pouvoir à ce tournevis, un peu trop. Ce tournevis est puissant maus pas assez pour enrayer l arme du mec en bleu qui menacait Bill. Au dernier épisode de eleven lors de la rencontre d' un cybermen en bois et déjà l'utilisation du tournevis. Les cybermen doivent autant détester le docteur que le tournevis d'où leur adaptation en bois. J'aimerais bien que One remette les docteurs sur le droit chemin surtout si 12 pense comme il a dit être le docteur originel. Il a été touché de dos par un cybermen car je l'ai trouvé un peu... insouciant face à ce qui se passait. C'est d'ailleurs que quand il a été blessé que j' ai compris l'ampleur du danger. Je pensais que comme d habitude il allait trouvé un moyen pour s'en sortir... a quand un bouton sur le tournevis pour que le tardis se téléporte vers le docteur?
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Nak
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 19:17    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Pousicat80 wrote:
Lors d' un précédent épisode (50 ans) John Hurt indique à Ten et à Eleven que le tournevis sonique n'est pas une arme. Dans cet épisode le docteur l' utilise pas mal pour tuer les cybemen. Ce qui est un peu dommage car cela donne un réel pouvoir à ce tournevis, un peu trop. Ce tournevis est puissant maus pas assez pour enrayer l arme du mec en bleu qui menacait Bill. Au dernier épisode de eleven lors de la rencontre d' un cybermen en bois et déjà l'utilisation du tournevis. Les cybermen doivent autant détester le docteur que le tournevis d'où leur adaptation en bois. J'aimerais bien que One remette les docteurs sur le droit chemin surtout si 12 pense comme il a dit être le docteur originel. Il a été touché de dos par un cybermen car je l'ai trouvé un peu... insouciant face à ce qui se passait. C'est d'ailleurs que quand il a été blessé que j' ai compris l'ampleur du danger. Je pensais que comme d habitude il allait trouvé un moyen pour s'en sortir... a quand un bouton sur le tournevis pour que le tardis se téléporte vers le docteur?


Si tu râles pour le tournevis sonique, que penses tu donc de celui du Maitre ? Mr. Green

Plus sérieusement, je me permets juste de te reprendre car il me semble que tu te trompes:

- Ce n'est pas le Tournevis qui tue les Cybermens, le Docteur génère des explosions dans la structure du vaisseau grâce au logiciel de Nardole. Il est clairement dit d'ailleurs qu'ils vont leur donner l'illusion d'être lourdement armés grâce à cela.

-Le Cybermen en bois se suicide après une ruse du Docteur, qui dit avoir inversé la polarité alors que non (de toute façon le Tournevis Sonique ne marche pas sur le bois).

Après en revanche, tu poses une question intéressante: le Docteur est-il un peu trop "guerrier" dans ce dernier épisode ? A méditer.
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Tyr
[Master of the Vortex]

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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 19:57    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Enfin, j'ai fini. Attention à tous, très gros pavé en approche.

10x12 The Doctor Falls

-I was secretly on your side all along, you silly sausage.
-Is that true?
-Don't spoil the moment.

Bon, avant de commencer ce qui va encore être un pavé monumental, je tiens à faire remarquer à tous que je me suis vraiment surpassée : en effet, il me semble bien que j’ai atteint le zéro pourcent de théories correctes sur l’intégralité de la saison, même s’il faudra attendre le christmas special pour s’en assurer. Même pour moi, c’est un record. Franchement, j'étais persuadée qu'au moins mes théories sur le trou noir feraient mouche mais Moffat n'a pas utilisé cet énorme deus ex machina : si on ne peut même plus compter sur lui là dessus alors!

La semaine dernière, je faisais comme chaque année part de mes doutes sur la réussite du final. Je n’aime pas plus les fins que le Docteur mais c’est clairement aussi le cas de Moffat, qui a une nette tendance à ne pas réussir à tenir dans son dernier épisode toutes les magnifiques promesses de ses saisons. Pour être honnête, je ne suis pas non plus très fan de la manière dont RTD gérait les siens donc c’est peut-être un problème de la série en générale, ou même de moi en particulier.^^

Bref, même si chaque final comporte des scènes très réussies que je revois avec plaisir, le tout a en général tendance à ne pas me transporter et je crois que le dernier final du whonivers à m’avoir emballée est celui de la saison 3 de Torchwood… jusqu’à samedi soir. Maintenant que je me suis à peu près remise de mes émotions, je vais donc pouvoir me lancer.


I. Le scénario

a) I'll explain later

Je vais commencer par ce qui fâche, c'est-à-dire les recyclages et, surtout, les incohérences.
Je ne vais pas dire que le scénario de cette semaine est une révolution dans le whonivers parce que quasiment rien n’est complètement neuf. C’est bien évidemment quasiment impossible d’être totalement original dans une série aussi longue (ou dans le genre de la science-fiction en général d’ailleurs) et The Docotor falls ne fait pas exception. Comme les cybermen qui finissent tous par émerger un jour, en gros sous la même forme, quelle que soit leur planète d’origine, les éléments d’un épisode de Doctor Who ont tous des ressemblances assez évidentes avec de nombreux autres. Pour reprendre les mots du Docteur,« Like sewage and smartphones and Donald Trump...some things are just inevitable ».

Le fait que Bill ait été transformée mais ne s’en rende pas compte car son cerveau refuse de le lui montrer est en gros ce qui arrive à Clara dans Asylum of the Daleks, épisode qui lui aussi faisait le bonheur des amateurs de développement durable en recyclant les différents modèles d’un ennemi traditionnel du Docteur. Quant-à l’aspect base under siege de l’épisode lorsque le petit groupe d’humains aidé par le Docteur se prépare à l’attaque d’aliens supérieurs en nombre et en puissance, c’est en gros le scénario d’au moins un épisode par saison, le plus récent respectant exactement ce scénario étant The girl who died.

Les ressemblances de ce type ne manquent pas (je reviendrais sur quelques autres plus tard)et c’est sans compter sur celles qui sont totalement voulues et assumées comme lorsque le Master Simm pousse le Docteur confiné dans un fauteuil roulant ou lorsqu’il(s) danse(nt) –que ce dédoublement de personnage est compliqué pour la grammaire^^- sur une musique qu’il(s) sont clairement le(s) seul(s) à entendre. Quant-aux références directes à d’anciens épisodes et Docteurs, elles sont très nombreuses, en particulier sur Four : Missy mentionne sa mort (« I know you've fallen »), Twelve propose des Jelly babies à une enfant et il répète à la fin ses premières paroles (« Sontarans perverting the course of human history »). Cela dit, tant que les emprunts sont clairs et que le tout contient assez de nouveautés, le recyclage d’idées ne pose pas de gros problèmes.

Ce qui est un peu plus gênant… mais moins visible que d’habitude cela dit, est le fait que le scénario ne se tienne pas complètement. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, il ne me semble pas qu’on nous explique une seule fois pourquoi les 20 membres d’équipage qui ont dû descendre au dernier étage pour faire les manips permettant de reculer du trou noir ne sont pas ensuite remontés directement au cockpit par l’ascenseur. Ce dernier fonctionne parfaitement et la différence temporelle jouait en leur faveur puisque quel que soit le temps qu’ils aient mis pour faire leurs réparations, ils ne seraient arrivé en haut que quelques secondes après être partis. Ils n’avaient aucune raison de s’installer dans la cale et d’y fonder une ville.

Oh, on nous explique bien pourquoi leurs descendants n’osent pas remonter : une expédition censée aller jusqu’à l’étage de la ferme (et là encore, pourquoi pas directement en haut ?) a disparu. On réalise dès le pré-générique que ces derniers n’ont en fait visiblement pas osé redescendre vu que des monstres étranges venant du bas ne cessent de les attaquer, lesdits monstres étant tragiquement leurs propres descendants venus voir pourquoi ils avaient disparu et dont ils se sont débarrassés de manière ma foi bien glauque (quel est le psychopathe qui a eu l’idée de les recycler en épouvantails ?), alimentant la paranoïa de ceux du sous-sol. En revanche rien n’explique non plus pourquoi les fermiers ne sont pas remontés, même s’ils n’ont pas osé descendre : disons que c’est la peur que les monstres soient aussi au dessus d’eux ?

Mais ce qui se tient LE MOINS dans tout cela est que les Cybermen 1ère génération, avant même l’arrivée du Docteur, ont déjà accédé maintes fois au cockpit puisqu’ils en ont profité d’après le type bleu pour capturer tous les humains de l’équipage restés en haut (ils ont d’ailleurs aussi capturé Bill là bas). Pourquoi donc n’ont-ils pas dit à ceux d’en bas que la voie était libre ? Je comprends bien qu’ils ont faim en bas et que les étages fermes solaires sont plus intéressants pour eux mais ils n’ont pas pensé à aller s’installer dans le cockpit pour… je ne sais pas…espérer sortir de l’attraction du trou noir avant 50 générations et aller se poser sur une planète, au hasard celle qui attend d’être colonisée ?

Cela pourrait s’expliquer si les descendants des étages du bas avaient oublié au fil des générations être dans un vaisseau mais ce n’est clairement pas le cas : ils savent même quelle est la différence de temporalité entre leur étage et le cockpit, comme le montrent les grosses horloges qu’ils ont installées ; ils savent donc qu’ils DOIVENT remonter s’ils veulent survivre, d’autant plus que l’air sera de toute façon moins pollué et que rien ne doit pousser dans leur ville détruite (que mangent-ils d’ailleurs ?). Ils n’ont juste aucun intérêt à rester en bas.

Ce qui est le plus rageant c’est qu’un élément pouvait tout arranger : l’arrivée du Master. Il suffisait que l’épisode nous dise qu’il avait atterri dans le vaisseau pendant que l’équipage faisait les manips dans la cale, décidé que puisque LUI était coincé tout le monde le serait aussi (c’est tout à fait son genre^^) et bousillé l’ascenseur pendant quelques génération afin de devenir, comme le suppose le Docteur, le roi de la communauté.

Après la révolution qui l’a renversé, il aurait endossé l’identité de Razor, réparé l’ascenseur, peut-être manipulé l’expédition de la ferme pour qu’elle ne redescende pas puis poussé la communauté à se cybernétiser par vengeance et pour avoir une armée à sa disposition (on voit combien il est facile pour le Docteur de changer l’algorithme des Cybermen et le Master n’est pas moins intelligent). Bon, il aurait fallu expliquer pourquoi il n’aurait quasi pas vieilli malgré les années passés dans la cale mais une petite explication timelordesque (il venait après tout juste de recevoir un check up complet sur Gallifrey) aurait pu marcher. Au lieu de ça, ce qui est aussi une des plus belles trouvailles du double final, le vaisseau aux différentes temporalités, est également sa plus grosse faille scénaristique.

Et voilà, je viens de passer deux pages et demi à parler des défauts de ce qui est pour moi le meilleur final de la série. Promis, j’arrête et je me penche sur les réussites. Je dirais qu’elles peuvent se résumer en trois points : la variété des ambiances, les trouvailles inspirées du scénario et (surtout) le cocktail émotionnel très réussi.


b) un épisode patchwork

L’épisode peut être découpé en quatre parties distinctes (oui, j’aurais préféré trois mais Moffat ne joue pas toujours le jeu, ce qui de la part d’un ancien prof comme lui est honteux^^) au rythme et aux qualités très différentes. Pour commencer nous avons la partie, relativement courte, de l’évasion du sous-sol. Elle est un concentré de tout ce que j’aime dans Doctor Who : le rythme est rapide, on oscille entre le très drôle et le très triste, les dialogues sont percutants et la ruse du Docteur pour se rendre indispensable est complètement… doctoresque.

C’est tellement son genre d’utiliser ce qui semble être un moment de faiblesse (son étourdissement après avoir été frappé) pour gagner ! C’est bien la preuve que Master/Missy n’a pas vu Heaven sent (c’est bien dommage vu que cette dernière a vu toute la saison 8 sur son ipad^^) et ne réalise pas que son vieil ami/ennemi a un mind palace qui lui permet de dilater sa perception du temps et de trouver des solutions très rapidement. Comme le résume si bien Twelve « You two, you should know by now. When you're winning and I'm in the room, you're missing something ».

Cette partie s’achève lorsque la fine équipe crève littéralement le plafond pour se poser au niveau de la ferme avec la grâce d’un éléphant bourré (Moffat n’est pas toujours très fin dans ses transitions^^). Nous voici donc dans la partie la plus longue de l’épisode, celle où… tout le monde attend. Le rythme est évidemment bien plus lent mais, fort heureusement pour moi et ma capacité d’attention quasiment inexistante, avantageusement remplacé par l’émotionnel et l’étoffement des personnages et de leurs relations entre eux (j’y reviendrai).

Il y a aussi un travail intéressant sur l’ambiance, clairement inspirée des westerns (Nardole fait d’ailleurs allusion à Alamo) : il faut dire que le groupe d’étrangers badass qui décide d’aider une communauté rurale menacée par des méchants surarmés est un trope du genre, des 12 salopards à On l’appelle Trinita (je n’ai absolument pas honte de cette dernière référence^^). Bon, les fermiers sont nettement moins bras cassés que beaucoup des villageois de ce type de westerns : sérieux, j’y reviens encore mais… les Cybermen épouvantails quoi ! Outre le fait que ça me semble fort dangereux (c’est solide un Cyberman), quand on réalise que ce sont leurs descendants c'est assez atroce… Même si l’épisode va moins loin dans le body horror que la semaine dernière, cet aspect n’est pas non plus inexistant et tant mieux pour moi, ça m’a aidé à faire passer ce rythme plus posé.

Ce passage est également l’occasion de jouer sur la très bonne idée (malgré l’incohérence dont je parlais précédemment) qu’est ce vaisseau aux multiples temporalités. Le fait que le Docteur ne puisse pas remonter directement au cockpit parce que cela laisserait trop de temps aux Cybermen pour évoluer est par exemple une très bonne idée même si j'ai du mal à admettre que les explosions ne puissent pas se déclencher à distance. L'idée des Cybermen qui sont des évolutions parallèles est également fort sympathique et permet de ressortir plein de différents modèles... et de canoniser les différents audio et les fanfictions sur le sujet, bien joué Moffat. Enfin, et surtout, nous avons pour une fois une véritable utilité pour Nardole, le « computer guy » : je persiste à penser qu'il aurait TRES avantageusement été remplacé par Missy durant cette saison mais il était au moins un peu touchant cette semaine. Je trouve également excellent d'utiliser le fait qu'il s'agisse d'un vaisseau et non d'une véritable campagne pour provoquer des explosions. Par contre, le pauvre Docteur a de moins en moins la cote : dans l'épisode 10, il voulait qu'on nomme une vache en son honneur pour honorer son sacrifice mais cette fois ci Nardole ne lui propose qu'un cochon. Il est temps qu'il régénère avant de ne pas mériter plus qu' une poule !

La partie suivante est celle de la dernière bataille et c'est sans conteste celle qui restera dans les mémoires pour son aspect fortement émotionnel dont je reparlerai plus tard. Il faut admettre que, même si cela ne durera pas pour la plupart d'entre eux, le fait de nous tuer en un quart d'heure les deux Masters, le Docteur et Bill est sacrément couillu. Un moment épique est bien sûr obligatoire dans un final et si celui-ci est moins long que dans beaucoup d'autres, il est je pense sacrément plus mémorable que la majorité. Enfin, la dernière partie permet de ne pas quitter la saison sur une note trop sombre puisque Bill « ressuscite » et parvient ENFIN à obtenir un rancart prometteur qui n'est pas interrompu de manière absurde (je ne vous dit pas combien je suis déçue qu'aucun d'eux n'ait été interrompu par la reine d’Angleterre, Moffat démission!). Quant-au Docteur, personne ne pensait vraiment qu'il était mort mais son refus obstiné de régénérer, de même que la surprise finale, nous permet d'introduire le scénario de l'épisode de noël.


c) Du rire aux larmes

Cette variation des ambiances et des rythmes a donc très bien convenu au poisson rouge que je suis mais, comme je le disais précédemment, c’est le cocktail émotionnel qui est pour moi la grande réussite de The Doctor falls .

Je ne vais pas faire un inventaire de tous les moments comiques mais je dirais sans surprise que 80% d’entre eux concerne l’interaction entre le Master et Missy, parfois en ajoutant le Docteur. Ce n’est pas toujours très fin : je n’arrive toujours pas à croire que la scène où le Master avoue bander devant Missy n’a pas été réécrite de manière un peu plus subtile même si je suppose que l’allusion n’a pas été comprise par le jeune public et que le cadrage nous évite au moins d’avoir la preuve directe de cette affirmation.^^ Je suis personnellement plus sensible, prof de lettres oblige, aux jeux de mots entre sens propre et sens figuré comme lorsque le Docteur dit au Master « Knock yourself out » et que Missy le prend au premier degré, même si ce n’est pas forcément un humour beaucoup plus subtil. L’épisode prend même le temps de nous expliquer comment le Master, qui a clairement été un homme toutes ses incarnations, parvient à se maquiller avec autant de dextérité quand il devient Missy : ce coquinou s’est entraîné avant !^^

J’ai aussi été sensible à un autre type d’humour, fort fréquent avec Moffat, le trollage. Même dans un épisode aussi riche que celui-ci, il n’arrête pas ! Il est (comme tout showrunner avant lui) descendu en flèche par une partie du fandom online, Gallifreybase en tête ? Il assimile ces derniers à des proto-cybermen au détour d’une phrase : « People, plus technology, minus humanity. The internet, cyberpsace, Cybermen. Always read the comments because one day, they’ ll be an army. ». On a beaucoup reproché à RTD comme à lui sa sexualisation du Docteur et la tension amoureuse entre le personnage et ses compagnes ? Il fait mine de nous refaire le coup durant le dernier échange de Bill et Twelve et alors même que la compagne est résolument lesbienne, dans un dialogue si trollesque que je m’attendais presque à voir apparaître la tête d’un Moffat ricanant en arrière-plan :
« you know how I'm usually all about women and kind of people my own age.
-Yeah?
-Glad you knew that! »

Il tacle aussi ceux qui (moi en premier^^) trouvent qu’il abuse un peu trop du fort facile paradoxe de prédestination en nous en offrant un petit sans grande importance, presque décoratif, juste pour le plaisir de faire grincer quelques dents lorsque Missy terrorise son moi du passé pour obtenir le circuit de dématérialisation. Enfin, il se livre à son petit jeu favori, répondre aux accusations de sexisme. Il nous offre ainsi des moments résolument féministes comme lorsque le Docteur murmure « We can only hope » lorsque le Master, miroir d’une partie du fandom, se plaint de la féminisation du casting. Parallèlement, et dans un but là encore clairement trollesque (mon correcteur orthographique a beau me le refuser, j’aime cet adjectif !^^), il offre comme « arme » à la petite fille, figure forte et courageuse (la seule à fréquenter Bill malgré sa peur) et qui de ses propres mots lance mieux que tous les garçons… une pomme, et en plus en lui demandant si elle est « tentée ». Sachant que le mythe d’Eve la tentatrice et de sa pomme a « justifié » quelques millénaires de sexisme religieux intense, ce n’est clairement pas un hasard si Moffat a intégré cette scénette.

Bref, beaucoup d’humour dans cet épisode, dans les répliques comme dans le visuel (et bordel, en parlant de ça, je n’arrive pas à croire que je n’avais pas réalisé que le parapluie de Missy était son tournevis sonique !). Mais c’est malgré tout l’aspect tragique qui restera probablement dans les mémoires concernant cet épisode.

Le sort de Bill pour commencer. L’idée que son esprit refuse tellement son sort qu’il a créé une réalité différente a beau ne pas être nouvelle, je la trouve très bien réalisée ici, d’autant plus qu’elle ne sort pas de nulle part. Ce n’est pas parce que Bill est une « super compagne » et un être humain d’exception qu’elle parvient à résister (merci Moffat de nous avoir épargné cela) mais parce qu’elle a eu droit à un entrainement intensif sous la domination des moines. C’est d’autant plus malin que cela permet de donner une utilité à cette trilogie qui, de l’avis de beaucoup d’entre nous, tombait un tantinet à plat malgré un début intriguant.

L’idée de passer du point de vue de Bill à celui de ceux qui la voient est également très élégante. Cela permet une plus grande empathie pour le personnage (ce serait difficile de pleurer devant les atermoiements d’une boite de conserve géante, même si l’on sait qui c’était auparavant) tout en insistant sur son aspect terrifiant pour les villageois qui ne voient en elle qu’un de ces envahisseurs qui ne cessent de les attaquer.

J’apprécie en particulier les scènes où l’on passe rapidement d’un point de vue à l’autre : par exemple, celle où elle crie sa colère au Docteur dans la grange est touchante sous son apparence humaine (il est parfaitement légitime qu’elle soit hors d’elle quand l’homme qui l’a abandonnée 10 ans et vient désormais lui dire qu’elle ne doit pas se mettre en colère) mais prend soudain un ton plus sinistre lorsqu’on la voit sous son apparence cybernétisée foncer sur le Docteur. La plus réussie reste cependant pour moi celle où le Master tente de la faire sortir de ses gonds en lui rappelant comment il l’a trahie et en se moquant d’elle. On la voit, sous son apparence cybernétique et donc parfaitement impassible, lui répondre « I am not upset » ; le Master, qui a l’empathie d’une chaussette sale, la croit et cesse donc ce petit jeu puisqu’il n’en retire pas de satisfaction. On passe alors à son aspect humain et l’on voit qu’elle est loin, très loin d’être impassible et que cette trahison l’a terriblement affectée.

Le tragique de la situation de Bill est également renforcé par les nombreux détails très glauques sur le processus de sa cybernétisation, et il faut dire que l’épisode ne nous épargne rien du tout.Cela commence par la description très graphique de Missy lorsqu’elle montre Cyber-Bill au Docteur, la qualifiant de « Dead, dismembered, fed through a grinder and squeezed into a Cyberman, doomed to spend an eternal afterlife as a bio-mechanical psycho-zombie » et concluant « it was hilarious. »tandis que son incarnation masculine précise qu’il « ripped out her heart,threw it in to a bin, and burned it all away ». Cela continue lorsque le Docteur, qui comme souvent a tendance à ne pas faire attention aux portées de ses paroles lorsqu’ il est en mode explicatif, dit à Bill pourquoi les Cybermen préfèrent convertir les enfants ; il s’arrête juste à temps mais le Master conclut sa phrase avec jubilation : « there ‘s less…to throw away ! ».

Même Bill s’y met, avec un niveau d’humour morbide assez rarement atteint dans la série, lorsqu’elle dit à Nardole, qui lui rappelle qu’il a le droit de lui botter le cul, qu’il faudrait déjà pour cela qu’il aille le récupérer au dernier étage. Comme je le disais précédemment, même si c’est cette fois ci plutôt dans les répliques que dans le visuel, nous avons droit à au moins autant de body horror cette semaine que la semaine précédente. Enfin, le tragique de la situation de Bill est bien sûr renforcé par le fait que, comme tous les détails sur le processus le lui ont clairement fait comprendre, sa situation semble irréversible. Son corps est en partie détruit et, de l’aveu même du Docteur, cette résistance de son esprit ne durera pas. Elle-même d’ailleurs le sent et n’est pas dupe, ce qui donne lieu à ce dialogue terrible entre elle et le Docteur:
« I remember, you said you could fixthis. That you'd get me back. Did you say that?
-I did say that, yes.
- Were you lying?
- No.
Were you right?
-No. »

Deus ex machina final mis à part (j’y reviendrai), nous avons donc droit dans ce double épisode final à une compagne qui, suite à une trahison, est découpée en morceau, privée de son humanité et sans espoir de la retrouver, devenue objet de crainte pour les autres et qui décide donc de se suicider en explosant avec le Docteur. Franchement, je crois qu’on tient une gagnante dans la catégorie storyline la plus glauque de la série pour un personnage principal.

L’épisode ne se contente bien sûr pas de cela et nous tue donc un personnage adoré du fandom, le Master, non pas une mais deux fois en quelques minutes. Master Simm était bien sûr condamné puisque Missy est une incarnation qui lui succède et même si le fait qu’il meure cet épisode n’était pas une certitude, on ne peut pas dire que ce soit une surprise. Cette mort est d’ailleurs beaucoup atténuée par le fait que Master Simm passe l’intégralité de l’épisode à parler de sa fin prochaine (il dit bien que ce sera « fairly soon ») avec curiosité, amusement, une vague inquiétude mais pas le moindre désespoir : il s’entraîne à se mettre du mascara et parle même de récupérer quelques soutien-gorges, difficile donc de trouver tragique une mort aussi annoncée et traitée par le principal intéressé avec beaucoup de légèreté.

Celle de Missy en revanche, est bien plus douloureuse. Déjà bien sûr parce qu’elle n’était pas certaine (bien que fort probable) mais parce qu’elle meurt bêtement et au pire moment possible. Bêtement parce que je pense que la quasi intégralité du fandom lui a hurlé en même temps de ne pas tourner le dos à Master Simm alors qu’elle venait de le trahir et que ce dernier était toujours armé : cette fin était totalement et tristement évitable.

Quant-au timing… enfin le rêve du Docteur et d’une bonne partie d’entre nous (surtout les amateurs de fanfics^^) allait être exaucé et ils allaient se retrouver du même coté non par nécessité comme ça a déjà été le cas mais par conviction profonde. Mais Missy meurt avant d’avoir pu l’atteindre, seule, et le Docteur ne saura sans doute jamais qu’il avait réussi à la changer alors que l’arc narratif entier de la saison était centré sur cet espoir. Ironiquement, elle meurt en appliquant le code du Docteur que celui-ci venait justement de se répéter en partant vers son dernier combat : « Without hope. Without witness.Without reward » : Master Simm, en tuant Missy de cette manière, l’a donc rendue plus proche du Docteur qu’elle ne l’a jamais été alors que son but était justement d’empêcher ce rapprochement.

L’absurdité totale de ce double suicide/assassinat n’échappe bien sûr à aucune de ces deux incarnations, qui ont toujours flirté avec le méta et ont donc naturellement une certaine distance vis-à-vis du scénario. Le rire d’agonie qu’ils partagent, tellement typique de ce personnage dont la folie est souvent autodestructrice, permet de dédramatiser un peu la scène mais je pense que bien peu de spectateurs y auront été insensibles.

Et puis nous avons le Docteur, qui part pour ce qu’il croit être son dernier combat en sachant que la compagne qu’il avait promis de tenter de protéger mourra avec lui. Comble du tragique, ils ne pourront même pas mourir ensemble puisqu’ils doivent se séparer pour être plus efficaces. Twelve s’apprête donc à mourir seul en sachant qu’il a échoué sur presque toute la ligne : au mieux, il a fait gagné quelques années à une poignée de survivants. Et que dire aussi de ce qui le « tue » ? Non pas les beaux Cybermen flambant neufs ultra perfectionnés mais un simple Mondasian, par derrière de surcroît.

Quant-à l'idée géniale de réutiliser la magnifique musique de Heaven sent pour la dernière confrontation du Docteur, elle est fortement responsable de mon état émotionnel à la fin de l'épisode et est d’autant plus intelligemment utilisée qu’elle est totalement adaptée à cette scène. Comme dans Heaven sent, nous avons là un Docteur mourant qui, au mépris de sa douleur, utilise le fait que sa race puisse agoniser pendant très longtemps pour atteindre son but (il se fait tirer dessus au moins 3 fois, sachant qu’il avait déjà été touché en début d’épisode). Comme dans Heaven sent où la dernière action de sa « boucle » consiste à se faire cramer pour donner à la machine l’énergie de ramener une copie de lui, il utilise ici ses dernière forces pour se faire exploser, ce qui rend rétrospectivement l’interrogation de Missy en début d’épisode sur ses différentes morts – « Have you burned ? »- douloureusement prophétique. Comme dans Heaven Sent, le Docteur est « a hell of a bird » qui est prêt à toutes les extrémités pour que son plan réussisse tant qu’il est lui-même la victime et, comme dans Heaven Sent, j’ai fini de visionner cette scène dans un état assez lamentable.^^

Et que dire de ses « dernières » paroles ? «Pity. No stars. I wish there'd been stars ». Le Docteur, qui a passé sa vie à voyager frénétiquement d’un bout à l’autre de l’univers et qui encore dans Oxygen rappelait sa fascination pour l’espace (« Too much between you and the outside and you might as well stay home ») rend ce qu’il croit être son dernier souffle dans un lieu clos d’où il ne peut même pas contempler les étoiles. Même en sachant évidemment que le Docteur n’était pas vraiment mort, ce passage piquait un peu… Pour conclure sur le personnage, si, comme l’annonçait le titre, le Docteur « tombe » effectivement au champ d’honneur dans cet épisode, il est difficile de parler ici de chute. Le Docteur n’a au contraire cessé de s’élever, que ce soit au sens propre (en montant les étages) ou au sens figuré, en obtenant la mort « Without hope. Without witness. Without reward » qu’il recherchait.



II. La résolution

Vous remarquerez sans doute, pour ceux que cette longuissime première partie n’a pas rebutés, que je n’ai pas encore évoqué la véritable fin de l’épisode et des personnages. Je vais essayer de le faire maintenant et un peu plus brièvement que pour le reste du scénario.

Il est tout de même incroyable de constater qu’à la fin d’un épisode d’une heure particulièrement dense…rien ou presque n’est vraiment résolu. Les Cybermen, de l’aveu même de Nardole, n’ont pas tous été arrêtés par le Docteur et vont finir par atteindre l’étage où ils se sont réfugiés. Le Docteur, censé « chuter » ici et donc régénérer (même si personnellement je n’y ai pas cru un instant), s’y refuse. Quant-à la plupart des personnages, mêmes morts, ils ont droit à une porte de sortie restée entrouverte.


a) L'archnemesis

Commençons par Missy. Je ne ferais pas l’insulte au public whovien d’imaginer que qui que ce soit parmi nous ait le moindre doute sur le fait que le Master reviendra, malgré ce qu’en dit Master Simm. Le Master revient toujours et ce même s’il est mort sous nos yeux sans possibilité évidente de revenir, c’est son rôle d’archnemesis. Comme je le rappelais dans ma review précédente,il ne serait même pas obligé de fournir une explication à sa résurrection vu que celle-ci fait partie du comique de répétition inhérent au personnage de l’archnemesis. Cela dit, Moffat laisse à Chibnall une belle porte de sortie s’il veut justifier ce retour. Dans la scène du toit, lorsque le Docteur demande à Missy si elle était réellement de son côté depuis le début, il lui prend le bras et cette dernière a alors une expression étrange et regarde fixement l’endroit du contact : je vous parie qu’elle vient de se recevoir une généreuse dose d’énergie régénérative de la part du Docteur qui sait bien qu’elle en aura besoin vu la dangerosité de la situation. Cela permet en plus de justifier ma théorie (la seule qui n’est pas encore tombée à l’eau alors je m’y accroche^^) comme quoi le Docteur est mourant depuis plusieurs épisodes, ce qui explique qu’il soit prêt à gaspiller ladite énergie.

Bref, le Master reviendra mais, hélas, très probablement pas avec d’aussi bonnes dispositions. Il est d’ailleurs intéressant de constater combien les éléments de la mort d’un Master influe sur son incarnation suivante : il me semble clair que Master Simm mourant a gardé en mémoire cette armée de Cybermen si facilement manipulée par le Docteur et le fait qu’il puisse lui-même potentiellement devenir l’allié de son vieil ennemi, ce qui explique qu’en saison 8 la toute jeune Missy se fasse sa propre armée de Cybermen… et l’offre gratuitement au Docteur. Ici, Missy est morte tuée par l’homme qu’elle aime le plus au monde (son égotisme n’est plus à prouver^^) parce qu’elle avait voulu rejoindre le Docteur. Je pense que sa prochaine incarnation ne voudra donc même pas considérer une alliance.

Dans tous les cas, ces trois saisons nous auront offert ce qui reste mon incarnation favorite du Master. Plus inquiétante encore que son prédécesseur dans le sens où elle peut se montrer charmante avant de tuer juste pour rire, elle évolue doucement vers le « bien » sans jamais se départir de cette dangerosité, de sa folie… et d’une très généreuse dose de méta. Elle me manquera beaucoup mais elle-même a admis qu’il était temps de changer même si elle ne pensait pas à la régénération à ce moment-là : nous avons eu droit à un nombre assez conséquent d’épisodes avec elle, ne soyons pas gourmands.


b) la compagne

Passons à Bill désormais. Elle n’est pas morte, surpriiiiiise ! Bon, non, pas surprise, je sais que j’étais loin d’être la seule la semaine dernière à craindre le deus ex machina vu l’incapacité de Moffat à tuer ses personnages. Cela dit, même si le parallèle avec Hell bent semble évident, je trouve cette résolution bien plus élégante que la résurrection de Clara. Déjà, elle est très bien introduite : le personnage de Heather ne vient pas de nulle part, on connait déjà sa puissance et son intérêt pour Bill et le fait qu’elle vienne de l’épisode 1 et revienne dans l’épisode 12 offre un effet de boucle assez élégant.


Mais, surtout, les indices ne manquent pas tout au long de l’épisode pour annoncer cette résolution : le fait que Bill pleure alors qu’elle ne devrait pas pouvoir est souligné à plusieurs reprises et les paroles du Docteur, « when there’s tears, there’s hope », soulignent déjà le fait que cette larme aura son importance. Surtout, Bill elle-même donne un gros indice lorsqu’elle demande si cette larme est composée d’ « engine oil » : la flaque alien du Pilot était qualifiée de « space engine oil ». Même le running gag sur l’incapacité de Bill à avoir un rancart non interrompu durant la saison laissait penser qu’il était important qu’elle reste célibataire : le retour de Heather était donc assez probable. J’avais remarqué ces éléments durant l’épisode mais, prise par l’action, laissé cela dans un coin de mon cerveau. J’ai donc eu à la fois la surprise de la résolution et la satisfaction d’avoir repéré les indices, ce qui m’a je pense bien aidée à apprécier cette résolution.

J’ai néanmoins un regret, le fait que Heather annonce pouvoir rendre Bill à nouveau humaine : cela introduit la possibilité distincte qu’elle décide de revenir et, si j’apprécie le personnage, je n’aime pas les retours à répétition. Il aurait été je trouve préférable que Bill ait son happy ending mais que le Docteur reste persuadé qu’elle était morte, ce qui aurait conservé à cette résolution un aspect tragique.


c) le héros

Et puis nous avons le Docteur, qui refuse de régénérer, refus qui encore une fois confirmerait ma théorie comme quoi il est en fait mourant depuis plusieurs épisodes mais s’est sciemment empêché de changer. Ce refus me semble très intéressant et, surtout, totalement logique. Il suffit de voir le chemin parcouru par Twelve concernant la caractérisation : en saison 8 il était si déconnecté des codes sociaux de l’humanité qu’il avait besoin que sa compagne joue un véritable rôle de traductrice. De plus, son pragmatisme glacial était tel qu’il se demandait sincèrement (et une partie du public avec lui) s’il était « a good man » et que ce n’est qu’à l’épisode 8 qu’il commençait à le prouver. Cette semaine, il se sacrifie dans d’atroces souffrances pour sauver temporairement une poignée d’humains sans même l’espoir de rester dans les mémoires pour ce sacrifice héroïque.

Le caractère d’un nouveau Docteur est normalement très vite « fixé » : Nine n’a quasiment pas changé (il faut dire qu’il est peu resté), l’aspect sombre et dangereux de Ten derrière son coté charmant est visible dès le premier épisode avec son traitement du Sycorax qui l’attaque (et de Harriet Jones d’ailleurs) et Eleven reste du début à la fin un gamin maladroit laissant de temps à autres transparaître son âge véritable. Twelve en revanche a énormément changé et de manière très progressive mais ce n’est que cette saison qu’il donne l’impression d’être enfin « fixé ». Et voilà qu’il meurt ! On peut comprendre qu’il n’ait pas envie de recommencer ce long et douloureux (il a eu droit à pas mal d’événements traumatisants pour arriver à ce résultat) processus alors qu’il semble enfin être parvenu à apprécier ce qu’il est.

Le christmas special aura donc clairement le but de convaincre Twelve de laisser une chance à l’inconnu qui prendra sa place, partageant ses souvenirs et sa morale mais pas son caractère. Bien sûr, derrière ce refus de changer, on peut aussi entendre l’écho d’un autre Ecossais dont le départ est imminent et qui doit, malgré son désir de passer à autre chose, avoir un peu de mal à lâcher son « dream job » de showrunner de sa série favorite. Cela sera également l’occasion de faire accepter cette douloureuse transition au public, qui a eu le temps de s’attacher à Twelve (et à Moffat d’ailleurs^^). Je sais que malgré le fait que je sois une fan heureuse qui a toujours apprécié les nouveaux Docteurs dès leur premier épisode, je ne me sens pas prête à dire adieu à Twelve alors que j’étais contente du changement de ses prédécesseurs.

Moffat introduit en fin d'épisode un excellent moyen d'aider le Docteur et le public à accepter cette transition en leur rappelant que le principe même du personnage et de la série est le changement :le retour de One, « the original ». Le terme choisi est d'ailleurs un tantinet ironique puisque One est le Docteur qui a été incarné par le plus grand nombre d'acteurs différents. David Bradley reprend donc le rôle qu'il avait si bien endossé dans le téléfilm de Gatiss An adventure in space and time : il est aussi déjà apparu dans la série il y a peu de temps (lors de la saison 7) sous les traits du méchant Solomon mais le recyclage d'acteur est après tout une autre grande tradition whovienne et ce n'est pas Capaldi qui dira le contraire.^^

Même si je ne suis pas une fan de l'ancienne série, je dois admettre que je suis curieuse de découvrir ce qui sera, à l’exception du minisode avec Ten et Five, le premier épisode multi Docteurs entre l’ancienne et la nouvelle série (je ne compte pas les caméos de l’épisode anniversaire). Et puis il est élégant (et mérité) que les deux fanboys que sont Moffat et Capaldi disent adieu à la série de cette manière. Nul doute en tout cas que One saura convaincre Twelve que le changement est non seulement nécessaire mais souhaitable (rien qu’au niveau vestimentaire, il faut admettre que Twelve y gagne^^). Il va me falloir en tout cas voir quelques épisodes avec le premier Docteur (je n’en ai vu que deux) afin de mieux cerner sa personnalité pour apprécier leurs échanges.



III. Who is who

Comme dans l’épisode précédent et comme souvent dans les œuvres de Moffat, la question de l’identité est omniprésente. Les personnages évoluent, changent ou au contraire affirment leur identité voire parfois l’intervertissent.

a) Who is Bill ?

Si un personnage ne cesse de changer d’identité dans l’épisode, c’est bien cette pauvre Bill. Passée dans le précédent épisode d’humaine à cyborg, elle ne cesse d’alterner entre ces deux identités durant la majeure partie de l’épisode. Mentalement humaine et traitée comme telle par Nardole et le Docteur, physiquement Cybeman et vue comme telle par les villageois, elle sent la cloison entre ses deux identités s’affaisser progressivement. Elle alterne ainsi entre des comportements profondément humains, comme lorsqu’elle dit à la femme qui s’excuse de lui avoir tiré dessus qu’elle comprend, et des moments où la machine prend le dessus comme lorsqu’elle détruit la grange sous le coup de la colère. De même, elle qui n’avait jamais tenu une arme auparavant achève cependant l’épisode comme la machine de guerre qu’elle est devenue… jusqu’au moment où elle change encore d’identité, devenant un membre de la race alien qu’est devenue Heather avant elle. Elle qui souffrait de perdre peu à peu son humanité est désormais quelque chose de supérieur et la porte reste ouverte pour un nouveau changement, Heather lui proposant de la retransformer en humaine si elle le désire.


B) who is the Doctor ?

A l’exact opposé de ce personnage caméléon qu’est Bill dans l’épisode, le Docteur non seulement refuse tout changement mais ne cesse d’affirmer son identité en se définissant à plusieurs reprises. Ce n’est pas la première fois cette année. Décidé à suivre à la lettre la définition que River donne de lui (River ayant connu beaucoup de ses incarnations, sa définition est très juste et transcende ses différents caractères) , il ne cesse de tenter de faire le bien « Without Hope, Without Witness, Without Reward ».

Disparues ses interrogations de la saison 8 sur sa bonté intérieure : il sait qui il est, pourquoi il agit et ne doute absolument plus du fait qu’il est profondément un homme bon qui est prêt à tous les sacrifices pour faire le bien autour de lui. C’est une véritable profession de foi qu’il délivre ici aux Masters et je ne peux m’empêcher de la retranscrire en partie :
« I’m not trying to win. I’m not doing this because I want to beat someone … or because I hate someone or because I want to blame someone. It’s not because it’s fun. God knows it’s not because it’s easy. It’s not even because it works because it hardly ever does. I do what I do because it’s right! Because it’s decent. And above all, it’s kind. It’s just that. Just kind. (…). Maybe there’s no point in any of this at all, but it’s the best I can do, and I will stand here doing it until it kills me. (…) Who I am is where I stand. Where I stand is where I fall. »

Ce n’est pas la première fois que l’on entend cette définition dans la série : c’est après tout une version plus détaillée de ce que les trois Docteurs de l’épisode anniversaire définissaient comme leur mot d’ordre. « Never cruel or cowardly. Never give up. Never give in ». Ce mot d’ordre est tellement au centre de la personnalité du Docteur que le War Doctor, pensant l’avoir trahi, estimait ne plus mériter le droit d’utiliser ce nom. Or, s’il n’a jamais perdu le courage et la détermination exprimés par cette devise, Twelve a en revanche eu bien du mal à évoluer assez pour pouvoir exprimer l’autre aspect crucial de celle-ci, la bonté. Même si la saison 9 montrait déjà un Docteur plus apte à laisser transparaître cette bonté, sa personnalité très abrasive et son incompréhension des codes sociaux continuait à blesser et il s’en rendait assez compte pour, en fin de saison, changer ladite devise lorsqu’il la transmet à Clara : « Never be cruel, and never be cowardly, and if you are, always make amends. ».

Cette saison, enfin, après 50 ans à enseigner aux humains et au contact d’une compagne sachant faire ressortir ses meilleurs cotés, le Docteur a retrouvé complètement son identité : assez pour pouvoir désormais enlever de sa devise le « always make amends » de l’année dernière, assez pour insister au contraire sur la notion de sacrifice au nom de la décence et de la bonté, assez aussi pour s’exclamer fièrement devant les Cybermen qu’il n’est pas « a Doctor » mais « The Doctor, the original one ». Maintenant qu’il est enfin complètement en paix avec ce qu’il est, il n’est pas surprenant qu’il refuse de changer… et tente par tous les moyens de faire de son plus vieil ami un miroir de lui-même.


c) Who is the Master ?

La question de l’identité du Master est bien sûr complexe cette semaine puisque deux de ses incarnations sont présentes. On peut sans surprise constater que s’il est évident que leur personnalité profonde est la même, leurs divergences ont pour source un seul et unique point : le Docteur.

Un point du caractère du Master qui rend un épisode comme celui-ci très drôle est son égotisme démesuré. On parle après tout du personnage qui a transformé toute l’espèce humaine en copies de lui-même et semblait fort bien s’entendre avec ses différents clones. C’est une des différences profondes avec le Docteur : ce dernier a tendance à se détester, ce qui transforme les épisodes multi Docteurs en séries d’engueulades, mais le Master est complètement narcissique. Sans surprise, cet épisode multi master (et je n'arrive pas à croire que ce soit le premier tant le principe est génial) se révèle être l’occasion pour les deux Masters de laisser libre court à leur amour pour…heu…eux-mêmes. J’ai déjà dit ce que je pensais de la scène où le Master admet une certaine réaction physique envers Missy mais bien d’autres pour moi plus drôles évoquent la même idée. J’apprécie en particulier celle du toit en début d’épisode où les deux personnages dansent amoureusement, ainsi que leur dialogue à cette occasion qui laisserait présager une relation passionnée mais complexe si ces deux-là décidaient de sauter le pas :
« Hold me!
- Kiss me!
- Make me! »

Le déglutissaient bruyant que vous avez pu entendre à l’occasion provenait sans doute des millions d’amateurs de fanfics Master-centered et même si ce n’est pas mon fandom de prédilection je peux tout à fait les comprendre : Missy et Master Simm dégagent une alchimie indéniable. Et puis, outre la tension sexuelle, ils semblent sincèrement s’apprécier. Master Simm, bien que surpris et vaguement inquiet, semble somme toute plutôt ravi à l’idée de se régénérer bientôt en Missy et cette dernière, au moment de le tuer, n’hésite pas à lui dévoiler combien elle appréciait son incarnation : « I remember how it felt to burn like the sun - and I will always miss it ».

Outre son narcissisme, les deux traits de caractère qui ne changent jamais chez le Master sont sa cruauté et sa folie. Nous en avions eu au fil des épisodes de nombreux exemples pour ces deux incarnations mais la ressemblance est encore plus frappante en les voyant ensemble, d’autant plus que Master Simm est beaucoup plus stable qu’avant. Sa cruauté ressort donc beaucoup plus et ses moments de folie surprennent plus que lorsqu’il était à la limite de l’hystérie. Cela accentue sa ressemblance avec Missy, dont j’ai déjà évoqué la tendance à pouvoir se montrer charmante puis monstrueuse en un clin d’œil.

La scène du toit, encore elle, est un véritable festival de cruauté gratuite où chaque incarnation s’en donne à cœur joie pour expliquer en détail au Docteur combien il a échoué à protéger Bill. Missy énumère avec jubilation les différentes étapes de la cybernétisation. Master Simm réplique quant-à lui combien il s’en était fallu de peu pour que le Docteur arrive à temps, rappelant au passage aux spectateurs qu’il a clairement fait exprès d’attendre le tout dernier moment pour faire transformer Bill : « Ten years you spent up there, chatting. You missed her by two hours! ».

Quant-à leur folie, elle transparaît bien sûr dans leur double meurtre/suicide final. Tel le scorpion de la fable, les Masters sont parfaitement prêts à mourir pour pouvoir tuer et leur rire sincère durant leur agonie montre que leur sens de l’humour n’est clairement pas le signe d’une santé mentale rayonnante. Lors de ses dernières paroles, Master Simm résume d’ailleurs parfaitement à la fois la cruauté, le goût pour la trahison et la folie du personnage qu’ils incarnent tous deux : « You see, Missy. THIS is where we 've always been going. This is our perfect ending. We shoot ourselves in the back. »

Narcissique et cruel mais terriblement attachant, prédateur capable de coups de folie, c’est officiel, le Master est un chat ! Il suffit d’ailleurs pour s’en assurer de se repasser la scène où le Docteur tente de les faire rester et leur parle de bonté : regardez leur expression totalement impassible et leurs mouvements coordonnés alors que le Docteur s’escrime à les convaincre. J’ai deux chats et je vous assure que je vois cette scène à chaque fois que je les engueule parce que l’un d’eux a cassé un objet.

Mais, comme je le disais, Missy et Master Simm ont un point de divergence : le Docteur. Ladite divergence n’est bien sûr pas totale. Les deux éprouvent un grand respect pour les capacités de leur archnemesis/ami (aucun d’eux ne pense à nier son affirmation comme quoi il est le seul à pouvoir arrêter une armée de Cybermen) et trouvent son sentimentalisme affligeant, comme le montre leur réaction quand ils réalisent que le Docteur est prêt à se sacrifier sans espoir de gagner. Nous savons également depuis longtemps que tous deux éprouvent une véritable obsession pour le personnage et l’ont mainte fois montré. La grande différence est bien sûr sur le nom qu’ils donnent à cette obsession, Missy parlant d’amitié et Master Simm de haine.

Missy, depuis le début de son incarnation, cherche à renouer cette amitié même si elle a mis beaucoup de temps à accepter d’essayer de faire l’immense sacrifice exigé par ce dernier : changer assez profondément pour qu’il l’accepte. On a longtemps douté de sa sincérité : je le répète, j’aurais aimé que Missy sorte de sa boîte bien avant pour que les interactions entre elle et le Docteur soient plus nombreuses et que les occasions de croire ou réfuter ce changement se multiplient mais nous avons néanmoins un échantillon assez large pour que chacun se soit fait son opinion.

J’ai personnellement été totalement convaincue cette semaine lorsqu’elle montre au Docteur l’ascenseur qu’elle et Simm ont découvert et lui demande, en apercevant Bill derrière lui : « You absolutely had to bring her, did you? ». Master Simm réagit à son utilisation du pronom féminin, qui trahit le fait qu’elle la considère encore comme humaine, mais je trouve bien plus intéressant de questionner pourquoi Missy ne veut pas voir Bill. Son expression est très claire à ce moment-là : elle a honte, au point de ne pas pouvoir croiser son regard et alors qu’elle n’est techniquement pas responsable du sort de Bill (elle ne se souvient même pas de ce moment de son passé). Missy n’a pas changé du tout au tout : elle reste cruelle, dangereusement instable et complètement pragmatique, mais elle est désormais capable de remords et cela prouve que le Docteur a réussi. Il n’est donc pas surprenant qu’elle décide à la fin officiellement de rejoindre le Docteur, annonçant à son prédécesseur mourant « it’s where we’ve always been going, and it’s happening now, today. It’s time to stand with the Doctor." Il est encore moins surprenant que ce dernier la tue aussitôt.

C’est très paradoxal pour un être aussi narcissique que le Master mais celui-ci n’a pas un instinct de conservation particulièrement développé et n’ hésite pas non seulement à régénérer si cela peut l’arranger mais même, dans le cas de Master Simm, à préférer mourir pour de bon si cela lui permet de faire souffrir le Docteur. Nous avions déjà pu le constater dans le final de la saison 3 et il nous le prouve encore une fois ici en préférant tuer « définitivement » sa future incarnation plutôt que de la voir rejoindre l’homme qu’il pense haïr.

Ce choix est d’autant plus ironique que Master Simm fait preuve ici d’un comportement totalement similaire au 12ème Docteur : il refuse de changer. Comme son ennemi, il estime avoir atteint dans cette incarnation et à ce moment le summum de son identité et, s’il était prêt à changer superficiellement lorsqu’il pensait que Missy partageait sa caractérisation, il préfère mourir définitivement plutôt qu’ aller à l’encontre de tout ce qu’il est. Ce n’est pas un choix surprenant : l’archnemesis se construit traditionnellement par opposition avec le héros. Si cette opposition disparaît, que reste-t-il de sa caractérisation de base ?


Moffat joue donc beaucoup sur la notion d’identité cette semaine, en particulier en confrontation avec l’idée de changement. A quel moment changer certains traits d’un personnage le rend-il autre ? Peut-on se permettre de ne pas changer d’un iota la caractérisation d’un personnage ? Ces questions sont bien sûr posées pour préparer le public au changement massif qui l’attend : nouveau showrunner, nouveau Docteur et, probablement, nouvelle compagne et nouveau staff technique. C’est cependant je pense une interrogation sincère de la part de Moffat qui a dû toutes ces années composer à la fois avec un fandom très traditionaliste qui hurle au blasphème à chaque fois que l’on touche au canon et un public occasionnel peut-être moins fidèle mais bien plus nombreux, qui en général a soif de changements et en a besoin pour rester fidèle à une série aussi longue. J’ai personnellement pris ce jeu sur l’identité comme un des nombreux petits clins d’oeil méta de ce showrunner qui livre ici sa réponse à ce dilemme : le changement est obligatoire mais toujours dangereux. Master Simm meurt d’avoir refusé de changer mais Missy meurt d’avoir essayé. Quant-au Docteur, et à la série avec lui, il n’a tout simplement pas le choix et la dernière image nous rappelle que le changement est au cœur même de sa caractérisation. Bonne chance à Chibnall pour donner sa réponse à ce choix impossible.



Pour conclure enfin cet énorme pavé (17 pages word tout de même), je répète mon affirmation de départ : il s’agit pour moi du meilleur final de la série. Le scénario a quelques failles et la partie de préparation du siège aurait peut être gagnée à perdre une ou deux minutes au profit de celle de l’évasion du toit de l’hôpital mais aucun de ces défauts ne fut assez visible pour me faire sortir de l’épisode et le tout reste un final fourmillant de bonnes idées, intensément émotionnel et qui contient le parfait dosage de « fanwank » pour offrir un début d’adieu digne de ce nom aux deux fanboys que sont Moffat et Capaldi.

Il conclut une saison que j’ai trouvée dans l’ensemble très sympathique mais moins bonne que la précédente, sans aucune catastrophe mais sans moments d’exception avant le double final, et qui aurait je pense gagné à oublier Nardole au profit de Missy. L’excellence du personnage comme de l’actrice méritait mieux que 8 épisodes dans une boîte et l’arc narratif de sa rédemption aurait été enrichi si celle-ci avait pu se confronter un peu plus souvent à la réalité du mode de vie du Docteur. Je suis en revanche ravie de l’évolution de Twelve sur ce cycle de 3 ans et, même si je ne suis vraiment pas prête à le laisser partir, j’ai hâte de voir comment Moffat va tenter de me convaincre que c’est le moment et que tout est pour le mieux. Je conclurai par cette citation de Twelve qui, je trouve, est au moins aussi typique de son caractère que la superbe profession de foi qu’il assène aux Masters : « I love being surrounded. It means everyone's looking at me ». Nul doute que nous le regarderons tous avec attention à Noël.

Sur ce je file lire vos reviews et voir qui s'en est mieux sorti que moi niveau théories.^^
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Gérard
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 20:59    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Wow, Tyr, ça c'est de la longue revue. Un point cependant : ce n'est pas "Deus Ex Machina" qu'on devrait dire, mais plutôt "Dea Ex Aqua", tu ne trouves pas ?

Quant à moi, j'ai tout simplement adoré cet épisode. Bon, c'est vrai qu'il n'est pas exempt de défauts, mais ils n'enlèvent rien à la grandeur épique de l'histoire. Et les références qu'on y trouve ne peut que satisfaire l'amateur de classiques que je suis (même si je sais que ce n'est aps l'avis de tut le monde, j'ai vu quelques commentaires sur un autre forum qui me laissent penser que tout le monde n'a pas apprécié autant que moi). Et on va regretter toute cette joyeuse bande. Il y a quand même un point tragique : aucun d'entre eux ne sait ce que les autres sont devenus.

Pour Nardole, le Doctur et Bill sont morts à l'étage inférieur. Pour le Docteur, il a échoué avec Missy, du moins le pense-t-il puisqu'il ne sait ps qu'elle a tenté de le rejoindre. Et il ne sait pas que Bill a repris forme (presque) humaine et une nouvelle compagne (et oui, c'est un petit peu optimiste pour mon goût, mais c'est courant dans la nouvelle série, où le destin le plus tragique est celui de Donna, et encore). Et Bill pense que le Docteur est mort, n'ayant jamais entendu parler de régénération. Franchement, je ne les envie pas.


Mais oui, cette saison était sans conteste la meilleure de Peter Capaldi, qui peut être content de sa prestation dans la série. Maitnenant, on n'a plus qu'à attendre l'annonce du nouveau Docteur, et voir ce que Steven Moffat a prévu pour Noël. Pratiquement six mois à attendre. "Putain, six mois !", comme le disait un ancien président français.
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Capt.Jack
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 21:22    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Tyr, j'y ai vu blanche neige moi avec cette histoire de pomme ^^
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Tyr
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 21:27    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Capt.Jack wrote:
Tyr, j'y ai vu blanche neige moi avec cette histoire de pomme ^^


Peu probable vu que Twelve lui dit "tempted?" en même temps mais bon : les pommes et les femmes dans l'imaginaire collectif c'est une longue histoire, Atalante et les Hespérides peuvent en témoigner.^^
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Gérard
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PostPosted: Tue 4 Jul 2017 - 21:55    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

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Roman L
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PostPosted: Wed 5 Jul 2017 - 01:12    Post subject: [10x12] The doctor falls Reply with quote

Nak wrote:
Pousicat80 wrote:
Lors d' un précédent épisode (50 ans) John Hurt indique à Ten et à Eleven que le tournevis sonique n'est pas une arme. Dans cet épisode le docteur l' utilise pas mal pour tuer les cybemen. Ce qui est un peu dommage car cela donne un réel pouvoir à ce tournevis, un peu trop. Ce tournevis est puissant maus pas assez pour enrayer l arme du mec en bleu qui menacait Bill. Au dernier épisode de eleven lors de la rencontre d' un cybermen en bois et déjà l'utilisation du tournevis. Les cybermen doivent autant détester le docteur que le tournevis d'où leur adaptation en bois. J'aimerais bien que One remette les docteurs sur le droit chemin surtout si 12 pense comme il a dit être le docteur originel. Il a été touché de dos par un cybermen car je l'ai trouvé un peu... insouciant face à ce qui se passait. C'est d'ailleurs que quand il a été blessé que j' ai compris l'ampleur du danger. Je pensais que comme d habitude il allait trouvé un moyen pour s'en sortir... a quand un bouton sur le tournevis pour que le tardis se téléporte vers le docteur?


Si tu râles pour le tournevis sonique, que penses tu donc de celui du Maitre ? Mr. Green

Plus sérieusement, je me permets juste de te reprendre car il me semble que tu te trompes:

- Ce n'est pas le Tournevis qui tue les Cybermens, le Docteur génère des explosions dans la structure du vaisseau grâce au logiciel de Nardole. Il est clairement dit d'ailleurs qu'ils vont leur donner l'illusion d'être lourdement armés grâce à cela.

-Le Cybermen en bois se suicide après une ruse du Docteur, qui dit avoir inversé la polarité alors que non (de toute façon le Tournevis Sonique ne marche pas sur le bois).

Après en revanche, tu poses une question intéressante: le Docteur est-il un peu trop "guerrier" dans ce dernier épisode ? A méditer.



Le Docteur guerrier est un thème récurrent dans la série. Cf "A good man goes to war" ou pour le peuple des forêts Gamma le mot "docteur" signifie "guerrier".

Pour le tournevis sonique, il est effectivement souvent utilisé comme une arme ou pas loin. Peut-être un aveu de Moffat dans l'épisode des 50 ans de la faire signaler par le War Doctor.

Sinon, une critique vraiment pas tendre sur ce dernier épisode, loin de ce que je peux lire sur ce forum...

http://braindamaged.fr/2017/07/02/doctor-who-saison-10-final-decevant-a-coup-de-fan-service-et-sans-adieux/
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PostPosted: Today at 20:31    Post subject: [10x12] The doctor falls

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